IV. Éléments de ses travaux
Jjes éléments de ses travaux sont d abord ses propres observations, comme naturaliste , sur l'homme et sur les animaux* On dit qu'il élevait avec lui des animaux '.
Ensuite, le secours de Spurzheim, pour ses rechercbes anatomiques et d'érudition. Les travaux de WiUis, Reil, Malpighi et Vicq-d'Azir, sur le système nerveux^
Enfin 9 l'état général des sciences, à l'époque où il vint. Nous avons déjà exposé le point où étaient arrivées les sciences naturelles et médicales.
Pour nous mettre en mesure de mieux apprécier l'efTort produit par Gall dans la marche progressive de la science ou de la philosophie, par suite de ses travaux sur Tanatomie et la physiologie du cerveau, il sera rigoureusement nécessaire de jeter un coup d'oeil historique sur cette partie importante de la science de l'organisation, et surtout sur ce qu'elle était au moment où il proposa son système.
Jusqu'alors, les philosophes, les métaphysiciens et les moralistes, se partageaient ces trois branches de la philosophie, la physique, la physiologie et la morale, qui faisaient partie du cours de philosophie dans les universités avant la révolution.
Mais quelque forts que fussent ces hommes , ils raisonnaient plus ou moins à creux, et étaient forcés d'emprunter aux médecins, aux anatomistes, aux physiologistes et aux naturalistes, les faits dont ils avaient besoin pour soutenir le résultat de leurs observations
' Il a beaucoup observé dans ses voyages, mais il a peu disséqué. Pour l'anatomie du cerveau, il s'est servi Je l'ouvrage de Vicq-d'Azir, de celui de SœmmeriDg.
aRt CONTBMlOllAIirS.
fisiites sur eux-mêmes, en ^e regardant, pour ainsi dire, penser.
Buflbn était peut-être le seul qui eût eommenoé parmi les naturalistes à embrasser le sujet tout entier dans SUD histoire naturelle de lliammei mais sa direo^ tioD ne fut pas suivie.
Aussi, la physiologie I même obe* les auteurs qui en faisaient des traita spéciaux» se réduisait-elle à k connaissance des fonctions qu*exercs F hçmme physique ^ renvoyant la connaissance de Thomme moral et intellectuel à cette science nommée mélaphysiqus d'abord* puis psychologie f analyse de 1^ entendement , et enfin idéolo^e» '
k peine si les naturalistes s'occupaient de cette étude* liCs médecins commençaient cependant à le faire; on le voit dans Touvrage de Cabanis, des Rapports daph)-* sique et du nwral de thomme^ dans lequel il fait entrer les considérations d'histoire naturelle; mais, comme conséquence de la voie fausse qu'il s'était tracée, la négation de Tàme humaine et ie plus hideux malérialisme durent conduire à une démonstration par l'absurde; c'est ce que nous avons vu dans Broussais, qui ne fit que reprendre et développer la thèse de Cabanis.
Mais les hommes qui eurent le plus d'influence sur le développement de la thèse actuelle, furent surtout les médecins qui avaient porté leur attention sur les maladies mentales , voie dans laquelle marcha Pinel, et où il fut suivi par Crighton.
Cependant, les naturalistes, les médecins, les idéologues s'influencèrent les uns les autres. La physiologie du cerveau, c'est-à<lire , Thistoire et l'analyse des fonctions affectives, intellectuelles et morales, devait être
OALL. t83
mieux étudiée pour ces fonctions en ellesHnémes et dans leurs rapports avec l'organisation. Destutt de Tracy, l'intermédiaire de Cabanis et de Broussais^ avait même déclaré , au commencement de son ou* vrage, que IHdéologie est une partie de la zoologie.
En sorte donc que, de même que Bichat et Brous* sais peuvent être considérés comme des rameaux du tronc j Pinel sortant des racines des sciences naturelles j l'effort de Gall peut aussi être considéré comme une branche du même tronc j branche dont le déve* loppement ne devait pas borner son action à l'homme individuel, mais s'étendre à l'homme social pour éclairer l'éducation et la législation ; et par conséquent il devait avoir une portée d'une bien plus grande étendue. Mais aussi l'on conçoit comment son introduction a dû éprouver des difficultés bien autrement grandes en soulevant les passions pour et contre.
Ainsi, les naturalistes, après BufTon, venaient ap« porter leur quote-part pour montrer que , dans la même espèce animale, les divers individus n'avaient pas la même dose d'intelligence, et par cette couver* gence universelle vers l'analyse des fonctions du système nerveux, l'effort de Gall était déjà tracé, cfiiou qu'il ne l'ait peut-être pas aperçu.
, Afin de mieux établir l'histoire de cette partie de la science de l'homme, la plus importante sans aucun doute, posons quelques généralités préliminaires. L'his* toirè de la physiologie du système nerveux peut être partagée en quatre chapitres, suivant qu'elle s'occupe, i^ de la division , de la distinction, de l'analyse et de la définition des facultés ou Jonctions pour ainsi dire à priori; fonctions affectives, intellectuelles, morales^ 9? Du siège général et particulier de chaque classe et
a84 GOITTEMPOEillNS.
de chaque espèce de ces facultés, qu'on a placées dans les viscères de la digesdon , de la circulation , et dans le cerveau ; d'où venait la nécessité de Tanatomie. 3® De Ja traduction de ces faculté&à l'extérieur, ou prévision j soit médiate, par le tempérament et la physionomie, soit immédiate , par la forme de la tête. 4^ Enfin de la génération ou production de ces facultés.
Dès les temps anciens on avait cherché à sonder la nature de l'intelligence humaine; on avait divisé, distingué, analysé et défini les facultés intellectuelles. Pour cette étude, Albert le Grand et saint Thomas d'Aquin, son disciple, étaient dans une direction tout aussi excellente que la nôtre, et nous n'avons fait que les suivre. Us étaient dans la vérité.
Les anciens avaient même cherché le siège des diverses facultés, et leur traduction à l'extérieur, d'abord médiatement par les tempéraments, c'était la méthode d'Hippocrate, d'où sortit la physionomie admise par Aristote et son école ; puis immédiatement, en plaçant le siège dans le cerveau, comme cela se fit dans l'école d'Alexandrie, et en traduisant à l'extérieur par la conformation de la tète, comme le fit Albert le Grand, qui l'avait reçu d'Alexandrie par les Arabes. Enfin dans nos temps on est revenu encore à la physionomie; Lavater est, pour ainsi dire, le père immédiat de Gall. A peine était-il mort, quand Gall publia son système. La science avait donc marché dans cette direction, mais on n'avait point porté la main sur la difficulté.
Cependant, pourquoi l'esprit humain a-t-il ici commencé par l'étude des facultés plutôt que par celle des organes? Car, en général, c'est l'étude de l'oi^ane qui a conduit à celle de la fonction dans les autres parties de l'organisme. Ainsi, avant de se former une idée de la
GALL. a85
vision 9 on a étudié Torganisation de l'œil. Pour rintelligence et ses organes immédiats, c'a été tout le contraire, et il y en a une raison. Les fonctions furent d'abord étudiées, et on les avait nommées facultés, parce que le mot de fonction ne pouvait être employé avant un organe chargé de fonctionner (Jungi). Or on était dans l'ignorance de l'organe et même du siège positif des facultés; parce qu'il n'y a point de relation de cause et d'effet entre la mémoire et son organe par exemple, entre le siège positif même des facultés et tous les acte^ de l'intelligence!
Cette immense difficulté, du sujet livra toutes ces grandes questions aux idéologistes; ils rentrèrent dans leur intérieur pour y juger leurs actes; car les actes étaient certains, ce sont des faits positifs. Mais si l'anatomie de l'œil et les lois de l'optique montrent un rapport évident entre les parties de l'organe et plusieurs phénomènes de vision, rien ne peut dire que, dans le cerveau , telle partie soit chargée de telle fonction plutôt que de telle autre. Il faudra, pour arriver à quelques données, observer le cerveau dans la série des animaux, et voir quelles sont les parties de l'organe et les fonctions qui demeurent les dernières; or cela n'a pu se faire que quand l'histoire naturelle a eu démontré que la manifestation des phénomènes instinctifs paraissait être en raison de la masse de cerveau.
Une autre raison qui tient à la religion, de laquelle on s'éloigne en apparence, pour y être ramené malgré soi , c'est que la philosophie chrétienne ou la théologie avait accepté à priori, que toutes ces facultés apparle-r naient à l'âme, dont elles démontraient l'existence; âme immortelle, incorporelle, qui s'unit au corps et l'abandonne à la mort. Dès lors cette âme devait avoir ses
a88 GONTEttnpoRAiirs.
ce Le sentiment qui suit les idées s'appelle esprit OQ \ enlendement. Le sentiment qui souffre, joint au désir^ est nommé cœur ou volonté '. On ne peut sentir sans vivre, mais on peut très-bien vivre sans sentir. »
De là il suit que le sentiment est la faculté intellec* tuelle fondamentale. C'est le principe le plus certain qui révèle l'âme à elle-même, qui lui révèle le corps auquel elle est unie, et par lui, c'est-à-dire par ses or* j ganes, le monde matériel, ses lois, et par suite le créa- ■ teur, Dieu.
Mais qu'est-ce que ce principe en lui-même? « La j sensibilité considérée comme Faculté n'est que la puis- i sance de percevoir les impressions des corps stimulante; \ le sentiment étant la perception même ^. n
Pour Haller, l'âme est la source unique du senti* | ment, a Les animaux ne sentent que par les causes phy- '^ siques, Tbomme seul sent par les causes morales^.» .
Le sentiment qui est la perception même, physique dans les animaux, physique et morale dans l'homme^ s'exerce par les instruments organiques créés pour luL « Les sens externes préparent les matériaux ainsi quale sujet, et les sens internes les instruments à la faculté de sentir 4. w
Du sentiment, faculté fondamentale, naissent les be* soins divers qui n'en sont que des modifications. Ce|t lui qui va établir ce qu'il y a d'animal en nous, db\ qu'il y a d'intellectuel, de moral et de religieux. 11 doit donc être étudié suivant qu'il a trait à l'un ou à l'autre de ces points.
' Ri va roi , Disc» sur le lang.
* Desèze.
^ Dcsèzc.
^ Dumas.
GÀLL. aSg
Le sentiment de besoin appartient tout aussi bien à la plante qu'à l'animal , non pas qu'il y ait de sensatien dans le végétal, mais besoin éprouvé; les actes et les effets semblent du moins le faire croire. Les besoins sont donc le sentiment du malaise à l'occasion d'un appétit non satisfait. Ils sont de deux sortes, d'incrétion et d'excrétion.
L'appétit est la chose naturelle , « le besoin est la vraie
cause du plaisir ' , » et lorsqu'il y aura satisfaction d'un
besoin moral, elle fera qu'un homme se sacrifiera
pour ses semblables. Aussi Buffon dit qu'il y a appétit
pour Tesprit, le besoin de savoir, comme il y a appétit
lour le corps. Les besoins comme les appétits sont de
liverses sortes et de divers degrés. L'ensemble des appé-
et des besoins d'un animal constitue son instinct ou
''aisonjixe. Dans tous les animaux on a aperçu des
jocts particuliers, analogues à des idées innées,
lises à cette époque, et vraies dans ce sens ; car « les
ïsoins viennent du dedans; d'où ils sont innés comme
sentiment ^. » Les besoins naissants donnent lieu à
Inquiétude, à la recherche, à la sensation, et, en
a'âevant, aux idées. Mais « les besoins ont précédé les
idées. » De là, « on doit dire le sentiment de la faim, et
non la sensation ^. d
Mais il y ^ penchant , appétit^ besoin^ pour les fonc-
,. liions intellectuelles, pour les facultés morales et reli-
^ ' gieuses, aussi bien que pour les fonctions naturelles. Et
dans l'un et l'autre cas, le plaisir est l'emploi de l'organe
pour satisfaire le besoin , et le bonheur est le besoin
satisfait. Dans l'homme seul il y a appétit de savoir ,
' Desèze.
» Riv.
* Riv.
T. lit. 19
a88 GONTEMPORAIirS.
ce Le sentiment qui suit les idées s'appelle esprit ott entendement. Le sentiment qui souflVe^ joint au désir^ est nommé cœur ou volonté '. On ne peut sentir sans vivre, mais on peut très-bien vivre sans sentir. »
De là il suit que le sentiment est la faculté intellectuelle fondamentale. C'est le principe le plus certain qui révèle l'âme à elle-même, qui lui révèle le corps auquel elle est unie, et par lui, c'est-à-dire par ses organes, le monde matériel, ses lois, et par suite le créa* teur, Dieu.
Mais qu'est-ce que ce principe en lui-même? « La sensibilité considérée comme faculté n'est que la puis* sance de percevoir les impressions des corps stimulants; le sentiment étant la perception même ^. d
Pour Haller, l'âme est la source unique du sentiment. <c Les animaux ne sentent que par les causes physiques, l'homme seul sent par les causes morales^.»
Le sentiment qui est la perception même, physique dans les animaux, physique et morale dans l'homme, s'exerce par les instruments organiques créés pour lui. « Les sens externes préparent les matériaux ainsi que le sujet, et les sens internes les instruments à la faculté de sentir 4. w
Du sentiment, faculté fondamentale, naissent les besoins divers qui n'en sont que des modifications. C'est lui qui va établir ce qu'il y a d'animal en nous, de qu'il y a d'intellectuel, de moral et de religieux. 11 doit donc être étudié suivant qu'il a trait à l'un ou à l'autre de ces points.
' Rîvarol , Disc, sur le itirtg, * Descze.
^ Dcsèze.
^ Dumas.
GÀLL. aSg
Le sentiment de besoin appartient tout aussi bien à la plante qu'à l'animal , non pas qu'il y ait de sensatien dans le végétal, mais besoin éprouvé; les actes et les effets semblent du moins le faire croire. Les besoins sont donc le sentiment du malaise à l'occasion d'un appétit non satisfait. Ils sont de deux sortes, d'incrétion et d'excrétion.
L'appélit est la chose naturelle , « le besoin est la vraie cause du plaisir ' ^ » et lorsqu'il y aura satisfaction d'un besoin moral, elle fera qu'un homme se sacrifiera pour ses semblables. Aussi Buffon dit qu'il y a appétit pour l'esprit, le besoin de savoir, comme il y a appétit pour le corps. Les besoins comme les appétits sont de diverses sortes et de divers degrés. L'ensemble des appétits et des besoins d'un animal constitue son instinct ou sa raison fixe. Dans tous les animaux on a aperçu des instincts particuliers, analogues à des idées innées, admises à cette époque, et vraies dans ce sens ; car « les « besoins viennent du dedans; d'où ils sont innés comme le sentiment ^. » Les besoins naissants donnent lieu à rinquiétude, à la recherche, à la sensation, et, en 8*élevant, aux idées. Mais « les besoins ont précédé les idées. » De là, « on doit dire le sentiment de la faim, et non la sensation ^. d
Mais il y di penchant, appétit^ besoin^ pour les fonc-
' tiens intellectuelles, pour les facultés morales et reli-
' gieuses, aussi bien que pour les fonctions naturelles. Et
dans l'un et l'autre cas, le plaisir est l'emploi de l'organe
pour satisfaire le besoin , et le bonheur est le besoin
satisfait. Dans l'homme seul il y a appétit de savoir ,
' Desèze.
» Riv.
* Riv.
!ïg6 CONTEMPORAINS.
besoin de bien, de vérité et de vertu, c'est dans sa nature. L'ensemble des appétits et des besoins pbysiques, intellectuels et moraux se développent et s'agrandissent, les derniers plus que les premiers, par Page, les circonstances, réducation, la succession des générations et l'état social, ce qui constitue non plus un instinct, une raison fixe comme dans les animaux, mais une intelligence libre, une raison mobile ou progressive et perfectible.
Les besoins engendrent les passions qui en sont distinctes; ce sont des afTections de Tâme, qu'elles viennent des sens ou d'une disposition des organes vitaux. Elles peuvent se partager en deux catégories, suivant qu'elles augmentent ou ralentissent les mouvements vitaux '.
a Elles doivent être distinguées suivant qu'elles ont trait aux besoins physiques ou aux rapports moraux*.»
On pourrait se demander si leur place est bien dans l'ordre des phénomènes cérébraux ou psychologiques? Car les passions, suite d'un besoin, étant mises en jeu parles sensations, il est évident qu'elles doivent être considérées après ces deux ordres de fonctions et peutêtre même plus tard.
Quoi qu'il en soit, les passions, suivant Desèze, sont le produit du tempérament, elles ont toutes un besoin pour cause. Mais elles ne sont pas l'appétit; car, dit Rîcberand, « l'appétit diffère autant de la passion que l'instinct de l'intelligence, ou l'appétit est à la passion ce que l'instinct est à l'intelligence. »
Les passions de l'âme agissent violemment sur les forces vitales des organes et des viscères, dit Dumas,
' Richerand.
* Dumas.
GALL. igi
qui Tait sentir i^impoHance de savoir quel organe est aflecté par telle passion , ou qui produit le tout moral ^ qu'on appelle /;eI^^YO/^. Cependant 9 il ne veut pas qu'on puisse en conclure , comme Buffon, que les passions étrangères au système nerveux appartiennent aux organes vitaux.
Pour Gall , la passion n'est qu'un degré très-élevé d'un penchant y dont le premier degré n'est qu'une velléité. Pour nous, les passions nous semblent devoir être considérées comme des exagérations du senti* ment, suite du désir de satisfaire un besoin, de suivre un penchant, vers la sensation médiate ou immédiate, directe ou réfléchie de son objet naturel. Il peut y avoir passion pour les penchants corporels, physiques, matériels, pour les penchants intellectuels, et pour les penchants moraux ou religieux.
a® Facultés intellectuelles. L'ensemble des facultés intellectuelles conduisant à la raison, constitue l'entendement. Dans l'entendement, dit Buffon, il y a deux opérations distinctes : la première, qui compare des sensations et qui s'en forme des idées; la seconde, qui compare les idées mêmes pour en former des raisonnements par lesquels nous nous élevons aux idées générales, aux idées abstraites. De sorte que, pour lui, Fentendement est l'exercice de la puissance de réfléchir- Vanhelmont nomme l'âme sensitive : Siliqua mentis immortalisa l'enveloppe de l'esprit immortel. Idée et conscience de sensation semblent la même chose à Dumas. Il suit donc de ces sentiments divers que les sensations donnent naissance aux idées, ce qui fait dire à Dumas que « l'entendement ou l'intelligence consiste à former, combiner, reproduire des idées. » Et Rivarol pense que a les facultés désignées
Stg^ CONTEMPORAINS.
SOUS les noms de sensation, perception, imagination, mémoire, pensée, attention, réflexion, jugements, doivent être considérées comme des degrés d'une même faculté, et non comme autant de facultés distinctes, autant d*êtres réels, »
Ainsi, les idées ne sont pas innées, puisqu'elles \iennent des sensations, et que les sensations viennent du dehors. Le mot idée (eUoç) est admirable [dans son étymologie, puisqu'il veut dire image d'une sensation perçue. L'idée n'est qu'une sensation perçue, un emprunt, une image qui vient après ou pendant la perception, par suite d'une impression. Le sentiment éprouvant la sensation devient, par l'attention, perception.
La sensation demande impression^ transmission et perception^ Mais pour arriver au jugement, il faut passer par un certain enchaînement d'opérations graduées de l'entendement.
L'impression appartient aux organes; c'est, dit BufTon, la continuité de l'ébranlement produit par l'action des sens ou des objets extérieurs. L'attention \ient ensuite agir sur celte impression ; l'attention est un acte de la volonté savourant une sensation pour en faciliter la perception; car, dit Rivarol, le sentiment s'arrétant plus ou moins sur ses propres opérations convertit la sensation en perception. Mais il y a la perception des sensations présentes, et celle des sensations passées; celle-ci est l'œuvre de la mémoire; la mémoire est le sentiment se rappelant les suites de la sensation.
Ainsi, la perception, dit Dumas, transforme en idée ce qui sans elle n'eût été qu'une sensation fugitive. C'est le second degré de l'entendement, la perception étant le premier. L^imagination , qui peut être
GALL. ^g^
considérée comme une nuance du second degré , est le sentiment se retraçant la sensation :avec plus ou moins de netteté, de vivacité, supérieur même à l'impression, à la sensation. C'est par là qu'elle diffère de la mémoire. Ces opérations de Fentendement en appellent une autre, la comparaison des idées pour en tirer des conséquences; ce qui conduit au raisonnement mai est le terme, la pensée, laquelle est le sentiment s'arrétantplus ou moins sur ses propres opérations, et par conséquent presque synonyme de la réflexion. La réflexion, elle, combine les idées par un acie delà volonté; car, suivant Rivarol, la réflexion est le sentiment ou la pensée revenant, s'arrélanl sur un raisonnement, ce qui suppose acte de la volonlé.
De ces opérations sort le jugement, qui est, suivant Rivarol, le sentiment sentant et comparant les rapports des sensations, mais qui nous semble plutôt être le résultat de tous les actes de l'intelligence, dont le terme est la raison. La raison donc, qui est le terme des facultés intellectuelles, conduisant à la démonstration, n'est que le sens commun , suivant Rivarol ; pour nous c'est l'instinct mobile contre-pesant l'instinct fixe. Son étymologie est admirablement juste : ratio y la proportion entre la cause et l'effet.
Le sens commun, qui est la raison pour Rivarol, se forme selon lui de la répétition, de la fréquence, de la constance des sensations. Cela est -il bien certain? N'est-ce pas plutôt la succession naturelle et rapide des actes de l'intelligence , compris entre la sensation et la volonté, comme la marche est la succession naturelle et rapide des mouvements ?
PourGall, la sensation, la mémoire, l'imagination, le jugement, ne sont pas des facultés fondamentales
294 CONTEMPORàlNS.
et abstraites, mais constituent les divers degrés d'un même phénomène, propres à chacune des véritables fonctions phrénologiques '. Ce qui veut dire, ce nous semble, que la volonté est un acte du sentiment par lequel Thomme ou l'animal exerce telle ou telle de ses facultés intellectuelles; et, par suite, elle prend des noms différents suivant les facultés.
Ainsi l'attention est un acte de la volonté appliquée aux sensations pour en faciliter la perception. La réflexion est encore un acte de la volonté appliquée à )a comparaison des sensations, des idées, afin d'assurer le raisonnement.
Dans tous les degrés d'action de l'entendement, de l'intellect et de Tintelligence, la volonté est nécessaire, et plus elle agit, et plus les actes ont d'intensité. Le (legré d'attention supplée au degré de la mémoire; et Helvétius a fait porter là-dessus l'inégalité des esprits; ce qu'il a poussé jusqu'à l'exagération , en disant que tous les hommes peuvent devenir des hommes dç génie s'ils forcent leur degré d'attention.
La persévérance est un autre degré de la volonté appliquée h un acte déterminé par elle, que cet acte soit physique, intellectuel ou moral.
L'entêtement est un degré encore plus fort dans lequel la passion ou l'habitude entrent pour beaucoup.
Ënfîn , le phénomène psychologique de la volonté est celui sur lequel repose le libre arbitre y le pivot de la nature humaine; libre arbitre qui fait de l'homme un être moral.
3° Facultés morales. Il faut comprendre dans cette catégorie des facultés humaines, les sentiments pnoraux,
' Comte.
affectueux^ les sentiments religieux, d'où sortent la conscience 9 la justice , riiumanité, le devoir, la vertu, la religion.
La conscience est le siège du moi; elle est le senç intime, d'après Rivarol. La conscience, sentiment intime qui constitue le moi^ est composée chez Thomme de la sensation de son existence actuelle et du spuvenif de son existence passée, d'après BuiTon. Le moi réunit Tàme et le corps, d'après Rivarol. Quoi qu'il en soit de ces sentiments, il nous semble que, dans l'homme, la conscience doit appartenir à la catégorie présente des fonctions psychologiques; elle est, nous semblet-il, le sentiment, le jugement de nos actes en nousmêmes et par nous-mêmes, d'après les règles de la justice et de l'équité mises en nous par Dieu, en y faisant entrer le sentiment de l'humanité, c'est-à-dire, ce sentiment d'affection pour nos semblables qui nous porte à ne pas leur nuire, à leur être utile ^ et qui devient charité par le surnaturel de la religion. Cette définition que nous donnons de la conscience est en harmonie avec celle de saint Thomas, qui dit que la conscience est un acte par lequel nous jugeons que ce qui a été fait est bien fait, ou n'est pas bien fait.
Ces sentiments, qui constituent la conscience, sont en nous par notre propre nature, et par conséquent innés; mais ils sont en même temps susceptibles de démonstration par raisonnement, c'est-à-dire, par emploi des facultés intellectuelles.
Des facultés morales naissent encore le devoir, la vertu et la religion ; ces facultés morales sont évidemment les plus élevées et les plus caractéristiques de l'espèce humaine; elles ne peuvent exister que chez elle. Dès lors qu'on a admis l'homme comme être créé
agÔ CONTEMPORAINS.
social 9 tout cela en natt et est de la sorte parce que telle est la volonté du Créateur, et qu'on ne peut pas démontrer que cela soit autrement. C'était pour les anciens la même chose que pour nous ; et c'est ce qui constitue l'œconomique, la politique et l'éthique des philosophes anciens, c'est-à-dire, les devoirs de l'homme envers sa famille, envers ses concitoyens, envers soi et ses semblables , et même envers les êtres créés; à quoi la philosophie chrétienne est venue ajouter les rapports des êtres créés avec le Créateur; et alors nous arrivons à ce grand mot de religion qui est en lui-même la définition de la plus haute moralité, d'où résulte la théologie, le terme et la fin de la science ou de la philosophie. Et dans ce sens, on peut dire avec Rivarol, que a si le genre humain parvient enfin à découvrir toutes les lois de la nature, aloi*s il aura, dans l'idée de Dieu, équation entre l'esprit et la puissance. »
Nous verrons comment Gall, non compris, et ne se comprenant peut-être pas lui-même, n'a pu, sur ces divers points, répondre aux attaques virulentes dirigées contre lui.
En résumé, le sentiment, qui est la faculté fondamentale, donne naissance aux besoins divers; l'exaltation du sentiment, par le désir de satisfaire un besoin, devient passion, qui peut être physique, intellectuelle et morale. Le sentiment éprouvant la sensation devient, par Taltenlion "soXonioÀvej perception ; e1 du sentiment percevant les sensations, naissent les idées; les idées comparées et combinées entre elles par les degrés divers de la volonté, produisent le raisonnement, la pensée, et, comme terme, le jugement. Ces facultés diverses constituent la raison ; qui est le contre-
GàLL. 1^97
poids de Finstinct fixe, la proportion entre la cause et reflet.
La volonté nécessaire à tons les degrés d'action de Fentendement, de l'intellect et de la raison, est aussi la source du libre arbitre, qui fait de l'homme un être moral , ayant une conscience , juge inné de ses actes , des sentiments innés de bien , de devoir, de vertu et de religion.
Telles sont les facultés intellectuelles et morales de l'homme, toutes enchaînées et naissant les unes des autres, appartenant toutes à sa puissance spirituelle, mais tellement unies à sa nature physique, à sa nature animale, tellement basées sur le sentiment, faculté animale dans son premier degré et intellectuelle dans ses degrés supérieurs, qu'il est impossible de les séparer pour les considérer isolément.
II. Siège des fonctions ou facultés intellecluelles. Après avoir déterminé les fonctions, il fallait en rechercher le siège; ainsi, il fallait chercher le siège Ae& penchants ^ ({es passions y des sensations^ des irlées, àes facultés intellectuelles, du sens commun, de Came ; ce qui nous conduit à la conHrmation de cet homo duplex dont parle saint Paul ' , que Bufîon avait accepté, qui n'a pas été repoussé par Gall, mais que Broussais a poursuivi de ses sarcasmes.
Sydenham disait : Mirabilis homo in que twn inest
Jieri quid corporel ; et Boerhaave : Homo totus nersfus ,
homo duplex in humanitate , simplex vero in vitalitate.
\Ihomo duplex éiait formé : i° de penchants, déterminés par des besoins; de passions , de sensations en rapport avec les sentiments; a® de sentiments moraux, afl*ectueux, religieux.
■ Èpist^ rom, , ch. VII.
Il s'agissait de trouver le siège , les organes de$ facultés de cet homo duplex ; et ici la difficulté était grande; de là tant de divergences, dont nous devons citer les principales.
Les anciens mettaient le siège des passions dans les viscères principaux; le siège du courage, dans le cœur; celui de la colère , dans le foie ; de la joie , dans la rate; de la concupiscence , dans les organes de la reproduction.
Bacon et Vanhelmont plaçaient le siège des passions deTàmedans l'estomac; Leart,dans les plexus nerveux.
Willis plaçait le sens commun dans les corps cannelés; l'imagination, dans le corps calleux; la mémoire, dans la substance corticale; d'autres physiologistes, dans les ganglions du grand sympathique.
Le siège de l'âme a été mis par Descartes dans la glande pinèale; Petit le mettait dans le corps calleux. L'organe cérébral est celui dans lequel il parait que s'élabore et se forme la pensée, dit Dumas.
Sœmmering semblait placer le siège de l'âme dans le fluide qui remplit les ventricules du cerveau , et cela en se fondant sur l'origine des nerfs, qui tous, suivant lui, naissent sur les parois des ventricules.
Le cerveau (organe des sens internes), la moelle épinière et les nerfs doivent être rerardès comme faisant un corps continu, dit Buffon.
Le siège de l'âme sensitive était placé par Vanhelmont dans la région èpîgastrique , ce qui a été adopté par Willis.
C'est vers le centre phrènique , portion tendineuse du diaphragme, que vont se confondre toutes les sensations, dit Desèze; il est, ajoute-t-il, le rendez-vous de l'action de tous les organes; il la recueille après tous
leurs mouvements ^ la retient et la réfléchit. La première des fonctions sensibles , continue-t-il , est la respiration par l'irritation des narines , aidée de l'action du diaphragme; le cœur est le sanctuaire de l'àme.
Haller a attaché la sensibilité au système nerveux seul ; et il pense que le sentiment ne se transmet h l'âme que par le moyen des nerfs; et son opinion , fondée sur des faits et des expériences positives, a prévalu.
Cabanis, développant cette opinion, admettait plusieurs centres ou foyers de sensations dans le système nerveux , correspondant entre eux et avec le système nerveux central : i"* région phrénique; a** région hypocondrique; 3^ région générative.
Bichat lui-même partageait cette opinion.
Ainsi, comme résultat de tant de recherches, le système nerveux demeure seul chargé des rapports de l'organisme avec l'âme; il est le siège des facultés intellectuelles et l'instrument immédiat des opérations de Tâme.
Mais Albert le Grand parait être le premier qui ait localisé certaines facultés de Tintelligence, et qui même en ait donné la figure dans les Margarilœ philosopliicœ^ publiées en i5i2.
Bonnet pensait que chaque fibre sensible pouvait être considérée comme un très- petit organe qui a ses fonctions propres.
"Vicq-d'Azir avait l'espérance d'apprendre comment le cerveau de l'homme se compose des organes divers répandus dans les animaux.
Pinel avait démontré que les manies suivaient les grandes divisions des facultés admises par tous les métaphysiciens : l'attention , la mémoire^ l'imagination, le jugement.
L'Académie de Dijpn ^ suivant en cela les idées de la
3oO CONTEMPORAINS.
Peyronie , avait proposé, pour sujet de prix , la recberche des fonctions vitales et intellectuelles lésées par l'ablation du cerveau. »
Arrivés à ce point , la difficulté était en partie comprise ; il s'agissait de la résoudre ; et si Ton y a fait (juelqnes pas depuis j nous sommes encore assez loin du terme.
III. Traduction extérieure ^ médiate ou immédiate. Après la localisation, il fallait traduire à Textérieur ces proportions d'organes. De très-bonne heure, la science a dû s'occuper de ce sujet important, terme de la science, qui pouvait conduire à la /jréi'ision et h Torthoplirénie. Cette tentative a été essayée par plusieurs moyens en rapport avec les progrès de la localisation : i"* parles tempéraments; 2° parla physionomie; 3** par la forme de la tête; 4° enfin, par la forme delà tête en général et en particulier.
Le célèbre traité des Caractères deThéophrasle, élève d'Aristote, en est l'iiisioire naturelle; il a été surpassé par notre la Bruyère. C'était un pas; mais il s'agissait d'aller plus loin. Il fallait rechercher s'il n'y avait pas quelques rapports entre ces caractères et l'organisation; et de là les physiononiies.
Galien avait vu que les mœurs sont conformes à la nature du tempérament; ce que Stahl a développé. Et de là encore les caractères extérieurs en rapport avec le tempérament. Ces données étaient assez généralement répandues chez les anciens, comme le prouve le mot de César sur Antoine et Cassius : Florida Antonioruni faciès neminein terrety at vuttus iltos macilentos et adustos reformido.
Albert le Grand avait traduit sur le crâne ses divisions intérieures des principales facultés intellectuelles.
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Ainsi, les ventricules latéraux ou antérieurs , recevant, suivant lui, tous les nerfs des sens spéciaux, étaient le siège d'opération du sens commun , d'où les perceptions étaient transmises au ventricule mitoyen, le siège de la raison et de la pensée, qui les élaborait et les transmettait au troisième ventricule, pour les conserver ou pour agir; car il était le siège de la mémoire et du mouvement. A ces trois ventricules répondaient trois grandes bosses ou trois dépressions frontales, verticales et occipitales, qui signifiaient : les bosses, l'excellence des facultés correspondantes , et les dépressions, leur défaut.
Porta, physicien remarquable du seizième siècle, a écrit quatre livres sur la physionomie humaine. Après avoir établi l'influence des affections de l'âme sur le corps, il traite des diflcrences de chaque partie du corps, et indique les signes auxquels on peut reconnaître les caractères des individus. Il a beaucoup profité des observations d'Aristote, de Palémon et d' Adamantins. Lavaterlui a emprunté beaucoup d'idées, qu'il a développées dans son Traité de physiognomonie.
De la Chambre, médecin de Louis XIV, a écrit trèslonguement sur les signes caractéristiques de la physionomie, dans son ouvrage intitulé : du Caractère des passions; il parait même que son jugement sur la physionomie des personnes était souvent consulté par le roi.
Cest, à ce qu'il parait , Clerc qui a, le premier , dans son Histoire naturelle de l'homme malade, déduit des signes des tempéraments des conséquences physiologiques.
Sans parler de tous les autres physionomistes, résumés et développés par Lavater, qui précéda presque
immédiatement Gall , nous devons remarquer qu'on avait cherché d'autres moyens de traduction des facultés inteilecUielles : ainsi Tangle facial de Camper ^ la proportion des aires de la face et du crâne, déjà introduites dans la science avant Cuvier, et reproduites par lui.
Tel était à peu près l'état de cette partie de la sciencCi quand Gall vint la reprendre.
IV. Fonctions cérébrales ^ psychologie. Génération y ou mode de production. On s'est peu occupé de ce point, important peut-être, mais sans doute insoluble, de l'histoire des facultés psychologiques.
Dans l'action musculaire, on a bientôt reconnu qu'il y a changement sinon matériel , certainement physique^ dans le substratum de cette faculté, qu'on a nommée contractilité animale. Mais y a-t-il quelque chose de semblable dans l'action nerveuse ou dans la sensibilité mise en acte ? On a supposé vibration des filaments nerveux; ce qui a été aisément réfuté, et depuis longtemps rejeté. Ou a supposé circulation^ transmission d'un (luide d'esprits animaux, fluide nerveux, opinion qui n'a pas été démontrée, même en établissant la comparaison avec l'électricité.
On a admis mouvement intime, moléculaire, sensible cependant, dans la matière cérébrale ou la moelle épinière, lors des convulsions.
On a admis travail intime , moléculaire dans la matière cérébrale, lors des phénomènes psychologiques.
On a admis impressions plus ou moins profondes, et par conséquent matérielles , dans la substance cérébrale par suite des sensations. Mais, au fond, aucune de ces hypothèses n'a pu être amenée à quelque indice de probabilité.
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On a cherché à estimer les conditions de production ou de concomitance de la manifestation ; et l'on a vu qu*une pression assez légère, soit par un corps matériel résistant, appliqué à la surface de l'organe, soit par une trop grande abondance de sang dans la substance elle-même , détermine du plus ou du moins dans les facultés cérébrales.
Enfin y on a même osé comparer la production des phénomènes intellectuels à des sécrétions y rapprochant le système nerveux du foie.
Il résulte donc de là qu'il h'y a encore aucune donnée scientifique tant soit peu satisfaisante sur la genèse des faits psychologiques, ou mieux sur leurs rapports de production avec l'organe matériel de la sensibilité. Ces phénomènes sont évidemment au-dessus de la puissance de l'organe. Mais quelle part précise y a-t-elle? Nous devons avouer l'ignorance de la science sur ce point.
V. État de Tanalomie du cerveau. Nous avons exposé ce qui avait été fait dans la distinction des fonctions intellectuelles, la recherche de leur siège, leur traduction extérieure, et les vaines tentatives sur leur génération. Nous avons maintenant à dire quelque chose sur l'état de l'anatomie du cerveau qui a été élevée à la physiologie. C'est Spurzheim qui a été ici le grand moteur ; mais on a puisé dans Vicq-d'Âzir, et cela est facile à démontrer.
Gall a un peu calomnié sur ce point ses prédécesseurs. Car il n'est pas vrai, comme il le dit, que tous les anatomistes , dans la dissection du cerveau , n'eussent en vue que la dissection mécanique. Il n'est pas vrai qu'ils se bornassent à des coupes sans distinction. n n'est pas vrai qu'ils procédassent constamment de haut
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en bas. Il n*est pas vrai que tous les anatomistes considérassent le cerveau comme l'origine des nerfs et de la moelle épinière.
Viccj-d'Azir, eneflet, qui continuait et confirmait Pourfour Petit, avait préparé à Gall presque tous les faits anatomiques dont il s'est servi. Pour le créateur de Tanatomie comparée^ le système nerveux se compose de trois parties : de la moelle vertébrale , du nœud ou moelle allongée, et du cerveau, que Gall compara dabord à une fleur composée , qui s'épanouit sur sa tige, et dont chaque fleuron est le siège d'une faculté. Vicq-d'Azîr regardait le cerveau comme composé de substance blanche , de substance grise et de commissures. Il avait compris toute l'importance de la substance grise , qu'il dit être la matrice des nerfs. Il a établi que la substance blanche est fibreuse, l'a étudiée dans les diflerentes régions cérébrales, dans sa disposition, et dans les communications de ses diverses parties. Il a largement exposé la théorie des commissures blanches ou transverses et grises. Or, dans le système de Gall, comme dans tous les systèmes, les commissures sont d'une haute importance.
Vicq-d'Azir a également montré que les ventricules n'en forment qu'un. L'origine des nerfs, l'importance de la protubérance , le corps rhomboïdal , les éminen- CCS pyramidales, la structure de la moelle épinière, avaient fixé son attention et mérité de lui une étude sérieuse. Mais on est étonné qu'avec des faits aussi nombreux , il n'ait pas mis plus d'ordre à les systématiser, ce que va faire Gall.