II. Éléments et extrait de sa biographie
Nous les trouvons, 1^ dans un Discours prononcé sur sa tombe par Lépreux.
%^ Dans un Précis historique sur M. F. X. Bichat, par Buisson, 180a.
3^ Une Notice historique sur la vie et les écrits de Bichat , par Husson , en tête de la deuxième édition du Traité des membranes , 1 802.
4^ Éloge de M. F. X. Bichat , par Levacher ; Société méd. d'Émulation, i8o3, t. V.
Buisson, son cousin, ayant commencé et continué ses études avec lui, doit inspirer le plus de confiance.
Biographie. — Marie -François-Xavier Bichat naquit
le i4 novembre 1 771 9 à Thoirette, village de la province de Bresse, département du Jura , de Jean-Baptiste Bichaty docteur médecin de l'école de Montpellier, et de Marie-Rose Bichat. Bien que la fortune de ses parents fôl médiocrei ils prirent un grand soin de son enfance et de son éducation. Il était Tatné de la famille, et devait, par Fusage, suivre la carrière de son père. 11 fit ses humanités au collège de Nantua , avec un assez grand succès pour mériter d'être couronné plusieurs fois dans les petits concours en usage dans les écoles.
En 1788, il entra au séminaire de Saint- Yrénée , à Lyon , pour y terminer ses études par son cours de philosophie, sous la direction de son oncle, le P. Bichat, jésuite. C'est un fait à noter dans l'histoire des sciences, que cette célèbre compagnie de Jésus, qui a toujours fait marcher de front l'étude de la science et de la religion. Après une telle direction , nous ne devrons donc point nous étonner de trouver Bichat religieux et plein de respect pour la vérité ; cela même était en rapport avec rétendue de ses connaissances.
La philosophie embrassait alors, dans son enseignement chez les jésuites , la physique, les mathématiques et les sciences naturelles. Dans ces nouvelles études, Bichat se montra d'une manière encore plus distinguée. Il s'appliqua surtout à l'étude des mathématiques et à celle de l'histoire naturelle, qui, bien qu'opposée à son goût pour les premières, ne laissa pas de lui inspirer une sorte de passion.
La révolution paralysant toute espèce d'instruction , Bichat quitta Lyon, et rentra dans sa famille, où il reçut de son père les premiers éléments d'anatomie. Ses progrès et son goût prédominant pour les mathématiquesle reportèrent à Lyon, où il continua à les étudier en
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même temps qu'il suivait le cours d'anatomie et les visites du Grand-Hôpital, quia toujours fourni à la science une belle répartition de talents. Il y eut pour maître Marc-A.ntoine Petit, chirui^ien en chef de THôtel-Dieu de Lyon. Il obtint bientôt sa confiance entière, et fut même chargé quelquefois de faire des leçons pour lui avant 1 âge de vingt ans.
Après le siège de Lyon, le séjour de cette ville devenu redoutable pour tout homme qui sentait un peu vivement, força Bichat à chercher, dansFécolede Paris, un abri contre la persécution qu'éprouvaient alors les jeunes gens de son âge pour la réquisition. Son but était de terminer ses études chirurgicales , et de se mettre en état de prendre du service dans Tarmée.
Il arriva donc à Paris, en 1793, dépourvu de toute espèce de recommandation et livré à lui-même. Cétrfit répoque de la plus haute renommée deDesault. Bichat suivit assidûment la clinique de ce grand chiruif^ieni sans cherchera s'en faire connaître, lorsqu'une circonstance fortuite le mit bintôt en évidence. Desault avait établi un ordre remarquable dans sa clinique : chaque élève était appelé à son tour pour faire l'analyse de la leçon de la veille. Un jour, celui qui en était chargé étant venu à manquer, Bichat, à son défaut, donna une analyse qui le couvrit d'applaudissements, en le faisant remarquer par Desault. Celui-ci voulut le connaître plus à fond, et bientôt après il voulut rapprocher de lui un talent dont il prévoyait l'étendue; il lui ouvrit sa maison , le traita comme son fils, et comme devant l'aider et lui succéder. Dès lors Bichat se trouva dans l'obligation de travailler sans relâche, d'abord à s'instruire, puis à aider Desault dans la rédaction de ses ouvrages. Il partagea réellement tous ses travaux de pra-
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tique et de thëorie, et surtout ses recherches d'érudition.
La mort de son maitre, arrivée subitement , en 1795, ne le découragea pas, quoiqu'il n'eût que vingt -quatre ans. Il commença par payer le tribut de la reconnaissance qu'il devait au grand chirurgien, dans le IV^ vol. du Journal de Chirurgie, qu'il termina. 11 devint l'appui de sa veuve et de son fils.
On dit que Corvisart s'en fit un aide après la mort de Desault.
Favorablement placé de bonne heure, Bichat put immédiatement ouvrir sa carrière. Pinel avait corn- . mencé à faire connaître ses vues. Bichat lut le mémoire où il traite des maladies des membranes diaphanes, muqueuses, etc. ; il fut frappé de la haute portée de ce travail et de cette nouvelle direction ; et, tout en admettant les principes, il aperçut quelque chose qui ne lui plaisait pas dans leur application , et il fit, plutôt pour rectifier que pour combattre, son premier Mémoire sur les membranes : il se trouva ainsi dévié de la direction chirurgicale. Son maitre étant mort peu de temps ^après, il entreprit, à vingt-six ans, pour la première fois, un cours danatomie^ dans lequel il faisait souvent entrer des considérations physiologiques, qui ne contribuèrent pas peu au grand succès qu'il obtint. Il ne faut pas oublier que Bichat fut au fond élève de Montpellier par les premières leçons de son père et par les œuvres de Bordeu. C'est là ce qui nous explique pourquoi il fut bon physiologiste, et comment l'âme des stahliens, devenue le principe vital à Montpellier, va devenir ^ entre ses mains, les forces et les propriétés vitales inhérentes à l'oi^anisme, comme la pesanteur et rattraction sont des propriétés inséparables des corps sidéraux et de la matière brute.
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Bientôt après, il fît une innovation, en entreprenant un cours d'opération chirugicale, quoiqu'il ne fût pas exercé à la pratique ; il le fit avec tant de méthode et d'habileté, qu'il obtint un succès prodigieux.
La fatigue , qui fut le résultat nécessaire des nom* breuses leçons qu'il donnait tous les jours, et souvent plusieurs fois par jour (il faisait trois cours à la fois), détermina chez lui des accès d'hémoptysie. Il fut ainsi obligé de suspendre ses travaux pendant le temps asses long que dura sa maladie.
A peine fut-il rétabli, qu'il s'exposa de nouveau et avec plus de courage, en donnant à son cours d'anatomie une plus grande extension. Il ouvrit un amphithéâtre de dissection, où il eut de suite plus de quatre-vingts élèves. Alors il se livra sans interruption à la démonstra> tion , aux préparations anatomiques et à la rédaction. A cette époque, il rédiga et fit paraître l'édition des Œuvres chirurgicales de Desault, qu'il dédia à Corvisart, ami de Desault, et peu après, il commença It publication de ses propres travaux.
Vers ce temps on vit éclore , parmi quelques élèves de l'Ecole de médecine, le noble projet de se réunir, de se communiquer le fruit de leurs recherches, de rendre plus sensible, par la discussion, ce que les leçons des professeurs pouvaient présenter de difficile, de répéter les expériences tentées par les physiologistes les plus habiles. Ce projet , aussitôt exécuté que conçu , eut peu de partisans plus zélés que Bichat , et c'est à lui que la Société médicale d'Émulation doit la rédaction des règlements qui firent si longtemps sa gloire, et l'impulsion étonnante imprimée aux esprits de tous les membres (|ui la composèrent dans les premiers temps de sa formation '.
' HUSSOD.
Cest dans les actes de cette Société que Bichat commença à publier ses travaux. Il donna d'abord des mémoires sur quelques points particuliers de chirurgie , bientôt après sur les membranes fibreuses , ensuite un premier mémoire sur la physiologie générale.
Il développa son premier Mémoire sur les membranes, et en fit sortir son Traité des membranes , qui eut un si grand succès, que Hallé, dans un rapport à l'Institut , le proposa comme devant mériter les honneurs de la proclamation à la fête du i^ vendémiaire. Ce succès ne doit point étonner; car Bichat se posait hautement comme partant du point de vue de Pinel, qui venait de baser sur les membranes sa classification des maladies , et qui opérait une révolution dans la science.
Bichat, en se montrant ainsi, par son activité et son génie, comme un vrai phénomène au milieu des élèves de Paris , commença alors des cours spéciaux de physiologie, et il en publia les principaux résultats dans ses Recherches sur la vie et la mort.
Il finit, enfin, par donner de nouveaux développements à son Traité des membranes, en allant jusqu'à Tanatomie des tissus qui les composent ; et de là est sortie son Anatomie générale. On dit que le succès de cet ouvrage fut si grand, que Bichat obtint tous ses grades à l'École gratis, et qu'il lui tint lieu de thèse. A répoque où il publia son Anatomie, il n'y avait que des traités d'anatomie descriptive pleins de sécheresse, qui ne laissaient absolument rien dans l'esprit au bout de quelque temps. Cette lacune contribua au triomphe de son ouvrage, qu'il voulut compléter eu publiant son Anatomie descriptive ; mais il ne put mettre au jour que les deux premiers volumes.
Cela ne suffisait pas à l'étendue de ses vues ; la con-
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naissance de l'organisme et de ses lésions conduisait kla recherche des moyens de le ramener à Tétat normal. H étudia la thérapeutique toujours avec la même ardeur. 11 s'occupa sérieusement de la matière médicale, fit des leçons sur ce sujet, et se livra, aidé de nombreux élèvesi à des tiavaux assidus sur cette partie de la science, par des expériences au lit du malade. Il fut nommé médecin de l'Hôtel-Dieu , à peine âgé de vingt-huit ans. Il y travailla avec tant d'activité, qu'en six mois , il ouvrit, diton , plus de six cents cadavres.
Mais la continuité de travaux aussi approfondis, la nature même de ces travaux dans les hôpitaux, dans les salles de dissection , dans les miasmes des ateliers de macération, mirent bientôt un terme à cette série de découvertes, à cette grande etbelle impulsion qu'il avait donnée à la science de l'organisme. Une chute qu'il éprouva en descendant un escalier de l'Hôtel-Dieu, lui fît perdre connaissance; vainement on lui porta des secours, Télat de débilité, d'épuisement même, dans lequel il se trouvait, donna naissance à une fièvre typhoïde qui, au bout de quatorze jours de maladie, l'enleva à la science, à ses élèves et à ses amis. 11 mourut le 3 thermidor anx (28 juillet 1802), à l'uge de trente et un ans. 11 est donc mort dans son laboratoire , sur les cadavres, pour ainsi dire.
Bichat était d'une stature moyenne; sa physionomie était douce, son air gai, franc et ouvert. Son tempérament devait être assez robuste, pour avoir résisté à des travaux aussi immodérés, et dans des circonstances aussi défavorables à la santé. Il parait cependant qu'il avait une prédisposition aux affections de poitrine. Ses habitudes étaient simples, et déterminées par sa grande activité et son assiduité au travail, auquel ses meilleurs
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amis avaient lant depeineà TaiTacher. Sa fortune paratt avoir été toujours médiocre. Sa bibliothèque, dont nous possédons le catalogue, sans être nombreuse, contenait tous les bons ouvrages, et surtout ceux de Haller et de Vicq-d'Azir.
Son esprit était doué d'une grande force d'analyse et de généralisation. Son style est clair, net, peu verbeux, mais quelquefois assez peu châtié. Sa moralité paratt avoir été parfaite, sans envie, sans jalousie même contre ceux qui couraient la même carrière que lui. Jamais il ne répondit aux critiques de ses ouvrages qu'en les perfectionnant. On doit pourtant lui reprocher de s'être laissé entraîner parfois à la fougue des plaisirs, et d'avoir peut-être par là, en abusant de la vie , abrégé sa carrière.
Ses relations de famille furent toujours parfaitement r^lées; son premier ouvrage sur les fnembranes est dédié à son père comme à son meilleur ami. Nous avons sous les yeux quelques lettres de sa correspondance avec le comte Daubas , employé à la trésorerie nationale, qu'il disait son ancien ami, et qui voulait bien se charger de ses petites affaires ; elles nous apprennent qu'il avait des rentes sur l'État de la caisse Lafargue , et que sa sœur, qu'il affectionnait beaucoup, avait épousé un nommé Buisson , qu'il appelle son beau*frère.
Les sentiments qu'il a laissés dans la mémoire de ses amis et de ses contemporains, prouvent qu'il était luimême susceptible d'une véritable amitié. Ses relations scientifiques paraissent n'avoir guère eu lieu qu'avec Desault et ses confrères de la Société médicale d'Emulation, dont il rédigea les statuts. Ses relations politiques et sociales furent nulles.
Plusieurs passages de ses ouvrages prouvent qu'il
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avait des convictions religieuses, qu'il ne méconnaissait pas la puissance de Dieu dans la création , et qu'il respectait la morale.