VI. Résultat des traita u.v de de Lamarck et appréciation
de son effort.
Le but de de Lamarck était de montrer que tout avait été produit avec ordre; que cet ordre était sériai , et qu'il pouvait être lu. — Et, contre son intention, il arrive a démontrer per ahsurdum que le monde n'a pu être créé que par une puissance infîniment intelligente. Pour arriver à ce but, il a envisagé la science en général, et dans chacune de ses parties.
I. Parties de la science, i® En physique génémle. H a émis l'idée que les couleurs et leur diversité pourraient bien dépendre de la vitesse avec laquelle un fluide subtil se dégage des corps colorés. — • Que les saveurs et les odeurs sont de même genre que la causticité, mais à des degrés moindres d'une même action chimique.
a" En chimie générale. Il a cherché à prouver que tous les actes chimiques ont pour sujet les atomes qui entrent dans la composition des corps; — que ces atomes, par leur nature, leur forme et leur disposition , déterminent la différence des corps composés, et par là il arrivait à la théorie des atomes et des proportions définies , acceptée par les chimistes après la
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théorie de Lavoisier , que I^marck avait combattue.
3*^ En météorologie. Il a essayé de montrer que Taïmosphère est une mer aérienne, susceptible de courants plus ou moins violents , plus ou moins réguliers^ déterminés par l'action d'attraction de la lune à ses différentes phases et positions, el par racfion d'attraction de la chaleur du soleil. D'où l'on a pu conclure, avec quelque fondement, que les animaux microscopiques en sont les habitants naturels.
4"* En géologie. Que l'appréciation des phénomènes agissant aujourd'hui , peut servir à donner réliologie de l'état actuel du globe, dont la surface n'est jamais stable ; que la mer n'est pas fixée à un lieu déterminé, mais qu'elle se retire, ou abandonne peu à peu un lieu pour se porter dans un autre, ce que les coquilles fossiles peuvent démontrer; qu'ainsi les continents actuels étaient anciennement le fond des mers, et les mers d'aujourd'hui d'anciens continents.
5** En minéralogie. Que les corps inoi*ganiques sont séparés des corps vivants par un hiatus immense; qu'on peut les établir en série, soit d'après l'ancienneté de leur origine, soit d'après l'état de leur structure, de plus en plus éloignée de celle des corps vivants.
6« En biologie. Il dit quelque part que c'est à lui qu'est dû ce nom. Il n'a jamais parlé de la forme des corps orgnanisés, ni de son étiologie , rarement des limites du développement; s'il l'avait fait, il lui eut été difficile de soutenir sa thèse de l'origine des corps organisés.
Il a établi la distinction des nerfs rentrants sensorraux, et sortants locomoteurs du système nerveux central.
Il a admis faussement que tous les phénomènes
biologiques, depuis le plus simple , Tabsorptibâ , jusqu'au plus élevé, la pensée, sont le résultat de Torganisation ; que la vie consiste dans une suite de mouvements déterminés par une cause existante dans des corps disposés à cet effet.
7® En phjtologie. Il pense que les végétaux sont des corps vivants, non irritables; qu'ils peuvent être simples ou composés; qu'ils ne forment pas, avec l'autre branche des corps vivants, une série simple, mais une branche partant du même point, d'une masse inorganique, susceptible de s'organiser; qu'ils forment une série entre eux.
^^En zoologie. Il a montré que les animaux diffèrentdes végétaux par l'irritabilité; que la science ne doit passe borner à la classification, à la distinction des êtres, mais qu'elle doit étudier les rapports des organes et des facultés. — Il a transporté la biologie en zooclassie , c'est-à-dire que la grande importance de la première lui a dissimulé la nature et l'importance de la seconde. Mais c'est lui qui a eu, le premier, l'idée que la distribution méthodique des animaux devait calquer, représenter la série croissante et décroissante de leur orçanisation et de leur faculté, et que cette série était démontrable par l'organisation aussi bien que par ses actes : deux innovations importantes, qui constituaient le besoin de la science à son époque.
IL Science générale ou philosophie. Il s'est élevé plus qu'aucun philosophe naturaliste, à une conception étendue de l'ensemble des connaissances humaines, par la seule considération approfondie de la nature, c'est-à-dire, la partie objective, mais sans atteindre à une conception générale , non pas en négligeant tout à fait les sciences préliminaires j mais
bien le terme de la science et son but , Dieu et le devoir ; car il n'a pu atteindre à la connaissance de rhomme dans ses devoirs et ses rapports avec les êtres créés, avec lui-même, et surtout avec ses semblables et avec Dieu.
Eu effet j il a poussé à l'extrême la conception moléculaire ou atomistique d'Épicure, c'est-à-dire, la production de tout corps inorganique, comme de tout corps vivant par les seules forces de la nature, agissant sur la matière d'une manière nécessaire et aveugle, et, par conséquent, détruisant toute liberté, toute intelligence et toute obligation, comme tout devoir; bien que , sur la fin de sa vie, il ait admis un Dieu , créateur de la matière et de la nature. Mais son Dieu est bien voisin de celui d'Épicure; car, une fois la matière et la nature créées , il abandonne tout à l'aveugle nécessité , sans plus s'en occuper , et la providence est détruite. La seule différence entre lui et Épicure, c'est que ce n'est pas seulement par la forme des atomes, mais encore par leur composition chimique , que les combinaisons des composés se sont opérées.
Aussi le terme de la science, Dieu , et son but, le devoir, n'ont jamais été compris dans la conception de la science par Lamarck.
Cependant il a rempli, d'une manière remarquable et nécessaire, un des besoins de la philosophie :
1^ Par la démonshalion h priori et à posteriori àt l'ordre de la création des êlres ;
a^ Par la possibilité de lire cet ordre , et de le traduire par la méthode;
3<» Enfin ilaprouvé, parl'absurde, que cet ordre ne peut être que la conception et l'exéculion d'une intelligence souveraine et infinie, puisque rétiologie matérialiste qu'il
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en donne , est insoutenable et se détruit d'elle-ménie. Le même résultat va être obtenu par la conception panthéiste.
Pour apprécier , d'une manière convenable , Teffort produit par Lamarck , il faut substituer les termes de méditation à imagination^ de prévision à prédiction^ de système à hypothèse , de conviction à entêtement, et l'on pourra avoir une idée plus juste de sa direction, de l'intensité de son effort et de son importance sur les progrès de la science pendant la longue durée de sa vie, et sur ses progrès futui^s.
De Lamarck a eu la gloire, comme tous les homm^ de sa force, de ne jamais s'être aidé, ni fait aider par aucun collaborateur, ce qui arrive, au contraire , fré* quemment à Téclectisme.
On ne peut nier, cependant , qu'il ne se soit succès* sivement lui-même influencé par les ouvrages deBichat, de Cabanis, par ceu\ de G. Cuvier, son émule et son contemporain , mais qui n'a fait que l'introduire dans une voie erronée, et contradictoire avec ses principes eux-mêmes.
11 a toujours cherché à disposer les êtres organisés dans l'ordre sériai de leur dégradation ou de leur gra* dation dans l'organisation.
Malheureusement, le principe qui le guidait n'était pas toujours convenable, et les raisons qu'il donne à l'appui de l'ordre qu'il croyait tel et qu'il établissait, étaient plutôt tirées de cet ordre lui-même d'après d'autres considérations, en sorte qu'il tournait souvent dans un cercle vicieux.
Il n'a pas été, et n'a jamais pu être plagiaire. C'était un esprit éminemment méditatif, cherchant toujours à s'appuyer sur l'observation autoptique, mais n'y pou-
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y^BÊ, pas toujours réussir : tant ses coooeplions à pnori étaienl fortes , et empêchaient l'observation d'étir« com-* plète.
' C'était aussi un homme de conviction^ qui devait d'autant plus tenir à ses opinions scientifique^, qu'il avait mis plus de temps à les acquérir^ et qu'il croyait avoir pris plus de précautions pour ne pas tomber dans Terreur, aussi le germe de toutes les idées qu'il i^ développées plus tard, se trouve-t-il dans ses preniiers écrits. Dès ses premiers ouvrages, sa conception s'élève assez haut pour essayer de comprendre, sous Le même titre de physique , les questions de physique , de diimie générale, de météorologie, de géologie et de biologie végétale et animale.
Il est avec Bu (Ton , dont il est laconséquono^^ le. %^ naturaliste qui ait osé essayer de comprendre Vum^ers ou rensemUe des êtres dans un système général d'explication , et par là de clore le cercle des coDoaîaaaaces humaines , sans Dieu , sans l'homme social , moral et rdigieux , ce qui l'a conduit à l'absurde , à la contradiction du cercle vicieux , et à la démonstration que le matérialisme épicuréiste est impuissant à constituer la science.