‹ Histoire des sciences de l'organisation et de leurs progrès, comme base de la philosophieChapitre 35 sur 61 · DE LAMARCK (JE AN-BAPTISTE-PIERRE- ANTOINE DE · texte numérisé non relu

DE LAMARCK (JE AN-BAPTISTE-PIERRE- ANTOINE DE

MONET, CHEVALIBB).

Arrivés à l'époque moderne contemporaine, on a senti, avec nous, combien Tliistoire de la science élait bérisséede diflicuUés. Dans quelques voies, en efTet, que rhomme entre, il y porle avec lui sa nature, ses passions et ses préjugés; le monde scientifique, qui devrait, semble-t-il , n'avoir d'autre but, d'autre intérêt que celui de la vérité , n'est pourtant pas exempt de celte condition de notre nature. On s'y passionne même i autant plus ardemment pour ses opinions et celles de ses maîtres, que Ton se persuade plus facilement qu'il j va de l'intérêt de la vérité. Si vous joignez à cette nécessité de notre faiblesse l'absence et l'oubli du dogme des croyances religieuses, et, par suite, de la pratique de la divine morale évangéiique, de la charité, qui en est le fruit et la base, et qui seule peut faire taire les passions pour laisser parler la vérité, vous verrez les difficultés se compliquer d'une manière effrayante. Car, une fois cet admirable contre-poids enlevé, à sa place naissent l'intérêt particulier, l'empire de lamourpropre et de l'orgueil, et , au lieu du devoir, le despotique égoïsme; de là surgissent l'intrigue, les petites

coteries, les meDees littéraires et scientifiques, pour s'élever soi-même et faire arriver ceux qui vous élèvent , toujours au détriment des intelligences assez fortes pour lutter contre vous, et qu'il faut abattre pour triompher; ce qui n'est que Tégoisme rayonnant autour de soi sur des appuis assez dévoués pour le soutenir, et assez faibles pour demeurer toujours sous sa dépendance, c'est-à-dire qu'au fond l'égoïsme se replie sur lui-même. Avec ces diflicultés, pour ainsi dire , individuelles, viennent s'enlacer les influences sociales et les rouages de la politique, lorsque la science, ou plutôt ceux qui la cultivent se trouvent lancés dans ce monde qui n'est point fait pour eux. De ce nouveau centre, mille fils * divers s'échappent en tous sens pour aller se lier à de nouvelles passions, à de nouveaux intérêts, à de nouvelles exigences, et viennent ensuite compliquer les difficultés, en faisant de la science un instrument, un marchepied, que l'on grandit facticement en proportion de la hauteur où l'on veut atteindre.

Tel est le caractère de notre époque , que l'on pourrait définir politico-scientifique. Comment alors venir, avec le flambeau de la nue vérité , le seul guide de l'histoire, débrouiller ce chaos de tant de passions diverses, cette complication d'injéréls et d'exigences multiples^ sans redouter la révolte de tant de susceptibilités que l'on est exposé à blesser, et par là même nuire à la vérité et à la science, en avançant, ce que le temps seul peut amener, l'époque où il est permis à la vérité de parler dans le silence des passions?

Ces considérations et d'autres tout aussi puissantes, mais purement scientifiques, ont du nous déterminer à nous renfermer plus que jamais dans le cadre unique de la science, à y choisir le type caractéristique de cette

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époque dans Lamarck prérërablemeni à Cuvier qui, sous tant de rapports, paraîtra sans doute à un grand nombre de lecteurs devoir mériter la préférence ; mais si l'on veut peser les motifs de notre détermination , on conviendra facilement que nous ne pouvions et ne devions pas faire autrement.

i^ Les travaux de Lamarck et de Cuvier ont réagi les uns sur les autres , et en donnant l'histoire de l'un de ces hommes , il faut nécessairement parler de l'autre.

a^ Mais comme Lamarck est venu le premier, il semble sous ce rapport devoir être préféré.

3® En outre, Lamarck a été un homme purement scientifique, tandis que l'esprit facile de Cuvier, qui semblait vouloir tout embrasser , a été trop souvent et trop récemment mêlé aux événements de la politique pour qu'il soit perjnis d'approfondir encore son histoire. En effet, son école, ses amis politiques , sa famille , pour ainsi dire , sont encore vivants , tandis que récole de Lamarck s'est fondue dans l'école française ; il n'a laissé que ses relations scientifiques.

4® L'école de Cuvier n'a d'ailleurs jamais eu de caractère philosophique nettement prononcé ; l'éclectisme ne peut en avoir, et Cuvier était éclectique; tandis que Lamarck a franchement tracé le caractère de sa doctrine, qui est devenue celle de l'école française, ou plutôt qui était le résultat de son époque. Cuvier pourrait, nous semble-t-il, être considéré comme faisant le passage de cette école à l'école actuelle , à laquelle il a rendu d'éminents services. Celte dernière considération suffirait donc, à notre point de vue purement philosophique, pour faire de Lamarck le type, et de Cuvier UD appendice dans ses travaux purement scientifiques.

Par Lamarck donc , nous arrivons au dernier terme

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dans récole française ; mais, pour la bien juger, nous avons à jeter un coup d'œil rétrospectif sur le chemin que nous avons déjà parcouru.

Un grand nombre des hommes dont nous avons étudié rhistoire ont entrevu la lacune qu'ils étaient appelés à combler ; mais plusieurs aussi l'onl remplie sans le savoir et comme par la force des circonstances. Ici, comme partout, Thomme s'agite et Dieu le mène. Lamarck nous en fournira un nouvel exemple. Il apercevra en partie son effort dans la grande démonstration de la série animale, qu'il essayera d'introduire dans la science; mais il n'apercevra pas la vérité de la thèse théologique , qu'il sera amené à démontrer par l'absurde.

La science, définie par Platon l'ensemble des connaissances divines et humaines , se compose de plusieurs parties qui , quoique en apparence distinctes, s'enchatnent au point que les progrès d'une branche ne sont pas fort éloignés de ceux d'une autre branche. Pour bien comprendre l'encyclopédie scientifique, il faut savoir que ces branches se partagent en trois grandes catégories , comme nous l'avons montié si souvent : ce sont les sciences d'instrument : la grammaire générale, la logique, la dialectique et la mathématique, que l'on pourrait toutes renfermer sous la dénomination bien comprise de méthode {[f.&'^oc^ ô^oç), ou voie de l'esprit humain à la recherche de la vérité. La seconde catégorie est celle qui consiste dans l'emploi de ces instruments à la connaissance des êtres et des phénomènes qu'ils présentent , soit que celte connaissance s'applique aux eues désagrégés ou élémentaires, ou aux êtres à l'état d'agrégation , ce qui renferme tous les êtres delà nature. C'est là ce qu'on peut justement appeler, avec

l^msiTçk 9 les connaissances positives. Enfin , ]a troiaièm/ç catégorie renferme les conséquences et les corollaires des deux premièreis y et constitue la partie vraiment philo^pbMJue de la science. Lorsque l'esprit Jiuni^in a étudié les faits et les phénomènes pour arriver à leur prévision, l'homme alors revient sur lui-même ,

^t s'étudie dan9 ses rapports avec les êtres créés , avec se3 semblables, avec Inii-méme, et enfin avec Dieu, son grand terme, dernière branche qui n'a point été saisie par Aristote, bien qu'il eût embrassé toutes les autres.

Si Ton accepte cette division des sciences, qui est l^elle de tous les homm^<» de génie, les faits nous l'ont prouvé, elle nous amène au point de vue où il faut être pour comprendre la fîn de cette histoire.

Cette science que l'homme sent, qu'il reçoit d'abord par la foi , et qu'il demande ensuite à la démonstration , ce qui est le besoin de notre époque, peut être présentée dans un ensemble de diverses manières.

On l'a envisagée comme formant une pyramide, un arbre ou un cercle. La première idée est certainement l§ cercle, l'encyclopédie , parce que chacun des rayons, ou science particulière, pourra réagir sur toutes les autres» La forme pyramidale donnée par Bacon, et acceptée par d'Alembert , offre , entre plusieurs autres inconvénients, celui d'exiger qu'une science soit terminée et ne puisse plus faire de progrès, pour pouvoir prendre place dans la construction de la pyramide; et en outre , quand même la science qui est à la base^ par exemple, ^'agrandirait , on n'en verrait pas la réaction sur les autres sciences. Cette disposition pyramidale met à la base les sciences mathématiques, puis la logique, la grammaire, etc.; in)iermédiairement elle place les sciences mitlireUes , ^imM>impei; Pi^u. Ia mathématique peut

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bien avoir réaction sur les sciences d'observation ^ mais la pyramide ne le montre pas ; on ne \oit pas non plus comment le sommet repose sur sa base. Du reste , d'Alemberty tout en acceptant la pyramide des sciences, n'en a pas moins \oulu appeler son ouvrage Encyclopédie.

La forme dendroîde^ est due à Descartes. Sous l'emblème d'un arbre y elle montre mieux la réaction , parce que, dans un végétal, les racines^ les feuilles^ etc., réagissent sqr l'ensemble et les unes sur les autres ; mais il n'y a point ce grand perfectionnement de voir celte réaction dans son ensemble aussi facilement que dans le cercle.

La forme circulaire n'a que des avantages : elle permet devoir l'ensemble du progrès des sciences, et laisse apercevoir en même temps comment le développement d'un rayon influe sur celui des autres rayons. Aussi, est-ce cette forme que nous avons adoptée, et qui va nous permettre de résumer en peu de mots nos époques précédentes.

Aristole trace le cercle des connaissances humaines: j° il constitue la science, crée la grammaire générale, la logique et la dialectique; a** il les applique au monde, à l'état d'éléments et à l'état d'êtres, puis à l'homme moral, mais non religieux.

Pline ne concevant la philosophie ni à priori y ni à posteriori y son entreprise n'a d'autre efFet que de montrer combien il faut se garder de cetle tendance individuelle et matérielle : car tout effort fait en dehors de la science est comme non avenu.

Galien , sous l'influence de la religion chrétienne déjà introduite à Alexandrie, continue l'œuvre d'Aristote et de Platon , et même d'Hippocrate ; il étudie

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l'homme dans ses oi^anes et leurs fonctions, et admet le but théologique.

Aussitôt que le christianisme eut rempli l'Europe, Albert le Grand termina l'encyclopédie des sciences. l)e cette époque à nous il y a deux grands perfectionnements : l'un de la renaissance à Buffon, et l'autre de Buffon à Lamarck et Oken.

Mais un autre fait qui est résulté de nos études , c'est que toutes les fois que la science a eu besoin d'un nouveau progrès, c'est là que s'est produit un génie; tandis que ceux qui ont travaillé dans le temps où la science n'était pas préparée pour leurs efforts, sont mort -nés.

A l'époque où nous sommes arrivés, le travail des faits est accompli ; le besoin de la science est de clore, de terminer le cercle : travail qui a été essayé en des voies diverses par l'épicurisme , le spinosisme ou le panthéisme d'une part , et par la théologie de l'autre. Nous voilà donc au point de vue nécessaire pour juger la thèse du panthéisme matérialiste et celle de la théo** logie catholique; à savoir :1e panthéisme, qui enseigne .que le monde est un être complet, se reproduisant par ses parties ; et le catholicisme, qui enseigne qu'un Dieu créateur est l'auteur de ce monde et de toutes ses parties; mais il fallait que la science fût arrivée à ce point où nous la voyons, pour pouvoir juger et démontrer ce que l'on acceptait déjà par la foi.

Nous n'avons plus que deux points de vue à étudier, celui de l'épicurisme dans Lamarck et l'école française, et celui du panthéisme dans Oken et l'école allemande. Ces deux thèses sont de la plus haute importance ; nous commencerons par celle de Lamarck, et nous montrerons qu'en adoptant sa philosophie, on admet la création spontanée , la transformation des espèces, leur

34* comriKTCiiÂiirs.

négation et rautochlhonie de ces mêmes êspécdS^ et ptti* suite l'action de la matière sur elle-méttie. Nous liUrodS nos six chapitres ordinaires.

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