‹ Histoire des sciences de l'organisation et de leurs progrès, comme base de la philosophieChapitre 5 sur 61 · LIBRAIRIE CLASSIQUE DE PERISSE FKËRES · texte numérisé non relu

LIBRAIRIE CLASSIQUE DE PERISSE FKËRES

C* PARIS, I LTOM,

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son progrès^ une tndrche ascensionnelle, soutenue et dirigée par des efforts convenablement appliqués pout* arriver jusqu'au terme.

Aristote^ comprenant la science comme la philoso*^ phie^ en a conçu l'ensemble et tracé le plan ; lien fl vu le but, lé terme, à la fois intellectuel, qui tend à remobter à Dieui et jphysique, qui^ lorsqu^on s'y arrête, vient se perdhe dans le matérialisme. Bien qu'il ait vu ce double but^ il n'a pourtant pu s'élever jusqu'aux rapports de l'homme avec Dieu; il fallait la lumière de la révéla^ tiou pour guider l'esprit humain vers des régions si sublimes. Mais^ quand il s'est agi de l'ensemble de la science purement humaine, Aristote a conçu toutes les autres parties du cercle encyclopédique, et il a tout embrassé , sauf l'expérience, qui ne devait venir qu'a-^ près l'observation. Alors il a développé les principaux ]*aydns de ce cercle, dans le but de mieux connaître l'homme dans ses rapports de famille , de nation et de monde. Comprenant que l'étude des choses se compose de l'histoire et de l'éliologie , et que , pour parvenir à les connaître, il faut donner à l'esprit la méthode en général , puis la méthode en particulier, ou la classification et la nomenclature, qui permettent de lire l'ordre de la création, manifesté par la dégradation ou la sérié des êtres, il a créé la méthode, qui est l'art de se prouver à soi-même et de démontrer aux autres la vérité, et de combattre l'erreur. Enfin , il a établi que la recherche des causes doit être le but de la philosophie.

Âpres un moment de suspension, les faits ont été recueillis sans critique, sans étiologie , dans le but individuel et matériel de Pline, qui ne tend qu'à une application physique, corporelle et empirique; et, pour

iroTioirs ssaôtDCtQVfiS , etc. it

cela méitoe, sort pds, où il ne pouvait y avoir nucutie conception philosophique ^ a été presque nuL

Nous avons vu la science suivre une marche plus tbéologique dans les^ mains de Galien. Étudiant ^ sous l'influence chrétienne, l'homme sain et l'homme malade, il crée la médecine rationnelte, et dirige l'application à la théologie, tout eu ouvrant une voie expérimentale, beaucoup plus développée que son maitré Àristote.

Enfin , après un travail d'oscillation , né de la réaction de la méthode sur les dogmes révélés de Dieu , la science humaine semble se séparer encore de son véritable but. Le foyer de son activité est transporté par la Perse en Arabie, pour revenir ett Europe se replacer sous les étendards de la vérité théologique, dont les bases dlvi^ nés étaient désormais inébranlables, après une longue succession de combats et de victoires, dont le résultat final fut la rénovation de l'humanité par la puissance du christianisme. Alors apparait Albert le Grand ; il recueille tous les faits acquis, agrandit le plan d'Aristote^ y introduit une observation plus large et la description des êtres ; il termine et complète le cercle d'Aristote, en donnant à la science humaine le caractère théologique, par la grande démonstration de la révélation chrétienne, qui vient déterminer le but de toute science, en lui montrant sa fm suprême dans la connaissance de Dieu. Dès lors, la philosophie devient réellement l'ensemble des connaissances divines et humaines, qui doit conduire à la sagesse; et la sagesse est de connaître Dieu par ses œuvres et par sa parole, et les créatures en elles-mêmes pour conduire à Dieu. En un mot, c'est la lecture du grand livre de la création et de» lois qui la régissent , pour de là nbus élever à la glo-

ta CONTEMPORAINS.

rification du Créateur et du Législateur tout-puissant.

Mais, quand le cercle fut fermé, la difficulté d'en embrasser toutes les parties accrues, fît prendre chacune de ces parties à part, pour les perfectionner l'une après l'autre, autant qu'elles en étaient susceptibles.

C'est ainsi que Gesner, reprenant l'ensemble sous le rapport de l'étude des corps naturels, a constaté l'état de la science; il a fait le bilan de ce qu'elle possédait avant lui, afin de montrer la direction à suivre; il a recueilli les êtres, et montré ce qu'ils étaient en histoire naturelle , dans un but individuel en apparence, mais théologique en réalité, et dans son intention.

De nouvelles investigations demandaient un perfectionnement de la mesure, du terme de comparaison. Vé^le va donc introduire une étude plus exacte de cette mesure, c'est-à-dire, de la structure de l'homme, par la connaissance de lanatomie et de l'usage des parties, ou des fonctions déduites des expériences qu'il a faites , à l'exemple de Galien , sur chacun des oi^anes de l'homme. Il a donc agrandi le but, la connaissance des causes, par la démonstration de la cause prochaine.

Harvey vient continuer, sous ce rapport expérimental, par l'étude des phénomènes les plus importants, déduits de l'organisation, la circulation et la générajytion ; deux fonctions dont la connaissance, une fois révélée, change la face de la science tout entière.

De ces faits, comme prémisses, sortent des corollaires, dont la déduction entraîne le perfectionnement, nécessaire alors, delà méthode, delà logique : l'art d'interpréter la nature, d'abord pour les corps bruts, par Bacon, et l'art de l'observation générale et à priori, par Descaites.

Le nombre des faits simples, en s'accroissant, de-

NOTIONS ZOOLOCIQUES) ETC. l3

mandait que la méthode fût perfectionnée, non plus pour arriver à l'interprétalion des faits et à l'explication des phénomènes , mais pour classer les corps naturels, afin d'en mieux apercevoir la nature et les rapports , ce qui se fit , artificiellement d'abord et au point de vue théologique , par Ray.

Arrivés à ce degré, le besoin était toujours de perfectionner la méthode , et surtout d'en faire naître la nomenclature , c'est-à-dire , cet art qui , par des expressions, des mots convenablement conçus, analyse une méthode, et traduit les caractères des êtres, de manière à les faire connattre facilement, en quelque grand nombre qu'ils soient. Telle est l'œuvre de Linné : il crée la nomenclature et perfectionne la systématisation artificielle; mais entre ses mains mêmes, la méthode se distingue en méthode artificielle et en méthode naturelle, laquelle ne repose pas précisément sur la somme des caractères , mais sur leur importance et leur subordination. Cette conception, qu'il ne démontrera pas, lui permettra d'appeler son œuvre PhUosophia botanica , Systema naturœ. Mais il comprend l'homme parmi les animaux.

Voici qu'un autre homme applique la puissance de son génie à un point plus important encore; il sent et devine les rapports des êtres avec le sol qui les supporte; il aperçoit Tharmonie de ces êtres entre eux. C'est Teffort de Buffon; effort nécessairement antagoniste du précédent, son contemporain, tant que celui-ci conserverait son caractère artificiel , mais qui deviendrait d'autant plus élevé, d'autant plus important et plus religieux , que l'étude des rapports des êtres apprendra mieux à connattre ce qu'ils sont.

Buffon crée donc l'histoire naturelle géographique,

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et repreod l'éiîologie d'en haut , envisagée par rapport à rhomme, mais physiquement) à Faide de la méthode mathématique. Il abandonne Âristote pour suivre la physique de Descartes ; il crée le monde à sa manière , et veiU même arriver jusqu'à la création de l'animal, et , bien plus, à celle de l'homme. Il sort de la direction théologique par ses hypothèses , et marche à l'athéisme , qu'il combat pourtant ,par ce qu'il lègue de positif à la science ; cependant , il déguise tellement son dessin sous la beauté du coloris , qu'il est impossible de résister à sa puissance , à moins d'avoir une ceri^ne force. — La tendance de Buflbn était bonne; les moyens manquaient ; on ne crée pas dans les sciences; on lit ce qui est créé. La prétention de ci*éer est absurde, même dans les plus grands génies. Linné et surtout Buffon ont été les premiers à se laisser abuser par cette prétention; car Linné décore en vain V homme animal du titre dihomo sapiens; dès qu'il le place parmi les animaux, ce n'est plus qu'un animal un peu mieux habillé.

Le besoin de la science reconnu et proclamé par Linné, préparé par Buflbn, était la méthode naturelle, ou les rapports naturels des êtres; or, comme de tels rapports ne pourront être reconnus et appréciés que par l'étude comparée de l'organisme et de ses actes intérieurs et extérieurs, on voit comment le pas à (aire était une anatomie comparée et une physiologie ; mais l'anatomie comparée appelle de nouvelles recherches pour combler les lacunes qui se trouvent entre les termes comparés : la paléontologie naîtra alors dans ses principes.

La physiologie est venue la première dans les mains de Haller; l'anatomie physiologique et les pre-

N0T10S(S «OOLOGIQUSSy ETC. j5

mîeriî principes de palaeontologie oui été introduits ensuite par Pallas; et enfin i'anaiomie comparée suivra dans les main^ 4e Vicq-d'Azir et de Gaertner,

L'anatomie comparée est celle qui examine , à l'aide d'gne ^^esure, un organe dans toute la série, et fait ainsi conn^Ure les rapports naturels de tous ces organes. Il faïut ensuite en connaître le plus ou le moins, et tendre à en ej^pliquer les fonctions ; c'est la physiologie.

Dès Iqrs les méthodes^ ou classifications naturelles, pourront être senties, en estimant les principaux points nettement établis, d'abord en pbytologie, puis en zoologie, en chimie; de là en minéralogie et en géologie,

Maiii comme l'esprit humain ne fait pas tout à la fois, la pomenclature suiyia ou devra suivre de près ce mouvement d'une manière proportionnelle à l'avancement de la science, et les méthodistes viendront for* mer des groupes, des familles; c'est ce que fera ÂdansoQ^

Un pas définitif est celui dans lequel on considère les familles naturelles, en subordonnant la \aleur de leurs caractères naturels; c'est par ces principes qu'est arrivée la célèbre méthode de Jussieu et son application à la hptanique. Maintenant les botanistes sont, comme les zoologistes, à la recherche de la série, c'est-à-dire de Tordre dans lequel les êtres doivent se précéder et se suivre; et la zoologie, sous ce rapport, est bien plus avancée.

Mais, dans ce mouvement progressif qui se Ht presque tout à la fois daqs la dernière moitié du dernier siècle, on perdit généralement de vue le but religieux y le terme de la science. On prétendit créer les lois des phépofaçQ^,.les lois des opéra tiomi des corps, ^u lieu de

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les dëcouvrir et de les lire; on s'appuya mal à propos sur la philosophie de Bacon faussement entendue; on crut qu'une science ne consistait qu'à connaître la loi des phénomènes. Comme la chimie fit de grands progrès, soit dans la matière mieux décomposée, soit dans la connaissance des lois d'un plus grand nombre de phénomènes, on crut n'avoir plus besoin de remonter au Créateur ; on s'abaissa de plus en plus à l'application immédiate y et dès lors la science , devenue métier, se décomposa en autant de manières qu'il y eut de directions à fortune.

Cependant l'immoralité du système philosophique où l'esprit humain était tombé , l'athéisme s'étant démontré fatal par ses effets, on lui donna la forme nouvelle àe panthéisme ; sous son influence les sciences naturelles prirent une direction tendant à montrer que le tout est dans la partie. Ce qui conduisit pourtant des esprits hardis à des conceptions scientifiques de haute valeur. Oken et Lamarck représentent cette marche, dans laquelle on poussa la folie jusqu'à faire de la pensée une sécrétion , et qui est le comble, le terme de la direction antithéologique. Ce ne fut plus parce que la pensée créatrice l'avait ainsi voulu , que l'animal avait été disposé pour tel et tel but; mais c'était, par exemple, un oiseau de l'ordre des échassiers, qui, pour ne pas mouiller ses plumes, s'était élevé d'abord sur les pieds, et allait ainsi, par l'habitude, s'organisant progt*essivement.

Eu vain l'éclectisme impuissant essayait-il de faire rire aux dépens de ces célèbres naturalistes errants, mais puissants ; il ne montra que sa faiblesse ; aussi le but de son apparition est inutile, et ne compte pas dans la direction où nous sommes.

Mais pendant le même temps, la marche aristotéli*

NOTIONS ZOOLOGIQUES y KTC. Î'J

cienue^ continuant ses progrès, arrivait à démontrer de plus en plus la théorie des causes finales y la série croissante et décroissante des organisations, et par suite non-seulement un plan dans chacune d'elles, mais encore un plan général dans Fensemble des êtres, comme il y en a un dans les familles, comme il y en a un dans les espèces et dans chaque être. Elle découvrait des rapports nécessaires entre ces êtres, et arrivait ainsi à démontrer le sceau d'un Dieu créateur de toutes choses, aussi évident dans Tensemble que dans l'individu. Par là, elle est conduite à lire la conception du Dieu toutpuissant, qui a créé l'homme à son image et à sa ressemblance, parce que seul il peut comprendre ce plan, et par conséquent sentir en lui-même le prototype de son Créateur.

Cest là le desideranda de la science, le retour au but , au terme religieux , qui peut seul démontrer la fausseté de ces doctrines prises au sérieux, mais avec le respect que Ton doit à ces hommes qui, à l'aide d'une supposition, d'une hypothèse gratuite, approfondissent le sujet, quoique dans une direction fâcheuse; direction dont la puissance d'absurdité nous ramènera invinciblement à la confirmation de la vérité dogmatique, sur laquelle la science est forcée de s'appuyer, tout en la démontrant, sous peine de s'anéantir elle-même.

Telle est la thèse générale dont nous avons suivi jusqu'ici le développement, et dont nous devons terminer l'exposition dans ce volume, où nous aurons à juger la démonstration par l'absurde, et à voir comment elle revient nécessairement à la théologie. Ce n'est pas dans les premiers esprits que la tendance à constituer la science sans Dieu s'est fait sentir ; mais nous l'avons vue et Dous allons la voir mieux encore sortir de Tin- T. m. ^

l8 CdfTEMPORAIBTS.

duction de Bacon, qui, quoiqu'il ne fût nullement athée, voulait uniquement Tëlude des faits. Nous aurons surtout à voir comment cette direction a été poussée dans Brou8sais,Gall, Lamarck, Oken , et à en comme conséquence notre démonstration.

SBCTIOn I. — DE JUSSIBU.

ÂNTOIIIB DB JUSSIEU. t6S6 — 1710 — 1788.

J08BPH DB JU88IBU. 1704—1779.

BBBNiLl2> DB JU8SIBU. 1699 — 1777.

AMTaUfB-LAUABaC DB JU88IBII. 1748 — 1789— -1SS6.

Considéré comme créateur des principes de la méthode natarelle, e'est-à*4ii«

comme méthodiste eft non comme botaniste.

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