‹ Histoire des sciences de l'organisation et de leurs progrès, comme base de la philosophieChapitre 41 sur 61 · SECTION VIII. — OKEN · texte numérisé non relu

SECTION VIII. — OKEN

Nous venons de voir le pas que la philosophie avait

dû faire pour atteindre son but : la démonstration de

la nature réelle de l'homme, et par conséquent de ses

devoirs, auxquels ses droits sont subordonnés. Ce pas

js^ été exécuté par Lamarck.

oKNr, 46y

Il Gongi&leeD ce que la philo^phieest pwsà» éiMte Uê mains d'un naturaliste pour lequel les circonstauces ou il a V(éott ont été telles , qu'il a pu pousser le système fitoroUtique jusqu'à ses derpièi^es limite» ^ oommt il l'avait été dans le paganisme par Épicure, ]>e cette eaia» gération même est sortie la preuve de la vérité par Tab- «urde^ allument tout géométrique.

Mais, eu même temps, l'ordre sériai des êtres créée a été démontré à priori, et quelquefois mêfne à p^ieriori^

Nous avons maintenant un autre besoin à remplir pour démonti*er cette série, c'est de voir si , tous le jrapr poH des formes, des oi*ganes, etc., on peut arriver e en donner la preuve , ou bien s'il n'y a dans l'univers qu'uii seul être renfermant tout en lui<-raéme, et dont les différents êtres ne sont que le développement t ou lies parties de ce grand tout. Il faut voir si en preMnt, fiar exemple, le premier mamtiîifère^ noua y trou verrons tout ce qu'il y a dans la série des apiniaux qui ini sont inférieurs, et i*éciproquem«nt. Telle est la thèse dtv panthéisme.

Il s'agit donc de juger si l'être considéré dans son développement va prendre la forme rayonnée, pui^ la forme paire dans un mollusque, un articulé ^ jet ainai successivement la forme de tous les anîmauj^ jusqu'à son entier développement. Lamarck avait accepté cette thèse sans la discuter.

Afin de bien saisir comment ce nouveau poiut e été introduit , et comment , par lui et malgré lui, la «cience est arrivée à son état adulte intellecluel, pour aii^ dire, il nous faut jeter un nouveau coup d'oeil sur f^ que nous appelons et sur ce que d'autres ont dit être k philosophie.

Peu d'hommes l'ont réellement comprise dans son

ensemble, dans sa nature, dans son étendue et dans son but.

Pour Aristote , la philosophie était Tensemble des connaissances humaines, mais en s'arrétant à Thomme, sans s'élever jusqu'à Dieu.

La scolastique avait pour idée dominante que Dieu , à titre de créateur du monde, est la raison dernière de toute obligation et de toute loi, en vertu des motifs subjectifs et objectifs de sa volonté.

Descartes, dans le projet de son grand ouvrage De mundOf avait très-bien senti que le moyen le plus assuré pour savoir comment nous devons vivre, est de con* nattre auparavant quels nous sommes, quel est le monde dans lequel nous vivons, et quel est le créateur de cet uniiPers où nous habitons.

Mais ce qui a empêché, pour un grand nombre, la conception de la philosophie, c'est que les uns Tont bornée à la partie théorique ou spéculative , tandis que les autres Tont réduite à la pratique. Ni les uns dI les autres ne se sont aperçus que la philosophie est l'ensemble des connaissances, en tant qu'appartenant à l'homme comme être social et susceptible de moralité*

Les uns l'ont prise du point de vue divin ; les autres, du point de vue de l'homme, et d'autres, enfin, de celui de la nature.

Ceux qui ne l'ont considérée que dans l'homme, comme Socrale, n'ont envisagé que la morale, donl ils ont exposé les règles d'une manière plus ou moins complète.

Ceux qui ne l'ont considérée que dans la nature, comme Lamarck etOken, n'ont jamais pu s'élever jusqu'à la moralité de l'homme; ils sont demeurés dans

OEEN. 4^

les lois de la matière, plus ou moins faussement saisies » comprises et exposées.

Ceux enfin qui n'ont pris la philosophie que dans la partie thëologique, bien que dans le vrai par la foi dans une autot*ilé divine, n'ont pourtant pu lier leur conception avec le monde par la démonstration.

Albert le Grand et son école avaient saisi la vraie conception ; mais lorsque leur direction a été abandonnée par la scission de la science et de la foi, nous avonf TU ce qui en est résulté, le développement énorme dans l'observation des faits , et l'absence nécessaire de principes et de systématisation logique.

A l'époque où nous sommes arrivés, il était donc besoin de reprendre la philosophie dans sa totalité, dans son ensemble. Le but, l'importance de la science pour l'homme, c'est de se connaître soi-même, de connaître ses devoirs , et parvenir ainsi au bonheur , qui n'est que le sentiment de l'emploi harmonique et convenable de ses facultés physiques, intellectuelles et morales ou religieuses.

Or l'homme qui veut atteindre au but, au terme, c'est-àdireàla'connaissancede soi-mémeet de ses devoirs, autrement queparlesenttment qui est inné en lui, et qui l'y porte parla foi à une révélation divine; l'homme qui veut arriver à cette connaissance par la démonstration ou à posie- Hori^ n'y peut parvenir que par la science complète, constituant la philosophie ou la sagesse , qui le ramènera nécessairement à la foi, sans laquelle il n'y a ni connaissance terminée, ni devoirs remplis, ni par conséquent de bonheur possible. La science , en effet , c'est la sagesse, la connaissance, scire, sapientia; mais, dans cette connaissance, il n'est pas question des droits, le philosophisme seul les met en avant; et toute philosophie

(1,^0 CONTEMlK^ltAlNS.

qui lie {JttHé que de) A*oits eM Taussie, pàree qu'elle en néglige la source. La vraie philosophie pose les devoirs en principe, et en d^oit les droits.

La ôoneeption de la science , ainsi entisâ^ ^ e^ donc tfff htmitï pour Tesprit humain. Or y elle ne peut avoir lieu que dans un ordre qui, embrassâM toutes les oon* niimancesy les fksse se déduire les unes des autres, pMir conduire Fesprit, par une sorte de syllogiême, ii «tie conelusion rigoureusement légitime.

L Et d'abord se présentent les sciences instnmieii* tëles , à l'aide desquelles seules la nature , rbôtnme et Dieu sont étudiée convenablement. Ces trois graods sujets ne peuvent être connus individuellement et en eut^méitaes, sans l'être l'un par l'autre, l'homme par la HËture, et Dieu par Thomme et la nature. La sckîioe a été donnée à l'homme pour arriver à ce terme , fton pas à éôn ttmi individuel, mais, si l'on peut ainsi dire, à sttti moi sœial. Dès lors, pour y pat^enir, il Iill ftltit des instruments, ce sont les sciences préliminaires, Vorganon des anciens commentateurs d'Arîstote, la grammaire, la logique, d'où découlent la méthode et la nomenclature, la dialectique , les mathématiques , l'art graphique, qui peut être naturel, hiéroglyphique ou conventionnel, la rhétorique. Aussi, en instruction publique, malgré toutes les perturbations politiques, on a toujours commencé par ces sciences. Mais, à l'époque où nous sommes arrivés , il y a un perfectionnement qui n'était pas dans Aristote; c'est le ctftia'smê, l'art de conduire la raison , mieux encore , l'art de connaître , envisagé comme différant de la science. Kant est l'auteur de ce dernier progrès dans la logique, comme nous avons vu que la graphique avait tecu des développements de Cotidillac , dont la tetidailtè a d'âi!-

OKElf. 4? à

leurs iiitroduit tant de choses malheureuses. l'uis nous avons ?u les mathématiques , poussées à l'excès , predo* miner, à Texlusion des autres sciences instrumentales i et même devenir les plus rebelles à la théologie, parce que les mathématiciens s'imaginèrent créer les lois dit monde , tandis qu'il ne faisaient que les apercevoir.

II. Les sciences qui i^ultent de l'application de riiis« trament intellectuel à la connaissance de l'ensemble) des êtres créés ou de la nature et des lois qui lès téff^^ sent , sont les sciences naturelles ; à leur tête vient Im métaphysique, qui traite des questions générales de teYnps, d'espace et de corps matériels; viennent ensuite la cosmologie , la physique, la chimie, la minéralogie, la biologie, et pour terminer, la zoologie et l'anthropo* logie , qui embrasse le moi individuel et le moi social. Voilà maintenant que ces diverses bt*anches vont l'éagir les unes sur les auti*es en déterminant le pro* grès. C'est ainsi que Fournier, ayant aiguisé l'instru* ment analytique, Gauchy l'appliquera à Toptique ; c'esii de même encore que Condiliac nous a montré le lad* gage réagissant sur la pensée.

111. Enfin , arrivés au terme des sciences naturelles^, à l'étude de notre moi individuel et social , nous allons en voir sortir les sciences qui résultent de l'application de l'instrument intellectuel à cette étude, la philoso* phie pratique. Nous sentons bien en effet que nous sommes au-dessus du poisson , et même ^du mammifère le plus élevé ; mais le sentiment ne sufBt pas à la raison rebelle et pervertie, la foi encore moins ^ puisqu'on là rejette sans vouloir même examiner ses fondements. Il faut donc y arriver par comparaison. Suis-jeplus quHln ' ^nge? Y a-t-il en moi quelque chose de divin , comme lè^KsâfieM Ari^ole , Galien , etc. ?

Voilà donc l'iionime arrivé à étudier son moi social dans ses rappoKs avec les autres êtres créés, avec sa famille: — le droit naturel ; avec sa nation et les autres : — la politique ; avec soi ou sa conscience: — Félhique; avec Dieu, la religion ; d'où il lui est aisé de déduire ses devoirs, comme des prémisses d'uu syllogisme on déduit rigoureusement une conséquence , et par suite revenir logiquement à la soumission à la foi, afin d'atteindre par là la paix, le repos et le bonheur, ou le bon et le beau, en devenant plus parfait.

Nous comprendrons maintenant comment TefîTort de Lamarck n'avait pu être fait que par un naturaliste, qui s'est trouvé placé dans les circonstances les plus favorables, s'occupant des végétaux et des animaux inférieurs, à une époque où la société , dans une crise convulsive, avait pu pousser, nous ne pouvons pas dire le matérialisme, mais sa conséquence, l'absurdité et la déraison , au point de représenter les idées morales par des êtres déshonorés, parla prostitution divinisée; au point encore de niéconnaiUe Fempire de la vertu, puisque Tadmirahle conception chrétienne, qui offre p<j)ur modèles et pour appuis des saints, des hommes dont l'exemple encourage et anime, fut enlevée , pour offrir, à la place de ces héros de l'humanité , des choux et des carottes ! ! !

Il fallait à une telle époque , pour réveiller une société mourante et désorganisée, un homme comme Lamarck, qui, libre de loul, excepté de sa conviction, pût faire remonter la philosophie de l'ahime de l'absurdité au point où elle était sous Épicure, afin que delà la raison humaine pût s'élever plus liaut.

Dès lors la vérité révélée d'une création par une puissance infiniment intelligente, devait être remplacée par

le système alomistique, dans lequel la nature produi* sait tous les êtres , tous les actes pa^* ses propres forces. Mais, en même temps, la force aveugle du hasard était rejetêe; l'ordre sériai était démontré, la coïncidence de cet ordre avec nos preuves logiques pour arriver à sa conception , était reconnue; tes causes finales mêmes étaient démontrées, ou mieux les rapports entre l'organisation et les circonstances où elle doit agir, seulesment, avec la thèse que ce sont celles-ci qui déterminent le développement de celle-là , c'est-à-dire la thèse des causes finales renversée.

Mais les choses ne pouvaient pas en rester là; elles ont dû logiquement remonter au panthéisme où il y a une conception , en a'pparence plus forte et plus élevée. Les besoins du progrès sont ici d'atteindre le même but que dans l'épicuréisme , également par la démonstration de l'absurde ou de l'impossible, sous la direction philosophique de ce panthéisme, ou du monde considéré comme un tout, un être vivant , immortel, éternel, dont les parties représentent le tout ; et ainsi du matérialisme et du panthéisme nous verrons les sciences forcées de revenir à la théologie. ' Liamarck avait démontré la série animale par les consir dérations biologiqnes, plus encore que par celles de Torganisation ; c'était le penchant déterminé par les besoins , nés eux-mêmes des circonstances , qui avait amené les changements d'organisation, les espèces animales , et par suite la série des animaux.

11 fallait que la thèse put être soutenue pour la métamorphose des organes, afin que tout Torganisme fût embrassé. C'est le pas que la science doit à Oken; il y a été conduit par la philosophie de la nature , due à Schelliog. Aussi y pour comprendre ce nouvel efTorti

devom^nous jeter un èoup d'œil Èvtt le syM^me du oaturisme en Allemagne.

Le besoin de la philosophie sépare de la foi , était done de reprendre la science dans sa totalité , afin de revenir au point nécessaire pour retrouver une relation entre les principes et les devoirs. A fa suite des ravages de la réforme 9 dont les conséquences brisèrent tous les liens entre la science humaine et la théologie, le premier efTort, après les dogmatistes Leibnitz et Woîf , est celui de Kant. Il a constitué une sorte de science, ayant pour but de vérifier rigoureusement: 1^ la possibilité des cùnnaissances; !i* leur foitdemêtU; y^ leur usage j avec la prétention de concilier Vaposté- Horisme, Yapriorisme y et le scepticisme.

Il commence par voir ce que c'est que la sagesse ou la science, et il la distingue de la connaissante. I^ sa* gesse est le but le plus élevé de la raison.

La raison doit être distinguée en raison théorétique et raison pratique.

La raison théorétique ne peut que faire servir nos idées à régulariser nos connaissances ; elle est fondée sur la notion de la nature.

La raison pratique est chargée de déterminer notre libre arbitre conformément aux idées de devoir et de droit. Elle est fondée sur la liberté.

Nos connaissances doivent être distinguées en connaissances réelles et en connaissances empiriques ( n posteriori ).

Ces deux classes de connaissances forment deux sphères tout à fait distinctes, mais entre lesquelles intervient la faculté déjuger.

Suivant Spix, Kant, distinguant le noumène (^noumemm , momie réel des choses en ettes-cnéMies ) du phé-

cfKmm. if^

Dômène^ m sealement contemple cehiMi éowme ôbjtl? de la connaissance humaine.

Les séances de la prenitère catëgorie ont poor etràCK tère kl nëcessitë et Funiv^rsaUtë. Elles odinpreiineM li philosophie et ks mathématiques^ Elles sont eUéè^ mêmes de deujt sortes ^ synthëtiqiits et analytiques.

Lies connaissances synthétiques à priori eonstituént la forme de la connaissance. Elles ne peuvent être foA^ d^ que sur les lois de l'individu » et sur hi eoiinflift^ sance qu'il a de l'harmonie de ses facultés*

La Acuité de connaître théorétique ^ spéculative ^ consiste dans la sensibilité (réceptivité) et l'entende^ ment ( spontanéité).

La sensibilité a deux sortes d'éléments, les uns m«^ tériels ^ ka autres formels.

Les éléments matériels sont les sensations; les éléments formels sont l'espace et le temps ^ qui ne smit qu'en nous à priori, ^

L'entendement recueille les matériaux fournis par la sensibilité^ pour en former des notions , des jugements* — Les lois en vertu desquelles il opéré sont les quatre catégories.

Les formes de la sensibilité et de l'entendement sont tout ce qui détermine la connaissancci en s'appliquanr à la matière fournie par l'expérience.

Notre connaissance en fiiit d'objets réels se réduit à l'expérience. Toutefois nous ne connaîssona aucune cAiose en soi , mais seulement des phénomènes <fe IW prit humain ■. Une connaissance réelle en vertu dMéee^ ii*est paft possible, les idées n'ayant pas de ferme corrês>^ pondant pour nous dans le domaine de rexpériencev

Il est donc impossible à la raison théorétique de dé-

* tféM U llâsè dé ndéalistàe transc^denUf .

montrer la réalité ou Texistence des objets supraseilsiblés ou métaphysiques, non plus que les idées de rexîstence de Dieu , de rimmortalité de Tâme , de la liberté. Ces choses transcendentales sont placées en dehors des limites de Texpérience et de la connaissance humaine y et sont seulement des objets de la foi.

Il afBrme que la matière des représentations et des conceptions nous est fournie par Fimpression des objets extérieurs , et| par conséquent, toutes les représentations, quant à cela, sont empiriques {à pos/eriori). Mais que les formes de toutes les représentations et des concepiions { espace y temps j catégories) sont in* nées dans notre âme, el s'ajoutent, à son dire^ à la matière puisée extérieurement pour pi*oduire la représentation. Sous ce rapport, toutes les représentations et conceptions sont indépendantes de l'empirisme, et sont à priori; et tous nos jugements, formés par Tun ou l'autre mode, sont synthétiques.

Donc toutes les fonctions de Tàme, sorties de la perception par les sens, remontent vers elle par la conception, le jugement, le raisonnement, la volonté et la foi '; de telle sorte que Kant a pensé que tout dépend des formes de la sensibilité et de l'intelligence. Il pose ainsi une conception plus idéale de la composition, de la structure intime de la matière, en établissant que toute matière n'est diverse que par le degré de la force expansive et contractive.

Tel est le rapide exposé de la raison tliéorétique qui conduit directement à ridéalisme, puisqu'il n'y a de réalité possible que d^ns les formes de la sensibilité et de l'intelligence.

^ Jd iiiam conceptaSf Judiciif ratiocinii^ volontatis ac Jîdei joscendert.

La raison pratique est autonome^ ; mais elle demande la liberté (libre arbitre) comme condition nécessaire. Elle se compose de connaissances pmtiques , lesquelles déterminent pour nous , non ce qui est^ mais ce qui doit être. La loi morale s'élève au-dessus du libre ar« bitre. Cest à la raison pratique que les idées de libre arbitre I d'immortalité, de Dieu, etc., doivent leur certitude ; c'est une croyance , une foi attachée à la raison pratique.

Le souverain bien étant le but total de l'homme raisonnable, il s'ensuit l'harmonie de la nature sensible, de la nature rationnelle de l'homme, c'est-à-dire, l'accord de la raison théorétique et pratique.

La loi morale se distingue de la loi judaïque en ce qu'elle règle les actes intérieurs, tandis que celle-ci ne règle que les extérieurs.

La moralité n'est pas le bonheur; mais elle rend digne d'être heureux.

Le propre de Kant est donc la distinction de la connaissance et de la science. 11 n'a fait entrer dans son système que l'histoire naturelle de l'homme; il passe sous silence l'étude des corps naturels; c'est pouit|Uoi Fichte et Schelling lui ont reproché qu'il n'y avait pas de lien dans son système. '

Cependant Kant a créé une sorte de science , à l'aide de laquelle on jugerait les connaissances humaines ; de là, la raison théorétique et la raison pratique, entre lesquelles s'interpose le jugement.

Sa division des sciences est toujours : i*^ aiguiser ou connaître l'instrument ; a^ l'appliquer à la connaissanœ de la nature; 3<> enfin, en déduire les devoirs. — - Les

* Sa propre loi.

47^ CONTBVMUAIlfS.

ooMMÔMinees ijpnlliétHfiiM nepeavent étpe Smméées 4}ue wr kft (acuité de l'iuleiligence et sur k eonteienoe de leur barmooie. «^ La fiieull^ de connaitre , tliéoré* tique ipéeuialiTe , oonsitte dans la Beaaibjlité Doimnee réceptivité, et daoi l'eatendeinent, qai est la spontanâl^. Far là Kant rentre évidemment dans la théorie de Locke> et de Condillac, qui font tout sortir des sens. •— L'entendement recueille les éiéraents fournis pariet facultés'pour en former des notions et des jugen^entii par les lois qui sont les catégories, a peu près analogues à celles d'Aristote. — Ici Kant va sortir du positif. -« Les formes de la sensibilité et de Tentendement sont tout ce qui détermine la connaissance; toutefois ooas ne connaissons aucune cbose en sot, inats setileaaeDt jdes phénomènes. Là nous entrons dans f idéaKsine.

Mais arrivés à la* raison pratique, Kant noua oondfiit è la loi morale et au libre arbitre. Une fois quVm est entré dans ces deux parties de sa philosophie , «n y etf véritablement à l'aise ; mais le lien manque, et ii ne veut pas rétablir. En résahat, nous avons le perfectionnement de Fart de la connaissance distincte de la science et s'exerçant sur elle.

Voilà le point où Kant avait laissé la philosophie. Partant de cette doctrine que nous ne connaissons rien en soi, Fichte va établir le pur idéalisme, et nous conduire dans ce qu'il appelle la philosophie trapscendentale.

Fichte. Théorie ou doctrine de la science. Pichte a poussé le système de Kant comme Spiuosa celoi de Descartes.

Pour lui , la science est un système de connaissances déterminées par un principe supérieur j lequel exprime la valeur et la forme de notre savoir.

oEEX. 479

1^ doctrine de la science doit donc avoir un prin» cipe qui ne relève d'aucune autre science. Pour nous, ce principe est Dieu ; mais , pour lui y c'est le moi humain.

La doctrine de la science est la philosophie.

Elle comprend les modes d'actions auxquels l'esprit humain se conforme nécessairement; elle forme un tout achevé et complet; elle a pour objet les actes de l'esprit humain. — Par là Fichte nous ramène à Kant

Dans tout jugement, il y a acte propi*e du moi, et acte volonlaire.

Dans toute sensation , il y a également acte du moi, mais acte involontaire.

Ije moi est donc à la fois l'agent et le produit de l'acte. Le moi se pose comme sujet, en même tenaps qu'il s'aperçoit comme objet.

Le sujet, c'est le moi pensant, ego, — subjectus cuiimd prœdiius.

L'objet , c'est tout ce qui n'est pas moi , le monde extérieur en général, et chacune des parties qui le ciHistitiient en particulier.

Dans le sujet pourvu d'une âme {ego)j il discerne le monde triple (mandas triplex), savoir : i* l'objet , c'est** à-dire l'état passif et limité ; a^ le sujet ^ssant en limitant et libre; Z^ l'action elle-même, procréant d'ellemême l'objet et le sujet, et illimitée , libre et absolue; contemplant tout ce qui est matériel et objectif, comme le degré inférieur de l'âme agissante; duquel, en percevant, en sentatit, en jugeant, en comprenant enfin et en voulant , sort peu à peu la conscience de soi , de son être intelligent.

D'où il déduit ces trois principes : i* moi est moi; a® mpi n'est pas non moi ; 3"" le moi est donc la réalité

4Bo COKTEirPOlllIIfS.

unique, et la nature est une non réalité sam Ame et sans vie, se produisant uniquement comme limite, ou comme n^ation opposée à l'activité du moi.

Sans objet , point de sujet; le moi est tout à la fois sujet et objet.

Tout se déduit du moi, ^n admellant (|ue le subjectif produit l'objectir, sans que celui-ci produise celui-tà. Ainsi, ni la conscience, ni les objets, ni Ui niatièrede la connaissance, ni ses formes, ne sont présupposées comme données, mais sont produites par un acte du moi , et recueillies par i'éfles.ioa.

La conscience elle-même, avec tous ses phénoroèna, est un acte primitif du sujet. Le non moi, en s'opposant comme limitation au moi , produit tous les objets, unsi que l'espace.

En résumé donc, tout est en soi , c'est-ii-diiâ, le moi est essentiellement l'être absolu et indépendant, tellement qu'il n*y a plus besoin de corps : dès lors le min est à la fois sujet et objet. Cest de la conlemplalion du subjectif que sort l'objectif, lien résulte que TexisteDCC absolue de Dieu , comme réalité unique, indépendante, n'existe qu'en nous ; nous en avons la conscience, et de là résulte le monde. L'idéalisme est donc tout pour lui ; il n'y a plus de réalité : ce n'est c|ue sur des im^n que notre esprit travaille.

Cependant il fait sortir le devoir, comme à l'ordi* nalre, de la nature de l'être. Il n'admet point de droit positif; sans la société, il n'y aurait pas de droit, tout droit se rapportant à la communauté , et n'ayant d'eiislence que par elle.

ScBELLiNG. Système de l'itlenfité absolue. Schelling va tenter d'établir la réunion de tout ce qui se trouve dans Kant et dans Fichte pour arriver jusqu'à INea:

c'est une combinaison de Platon et deSpinosa. Son idée était de donner une forme générale à la philosophie, parce qu'il prétend atteindre à la connaissance de Fabsolu et à rintelligence des lois qui constituent l'ordre entier des choses finies. Son but a été d'introduire dans la science une construction idéale de l'univers, rapporté non pas à ce qu'il peut nous paraître, mais à ce qu'il est en soi.

Cette philosophie efTace la distinction des notions empiriques et des notions rationnelles, et embrasse le cercle entier des connaissances spéculatives. Elle rallie à une seule idée tous les êtres de la nature. Elle identifie Dieu avec la nature, et tombe nécessairement dans le panthéisme.

La science doit reposer sur ce qui sait et sur ce qui est su. Ce qui sait est sans doute subjectif, et ce qui est su objectif, c'est-à-dire, le moi et la natui*e.

Plotin, philosophe d'Alexandrie, avait dit : Tout ce qui existe est en vertu de l'unité, est un, et a en soi l'unité. La pluralité, l'être divisible et la vie se développent par voie de séparation du sein de l'unité, comme du point central du cercle.

Schelling , s'attachant surtout au point de vue réel ou philosophique de la nature, a pu dire : 1m science est une image de tunis^ers , en tant qu'elle déduit les idées des choses de la pensée fondamentale de l'absolu , d'après les principes de l'identité dans la triplicité, et en tant que, dans cette construction, elle reproduit la marche de la nature, c'est-à-dire, la succession des formes que celle-ci revêt tour à tour.

La science philosophique peut être considérée comme formée de deux parties opposées et parallèles, se faisant concevoir l'une par l'autre :

T. III. 3i

482 COIfTKMPORAINS.

La philosophie de la nature^ et la philosophie transcendanlale.

La première, parlant du moi, en déduit l'objectif, le divers , le nécessaire , la nature.

La deuxième, partant de la nature, en déduit le moi, ce qui est libre , ce qui est un et simple.

Ces deux parties ont Tune et l'autre pour principe commun , que les lois de la nature doivent se i*etrouver immédiatement au dedans de nous, comme lois de la conscience; et réciproquement, les lois de la conscience doivent pouvoir se constater par le monde extérieur, oii elles se retrouvent comme lois de la nature.

Toutes deux aussi ont pour tendance commune de faire concevoir, les unes par les autres, les forces de la nature et celles de lame, en les expliquant comme identiques.

Ainsi, contre Fichte,, il admet l'existence d'objets réels; et partant de la nature» il en déduit le moi humain , comme du moi.il déduit la nature. Il arrive ensuite à donner des définilions des diverses parties de la science : c'est ainsi f|ue le beau est l'infini représenté dans le fini; Tait, représentation des idées, est une révélation de Dieu dans l'esprit humain. — La moralité est la tendance de 1 ame à s'unir avec le centre, avec Dieu; elle est le bonheur pur, et constitue la vertu elle- même. Sa première base est la croyance en Dieu ; car de l'existence de Dieu suit immédiatement l'existence d'un monde moral.

Mais, pour concevoir comment du multiple peut sortir l'unité et de l'unité le multiple, réunissant en soi le caractère de l'unité et de la multiplicité, voici, dans le tableau suivant, comment il systématise sa doctrine :

ouir. 483

L L'absolu I le tout danë M forme primitive , Dieu 68 manifeste dans

IL La. nature, l'absolu dans sa fbrme secondaire, il s'y produit dans deux ordres de relatifs, savoir t

LE RÉEL LTDÉAL

sous les puissances

Pesanteur matière.

Lumière moupement.

Organisme f^ie. .

yériié. . » science^

Bonté religion

Beauté art.

Âu-dessuS| et comme formes réfléchies de l'univers , se placent :

IIL V homme ( le microcosme ) CÉtat.

Le système du monde (l'univers entier). . Vhisloil^e.

L'Étal ou l'ordre social n'est autre chose que la vie commune réglée conformément au type divin par rapport à la morale, à la religion , à la science et à Fart.

L'histoire, dans sa totalité, est une révélation qui se développe sans cesse progressivement.

Schelling distingue Dieu ou l'absolu dans toute la pureté de cette idée, de Dieu existant, se révélant à l'état de personnalité, Deus implicitus ^ explicitas. — Le principe de l'homme est la personnalité composée d'intelligence et de volonté.

Le système de Schelling est évidemment le panthéisme deSpinosa, et il a été copié par un philosophe français qui distingue aussi nettement que Schelling , Dieu ou l'être absolu , de Dieu existant se révélant à l'état de personnalité.

Goethe. Jusqu'ici » malgré les exagérations de l'idéalisme et du panthéisme théorique, tous ces hommes

avaient pleinement accepté cette haute partie de la philosophie qui constitue le devoir et la religion; mais il fallait bien que tôt ou tard la conséquence rigoureuse de leurs principes fût déduite ; ce sera là Tœuvre de Gœthe, le Voltaire de TAUemagne, qui, avec son esprit satanique , sa vanité oi^ueilleuse, va saper de front toute morale et toute idée grande. Ce sera lui aussi qui nous marquera le passage de la philosophie de la nature à son application aux corps naturels, et qui, par conséquent, nous conduira à Oken, ou aux derniers résultats de la thèse panthéiste.

Gœthe a plutôt été poète et artiste que naturaliste, bien qu'il ait réclamé , avec une vanité puérile , ce titre pendant une grande partie de sa vie; néanmoins ks idées de Gœthe font un passage nécessaire à la conception de la doctrie d'Oken. En effet, Kant avait perfectionné Tart delà connaissance; Fichte avait exagéré la conception de l'image , et enfin Schelling a séparé ces deux parties, les a mises en évidence, et en a posé le lien. De leur doclrine va sortir comme conséquence, (|ue la partie représente le tout , et que la série des êtres peut être représentée par un seul être, comme essavera de le démontrer Oken; mais il ne serait jamais arrivé là, sans l'intermédiaire de Gœthe, par la théorie de la métamorphose. Dans cette théorie , ce sera la lumière qui déterminera une molécule à devenir un végétai, et l'obscurité, au contraire, en fera un animal. C'est pourtant à notre Buffon qu'il faut remonter pour avoir ridée-germe du système de Gœthe. C'est là que Gœlhe Ta prise. Après avoir reproché à Buffon d'avoir cédéà Tesprit du vulgaire , il ajoute ' : « Mais son esprit avait

' OEuvres d'histoire nat, de Gœthe ^ Iraduct. de Martins, p. i6i.

OREN. 4^5

été plus loin ; car il dit, vol. IV, pag. 379 : « Il existe « un type primitif et universel , et dont on peut suivre «très -loin les diverses transformations.» En parlant ainsi , il énonçait la maxime fondamentale de l'histoire naturelle comparée. » C'est cette thèse que Goethe va soutenir, et il va l'envisager en artiste. Les arts doivent nécessairement toujours commencer par l'extérieur : c'est ainsi que Camper l'avait fait pour son angle facial; or il était artiste. Toutes ces idées doivent en effet germer dans la tête d'un peuple essentiellement métaphysicien , et qui possède le génie des arts. Gœthe a jeté ses idées dans divers mémoires; et quoiqu'il ait commencé de très-bonne heure, sa théorie de la métamorphose des plantes n'a pourtant été bien conçue et bien exposée que par M. de Saint-Hilaire dans sa Morphologie. Ce qu'il y a de remarquable , c'est que ce fut sous le ciel de l'Italie que ces idées germèrent en son esprit. Elles appartenaient à Wolf, Prussien exilé, qui les avait déjà exposées.

C'est la méditation à priori^ plutôt que l'expérience et l'observation, qui a conduit Gœthe à sa théorie. <c C'est le temps, dit-il, et non pas les hommes, qui fait les plus belles découvertes. » Et puis , l* Intelligence est supérieure à rexpérience ; au point qu'il soutient qu'une expérience, et même plusieurs expériences mises en rapport , ne prouvent absolument rien ; qu'il est infiniment dangereux de vouloir confirmer par l'observation immédiate une proposition quelconque. Aussi dit-il que l'homme se complaît dans la représentation d'une chose plus que dans la chose même.

a II est dangereux, dit-il encore, de faire, d'une expérience, la démonstration immédiate d'une hypothèse; mais on peut bien en faire un usage médiat. »

Il y a du reste de la sagesse et de la vérité dao$ ces axiomes de Gœthe; car, comme il le ditf la diaproportion de notre intelligence avec la nature des choses avertit que nul homme n'a la capacité d'en finir avec iin sujet quel qu'il soit.

Mais f ce embrasser daps les corps organisés renseoir ble de leurs parties extérieures, qui sont visibles, tangibles, pour en déduire leur structure intérieure, et dominer ainsi le tout par l'intuition, est la tendance scientifique la plus convenable, en harmonie avec l'instinct. » C'est là la thèse de M. de Blainville.

Yoilà comment Gœthe a été conduit directement à la morphologie. Camper en avait fait également c|ai)s son angle facial.

Gœthe distingue la morphologie en statique, qu'il a peu étudiée, et qui est pourtant la base d^ notre connaissance, et en morphologie mobile et vari^^ile, qu'il a suivie dans le cours du développement de la niante. Ce qui le conduisait là, c'était cette idée, que « la nature, tenant de Dieu et de l'homme, tend sans cesse à s'affranchir des lois qu'elle s'est elle-même posées, et qu'elle observe cependant dans ses moindres productions, comme dans les plus grands phénomènes. »

Une chose remarquable et qui va nous donner une des causes de la direction de Gœthe, c'est qu'il y a presque toujours dualisme dans l'action d'un grand homme. Il faut une opposition pour faire jaillir la lumière : c'est ainsi que nous avons vu Cuvier opposé à Laniarck ; Gœthe se trouva en opposition avec Schiller: le contact de ces deux esprits leur permit un échange de principes, et leur frottement fit jaillir de nouvelles idées. Gœthe avait toujours eu du goût pour les sciences patu-

relies. Un jour qu'il invitait ^Scliiller à étudier la nature, celui-ci lui répondit que cela méthode fragmentaire et morcelée suivie dans l'étude de la nature , ne lui paraissait pas convenable pour attirer les philosophes à cette étude. » Gœthe ayant aisément conçu qu'il y avait une autre méthode consistant , au contraire ^ à procéder du tout à la partie^ répondit à Schiller qu'il y avait une autre méthode, qui consistait à étudier le tout, et à descendre ensuite aux spécialités; qu'ainsi il pouvait lui donner le prototype de la plante et de ranimai; c'est-à-dire que Gœthe mit en usage la méthode synthétique, qu'il regarde, avec juste raison, comme un caractère essentiel du génie allemand. — Schiller accepta la discussion; mais il doutait que ces deux méthodes, analytique et synthétique, pussent marcher parallèlement. Aussi répondit-il à l'exposition que lui fit Gœthe de sa théorie des métamorphoses dans les plantes : « Tout ceci n'est pas de l'observation, mais une idée. » A quoi Gœthe répondit : « Une idée^ une conception doit servir de base à Yobservation. » Sans cesse il répétait qu'il fallait apprendre à voir a^ec ' les /eux de F esprit y sans lesquels on tâtonne dans les sciences naturelles^ comme dans les autres.

Il chercha donc , dans les végétaux et dans les animaux, un type non réel, quoique résultat de l'observation, qui fut une image abstraite et générale de toutes les parties et de toutes les différences qu'elles présentent dans ces deux règnes.

Pour lui , ridée seule d'un être vivant, existant par lui-même, séparé des autres, et doué d'une certaine spontanéité, emporte avec elle l'idée et une variété infinie dans une unité absolue.

Cette idée , qui peut avoir quelque apparence d'ap-

plication aux végétaux , ne lui a pas réussi pour les animaux.

Cest par là qu'il arrive à traiter de la métamorphose dans les plantes ^ c'est-à-dire , de la transformation des parties de la plante les unes dans les autres.

C'est encore à Linné qu'il faut remonter pour trouver le germe de cette conception. Il avait cru remarquer que la partie externe du calice correspondait à l'écorce, et les pétales à l'aubier, etc. Il avait appliqué cette manière de voir aux bourgeons des arbres , et lui avait donné le nom de prolepsis (anticipation ) , parce qu'il supposait que toute plante annuelle était destinée i vivre six ans, et qu'en fleurissant et fructifiant, elle anticipait sur le temps.

Gaspard-Frédéric Woir(i 764), dans une dissertation sur la génération , exposa cette métamorphose comme explicable par le mode de développement des organes végétaux. En effet , il montre q«je , depuis les cotylédons jusques et y compris les graines, ce ne sont que des feuilles modifiées. — Il attribue cette modification au décroissement de la force végétale.

Pour Gœtlie, la même chose se fera par des sucs plus élaborés. Les forces vitales d'une plante se manifestent, selon lui, de deux manières : par la végétation, en poussant une tige, des feuilles; par la reproduction, au moven de fleurs et de fruits.

Dans le premier cas, il y a propagation successive; dans le second, elle est d'un seul coup.

Dans tons les deux, ce sont les mêmes organes (la feuille) qui s'étendent en feuilles sur la tige, se contractent pour le calice, s'étendent de nouveau pour la corolle , se resserrent de nouveau pour les élainines, et s'étendent pour la dernière fois dans le fruit.

Il y a aussi changement dans le degré de réunion , autour d'un centre^ des difTérenls organes en nombre constant , et dans certaines limites de développement.

]1 y a anastomose dans la formation de la fleur et du fruit, c'est-à-dire réunion.

Plus tard, il accepta presque l'opinion de Schelver, qu'il n'y a pas de sexe, et que la théorie de la métamorphose conduit à la doctrine de la résolution en poussière , vapeur et eau.

De la métamorphose chez les animaux. Celte thèse était facile pour les végétaux , où tout est similaire; mais il n'en est pas de même pour les animaux, ne pouvant y atteindre directement, vu la grande différence des organes dans le nombre, la position, la structure et les usages. Ce que Wolf avait parfaitement reconnu, Gœthe admet que chez eux tous les organes subissent, non plus une métamorphose successive j comme cela a lieu dans les plantes, mais une métamorphase simultanée , déjà préparée au moment de la conception ; qu'elle procède de deux manières, agissant tantôt d'après un thème donné, faisant passer un organe par des dégradations successives (la colonne vertébrale , par exemple ) ; tantôt agissant sur des parties, sans leur faire perdre leur caractère typique (les deux premières vertèbres, par exempjle) ; il ne s'agissait que de retrancher à l'une ou d'ajouter à l'autre : malheureusement Gœthe n'ayant pas la réalité, a créé d'après ses conceptions.

Toutefois, ne pouvant réellement parvenir à démontrer directement la théorie des métamorphoses, même en s'aidant delà compnniison que Ton peut faire entre celle des insectes et des plantes, il essaye de le faire

indirectement par la conception d'un type idéal, fictif, en admettant que toutes les parties de Tanimal^ prises ensemble ou isolément, doivent se trouver dans tous les animaux.

Ce type , suivant Gœtlie , n'est pas une mesure ; car une mesure est quelque chose de réel, de positif, tandis que le type est quelque chose d'idéal. Ce type ne peut donc pas être l'homme, qui n'est qu'une mesure ; il doit être formulé par abstraction. Il ne peut eiiister comme être vivant, la partie ne pouvant être l'image du tout. 11 doit être analomique, former un modèle universel, contenant 9 en ostéologie, par exemple , tous / les os de tous les animaux, pour servir de règle, en ayant égard, autant que possible, aux fonctions physiologiques.

Un coup d'œil sur le règne animal l'a conviûncu qu'il existe un dessin primitifs qui se retrouve dans toutes ses formes dii'erses ; cependant que la nature n'a pu les dii'ersijier à f infini.

Voilà donc son type idéal; il a toujours fait exception do rcspècc lunnaine, et c'est un tort; il n'a pas voulu Tadopler pour mesure, parce qu'il voulait la rabaisser au niiig des animaux; ce n'est que dans ce dessein qu'il fit ses divers mémoires sur l'os incisif, (|ui ne prouve cependant rien au fond. Kii créant ainsi un type, il a blâmé tout ce qu'on a fait en anatomie. Du reste, il s'est arrêté po'ir son type à l'ostéologie , ce qui était facile; mais, en pénétrant plus avant dans les orj^aneset les tissus, cela devenait impossible.

Pour suivre maintenant le type dans toutes ses métamorphoses, il faut cherchei" la cause (pii fait varier les organes; et il arrive ainsi à la thèse de Lamarck. Mais il en diffère cependant, en ce que Lamarck intro-

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duisaît les circonstances extérieures avec les besoins et les penchants intérieurs de l'animal , tandis que Goethe trouve cette cause de variation des organes dans les modificaleurs ambiants ou les circonstances extérieures seules i dès lors il est conduit comme Lamarck à rejeter 1^ causes finales, quoique leur évidence le force à les représenter comme lui par une contradiction remarquable; il dit, en effet, que/^j* organes d^un animal j leurs rapports entre eux , leurs propriétés spéciales détermi^ nent les conditions d'existetwe.

C'est la thèse d'Aristote , de Galien et la nôtre. Vanimalj même pour lui dans une autre thèse, /7m en lui-même et isolément , est un petit monde qui existe par lui-même et pour lui-même ; ce qui est faux.

Mais voici des principes importants pour la thèse d'Oken : Le total d'un animal est un budget Jixe^ c'està-dire que la nature ne peut dépasser; ce principe est faux , car dans les singes, par exemple, les uns n'ont point de queue et les autres en ont une très-longue; dans ces derniers, il faudra donc retrancher de quelque autre partie pour que le budget ne soit pas dépassé; mais d'où retranchera -l-on? Il en est de même dans une chauve-souris, il y en a qui n'ont point de queue, d'autres qui en ont , et d'autres qui ont divers organes appendiculaires sur la tête , etc.

Il y a dans Gœtlie une faiblesse de principe qui décèle le défaut d'observation; ainsi, voulant expliquer pourquoi les femelles sont moins belles que les mâles, il pose ce principe qui est le même que le précédent : ce II existe, dit-il, une loi en vertu de laquelle une partie ne saurait augmenter de volume, sans quune autre dimùuie ; ainsi, par exemple, la matrice dans la femme, par son grand développement , a empêché la force

plastique de se porter assez à rextérieur pour y produire la beauté. »

Un autre principe plus vrai , c'est que le type est cornpaixible aifec Itu-méme dans ses différentes parties, ce que nous admettons et ce que Vicq-d*Azir avait déjà prouvé ; et c'est ce qu'Oken admettra à priori pour la te le.

Gœthe ajoute : « Toutes les parties d'un animal, prises ensemble ou séparément ^ doivent se trouver dans tous les animaux. » C'est encore un principe faux. Du reste , quand on a cherché à le démontrer par Tanatomie de signification des organes, il en est résulté une grande utilité pour les progrès de la science.

« On doit, dit-il encore, chercher à déterminer un organe en lui-même et ses rapports avec l'ensemble, reconnaître les droits de chaque organe isolé, sans méconnaître son influence sur le tout. » Le voilà dans la thèse de Vicq-d'Azir.

C'est à l'aide de ces principes que Gœthe voulut créer son anatomie comparée. Il avait étudié l'anatomie avec Wolf, sous le célèbre Hoder, à léna; mais il n'avait pas assez de connexion dans ses idées et ses observations pour systématiser.

11 commence par exécuter et formuler son tvpe; et pour cela, ayant d'abord égard à la forme, il fait remarquer que le corps des animaux qui ont un certain degré de développement est divisé en trois sections exerçant des fonctions différentes : i<> la tête , concours des organes des sens ; i^ le thorax , contenant les organes de la vie intérieure ; 3** l'abdomen, contenant les organes de la reproduction; — avec des organes appendiculaires disposés sur ces parties d'une manière variée. Il prend ensuite un exemple général dans l'ostéolo-

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