‹ Histoire des sciences de l'organisation et de leurs progrès, comme base de la philosophieChapitre 29 sur 61 · SECTION IV. — GALL · texte numérisé non relu

SECTION IV. — GALL

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Nous avons essayé de démontrer comment, par l'effort continu de Pinel, de Bichat et de Broussais, la médecine , en entrant dans la voie d'observation , d'analyse et de méthode naturelle, s'élevait jusqu'à la

lémonstration scientifique , en devenant une branche les sciences naturelles.

Nous devons maintenant étudier cet autre effort qui louche au système nerveux , le dernier terme de l'organisme, et le régulateur de tous les autres organes, en même temps qu'il est le substratum de l'intelligence , les renés de l'âme. Bichat y avait fait peu d'attention; il avait laissé là une lacune. Pinel, au contraire , eu s'attaquant aux maladies mentales, arrivait nécessairement à l'étude du système nerveux. De même Broussaîs , qui avait repris la direction de la thérapeutique et de la pathologie générales, devait revenir, à la fin de sa carrière, à l'étude de ces maladies et du système nerveux, qui en est le plus souvent le siège, pour les faire rentrer dans ses irritations , parce <{u'ayant pris tout l'ensemble des maladies, ce que n'avait pas fait Bichat, qui avait pénétré dans les maladies intérieures de tissu, en sortant de la chirurgie, il était conduit, dans l'exagération même de son principe, à ramener tout à une seule cause; mais, lorsque arrivé au ternie^ il voulut soumettre à ce principe les phénomènes intellectuels, il revint à l'étude du système nerveux dans la direction de Gall : il y porta toujours la même exagération , et en fit sortir te matérialisme.

Bien donc que Gall ne puisse être considéré comme une conséquence directe de Pinel, cependant il est l'accomplissement du dernier besoin de la science, et doit , par conséquent , être regardé comme la nécessité de son époque. H sera pour nous celui qui a donné à l'étude du système nerveux, la seule base, la seule direclioD qui devait en assurer les progrès, les hàler , et les foire aboutir au résultat possible, la physiologie du cerveau. 11 a consacré toute sa vie à l'éU^boration de ce

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seul point, et il est un exemple remarquable, qu'une idée importante et nécessaire peut entrer dans la science par la force d'un seul homme, combattu , négligé, méprisé, ridiculisé même, quand l'époque de la maturité

est venue.

Au point où nous sommes parvenus de l'histoire des sciences naturelles , et même de toutes les siences, nous voyons comment le cercle s'est considérablement agrandi dans ses rayons principaux. D'abord , dans la reprise de la méthode par Jussieu; car, quoique les principes de la méthode naturelle n'aient été posés que pour la classification des végétaux, néanmoins^ parce que cette méthode était une vérité, elle a été appliquée à toutes les parties de la science des corps : aux maladies, par Pinel; aux organes et aux tissus comrçe conséquence, par Bichat; et aux maladies considérées physiologiquement et pathologiqiiement , ainsi qu'à la thérapeutique rationnelle, par Broussais.

Nous avons vu, en second lieu, que l'anatomie de la mesure s'était aussi considérablement agrandie depuis Haller , pour arriver à étudier l'anatomie comparée par Vicq-d'Azir, qui prend la science de l'organisation, et rétend à toute la série des êtres végétaux et animaux, en y faisant entrer la physiologie. Pleinement dans la direction de Haller, il ne s'est pas borné là ; il a appelé la médecine comparée des végétaux et des animaux, pour compléter la médecine de l'homme. Par là nous arrivons à considérer l'organisme, non-seulement à l'état normal, mais encore à l'état anormal; et l'irritation de Broussais n'est que la doctrine exagérée de l'article u4lguillon du Dictionnaire de l'Encyclopédie méthodique, dû à Vicq-d'Azir. Voilà où nous amène le créateur de l'anatomie comparée ; mais VicqKl'Azir n'était ni na-

turalistO) ni méthodiste; et Storr, qui j le premier, va marcher dans cette voie, commencera à appliquer les principes de la méthode aux mammifères ; mais son effort sera 9 pour ainsi dire, sans résultat; on ne mar-

chera pas sur ses traces , tandis que Pinel , enfantant Bichat et Broussais, avait non*seulemeut appliqué ces principes à toutes les parties de l'art de guérir ^ mais encore était arrivé jusqu'au terme, en considérant les phénomènes du système nerveux, les phénomènes intellectuels. Quoiqu'il fût arrivé à ce point, des considéra* tiens, nées du système intestinal, étaient venues se jeter k la traverse , et rendre la généralisation impossible.

Après ces progrès, quoiqu'il y eût un Lamarck, le point où nous étions arrivés nous conduisait rigoureusement aux doctrines théologiques; et pourtant on s'est jeté dans le naturisme par l'étude des molécules : on avait exagéré la règle de Bacon , « que les faits sont la base de la science. » Alors on a pris les faits sans examiner [|ui les introduisait; on les a comptés, et on n'a voulu qu'eux. Quand, après avoir anéanti les principes qui seuls relient les faits, on a dit : C'est un fait, que vouleib-vous dire contre un fait ? on a cru posséder la science; QU a voulu conclure, et on n'a pu aboutir qu'à la matière qui fournit les faits , et la science s'est évanouie; car il n'y en a point sans démonstration , et, sans prin« cîpe f toute démonstration est impossible. Ce n'était pas ainsi que Bacon avait entendu que les faits étaient la base de la science ; en faussant sa thèse , on était venu jusqu'à confondre les hypothèses avec les faits sans les distinguer. Une autre cause conduisait au naturisme; c'était l'entreprise d'expliquer en physiologie lea fonctions par la chimie. Les physiologistes n'ont ^lus voulu envisager, dans les phénomènes , que ce qui

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était physique et chimique ; et alors, rejetant la puissance du Créateur, ils ont fait de la nature une grande entité, envisagée comme la cause universelle. Par suite de Texagération de cette thèse physiologique ^ dans laquelle les faits étaient pressants, on a voulu faire marcher la nature, la faire sentir, percevoir, raisonner et comprendre; on en a fait ce qu'on ne voulait admettre ni dans le principe intellectuel humain, ni dans Tintelligence créatrice. Ainsi le naturisme était conduit à Tâme universelle du monde, créant et organisant toutes choses.

Dans cette voie, la difficulté la plus grande a été celle où Ton est arrivé aux phénomènes de Tintelligence. Ici s'est pi^senté un mur d'airain, un obstacle infranchissable; pourtant le courage de Broussais a essayé de l'escalader, et nous avons vu qu'il s'y était brisé. Dès lors on a senti la nécessité d'étudier le système nerveux, le substratum des phénomènes intellectuels; et, comme ces phénomènes se présentaient divers et variables, on a eu besoin de chercher à localiser, sans toutefois en avoir sondé auparavant la possibilité. Mais, bien que l'étude des rapports de Tintelligence avec son substratum eût été présentée à plusieurs époques, comme elle ne venait pas à son temps, elle avait été abandonnée. Dès qu'un génie est venu dans un moment favorable, tout le monde l'a suivi. C'est dans la fin du dix-huitième siècle que Gall a donné ses premiers travaux; il a consacré sa vie à celte thèse, et transporté sa chaire dans tous les coins de notre Europe.

Il est donc facile de sentir la nécessité et l'importance de cet effort, puisque nous sommes arrivés au terme, 1 intelligence humaine, d'où ressortenl toutes les questions les plus élevées de physiologie , de métaphysique, de morale et de religion.

GALL. Sk'ji

Nous allons donc commencer notre marché.ordinaire par quelques détails de biographie. Malheureusement, Gall était un Allemand émigré chez nous, et sur lequel nous n^avons que peu de renseignements positifs.

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