V. /analyse des principaux oui^rages de de Lamarck
Nous avons donc à étudier les principaux ouvrages de de Lamarck; ils portent sur presque tous les points des sciences naturelles.
L En physique générale. Il nous apprend lui-même que, de très-bonne heure, il s'était occupé de cette partie de la science , et que , par ses observations et celles des autres, il s'était fait des idées propres sur les faits physiques. Il a publié deux volumea iotitulés t
4ra COHTKlfFORATNS.
Recherches sur les causes des principaux faits phjrsi* que s, et particulièrement sur celles de la combustion; de C élévation de Veau dans Fétat de vapeur; de ta chof leur produite par le frottement des corps solides entre ewt ; de la chaleur qui se rend sensible dans les déconh positions subites, dans les effervescences , et dans les corps de plusieurs animaux pendant la durée de leur vie ; de la causticité ; de la saveur et de F odeur de cer* tains composés*^ de la couleur des corps; de F origine des composés de tous les minéraux ; de V entretien de la vie des êtres organiques y de leur accroissement ^ de leur vigueur j de leur dépérissement et de leur mort; par J. B. Lamarck, professeur de zoologie au Muséum d'histoire naturelle. Paris, an ii ^
Il proteste d'abord contre la séparation de la physique et de la chimie, qui, pour lui, sont la même science; puis, voulant atteindre à une théorie qui embrasse la nature entière, tant les corps bruts que les corps organisés, sous le nom commun de /?//^-j/y///» , qui comprenne toute la science, il donne cette définition : a Une théorie physique ou chimique solide est celle
■ Il donne à cet ouvrage le nom de Logique physico'c/undqiœ. Il le dédie au peuple français, et a soin d'avertir qu'il n*avait pas voulu dédier la Flore française à Louis Capct ^ ni à un autre grand seigneur qu'on lui avait dit le désirer. Il nous apprend aussi qu'il avait présenté le manuscrit de cet ouvrage quatre ans auparavant à l'Académie; qu'elle nomma des commissaires pour lui en rendre compte sans en entendre la lecture; que les commissaires ne firent pas de rapport pour des causes qu'il ne veut pas dire, mais sans doute parce qu'ils trouvaient un grand nombre d'objections à lui faire; que ses grands travaux, entrepris alors sur la botanique, le firent en suspendre la publication, mais qu'il le fit parapher par le secrétaire de l'Académie ; et on trouve, en effet, à la fin du second volume, p. 400, la déclaration du secrétaire.
DE LàMARGK. 4^3
qui ne présente qu'un petit nombre de principes simples, clairs, féconds, dont on peut déduire les conséquences et toutes les applications qu'exige l'observation des faits.» En physique, dit-il, les suppositions sont toujours extrêmement dangereuses. Pag. 33o.
Il établit ensuite la matière comme non homogène^ mais jouissant de propriétés générales. Les quatre éléments simples de la matière sont \efeUj qui peut apparaître sous trois états : \efeu éthéré ^ comprenant les fluides électriques et magnétiques; le feu fixé^ mer immense, dans laquelle sont plongés tous les corps, et qui les pénètre tous;^ le feu calorique^ qui produit la chaleur, dilate les corps, vaporise les fluides et lance la lumière.
Les autres éléments sont l'fl/r, Veau et la terre, La chaleur, la lumière, les couleurs, les odeurs, les saveurs, sont des phénomènes résultant de l'état particulier du feu fixé; il en est de même du son.
Lamarck avait donc essayé toutes les questions les plus abstraites, les plus difficiles, sans observations, sans expériences qui lui fussent propres, il faut en convenir; aussi est- il en opposition avec la plupart des tliéories reçues. Ses travaux de méditation avaient porté non-seulement sur les faits physiques proprement dits, mais aussi sur les faits orgariolepliques j c'est-àdire, sur ceux qui sont le résultat du monde extérieur sur nos organes , et encoi'e sur l'origine des corps composés qui existent dans la terre, d'où il avait été conduit à s'élever jusqu'à la recherche des causes qui entretiennent la i ie dans les corps organisés , et sur les principaux phénomènes qu'ils présentent. Parla les sciences organiques étaient reliées à la physique; mais on était alors dans une tout autre direction j et il ne fut pas compris.
4l4 COlffTBlIFORAllfS.
II. Chimie. Ses travaux 8onl ici de même nature qu'en physique; ils ne reposent que sur la méditation des faits acceptés d'autrui. Ils n'avaient pas le caractère demandé par la mode, et ils semblaient arrêter le char du triomphateur', qui venait d'atteindre un des plus beaux résultats de Tépoque.
Cependant il avait procédé avec la méthode et les précautions indiquées par les principes, en ayant égard successivement aux molécules essentielles des cofnpaais^ à l'invariabilité de leur forme^ et à V unité ou V identité lie leur nature y aux combinaisons de leurs principes pour former les composés^ aux altérations que les circons» tances naturelles ou artificielles peuvent faire subir aux molécules essentielles ; à leur tendance naturelle à te détruire.
C'est à l'aide de ces réflexions qu'il s'efforça de réfuter la théorie pneumatique des chimistes modernes, sans y parvenir, quoiqu'il ait montré qu'elle portait en elle les germes de sa chute dans les parties exagérées.
Sa théorie à lui*méme n'était pas soutenable; c'était celle du phlogistique. Néanmoins, admettant que l'acte chimique n'a lieu que sur les molécules essentielles des corps, et qu'il existe des principes simples, essentiellement difTérenls entre eux, et non pas une matière homogène, il arrive aux proportions définies et à la théorie des atomes, qu'on a été obligé d'admettre, depuis lui, dans la science^.
> Lavoisier.
* Pour lui, la molécule essentielle est le résultat d'un certain nombre de principes combinés ensemble dans de certaines proportions, formant une petite masse indii*isil)le bi\ns composition, imperceptible à nos sens à cause de sa petitesse extrême. C'est dans la molécole essentielle (ou atome) que réside la nature d\ui composé. Tant ^
DE LAMAIiCft. 4lS
Il y a, selon lui j une échelle de dégradation dans les différents composés existants ou possibles , quant à l'intimité d'union de leurs principes. La nature ne tend pas à former des combinaisons; au contraire, elle tend à détruire celles qui existent. Les combinaisons directes, c'est-à-dire l'union des éléments libres, ne peuvent être produites immédiatement que par le moyen des organes dont sont pourvus tes êtres doués de la vie.
Tous les produits et les résidus des altérations et des changements que la nature ou l'art font subir à des matières composées , n'étaient pas contenus et tout formés dans ces matières.
En résumé, de Lamarck a soutenu que la physique et la chimie ne font qu'une même science. Il a étudié la théorie des corps bruts et des corps organisés , et par là il a embrassé toute la science. Il n'a pu résoudre toutes les difficultés, faute de faits et de progrès non existants alors; mais il a émis plusieurs idées heureuses, et 8a marche était rigoureusement logique. 11 n'avait pas seulement étudié les faits physiques, mais encore les faits organoleptiques; parla il avait. bien distingué les deux sciences, et défuii ce que devait être une théorie. Cest à lui qu'est due l'introduction de la physique dans les sciences naturelles proprement dites; il disait : La physique des corps bruts, la physique des corps organisés. Conduit à rechercher les causes des phénomènes, il s'est trouvé en opposition avec les théoriciens pneumatistes. Il était donc dans la direction proportionnelle, quoique les résultats n'aient pas répondu à ses efforts. Sa théorie fut celle du phlogistique, bien
la molécule essentielle conserve sa nature, le nombre^ la proportion et l'arrangement des principes qui la composent, restent nécessairetnent les mêmes.
4l6 CONTEltfPORAlNS.
qiril en ait dit; il acceptait le feu, Tair, Feau et la terre comme seuls éléments. Il rejetait les expériences de Lavoisier, pour admettre le feu éthéré, le feu fiié, le feu calorique : il suivait Stalil. Ainsi donc, il faussait les faits fournis par les expériences des pneumatistes: dès lors il était obligé de créer des corps, qui n^étaient pas toujours en harmonie avec les faits. Ainsi, les couleurs étaient dues au feu fixé, l'opacité aussi ; il en était de même pour les sons; c'était un être, un fluide particulier : et ici il était encore plus facile de le combattre; mais il était conséquent. S'occupant de Tétatet de la nature des corps, il était arrivé à des choses remarquables pour cette époque, la théorie atomistique et des proportions défuiies, à laquelle sont revenus les chimistes, après avoir adopté puis abandonné Lavoisier.
Pour lui, la matière n'était pas homogène. On n'entrevoit pas par quelle raison il adopte cette espèce de principe inutile à sa théorie.
Voulant établir l'unité de nature dans les éléments (|ni composent les corps, tout ce qui existe est pour lui le résultat de la vie, un produit des corps organisés, sauf les éléments; llièse difficile à concevoir.
Enfin, il a louché tous les grands termes de la chimie et les a définis; il avance que ce sont les molécules qui constituent les corps , par agrégation dans les corps inorganiques, par agglomération dans les corps organisés. Il est le premier qui ait donné cette idée, et elle paraît juste.
En thèse générale , les objections qu'il a faites à la théorie de Lavoisier tombent par l'examen; mais il y avait, dans son travail, méthode, attention de définir les mots, et dessein d'arriver à des généralités. Il est sans doute bien loin d'y avoir réussi, quoiqu'il ait eu
plusieurs idées remarquables. Une chose qui n'a point été sentie , parce qu'on n'a point approfondi , c'est le rapport frappant qui existe entre Lamarck et Buffon. Tous deux ont voulu embrasser et généraliser toutes les sciences; tous deux ont été conduits à créer le monde à leur façon , Buffon en avouant que ce n'était qu'une pure hypothèse, il est vrai; Lamarck sérieusement et par conviction, erronée sans doute. La physique de Lamarck est presque la même que celle de Buflbn ; celui-ci avait seulement plus de puissance.
En météowlogie. Sans soutenir qu'il eût réussi dans les détails, on peut dire qu'il a posé la météorologie sur ses véritables bases; nous avons trouvé la preuve de ses travaux à ce sujet dans un nombre assez considérable de mémoires particuliers. Il a commencé par étudier les espèces de phénomènes, les espèces d'orages , les espèces de vents, etc.; il en a déterminé les variétés dans un premier mémoire. Voulant faire part aux autres de sa manière de procéder dans les observations , il a composé sur l'art d'observer. Il a cherché ensuite s'il n'y avait pas périodicité dans la reproduction des phénomènes, d'où il est conduit à leur étiologie, à la recherche des causes qui ont pu produire ces phénomènes et leurs variations , pour tâcher d'arriver à leur prévision ; et c'est ce point qu'on lui a reproché : c'était lui reprocher d'avoir fait de la science; car pour terminer une science, il faut prévoir. Cette prévision même l'avait conduit à penser, avec Toaldo, que l'atmosphère qui enveloppe la terre pouvait être comparée à la mer, qui en remplit les principaux bassins; qu'elle a une épaisseur ou profondeur et une densité convenables; qu'elle est influencée par l'action du sa- T. m. ^7
4 1 8 COBrTEMPOftAINS.
tellite de la terre, comme la mer, et par le soleil, centre de son système; et qu'alors la position plus ou moins rapprochée, plus ou moins oblique de celui-ci, devait exercer périodiquement une action sur les mouvements généraux et particuliers de cette mer gazeuse; et dès lors ces mouvements généraux pouvaient être prévus et prédits, comme le font les astronomes pour le flux et reflux de la mer et pour les grandes marées. Et le vent est donc la marée de l'atmosphère, ou mieux, les vents sont les courants de la mer aérienne. Du reste, cette théorie, qu'il avait acceptée de Toaldo, les astronomes la confirment aujourd'hui.
En homme sage cependant, Lamarck avait limité ses prévisions aux lieux où il avait observé, c'est-à-dire en Europe. On lui reproche de n'avoir pas réussi : ce n'est pas ce dont il s'agit, mais seulement de juger s'il a procédé logiquement.
En géologie, Liamarck n'a jamais fait de travaux géologiques proprement dits. Dans son liydrogéologie, il a traité la question d'étiologie du bassin des mers et des formations marines qui composent la plus grande partie des terrains tertiaires. Il a même clierché à apprécier les changements que les corps organisés exercent sur la nature et sur l'état de cette surface. Enfin , dans son grand et beau travail sur les coquilles fossiles des environs de Paris, il a donné un bel exemple de la manière dont on doit procéder dans l'étude de la ctonclivliologie appliquée aux questions zoologiques, les regardant comme de premier ordre, pour éclairer la vcriiable théorie de noire globe ^ et pour mesurer les modifications que les espèces vivantes subissent avec l'état des lieux quelles habitent.
Il admet que ces coquilles sont les dépouilles d'ani-
DE IrAMAACfti 4^9
maux qui ont vëcu dans les lieux où on les trouve; qu'il y a plusieurs de ces animaux dont on trouve les analogues, et qui habitent encore les mers. D'où, par conséquent, ia mer a autrefois séjourné dans ces lieux , et il en conclut qu'il y a eu déplacement des mers; que ce déplacement a été graduel , et dû à une cause lente et toujours active; que la continuité d'action de cette cause porte à regarder comme probable que les parties découvertes aujourd'hui redeviendront le bassin des mers; et que celui-ci sera de nouveau mis à découvert. En sorte que, pour M. de Lamarck^ la masse des eaux formant les mers, non "Seulement s'abaisse j mais encore se promène pour ainsi dire , à la surface de la terre. Celaient les idées de BufTou, et plus ancienuement d'Arislote.
Les mers , continuellement et souvent fortement agitées par l'action de la lune, produisent des excavations dans le sol qui en forme le bassin ; celui-ci s'abaisse, et par suite les eaux qu'il contient. Dès lors une partie du bassin est mise à découvert, d'où l'étendue des terres sèches augmente; les eaux pluviales les labourent, creu* sent des vallées , et par conséquent produisent des montagnes. Mais les matières entraînées dans le bassin des mers vont se déposer en quelques endroits , remplissent ces lieux , et ainsi poussent la mer successivement à la surface du globe. Son équilibre, par suite du changement du centre de gravité, est changé; d'où modification dans la position, la direction, l'inclinaison de l'axe et ses rapports avec le, soleil, d'où enfin changement de température et de climats.
Il reconnaît une chaleur commune et constante dans la masse du globe terrestre, et rejette la supposition d'un refroidissement graduel; mais il admet la source
420 CONTEMPORAÎlfS.
de cette chaleur dans l'impulsion de la lumière solaire refoulant le feu élhéré.
Ainsi, par l'étude de l'action des phénomènes existants, il a cherché à expliquer, à donner Tétiologie des faits anciennement produits à la surface de la terre.
Il est arrivé au même résultat par l'étude de la paléontologie. Admettant que, parmi ces coquilles fossiles, il y en a plusieurs dont on connaît les analogues, qui habitent encore les mers; que plusieurs au moins de ces analogues ne se trouvent aujourd'hui que dans des climats dont la température est très-diflerente de celle des lieux où se trouvent les fossiles, il en conclut qu'il s'opère un changement continuel, quoique infiniment lent , dans le climat ou la température , relativement à chaque partie du globe. Il cite , à ce sujet, le tumliUus pompUius^ les palmiers ^ le succin^ le caoutchouc ^ lej empreintes de fougères^ les os d'éléphants et de cro* codiles.
Que si, dit -il, nos observations ne peuvent apercevoir, mesurer ces changements , c'est qu'ils sont excessivement lents, et que nos observations ne remontent que de trois à cinq mille ans; d'où, pour lui, la terre n'est pas stationnaire ^ quoiqu'elle le paraisse. Il ne veut donc que des révolutions lentes, et point de catastrophes ou de changements brusques.
Admettant que les minéraux ou les corps bruts sont des produits de la vie ( plus tard, il les partagera eu deux catégories, dont la première a été formée immédiatement par la nature, et la seconde par les corps organisés), il repousse l'idée que la terre puisse être considérée comme un coips vivant.
11 a donc touché à la géologie de main de maiti*e; il
a parfaitement senti quMl fallait chercher l'explication des phénomènesanciens dans les phénomènes actuels : thèse soutenue aujourd'hui par presque tous les géologues. Mais , dans sa manière d'envisager les choses , il fallait des milliers d'années , conclusion à laquelle il prétend arriver, d'ailleurs , par ses théories minéralogiques et organiques. Au fond y quoiqu'il ait procédé d'une manière logique dans le reste de sa théorie , cependant il n'a pas rencontré aussi juste, parce que les faits ne lui étaient pas assez connus , et qu'il n'y en avait même pas assez à sa disposition pour en faire sortir une éliologie rigoureuse.
Mifiérahgie. Théorie des corps brutSy ce quils sont et leur distinction. Il n'a jamais fait aucun travail spécial sur cette classe de corps naturels; mais, dans son grand Mémoire sur les corps composés, il a consacré un article à ce qu'il nomme Théorie des corps bruts. W est à remarquer qu'il termine par là son Mémoire sur les corps composés. C'est un renversement qui tenait a sa thèse, de les considérer comme un résultat des corps organisés.
Définition. Il entend par corps bruts , tout corps et toute matière qui ne fait pas partie d'un être vivant; toute masse qui n'est pas organisée et douée de vie ; tout corps même qui n'est plus vivant, quoiqu'il puisse encore présenter des restes de l'organisation dont il a joui ; tout corps, en uu mot , qui ne s'entretient point, ni ne s'accroît pas par la nutrition , enfin qui n'est pas assujetti à la mort.
Les corps bruts ne peuvent être considérés comme formant série avec les corps vivants, dont ils sont séparés par une distance infinie.
Étiolofrit^ , origine. Les corps bruts ont été formés à
4aS COVTEXPOEAIHS.
différents temps ^ et il s'en forme encore tous les jours. Us n'ont pas été formés par la nature, cest«à-<dire, par la combinaison directe des éléments les uns avec les autres. I^ur origine est dans les corps vivants; mais depuis ils ont éprouvé des altérations et des change» ments qui ont modifié leur état originel. Ces changements ont leur cause principale dans le composé luimême.
Tous les composés minéraux, naturels ou artificiels, ne sont donc que des résultats d'altérations qu'ont subies d'autres composés préexistants. Tous les composés dans la nature sont de deux sortes, ou mieux, doivent leur origine à deux causes. Les uns sont le résultat des combinaisons directes qui s'opèrent par l'action organique des corps vivants; les autres sont dus aux altérations diverses que les composés primaires ont été forcés de subir par la nature ou par l'art.
Fa\ 18210, dans son ouvrage sur les connaissances positives de riiomme, il attribue l'origine des corps inorganiques à deux sources : à la première appartiennent les corps formés immédiatement par la nature; et , à la seconde, ceux qui sont formés médiatement par les corps vivants.
Lamarck tranche à priori cette question de l'origine des corps bruts ; mais la thèse n'est pas encore résolue: le phosphate de chaux, par exemple, qui entre dans les os, est^il formé de toule pièce dans Torganisme, ou bien vient-il des aliments? Les expériences de Vauquelin sur les poules paraîtraient prouver la première opinion.
Durée des corps bruts, La persistance d'un corps brut est en rapport direct avec la proportion de Vêlement terreux.
Jt^onne, Par l'analyse naturelle qui se fait des composés, résultats de Torganisation , reste l'élément terreux. Ces molécules terreuses , par les altérations qui les ont rendues plus compactes , plus dures, se sont converties en molécules pierreuses. Celles-ci, charriées par l'eau ^ s'unissent par agrégation, se font masses : si c'est avec lenteur dans un liquide parfaitement en repos, le corps cristallise; dans le cas contraire, il n'y a que des masses.
A mesure que , dans ces masses , l'élément terreux se démasque, le minéral passe de l'état crétacé à celui d'argile, contenant de plus en plus de silice; puis à l'é-^ tat de silice y de quartz ^ et enfin vitreux.
Les matières argileuses sont évidemment, selon Lamarck, des produits de détritus ou résidus des végétaux.
Or, comme les corps bruts les plus nouvellement formés ou laissés par les corps organisés, sont ceux où l'élément vitreux doit être le moins démasqué, on voit pourquoi les minéraux argileux sont les plus superfi** ciels; les marnes viennent ensuite, puis les calcaires, puis les quartzeux, puis enfin les vitreux ou graniti* ques et porphyriques.
D'où il faut conclure qu'il n'y a pas de roches antérieures à l'existence des corps organisés, dans la théorie de Lamarck, puisque tout corps composé est dû à leur action. Mais alors sur quoi reposent les corps organises ? Quel est leur point d'appui , leur séjour ? La thèse n'est pas soutenable.
Les matières inorganiques n'ont pas de patrie, ce qui est le résultat de leur origine organique; en effet, quoique les corps organisés diffèrent suivant les climats , il n'en est pas de même des minéraux , parce
4^4 COHTEMPORAnrS.
que peu importe qu'ils proviennent de telle ou telle espèce ?
Classification ou Distribution méthodique. Ayant admis que les minéraux ont leur origine dans les corps vivants, végétaux ou animaux, qu'ils se transforment, se modifient à mesure qu'ils s'éloignent de leur source, les modifications portant sur la démarcation de l'élément terreux pour passer à l'état vitreux , il a essayé un tableau de disposition des minéraux. Partant de deux séries, animale et végétale, qui forment des humus, il arrive par deux lignes successives au quartz et au verre. La série végétale donne naissance à l'argile, etc.; la série animale produit de l'ai^ile et des carbonates de chaux. Le mélange des argiles végétales, des argiles et des carbonates animaux devient des marnes, qui , en s'aitérant de plus en plus, produisent les quartz et enfin les verres.
MÉTALLisATioif . Sa thèse était beaucoup plus difficile pour les métaux ; il a cependant essayé de les faire entœr clans sa théorie de création par les animaux. Les dépouilles ou produits des corps vivants, par la dissipation et l'addition de certains principes, sont tiansformés en différentes substances métalliques; les principes dissipés sont principalement l'air et l'eau; les principes ajoutes sont essentiellement le feu carbonique, qui métallisé.
Les inflammations et commotions souterraines lui semblent être un des plus puissants moyens employés pour condenser, fixer le feu carbonique sur certaines matières terreuses, et ainsi les raétalliser.
Bien plus, il admet ( pag. loa ) que ces corps inorgani(|ues, s'ils sont gélatineux, et qu'ils ne soient pas i'oniplétement homogènes , peuvent être organisés di-
rectement par la nature^ qui peut y déterminer des mouvements vitaux.
Biologie GiSiiiRALE. Nous arrivons aux corps organisés qui seront susceptibles de produire les minéraux. Lamarck s'est beaucoup occupé de biologie ^ c'est-àdire, de toutes les questions qui ont rapport aux êtres vivants; mais ses idées durent être modifiées par l'état de la science à cette époque. Il se trouva sous l'influence de Vicq-d'Azir et de Bichat. Vicq-d'Azir avait / déjà montré que les corps de la nature ne peuvent être partagés en trois règnes ; et l'idée de méthode naturelle était aussi introduite : il était donc dans une direction plus avancée qu'avant lui.
Nous envisageons Lamarck comme un terme dans riiistoire des sciences naturelles^ terme qui doit nous conduire à la démonstration de la série animale ou de Tordre de la création. Il est important pour nous de montrer qu'un naturaliste a prouvé qu'il y avait série, produite, selon lui, par la nature agissant sur )a matière première, et pour nous créée par un Dieu souverainement parfait. Dans la dernière thèse philosophique de Lamarck, il admet un Dieu créateur, mais qui n'a créé que la matière et la nature, laissant à ces deux créatures uniques le soin d'organiser tout le reste. C'est répicuréisme formulé sous une nouvelle face. 11 était donc important pour notre thèse de nous arrêter sur lui, afin d'arriver à la démonstration, par l'absurde d'abord et directe ensuite, de la thèse catholique.
Nous avons déjà analysé ses travaux de physique , de chimie, de géologie et de minéralogie; il nous reste à étudier ses travaux sur le règne organique.
Dans ses premiers ouvrages de 1794^ il n'y a que les trois dernières propositions qui aient trait à la biologie.
î -'*"* rorreiTFOii.i rïs».
M^i-. li^ri.s lf^ rji'-ni'iirr« «ir ^''Lvin^^ic» et d'iiiifciuin' i»
|/«' .1.' .. il. L.r.ij'- I*.' r- ^u, c • .1 «lause «ie sa i*:aiit :<ii 'Iriv'tjrn 'J»- i'aii<». «'iri ;.<).i%e ueu^ jrticitîï» 44e\ek^ p<:i t . 'i Uu ^'i;iij'I iiii- (r î ; i'i:n intltaiè : T'icont *iti 'ifft xf.finli , ri laulr*.*, Tfi'une lit'j rorps ùnils.Ouj n-iii'iirf\Mf'. HM'f: |ilii%ieijr*ft a.^ftr^Ttionà tausjMïs ou enth ii't-t, fj'aijfrrv» pfriit-t-tre exagérées ou hasanit^, n f^r.irif] iKiriilin* ri'irlfjo. de coin eptîoDS ^ raies • ori^iiaks ou non, i/'iniif-*i rn un ^\>tênie cuiuplel. a'vec des liêfjniiion% n(-ll<-s et r laiifs.
Si'^ ifl/en sur la liioUiîîie furent plus déveluppées, iiiijs li;ir'/lies ïl.'ins srs II* clnsclifs sur f€/r:sf^nLuitÎM tirs (or/hs vii'aitts, (/est dans cet ou\ra^e qu'il «ssau: di: rrrnonter à la première origine des êtres vi- \anls I Kd'jt ;.
Il Irur dninie encore (le nouveaux dé\eIoppeiiients dans sa iMiiUisopliie /oologir|ue, dont le second woliniif f-st cnlicrcnicnt cr»iisacré à c& sujet.
I.n 1^1 '>. il Ifs ir|)rrn(l encore dans son introductii'^Q ;i llli^loiii' dr-s animaux sans NcrtèbrcSy et v consacre je |iif luier Milinne lout entier.
r.nlin,en iK/o, à IVi^cMle soixante - qiiator/e ans. il \ leviiil noui la dernièi'<* fois, dans son ou\ra^e àt> ( ionnaissiuiers posilixesde riioinnie.
Il nous a|i|Meiid , |):i^. 6 dt? la préface de ses Reclie^ elles sur l'oi^.inisation des corps \ivants, c]u*il a\ait entrepris une /i/(f/t'^/r^ |)our ]\*xécution de laquelle il avait aniassi' d(\s nialérianx.
Ixi't'hnrhrs sur ror^nnisation (1rs co^ps vù'antSn et parii< tdièr<'n)cnl sni' son origine, sur la cause de sod dt \el<»|)p(Mnent el des ])roi;rt\s do sa composition; sur celle (piiy tendant continuellement à la destiHictiou
DE IiAMARCI^ 4^7
dans chaque individu , amène nécessairement sa mort.
Première Partie, — Des progrès de la composition, de forganisaiion des corps vii^ants, à mesure que les circonstances les favorisent. Ainsi , il admet que ce sont )e§ circonstances qui vont développer l'organisation*
Il admet qu'il y a dégradation d'une extrémité à l'autre de la chaîne des animaux : i ^ les mammaux , les oiwaux , les reptiles, les poissons ;
«^- Anéantissement de la colonne vertébrale.
2® Les mollusques, les crustacés, les annélides; . — Anéantissement du cœur.
3*^ Arachnides , insectes;
— Anéantissement de la fécondation sexuelle. 4^ Vers;
— Anéantissement de la vue.
5<^ Radiàires et polypes.
La série qui constitue l'échelle animale réside dans la distribution des masses, et non dans celle des individus ou des espèces.
Ce ne sont pas les oi^anes, mairies habitudes^ .déterminées par les circonstances, qui ont , avec le temps, déterminé la forme des corps des animaux, le nombre des organes et les facultés.
//« Partie. — De la formation directe des premiers traits de l'organisation ; de la cause qui produit et entretient les moui^ements organiques, et de V origine des corps vivants.
Tous les êtres qui font partie du globe terrestre se partagent évidemment en deux règnes distincts : le règne des êtres vivants et le règne des corps bruts. Point de lien, point de chaînes entre ces deux règnes, qui ne sont pas même comparables.
Les premiers jouissent seuls d'un mouvement parti-
4^6 GOVTEMFORÂI1V8.
Mais, dans les mémoires de physique et d'iiisloîre naturelle, en 1797, é|)0(|ue à laquelle il avait dû s'occuper bleu davantage de ce sujet , à cause de sa chaire au Muséum de Paris, on trouve deux articles développés et d'un grand intérêt ; l'un intitulé : Théorie des êtres vivants , et l'autre , TJu'orie des corps bruts. On y remarque, avec plusieurs assertions fausses ou erronées, d'autres peut-être exagérées ou hasardées , un grand nombre d'idées, de conceptions vraies, originales ou non, réunies en un système complet, avec des définitions nettes et claires.
Ses idées sur la biologie furent plus développées, plus hardies dans ses Recherches sur VorganisatUm des corps vivants. C'est dans cet ouvrage qu'il essaye de remonter à la première origine des êtres vi-» vants ( j8oa ).
Il leur donne encore de nouveaux développements dans sa Philosophie zoologique, dont le second volume est entièrement consacré à ce sujet.
En 181 5, il les re{)rend encore dans son introduction à rilistoire des animaux sans vertèbres, et y consacre le premier volume tout entier.
Enfin, en 1820, à Tâge de soixante -quatorze ans, il y revint pour la dernière fois, dans son ouvrage des Connaissances positives de Thomme.
Il nous apprend , pag. 6 de la préface de ses Recherches sur l'organisation des corps vivants, qu'il avait entrepris vxwe Biologie ^ pour l'exécution de laquelle il avait amassé des matériaux.
Recherches sur /'organisa lion des cof'ps vivants, et particulièrement sur son oiigine, sur la cause de son développement et des progrès de sa composition ; sur celle qui, tendant continuellement à la destruction
DE IiAMARd^ 4^7
dans chaque individu, amène nécessairement sa mort.
Première Partie, — Des progrès de la composition j de torganisation des corps vii^ants, à mesure que les circonstances les favorisent. Ainsi, il admet que ce sont les circonstances qui vont développer l'organisation.
11 admet qu'il y a dégradation d'une extrémité à l'autre de la chaîne des animaux : i ^ les mammaux , les oiseaux, les reptiles, les poissons;
*- Anéantissement de la colonne vertébrale.
1^ Les mollusques, les crustacés, les annélides;
— Anéantissement du cœur.
3*^ Arachnides , insectes ;
— Anéantissement de la fécondation sexuelle. 4"* Vers ;
— Anéantissement de la vue.
S^ Radiàires et polypes.
La série qui constitue l'échelle animale réside dans la distribution des masses, et non dans celle des individus ou des espèces.
Ce ne sont pas les oi^anes, mais les habitudes^ déterminées par les circonstances, qui ont , avec le temps, déterminé la forme des corps des animaux , le nombre des organes et les facultés.
//« Partie. — De la formation directe des premiers traits de V organisation ; de la cause qui produit et en-tretient les mouvements organiques^ et de V origine des corps vivants.
Tous les êtres qui font partie du globe terrestre se partagent évidemment en deux règnes distincts : le règnedes êtres vivants et le règne des corps bruts. Point de lien, point de chaînes entre ces deux règnes , qui ne sont pas même comparables.
Les premiers jouissent seuls d'un mouvement parti-
4^8 COlfTEirPORATirS.
culier, qu'il nomme mouvement organique, dont la possibilité constitue la vie.
H existe, dans tous les êtres vivants^ deux forces, deux puissances très«distinctes et toujours en opposition entre elles, de manière que chacune d'elles détruit perpétuellement les effets que l'autre parvient à produire.
I® \] assimilation^ qui fournit plus de principes fixes que la cause des pertes n'en enlève ou n'en fait disparaître.
a» Au contraire dans la sécrétion , la somme des matières fixes qui s'évacuent est toujours moins considérable que la quantité qui a été introduite par l'assimilation.
(c La vie est l'unique cause dé tous les composés, non-seulement des végétaux et des animaux , mais encore de tous les corps qui se trouvent à la surface de la terre. — Tout être vivant a la faculté de composer lui-même sa propre substance.
«La nature crée elle-même les premiers traits deTorganisation dans des masses où elle n'existait pas, et ensuite Tusage de la vie développe et compose les organes. La nature forme nécessairement des générations spontanées à rexlrémilé la plus simple de chaque règne.»
Il parle des fonctions vitales premières : la première faculté de la nature animale est celle de se reproduire.
11 expose ensuite quelques considérations relatives à l'homme ; puis en vient aux espèces parmi les corps vivants. Il en nie l'existence, et prétend qu'il n'y a que des individus. — Il nie également, avec Daubenton, l'espèce parmi les minéraux.
Recherches sur le fluide nerveux. Ce sont d'abord quelques considérations préliminaires : du fluide ner-
veux en général et comme cause de la pensée j de la volonté j de la contractilité musculaire , àM. sentiment ^ des mou\>ements volontaires.
Puis quelques questions de physiique et de chimie générale.
Dans l'article intitulé : Théorie des êtres, il corn-, mence par établir que tout être vivant est composé de parties contenantes et de parties contenues.
11 définit )a vie, le mouvement qui résulte dans les parties de l'exécution des fonctions de leurs organes essentiels, ou la possibilité de ce mouvement.
Dans les organes, il distingue la faculté qu'ils ont d'agir, de l'exercice de cette faculté. Et les êtres doués de la vie naissent et meurent nécessairement.
11 parle ensuite des fonctions organiques essentielles à la conservation de la vie et à celle de Tespèce; il réduit ces fonctions à cinq : la circulation y la respiration, la sécrétion, la nutrition, la génération , et il les définit successivement d'une manière générale. Il admet qu'il existe, dans l'organisation des êtres vivants, une gradation remarquable, depuis la plus simple organisation jusqu'à la plus compliquée. Il donne ensuite les bases de la physique végétale ( pag. 177 ), définissant les végétaux des êtres vivants, sans sentiment , sans mouvement spontané, jouissant néanmoins, pendant un temps limité , et souvent avec une sorte de suspension passagère , du mouvement organique qui constitue la vie.
11 passe ensuite en revue les solides et les fluides, dans les principales parties qui constituent l'organisation des végétaux; traite de leur naissance, puis de leurs fonctions organiques : circulation, respiration , sécrétion, nutrition, génération. — Il donne , comme caractères
43o CONTBMPOHAinS.
propres aux végétaux^ de se nourrir de matières simples.
Âpres avoir parlé des végétaux, il expose parallèle* ment les bases delà physique animale. U définit les animaux : des êtres organisés , doués du sentiment et de la faculté de se mouvoir volontairement, n'ayant pas la faculté de former des combinaisons premières, mais bien celle de surcharger de principes les combinaisons déjà existantes ; jouissant de facultés particulières, telles que rirrilabilité de la fibre, le sentiment, le niouve* ment volontaire , la digestion.
Ënfm, il termine par la théorie des corps bruts.
Passant ensuite aux formes sous lesquelles la vie s'exécute aussi bien dans les végétaux que dans les ani* maux , il admet la génération spontanée, au coromen* cément de chaque règne ; et que les circonstances dif'* férentes déterminent des besoins différents dans ces premiers êtres produits ; ces besoins ont réagi sur les organes (|ui devaient les satisfaire, et les ont ainsi roodiliés; d'où des formes végétales ou animales différentes ; d\)ù encore pas d'espèces distinctes , définies, iuimutables; si elles nous paraissent telles , c'est parce que nous ne les voyons qu'un moment. Deux à trois ans pour lui ne sont (|u'un instant.
Ainsi donc Lamarck, après avoir étudié les corps en général , est descendu dans l'étude des corps à forme déterminée, ce qui est la méthode aristotélietine. Il a été essenliellenienl biologiste^ bien qu'il Tait nié. Il n'a jamais em|)loyé le nom d'êtres inorganiques par opposition à cehii d'organiques. Nous l'avons vu considérer les corps organisés dans toutes leurs propriétés. Il n a jamais envisagé la forme dans les animaux; il ne l'a admise qu'en quatrième caractèi^e. Dans toutes les
DE LAHARCK* 4^1
parties des sciences qu'il a touchées, il a envisagé les êtres comme siihstrata des phénomènes, et ne s'est jamais élevé à la morale; pour lui elle était toute de sentiment.
Phytologie. La biologie générale nous conduit à la phytologie , qui est la science des végétaux étudiés en eux-mêmes. Lamarck a , sur cette partie de la science, des travaux de quatre ou cinq sortes: \^ des mémoires ou des dissertations particulières sur des genres ou espèces de plantes ; 9.^ une désignation analytique de toutes les espèces connues alors en France; sa Flore française; 3^ un Dictionnaire debotanique, qui devait renfermer, sous forme alphabétique, tout ce qui concerne la phytologie , c'est-à-dire, l'anatomie, la physiologie, la classification et la description des plantes ; 4^ un ouvrage plus original, qui devait donner la caractéristique littérale et iconographique des plantes; 5^ un mémoire de conception d'une partie de la chaine des êtres créés.
Nous nous bornerons à parler des derniers. A cette époque, T^marck, imbu des idées de Buffon , proclamait hautement (|ue la nature rejette les classes et les familles, et contrarie presquepartoutlesgenres même les moins composés, au point qu'il était persuadé que l'on finirait sans doute par n'avoir, dans chaque genre, qu'une suite d'espèces, multipliées souvent en autant d'espèces que d'individus. Aussi voulait-il que les genres fussent tous regardés comme artificiels, et qu'on n'eût égard à aucun rapport naturel en les formant ; et il pensait cependant qu'il y a une série naturelle des plantes. On conçoit cette espèce de contradiction , en considérant que c'est dans celte partie des sciences naturelles qu'il s'est d'abord fait connaître.
43a GONTEBIPORAIirS.
Du reste, ses ouvrages de phytologie portaient plus sur la botanique proprement dite, que sur Vanatomie et la physiologie des végétaux , qu'il a pourtant exposées d'une manière intéressante. Ils portaient encore sur la distribution méthodique des corps organisés. Nous avons indiqué un mémoire de Lamarck, prouvant qu'il avait senti les rapports qui peuvent exister entre leur classification et celle des animaux, en ayant égard ,' chez les uns et les autres, à la perfection graduée des organes: ce dernier point de vue parait lui appartenir.
Il insiste sur la considération des rapports des êtres dans un ordre à établir dans l'étude des productions de la nature, et il fait voir combien, en phytologie, le système de Linné rompt de ces rapports ; il y insiste de plus, parce qu'il était à la fois intéressant et utile d'établir cet ordrc^de manière qu'on pût juger , d'une part , les rapports naturels d'une plante avec les autres, et en même temps sa situation la plus convenable dans la série graduée des êtres d'un même règne , en se servant, pour la déterminer, de la gradation, soit dans le nombre, soit dans la perfection des organes essentiels. C'est en se basant sur ces principes, qu'il est arrivé i proposer de partager en six classes les familles naturelles des plantes, telles qu'elles étaient établies au Ja^ din du Roi par L. de Jussieu, en formant une série depuis les plus complètes jusqu'aux plus incomplètes; et il commence par les polypétales , où se trouvent toutes les plantes susceptibles d'une irritabilité notable: comme si le principe de la vie se rendait plus manifeste dans ces végétaux, et les rapprochait, en quelque sorte, des autres êtres organiques, en qui Tinîtabilité se trouve jointe à une qualité .plus parfaite, qu'on nomme sensibilité.
Il terminé par les cryptogames , plantes plus simples
que les autres, et qui présentent une organisation plus
' imparfaite ou moins complète, surtout celles qui for-
^ ment les dernières sections, que Ton pourrait regarder
r comme de simples ébauches de végétaux.
La grande difTiculté qu'il a éprouvée à établir cet > ordre, le porte à penser que les familles à découvrir ^ tiendront remplir les vides, et rendre la gradation £ moins imparfaite. Enfin, il termine en montrant que t le nombre des classes et l'ordre qu'il leur donne marchent parallèlement avec celles des animaux :
j ® Les quadrupèdes Les polypétalées.
2° Les oiseaux Les monopétalées.
3® Les amphibies Les composées.
4^ Les poifsons Les incomplètes.
5^ Les insectes Les unilobces,
6^ Les vers Les cryptogames.
Mais l'exécution de la classification était difficile, pour ne pas dire impossible.
Dans l'introduction de son Dictionnaire, où il est question de l'histoire des progrès de la botanique et de l'exposition des systèmes et des méthodes de classification des plantes^ M. de Lamarck, après avoir exposé les principes et la méthode établie par Jussieu dans le Jardin de Botanique, déclare qu'il la considère comme ce qui a été fait de mieux , et comme offrant la distribution la plus naturelle des végétaux qu'on eût encore imaginée , et comme renfermant une foule de rapprochements heureux , fondés sur les vrais rapports; il ajoute qu'il la croit cependant susceptible d'un plus grand degré de perfection.
Il pense que, dans la comparaison des plantes, on doit avoir spécialement égard aux parties de la fructifi- T. III. a8
434 GONTEBIPORAINS.
cation , c'est-à-dire au fruit, parce que c'est à lui, comme à un centre, que se rapportent les autres parties, qui semblent ne vivre que pour lui. — Mais la fleur est composée de plusieurs parties; et pour déterminer leur degré d'importance et de préférence, il établit en principe que la ressemblance tirée d'une partie, a d'autant plus de valeur que la partie elle-même existe dans un plus grand nombre d'individus. Affectant une valeur terminale à chaque partie , il en fait un tableau , et propose alors d'établir les genres en série graduée ^ et d'appliquer le nom de famille au milieu d'un certain nombre de ces genres, dans une colonne à part : idée qui montre combien il était préoccupé delà série.
Illustrations des genres. C'est un ouvrage qui a dû avoir une influence marquée sur l'étude des plantes , en ce que le plan des Institutions de Tournefort y est étendu, complété et perfectionné, étant appliqué à plus de deuK mille espèces, et qu'ainsi la caractéristique iconographique vient en aide à la caractéristique linnéeone, et que Tune et l'autre sont exprimées avec la neltelé de conception et d'expression qui est le propre de l'esprit de de Laraarck.
Quant à la description, ou mieux à la spécificatioo de chaque espèce de plante en particulier , ainsi qu a la caractéristique des espèces , des genres et autres subdivisions de familles , de classes, il est difficile de trouver plus de netteté , de clarté ou de concision comparatives , que dans le Dictionnaire de botanique ; il approche de Linné, s'il ne Ta pas surpassé.
Cuvier, dans son Éloge historique de de Lamarck , dit que la Flore française est un ouvrage d'un plan neuf et d'une exécution pleine d'intérêt. Cependant il ajoute^ plus loin , que cette sorte de dichotomie existe impli-
citenient dans toutes les inélhodes dislribulives, et il a raison, quand on veut pousser les distinctions jusqu'aux espèces.
Ainsi donc 9 les travaux botaniques de Lamarck devaient le conduire à la connaissance des plantes par l'analyse. 11 fallait donc critiquer les méthodes e^Listantes y et il entra dans l'idée de Buffbn, qu'il n'y a point d'espèces , mais seulement des individus; aussi voulaitil que tous les genres ne fussent qu'artificiels, sans aucun égard aux caractères naturels. Mais il change d'opinion par la conviction et l'étude; apercevant son erreur, il comprend qu'il y a série végétale ; ce ne fut toutefois qu'après avoir étudié les corps de la nature en général, et parce qu'alors aussi se développaient les idées de Jussieu, qu'il sentit parfaitement que les idées de Buffon devaient être abandonnées. 11 vit qu'il y avait deux points importants à saisir, les rapports naturels et la place dans la série; de là son Mémoire pour faire voir que les végétaux devaient être classés , comme les animaux, par familles. En second lieu, pour arriver à démontrer la série , il faut étudier l'organisation ; mais ici il n'y avait pas de fonction, et il n'a pu faire la même faute que pour les animaux : il resta dans l'organisme. Les parties les plus élevées du végétal sont évidemment celles qui tiennent à la reproduction; et Lamarck arrive à celte thèse. Cependant, il avait toujours une tendance à envisager les fonctions, et dès lors le mwiosa piulica, Xhedisarum gyrans^ étant regardés comme irritables , il commence par eux , parce que les plantes les plus irritables et les plus composées devront être mises à la tête, et à la fin celles qui n'ont plus aucune irritation et les moins composées. Mais n'y aurait-il pas, dans la série animale, quelque chose
436 CONTEMPORAmS.
d'analogue? On divisait alors , d'après Linné, les animaux en six classes ; et il trouve également six classes dans les végétaux. Voilà donc deux séries parallèles, dont il cherche à démontrer les analogies. Peut-être n'y a-t-il pas toujours réussi. Reprenant ensuite chacun de ces groupes , il essaye de montrer qu'il y a dégradation descendante^ et rentre ainsi dans la méthode naturelle. Les parties de la fructification devront fournir les caractères les plus importants^ et dans ces parties ce sera essentiellement le fruit , car tout est fait pour lui. Jussieu a été beaucoup plus loin ; il a pénétré jusqu'à l'embryon, et dans l'embryon, il est arrivé aux cotylédons. Il s'agit maintenant, pour Lamarck, d'attacher à chaque partie un nombre qui en marque la valeur. A l'aide de ces principes , il va établir des far milles, qui seront tellement remplies, qu'on ainvera à dissimuler les limites, qui sont pour lui des degrés de développement; et le nom se trouve au milieu de la division, pour montrer qu'il y a nuance; il reconnaît aussi des hiatus, qui seront remplis à mesure que l'on découvrira les familles inconnues.
Il en sera de même pour les animaux ; et aloi-s voilà deu\ liges sortant d'une même souche, et s'élevant plus ou moins; et ici de Lamarck va soutenir la thèse des trois règnes de Linné.
Zoologie. C'est dans la dernière période de sa vie qu'il a fait enlrer la zoologie dans ses conceptions; ce fut seulement en i8o5 que, chargé de la chaire des mollusques, il changea de direction.
Parallèlement à Lamarck, entraient dans la science, les modifications sorties de l'anatomie par Cuvier, tandis que Lamarck, comme nous l'avons vu et comme nous le verrons, partait essentiellement de la biologie
et des fonctions. En sorte donc que si tous deux partaient d*un principe différent, ils devaient arriver à des conséquences différenles.
Laraarck n a jamais fait de travaux spéciaux qui aient trait à l'anatomie ou à la physiologie de cette grande classe de corps ou d'élres organisés. Il a donc été obligé d'avoir recours aux travaux des autres, quand il a cru devoir se servir de renseignements sur l'organisation des animaux , pour perfectionner ses travaux zoologiques.
Il est cependant aisé de montrer que ses conceptions générales à ce sujet étaient parfaitement établies.
Ses travaux dans cette partie des sciences naturelles portent donc essentiellement sur la distinction et la caractéristique des espèces animales , sur leur classification ou distribution systématique , sur leur disposition sériale de gradation ou de dégradation dans la composition des organes. Ses ouvrages ici sont encore de préparation, d'exécution et de perfectionnement. Mais nous ne devons nous arrêter qu'aux ouvrages qui dénotent ses travaux et ses progrès successifs dans la série animale tout entière, ou dans la série des animaux sans vertèbres.
Son premier essai de classification du règne animal se trouve dans son VI I« Mémoire de physique et d'histoire naturelle, pag. 3i4; ^797» à la fin de l'article intitulé Bases de la physique animale; c'était aussi celle qu'il suivait dans ses cours. C'est dans ces premiers tableaux que se trouve, pour la première fois, formulée , d'une manière nette, la division dichotomique des animaux, suivant qu'ils sont vertébrés ou invertébrés';
^ Cuvier avoue que cette division et ces démonstrations sont dues à Lamarck ; et il ajoute qu'une nouvelle classification, fondée sur Ta-
438 coifTeMPORÀrirs.
et ceux-ci, dont il élaît chargé d'enseigner l'histoire, et qui comprennent les ordres de la classe des vers de Linné, sont convertis en classes distinctes : les mol* lusea et les testacea dans une seule, sous le premier nom, comme l'avait indique Pallas, Poli, et celle des zoophytes, partagée en radiaires et en polypes. Mais c'est aussi dans ces tableaux, qu'à l'imitation deCuvier, et contre ses propres principes, les mollusques sont sé[)arés des autres vers de Linné par les insectes , et mis avant ceux-ci dans la série ; c'est la seule chose qu'il ait empruntée à Cuvier, et il s'est trompé en contredisant ses principes.
En 1801 , parut son Système des animaux sans vertèbres, dans lequel on trouve le Discours d'ouverture du cours de 1800, où il dit s'être soustrait au système linnéen.
Il y a fort bien exprimé l'idée de la série animale et vrgétale, et exposé la réfutation de la carte géographique ou du reseau des animaux.
La classification y est toujours la même , si ce n'est (|ue les insectes sont partagés en trois classes, les crustacés , les arachnides et les insectes.
C'est aussi, dans cet ouvrage, qu'il a distingué les organes de la respiration en poumons j hrancliies ^ iracliées aériennes, trachées aquifères ; et sa caractéristique porte sur les organes de la respiration.
En 1812, dans l'extrait du cours de zoologie, qui suivit la Philosophie zoologique, il soutient toujouis
natomie des animaux à sang blanc, venait d'ctre publiée en 1795, et que liamarck l'adopte en grande partie, en remplacement de celle de LiniH' et de Bruguicrcs qu'il avait suivies dans ses premiers cours jusque-là; que depuis lors, il la modifia de diverses manières sans l'allércr entièrement.
DE I«AMARGK« 4^9
la série animale y mais non graduelle et régulière; il la commence par les animaux les plus simples; il partage les animaux en trois sections : i** apathiques , a"" sen*' sibles^ ^^intelligents. Les zoopliytes ou apathiques sont partagés en injusoires , polypes y radiaires et vers ; les sensibles, en insectes^ arachnides y ctnstacésy cirrhi* pèdes j mollusques; les intelligents ou vertébrés y comme à l'ordinaire.
Dans sa Philosophie zoologique {^\ioc^^'ljkïSïaiVc\iexi^o%e de nouvelles considérations relatives à Fhistoire natu* relie des animaux; à la diversité de leur organisation et des facultés qu'ils en obtiennent ; aux causes physiques qui maintiennent en eux la vie, et donnent lieu aux mouvements qu'ils exécutent; et enfin, à celles qui produisent le sentiment et l'intelligence dans ceux qui en sont doués.
Il traite ensuite de l'existence d'une série animale , démontrant la composition de l'ot^anisation. Il en conclut que la nature a produit successivement les difîérents corps doués de la vie, en procédant du plus simple au plus composé.
Cherchant alors en quoi consiste la vie, il crut pouvoir regarder comme certain que ces deux causes générales, qui ont amené les animaux à l'élat où nous les voyons, sont le mouvement des fluides dans l'intérieur des animaux, et Tinfluence des circonstances. Il osa même aller plus loin , et chercher les causes physiques du sentiment. Ayant remarqué que le système nerveux est le seul système organique capable de produire le pliénomène, il reconnut aisément que, le plus simple . possible, il ne produit que la contraction musculaire, puis, plus compliqué, le sentiment, et, plus avancé encore dans sa composition, Fintelligence. II
44o GONTEBTPORAINS.
cherche ensuite le mécanisme de la sensation , et il croit qu'elle peut ne produire qu'une perception dans les animaux privés d'organe intellectuel , ou une idée dans ceux qui ont cet organe. Mais en quoi consiste le mécanisme ? Dans l'émission d'un fluide parlant du point affecté y ou dans une simple communication de mouvement dans le même fluide ? Il penche pour la dernière opinion. De là, le sentiment et l'irritabilitésont des phénomènes très-difTérents y ayant une source différenle: le sentiment est borné à un système particulier d'organes, et l'irritabilité est le propre de toute l'organisation animale.
Il s'occupe ensuite du sentiment intérieur, qui ne peut exister que dans les animaux sensibles; et il pense que les besoins physiques et moraux eux-mêmes sont la source où les mouvements et les actions puisent leurs moyens d'exécution.
Enfin, dans lés animaux qui n'ont pas de système nerveux, qui n'ont pas le sentiment intérieur, la vie n'est produite qu'à l'aide des excitations qu'ils reçoivent de l'extérieur.
En sorte que , portant cette observation dans les mouvements vitaux des animaux en général, il reconnaît pour causes des phénomènes de la vie :
1° La puissance excitatrice des mouvements vitaux dansTaction des milieux ambiants;
2** Le mouvement des fluides dans leur intérieur;
3" L'influence des circonstances.
Il donne enfin une distribution générale de la série animale, dont nous ne reproduirons que la suite des grandes classes :
Invertébrés ,
DE LJLHABCK.
/ 1" degré d'organisation. . j 'V"*^^'-
radiaires.
vers.
j jje i insectes,
*** ) arachnides
crustacés, annélides.
ir
cirrhipedes, mollusques.
rertébnfs
,ye {poissons.
j reptiles,
I oiseaux.
VI^ ! monotrémes.
I mammifères.
Histoire des animaux sans vertèbres. Introduction ( i8i5), à soixante-quatorze ans.
Dans cet ouvrage , Lamarck commence par définir son sujet, les animaux, par opposition avec les corps inorganiques, et avec l'autre partie des corps organises ou végétaux ; et ensuite en eux-mêmes, et il en tire leur définition et leurs caractères essentiels. Cette définition même, ou le caractère essentiel, lui sert à démontrer que tous les animaux ne le sont pas au même degré, et qu'il y a dans leur organisation, et par conséquent dans leurs facultés , une progression décroissante ou croissante, suivant le point de départ que Ton choisit; et dès lors on pourra démontrer la série par les organes; ce qu'il commencera d'abord par l'homme , et terminera par l'éponge , la monade.
Cela établi, ce qui était assez facile, il cherche d'où sont venus et quels ont été les moyens employés pour instituer la vie animale, pour produire et établir celte comparaison progressive de l'organisme et de ses facultés chez les animaux , et il s'efforce de démontrer que c'est la nature.
Il travaille à prouver que toutes les facultés générales
44^ COHTSMPORAms.
dont jouissent les animaux doivent être considérées comme des phénomènes , uniquemeot produits par l'organisation.
Qu'il en est de même des penchants dans tous les animaux sensibles et dans l'homme lui«-méme , et que ce sont ces penchants, plus ou moins prononcés , qui déterminent les changements , les modifications dans ces organes établis par la nature.
Mais qu'est-ce que c'est que \a nature, quia produit les animaux , leurs organisations et leurs facultés croissantes ou décroissantes , et quels moyens a-t-elle employés? Cest la dernière question générale que traite Lamarck, et il déRnil\2L nature comme une puissance qui emploie pour moyens F attraction universelle j et la répulsion par les fluides subtils.
Parvenu à ce point, ses principes pour la classification des animaux , et celle-ci exécutée , se calquent sur la manière dont la nature avait agi dans la production des animaux.
Voilà la thèse de Lamarck. Suivons-le dans la démonstration qu'il en donne.
F® Partie. Des caractères essentiels des animaux comparés à ceu,v des autres corps de notre globe.
CiiAP. I. Des corps inorgardques. Ils sont hors d*état de vivre, et par conséquent n'exigent aucune organisation intérieure; ils n'ont point de tissu cellulaire servant de base à une organisation intérieure , mais seulement une structure particulière ; ils n'ont que des propriétés, et non des facultés. Leur fin, comme leur origine, est indéterminée.
Il les définit par V individiuiUté existante dans In ma* léculc inlégranlv et par la fixité^ sans avoir ici recours à leur origine. Us fournissent tous les matériaux qui constituent les corps organisés.
II les partage , d'après le degré de rapprochement des molécules qui constituent les masses: en solides j sujet de la minéralogie;
En fluides j qui se divisent en fluides liquides ^ flui* des gazeux^ et ceux-ci en fluides élastiques et fluides subtils. Il insiste surtout sur ces derniers, qui sont le calorique , le fluide électrique , le fluide magnétique , et peut-être la lumière^ parce qu'ils sont pour lui la cause excitatrice de tous les mouvements vitaux.
Chap. II. Des corps vii^ants et de leurs caractères es^ sentiels.
Il les définit /?ar r individualité dans la réunion y la disposition et Vétai des molécules intégrantes diverses qui constituent le corps ^ et ensuite par t existence en eux iCufi ordre de choses et dCun état des parties qui per^ mettent à des causes excitatrices d^ introduire les phé^ nomènes de la vie y qui en amène plusieurs autres.
I>a nature a commencé en même temps la formation de ces corps, qui ne constituent pas une chaîne unique, mais deux branches séparées à leur origine.
Leur étude complète donne sujet à la biologie ou à la science de la vie, qu'il pense avoir été le premier à distinguer sous ce nom.
Ces corps jouissent de facultés propres et de mouvements internes vitaux, que permet leur état organique. Ils éprouvent des pertes et des réparations^ ils ont des besoins. Ils suivent un ordre de développement successif jusqu'à une certaine limite. Us naissent de l'isolement de certaines parties d'un corps semblable.
Chap. IIl. Des caractères essentiels des végétaux.
La définition qu'il en donne est négative et par opposition aux animaux. KUe porte sur un phénomène,
444 COHTEMPOHAINS.
sur un acte, sur une faculté, et par conséquent est dynamique et non statique : ce qui pèche contre la logique, lorsqu'il est question de corps ou d'êtres matériels. En 1820, il dit qu'un végétal n'est pas excitable, et conséquemment ne jouit pas de la faculté de se mouvoir.
Il les définit donc, des corps vwants non irritableSy incapables de contracter instantanément et itérativement aucune de leurs parties sur elles-mêmes^ et dépoun^us de la faculté iFagir ainsi que de celle de se déplacer.
Aussi distingue-t-il les végétaux des animaux, surtout par l'absence de l'irritabilité dans les parties solides ou concrètes des premiers, par suite de la différence dans la composition chimique. Il admet un certain orgasme, un certain éréthisme dans toutes les parties simples des végétaux, pour suppléer l'irritabilité. Cet orgasme est probablement du à des fluides élastiques, qui y subsistent quelque temps avant de se dégager.
Quant aux mouvements des fluides, ils sont dus à des excitations extérieures. Ils sont proportionnels aux causes. II n'y a point d'organes spéciaux , point de digestion, point de circulation réelle.
Les végétaux sont susceptibles d'avoir deux sortes de végétations opposées. Tune ascendante, l'autre descendante, et d'être souvent composés.
Du reste, il admet que, dans la production des végétaux, la nature a commencé par les plus simples et les plus imparfaits, et qu'entre eux et les animaux il y a une ligne de démarcation bien tranchée.
Chap. IV. Des animaux en général^ et de leurs caractères essentiels.
11 les définit ; des corps vissants doués de parties irri-
tables f contractiles instantanément et itérativement sur ^éfUes-mémes ; ce qui leur donne la facilité d!agir , et à fm^ plupart celle de se déplacer.
'"'•'■* XjQXXe définilion est positive, directe sans doute : elle porte sur des parties et non sur des phénomènes ; mais ces parties mêmes sont défmies par une faculté ou propriété dynamique.
Les animaux sont donc des corps vivants irritables, ou doués de parties contractiles, susceptibles de mouirements subitement et itérativement reproduits à chaique provocation d'une cause excitante.
Cette irritabilité réside dans la fibre musculaire contractile; elle est mise en action par l'excitation, mais n'est pas proportionnelle aux causes qui la produisent. Elle n'est le produit d'aucun système particulier : d'organes , mais bien celui de l'état chimique de la substance de Fétre animal, joint à l'ordre de choses.
Suivant Lamarck , il n'est pas vrai que tous les animaux jouissent de la faculté de sentir, ni qu'ils aient tous des muscles et puissent en avoir, ni qu'ils soient pourvus d'une cavité dîgestive.
Il n'y a pas d'êtres sensibles qui ne se meuvent pas; mais il y en a qui se meuvent sans être sensibles , ou qui sont dépourvus de sentiment : le mouvement étant une conséquence delà sensibilité, et non pas celle-ci de celui-là.
Toute faculté animale dépend de l'organisation. Les animaux sont susceptibles d'avoir leurs solides ainsi que leurs fluides participant aux mouvements vitaux ; de se nourrir de matières étrangères , déjà composées, qu'ils ont la faculté de digérer; d'offrir une immense disparité dans leur composition et dans leurs facultés; d'être les uns irritables seulement, d'autres
446 COKTEMPORAIMS.
irritables et sensibles, et d'autres irritables, sensibles, et intelligents.
Il* Partie. De F existence (Tujie progression dans la composition de F organisation des aninuiux^ ainsi que dans le nombre et Véminence des facultés qu'ils en oIh tiennent {j^ag. 109).
Il commence par se défendre de l'opinion d'une cliaine non interrompue et graduelle des corps les plus bruts aux corps \ivants les plus élevés. Il reconnaît, entre ces deux séries de corps, un hiatus immense.
Il n'admet pas davantage une cliaine graduée entre les deux règnes de coips vivants, c'est-à*dii*e , entre les végétaux et les animaux. Ainsi, pour lui, les trois braD* ches sont complètement isolées, et ne se lient nulle part entre elles.
Il repousse dans la série des productions végétales ou animales, toute disposition en arbres, réticulatioo, carte géographique , parce que, dit-il, elle serait contraire à l'ordre progressif partout reconnaissable.
Il ne reconnaît cet ordre progressif que dans chacun des règnes, et formant deux séries partant d'un même point et divergeaul.
Et encore il ne l'admet pas comme série simple , régulièrement graduée dans toute son étendue. Mais c'est une progression dans les masses principales ou classiques, et non dans les espèces, ni même dans les genres, si ce n'est dans certaines branches de la série, avec lacune dans certains points , avec des anomalies.
Celte progression régulière est déterminée par une cause première et prédominante, qui donne à la vie animale le pouvoir de composer progressivement l'organisation, et non pas par hasard (pag. i3o).
Les lacunes , les anomalies sont dues à la difTéreuce
un LAMARCK. 44?
des circonstances devenues une cause accidentelle et modifiante.
Il accepte les expressions d'animaux parfaits et d'animaux imparfaits comme exactes.
Pour déterminer le degré de perfection ou d'imperfection, il reconnaît que l'organisation de l'homme étant la plus élevée, la plus parfaite, plus celle d'un animal s'en approche, plus il est élevé; et, au contraire, plus elle s'en éloigne^ moins il est élevé et plus il est imparfait.
Prenant ensuite cette progression à & manièrei c'està-dire, suivant sa classification qui repose sur les organes intérieurs et extérieurs, et jamais sur ceux de la sensibilité , de la locomotion , encore moins sur la forme y il prouve cependant cette progression d'une manière évidente, aussi bien pour les organes que pour les fonctions et les facultés, en portant surtout son attention sur celles-ci, qu'il connaissait mieux que ceux-là.
Il pense que le type primitif par où la nature a commencé la série animale , est la monade terme. Pour les v^étaux y il ne décide pas si la nature n'a pas commencé la série végétale par deux ou trois types.
111* Partie. Des moyens employés par la nature pour instiluer la vie aniimile dans les corps , pour composer ensuite progressivement l'organisation dans les différents animaux; établir en eux différents organes particuliers , qui leur donnent des facultés en rapport avec ces organes ( pag. 1 38 ).
Tous les corps, quels qu'ils soient , sont des productions de la nature.
Les animaux sont des corps; donc ce sont des productions de la nature.
Si les animaux n'existaient pas , elle pourrait les produire encore de la même manière et par les mêmes \oies.
Ces moyens ne peuvent être que physiques; ce sont:
1** L'attraction universelle toujours régulière ;
a*" L'action répulsive des fluides subtils , mis en ex* pansion, et très-irrégulière dans son action.
Admettant ensuite comme hors de doute les générations spontanées y mais dans les organisations les plus simples, il conçoit Facilement, dit-il, qu'un petit corps gélatineux soit 'produit dans les eaux par l'attraction ou la Force réunissante; que ce petit corps réunisse dans son intérieur les fluides expansifs, d'où agrandissement des intei^tices des molécules agglutinées-, et Formation des utricules; d'où tension, éréthisme, orgasme. Cet orgasme produisit bientôt des ouvertui*es dans les parois des cellules qui communiquèrent entre elles, et des liquides pénétrèrent dans leur intérieur; d'où composition des parties contenantes et des parties contenues. Mais alors les fluides subtils y pénétrant, y rentrant et en sortant par saccade, il en résulta mouvement dans les liquides contenus, en même temps que transpiration et absorption, et par conséquent vie et organisation. L'organisation est donc un produit de la matière et de ses lois , et la vie un phénomène et non un être, ni une propriété d'aucune matière, d'aucun corps quel qu'il soit.
Maintenant, pour expliquer comment ces petits corps vivants deviennent des végétaux ou des animaux, il a recours à la composition chimique, sans dire cependant en quoi elle consiste , en quoi elle diFTère dans les uns et dans les autres.
Pour arriver ensuite à expliquer comment les espèces
animales, car il ne parle plus des espèces végétales, ont pu exister, ii a recours à un principe de réaction des circonstances extérieures, qui déterminent de nouveaux besoins ; besoins qui déterminent de nouveaux organes; d'où il admet qu'après les générations spontanées, qui ont commencé chaque série particulière, les espèces animales sont ensuite provenues les unes des autres. Comment? Il ne ledit pas.
IV* Partijê. Des facultés générales dans les animant^ et toutes considérées comme des phénomènes uniquement organiques. (Pag. 177 j.
Toute faculté animale est un phénomène organique. Il admet cependant un sentiment intérieur comme une faculté obscure, quoique puissante, qui n a rien de commun avec celle d'éprouver des sensations, ni avec celle de penser; sentiment que, suivant lui, on a nommé à tort conscience. Aucune matière n'a en ellemême la faculté de sentir. T^ sentiment est un phéno-^ mène organique; mais pour sentir, il ne suffit pas qu'un animal ait des nerfs, il faut encore (|u'ii ait un centre commun, auquel ils aboutissent.
Les actions intellectuelles , telles que l'attention , les comparaisons, le jugement , en un mot la pensée, sont des phénomènes purement physiques. Ils sont produits par les mouvements de déplacement de plusieurs fluides subtils qui sont des modifications du fluide nerveux. Pour Lamarck , en effet , il n'est pas permis de douter que l'influence nerveuse agisse autrement qu'à l'aide d'un fluide subtil, mis subitement en mouvement.
Le sentiment et le mouvement musculaire étant des
facultés indépendantes, les nerfs, chez les animaux
qui jouissent de ces deux facultés, doivent être de
deux sortes : les uns qui ne servent qu'aux sensations ,
T. irr. 29
45o COUTEMPORAINS.
et les autres à l'excitation miisculaîre, quoiqu'ils ne nous paraissent que des nerfs; les uns agissant de dehors vers un centre intérieur, les a utiles, d'un ou .plusieurs centres vers les muscles.
Plus une faculté est éminente, plus le système d organes est composé. Dès lors , quand toutes les facultés d^ l'animal sont à leur sommet de perfection, le système nerveux, qui, à un cei-tain degré, n'était partagé qu'^n deux systèmes particuliers, l'un pour efTectuer les mouvements des muscles , lautre pour exécuter les sensations, est porté à trois pour augmenter l'activité des organes, et à quatre pour la conversion des sensations en idées.
V* Partie. Des penchants, soit des animaux sensibles^ soit de F homme même , considérés dans leur source , et comme phénomènes de l'organisation.
I^s penchants des animaux sont des phénomènes uniquement organiques et purement physiques. Ils prennent leur source dans les organes, et dans les systèmes d'organes qui y donnent lieu.
Les penchants, comme les facultés, sont dans un rapport constant avec l'état des organes qui les procurent, c'est-à-dire que, très-dé veloppés quand Torgane est à son plus grand développement, ils cessent quand celui-ci n'existe plus.
Il paraît attacher une très*grande importance à cet apophthegme. Mais, en réalité, n'est-ce pas une de ces vérités banales qui ne tirent pour sa thèse à aucune conséquence ?
Aussi, continue-t-il, les animaux inférieurs qui sont dépourvus d'appareil nerveux, doivent aussi l'être de la faculté de sentir, de conscience et de sentiment intérieur.
Si donc ces animaux se meuvent, ce n'est pas en
eux qu'est la cause excitatrice de leurs mouvements , et alors elle vient nécessairement du dehors.
VP P\iiTiE. De la nature j ou de la puissance en quel' fjue sorte mécanique , qui a donné Fexistence aux animaux^ et qui les a faits nécessairement ce qikHs sonU (Pag. a5o.)
« La nature n'est qu'uQ ordi*e de choses qui n'a pu se donner Texistence; il faut donc recourir à son sublime auteur , dont la volonté est partout exprimée par X^%^^ cution des lois de la nature qui viennent de lui.
« La nature atteste donc son auteur! ! ! »
Ainsi , elle est pour Lamark Tensemble des lois qui régissent Tunivers , et par conséquent la matière et îe^ corps qui en sont formés.
(cLa nature est un ordre de choses étranger à la ma^ tière, ou immatériel, déterminable par robservaliap) des corps, et dont l'ensemble constitue une puissance inaltérable dans son essence , assujettie dans tous s^i actes, et constamment agissante sur toutes les parties de l'univers physique.
«La nature n'est pas l'univers, qui est l'ensemble <jb tous les corps et de toutes les matières qui existent, qqi ne sauraient avoir en propre aucune activité, aucune sorte de puissance. »
Ce serait plutôt le Nisus fonnatii^u^ de Blumenbaçh^
(cC'estun ensemble d'objets non métaphysiques, étrangers aux parties de l'uniters, formant un ordre de causes toujours actives , et de moyens qui régularisent et permettent les actions de ces causes , dont la source doit éti*e attribuée à la volonté du puissant auteur de toutes choses ( 1 8ao ).
«La nature se compose : du mouvement répandu dans toutes les parties des corps; des lois de tous les
45^ CONTEMPORAIlfS.
ordres, qui mettent dans l'univers l'ordre et l'harmonie.
« Elle a a sa disposition l'espace et le temps , ou la durée.
« Elle ressemble en quelque sorte à la vie, en ce que celle-ci n'est pas un être, mais un ordre de choses animé de mouvement, qui a sa puissance, ses facultés, et qui les exerce nécessairement tant qu'elle existe.
«cMais elle en difTère en ce qu'elle est immutable, inaltérable, et n'a de terme que la volonté du Créateur.
«Ce n'est pas Dieu même, puisque ses actes sont forcés ou nécessaires, suivant des lois constantes dans des. circonstances déterminées, et que le pouvoir de Dieu ne peut être limité par aucune loi.
«Ce n'est pas une âme universelle qui dirigerait vers un but tous les changements et tous les mouvements qui ont lieu dans l'univers.
«Elle ne peut donc avoir un but, une intention dans ses opérations.
«Si le résultat de ses actes parait quelquefois présenter des fins prévues, c'est parce que sa direction, suivant des lois constantes, a été primitivement combinée pour le but que s'est proposé le Créateur. »
Ce qui veut dire au fond qu'il y a des causes finales, non dans la matière, qui pâlit suivant les lois à elle imposées par le Créateur, mais dans Tintelligence infinie du Créateur.
« Mais au fond, ajoute Lamarck, même dans les animaux , la finalité est uneapparence plus qu'une réalité.
« Malgré sa puissance de produire, de renouveler, changer, déplacer et décomposer les corps dans l'univers, ce qui n'a lieu que conformément aux lois établies par Dieu, la nature ne peut produire le désordre; elle ne peut produire le mal ni le bien , qui ne sont que
relatifs ; elle ne peut , sur la matière, que la transporter d'un lieu dans un autre; sur le mouvement, que le diviser; sur l'espace, que le remplir diversement; sur le temps, qu'en employer des portions diverses dans ses opérations.
« Le mot de hasard n'exprime que notre ignorance des causes.
«La nature n'est qu'un instrument, que la voie partielle employée par Dieu pour mettre toiites les parties de l'univers dans l'état mutable où elles sont constamment. C'est une sorte d'intermédiaire entre Dieu et les parties de l'univers physique, pour l'exécution de la volonté divine, un pouvoir assujetti. Ce n'est que dans ce sens qu'on dit que les animaux et les facultés qu'ils possèdent, les végétaux, les corps non vivants, sont des produits de la nature.
«c Son domaine est l'univers, qui est indestructible et immutable, quoique toutes ses parties, dont la matière est la base, soient continuellement modifiées et changeantes ; c'est elle qui fait exister tous les corps dont la matière est la base. La nature produit, mais ne crée pas, ce qui est le camctère de la puissance divine seule.» En définitive, Lamarck reconnaît un Dieu créateur, qui pouvait créer ou ne pas créer Tunivers, formé de tout ce qu'il a créé.
Et dans cet univers, cml comprend tout, il distingue la matière , sujet impassible, soumise à des lois générales et particulières, d'où résultent tels corps, tels phénomènes.
Et ce sont ces lois, cette harmonie, qu'il nomme nature, et dont il fait une puissance aveugle, véritable création ontologique, qui évidemment remplace Dieu , puisque tous les êtres en sont la production.
4S4 COirTBMlH^RAIIfS.
VII* PARtiK. De la fUstribution générale des animaux , de ses di\^isions et des principes sur lesquels ces deux objets doiifent ^tre fondés. (Pag. a8i. ) C'est cfe qui concerne Tart en zoologie. Il commence par poser les trois questions suivantes :
i^ Quelles sont les opérations à faire pour Texécution d'une bonne distribution des animaux, et pour celle d'une suite dé divisions nécessaires à établir dans celte distribution ?
SI® Quels sont les principes qui doivent guider dans ce^ Opérations , afin d'éviter tout arbitraire?
3® Quelle disposition faut-^il donner à la distribution générale des animaux, pour qu'elle soit conforme à l'ordre de la nature dans la production des êtres ?
Il prétend qu'il n'y a aucune espèce qui soit d'une constance absolue. L'opinion que les races des corps vivants sont aussi anciennes que la nature^ et ont toujours été ce qu'elles sont aujourd'hui, lui semble erronée, et reposer sur la difficulté que l'on éprouve à embrasser un temps considérable.
La nature a nécessairement suivi un ordre dans la production des corps vivants; elle ne les a pas produits à la fois, et elle a suivi Tordre du plus simple au plus composé; car ce n'est pas par le hasard qu'il se trouve une gradation manifeste dans la simplification des animaux.
Pour découvrir cet ordre, il a fallu d'abord avoir égard aux rapports de ces corps, mais soigneusement distinguer ces rapports, suivant qu'ils sont généraux ou particuliers, qu'ils appartiennent aux opérations directes de la nature dans la composition progressive de l'organisme animal , ou qu'ils sont le résultai de l'influence des circonstances.
Le principe que c'est de l'organisation intérieui^e que
Ton doit emprunter les rapports les plus essentiels à connaître est parfaitement fonde.
Mais, d'après lensemble de Torganisation^ et non d'a« près telle partie intérieure, isolée^ chobie arbitrairement à
Pour parvenir à trouver ce principe qui doit guider, il faut déterminer les principales sortes de rapports et le degré relatif de leur valeur :
1^ Rapports d'espèces, servant à rapprocher les races entre elles, établis sur des particularités de forme gé^ nérale, et des particularités extérieures pour les genres.
a" Rapports de masses, établis sur la considération presque unique de l'organisation intérieure dans toutes ses parties, pour les familles^ les ordres, les classes.
3^ Rapports de rang , établis sur là comparaison d'une organisation quelconque, dans l'ensemble de ses parties, avec une autre organisation dotiilée , prise comme point de départ; et ce point de départ de comparai«« son ne peut être que l'homme.
4^ Rapports particuliers ^ établis sur la comparaison des parties semblables ou analogues, prises isolément chez difTérents animaux, et qu'aucune cause particulière n'a modifiées. Ces rapports doivent être mesurés dans leur ordre d'importance, d'après le principe de la généralité plus grande dans son emploi , ce qui donne les organes : i"" de la digestion ; a"" de la respiration} 3"* du mouvement; 4'' àe la génération ; S"" du sentiment; 6** de la circulation.
Ces rapports doivent être mesurés encore d'après le principe de plus grande analogie avec le mode employé dans une organisation supérieure, pour les modes différents de chaque organe, ce qui donne, par exemple, les poumons avec les branchies, les trachées aériennes avec les trachées aquifères.
456 COKTEMPORAIRS.
5® Rapports particuliers entre des parties modifiées, établis sur la comparaison de parties considérées séparément dans difTérents animaux ^ mais de parties modifiées par des causes accidentelles , et soigneusement distinguées de ce qui est dû au plan réel de la nature.
Passant à la troisième question : Quelle disposition faut-il donner à la distribution générale des animaux, pour qu'elle soit conforme à l'ordre de la nature dans la production de ces êtres ?
Il s'appuie sur son système de zoogénésie. La nature, n'opérant que graduellement , n'a pu produire les animaux que successivement, et par conséquent a procédé du plus simple au plus composé. Il dit que la distribution générale des animaux doit être établie dans le même sens.
C'est, suivant lui, le seul ordre naturel, instructif, favorable à l'étude de la nature.
11 appuie cet ordre sur la considération de la nature comme créatrice, et de plus, sur ce qui est admis en pbytologie.
Il entre ensuite dans les divisions intérieures. Il admet que les animaux sans colonne vertébrale présentent, par masses, des plans si difTérents, qu'ils n'ont de commun que la possession de la vie*animale. Aussi, dit -il qu'en 1812 il proposa de les partager en deux coupes primaires, ce qui avec les vertébrés en forme trois, que, d'après la considération des actes du système nerveux, il nomme apathiques j sensibles, Intel- Uoîents.
Il fait ensuite entrer en considération, pour la première fois, la forme, mais comme dernier caractère. Admellîuit que l'ordre dans lequel la nature a produit les difTérents animaux est loin d'être simple; qu'il est
DE LABf ARCK. 4^7
fneuxy et parait même compose de plusieurs séries itinctes, il propose ce qu'il nomme un ordre présumé la formation des animaux, offrant deux séries sépa- ^s, subrameuses. Il pense que l'ordre de production' : d'abord simple, mais que, dès qu'un certain nome d'animaux eût été Formé , des circonstances partilières donnèrent lieu à la formation d'une nouvelle ie, toutes deux ayant quelques rameaux simples. ZoocLASSiE. Il nous reste enfin , pour apprécier tout [Tort de Lamarck , à exposer sa distribution générale s animaux; mais pour le bien juger sons ce rapport, faut voir en quel état était cette partie de la science on époque, ce que les tableaux synoptiques suivants îtiront en évidence pour tout le monde.
/ Mammalia,
Jves,
IHÉ (i'j66)\Jmphibia, Pisces,
Ipteraiai lepisna.
1 acarus.
optera \aranea.
cancer, scolopendra.'
LGUiKRES (17^9)
vermes
intestina.
mollusca.
,vernies/ testacea.
Hthophyta.
zoophyta.
infusoîres.
intestins.
mollusques.
échynodermes.
testacés.
zoophytes.
CuviKR ( 1 795) publie son premier mémoire sur les mollusques. (Anim, vertébrés), [Anim, sans vertèbres).
Mammifères. Mollusques. . .g^>-/w/ïorfer/i#^j, testacés, B.Làmaeci.1 Oiseaux. Insectes.
« 797) • . • • { Reptiles. Vers.
Poissons. Radiai res.
Polypes.
CONTEMPOR4IIf8.
[Anim. à sang rouge).
Mammifères.
G. CuviBa (Oiseaux.
(1798).. . . /Reptiles.
Poissons.
[jénim, à sang btanc).
eéphtilopodes.
Mollusques... If-Vi'?'-»-
[Anim. vefié^ brés),
/ Mammifères.
G. CuviEK I Oiseniix.
(1800).. . I Reptiles.
\ Poissons.
I lasectes et vert.
V Zoophjtes.
[Aninté inpettébrés).
testaces.
céphalés.
(Anim, vertebr^s).
De Lamaecr 1 Mammifères.
(1801). j System t • des \ O i s ea 1 1 x . animuux sans I Picptiles.
vertèbres. . . \ Poissons.
Mollusques. . .
Fèfs, crustacés, insectes, .isoophytds.
[Anim. sans vertèbres).
nus.
céphalopod. { testaces.
s. coq.
à coq.
gastérop.
' i 1 ' I *• coq.
acéphales { » ^ ^ » à coq.
Mollusques
Crustacés.
Arachnides.
Insectes.
Vers.
Radia ires.
Polypes.
I**^ degré (t or '
nus.
céphalés { conchylifères.
nus.
acéphales/ conchvlifèri*s.
Dk Lamarck
Philosophie zoologique.
Anim, sans vertèbres.
ganisation, ,
ir
iir
\ Anim . vcrté-
hrcs.
infusoir^.
polypes.
radiai res.
vers.
insectes.
arachnides.
crustacés.
annélides.
cirrhîpèdes.
mollusques.
poissons.
reptiles,
oiseaux.
mammifères»
Dr IjAmarck.
£Ttr,éia (fours
tie j8i9«
DE ZiAliAilGK^
^ Animaux apathique^
** Animaux sensibles^
Animaux inteilfgents,
iofusoires. \
polypes.
radiàif-es.
vers.
épizoaires.
l' insectes, arachnidefti crustacés, annélides* cirrhipèdeSi luolliisques.
(poissons, reptiles.
(oiseaux, jnammifères.
Anim, inarticulés. Anim, articulés.
apathiques
Dp. LAMAKck
Hist, nat. des
animaux
sans Verte*
bres.
infusoires.
polypesi
Badiaires.
ascidii^n^.. Vers.
ÉPIZOAIIIBS
Introduction. 1 /sensibles H^'î^^''''-
•a \ I MoUutqueS.
Ordre
présumé de la
formation des
animaux.
Î poissons, reptiles, oiseaux, mammifères.
homme.
Insectes, aunélides. arachnides.
crustacés, cirrhipèdes.
Système analytique des connaiss€Uices positives de r homme y restreintes à celles qui pros^iennent directe*^ ment de l'ohsehfation. i voL in-8% 1 8210 (à soixante-dixneuf ans.)
46o CONTRMPORAIIVS.
Discours préliminaire.
« Je me suis livré constamment à l'observation des faits, et me suis ensuite efîorcé de rassembler tous ceux qui avaient été constatés par d'autres observateurs.
« L'observation étant la base sur laquelle tout repose dans mon ouvrage , il me parait difficile qu'on en ait une meilleure. »
Il distingue les objets nécessairement créés j de ceux qui sont évidemment produits.
Principes primordiaux. (Pag. 7.)
L'homme seul a la faculté d'observer la nature, de considérer son pouvoir sur les corps, les lois, tous les changements et les actions, etc.
Il est le seul des êtres qui ait senti la nécessité de reconnaître une cause supérieure et unique, créatrice de l'ordre admirable qui existe; qui ait élevé sa pensée jusqu'à l'auteur suprême de ce qui est, de Dieu enfin, dont il a conçu une idée indirecte, mais réelle, d'après la conséquence nécessaire de ses observations.
Première partie. Des objets que l'homme peut considérer hors de lui, et que l'observation peut lui faire connaîlre. V^ Section, Des objets nécessairement créés.
Chap I. De la matière. Chap. II. De la nature.
IV Section, Des objets évidemment produits.
Chap. 1. Des corps inorganiques. Chap. IL Des corps vivants en général. — Des végétaux , des animaux.
Deuxième partie. De l'homme et de certains systèmes organiques, observés en lui, lesquels concourent à Texécution de ses actions.
Analyse des phénomènes qui appartiennent au sentiment.
11^ Section. De la sensation. Chap. 1. Des sensations particulières.
Chap. II. De la sensation générale.
IIP Section. De l'intelligence; des objets qu'elle emploie, et des phénomènes auxquels elle donne lieu.
Chap. I. Des idées. ( Kxtrait du Dict. de Déterville.)
Chap. II. Du jugement et de la raison. (Extrait du Dict. de Déterville. )
Chap. III. De l'imagination. ( Extrait du Dict. de Déterville.)