‹ Histoire des sciences de l'organisation et de leurs progrès, comme base de la philosophieChapitre 34 sur 61 · VI. Résumé · texte numérisé non relu

VI. Résumé

La physiologie du cerveau , telle que Gall l'a conçue^ o'est que ce qu'on appelle la psychologie. D'après l'analyse que nous avons faite de ses travaux, il marchait logiquement. £n effet, quand il y a fonction, il y a organe; et appareil, quand plusieurs organes se réu* Dissent pour un même but. Mais ici, bien que la relation ne soit pas aussi visible, cependant il y a fonction , que nous appelons faculté. On aperçoit encore bien la relation de cause et d'effet dans les organes des sens ; mais lorsqu'on touche aux facultés intellectuelles, il n'est plus possible de démontrer un organe-, il n'y a que substratura dans lequel il est impossible de voir la relation de cause et d'effet; ce substratum est pourtant nécessaire, a S'il y a, dit Gall, un principe immatériel, que devient cette essence indépendante dans le sommeil , dans

3a8 GOlfTRMPORAINS.

Tivresse, dans rhydrocéphale, dans les inflammations , les ulcères y les épanchements, les excroissances du cerveau, dans le dérangement des fonctions des viscères? Chacun sait que ces diverses circonstances interrompent, suppriment y exaltent, altèrent de mille manières les fonctions de Tàme.

« Ces expériences , dont le résultat est constamment identique, ne doivent-elles pas nous conduire à cette conséquence, que l'exercice des facultés intellectuelles, quel que soit d'ailleurs le principe que l'on adopte, est grandement soumis à l'influence des conditions corporelles? Dès lors, ce principe, au moins tant qu'il est soumis au corps , est du domaine du naturaliste ; c'est à lui seul d'examiner ces conditions corporelles , ces organes de l'âme , et les altérations auxquelles ils sont sujets. Â.insi, lorsqu'en écrivant une physiologie du système nerveux et du cei'veau , l'on ne se propose que d'apprendre à connaître Forgane de Tinlelligence en général, et les organes de chaque faculté en particulier, le but que Ton a en vue renlre inconteslablement dans l'ordre des choses possibles '. »

Il faut nécessairement admettre ce substratum avec Gall ; mais il ne peut être partagé en organes, comme il l'a voulu. Il est composé de parties qui forment un tout , et à ces parties sont attachées des facultés. 11 est entré dans l'analyse de ces facultés; il a distingué des facultés générales et des facultés spéciales. 11 a vu que les facultés générales, ce qu'on appelle désir, passion, etc., ne sont que des degrés d'un même penchant; pour que ces degrés puissent être mis en exercice, il faut réunir plusieurs conditions. Il est en outre évident que la vo-

* Préface, p. vu et viii.

lonté est une de ces facultés générales et communes à toutes les ronctit>ns.

11 est ensuite entré dans l'analyse des facultés spéciales 9 leur localisation et leur traduction. Cette analyse a permis d'entrer en histoire naturelle, et c'est là la haute perfection , le grand progrès du système de Gall, sur lequel surtout nous nous appuyons pour démontrer rinimatérialiléy et par suite l'immortalité de l'âme.

L'analyse de la locomotion en i*elation avec la moelle épinière par Sœmmering, l'angle facial de Camper , l'élévation verticale de Lavater, furent les trois premiers points de division d'où partit Gall pour arriver à localiser.

Quand on examine sa localisation y on se convainc , de la manière la plus positive , que ce n'est réellement, avec quelques améliorations, que celle de ces savants scolastiques que l'on a tant blâmés.

Dans l'établissement de sa localisation, il agit, en apparence, tout à fait empiriquement; sans doute, il s*esl trompé , et ses correcteurs encore plus, parce qu'ils ont cru qu'il n'y avait là que de l'empirisme, tandis qu'il y avait une conception de génie.

Gall divise les organes en deux catégories : la première, ceux communs aux animaux et à l'homme; la seconde, ceux particuliers à l'homme.

Dans la première catégorie , il range sous un même ordre les organes qui tiennent à la reproduction et à la nutrition , la vie organique ; dans un second ordre , les fonctions intellectuelles, communes à l'homme et aux animaux, ce sont les rapports des lieux, les rapports mécaniques, comme dans la structure du nid des oiseaux par exemple, les rapports des couleurs, etc., ce qui comprend la vie sensitive et intellective.

33o GONTBMPORAIlfS.

Enfin , dans la seconde catégorie , il range les facultés intellectuelles particulières à rhomme, ce qui vt comprendre y selon lui, la philosophie. Ici l'opiniâtreté et la théosophie sont entremêlées d'une manière blâmable, et on a eu raison de les séparer.

Nous n'examinerons pas comment il est arrivé à la détermination de la place de chaque organe ; cela est pea important. Il a cru, ou fait semblant de croire, que sa localisation était la chose capitale; mais il dit, dans la fin de son ouvrage, qu'il n'y tient pas, qu'elle pourra être changée.

Ses disciples le crurent ainsi , et Spurzheim, tout le premier, a augmenté et dénaturé à tort la première dé» lermination : il a établi trente-six organes au lieu de vingt-sept admis par Gall. C'est encore à tort qu'ils ont détruit la division des facultés en celles propres à l'homme, et celles communes à lui et aux animaux; car dès lors il est impossible de démêler la loi qui a présidé à leur distribution.

Ainsi donc , si nous examinons le système de Gall avec ses légères améliorations, nous sommes amenés au point où en était Albert le Grand et son École. Ils appelaient puissance, et peut-être avec plus de raison, ce que nous appelons faculté; et parties, ce que nous appelons organes ; nous proposons le substratum pour ce qu'ils appelaient le siège de la raison : ce ne sont que des mots nouveaux à la place des mots anciens. Do là ressort Tunité du tout par la réunion des parties, et une aine avec plusieurs facultés. Ainsi ils admettaient Wummi i^e^taina , scnsifaUj coi![itaUva^ moralis^ ce qui nVsSt pas uulie chose que les trois divisions de Gall,coaauo nous TaNons montré, sans doute, avec quelques dilYéreiices Mirtout dans les sièges.

Gall est pour nous le premier naturaliste physiologbte, bien supérieur à Bonnet, quoiqu^il ait refusé ce nom.

Loin de donner appui au matérialisme et au sensualisme, il a mis sur la voie de la démonstration de la nature du rapport de l'àme avec la matière , son substratum. Il se défend lui - même d'une pareille accusation. «Dans le nord de l'Allemagne, on trouve superflus les arguments par lesquels nous établissons que les dispositions sont innées dans l'homme, sans que, pour cela, sa liberté morale en soit moins réelle; et ailleurs. Ton a, au contraire, bien de la peine de s'élever jusqu'à l'idée de la coexistence des dispositions innées avec la faculté de n'en être pas irrésistiblement maîtrisé. Tandis que, d'accord avec les Pères de l'Église, avec les moralistes et avec les instituteurs , nous démontrons l'influence de l'organisation sur l'exercice des facultés intellectuelles, sans rendre pour cela l'àme matérielle. Walter, Ackermann, StefTens, et une foule d'autres, crient à l'effroyable matérialisme'.»

La thèse de Gall est parfaitement soutenable en ce point ; car l'àme et le corps sont tellement faits l'un pour l'autre, que ce n'est qu'une seule hypostase, comme l'entendaient les Pèi*es grecs, et une seule personne avec les Pères latins. L'accusation de matérialisme ne peut donc peser sur cette partie de sa doctrine; il n'en serait pas de même de la multiplicité d'organes particuliers et séparés, comme il serait facile de le prouver.

Gall nous semble avoir le premier appliqué la mé*ihode d'observation directe ou comparée à la physiologie du cerveau, qui n'est au fond que la psycholo«-

332 CONTEMPORAmS.

gie, et par conséquent à ce que l'histoire naturelle oiTre de plus difficile et de plus élevé dans le monde

créé.

11 a 9 peut-être mieux que personne avant lui, systématisé le système nerveux et surtout l'encéphale , en en donnant une étiologie anatomique , ou analyse rationnelle de son organisation.

Il a beaucoup plus appuyé que ses prédécesseurs sur l'importance de la substance grise, dont il a, plus positivement que Vicq-d'Azir, fait la matrice des nerfs.

11 a de même montré , d'une manière plus générale , la disposition fibreuse , et par conséquent conductricct de la substance blanche; il a aussi essayé de montrer que tous les nerfs de l'encéphale tirent leur origine de la moelle allongée.

C'est lui qui, le premier, a fait une nécessité de disséquer le cerveau étiologiquement, c'est-à-dire, suivant un ordre déterminé et rationnel.

Le premier, il a essayé de donner l'histoire naturelle des facultés psychologiques, instinctives, sensoriales, intellectuelles et morales de Thomme, en distinguant les facultés générales des facultés particulières ou spéciales : ainsi , pour le penchant jusqu'à la passion ; pour la sensation, la perception, la mémoire, l'imagination. Et, en essayant ensuite de déterminer ces facultés primitives et leur nombre, et abandonnant l'inutile recherche de leur siège dans le substratum général, il a proposé par empirisme, en apparence du moins, de localiser les facultés spéciales : y a-t-il réussi ? La question est loin d'être décidée. Mais il s'est aidé pour cela, certainement aussi, des déductions tirées de l'histoire naturelle des animaux, et de ce qu'avaient fait Sœmmering, Camper et Lavater.

Voulant parvenir à la prévision , et par suite à Tapplicalion, terme de toute science , il a essayé de démontrer le rapport général et particulier de l'enveloppe osseuse du crâne avec le cerveau, d'où la crànioscopie ou crâniologie , dans laquelle il a prétendu démontrer que les par lieu la ri tés de développement en plus ou en moins du cerveau et de ses régions sont traduites par celles du crâne à sa surface. Mais les nouveaux progrès de Fanatomie du système nerveux viendront ébranler cette partie de sa thèse , sinon dans le principe général , au moins dans les spécialités ^

Dès lors il a pu atteindre^ dans son idée, à la prévision, c'est-à-dire à connaître, par l'inspection de la tête et surtout du crâne , la tendance à telle ou telle faculté , dans des degrés différents.

Admettant que ces particularités proportionnelles dans les régions et parties de l'encépale traduites à l'extérieur sont indiquées de bonne heure dans l'homme, il a pu donner à l'éducation, à l'instruction des indii^iduset des nations, et même de l'espèce, une direction rationnelle, en combattant par des moyens directs ou indirects le développement de cette partie du substratum^ siège d'une faculté nuisible, et, au contraire, en favorisant, par des moyens également appropriés par l'iisage , comme on le fait pour les organes sensoriaux et telle partie des organes locomoteurs, les facultés utiles, et surtout celles qui doivent contre-balancer les nuisibles. C'est ce qui constitue lorthophrénie.

Mais, en portant son application à la législation cri-

* Le remarquable ouvrage du docteur Foville : Traité œmplet de tanatomiCy de la physiologie et de la pathologie du système nerveux cérébro-spinal j nous conduit bien plus loin que Gall, et renverse plusieurs de ses erreurs.

minelle, on voit comment cette partie des sciences naturelles peut atteindre un perfectionnement important, déjà indiqué par l'introduction des circonstances atténuantes dans le jugement par le jury.

11 a parla démontré la nécessité de réunir les sciences de l'organisme avec la philosophie , la morale et la politique. « Dans la physiologie , dit-il , nous nous appliquons, d'une manière spéciale y à des recherches sur les facultés de l'irritabilité, de la sensibilité, du mou** vement volontaire , de même que sur les fonctions des sens, les instincts, les penchants, la volonté, la peo* sée, en tant que toutes ces qualités se trouvent subordonnées à des conditions matérielles; nous tâchons d'assigner à chaque système différent sa sphère d'acti'* vite particulière, et enfin , de déterminer, d'après des lois immuables, quelle est, dans l'ensemble de tous les systèmes nerveux , la sphère d'activité ou le règne de l'homme. Dans toutes les occasions , nous prenons en considération l'éducation, la morale, la législation, l'art de guérir en général, ainsi que la connaissance et le traitement des affections mentales et morales en particulier. »

Le point le plus remarquable de l'effort de Gall, le moins incontestable, c'est d'avoir ramené Tunité dans des sciences que nous avions vues subdivisées et divergentes; par lui, la nécessité de l'enchaînement de toutes les sciences est de nouveau démontrée.

DE LAMARGK. 335

Page 1