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V. Énumération méthodique et analjrse des travaux

de Bichal.

Les ouvrages de Bichat^ coDsidérés en généi'sJy forment un tout, un ensemble, ayant pour but de continuer, de poursuivre rimpulsion donnée par Pinel, en la développant. On conçoit dès lors qu'ils devaient comprendre l'encyclopédie médicale.

Mais l'exagération généreuse de reflfort ayant détruit la puissance avant que tout son effet fût produit, l'ensemble des travaux est resté incomplet. Toutefois, il n'en est pas moins démontré dans les ouvrages existants, qui sont toujours de trois sortes : i^ travaux prépantoires; o? d'exécution, et même 3^ de révision et de perfectionnement.

i^ Ses travaux préparatoires sont les mémoires particuliers sur la chiruigie, sur la fracture de C extrémité scapulaire de la clai^icule. Mém. delà Soc. méd. d'ÉmuL, II<^ année , p. 809 à 3i5 , 1798. Il fut publié après la mort de Desault, auquel il rend hommage.

Description (Tun noui^eau trépan. Mém. de la Soc. méd. d'Ém., 11^ année, 1798. Son but est de simplifier et de modifier le trépan commun, ce qu'il a fait en retranchant plusieurs pièces.

Description (Tun noui^eau pwcédé pour la ligature des polypes, Ibid., p. 333-339. Il voulait rendre le procédé de Desault plus simple; il le présente comme un hommage rendu aux principes de ce grand homme, qui ne cessait de répéter que retrancher un instrument d'une opération, c'est lui ajouter une perfeclion. Ps^. 339;

Ces premiers travaux sont le résultat de l'impulsion de Desault et de Petit.

Ses autres travaux préparatoires sont sur la physiologie et ranatomie.

Mémoire ou dissertation sur les membranes et sur leurs rapports généraux d organisation. Mém. de la Soc. méd. dlÈmuL^ p. 371-385; 1798. Ce mëmoire est évidemment le premier composé , puisqu'il y renvoie dans le mémoire suivant, publié auparavant. Dans le paragraphe H, ii cite la manière dont Pinel a envisagé les phlegmasies comme philosophique; acceptant la division comme très-heureuse dans les principes , il le critique parce qu'il rapporte au même ordre , à celui des membranes diaphanes, le périoste, la dure-mère , les capsules ligamenteuses d'une part; et de l'autre, la plèvre, le péritoine, le péricarde. En cela, Pinel a réuni des organes entre lesquels les lois de l'organisation établissent des différences réelles. Bichat annonce qu'il développera ses preuves dans le mémoire dont cet essai est le précis.

Mémoire sur les membranes sjmoviales des articula^ tions. Ce mémoire est remarquable par la manière logique avec laquelle la question est posée et résolue, combattant même l'opinion de son maître, mais sans phrases. — Il y renvoie à son mémoire sur la classification des membranes. — Il insiste sur ce point , que cette manière de raisonner sur l'organisation des parties d'après leurs affections, mérite plus d'importance qu'on ne lui en accorde communément.

Mémoire sur les rapports qui existent entre les organes à forme symétrique et ceux à forme irrégulière. Mém. de la Soc. méd. d'Émul., p. 477-487; 1798. Il est du plus haut intérêt; il contient le germe de tout son système de physiologie et d'anatomie; c'est là qu'il pose pour la première fois la distinction des deux vies :

1^ GONTEMPORAIlfS.

l' sensation.

H ~ .*• * locomotion, voix.

i digestion, circulation, respiration.

1^0 Ses travaux d'éxecution sur ranatomie et la physiologie seulement, sont : i^ le Traité des membranes en général y et des membranes en particulier^ par X. Bichal^ I vol. in-8®de 3^6 pag., i8oo;

%^ Recherches physiologiques sur la vie et la mort, par X. Bichat, professeur d*anatomie et de physiologie, I vol. in-8® de 4^0 pages , i8oo;

3*" Ànatomie descriptive: 2 vol. seulement ont élë publiés par lui, de i8oi à 1802.

3*" Les travaux de révision ou de perfeclionnement : VÂnatomie générale , appliquée à la physiologie et à la médecine^ par X. Bichat, médecin du grand hôpital d'humanité, 4 vol. in-8®, an x, 1801.

Analyse de ses ouvrages en particulier. 1" Mémoire sur les rapports qui existent entre les organes à forme sjf^ métrique y et ceux àjorme irrégulière. «C'est dans les formes extérieures, plus que dans l'intime oi^anisation, qu'il faut chercher les grandes limites placées entre le végétal et Tanimal. Peu de caractères les distinguent au dedans; au dehors, tout parait les isoler.» C'est dans la forme extérieure qu'il faut chercher la grande limite entre les animaux et les végétaux^ et ce sera la même chose pour les animaux entre eux. Cest donc à Bichat, qui en avait puisé l'idée dans Yicqd'Âzir, qu'est due cette introduction dans la science des rapports extérieurs traduisant l'intérieur. Il l'a démontré anatomiquement, et M. de Blainville le démontrera zoologiquement.

BICHAT. igi

Pour établir sa démonstration , Bichat cherche les organes communs aux végétaux et aux animaux, et ceux qui les diflerencient, et il arrive à sa grande distinction de la vie de relation et de la vie d'organisation. La vie de relation est extérieure, elle est très-peu variable; la vie organique ou de nutrition est intérieure; on pourrait aussi l'appeler vie d'animalisation , en ne la considérant que dans les animaux.

les sensations.

^ . la perception,

de relation comprend. • • { la locomotion.

la voix.

et peut-être la génération.

La Tie{ /la digestion.

la circulation, la respiration, ^d'oganisation comprend. . ^ Texbalation.

j l'absorption.

f [la sécrétion.

\la nutrition.

Il s'est trompé pour la génération, qui appartient à la yie organique.

cr La vie de relation disparaît entièrement dans le végétal.... tandis que la plupart des fonctions d'oi^anisatioD s'y retrouvent... , en sorte qu'il est vrai de dire, en considérant l'animal et le végétal sous le rapport de leurs fonctions, que la vie de relation est ce qui les distingue, et que la vie d'oi^nisation est ce qui les rapproche.

cU suit de là que les organes appartenant à l'une et à l'autre vie de l'animal, doivent être en partie très-distincts^ en partie très-rapprochés de ceux du végétal, car, en général , on trouve entre les organes la même proportion qu'entre les fonctions qu'ils exécutent. Or, c'est précisément ce qu'on observe ici dans leurs fonctions

1 9^1 CONTEMPOR A.INS.

extérieures relativement à la ligne médiane. Les oi^anes qui, dans ranimai , correspondent à la vie de relation, ont constamment une symétrie qu'on ne retrouve jamais dans le végétal. Ceux de la vie d'organisation , au contraire, présentent une irrégularité qui se rencontre aussi dans toutes les parties de celui-ci. En sorte qu'en envisageant les deux règnes sous le rapport de la forme de leurs organes , il est vrai de dire que la symétrie est ce qui les distingue, et que Tirrégularité est ce qui les rapproche. »

11 démontre la symétrie dans les organes des sens spéciaux et la peau, dans les nerfs sensoriaux , le cerveau, les nerfs locomoteurs, les oi^anes de la locomotion.

Puis la non*sy métrie dans l'appareil digestif, l'estomac, l'intestin, la rate, le foie, les vaisseaux chylifères; dans le système vasculaire, l'appareil respiratoire, ce qui est moins marqué; les organes de l'exhalation et de l'absorption, le système glanduleux.

D'où il conclut que les organes attachés à la vie de relation sont partout symétriques y tandis que F irrégularité des formes est un des caractères de tous les organes de la vie intérieure.

11 confirme sa thèse par un aperçu général sur les diverses classes d'animaux, «tla nature fait tout par gradation; elle passe insensiblement d'un règne organique à l'autre; elle fait disparaître peu à peu les fonctions essentiellement caractéristiques de l'animal, à mesure que dans la chaîne , elle descend vers le végétal ; de sorte que le dernier individu des animaux a peut-être plus d'analogie avec le premier des végétaux qu'avec lanimal le plus parfait. Ce décroissement successif des fonctions, et, par conséquent, des organes, porte spé-

BICHAT. ig3

cialement sur la vie de relation ; mais ce qu'il y a de remarquable^ c'est que la symétrie extérieure décroit à proportion. » Il compare l'homme et l'huître.

Il prouve encore sa thèse par les zoophytes et par les métamorphoses des insectes; par les maladies^ ictère d'un côté, hémiplégie; et enfin, il donne une preuve morale de la beauté de la symétrie.

Nous avons maintenant à analyser un travail qui contient le germe et toute la direction de Bichat. Il est donc de la plus haute importance d'en bien apprécier la source et le mobile, et d'en bien connaître le fond, pour pouvoir en suivre les développements. Ce travail est sa Dissertation sur les membranes et sur leurs rap^ ports généraux d organisation.

«Mon mémoire sur la membrane synoviale, dit-il, suppose en plusieurs endroits une classification générale des membranes, qu'on ne trouve point dans les traités d'anatomie. » Cette classification était donc, dans la conception de Bichat, antérieure au traité sur la membrane synoviale, et, par conséquent, le premier de tous ses travaux.

Il montre ensuite qu'en anatomie, les membranes ne sont pas traitées d'une manière générale comme le sys* tème osseux , musculaire, vasculaire et nerveux.

«Ce vide, continue-t-il , est d'autant plus essentiel à remplir dans les ouvrages d'anatomie, qu'une classifica-* tion méthodique des membranes pourrait offrir à L'\ pratique les plus utiles inductions. La manière philoso» phique dont le citoyen Pinel a envisagé les phlegmasies^ en est une preuve remarquable. Il a choisi des caractère:^, organiques pour présider à chacun des ordres de cettt* classe, fondés, sans doute, sur cette donnée générale^ ment vraie, que des parties liées entre elles par la struc'< T. m. i3

194 CONTSMPORAirrS.

ture y doivent l'être aussi par leurs afïeclions. Cette division^ très-beureuse dausson principe général^ Testelle autant dans ses détails ? 11 me semble que non , au moins si on considère les cboses sous le rapport analomic|ue , le seul d'après lequel je me permets de juger. Je crois qu'en rapportant au même ordre, à celui des membranes diaphanes, le périoste, la dure-mère, les capsules ligamenteuses, etc., d'une part; de l'autre, la plèvre, le péritoine, le péricarde, etc., le citoyen Pinel a réuni des organes entre lesquels les lois de l'organisation établissent une ligne de démarcation réelle.» Il en donne les preuves.

Nous avons vu Pinel demander à chaque page de sa Nosographie les recherches deTanatomie et de la physiologie, pour éclairer, développer et appuyer sa grande thèse; et voici Bichat qui, sentant ce vide, travaille à combler cette lacune et à satisfaire ce beaoin; besoin d'autant plus vivement senti, qu'il a compris toute la portée de l'effort de Pinel, qu'il appelle philosophique. Il en admet le principe général, et va travailler uniquement à en rectifier l'application; autre vœu de Pinel, qui affirmait que sa thèse générale était solide, mais que d'autres pourraient mieux faire dans les détails.

Ce mémoire est donc la thèse de Pinel tout entière; c'est le même principe général, c'est le même but : éclairer la pathologie et la thérapeutique par l'anatomie et la physiologie ; il n'y a de nouveau que le développement et la rectification des détails. Voilà la source et le principe de ce travail de Bichat.

Il donne ensuite cette nouvelle classification des membranes :

1^ I^s membranes muqueuses, qui renferment celles du canal intestinal, de la trachée-artère, des bronches,

BtcitAT* tgS

delà Vesèie^ derul*ètre) du vagin , de la matrice) dès nariaes^ de la conjonctive.

2*" Les membranes lymphatiques OU séreuses comprennent le péricarde, la plèvre^ le péritoine^ la tunique vaginale^ l'arachnoïde^ les capsules dés tendons , Id membrane synoviale.

3"* Les membranes fibreuses comprennent le périoste, la sclérotique, la tutiique albugtnée du testicule, la membrane externe des corps caverneux, celle du clito^ ris^ du rein, la dure-mère.

If liCS membranes composées \ 6éro«fibreUses , séro* muqueuses.

5** Les membranes ^incertœ sêdisj classé que Pinel avait aussi admise dans ses maladies. Il y range les kystes et les cicatnces.

11 examine les caractères de ces diverses classes, et annonce que cet essai n'est que le précis d'un mémoire plus étendu j auquel il renvoie en finissant.

Traité des membranes. Voici ce mémoire où il va développer sa conception. Ce traité produisit un prodigieux effet. Quand Bichat vint à Paris, In direction que Pinel venait d'imprimer à la science detlfatifdait qu'un anatomiste reprit en sous^œutre la classification des membranes ou l'application de la méthode naturelle à lu médecine d'une manière anatomiqtié. Ge traité dé Bichat vient remplir cette lacune que tout le monde sentait.

En effet, l'observation des phénomènes morbifîques avait conduit Pinel à classer les phlegmasies d'après les caractères des affections organiques. Il pensait que ces affections étant variées, la structure des parties membraneuses n'était pas identique. Bichat confirme les vues et l'observation de Pinel. Aussi , dès qu'il eut donné ce traité, qui venait confirmer le principe, totlt le monde

196 CONTEMPORAIICS.

français et étranger entra dans la direction de Pinel.

Après des considérations générales sur la nécessité de combler le vide qui existe pour cette partie dans la science, il dit qu'un grand nombre de médecins célèbres, depuis Haller, ont conçu la difTérence de composition comme de tissu des membranes, a Us ont senti que dans le système membraneux , diverses limites étaient à établir entre des organes jusqu'ici confondus. L'observation des caractères extrêmement variés que prend Tinflammation sur chaque membrane, leur en a surtout indiqué la nécessité, car souvent Tétat morbifique, plus que rétat sain, développe nettement la différence des organes entre eux, parce que dans Tun, plus que dans l'autre csks j leurs forces vitales se montrent très-prononcées. Le citoyen Pinel a établi, d'après ces principes, un judicieux rapprochement entre la structure différente et les différentes affections des membranes. C'est en lisant son ouvrage que l'idée de celui-ci s'est présentée à moi, quoique cependant plusieurs résultats s'y trouvent, comme on le verra , très-différents de ceux qu'il a énoncés. »

Bichat lui-même confirme donc la première partie de notre thèse : que Pinel est la source et le principe moteur de ses travaux sur les membranes ; il confirme la seconde également, puisqu'il admet le principe et la thèse générale, et qu'il n'y aura que plusieurs résultats qui différeront, c'est-à-dire qu'il y aura un perfectionnement. Il ne restera donc plus qu'à démontrer qu'il a Fait l'application anatomique de la méthode naturelle à la science des maladies, comme Pinel l'avait faite pathologiquement et iiosologiquement, et ensuite que ce travail est la base, le principe, le germe de tous ses autres travaux, et c'est ce que nous essayerons de faire.

Après avoir fait sentir la difficulté d'une classification des membranes y il montre cependant qu'elles se rapprochent par leur structure et leurs fonctions. <c II faut donc, ajoute-t-ily fixer avec précision quelles membranes appartiennent à la même classe; quelles sont celles qui s'isolent ou se rapprochent entre elles. Or^ observons ici que les caractères de nos divisions ne doivent point être fondés sur des attributs extérieurs, étrangers, pour ainsi dire, à la nature de l'organe, mais bien sur cette nature elle-même. Ce n'est que sur l'identité simultanée de la conformation extérieure, de la structure, des propriétés vitales et des fonctions, que doit être fondée l'attribution de deux membranes à une même classe. Laissons à d'autres sciences les méthodes artificielles de distribution ; ce n'est que par les méthodes naturelles que nous pouvons être conduits ici à d'utiles résultats.»

Il rapporte toujours les membranes à deux grandes divisions générales : l'une comprenant les membranes simples, l'autre, les membranes composées.

i^ Les membranes simples : muqueuses, séreuses, fibreuses.

a"" Les membranes composées : fibro-séreuses , séromuqueuses , fibro-muqueuses.

3® Des membranes d^incertce sedis.

4*^ Des membranes accidentelles.

C'est donc toujours la division admise dans sa dissertation; il va y joindre les développements.

L Membranes muqueuses. C'est en entrant dans l'étude des membranes muqueuses qu'il va prendre la supériorité sur Pinel. Il traite i** de l'étendue, du nombre des membranes muqueuses; 1^ de l'organisation extérieure des membranes muqueuses; 3® de l'organisation intérieure des membranes muqueuses. Il compare ces di-

I<j8 CONTEMPORAINS.

verses parties avec la surface cutanée, et de là découleront des considérations patliologlquos, par exemple, sur les sueurs de la peau , les sueurs internes , qui déterminent les diarrhées, etc. Ce sont les flus de Barthez. Bjcliat repoussait l'anaLomie microscopique, el c'est ui} reproche n Jui faire.

4° Il étudie ensuite les glandes des membranes mur queuses; 5° leur réseau vasculaire; 6° leurs variétés d'organisation dans diverses régions. Jusqu'ici, ce sont dea considérations analoiiiiques de l'école de Haller; mainlenant il va y introduire le principe vital de l'école du Montpellier, tiansformé en forces vitales qui n'en sont pas moins de l'onlologiB, il est vrai, mais qui viennent expliquer les phénomènes de l'organisme, comme la pesanteui' et l'altraclion expliquent les phénomènes du monde physiipie général. U trotte donc 7° des forces vitales des membranes muqueuses. 8° II étudie ensuite les sympalliies des membranes muqueuses, et 9° les fonctions des membranes muqueuses. Il y a peut-être ici un renversement dans Bicliat ; il aurait dû mettre les fonctions avant les sympathies, qui tiennent à l'état patliologique , car on doit étudier ordinairement les fonctions après l'état normal, lo" Beniarqucs sur les affections des membranes muqueuses.

II. Membranes séreuses. C'est lui qui a défini d'une manière si rigoureuse, une membrane séreuse, «un sac sans ouverture , déployé sur les organes respectifs (|u'elle embrasse et qui sont tantôt très -nombreux, comme au péritoine, tantôt uniques, comme au péricarde, enveloppant ces organes de manière qu'ils ne sont point contenus dans sa cavité, et que, s'il était possible de les disséquei' sur leur surface, on aurait cette cavité dans son intégrité.»» Presque toutes sopt

composeafi de deux parties dislinctes , se regardant par leur fac0 exhalante , Tune libre, pourtant contiguê à elle-même , l'autre adhérente aux organes voisins. »

Son article des membranes séreuses est étudié avec plus de soin que ses membranes muqueuses; il y range l'araçhnoide» H étudie parfaitement : i"" l'étendue et le nombre des membranes séreuses; q^ leur division ; 3^ leur organisation extérieure; 4^ intérieure; 5^ leurs forces vitales; 6** leurs sympathies; 7" leurs fonctions; 8"* leurs affections. Par tous les caractères qu'il tire de^ ces divers points , il circonscrit ses membranes séreuses d'une^manière vraie, contre laquelle il n'y a pas d'objection sérieuse, C'est dans cet article qu'il a aussi , le premier, mieux exposé la membrane péritonéale.

III. Membranes fibreuses. Il prend toujours dans le même ordre les membranes fibreuses ; il les dégage et les classe d'une manière parfaite ; il les étudie comme constituant un groupe naturel, qui embrasse complètement le surtout fibreux enveloppant les os et les muscles. 1) considère le périoste comme étant leur centre, leur point commun de réunion; presque toutes en naissent, y aboutissent^ ou communiquent avec lui par divers prolongements. Il résulte de là qu'il a parfaitement senti, avec Aristote et Galien , que le squelette est un tout fibreux , qui ne peut se séparer qu'artificiellement, et qui est enveloppé par la membrane du périoste; par cette continuité il explique la rapidité du changement des maladies rhumatismales.

Dans tous ces articles, on rencontre continuellement des considérations anatomiques, nosologiques , pathologiques et thérapeutiques. On y voit réellement toute la base de la bonne pathologie.

Quand il a terminé pour toutes les membranes sim-

aOO CONTEMPORAlirs.

pies, il arrive à sa IV^ classe des membranes composées y sëro- fibreuses 9 séro - muqueuses , fibro -muqueuses , qu'il ne séparera pas des membranes fibreuses dans son grand ouvrage , quoiqu'on doive peut-étœ le faire; et puis sa V* classe des membranes non classées ^ où il range le tissu jaune, la tunique fibreuse des artères et la membrane interne du système vasculaire ; et enfin , la VI® class& des membranes contre nature ^ des kystes et des cicatrices.

Tel est ce traité qui mettait Bichat à la tète des anatomistes physiologistes. Par suite de l'impulsion de Pinel, qui doublait son effort, nous l'avons vu embrasser tous les caractères naturels, d'organisation et de fonction , pour distinguer ses membranes les unes des autres, et pour les grouper, et appliquer ainsi, dans toute son étendue, la méthode naturelle, en y joignant ensuite une nomenclature tirée de la nature même de la fonction du sujet, puisque ses membranes simples sont dénommées d'après la substance qu'elles produisent.

Ce petit ouvrage contient même ie germe de tous ceux qui vont suivre. C'est là que, dans l'Introduction des Forces vitales et dans leur étude, on trouve le premier jet de toutes les vérités qu'il a développées dans ses Recherches sur la vie et la mort, et dans l'étude des divisions, de la structure, etc., des membranes, toutes celles qu'il développera dans son Ânatomie générale. C'est dans ce traité qu'existent essentiellement les premières traces de la méthode qu'il a suivie dans tous les autres.

Nous arrivons donc à son second ouvrage d'exécution, qui est bien plus important, parce qu'il y touche à la pathologie générale, dont il peut être considéré comme l'une des bases. En France , nous avons eu rarement

BICHAT. aO I

de ces pathologistes et thérapeutistes généraux. Cet ouvrage est intitulé : Recherches physiologiques sur la 'vie et sur la mort. Il ne s'y est occupé que des principaux organes du trépied vital , le cerveau , le cœur et le poumon.

Il se compose de deux parties : la première sur la vie, la seconde sur la mort. C'est ici qu'il a employé et développé son premier travail sur les organes à forme symétrique et à forme irrégulière. Il en avait déduit que plus la forme serait régulière, paire ^ plus elle serait animale , et que plus elle serait irrégulière , plus elle serait organique. Il va abandonner cette direction pour l'envisager plus physiologiquement.

Première partie. De la vie. Article i"". Division générale. Il définit la vie , l'ensemble des fonctions qui résistent à la mort.

Il la divise en vie animale et vie organique. La dernière, la vie organique, est commune au végétal et à l'animal. Par elle, l'être vit au dedans de lui-même, le végétal natt, croit et périt sur le sol qui en reçut le germe. La première , la vie animale, est propre à l'animal ; par elle il existe hors de lui; il est l'habitant du monde, et non , comme le végétal , du lieu qui le vit nattre. L'homme, qu'il compare ici au végétal, sent , et aperçoit ce qui l'entoure, réfléchit ses sensations , se meut volontairement d'après leur influence, et , le plus souvent, peut communiquer, par la voix , ses désirs et ses craintes , ses plaisirs et ses peines.

a Chacune des deux vies, animale et organique, se compose de deux ordres de fonctions , qui se succèdent , et s'enchatnent dans un sens inverse.

«Dans la vie animale, le premier ordre s'établit de l'extérieur du corps, vers le cerveau , et le second , de

fioa coifTiMMiiAnrs.

cet organe vers cetx% de la locomotion et de la voii. {^'impression des objets affecte successivement les sens, les nerfs et le cerveau, l^s premiers reçoivent, les se* jppnd^ tr^psinettent; le dernier perçoit cette impres^ sion, qui, ëtant ainsi reçue, transmise et perçue y

cppstitue no» sensations,

f( I^'anim^l e^l; presque pawf dans ce premier ordre dfi fonctions i il devient actif dans le second , qui résulte desactîpnp nuccessives du cerveau, du natt la volir

tion à la SMite des sensations ;^des nerfs , qui transmettent cette volition ; des organes locomoteurs et vocaux , agents de son ei^écution. I^ies corps ei^tërieurs agissent sur l'animal par le premier ordre de foiU)tions | il réagit mr eu^ par le second»

« Une proportion rigoureuse existe entre ees deui^ ordres.

f Un double mouvement s'exerce aussi dans la vie oi^niqiie : l'un compose sans cesse, l'autre décompose l'animal.

a Ive premier mouvement , qui est l'ordre d'assimilation, résulte de la digestion, de la circulation , de la respiration et de la nutrition. Toute molécule étrangère au corps reçoit, avant d'en devenir l'élément, l'influence de ces quatre fonctions.

« Quand elle a ensuite concouru quelque temps à foriner nos organes , l'absorption la leur enlève, et la transmet dans le torrent circulaire, où elle est charriée de nouveau , et d'où elle sort par les exhalations pulmonaire ou cqtaqée, et par les diverses sécrétions , dont les fluides sont tous rejetés au dehors.

(c L'absorption, la circulation, l'exhalation, la sécrétion , forment donc le second ordre des fonctions de la vie organique , ou l'ordre de désassimilation. »

De Y^xamen de ces diverseï^ fonctions il o pu tirer sa définition de la vie , l'ensemble des fonctions qni résislept 4 I4 roprti qui n'^^t qu'iine véritable description abrégée.

Maint^n«Qt il v» ^^ndipr 1^ deux vi^s , ppur ainsi dire, dans leur mode d'action , etc., et alors il arrive à établir les différences des dei|x vies , en ayant égard 2

Art. II. Aux formes extérieures : Toujours symétriques dans la vie animale ; irrégnlières dans la vie organique.

Art. Kl. Au mode d'actipn : Harmonie dans la vie animale; discordance d^n^ la vie organique.

Art. IV. A la durée de leur action : Continuité d'action dans la vie organique | intermittence dans la vie animale.

Art. y. A l'habitude : Elle émousse le sentiment, perfectionne le jugement dans la vie animale; elle est sans influence dans la vie organique.

Art. VI. Au moral : Tout ce qui est relatif à l'entendement appartient à la vie animale ; tout pe qui est relatif aux passions appartient à la vie organique.

Art. VII. Aux forces vitales : H montre }a différence entre les forces vitales et les lois physiques : les unes j|ont inhérentes à la matière l^rute^ les autres à la matière organisée { I9 différence des propriétés vitales et die celles de Mssu.

Il ^dmet deu^ espèces de sensibilité. La sensibilité organique est la facilité ^e recevoir une impression ; la sensibilité- animale est I4 faculté de recevoir une impression, plus, de la rapporter à nn centre commun.

Il expose les différences de sensibilité propre à chaque prjj[ane.

Il ^dmet également deux espèces de contractilité ^ I'mpç aniwsl^ Pt rentre organique,

2lo4 COHTEMPORAlirS.

La coDtractilitë organique se divise en sensible et en insensible.

Les propriétës des tissus sont l'extensibilité et lacontractilité.

Il résume les propriétés vitales dans ce tableau :

Classes.

Genres.

sensibilité

vitales. 4^

eu

contractilité .

I Btpèces.

animale.

11*, organique.

animale.

organique. .

I Fariésés.

II* / r*.

extensibilité.

sensible.

insensible.

de tissu.

contractilité.

Art. VIII. De l'origine et du développement , i<^ de la vie animale, chez le fœtus; après la naissance; 'x^ de la vie organique y chez le fœtus; après ta naissance.

Art. IX. De la tin naturelle des deux vies : i<^ de la vie animale: elle cesse la première; a<> de la vie organique : elle continue après la cessation de la vie animale.

Dans celte première partie de son ouvrage , Bichat fait entrer les considérations de pathologie qui découlent des différents articles ; par exemple, pour la forme symétrique , les hémiplégies , les paralysies partielles.

Dans sa considération des forces oi^aniques et ani-

BICHAT. ao5

maies y ce n'est pas autre chose que le principe vital de Montpellier y que Broussais, comme nous le verrons , a trop blâmé ; c'est une valeur donnée de x dans l'équation du problème.

Il fait naître de l'intermittence de la vie animale le sommeil, qui est le résultat général du sommeil partiel de chaque organe; la fatigue et la lassitude ne sont que des sommeils partiels.

Il cherche y à l'occasion des propriétés, s'il n'y aurait point une loi générale des corps vivants; et, en traitant de la sensibilité organique , qu'il a exagérée , il entre dans une thèse de l'école de Montpellier, pour expliquer, par la sensibilité diverse, le choix que font les divers tissus , datis le sang, des substances propres à les nourrir.

Il a parfaitement établi les nuances de la contractilité organique et volontaire. On a pu combattre les mots; mais les faits restent.

Il ne s'est pas borné au statu quo y mais il a été jusqu'à l'origine et au développement , dans lequel il fait entrer l'éducation des organes et de l'entendement; et de ses considérations sortait une haute moralité religieuse, en montrant que l'homme s'élevait jusqu'à Dieu ; toutefois il s'est contenté de dire que les lois de la morale étaient tout aussi certaines que les lois physiques. Il fut arrêté par la Raison , qui se promenait alors en France sous une forme bien singulière ; son vêtement était couvert de sang, et son trône était l'échafaud. Cependant cela suffit pour nous montrer que Bichat avait embrassé tout son sujet.

La seconde partie de cet ouvrage traite de la mort ; c'est la partie la plus expérimentale. 11 commence par des considérations générales sur la moit, qu'il divise

ao6 CONTEMPORAINS.

en naturelle, sënile et accidentelle ^ subite par accident, ou lenie par la maladie^

Il iroit que la mort résulte de la cessation des fonctions de l'un des trois pieds du (répied Vital , le Cœur, le poumon, le certeau ou Tinnet^ation. Il aurait (hit une meilleure analyse s'il eût cotmu les animaui.

Il étudie ensuite Finfluence i\ë la mort du cœtir silr "celle : Art. a. du cerveau ; — 3. du poUmoti; — 4- de tous les organes; — 5. sur la tnort générale. -*^ L'influence de la mon du poumon sur celle s 6. du cœilr; — 7. du cerf eau ; — 8. de tous les Organes; -=- 9. stir la mort générale/ «^ L'influence de la mort du cefi^eftu sur celle r 10. du poumon; -^ 1 1. du cœur; -^ ia. de tous les organes; — x3. sur la mort générale.

Cet ouvrage ne produisit pas le même effet qtié sott Traité des membranes, quoique, suivant nous^ il soit supérieur, surtout la seconde partie, qui nous semble bien au-dessus de la première, quoi qu'on en ait dit.

Il y a fait entrer la morale, et il a rattaché le grand plan de physique sur le moral , de Cabanis , à un grand plan de physiologie, sans toutefois partager ses erreurs.

jénatomie descriptwe, H n'a pas terminé cet ouvrage, mais les deux premiers volumes contiennent ce qu'il y a de plus difficile, l'ostéologie, la myologie, une partie du système nerveux, les appareils de la vie oi*ganique et de la génération. Les perfectionnements qu'on y a ajoutés ne l'ont été qu'à l'aide de ses principes. Il a tracé la véritable classification anatomique indiquée par Hal- 1er, mais il a été beaucoup plus loin que lui.

Il s'est peu occupé de la physiologie qu'on appelle expérimentale, et dont, à tort, on a fait une étude à part; il faut une physiologie générale et une physiologie spéciale } mais Bichat avait petil-»étre aussi eu tort de trop

BICHAT. aù^

dëglfger cette espèce de physiologie f(ui clierche, bien qu'il ne soit pas probable qu'elle arrive jamais à trouver.

Sa preniière partie traite des appareils de la vie ani^ maie*

1° Appareils de la locomotion. Ostéotogie et myologie. Sa division est pour une anatomie générale, et non pour une anatomie comparée. Tout le monde a reconnu que dans l'appréciation du mouvement de chaque mus-^ cle, il n'y a encore personne qui ait aussi bien senti que lui. Mous ne parlons passons le rapport d'érudition dans la connaissance des ouvrages des autres : il a donné uniquement ce qu'il a vu.

2° Appareils des sens internes. Du cerveau et de ses dépendances. On ne peut pas dissimuler que cette partie est peu en rapport avec le besoin de la science; il ne savait même pas ce qui avait été exécuté avant lui. il a pourtant mieux fait connaître les membranes et mieux démontré certaines parties qui conservent son nom.

3** Appareils conducteurs du sentiment et du mowe^ ment. Des nerfs de la vie animale et des nerfs de la vie organique. Cette thèse est tout entière dans sa direction; elle avait bien été pressentie, mais jamais aussi bien établie avant lui.

La seconde partie contient les appareils de la vie or*» ganique. Cette partie semble un peu moins avancée.

1* Appareil de la digestion ;

a® De la respiration ;

3° Delà circulation du cœur, des artères, des veines.

4' Il traite ensuite de l'appareil de l'absorption , où il commet une grave erreur en créant un système qui n'a été admis ni avant ni après lui. Il imagine des bouches aux vaisseaux absorbants et aux vaisseaux exhalants. Celte erreur est due à ce qu'il n'avait pas étudié cet àp'

208 CORTElfPORAmS.

pareil dans les animaux, où il n'y a évidemment point de bouches absorbantes et exhalantes , comme il le prétend.

5"" Il finit par l'appareil des sécrétions. La 3* partie, qu'il en a séparée d'une manière très-convenable, traite de l'appareil de la génération : i"* dans l'homme; a"" dans la femme; S"" du produit de la génération à l'état d'œuf, de fœtus, et dans son développement.

Ainsi y son plan est extrêmement facile à saisir; on s'en est aidé, et puis on l'a critiqué. Cet ouvrage a pourtant eu un très-grand succès, moins cependant que le suivant, dont il nous reste à parler.

Anatomie générale. C'est un chef-d'œuvre de la plus haute importance, caria pathologie générale, et par suite, la thérapeutique, en naissent. « Le plan, dit Bichat luimême, consiste à considérer isolément, et à présenter avec tous leurs attributs , chacun des systèmes simples qui, par leurs combinaisons diverses, forment nos organes. La base de ce plan est anatomique, mais les détails qu'il embrasse appartiennent aussi à la médecine et à la physiologie.... Mon Traité des membranes en a offert l'esquisse. » Nous n'avons donc rien à ajouter pour prouver qu'il est le développement du Traité des membranes, et qu'il a, par conséquent, pour principe la thèse de Pinel, dont il est le développement le plus complet. 11 rejette la doctrine mécanique de Boerhaave et celle des Stahliens, pour mettre à la place ses propriétés vitales, et alors son but est a d'analyser avec précision les propriétés des corps vivants; montrer que tout phé: nomène physiologique se rapporte en dernière analyse à ces propriétés considérées dans leur état naturel; que tout phénomène pathologique dérive de leur augmentation, de leur diminution ou de leur altération; que

BICHAT. ÛO9

tout phénomène thérapeutique a pour principe leur retour au type naturel, dont elles étaient écartées, etc. » «On dira peut-être que celte manière de voir est encore une théorie; je répondrai que c'est donc aussi une théorie dans les sciences physiques, que la doctrine qui montre la gravité, l'élasticité, TafTinité, etc., comm^ principes primitifs de tous les faits observés dans ces sciences. »

Il commence par des considérations générales qui contiennent les paragraphes suivants :

i"* Remarques générales sur les sciences physiologiques et physiques.

a* Des propriétés vitales , et de leur influence sur les phénomènes des sciences physiologiques et physiques.

3' Caractères des propriétés vitales, comparés aux caractères des propriétés physiques.

4** Des propriétés vitales et de leurs phénomènes con. sidérés relativement aux solides et aux fluides. 5' Des propriétés indépendantes de la vie. 6'' Considérations générales sur l'organisation des animaux.

7" Conséquences des principes précédents relativement aux maladies. Et il y montre que chaque tissu peut être altéré isolément dans un organe.... que les sympathies n'ont pas lieu dans un oi^ane en totalité, mais dan<s tel ou tel tissu de cet organe; que les diverses inflammations varient suivant chaque tissu, ce qui est, comme 00 voit, la thèse de Pinel. Il montre l'influence de ces considérations, ou mieux, de cette conception sur l'anatomie pathologique, qui est par là envisagée d^une nouvelle manière.

8* Remarques sur la classification des fonctions. Et il T. iii. i4

^lO CONTEMPOSLifirS.

en donne un tableau, k celle occasioDy il critique la cU^sification des fonctions par Vicq-d'Azir.

La première partie de lanatomie générale comprend les systèmes généraux à tous les appareils. 11 commence par le système cellulaire; viennent ensuite le système nerveux de la vie animale, le système nerveux de la vie oi^anique , le système capillaire y le système exhalant et le système absorbant.

I^ seconde partie comprend les systèmes particuliers: le système osseux 9 le système médullaire , le système cartilagineux, le système fibreux, fibro-cartilagiueux, musculaire, muqueux, séreux, dermoîde ^

Il étudie d'abord chacun de ces svslèmes dans son

état normal, anatomique et physiologique, puis sous le point de vue anormal ou pathologique, et enfin , dans sa formation et son développement.

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