VI. Résumé et conclusion
Il était de la plus haute importance de montrer dans l'analyse générale , mais complète , des ouvrages de Bichat, l'efTort qu'il avait produit. Nous avons vu, et c'est une chose digne de remarque, que presque tous ceux qui ont fait faire des progrès à la science, étaient nonseulement médecins, mais encore fils de médecins; ainsi Vicq-d'Âzir, Pinel , Bichat, etc. Nous avons pris Bichat faisante Lyon sa première éducation sur des bases assez larges; nous l'avons suivi à Paris entre les mains de Dcsault , le digne représentant de la chirurgie fi*ançaise, alors encoreau plus haut point de sa renommée. Devenu lijjre de sa direction par la mort de son maitre, il a pro-
' Nous avons supprime l'analyse plus détaillée de cet oovrago, qui est entre les mains de tout le monde.
BICHAt. SU
duit son effort en quelques années. Espèce de météore, il n'a brillé qu'un instant , mais en laissant apiès lui une longue traînée de lumière. Il avait des connaissances ^géométriques et philosophiques. Il en a été de même dePinel, de Vicq-d'Azir, etc.; preuve qu'une direction vraiment scientifique ne doit pas se contenter de l'application matérielle de l'art médical.
Mais par-dessus tout, ce qui l'a servi, ce qui l'a dév^ loppé, ce qui a fait sa gloire et tous ses travaux, c'est d'être venu dans son temps, c'est d'être venu immédiatement après Pinel. Le créateur delà méthode naturelle, appliquée à l'art de guérir, ayant envisagé d'une manière philosophique les phlegniasies, chercha des caractères organiques pour présider à chacun des ordres de cette classe de maladies. 11 se fonda sur cette donnée généralement vraie, que des parties liées entre elles par la structure, doivent l'être aussi par leurs afTections. Cette nouvelle conception frappa Bichat : il comprit toute la valeur de la méthode naturelle appliquée à Fart de guérir; il en admit le principe général, chercha à confirmer l'un et l'autre en les appliquant à l'étude des tissus. Les principes de Pinel étaient vrais, mais leur application dans les détails ne l'était pas autant. Bichat -voulut la rectifier, et il fit son Mémoire sur les membranes et sur leurs rapports généraux d'organisation. Il développe et applique tous les germes de ce premier travail dans deux autres mémoires : l'un sur les membranes synoviales, et l'autre sur la symétrie et l'irrégularité des Oignes, deux travaux de méthode naturelle. De là sortit son Traité des membranes. Partant du principe de Pinel, adoptant son but pathologique et théropculiqne, il travaille uniquement à rectider les détails, et arrive, par Tanatomie, à cette classification naturelle des mem<
a la COITTEMPORAIirS.
branes que tout le monde attendait , et il y joint une nomenclature rationnelle. Mais le Traité des membranes lui-même contenait en germe ses Recherches sur la \ie et son Ânatomie générale y qui est le terme et le perfectionnement de tous ses travaux. C'est dans cette direction qu'il a réellement créé de toutes pièces l'anatomie générale ou l'anatomie des éléments de nos organes , Tanatomie médicale et pathologique, et l'anatomie de développement 9 et qu'il est arrivé jusqu'à la thérapeutique; et quoiqu'en 93, il ne craint pas de remonter directement à Dieu comme le souverain auteur de l'oi^anisme et le législateur des lois qui le régissent. Il avait donc envisagé la science dans toute son étendue.
En analysant Pinel pour démontrer son effort , nous avons vu que ce philosophe avait véritablement conçu la médecine dans tout son ensemble, et qu'il avait démontré qu'elle n'était qu'une branche des sciences naturelles, et que, par conséquent, elle pouvait et devait opérer son progrès par les mêmes moyens. Bichat, continuant cette direction, a produit un mouvement presque phénoménal dans la science. S'il en a été récompensé de son vivant, il n'en a pas été ainsi après sa mort; bien des gens l'ont pillé sans lui rendre justice et en le combattant. Il avait compris dans son plan'toute l'encyclopédie médicale ; mais comme il perfectionnait et développait Pinel, Broussais devait venir achever ce que lui-même ne put finir, la thérapeutique.
C'est ainsi que des hommes épars convergent, pour ainsi dire malgré eux, vers un même progrès naturel de l'esprit humain, bien différent de ces progrès factices et fallacieux dont on parle tant sans savoir ce que c'est. La jeunesse avec le dévouement dans Bichat, l'âge viril avec une dialectique incisive dans Broussais, la aiaturité
BROUSSAIS. !ll3
avec la profondeur de vues dans Pinel^ ont concouru à produire ce grand progrès; de sorte qu'on peut dire que Pinel est la tête, Bicliat la poitrine , et Broussais le bras d'une même personne scientifique.