IV. Éléments de ses travaux
Ces éléments sont 1 état de la science à l'époque où il y entra, et d'abord, les leçons et les ouvrages de Pinel^ où il puisa, comme il Tavoue, sa première impulsion, qui le dominera tout entier, malgré l'acrimonie avec laquelle il a semblé repousser son maître.
La seconde source, qui n'est que le développement de la précédente, sont les leçons et les ouvrages de Bicbat. Les leçons de Cbaussier lui furent aussi d'une grande utilité.
Les ouvrages de Cabanis lui donnèrent sa direction philosophique, qu'il poussa jusqu'à l'extrême.
L'école de Montpellier lui fournit le principe vital, qu'il accepta et défendit d'abord avec une énergie contradictoire que l'on ne conçoit pas dans un anti-ontologiste.
L'école d'Edimbourg lui prêta presque toute sa théorie de l'excilalion en plus ou en moins, et Broussais, si semblable en tant de points à Brown, n'a fait, pour ainsi dire, que s'enter sur lui. M. H. Gouraud a donné un parallèle de Broussais et de Brown, qui est très-remarquable et frappant de ressemblance. Mêmes mœurs, même caractère, même conduite envers leurs prédécesseurs et leurs maîtres, même enthousiasme dans leurs élèves, même série d'écrits a peu près, même doctrine au fond , si ce n'est que Broussais a fait dans un sens ce que Brown avait fait dans l'autre. Mais nous devons ici comparer les deux doctrines, et nous le ferons avec Broussais lui-même, dans son ouvrage de l'Irritation.
P. 47. « Brown posa d'abord en principe, que la vie ne
BROUSSAIS. 2l3l
s'entretient que parTexcilation, et que vivre n'est autre chose qu'être excité. » P. 58. « Nous professons d'abord, dit Broussais, avec Brown, que la vie ne s'entretient que par l'excitation. » P. 48. «Brown soutint que l'excitabilité, considérée d'une manière générale, comme une modification de la vie , se consume et s'épuise par l'action des excitants ou par l'excitement, et s'accumule • par le repos, c'est-à-dire, par le défaut d'excitement. De ce principe il déduisit une foule de conséquences, dont il y en a très-peu de justes. Ainsi, d'après son système, un excitement modéré entretient l'équilibre des forces, ce que personne ne peut contester. Un excitement plus grand produit un surcroit de vigueur, source de toutes les maladies qu'il appelle sthéniques ou par excès de force. Un excitement encore plus énergique épuise l'excitabilité et fait naître la faiblesse ou asthénie indirecte. Mais il est une autre espèce de faiblesse, qu'il nomme directe; elle est constamment le produit du défaut d'excitement, et plus elle augmente, plus l'excitabilité devient extrême.... ce qui se termine par la mort. »
Pag. 58. «L'homme, professe Broussais, ne peut exister que par l'excitation ou la stimulation, car les deux mots sont synonymes, qu'exercent sur ses organes les milieux dans lesquels il est forcé de vivre. » Il décrit les stimulants et leur action.
Et pag. 63. (c C'est sous l'influence continuelle de ces nombreuses causes d'excitation que la vie se maintient. Elle en dépend à tel point, que si ces causes viennent à manquer (ou, ce qui est la même chose, si l'excitation s'aiTaiblit jusqu'à l'extrémité), la mort est inévitable.»
Pag. 76, 77. «La contractilité (qui n'est qu'une excitabilité) doit être admise comme la propriété vitale de la
nSl GONTEBfPORA.IMS.
matière des nerfs.... L'albumine ou la fibre nerveuse proprement dite, en jouit comme matière albumineuse. C'est par cette importante matière que nous sommes en rapport.... avec cette source ëternelle de la vie qui nous est inconnue dans son essence , et dont Vexcès ou le dcficit d'un moment suffisent pour nous anéantir. »
Jusqu'ici, Brown et Broussais, quoi qu'en dise ce dernier, ne sont pas mal d'accord. En quoi diffèrent-ils? Broussaisva nous l'apprendre : pag. 48* «Brown traita l'excitation d'une manière abstraite , c'est-à-dire, en la séparant des organes, et se jeta dans l'ontologie; ensuite il appliqua aux organes eux-mêmes ce qu'il avait rêvé sur l'excitabilité.» Voilà la grande lacune du système de Brown.
P. 5o. « Si Brown avait étudié l'excitation dans les organes, au lieu de la considérer d'une manière abstraite, il aurait évité toutes ces erreurs. » Pag. Sa. a Mais Brown n'était point praticien, il n'était point anatomiste, et d'ailleurs, de son temps , on ne connaissait pas assez le degré de vitalité de chacun de nos tissus, pour qu'il fut possible d'y bien observer le phénomène de l'excitabilité, et de prendre une juste idée de la manière dont ils se transmettent réciproquement l'excitation. Il fallait une anatomie analytique , et aucune nation ne possédait encore un Chaussiery un Bichat, »
Ainsi donc, remplacer l'abstraction , l'entité de l'excitation dans le système de Brown, par l'application d'une anatomie analytique, voilà ce qu'il y avait à faire pour arriver à la médecine physiologique , ou à la théorie des stimulants. Mais l'anatomie n'était pas encore assez avancée du temps de Brown pour permettre ce progrès , car aucune nation ne possédait encore un Bichat. Ainsi est prouvée notre thèse: Broussais, qui
est venu faire celle application , est une conséquence de Bichal, qui lui-même est la conséquence de Pinel.
Enfin y en arrivant à la pratique, Brown pose trois cliosesà déterminer : i<>si la maladie est générale ou locale ; 2® si elle est sthénique ou asthénique; 3^ quelle en est la mesure ou la quantité. Mais il a établi, d'ailleurs, qu'à peu près constamment la maladie est générale, qu'à peu près constamment elle est asthénique : ainsi , il n'y a qu'à savoir quelle dose de toniques le malade peut supporter. Broussais a encore plus simplifié , mais dans un sens contraire. Selon lui , il y a aussi trois choses à déterminer :
i^Quel est l'organe malade ; i^ quelle est la nature du mal ; mais elle est à peu près conslamment inflammatoire; 3® quelle en est la mesure, c'est-à-dire, quels antiphlogistiques le malade peut supporter.
L'un et l'autre ont ainsi tiré des efTets très-remarquables, ou très-bons ou très-mauvais, de leur médication privilégiée , celui-là de l'opium et du quinquina, celuici de la saignée; tous deux, par conséquent, nous ont appris des choses fort importantes sur la valeur, bonne et mauvaise, sur l'influence salutaire et funeste de ces deux médications '.
La dernière et principale source des travaux de Broussais sont ses observations directes faites dans les hôpitaux militaires, dans des pays très-différents, sur des individus de toutes nations. C'est donc sur son observation propre, et non sur l'observation d'autrui, qu'il a travaillé.
V. Éniiniération et analyse de ses oui^rages. I. Énumération de ses ombrages. — Broussais a publié
a34 CONTEMPORAINS.
tous ses ouvrages dans un espace de trente-cinq ans , de j8o3 à i838.
Le premier fut sa thèse inaugurale, idtitulée : Re<cherches sur la fièvre hectique ^ etc. Paris, i8o3.
1^ Histoire des phlegmasies ou inflammations chroniquesy fondée sur de nouvelles observations de clinique et d'anatomie pathologique; ouvrage présentant un tableau raisonné des variétés et des combinaisons diverses de ces maladies , avec leurs différentes méthodes de traitement. Paris, 1809.
3® Mémoire sur la circulation capillaire , 1 8 1 1 .
4® Lettre sur le service de santé des corps d'armée , i8ri.
5® Mémoire sur les particularités de la circulation avant et après la naissance. Actes de la Société médicale d'Émulation. Ce n'est (|u'une suite de vues hypothétiques, comme son Mémoire sur la circulation capillaire.
6® Examen de la doctrine médicale généralement adoptée^ 181G. Ouvrage intéressant sans doute , mais diatribe dégoûtante de forme et de partialité.
7*^ Histoire (les phlegmasies ^ 2^ édition, 1816.
80 Réponses aux Réflexions d'un anonjme sur la nouvelle doctrine médicale,
cf Réflexions sur les fonctions du système nen^eux en général^ 1818.
10® Examen des doctrines médicales et des systèmes de nosologie; 2® édition, refondue de V Examen de la doctrine médicale généralement adoptée.
I \^ Annales de la médecine physiologique j de 1812ai83/| , 12 années; 26 volumes.
1 2° Traité de physiologie appliqu/'e if la pathologie, i^^ édition, 1822; 2« édition, i834.
6ROUSSÂIS. a35
i3^j Histoire des phlegmasies^ 3® édition , revue et augmentée; 3 vol. , 1822.
i4® De la théorie médicale ^ dite pathologique. Brochure in- 8**, 18a 3.
i5^ Catéchisme de la médecine physiologique j i8a4.
16** Histoire des phlegmasies j 4* ^^ 5* édit.
1 7" De F irritation considérée sous le rapport phjsio^ logique et pathologique ^ 1826.
1 8** De t irritation et de la jolie. Ouvrage dans lequel les rapports du physique et du moral sont étabHs sur les bases de la médecine physiologique ; 1 vol. in-8% i8a8.
1 9^ Réponses aux critiques de V irritation et de la folie. Brochure de aoo pages; 1829.
20** Commentaires des propositions de pathologie , consignés dans l'Examen des doctrines médicales , 2 vol. în-8% 1829.
21** Z.^ choléra " morbus observé et traité selon les principes de la médecine physiologique; i832.
22"* Mémoire sur Vinjluence que les travaux des médecins physiologistes ont exercée sur l'état de la médecine en France 9 i832 , pour sa première candidature à FAcadémie des Sciences.
23** Mémoire sur la philosophie de la médecine j i832; aussi pour sa première candidature à l'Académie.
24° Mémoire sur V association du physique et du moral, 1834» pour sa seconde candidature à l'Académie des Sciences.
25** Cours de pathologie et de thérapeutique générale , professé à la Faculté de Médecine, 3 vol. in-8**, sténographié et revu ; i835.
26" Cours de phrénologie y fait à la Faculté de Méde-
a36 CONTEMPORAINS.
cine, commencé le i6 avril et termine le 8 juillet i836, I \oL in-8°, sténographié et revisé.
27** Mémoire sur le moi^ le sentiment personnel^ lu à rinstitut, en octobre i838.
II. Analyse générale de ses premiers ouvrages. Les ouvrages de Broussais son t, comme toujours , préparatoires, d'exécution et de perfectionnement.
1° Préparatoires. Ses premiers travaux ont pour but, comme les premiers de Bicbat, de reclifier Pinel et de combler les lacunes de ses ouvrages. C'est la même méthode qui a été suivie pour Xlncertœ sedis du Gênera plantarum de Jussieu. Ainsi l'avons-nous vu pour le petit Mémoire des membranes de Bichat. Il en sera de même des Recherches sur la fièvre hectique; elles ont pour but de remplir une lacune dans le cadre de Pinel, en y plaçant cette nouvelle classe de fièvres dont Pinel n'avait point parlé , et en même temps d'étendre la classification des tissus de Bichat.
C'est immédiatement après que, découvrant une nouvelle lacune dans Pinel, qui ne traitait pas des maladies chroniques, il s'en empare dans sa direction et dans celle de Bichat ; direction nécessitée en admettant (|ue c'était l'organisme qui était malade, et que les symptômes n'en étaient, pour ainsi dire, que les cris.
L'Histoire des phlegmasies chroniques vient donc combler une grande et belle lacune, en marchant pleinement dans la direction de la nosographie philosophique et de l'anatomie générale, ce que Broussais reconnaît à cette époque.
Aussi, son troisième travail est-il un Mémoire sur la circulation capillaire, conséquence de l'anatomie det tissus par Bichat, dont il accepte la division des capil-
laires à sang rouge et des capiiJaii'es à sang blanc ; et il cherche à établir que tons les phénomènes \ilaux organiques se passent dans cette partie. £nfin, suivant encore Bichat dans l'anatomie de développement, il composa son Mémoire sur les particularités de la circulation avant et après la naissance. Voilà donc Broussais dans la direction de pathologie et de physiologie générale, ce que Pinel avait demandé , mais ce qu'il n'avait pu exécuter, et ce dont Broussais l'a critiqué à tort , comme il a fait pour Brown , puisqii aucune nation ne possédait encore un Bichat.
a®. Travaux (F exécution. Le professorat arriva à celle époque pour Broussais, et pour exécuter tout son effort médical , il chercha à faire table rase par son examen des doctrines médicales. Il prit en apparence Hermandez pour point de mire de ses diatribes ; mais en réahté, il tomba à bras raccourci sur Pinel. Il se trouva, en présence de la nosographie philosophique, dans la même position que Bufibn à l'égard de Linné. Il ne put comprendre la portée de la classification des maladies, ni l'application de la méthode naturelle et d'observation à la médecine.
Comme suite de l'Examen , arrivent les Réponses aux critiques d'un anonyme sur la nouvelle doctrine médicale.
Il fut ensuite nécessairement conduit à examiner l'influence du système nerveux sur la ciiculation et sur tout l'organisme, et à en déduire les sympathies, et alors il publia ses Réflexions sur le système nerveux en général.
Tout en marchant ainsi dans la physiologie générale, il remonte dans les âges pour étendre sa critique et son examen jusqu'à Hippocrate, et il passe condamnation sûr tout ce qui l'a précédé par l'accusation d'ontologie,
dont il ne comprend ni le sens véritable , ni l'importance; car, en bonne métaphysique "comme en toute science quelconque, il est impossible de ne pas faire de Tonlologie, sous peine de ne jamais sortir des faits ^ sans pouvoir arriver à les relier ensemble par une généralisation logique.
Broussais , ayant arboré son triple drapeau, se trouva en opposition avec l'ancienne médecine et avec les disciples de Piiiel , qui ne comprenaient pas le pinélisme. Dès lors, besoin fut d'un grand levier pour attaquer et pour se défendre tout à la fois ; et les Annales de physiologie furent créées , afin de frapper tous les jours pour sa doctrine et contre ses antagonistes. Il fallait en outre agir sur les écoles étrangères; et ses travaux précédents furent convertis en une j)hysiologie générale, appliquée à la pathologie , fondée sur l'anatomie générale de Bichat, sorti lui-même de Pinel, comme nous Favons démontré. Revint alors une troisième édition de l'Histoire des phegmasies, dans laquelle se trouve surtout sa doctrine.
3^ Trcwaiix de perfeclionncment. Voilà Broussais arrivé dans la voie de démonstration, tout en paraissant s'éloigner de plus en plus de sa source. Alors il crée ce grand mol de médecine physiologique, mais non la chose. Afin de faire entrer sa doctrine dans tous les esprits, il publie ensuite le Catéchisme physiologique, le plus puissant mode d'un enseignement appelé à pioduire un grand elfoii par sa forme dogmatique. Enfin vient une nouvelle et dernière édition de ses Phlegmasies. Mais alors, en étendant la démonstration de sa physiologie générale et de sa pathologie, il a été obligé de créer un nom plus général encore, et il publie son Traité de l'irritation, considérée physiologi-
quement, inlellectuellemenl et palhologiquement. Et ici on lui a reproché à bon droit Tonlologie et les entités, lui qui les rejetait avec un sarcasme si amer. Il entre ensuite dans une nouvelle carrière, et cherche à voir si c'est Firritalion du système vasculaire nerveux qui détermine la folie; mais un grand nombre de critiques, plus ou moins amères, lui ont fait sentir qu'il n'était pas dans le vrai.
Arriva le choléra-niorbus, et un nouveau champ de bataille s'ouvrit pour Broussais : le fait est que personne n'y entendit grand'chose. C'est aussi à cette époque qu'il essaya d'entrer à l'Académie des Sciences, à bon droit sans aucun doute; mais les portes lui en furent fermées. Ensuite il professa sa pathologie générale, et son cours fut publié, aussi bien qu'en i836 son cours de phrénologie. Ces deux cours sont au-dessous de lui. Enfin, son dernier travail fut un Mémoire sur le moi , sur -la conscience, ce qui le conduisait à la moralité humaine; et, dans sa profession de foi, oii il est forcé de reconnaître l'Etre créateur, quoiqu'il ne sache pas cependant ce qu'il est, il arrive au grand terme de toute science, et nous prouve , malgré lui par l'absurde , la vérité théologique.
III. Analyse spéciale. Physiologie générale ou médi-^ cale. I** Mé^iioire sur la circulation capillaire, de pure théorie.
a" Sur les particularités de la circulation, avant et après la naissance; de théorie comme le précédent , qu'il rectifie et continue.
3® Réflexions sur les fonctions du système nerveux en général.
4* Traité de physiologie appliquée à la pathologie. II s'y donne lui-même comme l'héritier des idées de Bichat,
a4o CONTEMPORAINS.
fécondées par leur application à la palhologie ; application que nous avons ^ d'ailleurs, trouvée très-avancée dans Bichat.
De V irritation y considérée sous le rapport physiologique et pathologique ; ouvrage sorti de la doctrine de Bichat sur les propriétés vitales.
Pathologie spéciale, i** Recherches sur la fièvre hectique. Venceslas Trnka avait entrepris de traiter ce sujet, aussi vaste qu'intéressant, dans son Hisloriafe' hris hectica:, oninis cnû obseri^ata medica continens. Vindobona^^ 1783. Mais M. Broussais, dit Pinel, a mis non-seulement plus de choix et de méthode dans la distribution des faits, en les rapportant à des affections de diverses parties du système muqueux, sanguin , glanduleux , cutané et nerveux cérébral , mais encore en faisant dépendre la fièvre hectique de l'altération simultapée de plusieurs systèmes.
Il admet des fièvres hectiques provenant des altérations des systèmes de la vie organique, et des fièvres hectiques morales.
Et au sujet du diagnostic de celles-ci, M. Pinel dit que les limites qui séparent cette fièvre hectique morale de la fièvre lente nerveuse, sont encore loin d'avoir été nettement posées.
Pinel avait étudié et classé les fièvres aiguës; Broussais, en marchant dans cette direction, vient donc ajouter une nouvelle classe, les fièvres chroniques; et il la caractérise par la méthode de son maître sur les symptômes, traduisant l'état des membranes et des tissus divers.
2" Histoire des phlegmasies ou inflammations chroniques, fondée sur de nouvelles observations de clinique et d'anatomie pathologique; ouvrage présentanl
TROUSSAIS. a4l
UD tableau raisonné des variétés et des combinaisons diverses de ces maladies, avec leurs différentes mélho« des de traitement.
Nous avons quatre points essentiels à noter dans cet ouvrage : i" les nouvelles observations cliniques; a° les observations d'anatomie pathologique; 3° le tableau raisonné des variétés et des combinaisons diverses de
ces maladies; 4*" leurs différentes méthodes de traitement.
i* Les nouvelles observations cliniques. Celte partie de son ouvrage appartient tout entière à l'école dePinel , que Broussais appelle le père de la médecine clinique française^ t. II, pag. 6. Tout plein de la doctrine de ce grand maître , a quand il se trouva en présence des maladies, il ne tarda pas, dit-il , à s'apercevoir qu'il était impossible d'acquérir sur aucun genre d'affection morbide des idées générales , claires et satisfaisantes , qu'à force d'en étudier les variétés individuelles, et que nul ne pouvait se flatter de bien connaître une variété, s'il n'avait les moyens de se retracer avec vérité la cause , les progrès et la terminaison de chaque maladie. »
Voilà donc, avec Pinel, les maladies devenues des êtres naturels, dont il admet des genres et des espèces, puisqu'il reconnaît les variétés; et l'espèce est, comme pour Pinel, tout le cursus de la maladie , i** la cause ou le commencement y a** les progrès ou ïaugment, et 3** la terminaison.
Et il faut dès lors subir la conséquence , en portant, avec Pinel, la méthode d'observation des sciences naturelles sur les êtres-maladies. Aussi, ajoute-t-il, «l'observateur scrupuleux ne saurait donc se dispenser de tracer isolément 'l'histoire complète des maladies, jus- T. m. i6
a/i% GONTIEMPORAINS.
qu'à ce qu'il croie avoir passé en revue la très-grauda majorité des cas.
<c En recommandant des histoires complètes, nous entendons que cette expression soit prise dans son acception la plus étendue. » Car , toujours dans les prin*cipes de Pinel j il reconnaît a que toute maladie a deui terminaisons possibles. Aussi , lorsque les efforts du médecin n'auront pas été couronnés du succès désiré , il ne pourra regarder l'observation comme teraiinée, qu'autant qu'il aura suivi la maladie jusqu'à la dissolution; car il n'est point d'afïectjon pathologique qui ne puisse imprimer une modification particulière au pliénomène qui restitue nos corps aux lois de la matière organique ^ » Voilà donc toute la thèse de Pinel , que nous avons si souvent entendu demander que l'observation fut portée jusque dans l'analomie pathologique* et qui l'y a portée lui-même plus d'une fois.
Cependant Pinel n'avait pas borné l'observation nalurelle à l'étre-maladie pris en lui-même; il l'a observé dans ses rapports avec les milieux divers, les âges, les sexes, etc. Toujours dans la même voie, Broussais ajoute, p. XI : a L'observation clinique et anatomico-pathologir que des hôpitaux, toujours féconde par elle-même, donnera cependant des résultats dilTérents, en raison de la différence des sujets, du pays, de la situation , dç l'exposition, etc. d
Avec Pinel et Hippocrate, Broussais ne reconnaît donc de médecine possible que par Thisloire naturelle des maladies.
Ce sont ces principes qui l'ont conduit et dirigé dans toutes les observations cliniques qu'il a détaillées dans
' Prtface de i*hU$, des phlegm,, p. y, vi, vu*
iK)n histoire des phlegmasies , à Tinstar de la médecine clinique dePinel; et Fliistoire des phlegmasies, comme la médecine cliniqiie, a été la base, les éléments de tous les aulres travau^^ de Broussais; ce sont les faits sur lesquels il a travaillé.
Ce premier point de notre thèse démontré, nous arrivons au second. 2® Les observations danutomie patfio^ hgique. Pinel voulait une anatomie générale physiologique et pathologique ; Bichat est venu, fondé sur Pinel, remplir ce vœu de la science.
Broussais en admet la nécessité et Fimporlance, aËp comparant souvent, dit-il , après la mort, l'état des organes avec les symptômes qui ont prédominé durant la i^ie, on apprend à rapporter ceux-ci à leur véritable source, à distinguer les altérations d'aclion purement sympathiques d'avec celles qui sont dues à la lésion idiopathique d'un appareil; on s'habitue à devenir circonspect, etc. *
«Si le médecin, content d'observer en détail, au moment de ses visites, ne recueille que des notes générales; s*il borne sa curiosité anatomique à l'examen des cas extraordinaires ou de ceux qui lui paraîtront incertains, il n'échappera point à l'erreur =*. »
Il reconnaît que l'anatomie pathologique a été fo^t enrichie par les recherchée faites d'après l'exemple 4u célèbre Bichat ^.
Si maintenant nous le suivions dans les détails de son anatomie pathologique, nous démontrerions facilement qu'elle n'est autre chose que celle de Bichat, développée pathologiquement. Aiusii en donnant une idéfs générale
' P'ifn P- vu.
* Préf.y p. VIII.
' Inùvd,, p. a.
^44 GOICTEMPORAINS.
de rinflammation, il dit: «La modification vitale qui produit les quatre phénomènes (/w/w^wr, rouqeur, chaleurj douleur)^ a sop siège dans les \aisseaux capillaires de la partie malade ^ et dépend manifestement de Tauguientation de leur action organique... L'existence de ces phénomènes est subordonnée à la vitalité des parties oii le mouvement organiqne est accéléré... Cette modification, que nous disons consister dans un surcroit d'action organique 9 a son siège dans les vaisseaux capillaires de la partie malade; mais comme ces capillaires donnent passage à des fluides différents , et que leur d^ré de susceptibilité varie beaucoup , la couleur du faisceau tuméfié, qui dépend de l'accumulation des fluides, et la douleur, qui n'est que l'altération de la sensibilité, sont également très-variables. »
<K Lorsque les capillaires irrités peuvent admettre le sang tout entier, la tumeur est rouge. Comme les tissus où dominent les capillaires sanguins sont les plus sensibles, les tumeurs rouges inflammatoires sont les plus douloureuses. Comme ces capillaires sont les plus mobiles et agissent très-promplement sur leurs fluides, les tumeurs inflammatoires sanguines sont aussi celles où les changements chimiques sont le plus accélérés. Le sentiment de chaleur est l'effet immédiat des changements chimiques *.... »
' Qui ne reconnaîtrait là toute la théorie anatomicophysiologique des capillaires de Bichat, avec son principe de la sensibilité organique, qui, par ses variations, préside aux phénomènes divers, et jusqu'à sa théorie de la chaleur, qui n'est, pour Bichat comme pour Broussais, que le résultat d'une opération chimique de la
* Prolégomènes^ p. 6-7.
BROUSSAIS. ât45
sais y a seulement ajouté les phénomèes et leur étioiogie^ fondée sur les prin»
8 donc conclure que les observations
lologique appai^tiennent à l'école de
apparaîtra encore plus évident par le
%* t raisonné des variétés et des combinai^
sans dùf^.^co ces maladies, IjC progrès opéré par Pinel pour fiiire de la médecine une science positive , a surtout consisté dans l'application de la méthode naturelle à la classification des maladies; ce qui n'est que la généralisation des faits et leur liaison dans un système rationnel. Or Broussais, dans le temps où il était encore sans exaspération y a parfaitement senti la nécessité de cette généralisation, «car, dit-il, lorsqu'on a longtemps observé" et rapproché d'après cette méthode (précédemment exposée), il s'agit de procéder aux conclusions; mais il faut le faire avec une extrême sagesse. C'est ici que se montre la mesure du génie. Celui qui ne généralise pas assez nous fait penser qu'une partie de ce qu'il a observé est perdue pour lui; celui qui tombe dans l'excès opposé et qui prononce en dernier ressort, montre sa présomption et son orgueil; l'un et l'autre témoignent qu'ils ont des vues rétrécies; ils ne rendront jamais de grands services à l'art ^»
«Que la théorie soit pour vous (médecins), ce qu'elle est pour les autres sciences, le résultat des faits réduit en principe. Observez bien , rapprochez avec habileté, concluez avec justesse, et vous aurez une théorie qui ne vous abandonnera point au lit des malades, et
« Préface^ vi, viii.
^46 covfmiPdîikijfs.
que yoM respecteriez sans doute, ptii^ue chaôuti dé Yous aura su l'enrichir et la péffbctionneri )>
Le voilà donc arrivé en médecine à la méthode tiâ* turelle, qui ne consiste qu'à rapproehet* âvee habileté, à conclure avec justesse, et qui n'est^ eti dernière atialyse, que le résultat des faits tédult en principe y pour êû faire sortir des conséquences.
Les maladies avaient été classées d'aprèit les tissus et les membranes, qui en sont le siège ^ par Pihél; Bichftt était venu rectifier anatomiquement cette classification. Pinel s'était d'abord demandé sQu'est^ce que la maladie? Et il avait répondu : une affection organique, traduite à l'extérieur par un ensemble de symptômes. ^^ Quelle différence y a*t-il entre les maladies, suivant qu'elles affectent tels ou tels tissus ou membranes? Et il en avait tiré ses espèces et ses variétés. Bichat y avait ajouté les différences des propriétés vitales. 3^ Il avait montré que la sympathie faisait agir l'altération sur les ai^anes en relation avec l'organe affecté, et il avait eu les symptômes ou les caractères extérieurs traduisant les intérieurs.
Broussais, résumant Pinel et Bichat, se demande: 1° Quelle idée doiton se faire de l'inflammation? a® Quelle modification ce phénomène reçoit-il des diffé^ rences de tissus et des propriétés vitales? 3^ Quelles influences l'inflammation exercc-t-elle sur les fonctions en général? Telles sont les questions qu'il faut nécessairement traiter avant d'entreprendre l'histoire des inflammations chroniques de chaque viscère en particulier*.
C'est d'après ces principes du Pinélisme perfectionné par Bichat, qu'il donne \^ une idée générale del'inflâMmation, dont il fixe le siège dans les capillaires; qu'il
' Prolégom,, p. 6.
eumine, â<» la tnodificfitlon de l'iiiflatiimatiotl , §elon les difïérençes de tissus et de propriétés \itales du lieu sifTecté, en adoptant la classification des tissus et des membranes de fiichat*
1^ L'inflammation aiguë considérée dans le tissu cellulaire général et dans les parenchymes riches en ca^ pillaires sanguins;
a^ Dans les capillaires des tissus glanduleux séci^éteurs ;
3^ Dans les capillaires des tissus musculeux, tendineux, ligamenteux, cartilagineux et osseux |
4^ Dans les capillaires des tissus membraneux ;
5^ Dans les capillaires des glandes lymphatiques en général ;
Puis6Tinflammation aiguë passant à l'état chronique dans ces différents tissus.
Ensuite, il étudie Finflatnmation chronique à peu près dans le même ordre , et sur les mêmes tissus ou membranes.
Et enfin, l'influence de l'inflammation sur les fonc» dons en général, qu'il étudie sur les mêmes organes et dans le même ordre*
Rien donc encore ici au delà du Pinélisme, si ce n'est des développements anatomico-pathologiques«
4^ Mais lorsque nous arrivons au quatrième pointi les différentes méthodes de traitement des maladies ^ c'est proprement là le grand effort de Broussais, la thérapeutique, déduite de l'observation, de la méthode et de l'anatomie physiologico-pathologique.
C'est d'après ces mêmes principes qu'il va traiter des phlegmasies chroniques, en s'annonçant comme devant combler une lacune. «IN'ignorant pas, dit-il, combien les exemples de ces maladies abondent dans les hôpitaux militaires, où j'avais longtemps servi avant d'être chargé
en chef du traitement des affections internes, j'étais surpris qu'aucun médecin n'eût daigné s'en occuper d'une manière particulière , tandis qu'on voyait se multiplier sans mesure les traités d'affections aiguës'.»
Et alors il étudie les inflammations pulmonaires en général, puis dans leurs spécialités, suivies de ses doob* breuses observations cliniques.
Puis des inflammations des viscères en général; des gastrites et des entérites spéciales, toujours avec ses observations cliniques.
Et il termine par les inflammations du péritoine.
II rend , en plusieurs endroits dans cet ouvrage, justice à Pinel. Ainsi, à l'occasion de la membrane interne des gros intestins, et page xx de sa préface : «L'inflammation de la membrane qui tapisse la face externe des viscères abdominaux, était déjà connue parla belle classiflcation de l'illustre Pinel. »
Le grand principe qui domine cet ouvrage, c'est que la plupart des maladies chroniques sont le résultat d'une inflammation aiguë mal guérie. L'histoire des phlegmasies chroniques était donc la continuation de ce que Pinel avait fait dans sa Nosographie philosophique; Bichat dans son Ânatomie générale. Broussais faisait pour la pathologie ce que ce dernier avait fait pour l'anatomie et la physiologie. Il faisait connaître les caractères de l'inflammation dans les divers tissus de l'organisme, caractères anatomiques et caractères physiologiques. U en tirait déjà des conclusions qui faisaient pressentir son système thérapeutique. Ces conclusions étaient:
i"" Que sur un grand nombre de malades morts d'af-
' Préf,^ p. XIII.
BBOUSSAIS. ^49
fectioDs réputées générales, et appelées fièvres , on trouvait des traces d'inflammations dans plusieurs organes. Par là il ramenait un grand nombre de fièvres aux phlegmasies ;
a^ Que très-souvent, ces inflammations s'observaient dans les organes digestifs et leurs dépendances ;
S'^Que le traitement tonique et excitant, généralement opposé à ces fièvres ou inflammations , leur était essentiellement contraire, et devait être remplacé par le traitement antiphlogistique, les saignées générales, les saignées locales, les émoUients, les adoucissants.
Cet ouvrage impérissable perpétuera la gloire de M. Broussais aussi longtemps que la saine observation et la vraie science seront en honneur.
Pathologie générale ou Médecine en général, i" Exa^^ men de la doctrine médicale généralement adoptée , et des systèmes modernes de nosologie ^ dans lequel on dé^ termine^ par les faits et le raisonnement y leur influence sur le traitement et la terminaison des maladies ;
Suivi dun plan d études , fondé sur Carmtomie et la physiologie y pour parifenir à la connaissance des signes et des symptômes des altérations pathologiques ^ et à la thérapeutique rationnelle. Première édition.
Cette édition fut refondue dans la seconde » où il examine toutes les doctrines médicales depuis Hippocrate jusqu'à nos jours ; 4 ^ol- Cet ouvrage a été traduit en espagnol.
Art. I. Analyse du Traité du typhus du docteur Hernandez.
Art. IL Conclusions de ce qui a été dit à l'occasion du typhus du docteur Hernandez. Doctrine du typhus proprement dit. Base du traitement de cette maladie. Art. III. Appréciation des nosologistes modernes.
2i5o coNnxpoRâiirs.
C'est évidemment et uniquement une dritique, toujdUfi amère^ quelquefois juste cependant ^ de la nosographie philosophique de Pinel, mais qu'il n'a pas comprise dans toute sa portée.
Art. IV. Vices des classifications qui viennent d'être examinées. Ce n'est que la confirmation de l'article pré^ cèdent.
Art. V. Plan d'étude fondé sur Tanatomie et la phy« siologie y pour servir à la connaissatice et au traitemetil des maladies internes.
Ce livre acheva la révolution commencée par les coum de Broussais. Législateur de la science nouvelle et juge de la science passée , il cita à son tribunal tous ses pré* décesseurs, et fit le procès à leurs idées, d'après la loi qu'il venait de promulguer. La passion , l'enthousiasme d'une jeunesse ardente serrèrent une foule de secta* teurs autour de lui. Pinel , timide et droit, assailli par son disciple, fut fidèle à son épigraphe, et garda m noble dignité vis-à-vis de la critique.
Broussais domina seiil^ et fit secte pendant quelque temps. Mais la pratique, qui est, en médecine surtout| le juge suprême des systèmes, ne tarda pas à trahir l'exagération ; et des ennemis , exagérés eux-mêmes ^ repoussèrent la nouvelle doctrine , dont ils ne saisirent point le côté vrai.
Contre ceux-là parut la Réponse aux Réflexions d'un anonyme sur la nouvelle doctrine médicale.
El successivement, pour appuyer et développer cette doctrine et la répandie, plusieurs ouvrages, et surtout le Catéchisme de la médecine physiologique et les Annales furent publiés.
INous avons à étudier plus en détail la dernière partie de TExamen, le plan d'études pathologiques. Pinel s'é-
tait tracé un plan d'ëludes médicAlest, car II s'était placé biet) pllis liaut; il était au point de vue de la science, tandis que Brousaais ne veut uniquement que Tart. <r Mon but y dit-il , est de former des médecins d'une pratique plus heureuse que ne peut l'être celle des systématiques à la mode J'ose espérer d'en élever un
assez bod nombre, pour susciter à l'erreur des ennemis qui finiront un jour par la détruire. »
Dès lors il dut repousser de toute sa force la médecine expectante^l'liippocratisme, dans laquelle avait dû rester Pinel, tandis que Brôussais va prendre le terme, la guérison.
Pinel, dans son système de nosologie, n'avait eu égard à aucune considération à^étiologie^ de <?<7ttj^j considérées d'une manière générale. Brôussais, au contraire, doit revenir à cette considération essentielle pour la thérapeutique , et dès lors il traitera des causes de la maladie pour les combattre; ensuite étiologie de la maladie en général, par suite de l'irritation en plus ou eti moins, pour la rétablir à son état normal , et il arrivera à l'étiologie de la fièvre , qu'il sera obligé de faire comme tout autre t et là il examinera s'il v a des fiévres essentielles ou non. Et il est admirable en ce point dans la critique de Pinel.
Pinel avait cru devoir séparer les maladies chroniques des maladies aiguës ^ en considérant les premières comme provenant d!une lésion organique ^ suite de la maladie /thèse qui nous semble pouvoir être soutenue, firoussais cependant ne veut pas l'accepter.
Il va ensuite établir et étudier les maladies d'après les tissus.
Il s'agit de voir qu'ici il démetitit , en apparence plus qu'en réalité, le plan de Pinel ^ car sa conception
l5a COITTElCPORAllfS.
médicale n'est que celle de Pinel, ajoutée à celle de Brown; et ^ dans cette première partie même, Broussais n'allait pas jusqu'à la thérapeutique; il n'y arriva que plus tard par la voie des déductions.
Voici ce plan d'étude.
nutritifs.
dans les premières
voies, dans les deuxièmes
voies.
surexci^/^Sir action tation.l normale d'agents . .