‹ Histoire des sciences de l'organisation et de leurs progrès, comme base de la philosophieChapitre 32 sur 61 · V. Analyse des travaux de Gall · texte numérisé non relu

V. Analyse des travaux de Gall

1 ® Lettre de Gall à de Retzer sur son Prodrome ; sur

G^LL. ^ 3o5

les Fonctions du cerveau de T homme et des animaux.

Le titre de cette lettre est remarquable : i® parce qu'il fait voir que le Prodrome de Gall était terminé à la fin de 1798; i"" qu'il avait étendu ses observations à riiomme et aux animaux , comme le fait justement observer le docteur Fossati ; 3** qu'il ne s'occupait pas d'anatomie à cette époque : d'où l'on peut conclure que, puisqu'il n'a pas publié ce Prodrome, bien qu'il fiit déjà terminé , il avait joint ses travaux à ceux de Spurzheim quand il commença à publier.

La note que l'éditeur allemand ajoute à la fin de cette lettre n'est pas moins curieuse. 11 montre que les prétentions de Gall étaient psychologiques et crânioscopiques , plus..qu'analomiques , puisqu'il dit que le docteur Gall entre dans la voie des Camper et des Sœmmering , avec des intentions et des vues toutes différentes.

Gall commence par déclarer que « son véritable but est de déterminer les fonctions du cerveau en général , et celles de ses parties diverses en particulier ; de prouver qu'on peut reconnaître différentes dispositions et inclinations par les protubérances ou les dépressions qui se trouvent sur la tête ou sur le crâne, et de présenter^ d'une manière claire, les plus importantes vérités et conséquences qui en découlent pour Tart médical , pour la morale , pour l'éducation , pour la législation , et généralement pour la connaissance plus approfondie de l'homme. »

Puis il entre en matière, toutefois après avoir averti que, pour remplir son but, il serait indispensable d'avoir une nombreuse collection de gravures et de dessins.

La première partie contient les principes, et traite : T. m. ao

3o6 CONTEMPORAINS.

i^'Des facultés et des penchants, qu'il regarde oomme innés dans l'hooinie et les animaux.

a^ Les facultés et les penchants ont leur siège dans le cerveau.

3<> et 4"* Les facultés sont non-seulement distinctes et indépendantes des penchants; mais aussi les facultés entre elles, et les penchants entre eux, sont essentiellement indépendants'. Us doivent par conséquent avoir leur siège dans des parties distinctes et indépendantes entre elles.

5<> De la différente distribution des difTérents oi*ganes et de leurs divers développements, résultent des for^ mes différentes du cerveau.

6° De l'ensemble et du développement d'organes déterminés résulte une forme déterminée , soit de tout le cerveau, soit de ses paitiesou de ses régions partielles.

7^ Dans la formation des os de la tête, jusqu'à l'âge le plus avancé, la conformation de la surface interne du crâne est déterminée par la conformation extérieure du cerveau. On peut donc être assuré de certaines facultés et de certains penchants, tant que la surface extérieure s'accorde avec la surface intérieure, ou bien tant que la forme de celui-ci ne s'éloigne pas dps déviations connues.

Il démontre d'abord que le crâne n'étant qu'un organe mou, sa forme est dépendante du cerveau, et il faut que les deux tables soient parallèles : thèse bien soutenue d'une manière générale; mais il n'avait pas compris que la table externe est en rapport avec les muscles.

« Ceci est avancé sans preuve, et contrairement à la docrine des psychologistes les plus distingués, en opposition avec la saine observation ; et c'est pourtant sur une telle donnée que sera basée la distribution des facultés, des penchants, etc.

GALL. 3o7

La deuxième partie est YappUcation des principes généraux^ i*^ section, consacrée à l'établissement et à la détermination des facultés, des penchants existant par eux->mémes.

II a senti toute la difficulté de cet établissement, et il propose les moyens qui peuvent Taider :

i*" L'observation empirique par la coïncidence réciproque de certaines facultés avec certaines protubérances. Il avait déjà une collection de crânes et de moules en plâtre; mais il nous apprend qu'il n'avait encore pu se procurer qu'un petit nombre de ces crânes.

sà"" Par la pathologie : les rapports des aliénations mentales et des altérations du cerveau ; et il annonce qu'il proposera une toute nouvelle classification des maladies mentales.

3"* Par l'organisation : l'examen des parties intégrantes des différents cerveaux et leui*s rapports avec les différentes facultés ou penchants; mais il n'y a aucune indication qu'il eût encore découvert quelque chose de gOD système anatomique.

4"* Par la série animale : l'échelle graduelle des perfectionnements dans la série animale, depuis lezoophyte et le polype jusqu'au philosophe et au théosophe; il parait attacher une grande importance à ce moyen.

!2^ section , contenant des sujets divers : i"* des têtes nationales; a"" de la différence entre la tête des hommes et celle des femmes; 3** sur la physionomie.

Cette lettre nous montre donc qu'il s'était d'abord occupé de physionomie, avant même la crâniologie.*

IV Recherches philosophico-médicales sur la nature et Fart chez V homme dans l'état de santé et de maladie, par J. J. Gatlj docteur en philosophie et en médecine, et pintiquant àFienne. i vol. in-8**, 1791.

ao.

3o8 GOirrEMPORA.INS.

Cet ouvrage montre que Gall était dans la direction de naturaliste. C'est un véritable traité de pathologie générale 9 qui n'est réellement que de l'histoire naturelle; c'est la suite d'une impulsion donnée alors en Allemagne à l'anthropologie.

Dans cet ouvrage , il traite de la nature de l'homme

comparé avec les animaux et les végétaux, pouren déduire la vraie connaissance et la supériorité de notre espèce. U devance Cabanis dans l'étude de l'influence réciproque de l'âme et du corps. Puis, comparant la puissance de guérir de la nature et de l'art ^ il en déduit les règles à suivre pour diriger l'un et aider l'autre. Enfin, il a considéré l'homme sain et malade en lui-même, dans les rapports de ses deux natures, dans ses rapports avec les êtres, les milieux et les circonstances qui l'entourent: c'est donc un médecin qui prend la science tout entière ; le physicien des Anglais. Ce travail , complètement dans la direction de Pinel, est une nouvelle confirmation du besoin de la science à cette époque.

Mais il nous importe surtout de suivre Gall dans l'effort qui lui est particulier, et qui est le dernier de la science comme spécialité.

m. Anatomie du cerveau. C'est dans ses cours, reproduits par Osîander, qu'il faut chercher sa première conception anatomique. Elle n'élait certainement pas de la force de sa conception physiologique, qui a modifié la première à mesure qu'il a marché.

Il envisageait, dans ses premières leçons, le système nerveux comme un arbre dont les filaments à la peau, portant la faculté sensitive, seraient les racines fournissant la nourriture à l'âme par les organes des sens, propageant , jusqu'à son siège, les impressions de tout ce qui entoure le corps. Ce n'est là que la théorie de Condillac.

6ALL. 3o9

De là , les filets nerveux de la peau ne sont pas la fin des nerfs, mais leur origine, leurs racines. Ils convergent de toutes les parties du corps vers le centre; ils atteignent la moelle épinière, et forment ainsi deux tiges ou troncs.

Chacun de ces troncs est formé de huit faisceaux de nerfs visibles et distincts. Il est évident que ces faisceaux augmentent d'épaisseur, en montant de la queue de cheval aux vertèbres cervicales , à mesure qu'ils reçoivent de nouveaux nerfs provenant de la périphérie.

Ainsi augmentée, la moelle entre par le grand trou occipital dans le crâne ; elle se dilate; ses ramifications « s'épanouissanten longueur et en largeur, se condensent ensuite en cerveau. Les extrémités de ces circonvolutions, simulant les fleurs et les fruits de l'arbre, constituent les oi^anes, et par conséquent les conditions matérielles, sans lesquelles l'âme de l'homme ne pourrait exercer ses fonctions.

Ces circonvolutions peuvent être étendues, déplissées, de manière à former une vaste membrane, ce que Tulpius, et surtout Camper, avaient admis dans les hydrocéphales.

Mais, en 1808 , dans son grand ouvrage de physiologie du cerveau , publié avec Spurzheim , nous trouvons une tout autre théorie ; le système nerveux est pris dans toute son étendue, et étudié bien plus en détail : on reconnaît l'influence de Spurzheim , de l'analyste physiologique. Cependant, il faut bien ledire, cet ouvrage, si Ton en retire tout ce qu'il y a d'historique, toutes les opinions diverses qui y sont accumulées sur chacun des points, se réduirait à un très- petit nombre de pages renfermant la systématisation des faits puisés surtout dans Vicq-d' Azir et Sœmmering, avec

3lO GOCTTEMPORATNS.

quelques faits nouveaux et quelques vues neuves j qui ont suffi pour donner le branle et Fimpuhion à la science. 11 consacre la première partie à Fanatomiei la seconde à la physiologie du système nerveux , et la troisième à la doctrine des organes particuliers.

£n anatomie j il commence par traiter des systèmes les plus simples et les moins élevés ^ qui sont les gani glions et les plexus du bas-ventre et de la poitrine» les systèmes nerveux de la colonne vertébrale et des senS| en joignant à cet examen des systèmes nerveux une exposition raisonnée de leurs fonctions , pour préparer le lecteur à la physiologie du cerveau. «Ce n'est, dit-il, que de cette manière que le naturaliste peut réussir à démontrer le rapport des organes de la conscience , de la sensation , du mouvement volontaire, des sens, des facultés intellectuelles et morales avec leurs fonctions.

«Jusqu'ici, continue-t-il un peu à tort, les connaissances des anatomistes sur ces objets ont été si défectueuses , que plusieurs révoquent encore en doute la destination du cerveau. « En suivant, dit Reil, la méthode de dissection en usage aujourd'hui , laquelle consiste à couper celte partie en plusieurs tranches , il sera difficile de nous procurer une connaissance complète de sa structure. )>

« C'est ainsi, ajoute Gall , que nous avons réussi, non sans peine, à trouver et à mettre au rang des connaissances stables quelque chose de ce que Tesprit humain peut découvrir sur la structure , larrangemenl, la connexion et les rapports des diverses parties du cerveau , sur l'usage de ses deux substances, de même que sur l'origine et la direction de ses filets nerveux. Nous croyons avoir ramené parla l'ordre, l'unité et la vie dans une étude où il y a eu jusqu'ici tant de désordre.

GALL. 3ll

Là OÙ Ton ne voyait que des formes et des fragments mécaniques , nous montrerons des appareils matériels pour les fonctions de Fàme. Sans nous arroger d'approfondir le principe essentiel des facultés, nous démontrerons néanmoins les conditions corporelles auxquelles ces facultés se trouvent subordonnées dans cette vie.

« Ce ne sera que quand Tanatomie et la physiologie seront fondues Tune dans l'autre, que la connaissance du système nerveux aura atteint toute sa perfection.» ( Préface. )

Voilà donc plusieurs principes posés :

1** Une nouvelle méthode de dissection.

%** La systématisation de nos connaissances sur le système nerveux.

3"* La démonstration d'appareils matériels pour les fonctions de l'âme.

4^ La reconnaissance d'une âme, principe essentiel des facultés qui s'exercent au moyen des organes corporels.

5^ La thèse de Haller et de tous ceux qui ont fait faire des progrès à la science, la nécessité d'unir la physiologie à l'anatomie , ce qui n'est au fond que la loi des causes finales, sans laquelle il est impossible d'arriver à aucune connaissance parfaite.

Ici le système nerveux forme un réseau, et non un arbre, comme dans ses premières leçons.

La matière cendrée ou substance grise est, comme pour Yicq-d'Azir, la matrice des filets médullaires , et la structure de la substance blanche est fibreuse.

Un ganglion est un amas de substance grise, d'où naissent les nerfs.

Il étudie la moelle épinière dans sa forme extérieure :

3 1 a CONTEMPORAINS.

elle n'est plus un faisceau augmentant à mesure qu'elle monte et qu'elle reçoit de nouveaux nerfs; mais il démontre les renflements qui correspondent aux membres^ et ceux plus petits , d'où naissent les nerfs, et qui donnent une forme générale ondulée; il étudie la structure intime, et nie l'entre-croisement des fibres dans toute l'étendue de la moelle , admis par Vicq-d'Azir et Cuvier. Ainsi, la moelle n'est pas un faisceau de nerfs du cerveau, mais une série de renflements donnant naissance à des nerfs, et conséquemment un assemblage d'autant de systèmes nerveux qu'on y observe de renflements. Il étudie les ganglions dans les animaux inférieurs et les vertébrés.

et Les systèmes nerveux de la colonne vertébrale servent au cerveau d'instruments pour le mouvement volontaire , et de conducteurs pour les sensations. »

Les nerfs dits cérébraux, les nerfs des sens ne viennent pas du cerveau , mais de la moelle allongée, composée de différents amas de substance grise ; ils se détachent plus tôt ou plus tard, les olfactifs les derniers; et on peut en suivre les racines plus ou moins loin en raclant.

Chacun des nerfs des sens donne naissance à un svs* tème nerveux différent.

<c II y a une différence frappante entre les nerfs mous et rouge-blanchâtre du système sympathique, et les nerfs durs et blancs de l'épine du dos. D'un autre côté, les fibres nerveuses délicates du cerveau et du cervelet se distinguent des nerfs de la colonne vertébrale par leur blancheur et leur mollesse, tous les nerfs différant entre eux par la variété de leur configuration. Ainsi les nerfs ne se ressemblent nullement dans leur couleur, leur consistance, leur forme et leur texture. Souvent les divers filaments du même nerf sont très-visiblement

GALL. 3l3

dissemblables. Non-seulement les difTérents systèmes nerveux 9 mais aussi les filets du même nerf sortent de difTérents amas de substance grise , placée dans divers endroits. Les ganglions des difTérents systèmes sont plus ou moins nombreux , suivant que leur forme, leur consistance, leur texture et leur couleur varient. Toutes ces particularités restent les mêmes dans les mêmes nerfs; elles doivent donc avoir pour cause une difTérence primitive dans la structure intérieure , et être d'une nécessité essentielle pour la diversité des fonctions. » Pag. i!i8, t. Ij in-4^.

C'est là un fait important introduit dans la science , la structure diverse des nerfs , suivant la diversité des fonctions.

<c Le cerveau ne nait pas plus de la moelle épinière que celle-ci de lui. » Pag. 334- Cependant, il suit des détails que a le cerveau et le cervelet sont des développements de faisceaux provenant de la moelle. Chacun de ces faisceaux constitue un système nerveux isolé , qui, par son épanouissement, forme son organe intellectuel , aussi isolé ^ »

Pour l'anatomie du cervelet , il ne veut donner que des vues générales , et renvoie pour les détails à Malacarne et Cliaussier. Les premières racines du cervelet naissent de la substance grise. Il le fait venir des cordons restiformes ou processus ad medullam , renflés par des filets naissant dans le corps denté.

> Voici la donnée anatomique correspondant à la donnée psychologique par laquelle il rend les facultés indépendantes les unes des autres ; mais la donnée anatomique est tout aussi fausse que Fantre : il ne faut qu'une grossière anatomie du cerveau pour s'en convaincre. Ce sont pourtant là les deux grandes bases , les deux principes du système crànîoscopique de Gall.

3 1 4 CONTEMPOR A I NS .

Le cerveau consiste essentiellement en deux substances différentes 9 grise et blanche. Il le fait naître des py* ramidesys'entre-croîsanty se renflant en traversant, î^ le pont de varolcy a"* les couches optiques , S*" les corps striés, par suite des fibres blanches qui naissent dans la substance grise de ces parties. Il le fait naitre eDCore d'autre faisceaux.

ff Le cerveau, dit-il, consistant en plusieurs divisions dont les fonctions sont totalement différentes, il existe plusieurs faisceaux primitifs, qui, par leur développement, contribuent à le produire, conformément aux lois auxquelles obéissent les autres systèmes. Tous ces faisceaux sont composés graduellement de fibres produites dans la substance grise du grand renflement. On doit donc les considérer comme les premiers rudiments, ou, au moins, le commencement visible du cerveau, quoiqu'ils soient, de même que les autres systèmes nerveux, mis en communication et en action réciproque avec les systèmes nerveux situés au-dessous d'eux.

« D'après nos connaissances acluelles, nous rangeons parmi ces faisceaux les pyramides antérieures et postérieures, les faisceaux qui sortent immédiatement des corps olivaires, les faisceaux nerveux longitudinaux , qui aident à former en partie la (|uatrième cavité, et encore quelques autres, qui sont cachés dans l'intérieur du grand renflement. »

Tous ces faisceaux ne naissent pas d'une manière uniforme. Le côté où ils naissent tous (si l'on en exeepte ceux des pyramides antéiieures ) est celui où ils doivent devenir des parties du cerveau. Ceux qui viennent des pyramides passent d'un côté à l'autre.

Ainsi les pyramides , depuis le point de leur naissance

OALL. 3 1 5

dans la substance grise, sont continuellement renforcëes par cette substance 9 jusqu'à ce qu'ayant atteint leur perfectionnement complet , elles s'épanouissent dans les circonvolutions inférieures, antérieures et extérieures des lobes, antérieur et moyen.

Ainsi renfermés, augmentés, ces faisceaux divergent, et s'épanouissent en une grande expansion^ recouverte partout de substance corticale, qui, en se plissant, for> me les circonvolutions.

M Les corps olivaires ne sont qu'un ganglion, qui est en raison directe avec les circonvolutions qui y naissent, qui sont celles des parties latérales et antérieures du cerveau. »

Il regarde les couches optiques et les corps striés comme des ganglions, d'où il fait naître des circonvolutions.

«Il en résulte que les circonvolutions ne sont que le perfectionnement de tous les appareils précédents; et Ton ne doit regarder ces appareils que comme des préparations destinées à former un tout.» Pag. !283, t. 1.

a II est certain que l'on peut démontrer évidemment l'existence de deux systèmes dans le cerveau , et que le système rentrant contient des fibres plus nombreuses, et des faisceaux plus forts que le système sortant. »

Dans l'idée de Gall, le cerveau n'est qu'une accumulation de ganglions serrés les uns contre les autres. Le système nerveux nait donc indépendant; et il y a autant de systèmes nerveux que d'organes. I^ moelle est une succession de nerfs intervertébraux, composés de substance grise périphérique, et de rayons de substance blanche. Le faisceau de la moelle qui passe sous le pont de vai'ole, et qui naît de la substance grise, prend de nouveaux faisceaux à mesure qu'il avance, et ils vout

3l6 CONTEMPORAINS.

ensemble constituer à toute la périphérie céphalique les circonvolutions qui sont autant d'organes séparés'. C'est la même chose pour le cervelet. Telle est la célèbre théorie de Gall , qui montre que les ganglions cérébraux ne sont que des additions à la moelle. D'après cela, il est évident que voilà le cerveau et le cervelet en communication avec la moelle, et, par suite, avec le grand sympathique, et telle est l'explication de l'idée de Gall sur Tinfluence du développement d'un organe.

Mais le système nerveux étant pair dans tous les organes, il s'agit de voir maintenant la communication entre les deux côtés, communication qui fait qu'avec deux organes, il n'y a qu'une sensation , preuve trèsforte de l'existence de l'âme, d'un principe unique, qui perçoit et harmonise dans l'unité les sensations multiples. C'est ce qui conduit à l'idée de commissure.

De la face interne des expansions qui forment le cerveau, naissent des filets médullaires convei^ents, distincts des divergents, et qui, s'unissant dans la ligne médiane à ceux du côté opposé, constituent les commissures, qui sont le corps calleux, la voûte, les cornes antérieures, pour le cerveau; le pont de varole, pour le cervelet. Il n'était pas, pour les faits, aussi avancé que Vicq-d'Azir; mais il a systématisé.

Ayant accepté que chaque pli ou circonvolution composée de substance grise en dehors, de substance blanche en dedans, et de fibres blanches convergentes, peut être déplissée, et que, par conséquent, toute la périphérie du cerveau peut l'être également en une expansion membraneuse, il explique les circonvolutions, en montrant

' C'est toujours le développement de sa donnée anatoniique fondamentale, mais erronée.

GALL. 3l^

qu'il a fallu l'esserref cette membrane pour arriver à la contenir dans un petit espace^de la même manière que les circonvolutions intestinales. Il a prouvé qu'il y avait^ au fond de cette idée, quelque chose de vrai ; mais les circonvolutions ne sont pas, comme il le prétend , déplissables sans déchirure. H admet qu'il y a commissure entre les paires de nerfs, comme entre les hémisphères du cerveau et du cervelet.

Les ganglions , répandus dans tout le corps, sont des amas de matière grise, où se renforcent les nerfs. Les couches optiques, les corps striés, sont aussi des espèces de ganglions de renforcement; et la matière grise du cerveau et du cervelet peut être regardée comme les ganglions des commissures ; la substance grise de rintérieur de la moelle également; et l'on peut pousser la même idée à la terminaison des nerfs sensoriaux, et même à la peau.

Chaque paire de nerfs forme un système particulier, coDséquemment un ensemble, et ils se réunissent dans la moelle épinière.

Le cerveau et le cervelet n'en sont pas l'origine , mais un diverticulum j un appendice réservé pour certaines fonctions 9 éprouvant influence de la part de toutes les parties du cordon , et en exerçant une sur elles.

Il a cherché à montrer que les nerfs prenaient tous origine dans la moelle vertébrale ou allongée; mais il n'est pas arrivé à la théorie de Bell. Il a cherché à suivre les nerfs céphaliques jusqu'au bulbe d'où naissent les faisceaux qui vont former le cerveau et le cervelet, en sorte que c'était une espèce d'inflorescence qui se portait aux organes des sens; maintenant nous sommes bien plus loin.

Telle est cette anatotnie du cerveau ^ où Ton ne trouve réellemeot aucune idée physiologique, mais une étiologie auatomique incomplète sans doute , puisqu'elle est bien loin de comprendre toutes les pailicularités du cerveau y mais de la plus grande importance pour Tîmpulsion qu'elle devait donner , et qu'elle a en efTet donnée à l'anatomie de cet organe, et du système nerveux en général.

On peut encore y entrevoir comme une idée physio logique , mais seulement la première conception.

Malgré cette systématisation , nous ne devons pas dissimuler que Gall a négligé un grand nombre de faits intéressants, et que, par suite, il n'est peut-être riea resté de lui dans la science, si ce n'est sa grande influence.

IV. Phjrsiologie. Nous arrivons à sa phy^siologie; mais il est extrêmement difïicile d'entrer dans cet examen sans toucher à la métaphysique, à la morale, à la psychologie, à l'histoire naturelle. Néanmoins, comme nous avons préalablement donné quelques détails, il nous sera plus facile de le suivre. Les anciens avaient déjà essayé de localiser; Gall y est arrivé beaucoup plus complètement. Suivant lui, une faculté, une fonction, quelle qu'elle soit, dérive de Foi^anisation. Il n'admet pas (ïif/ces innées y mais des dispositions innées. Ces dispositions innées ne peuvent pas devenir des penchants irrésistibles, du moins dans l'espèce humaine, parce qu'elles peuvent être contre-balancées par d'autres dispositions opposées.

Cette distinction entre dispositions innées et idées innées, est importante et réelle. Les dispositions tradai- , tes par les penchants de l'animal, constituent sa nature. Elles sont et doivent être en lui avant qu'aucun

organe des sens ne soit en état d'agir. C'est ce qu'on peut nommer une harmonie préétablie, Tiiarmonie voulue par la puissance créatrice , tandis que les idées^ qui ne sont que des images , ne peuvent être innées; mais elles sont la suite, là conséquence de Faction immédiate ou médiate du monde, d'un corps extérieur sur un organe de sensation, que cette action soit actuelle ou passée'.

Toute faculté dérive de rorganisation ^ ou l'organisation est indispensable à la manifestation des facultés de l'âme. — Mais nous ne disons pas que ces facultés sont le produit de l'organisation. ( Fossaii. )

Cela est certain , en distinguant cependant les facultés oi^niques des facultés locomotrices, des facultés sensoriales et des facultés intellectuelles.

En effet, dans la première catégorie , il y a, à l'aide d'éléments matériels, production et résultats maté-

' Les dispositions innées constituent ce qu'on a nommé depuis longtemps Tiustinct qui pousse de dedans. — Il y a nécessairement harmonie entre les dispositions innées, Pinstinct et les organes.

L'éducation et l'instruction ne peuvent pas faire naître une faculté, si une faculté n'est que la possibilité à l'acte d'une disposition.

Mais est-il aussi certain qu'elles ne puissent pas en détruire une ?

Le climat et la nourriture, c'est-à-dire, le régime, ne peuvent pas créer, ne peuvent pas engendrer des facullés. Non encore sans doate, mais ils peuvent les modifier au point de les étendre.

Les besoins ne peuvent pas créer des facultés ; les besoins étant la conséquence de leur existence, il est, en effet, impossible de concevoir qu'ils puissent les produire.

Il n'y a pas de qualité primitive acquise ou factice : toutes les tacttUés sont innées. — Cependant la natation dans l'homme? — Les dispositions primitives des facultés de l'homme et des animaux sont innées, et leur activité et leur manifestation sont prédéterminées par rorganîsme.

3aO COlfTEMPORAINS.

rielsi — digestion, respiration, sécrétion; ou bien, acte, mouvement imprimé sur une substance matérielle.

Dans la deuxième catégorie, la faculté de l'irritabi* lité, il y a changement visible, mouvement dans l'organe, ou dans la partie de l'organisation qui jouit de la faculté de la contraction. — Le produit est le mouvement visible, appréciable, commensurable. — Dans la troisième catégorie, il y a action nécessaire d'un corps matériel sur la partie de l'organisme qui jouit de la faculté sensoriale. — Dans la quatrième catégorie, l'action immédiate du corps matériel ou de ses mouvements n'est plus nécessaire; il suffit de sa réminiscence seule pour donner iieu à la succession des phénomènes intellectuels; l'organe dans lequel ils se passent est bien une condition, mais non une condition de production, mais de siège; c'est un substratum y et non un instrument, un organe produisant. — En sorte que les conditions matérielles, c'est-à-dire, l'étendue, la quantité de substratum n'est pas une circonstance rigoureuse, comme dans les catégories précédentes; en effet, une sécrétion est en rapport plus ou moins manifeste avec les proportions de l'organe sécréteur et du fluide sanguin qui s'y répand. — Cela est encore assez évident pour la motililé, la proportion des fibres contractiles; mais déjà l'influx nerveux devient un élément qui peut suppléer l'autre. On peut conclure quelque chose d'analogue , mais à un moindre degré, pour les oi^anes des sens, cependant diflfîcilement; mais, dans les facultés intellectuelles, cela est impossible.

Quoique les anciens eussent bien senti le rapport de l'âme avec le substratum, cependant ils ne lavaient

Page 1