‹ Histoire des sciences de l'organisation et de leurs progrès, comme base de la philosophieChapitre 38 sur 61 · III. Sciences de foncUofi^ de Vhomm^y ou de^HiirSt Su · texte numérisé non relu

III. Sciences de foncUofi^ de Vhomm^y ou de^HiirSt Su

fip, daps la troisièpie catégorie, qpi comprend )#a sciences de Thomme dans ses Fopction^ dP d^voiri, |a scienpe était déviée : on tendait à détruire pe que Tpn appçl^it préjpgés; tops les ouvrages étaiept dipigé^ cop« tre Piep, cpptr§ 1» société et 3PS in^titutipp^ , e| \t^ ipopde croulait de toptes p^rt^.

Le^ rapporfs de Thopip^e gvpple re^tP dw «PPPdft fîféé n'étaiept pa$ étudié^, pt ne }e 4ont peut-être pas ^pcor^ d'pne manière çopvenable ^ si ce p'est up peu ep Aingl^r terre,

Les jsciences qui considèrent l'homme dans ses de-r voirs de fapiille, comme père, épopx, fils ou purent, étaiept plutôt faussées que développées dans la direp* tion pior^le. Des esprits ipspirés par le gépie du mal avaiept 3outepu à ce sujet )es paradoxes les plu^ oppor sé^, les plus contradictoires avec la nature intpUeçtpelle et spirituelle de Thomme.

La société n'était plus comprise; les scipnpeis, qpi envisagent l'hompie cpnime faisant partie d'pnp certaine réunion d'homp^es de pays ou de religiop f^ipT blable, pu bipp compte homme par rapport au^ aptrei bonimes,d'où çort la n^tjopalité et l'hp.manité, qppir ^m gépéralewpnt et fréquewmepl étHdiéej , é\mB^ pifr

t6t ruinées, qu'établies et aoutenge^, h§ seul lien ^^ritar blementsocîal, le lianreligieuxeicatbûliquey était tous les jours desserré et presque détruit, f^upité religieuse bri*sée par rintroduction de religions diCféreutes et oppo^ «éesy la nationalité dut se mettre en dehors de toute religion, et, en rompant ainsi avec sa racine, Thuinar nité fut abaissée jusqu'à l'ëgoisine , ou plutôt forcée de se replier sur eUe'^méme , et de se perdre dans les pror fondeurs du néant de son abaisseinentt

Quant à cette grande et belle acience de Tbomme avec sa conscience, la morale, r^dqite à celle des in*téréts et du monient^ elle était vicit^e et individualisée; et le terme, Dieu, fut rejeté.

IV. Théologie. Les sciences tbéologiques, en effet, avaient suivi ou précédé, dans leur décadence, la science de rbomme. A peine si quelques bons esprits, prévoyant aisément la terrible catastrophe dans laquelle la société allait presque succomber, montraient encore cette clef de la voûte, comme point de mire, comme terme social; tout le reste, ou bien la négligeait, entraîné, étourdi par le torrent, ou même s'efforçait de la renverser, quelquefois, il faut en convenir, chez les hommes droits, instinctivement vertueux, dans la ferme, iaais aveugle persuasion qu'une instruction plus répandue, plus complète, pourrait remplacer la religion. Mais les faits et l'expérience leur ont répondu d'une voix sombre et sanglante que cela était à jamais impossible! Et les éphos des sociétés mourantes, des empires renirersés, le redisent depuis plus de trois mille ans; sefontrils enfîn entendus !

JU État df^ scienceji dmi F Académie, Tel était l'état lie la soienee dans Ig société, et par suite dans l'Anadém\(i à§& Mienaea»à l'époque où iVf< de Lamafvk, im*

368 CONTEMPOR AIN S .

trainë par son génie, entrait dans la lice* En elTet, rAcadémie des sciences était alors la représentation de la société; elle reçut et donna tour à tour Tinfluence. C'est à d*Âlembert qu'est due Tidée de l'Encyclopédie, cet instrument de destruction. Les sciences mathématiques régnaient en souveraines dans cette société , évidemment perfectionnées par les travaux des Euler, des Bernouilli, des Clairault , des d'Alembert, des Laplace; elles étaient arrivées à une telle prépondérance, et à une telle importance, qu'elles embrassaient, comme de leur domaine, l'astronomie, la physique; qu'elles tendaient à en faire autant de la chimie et même de la minéralogie , par la cristallographie.

Les sciences naturelles, proprement dites , aussi bien dans les êtres que dans \es phénomènes dont elles s'occupent , se prêtant peu ou point à une application des mathématiques, devaient donc être mal appréciées dans l'Académie, et par conséquent elles étaient négligées. Au commencement du dix-huitième siècle, l'anatomie, et plusieurs autres parties des sciences naturelles, étaient beaucoup plus cultivées; mais, dans cet intervalle, naquirent des hommes qui nuisirent à la direction philosophique et véritable. Ce ne fut pas Réaumur qui a fait en physique et en histoire naturelle ce qu'on n'a point encore surpassé; mais, à côté, et au-dessus même de lui pour le génie, Buffon s'éleva trop tôt de plein vol aux généralisations, tandis que Daubenton et plusieurs autres observaient pour lui. Cependant Guettard et Maleslierbes tentèrent la lutte contre ce puissant génie ; Buffon les écrasa et étouiïa en même temps l'effort des classifications et des méthodes. Buffon , à son tour, en se séparant des mathématiciens, fut terrassé par l'école mathématique, qui pre-

DE LAMARCK. SÔO

nait le dessus, et qu'il avait servie à son insu. Réaumur ëtait mort, Duhamel, Guellard, BufFon, touchaient à la fin de leur carrière; Vicq-d'Azir avait succombé jeune; les botanistes les plus distingués de l'école française, Adanson, Antoine-Laurent de Jussieu, Desfontaines, montaient il est vrai à leur apogée, mais sans influence, aussi bien par la nature de leurs travaux que par celle de leur caractère. Dès lors n'est-on pas étonné d'apprendre qu'à l'Académie des sciences, lorsqu'un botaniste lisait un mémoire, un géomètre ait pu dire : Eh bien^ puisqu'il est question de salade ^f aime mieux aller manger la mienne.

Enfin, les sciences zoologiques, ou de l'organisation animale, n'étaient guère appréciées que parce qu'elles conduisaient plus ou moins directement à l'art de guérir; elles étaient comprises sous le nom d'anatomie. Les zoologistes n'étaient, pour ainsi dire, prisés que parce que, s'occupant de l'organisation animale et de celle de l'homme, leur science touchait à la médecine. Aussi Daubenton, Vicq-d'Azir lui-même, quoique au plus beau moment de sa gloire , Tenon , n'étaient considérés que comme anatomistes. 11 est à remarquer encore que l'ancienne Académie n'a jamais proposé un prix qui ait trait aux sciences zoologiques.

Dès lors , en dehors de l'Académie, la science générale des animaux était également dans l'enfance, tandis qu'en Allemagne Blumenbach avait déjà pu formuler des ouvrages généraux sur l'anatomie comparée, sur la physiologie, et sur l'histoire naturelle dans son ensemble.

En France, au contraire, à peine si le système de Linné était connu ; à peine si l'on aurait pu trouver plus d'une personne qui s'occupât spécialement d'une T. III. a4

370 GOJE7T£MPORMlfS.

partie de la science, comme le prouve l'exécution de TEncyclopëdie méthodique, dans laquelle les mammifères furent copiés de Buffon; les oiseaux , de Brisson et de Buffon ; les reptiles et amphibiens, de Lacépède; les poissons , de Bloch ; les insectes , de Linné , mais pai* un homme spécial , Olivier; les vers, d'après MuUer, par un homme spécial aussi , Bruguières, qui avait déjà notablement avancé cette partie de la série animale, si négligée en France.

Quant à la géologie, elle était déjà dans une voie de progrès par les travaux de Buffon , de Guettard et même de Desmarets, tous les trois de l'Académie des sciences. Lors donc que I^marck arriva en 1780, les sciences naturelles en général étaient abattues , et la science de l'organisme animal en particulier était dans l'enfance; et voilà pourquoi ses ouvrages ont pu être reculés et avoir besoin de nouveaux développements. Où donc aurait-il pu puiser, pour justifier la qualification injuste d'éclectique qu'on a voulu lui imposer? D'ailleurs, lorsqu'il a copié des prémisses, il a été conduit aux erreurs les plus graves; lorsque, par exemple, il a voulu avoir recours à l'analomie , il s'est trompé, car il ne la connaissait pas, et elle n'était par assez avancée. Il y a eu, dans ses ouvrages, systématisation; mais éclectisme , cela était impossible.

III. État de la science dans les contemporains de de ^Lamarck. A l'arrivée de de Lamarck, une ère nouvelle commence; la science va éprouver une sorte de tenaissance , qui n'a point encore été, nous semble-t-il, comprise ni jugée , parce que Ton n'est point descendu dans l'examen approfondi des faits et des doctrines. Deux noms se sont trouvés eu présence à cette époque , Lamarck et Cuvier,

DE LAHARCK. 871

Le baron George Cuvier a été jugé bien différemment : les uns lont grandi et élevé au-dessus de son vrai mérite ; secondés par sa position politique, ii leur a été facile d'en faire l'homme de l'époque , l'Aristote des temps modernes; les autres, irrités peut-être par les faits de la politique ou par d'autres motifs , l'ont attaqué avec un acharnement trop violent pour n'être pas passionné. On lui a tout enlevé, science, vertus morales , et même convictions religieuses , puisque , dans la Biographie des Contemporains , on l'a accusé d'athéisme et de matérialisme , en même temps que dTiypocrisie : car, dit-on, « il fut un temps où M. Cuvier crut trouver ( la date de l'existence de notre planète) dans le mot éternité; mais le besoin de concilier la vérité avec l'esprit de la Genèse , devait plus tard le déterminer à jeter un voile sur celte découverte. »

Il nous semble qu'entre deux opinions si extrêmes et si opposées, la vérité et la justice peuvent trouver leur place. Cuvier a été sans contredit un des hommes les plus remarquables de notre époque; la carrière qu'il a parcourue en est une preuve évidente. Tous ceux qui ont eu Tavantage de le connaître , sont unanimes pour lui accorder celte immense facilité desprit, cette étonnante activité d'intelligence, qui lui permettait de saisir sur-le-champ et de prime abord tout ce dont il lui plaisait de s'occuper. Il parlait de toute espèce de sciences, et écrivait avec intérêt sur toutes leurs parties, sans même en avoir fait l'étude; il lui suflisait pour cela d'une conversation avec les hommes spéciaux, ou de quelques notes rédigées par eux, et il avait Tart de tout lier et de tout enchaîner avec un intérêt si merveilleux, qu'on aurait cru que le fond lui appartenait, il passait de la politique à l'administration,

Sya CQNTEMPORAIWS.

de l'administration à la science , sans trouble et sans fatigue. Mais cette facilité, qui fait les génies quand elle n'est pas émoussée, devient un écueil inévitable pour la plupart des esprits qui en sont doués : c'est , sans aucun doute, ce qui arriva à Cuvier. 11 avait pourtant un grand nombre des qualités nécessaires aux progrès de la science. Écrivant avec cette facilité qui sait se mettre à la portée de tous, il rendait la science moins aride au vulgaire, et entraînait l'opinion par cette éloquence qui plaît sans fatiguer. Son Discours sur les révolutions du globe est un phénomène surprenant en ce genre : quand on n'est pas initié aux faits de la science, il est impossible d'en commencer la lecture sans l'achever, et impossible de l'achever sans être persuadé. À tout cela il joignait , quand le temps ne lui manqua pas, la sagacité d'un observateur ingénieux , témoin ses Recherches anatomiques sur les reptiles regardés encore comme douteux , ses Observations sur le daman, etc.

Mais bien des obstacles vinrent enlever à ces heureuses dispositions une partie des résultats qu'on devait en attendre; ils vinrent du dehors et de lui-même. Indépendamment de lui, l'espèce de renaissance qu'éprouvait aloi^ la science, où il semblait que tout était à refaire api'ès une époque de destruction et de ravages, fut pour lui, comme pour bien des gens, un obstacle insurmontable. Il était en effet trop tôt pour généraliser et systématiser, et quand il voulut le faire, il échoua. Sa méthode zoologique , ses théories zoologiques ont nécessairement succombé sous les faits plus nombreux et mieux étudiés. 11 fallait donc encore approfondir les faits, et essayer de bien asseoir les principes de leur systématisation , avant de systématiser. Ce ne fut pas la

DE LAMABGK. 87^

position y ni les moyens qui lui manquèrent pour cela : de bonne heure, il fut eïi possession de collections nombreuses, et il eut à sa disposition toutes les facilités que le gouvernement français a toujours accordées à la science. Mais il méconnut une telle position ; il lui manqua. Il se méconnut lui-même en sortant de la science pour entrer dans la politique. Le conseil lui en fut pourtant donné. M. De Sèze, dans la réponse qu'il lui fit lors de sa réception à l'Académie française, après avoir exposé ses premiers succès dans la carrière politique, ajoute a Vous le dirai-je. Monsieur, et votre « gloire me le pardonnera-t-elle ? Je regrette presque ces a derniers succès si nouveaux pour vous; je redoute « leur séduction : je crains qu'ils n'aient la puissance a de vous enlever à cette belle carrière des sciences na- « turelles où vous avez si peu de rivaux. » Mais le conseil venait trop tard ; et ces carrières si variées et si opposées, jointes à la facilité d'esprit de Cuvier, furent le plus terrible obstacle aux résultats que la science avait le droit d'attendre de ses travaux. Il lui a pourtant rendu d'immenses services; il a donné le branle et l'élan à l'étude des sciences zoologiques et géologiques ; il a relevé les sciences naturelles dans l'Académie , et les a en partie replacées à leur rang , mais plutôt sans doute par sa position politique et littéraire que par leur étude approfondie : il les a vulgarisées ; et ses ouvrages, bien qu'inutiles pour la philosophie, sont pourtant et demeureront encore des répertoires qu'il faut suivre et consulter dans la voie de l'observation des faits, soit comme guides, soit comme observations acquises. Ce sont là des services assez grands pour mériter à Cuvier la reconnaissance de la science ; mais ils ne suffisent pas pour lui accorder la gloire d'être son créateur, ni

874 GOmTEMPORAJirs.

le titre d'Aristote des temps modernes ; ils ne suffisent pas pour lui acorder la gloire d'avoir agrandi le cercle des connaissances humaines, en développant les principes de la vraie philosophie.

C'est ce qu'il faut prouver : j"" Cuvier n'a jamais rien fait dans les sciences instrumentales, ni dans les sciences de physique générale.

n"* Il n'a travaillé que sur la physique particulière ^ comme il l'appelle , ou les sciences naturelles. Dans ces sciences, il n'a rien fait en phytologie ou botanique; rien en minéralogie, ni en géologie minéralogique ; le seul travail sur cette dernière partie de la science, auquel se rattache son nom , est dû presque entièrement à M. Brongniart, comme il le dit lui-même dans son Discours sur les ossements fossiles.

y^ Il n'a donc travaillé que sur la zoologie et la palœontologie.

En zoologie générale ^ il a publié : i® Tableau élémeur taire de T histoire naturelle des animaux. Paris, an vi.

Préface. Dans la préface de cet ouvrage, Cuvier pose le but de la science , et il est pour lui le bien-être purement matériel ' ; le terme philosophique et moral est complètement omis.

Introduction. C'est dans son Introduction qu'il expose les généralités de la science; et c'est là, par conséquent, qu'il doit exposer les principes que les détails démontreront , et à l'aide desquels on jugera les faits.

Or, le premier principe de la science, l'existence et la réalité de l'espèce, sans laquelle il n'y a pas de science possible, ne repose, selon lui, que sur une hypothèse : « La notion de l'espèce , dit-il, reposant donc

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sur Ift supposition que tous les êtres qui la composent pourraient être réciproquement aïeux ou descendants » ce n'est que par conjecture qu'on peut y rapporter, comme variété j tel ou tel être , qui en diflfère plus ou moins ^»

Il semble admettre rautochthonie des espèces et divers centres de création ; mais c'est avec une sorte d'indécis sion qui marque un examen un peu superficiel. « il.pa*- «ratty dit-il 9 que^ dans le principe t chaque espèce « d'animal, et même de plante, n'existait que dans une « contrée déterminée, d'où elle s'est répandue selon les « moyens que sa conformation lui donnait. Encore «aujourd'hui, plusieurs d'entre elles semblent avoir « été bornées autour de semblables centres originai*

c res »

Ainsi, l'espèce n'est qu'une hypothèse , l'autocthonie et les centres divers de création paraissent probables» De là à la transformation des espèces, à leur négation^ aux créations spontanées, il n'y a qu'un pas.

Une fois la réalité de l'espèce établie , il est facile de constater des rapports naturels , et de démontrer la subordination des caractères , et par là d'arriver à la mé« thode ou à la svstématisation des faits, des êtres ou des phénomènes. Mais si l'on part de l'hypothèse et de l'indéciaion , on n'arrivera jamais à une démonstration rigoureuse. C'est pour cela qu'en arrivant aux rapports naturels, Cuvier nous semble n'en pas avoir non plus atteint la loi. Dans le chapitre IV de l'Introduction, il expose ainsi ces rapports : a Les points de ressemblance a ( des êtres) sont ce qu'on nomme leurs rapports natua rels. Plus ils sont nombreux, plus ces rapports sont

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tf grands. Les rapports les plus constants sont en même (c temps les rapports les plus importants, les rapports m supérieurs ; et ceux qui sont plus variables, sont les « rapports subordonnés. Ainsi, la constance d'un rap- ^port^ une fois déterminée par l'expérience, on peut oc en conclure l'importance de la partie dont ce rapport « est pris ; et vice versa , lorsque le raisonnement nous « montre l'importance d'une partie , on peut en con- « dure que les rapports qu^on en tirera seront très- « constants'. »

D'abord , ce n'est pas le nombre des ressemblances qui établit la grandeur des rapports; autrement les animaux inférieurs, qui ressemblent aux végétaux par le plus grand nombre de points, la nutrition, la génération , la station , la multiplicité d'individus sur une même tige, pour ainsi dire, etc., etc., devraient être rangés parmi les végétaux. Il faut donc chercher une autre loi ; et cette loi repose, non sur le nombre, mais sur Yimportance et Vessentialité des caractères ou rapports. Ainsi, dès qu'un être a ce qui est essentiel à l'animal , il ne peut plus être confondu avec les végétaux, qui manquent tous de ce caractère essentiel que nous verrons, plus tard, résider dans la sensibilité et la locdmotilité seulement.

Ce ne sera donc plus précisément la constancefd'un rapport qui fera conclure V importance de la partie dont ce rapport est pris. Mais ce sera XessentiaUté de ce rapport, puisque c'est l'essence de l'être qui le fait ce qu'il est; et dès lors les rapports seront subordonnés, suivant qu'ils seront plus ou moins essentiels, ou qu'ils seront plus ou moins intimement liés aux rapports es-

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sentiels ; et ce ne sera pas précisément la variabilité qui établira la subordination des rapports. Sans doute, puisque c'est Tessentialité des rapports qui en fait l'importance, lisseront nécessairement constants, sans quoi l'être perdrait son essence , mais ils ne seront pas plus ou moins variables , car une chose variable n'est pas essentielle à l'être ; ils auront seulement plus ou moins d'intensité dans leur développement ; sans quoi , s'ils peuvent varier, il n'y a plus rien de fixe, rien d'essentiel; partant, tous les êtres ne sont que le résultat du hasard et des circonstances plus ou moins favorables , et il n'y a plus de principes, ni de démonstration possible; et dès lors la méthode n'est plus que « cet écha- « faudage de divisions , dont les supérieures coraprenanent les inférieures» (p. 20), si même un tel échafaudage est possible d'une manière rigoureuse; tandis qu'à l'aide du principe de Vessentialiié et de Xiniensité des rapports qui en naissent, la méthode devient rigoureusement la traduction de la nature, dont tous les êtres sont systématisés d'une manière rationnelle, à l'aide d*un principe toujours le même.

Nous avions vu , dans la méthode aristotélicienne , l'homme placé en dehors et au-dessus des animaux par Albert le Grand et ses successeurs. Buffon en fit un aniflial, et Cuvier suit ses errements ; il place l'homme parmi les animaux, et le regarde comme le plus parfait de tous. Et dès lors, tout ce qui se passe dans l'homme, soit comme être physique , intellectuel ou social , sera le résultat de son organisation animale. «L'homme, « dit-il, a un penchant à la sociabilité, que sa faiblesse a naturelle lui rendait absolument nécessaire. » il parait le supposer d'abord à l'état sauvage, et il se serait développé par son organisation plus parfaite que celle

des autres animaux. Mais il n'y a rien de nettement prononcé dans son exposition; on entrevoit la prédominance d'une opinion, et rien que cela : c'est une sorte d'indécision éclectique.

Les rapports naturels et la méthode conduisent à U classification y qui en est le résultat; mais pour classer, il faut comparer, et Thomme, le plus parfait des animaux, est naturellement son terme de comparaison, et à juste titre. Fondé sur ce principe qu'il a posé, que les parties principales exercent une influence sur toutes les autres y il en tire la raison pour laquelle les animaux à sang rouge ressemblent plus à l'homme que les animaux à sang blanc : « car, dit-il, toutes les parties du « corps naissant médiatement ou immédiatement du <csang, la nature du sang doit être la principale cause (c des différences que ces parties subissent. Voilà pource quoi les animaux à sang blanc n'ont de commun avec <c les animaux à sang rouge, que ce qui entre essentiela le me Ht dans la notion de t animal ^ tandis que la suite «de ces derniers ne présente que les modifications dic< verses d'un plan unique, dont les bases principales « ne sont point altérées ^ »

«Ce sont aussi les différentes propriétés que le sang « reçoit par la manière plus ou moins complète dont il «est exposé à l'action de Tair, qui indiquent les meila leures subdivisions à faire parmi les animaux à sang « rouge ^. »

Voilà donc sa loi, son principe, le sang ronge ou blanc, et la respiration ou l'action plus ou moins complète de l'air sur le sang. Mais ce qui entre essentiellement dans la notion d'animal ^ et qui par conséquent

' Pages 85-86.

* Pag« 66.

DE XJkHÀBGK. 379

fait que Tanimal est animal , et qu'il est plus ou moins animal, suivant qu'il possède à un plus ou moins haut degré ce qui entre essentiellement dans la notion (Tani^ malj est rejeté, malgré son importance, puisque cela est essentiel à la notion daninial^ et malgré sa généralité, puisqu'il est essentiel aux animaux à sang blanc, aussi bien qu'à ceux qui ont le sang rouge, pour être remplacé par un caractère évidemment moins impor^ portant, le sang rouge, puisqu'il n'est pas essentiel à la notion (Tanimalj et moins général, puisqu'il ne convient qu'aux animaux à sang rouge. Le principe manque donc, puisqu'il n'est pas applicable à tous les êtres qu'il s'agit de connaître et déjuger. Aussi, arrivé aux animaux à sang blanc, Cuvier se trouve-t*il embarrassé, « Les animaux à sang blanc, dit-il, n'ont pas autant de o( caractères communs que ceux à sang rouge; ils parais* <K raissent même n'en avoir que de négatifs, comme c( l'absence d'une colonne vertébrale et d'un squelette a intérieur articulé, etc. Nous devons donc nous bor- « ner à les considérer successivement, et à indiquer les a diverses dégradations que leur organisation subit, et «les principales divisions qui en résultent '.d Et alors son caractère sera tiré de la considération du cœur mus* culaire ou non, de son absence ou de sa présence, et de l'absence ou de la présence d'une moelle épinière noueuse, du cerveau et des nerfs. Et il aura: « I. Les mollusques y qui ont un cœur musculaire , et point de moelle épinière noueuse. >i

II. Les insectes et les vers, qui ont un vaisseau dorsal longitudinal , et une moelle épinière noueuse, au moins TuD des deux.

' Pages 3721-373.

38o coRTEicpoAAnrs.

III. Les zoophjrtes^ qui n'ont ni cœur, ni cerveau, ni nerfs.

Nous n'entrerons point dans ses subdivisions , parce qu'elles ont changé depuis cet ouvrage.

Mais nous devons faire remarquer que M. Cuvier est en contradiction avec son principe , ou bien est force, de briser les rapports les plus évidemment naturels. Ainsi, les annélides ont le sang rouge, et doivent par conséquent appartenir aux animaux à sang rouge; or, pourtant, ils n'ont ni squelette, ni colonne vertébrale, ni, etc., etc.; ils manquent même de plusieurs choses essentielles, comme les sens de l'ouïe et même de la vue, une tête, un tronc distinct, des organes de locomotion, que Ton trouve dans la plupart des articulés et même dans les mollusques supérieurs; ce qui prouve le défaut du principe. En outre, il est aujourd'hui démontré que la couleur du sang ne lui est pas essentielle, puisqu'elle est due à un principe colorant.

5i<> Le Règne animal^ publié en 1817, 5 vol. in-8^ Cet ouvrage, qui n'est qu'un développement du précédent, est en outre le résultat de tous ses travaux zoologiques; ce sont les mêmes principes, mais avec des perfectionnements. Le précédent était un état de la science , celui-ci en est proprement l'exposé.

Préface. Il nous apprend , dans sa préface, comment, pour composer son règne animal, il a emprunté à tous ses prédécesseurs et à ses contemporains. Daubentonet Camper lui avaient fourni des faits; Pallas avait indiqué des vues, p. VI ; mais il n'y avait encore que le système de Linné qui fût général. — « Il existait sur des classes particulières des travaux très-étendus, qui avaient fait connaître un grand nombre d'espèces nouvelles ; mais leurs auteurs n'avaient pas coordonné ces classes, ces

DK LAMÂRCK. 38 f

genres, d'après l'ensemble de la structure.» Et alors il dut <c faire marcher de front l'anatomie et la zoologie, la dissection et le classement,» pour arriver à cette coordination générale des travaux de ses prédécesseurs ou de ses contemporains. « Les premiers résultats de ce double travail, dit-il, parurent en 1796, dans un mémoire spécial sur une nouvelle division. des animaux à sang blanc. » Il en fit l'application aux genres et aux sous-genres, dans son tableau élémentaire des animaux, en 1798; travail qui n'était, comme nous l'avons dit, qu'un état de la science simplement zoologique, et qu'il améliora avec le concours de M. Duméril, dans les tables annexées au premier volume de ses Leçons d'anatomie comparée, en 1800, p. VIL

Mais il sentit qu'il fallait revoir non-seulement les genres, mais encore les espèces, c'est-à-dire, «qu'il aurait fallu refaire le système des animaux. »

« Une telle entreprise , dit-il , était impossible à un seul homme , même en lui supposant la plus longue vie, et nulle autre occupation. » « Je n'aurais pas même, con- «tinue-t-il, été en état de préparer la simple es- <K quisse que je donne aujourd'hui , si j'avais été livré à «mes seuls moyens; mais les ressources de ma position oc me parurent pouvoir suppléer à ce qui me manquait «c de temps et de talent. Vivant au milieu de tant d'haa biles naturalistes ; puisant dans leurs ouvrages à mecsure qu'ils paraissent; usant avec autant de liberté «qu'eux des collections rassemblées par leurs soins; en «ayant moi-même formé une très -considérable, spé- « cialement appropriée à mon objet, une grande partie « de mon travail ne devait consister que dans l'emploi «de tant de riches matériaux. Il n'était pas possible « qu'il me restât beaucoup à faire, par exemple, sur des

38a COWTEMPOHAITTS.

ce coquilles 9 étudiées par M. de Lamarck, ni sur des a quadrupèdes , étudiés par M. Geoffroi. Les nom- « breux rapports nouveaux saisis par M. deLacépède, (c étaient autant de traits pour mon tableau des poisce sons. M. Levaillanty parmi tant de beaux oiseaux ras- « semblés de toutes parts , apercevait des détails d'oi^ « ganisation que j'adaptais aussitôt à mon plan. Mes « propres recherches, employées et fécondées par d'au- «très naturalistes, produisaient pour moi des fruits « qu'elles n'eussent pas donnés tous entre mes seules «mains. Ainsi, M. de Blain ville, M. Oppel, en exami- «c nant les préparations analomiques que je destinais à «fonder mes divisions des reptiles, en tiraient dV « vance, et peut-être mieux que je n'aurais pu le faire, « des résultats que je ne faisais encore qu'entrevoir, etc.» (P.X.)

Ainsi donc, M. Cuvier nous apprend dans sa préface, en rendant justice à chacun, la manière dont il a composé son système méthodique et son règne animal. Il a choisi, dans ses prédécesseui-s et ses contemporains, les faits dont il avait besoin pour les adapter aussitôt à son plan. i° Pour les mammifères ^ le travail était préparé par MM. GeolTroi, llliger, et Frédéric Cuvier, son frère, par son travail sur les dents des animaux; a** /?oar les oiseau.r j \)2ir MM. Levaillant et Vieillot; 'i'' pour les reptileSy par MM. I^cépède, Blainville,Oppel,Brongniart; 4"* pour les poissons^ par MM. Lacépède, Bloch , Russel et autres; ^"^ pour les mollusques y par >LM. Lamarck, Poli, Montfort, Rudolphi; & pour les insectes^ par M. Latreille, qui a même composé tout le volume; 'j^ pour les zoophytes ^ par Lamarck, etc.; 8° pour tout le règne animal ^ par Linné.

Ce furent là les sources , les aides de M. Cuvier ; il

DE LAHARGK. 383

revit une partie de leurs travaux pour les vertèbres et les grands mollusques nus seulement ; il ne toucha ni aux autres mollusques, ni aux insectes, ni auxzoophytes: c'est là, du moins, ce qu'il nous apprend lui-même dans sa préface. Les vérifications qu'il (it , comme tous ceux qui veulent étudier commencent par faire, et les nouvelles observations qu'il ajouta , furent hâtées, et il y en a peu d'approfondies. Le fond de la science de Cu« vier était donc, comme il nous l'apprend, l'éclectisme pur; cela ne pouvait guère être autrement avec la disposition remarquable de son esprit pour tout embrasser avec la même facilité, et avec sa position sociale qui le mit trop en dehors de la science. Il sutcouper et trancher avec un art admirable, dans lequel il excellait; mais cela ne pouvait pas faire une science, un système logique, parce qu'il n'y avait pas et qu'il ne pouvait y avoir un principe unique et dominateur, sans lequel il est impossible de systématiser. Pour avoir ce principe, il eût fallu que tous les hommes qui lui fournirent des matériaux, Teussent reconnu, embrassé et suivi; or, cela était impossible et ne fut pas. Chacun d'eux avait son principe à lui , principe qui n'était applicable qu'à la partie du règne animal qu'il avait étudiée; de sorte que Cuvier, en prenant le résultat de tant de principes divers, qui dès lors n'étaient plus des principes, dut en subir les conséquences défectueuses.

Si lui-même avait eu ce principe nécessaire, applicable à tout le règne animal , alors les faits jugés par ce principe lui devenaient, pour ainsi dire, propres, et il pouvait constituer la science; mais nous avons vu qu'il De l'avait pas , et les progrès de la science ne pouvaient encore le lui donner; force lui fut donc de demeurer dans l'éclectisme zoologique.

L'introduction du règne animal est la répétition et le développement de l'introduction au tableau élémentaire de l'histoire naturelle des animaux. En outre, il y réfute justement l'influence des circonstances sur la transformation des espèces, admise par Lamarck; et il admet que les espèces se sont perpétuées depuis l'origine des choses, sans excéder les limites de leurs formes. Il définit l'espèce, la réunion des individus descendus Fon de F autre ou de parents communs^ et de ceux qui leur ressemblent autant qiCils se ressemblent entre eux.

11 y a en outre un progi^ès très-remarquable pour la caractéristique de l'animal^ car à mesure que la science marchait , il la suivait. Dans son tableau , il n'admettait que le sang rouge et le sang blanc; ici il admet , comme base des grandes divisions de la méthode, les caractères tirés des sensations et du mouvement , car non-seulement, dit-il, ils font de l'être un animal^ mais ils établissent en quelque sorte le degré de son animalité. Mais ce grand principe, qui devait changer la science, n'est pas de M. Cuvier; il était introduit parles coui*s de M. de Blainville, qui professait depuis 1808, et ce progrès était consigné dans son Pmdrome d'une nouvelle distribution systématique du règne animal^ publié en 1 8 1 6, pag. 109, dans le Bulletin parla Société philomatique, et dans le Journal de Physique. Ce Prodrome était le résultat de différents travaux sur un assez grand nombre d'animaux, choisis dans un certain nombre de points; travaux exécutés depuis 1808 à 1816, par M. de Blainville, et dans lesquels ces deux grands principes de la sefisibililé et de la locomoticité sont déjà exposés.

Ces principes avaient été également démontrés par M. Virey, dans le deuxième volume du Dictionnaire d'hist. nat. de Déterville, publié en 1816. 11 y définit

DE LÀMARCK. 385

ranimai : un corps organisé^ sensible^ volontairement mobile , qui est pourvu et un organe central (le digestion. P. 1 3. Il développa de nouveau celte doctrine à l'article nerfs, où il définit le système nerveux, le zoomètre de Fanimalité, Immédiatement après la publication de ces travaux remarquables de M. Virey, qui passèrent inaperçus pour le public, M. Cuvier se hâta de publier un iftémoire où il reproduisait le Tond de la doctrine de M. Virey; et enfin, dans le présent ouvrage, il adopte, comme nous venons de voir, les principes des deux savants précédents. Mais le caractère de l'éclectisme ne pouvait pas permettre à M, Cuvier d'accepter ce principe, purement et simplement ; il ne pouvait en faire qu'une pièce de sa collection , une vérité qui ne devait point effacer ce qu'il croyait aussi vrai d'autre part. En un mot, il ne sentit pas toute la valeur du principe et ne put en faire l'application. Voilà pourquoi, aux vrais caractères de l'animalité, il joindra le cœuf et les organes de la circulation ^ « qui sont, dit-il, une es^^ pèce de centre pour les fondions végétatives, comme le cerveau et le tronc du système nerveux pour les fonctions animales. » P. 55. Ce qui le conduit à conclure : « Cette correspondance des formes générales, qui résultent de la distribution des masses nerveuses et de l'é^ nergie du système vasculaire, doit donc servir de base aux premières coupures à faire dans le règne animal.» P. 56.

Fondé sur ces considérations, <c on trouvera qu'il « existe quatre formes principales, quatre plans généaraux, si l'on peut s'exprimer ainsi, d'après lesquels a tous les animaux semblent avoir été modelés, et dont « les divisions ultérieures, de quelque titre que les naa turalistes les aient décorées , ne sont que des modl-

T. III. a5

oc ficatioos assez légères , fondées sur le développement a ou Taddilion de quelques parties, qui ne changent <x rien à l'essence du plan. » P. 57.

Ce sont les animaux vertébrés, les animaux mollusques, les animaux arliculés, les animaux rayonnes, qui forment les quatre embranchements du réseau, ou de l'arbre du règne animal; car il nie l'existence d'une échelle zoologique, d'une série animale, comaie noi;^ le verrons.

Voilà donc le règne animal. C'est un répertoire commode, utile, nécessaire même à consuher encore, parce qu'il est plein de faits recueillis dans ses contemporains; mais sans aucune systématisation logique et na» turelle, faute de principe.

3^ Il a publié la Ménagerie du Muséum dHisloire naturelle , avec Lacépède et Geoffroi.

En anatomie comparée. Jusqu'à Vicq-d'Azir, l'anatomie comparée n'était point créée; Daubentou avait fait des dissections d'animaux; mais ce n'était point, faute de principes, de l'anatomie compaiée; Pallas, en montrant par Tanatomie les rapports naturels, avait plus approché de cette science spéciale ; mais nous avons montré que c'était à Vicq-d'Azir que nous en devions la véritable notion, la vraie définition , et les principes à l'aide desquels cette science, étant désormais constituée, n'aurait plus qu'à se développer par les faits. La révolution vint arrêter la marche où Vicq-d'Azrr avait fait entrer la science. A la création du Muséum d'Histoire naturelle de Paris, Mertrud fut chargé de la chaire d'anatomie comparée, et fut, par conséquent, le successeur de Vicq-d'Azir. Mais il ne paraît pas qu'il ait fait faire de progrès à celle partie importante de la science. Les choses en étaient là, lorsque Cuvier fut

DE LâMAROK. ^87

désigné par Mertrud lui-même pour son successetir. Guvier y porta la même sagacité d'esprif ^ la même faculté élective^ qui lui permit , cotnme il le dit encore lui-même, de choisir dans les travaux audtomiques des Swammerdam, des Collîns^ des Monro, des Hunter^ des Camper^ des Blùmenbach, des Daubenton^ des Vicq-d'Azir, etc.^ etc. Mais sa zoologie, manquant de principes, il devait en être de même de soti aniiFto* mie comparée, bien qu'il eût dansYicq-d'Azir les dettx grands principes de la comparaison des membres, et de l'étude d'un organe soni de l'animal, pouil' le considérer, pour ainsi dire, abstractivement, et l'é* tudier ensuite dans la série des animaux. Aussi tie fit-il que suivre l'application de ces principes, sans eh développer les conséquences, en en faisant sortir de non* veaux. Il augmenta la somme des faits plus ou moins profondément étudiés et connus. Mais comme il sut donner à ses leçons le prestige d'une exposition claire et lucide, et que de plus il sut appliquer d'une manière plus étendue que Pallas ne l'avait fait ses ^connaissances lunatomiques à la palœontologie, l'espèce dere* naissance qui s'opérait alors le fit facilement regarder comme le créateur d'une science à laquelle il ne faisak qu'apporter des matériaux avec des développements nombreux et très-remarquables. Ses leçons d'anatomie comparée furent recueillies et publiée» sou^ ses yeux, par MM. Duméril et Duvernoy, de iftoo k i8o5, 5 vol.

Il publia aussi lui-même plusieurs travaux spéciaux d'anatomie zoologique.

j® Recherches anaiomiques sur les reptiles y regardés encore comme douteux. 1807, in-8**, avec planches. Cet ouvrage est très^^emarquable.

a® Mémoires pour servir à ratiaiorrde des mollusques. 1817, in-4S avec figures. Ils avaient été, pour la plupart y publiés dans les Annales du Muséum.

En géologie. Essais sur la géologie minéralogique des environs de Paris y avec des cartes géognostiques et des coupes de terrain. 181 1, in-4®. Cet ouvrage fut composé conjointement avec M. Brongniart, qui y eut la plus grande et presque Tunique part, d'après Cuvier lui-même. Cuvier n'est jamais entré bien avant dans Tétude des terrains géologiques; il n'a réellement touché qu'à la palœontologie; et peut-être est-ce là une des sources des graves erreurs qu'il a introduites dans ses théories.

En paloeontologie. Il a réellement donné l'élan à cette partie de la science. Pallas en avait bien posé les principes; mais Cuvier Ta répandue dans le monde. Ta rendue populaire. Cependant nous y trouvons toujours le même fond que dans ses autres travaux , c'està-dire, manque de principes, ou principes faux, ce qui revient au même, et étude superficielle. C'est ainsi, par exemple, qu'il a nié, contre l'évidence de faits nombreux, que les fossiles vinssent combler des lacunes dans la série animale, sans se douter toutefois que, par celte négation, il contredisait sa manière de procéder dans la reconnaissance des animaux perdus, et s'enlevait tout moyen d'arriver à la détermination d'aucun de ces animaux, puisque ce n'est que par leur ressemblance et leurs rapports avec les genres et les espèces existantes, qu'il a pu et qu'on peut les déterminer. On a répété qu'avec un seul os, un seul fragment, une facette, il pouvait reconstruire un animal; c'est une fable populaire à laquelle il n'a jamais pu croire sérieusement lui-même, bien qu'il l'ait écrite et répétée plusieurs fois.

DE LAMARCE. SSQ

Malgré cela^ il n'en a pas moins rendu dlmmenses services à la science. M'aurait-il firit que réveiller les esprits et les pousser vers Télude, c'eût été déjà beaucoup. Mais il a fait plus ^ il a enrichi la science d'un« foule de faits que nous interprétons mieux maintenant, mais qui lui sont dus; et ses erreurs mêmes ont été de la plus haute utilité, en nous amenant à une étude plut approfondie ; d'où la vérité a dû sortir.

Il a publié en palœontologie: i** Extrrnt (Tunoiwfnge sur les espèces de quadrupèdes dont on a trouvé les ossfg^ Aients dans V intérieur de la terre. 1799, in-8*.

a® Recherches sur les ossements fossiles des quadrU'pèdes , ou ton établit les caractères de plusieurs espèceê d animaux que les révolutions du globe paraissent aifùir détruites. 181 a, 4 'vol. in-4% avec un grand nombre de. figures. Le même ouvrage, considérablement augmenté, refondu et corrigé, 5 vol. in-4^ iStii-iSaS, avec un supplément pour compléter l'édition précédente; il est traduit en plusieurs langues.

Dans la troisième édition de cet oovrage, qui est celle que nous avons entre les mains , l'avteur nouf apprend encore, dans l'avertissement, que la première édition n'était qu'un recueil de mémoires sans lien Qt souvent contradictoires, à cause des nouveUes décou vertes qui avaient modifié les derniers mémoire^ Il nous y apprend aussi qu'il a profité de tous les travaux qui ont été faits en Angleterre, en Allemagne', en llelie et en France; travaux par lesquels la science avait avancé et changé de face; ce qui nécessitait une révision et un complément de son ouvrage. Nous avons donc ici son dernier mot, interrogeons-le. Toute sa doctrine est dans le Discours préliminaire sur les révolutions Je Im surface du globe ^ et sur les changements quelles ont pra* didts dans le règne animal.

390 GOrrSMPOEAlVS.

Ce discours est le chef-d'œuvre de Cuvier; Fart avec lequel il est écrit, disposé et enchaîné, la clarté et la ooncision , tout à la fois, entraînent et charment le l^c^ leur, qui sera facilement séduit s'il n'a fait une étude assez approfondie pour apercevoir les défauts de logi* que et les interprétations trop hâtées des faits.

Il commence par exposer son plan 1 il montrera par quels rapports l'histoire des os fossiles d animaux tei^ restres se lie à la théorie de la terre; les principes sur lesquels repose Fart de déterminer ces os, de reconnaU tre un genre, et de distinguer une espèce par un seul fragment dos. Arty dit^l , de la certituile duquel dépend celle de tout mon travail. 11 donnera une indication n^ pide des espèces nouvelles, des genres auparavant in-> connus; et il montrera que la limite des variations des espèces actuellement vivantes , ne peut expliquer les variations bien plus considérables des animaux perdus; d*oii il engage à conclure avec lui, qu'il a fallu de grands événements pour amener les difTérences bien pluscon* sidérables qu'il a reconnues. 11 développera les modiiicalions que ses recherches doivent introduire dans les opinions reçues jusqu'à ce jour sur les révolutions do globe. Enfui, il examinera jusqu'à quel point l'IUstoire civile et religieuse des peuples s'accorde avec les résultats de l'observation sur l'histoire physique de la terre.

Première preu\*e de rcvolution , par la présence de produits nombreux de la mer dans les couches horizon* laies des vallées et obliques des montagnes; ce qui prouve que la mer a séjourné dans ces lieux. Ce fait est admis par tous les géologues : la mer a séjourné sur ceiv taines parties de nos continents, et s en est retirée; mais Cuvier semble donner à ce fait une trop gande généralité* Il on lire la preuve d'une révolution au moins.

DE L/LMABGK. igi

Preui^es que ces réifolutions ont été nombreuses. Il les tire de la difTërence d'étendue et de nature des dépôts superposés, et desdifTérences entre les espèces d'animaux qui s'y trouvent. <x II s'y est, dit-il, établi des variations successives, dont les premières seules ont été à peu près générales et dont les autres paraissent l'avoir été beaucoup moins. Plus les couches sont anciennes , plus chacune d'elles est uniforme dans une grande étendue; plus elles sont nouvelles, plus elles sont limitées, plus elles sont sujettes à varier à de petites distances. » — Ces faits prouveraient simplement, en bonne logique, que la cause qui les a produits agissait à l'origine sur une plus grande échelle, et que, plus tard, l'étendue de son action était moindre ; qu'ainsi, par exemple , un fleuve qui avait uo vaste 'lit et une large embouchure, après avoir presque comblé l'une et l'autre, a pu se partager en diverses branches séparées par d'immenses deltas, et former, dans ces nouveaux lits et ces nouvelles embouchures, de nouveaux terrains différents des premiers, parce que, après avoir dénudé le sol sur lequel coulait le grand fleuve primitif, les matières, tant brutes qu'organiques, qui se trouvaient sur les rives des nouveaux fleuves formés du premier, ne sont plus les mêmes, ayant varié par des circonstances toutes naturelles, soit de succession d'habitation , soit autres. Mais cela ne prouve ni une révolution, ni une variation dans la nature du liquide qui aurait fait varier les êtres qui l'habitaient.

Preuves que ces résfolutions ont été subites. 11 don ne cette preuve pour la dernière catastrophe qui a d'abord inondé él ensuite remis à sec nos continents. «Elle a laissé encore , dans les pays du nord , des cadavres de grands quadrupèdes que la glace a saisis, et qui se sont oonserves jusqu'à nos joiirs , avec leur peau , leur pdil

3g^ COlTTEIfPORAIirS.

et leur chair. S'ils n'eussent été gelés aussitôt que tués, la putréfaction les aurait décomposés. Et , d'un autre côté, cette gelée éternelle n'occupait pas auparavant les lieux où ils ont été saisis ; car ils n'auraient pas pu vivre sous une pareille température. C'est donc le même instant qui a fait périr les animaux , et qui a rendu glacial le pays qu'ils. habitaient.» — La conclusion est conforme aux prémisses : et d'abord y ces animaux conservés par les glaces sont extrêmement rares; en outre, leur organisation même prouve qu'ils pouvaient vivre dans un pays froid, puisqu'ils sont couverts de poil comme tous les animaux qui vivent daos ces mêmes pays. Ils pouvaient donc vivre sous une pareille température, y mourir naturellement, ou y être accidentellement saisis vivants par les glaces, et se conserver ainsi. Leur petit nombre marque bien que ce fait n'est qu'accidentel. Ce n'est donc pas le même instant qui a fait périr les animaux , et qui a rendu glacial le pays qu'ils habitaient. Cela ne prouve donc pas une catastrophe subite. Comme il n'a d'autre preuve de Tinstantanéité des révolutions précédentes que l'analogie de la dernière, cela ne prouve donc rien pour aucune.

Preuves qu'il y a eu des révolutions antérieures à l'existence des êtres vivants. Il les tire «de la cristallisation et de la stratification des couches des sommets escarpés des grandes chaînes qui ne contiennent aucun vestige d'êtres vivants , et de l'apparence de bouleversement que leur obliquité et leur escarpement démontrent. » Quant à la crislallisation , elle ne prouve pas une révolution, c'est une loi du règne minéral, et elle peut aussi bien , et même mieux , dans un grand nombre de cas y être attribuée à la liquéfaction ignée qu'à la

DE LAXÀRGK. ^^'i

liquéfaction aqueuse. La stralification peut seulement conduire à admettre la présence de Teau sur ces terrains; Tabsence d'êtres organisés prouve seulement que ces terrains ne réunissaient pas toutes les conditions nécessaires pour donner lieu à la formation des fossiles, mais ne prouve nullement que des êtres organisés n'existaient pas sur d'autres points du globe. — Quant à l'obliquité des couches et à l'escarpement des montagnes, elle est une suite naturelle de la forme et de la destination de la terre. La terre, en effet, ayant été créée pour recevoir des êtres organisés qui auraient besoin de divers climats, de diverses latitudes, de cours d'eau, etc. , pour se maintenir, vivre et se perpétuer, la terre donc a dû être formée avec des montagnes et des vallées, afin de fournir ces divers climats, ces diverses latitudes, et donner lieu à l'écoulement des eaux. En outre , elle est créée pour exécuter dans l'espace un mouvement, qui est une des conditions de Texistence des êtres vivants à sa surface ; elle a donc dû recevoir une forme arrondie, à laquelle participent les montagnes, qui, par suite du mouvement général de la terre, du mouvement des eaux diverses à sa surface, de l'action des volcans , etc. , ont dû nécessairement subir un déplacement de leurs couches; de là leur obliquité et leur escarpement. Il n'y a donc rien dans tout cela qui prouve des ré^oiuiîons antérieures à l'existence des êtres vii^ants.

Examen des causes qui agissent encore aujourd'hui à la surface du globe. Il s'agit maintenant de prouver que tous les effets qu'il vient d'exposer ne peuvent être dus à des causes analogues à celles qui agissent maintenant, afm de confirmer par là ses révolutions. Il ne feconnait que quatre de ces causes : les pluies et les

394 coimnnKmâivs.

dëgels 9 les eaux courantes , la mer et les volcans. Il en diminue l'action , pour prouver qu'elles n'ont pu produire les effets qu'il attribue aux révolutions successives; il. nie que ces causes produisent aujourd'hui des effets analogues. D'abord, il y a plus de quatre causes actuellement agissantes; car, outre les pluies et les dégels, il y a Faction continuelle de l'air, qu'il est facile de constater sur les roches les plus dures, comme les granités, qui sont tous exfoliés, et presque réduits en sable à leur surface; outre les eaux courantes, il y a les eaux souterraines, qui jouent aussi un grand rôle; outre les eaux de la mer , il y a l'action des animrax marins, comme les mollusques coquillifères, les coraux, les madrépores, qui changent continuellement et avec une rapidité incroyable le fond des mers en des rédfs calcaires extrêmement considérables. Les volcans à leur tour sont de plusieurs sortes : il y en a de terrestres, il y en a de marins, et tous très-nombreux. 11 suffit d'observer ce qui se passe dans les grands fleuves de l'Amérique, sur les rives mêmes de nos petits coiu'auts d'Europe, pour ne pouvoir douter qu'il s'y forme des terrains nouveaux et des fossiles : ainsi, les rives de la Seine aux environs de Paris, par exemple, sont pleines de coquilles des mollusques qui vivent dans ses eaux; et ces coquilles sont empâtées dans les marnes quels Seine dépose, et y prennent évidemment tous les carao tères des fossiles anciens. 11 suffit encore d'étudier la vaste étendue de l'action des volcans actuels, pour ne pas douter de leur action probable ancienne. Tout porte donc à croire que les causes actuellement agissantes^ ont

agi anciennement.

11 examine ensuite et réfute les systèmes des géolo» gués qui l'ont précédé. Ici il est complètement dans k

▼rail car eeaont foules des théories plus ou moins creufleS| plus ou moiiis exclusives, et par conséquent plus au moins fausses. Mais il ne dit rien de la théorie et des travaux de Pallas, que leur solidité met encore aujourd'hui à la hauteur de la science. Il donne pour raison de la divergence de toutes ces opinions, que le problème n'avait point encore été posé sur ses vraies bases, mî dans toute son étendue , et il le pose ainsi : « Y a-t-il desaninuiuxy des plantes propres à certaines couches, €C qui ne se retrouvent pas dans les autres? Quelles •ont les espèces qui viennent les premières, ou celles qmi viennent après ? Ces deux sortes d'espèces s'accompagnent-elles quelquefois? Y a*t-il des alternatives dans ^ur retour, ou , en d'autres termes, les premières reviaonent-elles une seconde fois, et alors les secondes ^disparaissent-elles? Ces animaux, ces plantes, ont-ils .tous vécu dans les lieux où l'on trouve leurs dépouilles, ou bien y en a-t-il qui ont été transportés d'ailleurs ? vlfvent-ils encore tous aujourd'hui quelque part , ou biqp ont-ils été détruits en fout ou en partie? Y a-t-il jin rapport constant entre l'ancienneté des couches et |i ressemblance ou la non ressemblftnce des fossiles eeec les ^tres vivants? Y en a t-il un de climat entre les fossiles et oiiix des êtres vivants qui leur ressemblent le plus? Peut-on en conclure que les transports de ces 4trea^ s'il y en a eu , se soient faits du nord au sud ou de Test à l'ouest, ou par irradiation et mélange, et |iput-on distinguer les époques de ces transports par les eouchea qui en portent les empreintes? » Pag. 217.

Il dit un inot des progrès de la géologie minérale, dus à de Saussure et àWeroer, et montre ensuite, iQlijours dans son système de révolutions, l'impor-i Iwcedes fossiles eo géologie, mais surtout des qua»

396 COVTAXPORAlirS.

drupèdes. a H est sensible , en effet , dit-il 9 que les ossements des quadrupèdes peuvent conduire, par plusieurs raisons , à des résultats plus rigoureux qu'aucune autre dépouille de corps organisés. »

« j^ Ils caractérisent, d'une manière plus nette, les révolutions qui les ont affectés. Des coquilles annoncent hien que la mer existait où elles se sdtit foimées.» Mais une foule de circonstances peuvent expliquer les variations de leur succession. « Au contraire, tout est précis pour les quadrupèdes; leur disparition rendcer» tain que cette couche avait été inondée, ou que cette terre sèche avait cessé d'exister. C'est donc par eu que nous apprenons, d'une manière assurée, le fait important des irruptions répétées de la mer.» Pag. 3t,

Approfondissons la vérité de ces assertions. Tout porte à croire que la disparition de la plupart dés qua^ drupèdes fossiles a eu lieu par une cause naturelle : i^ I.es plus nombreux fossiles en ce genre sont de grands reptiles , de grands pachydermes, qui tous vivent sur le bord des grands fleuves ou à leur embouchure, et qui , par conséquent, sont dans les circonstenoes les plus favorables pour être entraînés par ces fleuves et devenir fossiles; en outre, on ne les trouve pas sur une seule et même couche, comme cela devi*«it être, s'il» eussent été surpris par une irruption, mais ils sont a des hauteurs différentes, dans la profondeur d'une même couche , et épars dans des couches différentes. Us ont donc été déposés à des temps différents. Leur disparition n'a donc pas eu Ueu par une irruption, et ne rend pas certain que cette couche avait éiè ioondée, ou que cette terre sèche avait cessé d'exister; elle rend seulement certain qu'ils n'existent plus. Ce n*es( dune pas par eux que notis apprenons , cTune manière

D£ LABfARCK. 897

assurée^ le fait important des irruptions n' pétées de la mer. En outre, ce n'est pas par les débris des animaux marins. Donc, ces irruptions ne sont rien moins que prouvées, a' La seconde raison est déduite de la première; car, dit-il , « comme ces révolutions ont, en grande partie, consisté en déplacements du lit de la mer, et que les eaux devaient détruire tous les quadrupèdes qu'elles atteignaient , si leur irruption a été générale , elle a pu fhire périr la classe entière , ou si elle n'a porté à la fois que sur certains continents, elle a pu anéantir les es- ]^ces propres à ces continents, sans avoir la même influence sur les animaux marins.» Cette seconde preuve, supposant la vérité de la première, et n'ayant pas d'autre fondement, puisqu'elle n'en est qu'une déduction, n'a pas besoin de discussion.

« 3® Cette action plus complète de la disparition des quadrupèdes est aussi plus facile à saisir, parce que nous connaissons mieux les animaux terrestres que les jnarins , et, par conséquent, il est plus facile déjuger si les débris fossiles appartiennent à des espèces vivantes ou à des espèces perdues.»

Pour prouver qu'elles appartiennent à des espèces perdues, il essaye de montrer qu'il y a peu d'espérance de découvrir de nouvelles espèces de grands quadrupèdes, et que les anciens en connaissaient autant et plusieurs mieux que nous. Ce qui n'est pas tout à fait exact. En outre, que de tous ces animaux connus des anciens, aucuns n'ont disparu, et ne disparaîtront probablement pas. Ce (|ui n'est pas encore exact ; car nous savons que les loups ont disparu d'Angleterre; que les ours blancs ont diminué; que les ours ordinaires sont beaucoup plus rares dans les Pyrénées et les Alpes qu'il y a quelques siècles; que les daims sont maintenant

SqS COITTEMPORAINS.

confinés dans la Perse; que les éléphants, et stirtont les girafes, deviennent rares; que tous ces nombreux animaux qui abondaient de rAfrique dans les cirques de Rome, sont aujourd'hui tellement i*ares , qu'on a peine à s'en procurer, etc., etc.; que le dronle^ cet oiseau si commun à File de France et à Tile de Bour* bon, a complètement disparu de notre temps, et qu'il n'en reste plus qu'un squelette à Londres, et un modèle en plâtre de la tête et des pieds, à Paris. Plusieurs animaux ont donc pu et peuvent encore disparaître. Il passe ensuite à la détermination difficile dei os fossiles des quadrupèdes. Il pose^ pour cette dclci^ mination, a le principe de la corrélation des formes dmm les êtres organisés, au moyen duquel chaque sorte d'êtres pourrait, à la rigueur, être reconnue par chaque fra^ ment de chacune de ses parties.

«Tout être organisé forme un ensemble , un systène unique et clos, dont les parties se correspondent mutuellement, et concourent à la même action définitive par une réaction réciproque. Aucune de ces parties ne peut changer, sans cjue les autres changent aussi; et, par conséquent, chacune d'elles, prise séparément, indique et donne toutes les autres. »

Ce principe peut être vrai de la forme générale d*un animal; mais il s'en faut de beaucoup que son applicttion puisse avoir lieu sur chaque fragment de chacune des parties. On peut bien, il est vrai, de la forme des os déduire celle des muscles, parce que ces deux sortes d'organes sont faits pour produire ensemble une même fonction, un même acte, que l'un ne produirait p« sans l'autre ; mais cela encore n'est vrai que des vertèbres, bien entendu; et même y a-t-il des particularités de muscles qu'il est impossible de prévoir d'après les os , par exemple , dans les oiseaux.

PB UkMÀRCK. 399

On peut encore, de la foitne des dents et de la mâchoire, déduire le système digestif; mais cela devient déjà bien plus difficile : par exemple , les estomacs de certains singes, comme le doue et le semnopytlièque, présentent des particularités qui ne sont point en rapport avec leurs dents; il en est de même du kanguroo.

Mais qu'on puisse déduire des dents mêmes la forme •t les proportions des membres et du squelette , cela devient impossible. Dans le genre chat, par exemple , toutes les dents vous prouvent un animal carnassier qui se nourrit de proie vivante; mais, quand il s'agira d'en déduire le système osseux d'un tigre ou d'un lioD , etc. , il y a de si petites difTérences , que vous n'en viendrez jamais à bout. Quand vous en viendrez aux diverses espèces délions qui ne se distinguent que par le système pileux , l'une d'elles ayant des houppes de poil sur les flancs, et l'autre n'en ayant pas, il vous sera impossible de distinguer , par de simples parties du squelette, une espèce d'une autre. Il en est de même du genre chien et de beaucoup d'autres. M. Cuvier luimême a trouvé son principe fn défaut. I^ tapyrium giganteum^ qu'il avait déterminé sur une seule derU complète, se rencontra être, quand on eut trouvé la tête entière , avec des dents absolument les mêmes , un dinothérium, animal perdu, qui n'est point un tapyr^ 'Çl qui semble être un pachyderme aquatique comme \à morse, quoique bien différent.

Ce principe de M. Cuvier est donc faux dans sa géné«» ralitéy même en s'en tenant aux dents, où il a pourtant une application plus fréquemment possible. Ainsi^ dans les ruminants, il peut avoir, dans certains cas, une application plus ou moins probable. Mais qu'un seul fragment, une seule facette d'os suffise , la premièi^

400 CONTEMPORAllfS.

personne qui a jeté les yeux sur quelques squelettes, ne le croira jamais. — Tous les fragments d'os se ressemblent à peu près, sauf dans certaines parties surtout articulaires. Les facettes ne prouvent que pour la facette conjointe de Tos qui est en connexion avee elles; au delà on ne peut rien conclure. Encore un coup, cette loi est sujette à trop d'exceptions pour être rigoureusement admise. C'est pourtant ce principe qui a étonné le monde, et résumé toute la réputation et la valeur scientifique de son auteur. Du reste, M. Cuvier lui-même en a aperçu le défaut , lorsqu'il dit: «Ce principe est assez évident en lui-même, dans cette a acception générale , pour n'avoir pas besoin d'une plus « ample démonstration ; mais , qtmnd il s^agit de Fap* « pliquer , il est un grand nombre de cas où notre con* a naissance théorique des rapports des Jortnes ne suffirait ^ point y si elle n était appuyée sur t observation, t» P. 49» Ce n'est en effet que par une observation minutieuse, des comparaisons répétées avec les animaux actuellement existants, que l'on peut espérer d'arriver, avec quelque certitude , à déterminer un genre, une espèce; et encore toute pièce du squeletle n'est pas indistinctement bonne et suffisante pour cela; il faut des pièces importantes, comme celles de la tête; et, pour avoir une certitude complète , il en faut plusieurs et de diverses parties du squelette dans le plus grand nombre des cas. Aussi Cuvier convient-il lui-même que ce n'est que par cette voie de comparaisons multipliées qu'il a pu arriver à la détermination du plus grand nombre des animaux fossiles. «Il est vrai, dit-il, que j'ai joui t( de tous les secours qui pouvaient m'être nécessaires, « et que ma position beureuse et une recberche assise due pendant près de trente ans m'ont procuré des

DB LAMARCK. 4oi

a squelettes de tous les genres et sous^^enres de quaa drupèdes, et même de beaucoup d'espèces dans cer- « tains genres 9 et de plusieurs individus dans quelques if espèces. Avec de tels moyens, il m'a été aisé de mo/- « tiplier mes comparaisons^ et de vérifier dans tous leurs « détails les applications que je faisais de mes lois. » P. 53.

11 expose ensuite le nombre des fossiles qu'il a déterminés y puis il considère le rapport des espèces avec les couches, et arrive aux conclusions suivantes :

i^' Les quadrupèdes ovipares, les grands reptiles apparaissent les premiei*s dans les couches inférieures , avant la formation de la craie.

2" Les os des mammifères marins, lamantins et phoques , dans le calcaire coquillier grossier, au-dessus de la craie.

3^ Mais on n'y trouve point encore de mammifères terrestres. Au contraire, aussitôt qu'on est arrivé aux terrains qui surmontent le calcaire grossier, les os d'animaux terrestres se montrent en grand nombre.

Il en tire la conclusion de révolutions successives; mais, outre que ces faits ne sont pas exacts, comme les nouvelles observations viennent tous les jours le montrer, puisqu'on trouve des animaux perdus avec des animaux actuellement existants, ce qui confirme qu'ils ont existé ensemble, cette succession ne prouverait qu'une chose ^ c'est que ces grands reptiles qu'on trouve les premiers, étant aussi ceux qui par leurs mœurs se trouvaient dans les conditions les plus favoral^les pour devenir fossiles, ont dû nécessairement être déposés avant les quadrupèdes mammifères qui ne vivent pas dans les mêmes conditions. Mais cela n'empêche pas leur coexistence. Ce fait est confirmé, i"" parce que ces ani- T. ni. a6

4oa CONTEMPORAINS.

maux sont dans des terrains d'eau douce ^ au rapport même de Cuvier, et qu'ils ont pu , par conséquent , \ivre dans ces eaux douces ; ql"* parce que les mammifères qu'on trouve ensuite , comme les palseothériums , lesanoplolhériu ms , etc. , vivaient aussi sur les bords des courants d'eau, ou ils trouvaient la nourriture et la retraite nécessaires à leur existence; ce qui les mettait encore dans les conditions nécessaires pour devenir des fossiles : et ces animaux ont pu et dû naturellement disparaître par la destruction des circonstances favorables. Tout cela ne prouve donc pas des révolutions successives. D'ailleurs, Cuvierlui*méme convientqu'il n'a pas étudié le gisement, chose pourtant absolument nécessaire pour baser sa théorie. « Il s'en faut beaucoup, dit-il , que j'aie observé par c moi-même tous les lieux où ces os ont été découverts. « Très-souvent j'ai été obligé de m'en rapporter à des re- « lations vagues, ambiguës , faites par des personnes qui « ne savaient pas bien elles-mêmes ce qu'il fallait obser- « ver ; plus souvent encore je n'ai point trouvé de rencc seignements du tout. » P. 67. Comment alors hasarder une théorie, un système que Ton ne craint pas de donner comme certains? Aussi, après avoir affirmé ses révolutions, ses irruptions successives avec une autorité dogmatique, il ajoute, sans doute pour éviter ce reproche: « Au reste, lorsque je soutiens que les bancs pierreux « contiennent les os de plusieurs genres, et les couches « meubles, ceux de plusieurs espèces qui n'existent plus, «je ne prétends pas qu'il ait fallu une création noucc velle pour produire les espèces aujourd'hui existantes; «je dis seulement qu'elles n'existaient pas dans les lieux «où on les voit à présent, et qu'elles ont dû y venir « d'ailleurs. y> Ces dernières conclusions seraient encore à examiner; mais ce n'est pas ici le lieu.

Ënfio, il lire une dernière preuve de ses révolutions, de la négation gratuite d'os humains fossiles ; il y en avait, dès son temps, de découverts, et il y en a eu beaucoup depuis. Pour appuyer celte négation, il fait une distinction : n Je dis qu'on n'a jamais trouvé d'os humains parmi les fossiles , bien entendu parmi les fossiles proprement dits , ou, %n d'autres termes, dans les couches régulières de la surface du globe. » Cette distinc* lion purement gratuite est contradictoire, et ne peut être admise : car on a trouvé des ^ossements humains avec des ossements d'animaux perdus , d'animaux qui ae trouvent dans les couches régulières, et qui n'y ont pas d'autres caractèt^es que dans les terrains meubles: dans un cas , les mêmes os seraient donc fossiles , et dans l'autre, ne le seraient pas, par la seule raison qu'on ne veut pas admettre comme fossiles les osse* ments humains avec lesquels ils se trouvent. Mais d'ailleurs on a trouvé des ossements humains dans des terrains réguliers. Cette dernière preuve croule donc CK>mme toutes les autres, et avec elle, la théorie des révolutions et des irruptions successives et des créations répétées, qui en sont une déduction.

Cependant il donne ensuite des preuves physiques de la nouveauté des continents, puis des preuves historiques; et il conclut en ces termes : « Je pense donc, m avec MM. Deluc et Dolomieu, que, s'il y a quel- « que chose de constant en géologie, c'est que la m surface de notre globe a été la victime d'une grande m et subite révolution, dont la date ne peut remouler € beaucoup au delà de cinq ou six mille ans; que cette « révolution a enfoncé et fait disparaître les pays qu'ba- « bitaient auparavant les hommes et les espèces des « animaux aujourd'hui les plus connus; qu'alla a, au

4o4 COUTEMPORAINS.

« contraire, mis à sec le fond de la dernière mer, et en ce a formé les pays aujourd'hui habités; que c'est depuis ce cette révolution que le petit nombre des individus (c épargnés par elle se sont répandus et propagés sur ce les terrains nouvellement mis à sec , et par consé- (c quenty que c'est depuis cette époque seulement que « nos sociétés ont repris une marche progressive, « qu'elles ont formé des établissements , élevé des mo- « numents, recueilli des faits naturels, et combhié des ce faits scientifiques. » P. 1 38.

C'est cette conclusion qui, répétée dans la chaire chrétienne par un grand orateur ', et redite dans une foule de recueils et de compilations, a concilié à Cuvier la bienyeillance des théologiens. Ils se sont arrêtés à la superficie des énoncés y sans pénétrer dans le fond du système; ils ont cru y trouver un accord facile avec la tradition mosaïque. D autres hommes , placés à un autre point de vue, ont accusé Cuvier d'avoir déguisé sou matérialisme pour accorder la science avec Moïse. Mais ni les uns ni les autres ne nous semblent avoir compris la question : car si d'une part Cuvier, par quelques phrases, semble favoriser le récit de Moïse sur le déluge nnive^sel, de l'autre, tout son système est impossible à accorder avec tout le reste du récit de Moïse, à moins de faire au texte la violence la plus grande, de renverser toutes les lois du langage, de la philologie et de la logique. Du reste, cette conclusion d'un déluge, (jue tout dans les sciences historiques et traditionnelles démontre certaine, n'est en géologie, dans l'état actuel de la science, ni prouvée ni inOrmée, et cela vaut beaucoup mieu\ que d'identiiier une doctrine certaine, celle

■ Fraissinous.

DE LAMARCK. ^oS

de Môise^ avec des systèmes destructibles du jour au lendemain.

De la certitude géologique supposée de cette catastrophe, el de rétat supposé aussi des couches de nos continents, Cuvier tire la conclusion de révolutions antérieures, sur lesquelles nous ne reviendrons pas. Il finit enfin par exposer la série des animaux fossiles qu'il a découverts.

En résumé donc, la paléontologie, créée par Pallas , a acquis de nouveaux faits par les travaux de Cuvier; mais les principes que ce dernier a essayé d'établir comme des lois, sont erronés, et en définitive il n'a fait que suivre les principes de Pallas et des autres , c'est-à-dire, employer des comparaisons multipliées des ossements fossiles avec les animaux actuellement existants; il a, en outre, réuni dans son ouvrage les déterminations d'animaux perdus faites par un gi*and nombre de savants français et étrangers. II n'a donc pas découvert, comme on Fa dit, une nouvelle création , un nouveau règne animal : d'abord cela est impossible, puisqu'il n'y a qu'un seul r^ne animal dont les fossiles font partie; mais, en outre, ces groupes perdus avaient déjà commencé et continuaient à être découverts et étudiés, depuis Pallas surtout et avant Cuvier, par un grand nombre de savants de l'Europe. Le service qu'il a rendu , c'est de résumer tous leurs travaux, en y joignant ses propres observations; mais il n'a introduit aucun piîncipe dans la science, toutes ses théories sont fausses , et même assez généralement abandonnées par les hommes qui font marcher la science, pour n'être même plus jamais cité dans les ouvrages faits par eux, non-seulement pour les théories, mais même pour les faits géologiques, qui, de son aveu, lui élaientpour la plupart inconnus. Ainsi ,^

4o6 COVTIMVOIAIVS.

Lyell) qui a donné Foulrrage de géologie positive le plus récent y et qui est le seul résumé un peu convenable de l'état de la scienoe, ne cite pas une seule fois Cuvier.

Philosophie de la science. Il ne nous reste plus qu'à étudier ce qu'il a fait pour la philosophie de la science) il ne l'a jamais abordée, si ce n'est dans le seul article Nature du grand dictionnaire d'histoire naturelle , et il nous semble bien loin d'y être toujours dans le vrai.

Il donne d'abord l'étymologie du mot Nature, qull fait sortir de l'idée de naissance, puis il en explique les diverses acceptions. Il entre ensuite dans l'examen de la série animale, qu'il dit être fondée sur l'admission d'une nature distincte du Créateur, et moins puissante que lui. Ceci n'est pas exact : il a confondu une erreur de Lamarck avec une vérité de fait; car c'est un fait que l'existence d'une série animale. Lamarck ^ il est vrai , avait voulu en déduire l'existence de cette na* ture dont parle Cuvier; mais la série animale ne se lie nullement à l'existence d'une telle nature; elle suppose et prouve, au contraire, une intelligence souveraine et infinie, qui a tout fait avec ordre et harmonie. Nous n'entrerons pas dans les objections qu'il fait contre la série animale, elles ne seraient pas comprises ici , elles trouveront leur place ailleurs.

Nous ne parlerons point des travaux historico-politi* ques de Cuvier, ils sont en dehors de la science.

11 a, en outre, travaillé à plusieurs recueils scientifi* ques et biographiques, toujours avec la même facilité; mais il a deux ouvrages en ce genre: i° Recueil des éloges historiques lus dans les séances publiques de l'Institut, dont il était secrétaire perpétuel ; et a° Histoin des progrès des sciences naturelles depuis 1789 jusqu'à ce jour, i8a6.

DE L4M^RCX. 4^7

Les ouvrages de Cuvier à la main, nous pouvons donc conclure que, si Cuvier était un homme degrand talent , d'un esprit facile et étendu ; s'il était observateur souvent ingénieux; s'il a rendu de grands services à la science en résumant dans ses livres les observations zoologiques 9 anatomiques et paléontologiques de ses contemporains, il ne peut pourtant être regardé comme le représentant de son époque, et la source où Lamarck aurait puisé.

En e(Tet,Ijamarck vinj à Paris en 1 768 ;il publia saFlore Française en 1778; entra à l'Académie en 1779; publia un Mémoire comparatif des classes des végétaux et des animaux, en 1786; ouvrit son cours sur les animaux sans vertèbres, en 1796; jeta les bases de sa classification générale des animaux dans un tableau de ses Mé^* moires, en 1797; publia son travail entièrement neuf sur la conchyliologie, en 1799; son Système des animaux sans vertèbres, en 1801; sa Philosophie zoologique, où se trouve la classification générale des animaux, en 1809.

Cuvier naquit en 1769 à Montbelliard , un an après l'arrivée de Lamarck à Paris. Il vint à Paris en 1795 , au moment où Lamarck ouvrait son cours sur les animaux sans vertèbres ; il publia alors plusieurs mémoires sur les mollusques. Ce ne fut qu'en 1817 qu'il publia son Règne animal, où est sa ciassiticatiou , huit ans, par conséquent, après la Philosophie zoologique de Lamarck.

D'après ces faits et ces dates, il est donc évident que Lamarck n'a pu emprunter à Cuvier que quelques faits tirés de ses mémoires. Les principes de Lamarck étaient d'ailleurs trop opposés à ceux de Cuvier, pour qu'il ait pu lui emprunter; les principes, la doctrine, les systèmes de Lamarck sont posés d'une manière absolue;

4o8 COfCTEVPORÀTNS.

tandis que Ciivier, portant Téclectisme dans les sciences naturelles, n'y a introduit aucun principe démontré ni démontrable. Il n'a rien fait dans les sciences instrumentales ni dans la physique générale; il n'a travaillé que sur la zoologie et la paléontologie; et, dan& ces ^ deux sciences, il a le plus souvent puisé dans les ouvrages des autres pour composer les siens, i^ Pour les mammifères, le travail lui était préparé par MM. Geo^ froy, Illiger, et Frédéric Cuvier, son frère, par son travail sur les dents des animaux ; a"" pour les oiseaux, par Levaillant et Vieillot ; 3° pour les reptiles, par Lacëpède, de Blainville, Oppel, Brongniart; 4^ pour les poissons, par Lacépède, Bloch , Russel et autres ; 5*" pour les mot lusques, par Lamarck, Poli, Montfort, Rudolphi; &" pour les insectes, par Latreille, qui a même composé tout le volume; 7"pour leszoophytes,parI-amarck,etc.; 8* pour tout le règne animal, par Linné. Cuvier n'a touché par lui-même qu'aux vertébrés et aux grands mollusques nus seulement.

En anatomie comparée, il a suivi les principes de Vicq-d'Azir et de Pallas, a puisé dans les travaux anatomi(|ues des Swammerdam, des Collins, desMonro, des Hunter, des Camper, des Blumenbach,des Daubenton, etc., et a ajouté de nouveaux faits de détails assez nombreux, mais n'a rien systématisé, parce que l'éclectisme l'a empêché ici, comme en zoologie, d'accepter un principe et d'en développer les conséquences.

En géologie minéralogique, il n'a fait que peu de chose, et, de son aveu, M. Brongniart a eu la plus grande part dans l'Essai sur la géologie minéralogique des environs de Paris, seul travail sur cette matière où se trouve le nom de Cuvier.

En France, il a donné l'élan à la paléontologie : Pal-

DE LAMARGK. J^QQ

las en avait posé les principes, Cuvier s'en est trop souvent écarte ; de là les nombreuses erreui*s de Faits et de doctrines qu'il a jetées dans tous les esprits. 11 a profité y dit-ily de tous les travaux qui ont été faits en Angleterre, en Allemagne, en Italie et en France; tra* vaux par lesquels la science avait avancé et changé de foce. Cuvier les a importés et répandus en France; il les a pris comme il les a trouvés, et il y a joint les fossiles des environs de Paris, surtout ceux de Montmartre; et c'est là un des points qui ont singulièrement contribué à établir sa grande réputation.

Esprit pénétrant, il parut capable de tout; mais n'aborda jamais aucune difficulté sérieuse pour la résoudre. Il savait choisir tout ce qui se prétait à une exposition rapide et facile ; éloignant avec soin toutes les difficultés, et ne les laissant même pas soupçonner à son lecteur, il écrivit le plus souvent pour ceux qui lisent , mais non pour ceux qui étudient. Il s'est trompé plus d'une fois, a rectifié plus tard ses erreurs, mais sans en avertir et sans discuter les faits ; son exposition en eut souffert. Aussi, presque tout le monde la lu; et de là tant d'idées fausses sur les grande principes, tant d'obstination à les suivre en aveugle, si peu de science véritable, et même si peu d'esprits capables de comprendre ce qu'elle est en effet.

11 a rendu des services bien plus réels au progrès en réhabilitant les sciences naturelles dans TAcadémie, en .employant son crédit politique au développement, à l'amélioration du Muséum d'histoire naturelle, et en luttant avec une grande habileté pour la conservation des droits et de l'indépendance de ce précieux établissement. C'est là une de ses gloires incontestables, et sur laquelle justice ne lui a peut-être pas été assez rendue.

4lO COVTEifPOKAÎVS.

Enfin, il contribua pour la plus large part au noble élan qui a, dans ces dernières années, fait Faire tant de progrès aux sciences naturelles en France.

Malgré tout cela , il ne restera que peu de chose de lui dans la science; rien sous le rapport des principes et de la philosophie, puisqu'il n'en avait pas; rien par conséquent dans la sysiématisation des Taits, puisqu'elle était fausse. Les deux ou trois principes qu'il a essayé d'introduire dans la science, comme celui de la considération du sang; celui sur la déterminalion des fossiles avec un seul fragment, une facette d'os, n'ont pu soute* nir la rigueur d'un examen approfondi , et ils ont nui à la science quand on a voulu les suivre. C'est ainsi qu'en adoptant les considérations tirées du sang, dans la révision et le développement de ses premiers travaux, Lamarck a échoué.

Il suit de là que les théories et les systèmes de Cnvier ne peuvent rester dans la science; déjà son système zoologique est abandonné; il en est de même de son syslème paléontologique et de sa théorie de la terre. Il ne reslera que des faits nombreux d'anatomie comparée et de paléontologie.

Cuvier n'est donc pas l'Aristote des temps modernes, puis(|u'il n'a point embrassé le cercle des connaissances humaines; qu'il n'a même travaillé que sur une seule partie de la science, la zoologie , qu'il a considérée sous les trois poinls de vue de zooclassie, d'anatomie et do paléontologie, sans toutefois pouvoir systématiser aucune de ces parties. Il ne pouvait donc pas caractériser une épo(|ue; il n'est peut-être que le complément lie I^marck dans la seule direction anatomique.

Nous n'avons point à juger Cuvier, ni comme homme politique 9 ni comme homme social, ni comme homme

reli§pleux. Nous devons cependant à notr« cotiscience de lui rendre justice sous le dernier rapport. On Ta calomnié en l'accusant de matérialisme : qu'il y ait dans ses doctrines quelques biais conduisant à cette thèse , nous ne le nions pas; mais les conséquences qu'on pouvait en tirer n'étaient de sa part ni aperçues, ni irolontaires; au contraire, il a continuellement professé dans ses ouvrages les vérités religieuses dont il avait la conviction. Projeter sur ses convictions des insinua^ fions calomnieuses est donc une injustice que nous nous faisons un devoir de repousser.

Enfin, en dernière conclusion de tous les faits expo* ses, nous croyons avoir prouvé que Lamarck n'a point été dirigé par Cuvier; qu'il ne l'a point copié; qu'il n'a pu être éclectique, mais qu'il a été lui-même. Philosophe profond , ayant embrassé toutes les parties de la science et les ayant systématisées, il tenta de terminer la philosophie, et par là il comprit le besoin de l'époque en essayant d'y répondre. La question n'est pas ici de savoir si sa réponse fut juste, mais de savoir s'il Fa faite, et comment il y fut conduit; c'est ce que nous apprendra l'analyse de ses ouvrages.

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