‹ Histoire des sciences de l'organisation et de leurs progrès, comme base de la philosophieChapitre 6 sur 61 · Préliminaires · texte numérisé non relu

Préliminaires

Au point où nous sommes arrivés , les sciences naturelles vont reprendre définitivement leur rang dans la philosophie, et par suite, leur haute influence sur la société : les collections publiques se multiplient, les musées se créent, de nombreux voyages sont entrepris pour étudier et recueillir les êtres naturels; mais ce serait méconnaître la puissance de la pensée humaine, de ne voir là qu'une espèce d^amusement d'enfant ; au fond de ce mouvement, il y avait une pensée de réoi^ganisation qui commençait son œuvre, en même temps que les doctrines de destruction de la philosophie dévoyée et travestie, achevaient de ruiner les bases sociales. Voici le moment, en effet , de rappeler cette déplorable ficissîoii qui s'opéra entre la théologie et les sciences, au

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sortir de Técole de saint Thomas ^ scission que nous avons vue se perpétuer jusqu'ici d'une manière presque insensible. La théologie perdit uri appui, et les sciences n'eurent plus de critérium certain. Bacon , à son insu , et Descartes peut-être encore plus, préparèrent au dixhuitième siècle les armes dont il se servit pour saper toute doctrine et renverser tout principe. Une réaction teirible se fit sentir sur le monde politique, et en modifia pour jamais la face. Le choc a retenli dans tous les sens, et le sol vascille encore, sans qu'on puisse dire quand il reviendra au repos. Cependant , le vide des fausses doctrines ne tarda pas à se faire sentir; quand tout a été détruit, on s'est étonné de ne plus marcher que sur des ruines. En vain de puissants moteurs se sont efibrcés de reconstruire avec ces débris; ils étaient vermoulus, et puis les fondements affaissés touchaient au plus pi'ofond del'abtme; ils y touchent encore! Le sort de l'empire a prouvé qu'il n'avait pas trouvé la puissance de régénération ; il ne nous est resté de lui que les obstacles qui entravent un retour devenu tous les jours déplus en plus nécessaire, et appelé par tout ce qu'il y a de généreux au cœur de la société. Nous sommes toujours sous son influence, mêlée à celle de la révolution, dont elle n'était que le résultat.

Dans un tel état de choses, la science a, nous le croyons, une grande et immense mission à remplir; elle doit ramener le monde aux principes de vie, en démontrant aux plus incrédules que les grands principes de la foi catholique sont immuables. Elle doit, en un mot, revenir s'adjoindre à la vérilé théologique. Telle est toujours notre thèse, confirmée par la marche de la science. En effet, pendant que tout tendait à la dissolution , les sciences naturelles, plus particulièrement,

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rnarcijaîent au contraire vers une organisation solide et vraiment pliiiosophique, malgré toutefois la tendance des Iiomn)es qui les cultivaient; ce phénomène , nous l'avons vu dans Buffon, et nous le voyons dans ce mouvement qu'amena la révolution française; toutes les écoles furent détruites; l'exil poussa sur tous les points du globe une foule d'esprits observateurs, qui allèrent apaiser dans l'étude d'une nature lointaine, les regrets de la patrie, et recueillir, pendant le trouble, les éléments de la paix. Les armées de la république et de l'empire enrôlèrent sous leurs drapeaux et portèrent sur toutes les plages ces esprits hardis, ces intelligences puissantes qui servaient leur patrie peut-être encore plus sûrement par la science que par l'épée. L'intérêt matériel, qui avait opéré la ruine, servit aussi la réédification, en cherchant un aliment nécessaire à sa cupidité. La fusion des nations activa le commerce, et fit naître en France et dans les pays voisins , cet esprit d'exploitation et d'industrie, d'où les sciences physiques ont reçu un si merveilleux élan tout en le dirigeant; la géologie positive en est sortie, et malgré tous les efforts qui ont travaillé à l'emprisonner au fond d'une mine, elle s'est élancée jusqu'aux sublimes principes des origines sociales et de la genèse de l'univers. C'est que le principe de la moralité sociale est bien plus puissant que celui de son bien-être physique. De la même tendance est sortie la position véritable des autres branches des sciences naturelles, et surtout de la zoologie, qui devra désormais, avec la géologie bien entendue, former une des bases de l'enseignement de la philosophie; vérité que nous nous réjouissons de voir justifiée et sentie par l'organisation du nouvel enseignement de ces sciences dans les écoles françaises.

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Ce fut aussi de cette lutle de la révolution et de l^ Fempire que naquit ce nouvel élan qui agrandit en France les collections scientifiques , réorganisa sur de nouvelles bases les sociétés savantes et les corps ensei* gnants, où, sans aucun doute, bien des améliorations sont à désirer et vivement attendues , mais qui n'ont pas laissé de servir, pour le dire en passant, malgré elles, le véritable progrès scientifique. C'est sous celte influence et dans cette direction qu'il nous reste à suivre la science, en justifiant par de nouveaux faits les idées que nous émettons, et en achevant par là de démontrer cette autre thèse que nous avons soutenue, savoir, que le monde politique et le monde scientifique réagissent Tun sur l'autre, en laissant toujours l'empire au dernier. Notre époque en est la dernière preuve. Quand on examine, en effet, ce qu'est notre société, il n'est pas difficile de s'apercevoir que tous ses efforts convergent jusqu'ici vers l'industrialisme et l'exploitation du sol et de tous les éléments qui l'entourent. Or, dans 2h[ie telle direction, les sciences seules sont appelées pour diriger sa marche; seules, elles ont accès dans les combinaisons d'avenir, qui doivent conduire à une fortune plus probable là que partout ailleurs; partant, elles font la base la plus large d'une éducation, qui n'est malheureusement scientifique qu'autant que cela est absolument nécessaire pour arriver à un art, à une application de pratique toute matérielle, qui doit absorber tout le reste de la vie. Le haut enseignement des collèges donne aujourd'hui en France, plus que jamais, la plus grande part à l'enseignement des sciences. Bien plus, les sciences sont mises à la portée des intelligences les plus bornées. Cette profusion de manuels scienlidques en tout genre, qui circulent dans les mains des classes ouvrières, et

forcent ces intelligences à sortir d'elles-mêmes pour suivre souvent en aveugles ce mouvement , qui ne laisse pas d'avoir quelque chose d'eflrayant dans la mauvaise direction de la science, ne permet plus aucun doute sur la voie oii marche la société tout entière. Celles-là même qui doivent être un jour les mères et les premiers instituteurs de la société à venir, remplacent, hélas! Tétude approfondie de la religion, qui peut seule créer un cœur de mère, par Fétude des sciences physiques et naturelles, qui ornent, sans doute, leur intelligence, mais aux dépens du cœur; non pas que ce soit là leur effet normal, mais seulement celui de leur direction déviée. I^a société toi^t entière est donc enlacée dans les filets de la science; elle ne juge plus, n'entend pins, ne voit plus que par ses principes; tout ce qui n'est pas expérience et observation, tout ce qui n'est pas, pour dire le mot, positif ei à posteriori, n'est plus que vague, conception métaphysique, idée à priori ^ qui ne mène à aucun i^ésultat, à aucune démonstration certaine, et partant, ne mérite pas de détourner un instant l'ardeur de Factivité industrielle qui dévore tout. De l'industrie même sortent les chefs et les mattres du peuple, qui viennent avec le fouet du progrès, le pousser plus activement encore, sans qu'il soit possible désormais de le modérer. En présence de cet ébranlement qui agite toute une société, peut-on douter encore de l'influence de la science?

La science est bonne; elle vient de Dieu. La direction scientifique qui nous pousse ne serait pas mauvaise en elle-même; prise sur ses vraies bases, dominée par le seul principe fécond, elle n'est, nous le croyons, aujourd'hui comme au temps des Albert le Grand, des Thomas d'Âquin, etc., destinée qu'à produire les plus heureux

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résultats. Mais cette même direction scientifique manquant de base, de principe fécondateur ^ sans quelle puisse les trouver dans les éléments qu'on lui jette i n^est propre qu'à enraciner de plus en plus dans toutes les classes de la société, ce matérialisme pratique^ goufTre de toute morale chrétienne et sociale, qui Fa minée jusqu'ici d'une manière si effrayante.

La philosophie est nulle dans son enseignement comme dans les principes qu'elle professe aujourd'hui ; la théologie pure est repoussée du monde; voilà l'œuvre commencée au quinzième siècle et consommée au dixhuitième. La science seule reste , parce qu'elle est immédiatement liée aux intérêts matériels du monde. Or, la ruine du monde moral entraine nécessairement la ruine du monde physique. Dieu pourtant ne peut pas vouloir que son œuvre périsse, et l'histoire de la science nous a montré le salut sortant de la lutte continuelle de l'erreur contre la vérité. La science, d'ailleurs, puisqu'elle a pour but Dieu et ses œuvres, l'homme et sa nature, possède dans ses éléments mêmes, tous les moyens de remonter aux principes; et comme sa marche est logique, puisqu'elle est l'œuvre de l'esprit humain qui est essentiellement logique, et que d'autre part, les œuvres de Dieu, qui sont ses éléments, s'enchatnent dans un ordre logique qui remonte jusqu'au Créateur, il faut donc qu^elIe arrive, malgré les tendances hostiles, à la confirmation des grands principes du monde moral et de la société. Sa marche bien observée ne laisse là-dessus aucun doute. On a bien pu, en effet, captiver quelque temps la science dans le dénombrement des faits, dans la dissection des êtres et dans leur observation ; cela même était nécessaire. Cependant, dès que ce travail a eu préparé les éléments, la puissance de la science a

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bien su briser les barrières, et contraindre Tesprît humain à formuler des doctrines. Ces doctrines ont dû être et ont été dans la voie que nous avons signalée, le panthéisme matérialiste. Mais il a vainement essayé une réorganisation dont il n'avait ni la puissance, ni le secret. Et pourtant, il n'y avait qu'une alternative nécessaire : ou le monde expliqué par la foi catholique y ou le monde expliqué par le panthéisme; toutes les autres données de l'erreur rentrent dans la dernière. Or, la dernière solution, formulée, pour nous, dans Lamarck, Oken, et leurs successeurs, conduit à Vabsurde; donc, la solution catholique seule est la vraie, ou bien il faut renverser tous les principes de la logique et des mathématiques. Voilà le pas que la science a fait; voilà la mission que tout le monde attend d'elle, tracée : non pas créer une nouvelle religion , une nouvelle morale, non pas un christianisme humanitaire; ce serait la solution absurde du problème; mais corroborer la vérité de l'enseignement catholique , et appuyer ses démonstrations. Et il n'y a pas de doute que cette mission lui est réservée, puisqu'elle possède l'empire du monde et qu'elle vient de Dieu.

C'était pour arriver là qu'après ce travail minutieux de l'observation que nous avons étudié jusqu'ici, et qui, au fur et à mesure, agrandissait la science par un plus grand nombre défaits, par les efforts des Buffon, des Haller, des Pallas, et de tous les observateurs qui se répandirent de la France sur tout l'univers; c'était pour arriver là qu'après ce travail de l'observation qui transforma des colieclions d'apothicaires en collections monumentales, que les limites de la science de l'organisme durent s'élargir et comprendre un bien plus grand nombre d'objets; elles vont maintenant se porter sur tous

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les animaux comparés non-seulemeDt entre eux dans les organes comme dans leurs fonctions, mais encore avec les autres corps organisés ou les végétaux, et sur les corps inorganiques ou minéraux ; en un mot, ces limites vont embrasser toute la science de la nature.

En prenant cette extension, il est évident que le premier besoin de la science était la méthode, et surtout la méthode naturelle, qui devait servir à grouper, à disposer les êtres, les organes et les faits mêmes, de quelque nature qu'ils fussent, dans un ordre logique, tel qu'il fût possible d'en tirer des conclusions légitimes, c'est-à-dire de les disposer sous forme de syllogisme.

Mais cette méthode naturelle ne pouvait naitre, et surtout être démontrée, que par la découverte d'un principe, d'un nouveau moteur, et c'est là ce qui constitue le principe de la subordination des caractères , la découverte à laquelle le nom de Jussieu est attaché, et que l'on peut considérer comme le premier et le plus important des pas scientifiques faits par les modernes, parce qu'il peut aisément s'appliquer à toutes les branches des sciences naturelles, et qu'on peut le comparer au moteur de la vapeur ou des gaz dans l'industrie et le commerce.

11 ne faut pas croire que ce principe si fécond ait été découvert tout d'un coup; ce qui a paru peut-être ainsi , parce qu'il est venu au moment où il le fallait ; mais deseflbrts successifs y avaient conduit , et avaient fourni les éléments à l'aide desquels il serait démontré.

Nous avons vu, en effet, dans l'histoire de Pallas, comment ridée de familles naturelles, de genres naturels , avait été sentie par ce grand maître, ce créateur de l'anatomie zooclassique. Mais cette idée avait précédé chez les phytologistes , comme cela devait être, puisqu'eu

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cfTet les plantes offrent à tous les yeux des agroupe* nients d'espèces voisines et rapprochées, d'abord à l'extérieur, et ensuite à l'intérieur, dans des parties plus profondes.

On peut assurer, en effet, que c'est chez les botanistes qu'ont été reconnues d'abord ce qu'on a nommé àe^ familles naturelles ; mais de là à une classification, à une méthode naturelle, il y a une distance immense , qui ne peut être franchie qu'à l'aide du principe de la subordination des caractères bien appliqué.

Cette application n'est peut-être même pas encore faite en phytologie; mais bien certainement elle l'est en zoologie^ parce que dans ce grand assemblage d'êtres et d'organes qui les constituent, il y a relation de cause et d'effets, non-seulement entre eux, mais sur le reste de l'univers créé; ce qui a facilité l'étude de l'impor-^ tance des caractères en relation avec celle des fonc* tions.

Des essais aussi nombreux qu'infructueux avaient été faits pour atteindre celte méthode naturelle, que Linné, qui en sentit toute l'importance, avait proclamée le terme vers lequel tous les efforts des naturalistes devaient tendre. Mais c'était en vain : les botanistes, les zoologistes, les minéralogistes, les chimistes vacillaient , erraient de svstème en svstème. Ce n'est que par la définition de ce qu'on doit entendre par caractères et par subordination des caractères, que la mcMliode naturelle a pu être trouvée. Aussi, à son apparition, les essais ont cessé, comme lorsque Newton eut démontré le vrai système du monde. Et ce qu'il y a de bien l'emarquable, c'est que, transportée en zoologie, en minéralogie, en chimie, elle a produit les plus tieureux effets, et est devenue d'autant plus excellente.

que la subordination des caractères a été plus évidente et plus indubitable. La création de Jussieu est devenue, comme celle de Newton, d^autant plus certaine qu'on Ta appliquée à un plus grand nombre de corps de lu série naturelle, et que ces corps ont joui de propriétés plus élevées. Ce n^est pas qu'en zoologie, par exemple, malgré Tintroduction du principe, on en ait fait une mauvaise application qui a retardé les progrès de la science^, parce qu'il a d'abord été mal compris ; mais, à mesure qu'il le sera mieux , il prendra plus de force, et nous ne devons pas craindre de dire que tous les progrès ultérieurs de la science des corps naturels ne sont qu'une extension des principes posés par de Jussieu, dans un livre qui, pour les naturalistes, mérite aussi bien le titre de principes de la philosophie naturelle que celui de Newton. Mais il a été présenté avec toute la modestie du véritable génie, et il s'élaborait dans le silence et à fécart, dans le sanctuaire de la piété scientifique, pour ainsi dire, dans le calme d'une âme et* d'une famille profondément religieuse, pendant que le fracas des passions politiques agitait le monde, et que les flots de la tourmente amoncelaient les ruines. Il a été produit sans fracas, sans jactance, et bien plus, ceux qui ont cherché à en étendre l'application, quoiqu'ils ne l'aient pas compris malgré leurs grandes prétentions, ont, par le vacarme de la renommée flatteuse^ cherché à étouffer sa véritable origine ; et un beau jour on a entendu les complaisants de cette grossière supercherie, de ce honteux escamotage, proclamer comme les créateurs de cette immense découverte scientifique et intellectuelle, ceux qui avaient essayé d'en faire une maladroite application. Mais le jour de la justice historique a déjà paru, et Jussieu , ci*éateur et sans rival dans une des parties

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importantes de la science, verra tous les pliitosophes et tous les natui*alistes le proclamer Fune des gloires les plus incontestables de Tesprit humain, et Tune des branches les plus importantes du tronc des sciences naturelles, dont BufTon par la hauteur des conceptions et rëclat du coloris, Linné par la lucidité de la nomenclature, sont les deux autres branches.

La science des corps naturels peut en effet être considérée comme le tableau de la pensée créatrice, le prototype de ridée de Dieu dans la création , aperçue, sentie, lue par le génie de Tliomme; et, comme dans tout tableau, devant présenter trois parties principales : i^ le dessin ou la délinéation des choses arrêtées, exposées, dénommées ; t!" la composition , comprenant la disposition, le costume. Tordre sous lequel ces idées arrêtées, dessinées, doivent être présentées afin d'en faire un tout ; y enfin la couleur ou le coloris, Tharmonie, comprenant le clair-obscur qui doit animer cette grande pensée, la répandre, la propager, l'échauffer et la faire pénétrer peu à peu et sans effort dans l'esprit humain, pour s'élever alors à la conception de Dieu par le sentiment de ses œuvres.

Ainsi, il est donc évident que la science devait maintenant chercher une méthode à l'aide de laquelle la conception de la nature pût arriver à celui qui la contemple, et la démonstration à celui qui écoute. C'est cet eff^orl, du à la célèbre famille de Jussieu, que nous allons étudier. Ce n'a pas été l'œuvre d'un seul esprit, mais le résultat d'une suite d'hommes qui ont tous travaillé dans la même direction. Nous aurons donc à faire connaître Antoine, Joseph, Bernard et Laurent de Jussieu, ce qui compi^ud depuis 168G jusqu'à i836.

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lï. hléments et extrait de Biographie.

I® Pour les trois premiers, la Biographie de Michaud el leurs écrits.

a® Pour Antoine- Laurent : i* ses écrits; a* son Éloge historique y par M. Flourens; 3** une Notice de M. Adolphe Brongniart; 4^ une Note de son fils, M. Adrien de Jussieu.

^ib^ra/^A/^ de Jussieu (Antoine), le chef ou Tatné, de i686 à 1738. Il naquit à Lyon, le 8 juillet 1686, de parents dans une honnête aisance : son père, Laurent de Jussieu, médecin et pharmacien, était originaire de Montroti, petit bourg dans les montagnes du Lyonnais. Lucie Cousin, sa mère, était de Lyon. Ils eurent seizeenfants. Il était, par la profession de son père, dans une position qui le dirigeait vers la botanique; aussi, dès l'âge de quatorze ans, il herborisait dans les environs de Lyon. A dix-huit ans il étudiait la médecine à Montpellier, sous Magnol, qui a, dit-on, préparé le nom et ridée de familles naturelles. Plus tard, il fut appelé à Paris par Tournefort, et admis au Jardin des Plantes pour y professer la botanique^ comme suppléant de ce célèbre botaniste, dont il devint le successeur en 1710, à vingt-quatre ans, contre le droit qu'en avait Vaillant, démonstrateur sous Tournefort, et qui soutenait la doctrine du sexe des plantes.

Le Jardin des Plantes n'était, comme nous l'avons vu, qu'une déviation du Collège de France, dans la direction de la pratique médicale. Vaillant, né en 1669 et mort en 17212, y fut d'abord introduit par Fagon, alors intendant du Jardin des Plantes et pi*emier médecin du roi. L'enseignement de la botanique se partageait dans cet éta blissement entre un professeur chaîné d'enseigner.

3o GOIITEMPORAIHS.

et un démoDstrateur chargé de faire connaitre les plantes, et qui était comme une sorte d'aide pour le professeur; c'était à ce démonstrateur qu'appartenait de droit la succession au professorat. L'ordre fut donc interverti eu faveur de Jussieu.

Presque immédiatement après sa nomination au professorat, Jussieu fut nommé de l'Académie des sciences, en 171 1. Ce fut alors que, pour étudier les plantes, il voyagea au& frais du gouvernement dans plusieurs provinces de France, les lies d'Uières, la vallée de Nice, les montagnes d'Espagne , d'où il rapporta à Paris un asses grand nombre de plantes. Il s'adonna ensuite à la pra» tique de la médecine dans la capitale, travailla par conséquent peu à la méthode natui*elle; mais il tendit la main à ses deux frères, qui vont la développer. Dans sa pratique médicale, il aimait surtout à soigner les pauvres; il y en avait tous les jours chez lui un grand nombre ; il les aidait de ses soins et de sa bourse. Il mourut d'une espèce d'apoplexie, le lus juin 1758, Agé de soixante-douze ans. Sa fortune était assez considérable ; son frère Bernard en fut le seul héritier. Ce Jussieu ne se borna pas à la botanique, mais il enrichit les Annales de TAcadémie d'un grand nombre de mémoires.

Son Mémoire sur les champignons prouve qu'il y avait en lui le germe d'un botaniste.

Ses niémoires sur les empreintes de végétaux et surtout de fougères dans les schistes carbonifères, sur l'hippopotame et les os fossiles des environs de Montpellier; sur les bufonites; sur les ammonites, prouvent qu'il était bon observateur, qu'il avait une rare sagacité comparative, et qu'il ne craignait pas de déduire les conséquences qui lui paraissaient légitimes.

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Ses Mémoires sur les mines d'Aimaden , sur l'eau de la Seine et sa salubrité, prouvent qu'il ne négligeait pas son état de médecin.

Cest dans ces divers travaux qu'il a montré le premier, par la comparaison, que les impressions de fougères qu'on trouve dans les schistes houilliers, ont leurs analogues dans les Indes ; ce qu'il a fait également pour ^^ertaines parties d'animaux, entre autres les palais de la raie aigle.

II a aussi traité de la nécessité d'établir une méthode nouvelle des plantes, et il forme une classe particulier pour les fougères, à laquelle doivent se rapporter nonseulement les champignons, les agarics, mais encore les lichens.

«Quelque difficulté que nous présentent les plantes dans leur configuration, dans leur manière de végéter, de se multiplier, elles ne laissent pas d'avoir entre elles une certaine analogie, sur laquelle sont établis les rapports qui les font distinguer en familles.

« Les champignons sont de celles qui s'éloignent le plus de cette analogie, d'où plus de difficulté à leur donner une place convenable dans la méthode nouvelle d'arranger les plantes. » P. 53a.

Sur ces entrefaites et dans cette direction, la famille jugea qu'il ne suffisait pas d'avoir des plantes des pays connus, pour établir des principes, mais qu'il fallait encore explorer les pays lointains; et Joseph de Jussieu alla au Pérou pour y remplir cette mission.

Joseph de Jussieu (le voyageur, le martyr de la botanique), frère d'Antoine et de Bernard de Jussieu. Il naquit à Lyon, le 3 septembre 1704. 11 était le dernier des seÀie enfants de Laurent de Jussieu. Élevé et formé par son frère aine , il varia dans ses goûts et la dii«ctîon fie

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ses études. Il s'adonna d'abord à la médecine, et fut i*eçu docteur à la faculté de Paris; de là il se porta vers rétude de la botanique; mais il l'abandonna bientôt pour celle des mathématiques, et la profession de médecin pour l'emploi d'ingénieur. Cependant il finit par revenir à la médecine et à la botanique.

En 1735, il fut choisi comme botaniste pour accompagner au Pérou les astronomes de l'Académie, la Coodamine, Bouguer et Godin. Il se montra très-utile, même dans les observations astronomiques; mais surtout il s'occupa d'observations botaniques sur le quinquina, et imagina d'en faire un extrait, afin de pouvoir en envoyer en Europe plus facilement.

Lorsque les travaux de cette expédition, qui dura dix ans, furent terminés, au lieu de revenir avec les astronomes, Joseph de Jussieu voulut explorer le Pérou

En 1743, il fut nommé adjoint botaniste de l'Académie.

Ses connaissances en médecine lui procurèrent les moyens de subsister pendant son exil scientifique; et les Péruviens^ poussant l'admiration jusqu'à la tyrannie, l'empêchèrent de quitter le Pérou avant la fin d'une épidémie dans laquelle on avait besoin de son secours ; il y eut défense de l'aider à s'échapper, et une récompense promise à qui l'arrêterait s'il tentait de le faire. Enfin , devenu libre , il recommença ses voyages en 1747. Il parcourut le Potosi, et y découvrit les dents de mastodonte. Il s'occupa de toutes les parties de l'histoire naturelle, des minéraux, des plantes, des animaux, et surtout des oiseaux. Il pratiqua, enseigna la médecine; redevint ingénieur, construisit des ponts, rétablit des chemins, et excita l'admiration au point qu'on lui éleva une pyramide.

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En 1755, il vint à Lima j et y fut i-etenu encore pour soigner la femme malade de Xauregui, gouverneur du pays.

En 1768, il fut nommé associé vétéran de l'Académie. Il ne laissait échapper aucune occasion d'envoyer des graines et des plantes en France.

T^ dépendance de M. de Xauregui le rendit encore plus malheureux. Il quitta au bout de quelques années Lima , et revint à Paris en 1771 , après trente-six ans d'absence, pour assister aux derniers moments de son frère aîné, qu'il vit mourir entre les bras de son second frère; mais les fatigues, les ennuis, les cliagi ins l'avaient abattu et réduit à une sorte d'enfance et d'insensibilité, qui ne lui permirent pas de sentir cette perte. Il mourut lui-même, le 1 1 avril 1779, âgé de soixante-quatorze ans. Son état de faiblesse, après son retour, ne lui permit pas de rédiger les mémoires de ses voyages, et il n'a jamais rien publié. Il n'a jamais siégé à l'Académie, quoiqu'il en ait été membre pendant trente-six ans.

Nos serres lui doivent l'héliotrope et le cierge du Pérou ; c'est également à lui que nous devons le quinquina, la pomme de terre, le topinambour.

Bernard de Jussieu (le fondateur, 1699-1777) fut plus heureux que son frère Joseph. Il naquit à Lyon , le 17 août 1699. Qtiandil eut fini sa rhétorique au collège des jésuites de cette ville, son frère atné , Antoine, l'appela à Paris 9 en 17 14 9 pour terminer ses études sous sa cUrection. En 17 16, il accompagna son frère, chargé par le régent d'aller recueillir des plantes en Espagne , eu Portugal , dans les Alpes et le midi de la France. Ce voyage décida le goût de Bernard pour la botanique, à laquelle il se livra avec passion. De retour en France , il herborisa dans les environs de Lyon , et se rendit en-

suîle à Montpellier, pour y étudier la uiédecioe. Il prit le bonnet de docteur en 171^09 et revint à Lyon pour pratiquer Fart de guérir ; mais il ne put en continuer l'exercice, à cause de sa trop grande sensibilité, qui lui faisait partager les soufTrances de ses malades avec trop d'énergie. Il se présenta bientôt une carrière plus conforme à ses goûts.

Kous avons vu que la place de Tournefort avait été donnée à Antoine de Jussieu , de préférence à Vaillant| ce que celui-ci regarda comme une injustice; mais l'estime et l'amitié succédèrent bientôt à ses préventions; et, sentant que ses infirmités ne lui permettaient plus d'occuper longtemps sa place au Jardin du Roi, il engagea Antoine à (aire venir son jeune frère , afin de le remplacer. Vaillant étant mort peu de temps après, Bernard fut nommé démonstrateur, le 3o septembre I7!22. De sorte que les deux chaires de botanique furent remplies par les deux frères. C'est dans cette modeste place de démonstrateur que Bernard exerça sur le Jardin des Plantes, sur la botanique et sur plusieurs autres parties des sciences naturelles, une influence qui fait époque.

Les premiers médecins du roi , chargés de l'administration du Jardin des Plantes, le négligeaient singulièrement, et souvent même les fonds affectés à cet établissement étaient détournés. Antoine de Jussieu avait sacrifié ses appointements pour le soutenir; mais, ayant a e%eicev une pratique médicale très-étendue, il se déchargea sur Bernard de tout ce qui regardait les plantes, et même les collections du jardin. Le zèle de ce dernier fut bientôt couronné du succès. 11 n'existait alors dans rétablissement qu'un droguier : Bernard y joignit beaucoup d'objets d'histoire naturelle. Bientôt BufTon

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créa le Cabinet d'histoire naturelle, qui , après avoir été considérablement augmenté et classé d'une manière utile 9 fut ouvert au public : Daubenton en fut nommé démonstrateur. Bernard dirigeait lui-même les jardi- ^ niers , recueillait les graines , et en faisait la distribution dans les terres qui convenaient à chaque plante ; mais ses fonctions l'appelaient principalement à faire des herborisations dans la campagne, où il eut l'occasion d'être accompagné par Linné au commencement de sa carrière, et par J. J. Rousseau sur la fin de sa vie.

Quoique Bernard ne pratiquât point la médecine, il possédait à fond la matière médicale , surtout celle qui est tirée des végétaux; il avait même composé, pour ses élèves, un petit traité , dans lequel étaient exposées, d'une manière simple , les vertus des plantes usuelles.

Il fut nommé membre de l'Académie des sciences , le i®' août lyaS. Il fit deux voyages en Angleterre, d'où il rapporta , dans son chapeau, le cèdre du Liban, qui orne encore le Jardin des Plantes. En 1744^ il fit, pendant les vacances , un voyage sur les côtes de Normandie y pour expérimenter sur plusieurs zoophytes, que Ton rangeait encore parmi les plantes, et il démontra que c'étaient des animaux de la. même nature que les polypes. En 1 74^ , il avait observé le premier polype, ou l'hydre verte, des environs de Paris, et le fit voir à Réaumur, qui avait jusque-là eu peine à croire aux expériences de Trembley. Dans ses courses botaniques, il constata l'utilité de l'alcali volatil contre le venin de la vipère, en guérissant avec, un élève qui avait été mordu par ce reptile.

En 17^9, Louis XV, qui aimait les sciences, et qui avait puisé , dans ses fréquentes conversations avec les gens instruits, des connaissances générales, ayant dé^

sire réunir, dans son jardin de Trianon , toutes les plantes cultivées en France, et en former une école de botanique , chargea Bernard de Jussieu de les disposer dans un ordre convenable.

Linné régnait alors, et venait d'opérer une réforme dans la botanicjue. Cependant, malgré les vœux avec lesquels il appelait l'établissement d'une méthode naturelle, et quoiqu'il eût publié ses familles natui*elles, les botanistes s'attachaient presque exclusivement à son système sexuel.

Heister, en 1780, avait, dans l'arrangement du jaixlin de Helmstœdt, suivi un ordre naturel , rompu toutefois par la division en arbres et en herbes , reste de la méthode de Tournefort. Jussieu fit donc planter le jardin de Trianon suivant les ordres naturels proposés par Linné; mais, dans l'exécution, il modifia ces ordres par un assez grand nombre de changements, qui s'éloignaient de plus en plus de ce qu'il avait d'abord ado[)té. Bien convaincu de l'existence des lois de la nature, il regardait comme la plus importante de ces lois le rapprochement des plantes qui se ressemblent par le plus grand nombre de caractères; mais, reconnaissant que tous ces caractères n'avaient pas un égal degré d'importance, il attacha plus de prix à la structure de l'embryon et à l'insertion des étamines et de la corolle, bien qu'il n'en ait pas assez tiré paili pour coordonner la série de ses ordres. H ne rendit pas plus compte que Linné des motifs de son arrangement, et il fit un simple catalogue du jardin de Trianon , où il est aisé de voir que les monocotylédones et les dicotylédones ne sont point confondues.

Adanson publia alors ses Familles naturelles, en reconnaissant ce qu'il devait à Jussieu.

DE JAsSIEU. 37

Bernard jouissait de la faveur du roi, qui recherchait sa conversation avec empressement. Mais il était trop désintéressé pour profiter des nombreuses occasions qu'il avait de former des demandes pour lui et les siens. Jamais il n'a rien demandé ; aussi n'a-t-il jamais rien reçu de la cour, pas même un dédommagement pour les frais de ses fréquents voyages de Paris à Trianon , et pour le temps qu'il avait employé à disposer les plantes de ce jardin.

Il avait toujours vécu avec son frère aine , qu'il aimait et respectait comme un père ; la mort le lui enleva en 1758 , et il en éprouva un violent chagrin. On lui proposa la place vacante : il aima mieux conserver la seconde, cr Les vieillards n'aiment pas le changement, » disait-il ; et Lemonnier obtint la première. Jussien se consacra dès lors à la retraite ; il ne sortait plus que pour aller au Jardin du Roi , à TAcadémie, et pour remplir ses devoirs religieux ; car personne n'a prouvé mieux que lui, combien les sentiments religieux peuvent s'allier à beaucoup de science et de véritables lumières. D'une rigueur méthodique dans ses habitudes, il était toujours plongé dans la méditation, et, assis, travaillant avec son neveu dans la même chambre , sans se parler. Il devint très-mélancolique depuis la mort de son frère Antoine. Mais sa vue s'était considérablement afTaiblie. Ne pouvant plus se livrer aux observations microscopiques et peu à la lecture, il y suppléa par la méditation , s'occupant à mettre en ordre rimmensité des faits qu'il avait dans la tête. Devenu , par la mort de son frère, l'héritier de sa fortune, et en quelque sorte le père de sa famille, il avait fait venir à Paris son neveu , Antoine-Laurent de Jussieu, qui devait formuler ses principes. II s^occupa de son

instruction et de son éducation , lui fit faire ses éludes en médecine. Peu de temps après, il le proposa pour remplacer Lemonnier, devenu premier médecin.

Ântoine-I.âurént ayant changé la disposition de l'école de botanique , Bernard, qui approuvait ce change* ment, cessa toutefois de retourner au jardin, parce qu^étant presque entièrement aveugle, il lui était impossible de reconnaître les plantes, que jusqu'alors il trouvait par Thabitude des lieux. Cette vie sédentaire ne larda pas à lui être funeste. Il éprouva plusieurs attaques d'apoplexie; et, après avoir langui pendant près de six semaines , il reçut les derniers secours et les consolations de la religion, et mourut le 6 novembre 1777, âgé de soixante-dix-huit ans, dans une petite maison de la rue des Bernardins.

11 était membre des académies de Berlin , de Saint- Pétersbourg, d'Upsal, de la société royale de Londres, de Tinstitut de Bologne, etc. Son immense savoir et son extrême modestie, qui le faisait toujours s'oublier lui-même, et ne blesser jamais personne, donnaient un grand poids à ses opinions : dans l'Académie, son avis était une décision. Sa nature d'esprit, éminemment méthodique, est prouvée aussi bien par ses mœurs, ses habitudes, que par ses ouvrages. C'est lui qui a publié l'une des premières éditions du Sjstema miturœ de Linné, à Paris.

Il a peu écrit; mais il a parlé, et d'autres ont écrit d'après lui. Le petit nombre de ses ouvrages consiste dans : 1^ Ln manuscrit sur les vertus des plantes, qu'il dictait tous les ans aux élèves dans ses cours.

20 Lue édition du livre de Tournefort sur les Plantes qui croissent aux environs de Paris.

y^ Un Mémoire sur les parties de la fructification de

la piliulav^.j le pi*emier qu'il ait publié, Acad. de» se., 1739. Dans ce mémoii^e, extrêmement remarquable pour la forme comme pour le fond, on lit que « cette plante est du nombre de celles qui n'ont qu'une feuille séminale, un seul cotylédon ; elle est donc de la classe des monocotylédones : classe qui doit être la première dans une méthode naturelle.

« Mais ce n'est pas le moment de discuter quelle est la partie qui doit servir de base universelle et fondamentale à la méthode naturelle des plantes; je pourrai, dans une autre occfision , examiner ce point, duquel le système de botanique a encore besoin, malgré les difféi^entes méthodes établies. » Pag. 33 1.

Il dit, pag. 334, qu'il a un grand soin de faire ger* mer ses graines, pour savoir si elles ne poussent d'abord qu'une ou deux feuilles séminales.

Il accepte la défînition du caractère artificiel et du caractère naturel donnée par Linné. 11 entend par caractère naturel, celui dans lequel on désigne toutes les parties de la fleur, et on en considère le nombre, la situation, la figure et la proportion. Pag. 338.

Il préféra définir la pillulaire dans les principes du Gênera plantarum de Linné. 11 décrit la position des germes, et rectifie la position dans le système de Linné, en la faisant passer de la section des algues dans celle des fougères.

l\ parle d'un préjugé qui , depuis quelque temps , a pris faveur sur l'analogie de la vertu des plantes avec la conformité de leur caractère (pag* 344); 6^9 sans en tirer une conclusion trop affirmative et générale , il avoue qu'il y a à ce sujet des inductions assez fortes et assez bien démontrées dans les plantes graminées, labiées, ombellifères , chicoracées, corymbifères , cinaro-

4o CONTEVPORAIirS.

céphalées, légumineuses, crucifères, etc. Aussi termîne-t-il en disant qu'on pourra rendre la méthode botanique phis utile dans la pratique de la médecine , et qu'elle en a beaucoup de perfections à espérer. P. 345.

4^ Il a publié encore un Mémoire sur la lentille d'eau ou le lemma.

S"* Sur une espèce de plantain ( littoreUa lacustris )• Acad. des se., 1741*

6^ Sur quelques plantes marines.

'f Ses Ordres naturels , publiés par son neveu.

8^ La Plantation du jardin de Trianon.

Réaumur, son contemporain , dit, pag. 48 du vol. I de ses Mémoires pour servir à l'histoire des insectes : « M. Bernard de Jussieu, qui est chargé du soin de faire cultiver les plantes du Jardin du Roi; qui veille avec tant d'assiduité à leur conservation; qui travaille avec un zèle infatigable à accroître le précieux dépôt qui lui est confié; qui, de plus, est par sa place obligé de démontrer les plantes des environs de Paris aux étudiants, et , enfin, qui a beaucoup de connaissances dans toutes les parties des sciences naturelles , a bien voulu me ramasser les insectes qu'il trouvait. M. de Jussieu , à qui les plus petits animaux sont aussi connus que les plus petites plantes, a trouvé (îes polypes à panaches, aussitôt (|ue je lui eus parlé du plaisir de les avoir.

«C'est lui(|ui a apporté h Paris lalcyon de mer. Il prit une part rein.irquable a fintioduction dans la science du fait des zoophyles lythophytes de la classe des animaux '.»

On peut donc conclure qu'il a contribué à Favancenient de plusieurs parties des sciences naturelles; mais sa grande œuvre a été de tout préparer pour faciliter à

■ Réauinur, VU, p. 69.

DE JV8SIEU. 4l

son neveu la démonstration du grand principe de la mërhode naturelle.

De Jussieu (Antoine-Laurent, 1 748-1 836). Comme Newton, Antoine-Laurent de Jussieu n'a eu qu'une pensée, mais elle devait nous mettre à portée de lire Tordre de la création dans les êtres naturels, comme celle de Newton nous a démontré Tordre et les lois de la matière agissant à l'état moléculaire ou en masse.

Il naquit à Lyon le m avril 1748, de Christophe de Jussieu, Tainédes seize enfants de Laurent. Il vint à Paris en 1765, à Tàgede dix-huit ans, pour y terminer ses études médicales, sous la direction de son oncle Bernard, qui Tintroduisit au Jardin des Plantes, où Lemonnier le choisit pour faire les cours de botanique à sa place, lorsqu'il devint premier médecin de Louis XV; et il fut accepté par Buffon, intendant du Jardin du Roi.

Il se fit recevoir docteur en médecine en 1770, à vingt-deux ans ; le sujet de sa thèse est remarquable : j4n œconomiam animalem inter et végétaient analogia?

Il devint membre de l'Académie des sciences en 1 77'^, et lut à TAcadémie un mémoire sur l'examen de la famille des renonculacées. C'est dans ce mémoire qu'il montra toute la direction de ses travaux; c'est là qu'il posa la base de la subordination des caractères. Adanson fut chargé du rapport sur ce premier mémoire, qui détermina son admission dans TAcadémie.

Le jardin de botanique avait été disposé d'après la méthode de Tournefort; quand Linné parut, Buflbn ne voulut jamais consentir à Tintroduction du système sexuel dans l'arrangement du jardin; cette résistance même le prépara à céder aux sollicitations pressantes d'Antoine-Laurent de Jussieu, qui s'occupa immédiatement de l'agrandissement de Técole de botanique, et de

4a COIfTEMPORlINA.

sa plantation suivant la méthode des familles naturelles. Il consigna les bases de cette méthode dans son célèbre Mémoire sur le nouvel arrangement de recelé de botanique, dans lequel il développa ses principes d'une manière encore plus étendue qu'il n'avait fait dans le premier.

En 1 779, il se maria pour la première fois, et eut deux filles de ce mariage.

M. Desfontaines ayant succédé à Lemonnier dans la place de professeur de botanique, Antoine-Laurent de Jussieu cessa ses démonstrations, dont il avait succès* sivement perfectionné les cahiers depuis 1774 9 où il avait commencé à les rédiger. De ces deux hommes donnés par Lemonnier au Jardin des Plantes, l'un, M. Desfontaines, introduisit dans la science la physique végétale; et l'autre, Antoine-Laurent de Jussieu, formula ce grand effort de méthode, qui ne pouvait s'effectuer que dans notre nation et dans une langue logique comme la langue française. En 1784, il fut nommé membre de la conmiission cliargée de faire un rapport sur le magnétisme animal, qui venait d'arriver en France. Entreprise moins nouvelle qu'on ne croit, née de l'Allemagne, comme la crânioscopie, et fondée sur quelques phénomènes naturels, difficiles à expliquer, joints à un grand nombre de supercheries du compérage; ces théories, qui tiennent autant à l'organisme qu'à la psychologie, n'ont pas encore pu recueillir de données assez certaines pour s'introduire dans une science positive. Les théologiens en ont peut-être trop redouté les conséquences, et les adeptes s'en sont exagéré TinHuence et la portée.

Quoi qu'il en soit, M. de Jussieu ne fut pas d'accoixl avec les autres membres de la commission, il refusa de signer leur rapport, et en fit un qui marque un homme

de bonne foi. La conclusion de ce rapport est que rbomme produit sur son semblable une action sensible par le contact, et quelquefois par un simple rapprochement à distance; mais l'auteur attribue cet effet à l'émanation de la chaleur animale, plutôt qu'à un fluide magnétique non encore démontré.

En 1788, il commença rimpression du Gênera plantarutUj au mois de mai ; elle fut terminée au mois d'avril de l'année suivante, et il le publia au mois de juillet 1789, sous le titre de Gênera plantarum secunduni ortlines naturales disposita , juxta methodurn in horto regio parisiensi exaratam ^ anno 1784. Le rapport à l'Académie des sciences en fut fait par de Lamarck, celui à l'Académie de médecine par Halle. Il devait le donner ensuite en français, comme l'indique sa préface; mais il n'a pas exécuté ce projet.

La révolution arrivée dans le monde politique ne laissa pas Antoine-Laurent de Jussieu dans sa carrière de savant. 11 fut nommé, en 1790, par sa section, membre de la municipalité de Paris. 11 fit un rapport sur les hôpitaux, et fut chargé de l'administration des hôpitaux et hospices de Paris, fonction qu'il remplit jusqu'en 179^2 avec beaucoup de zèle, et en travaillant à améliorer ces établissements.

Il se maria pour la seconde fois en 1791; de ce mariage il eut une fille et un fils, M. Adrien de Jussieu, qui lui a succédé au Jardin des Plantes, et y occupe la place de professeur de botanique rurale, créée par sa famille'. En 1793, arriva la conversion du Jardin des Plantes en École spéciale des sciences naturelles, et en Muséum d'histoire naturelle. Dans la nouvelle organi-

■ M. Adrien de Jussieu vient de publier, sur la botanique, un ouvrage qai est un pas remarquable vers la démonstration delà série végétale»

44 COUTEMPOKAINS. '

satioiiy il fut nommé professeur de botanique rurale. Il s'occupa avec un grand zèle de Tadministration du Muséum, dont il fut souvent nommé directeur. Il fut aussi nommé membre de Tlnstitut à sa création; et en i8o4, à la création de TÉcole de Médecine, il fut nommé professeur de matière médicale.

Il reprit la publication de ses travaux dès 1801, et s'occupa de revoir chaque famille naturelle; cette direction devint de plus en plus évidente dans une suite de mémoires qu'il publia de i8o4 à 1819. Il publia le dernier de ces mémoires à soixante-douze ans; il a pour objet les rubiacées.

Cependant il ne resta pas oisif; sa vue s'étant considérablement afTaiblie, il s'occupa de la rédaction en latin du Proœmiuni qui devait être mis à la tête de la nouvelle édition du Gênera plantarum. En iSaa, à la nouvelle réforme de l'École de Médecine, il en fut exclu, sans doute à cause de son grand âge. En 18216, il se démit de sa place au Muséum, et fut remplacé par son fils, qu'il vit entrer a côté de lui à l'Académie, en i83i. Enfin, après un afTaiblissemenl successif de sa vue et de ses facultés physiques, sans aucune altération de ses facultés intellectuelles, il cessa de vivre au bout de quelques jours de maladie, le i5 septembre i83(i, à IVige de quatre-vingt-huit ans, après soixante-trois ans d'académie, et soixante-six de professorat au Jardin du Roi.

ni. Comment ses oiwrages nous sont paivenus^ et élé-

ments de ses ouvrages.

Antoine-Laurent de Jussieu est venu dans les circonstances les plus favorables que l'on puisse imaginer pour produire son effort; ses ouvrages, d'ailleurs, nous sont parvenus d'une manière extrêmement simple. Nous les

avons dans ses leçons orales, que Ton doit toujours compter; la plantation du jardin debolanique, qui est un livre toujours ouvert; et, enfin, l'impression pendant toute sa vie de ses travaux et de ses nombreux mémoires, au fur et à mesure qu'il les produisait.

Les éléments de ses ouvrages sont d'abord dans les entretiens et les idées de son oncle Bernard de Jussieu ; dans les catalogues du Jardin de Trianon et les mémoires de son oncle ; dans les herbiers nombreux et considérables laissés par sa famille , qui possédait en outre une collection de cinq ou six cents champignons, laissés par le Père Barrelier, de l'ordre des Minimes; les herbiers, encore plus nombreux, du Muséum d'histoire naturelle; et il ne faut pas oublier que les herbiers sont beaucoup plus importants pour le botaniste que les collections pour le zoologiste; enfin , l'état où la science était parvenue avant hii, parles travaux de ses prédécesseurs. 11 faut y joindre encore ses relations amicales et scientifiques avec tous les botanistes de l'époque pendant laquelle il a vécu et auxquels il a survécu.

Mais le point le plus important, c'est l'état où la science était parvenue. Nous avons montré comment les besoins de la science perfectionnée dans la direction de Haller, avaient conduit Pallas à l'établissement des groupes et des genres naturels en zoologie; or, ce travail se faisait en même temps en botanique, et de là est résultée la création du Jardin des Plantes , comme besoin de l'époque; et, par suite, l'histoire naturelle proprement dite sortit du génie de Buffon. Â l'époque où Bufibn prit la direction du Jardin , la minéralogie était peu ou fort peu étudiée, tellement qu'elle n'était représentée par aucun membre de l'Académie des sciences. Il n'en était pas de même des deux autres parties, surtout de la botanique.

1^ Jardin du Roi, créé sous I.ouis XIII par Gui de la Brosse, pour les élèves en médecine, passa à son neveu Fagon, sous lequel Tourneforl y entra. A cette création il Faut joindre l'acquisition que fit Louis XIV de la collection de plantes et d'animaux faite par Gaston de France 9 son oncle, à la mort de celui-ci, le 3 février i66o. — Nicolas Kobert, qui l'avait commencée, y fut attaché comme dessinateur; chaque vélin lui était payé cent francs. Â l'ouverture du Jardin ro\al de Paris, le lo juin 1717, Tourneforl prononça un Disamrs sur la structure des fleurs^ leurs dijféfrnces et F usage de leurs parties. C'est lui qui le premier a connnencéà faire dessiner les parties des plantes pour établir les classes et les genres. Aubriet , qui succéda à Jean Joubert , peintre du roi au Jardin royal, y continua la collection de Robert; mais, lorsque Tourneforl entreprit ses voyages, Aubriet le suivit dans le Levant pour dessiner les plantes; et c'est à lui que sont dues toutes les figures des voyages de cet auteur, aussi bien que celles des Éléments de botanique. Aubriet continua ses fonctions sous Vaillant. La collection de vélins était dabord à la Bibhothèque du Roi; depuis la révolution on l'a transportée au Muséum d'histoire naturelle.

Tourneforl, en mourant, laissa l'enseignement de la botanique au Jardin des Plantes à Antoine de Jussieu et à Vaillant le démonstrateur. La méthode de Tournefort donnait bien un certain nombre de familles naturelles et mettait sur la voie d'en démontrer un bien plus grand nombre; elle se rapprochait d'ailleurs de la méthode de Magnol, publiée en 1689, sous le titre de /Vimiliœ pUmtarunx per tabulas disposit^r; eWe devait donc sourire aux Jussieu, qui avaient été à Montpellier les élèves de Magnol , et qui s'y étaient imbus de ses idées.

DE JUS8IKU. 47

La reconnaissance y d'ailleurs, faisait à Antoine de Jussieu une sorte de devoir de ne pas combattre, sinon d'embrasser les idées de Tournefort, et de suivre sa méthode, tandis que Vaillant frondait, en suivant dans ses démonstrations le système sexuel. Bernard de Jussieu,qui succéda à Vaillant lui-même , put recueillir tous ces divers éléments, en apprécier Fa valeur pour la léguer à son neveu.

Ces deux pliytologistes célèbres imprimèrent à la botanique une direction que propagèrent leurs nombreux élèves, dont plusieurs entrèrent à l'Académie, entre autres Guettard et Adanson.

Guettard, né à Etampes le aa septembre 1715, est l'un des hommes qui ont le plus contribué en France à répandre le goût de la minéralogie. 11 étudia la botanique sous Jussieu, et suivit ensuite les leçons de Réau* mur, qui le fit admettre, en 17^4, à l'Académie des sciences. Il communiqua à cette société le résultat de ses observations minéralogiques , et prit l'engagement de faire connaître toutes les richesses de la France en ce genre; travail immense auquel il se livra avec la plus grande activité. Parmi le grand nombre de mémoires qu'il publia dans l'Académie, il faut remarquer: \^ Mémoire sur la nature et la sittuition des terrains (jui tra-versent la France et V Angleterre ^ 1746. Il y démontre l'analogie des terrains de ces deux pays, qu'il divise en trois bandes, sablonneuse, marneuse et métallique, a* Mémoire sur les granités de France , comparés à ceux dÉgfotCy 1751. 3» Mémoire sur quelques montagnes de la France qui ont été des volcans j 1752. 11 y prouva, le premier, que les principales montagnes de l'Auvergne sont des volcans éteints. 4*" Mémoire dans lequel on compare le Coiuida ci la Suisse^ par rapport à ses miné'-

raiis, avec des cartes mînéralogiques^ I75a. Il y établit que les fossiles de ces deux pays sont absolument semblables; mais son travail , à cet égard, comme il en convient, est très-incomplet. Ses autres ouvrages sont: i» Obsen»ations sur les plantes; on y trouve le catalogue des plantes qui croissent aux environs d'Étampes et d'Orléans , et des remarques sur celles qu'il avait observées dans le bas Poitou et l'Aunis. a^ Histoire de la ilécoiwerle faite en France de matières semblables à celles dont la porcelaine de la Chine est composée^ 1765. C'est cette découverte si importante qui a donné Heu à rétablissement de la manufacture de Sèvres. 3® Mémoire sur la minéralogie du Dauphiné. l\^ Atlas et description minéralogique de la France j 1780. Cet Atlas, publié par Monnet et dressé par Dupain-Triel , pour la partie géograpliique, ne contient que trente-deux cartes; on trouve cependant des exemplaires qui en contiennent quarante. Si ce travail avait été terminé, il aurait contenu deux cent seize cartes. Chaque carte, outre Texplication des signes minéralogiques, est accompagnée d'une coupe de terrain. Guettard mourut le 8 janvier 1786. Ses mémoires ont beaucoup servi à Pallas pour rétablissement de sa théorie, et la géologie leur doit beaucoup. Il est probable aussi qu'il dut contribuer à modifier les idées de Buffbn dans sa Théorie de la terre.

Adanson naquit à Aix le 7 avril 1727. Son père, attaché au service de M. de Vinlimille, alors archevêque de cette ville, le suivit à Paris, où Adanson fit les éludes les plus brillantes. 11 étudia sous Réaumur et Bernard de Jussieu. Destiné d'abord à l'état ecclésiastique, il y renonça pour se livrer tout entier à la science. Les idées qu'il avait puisées à l'école de Jussieu lui firent reje-

ter la méthode de Linné , et s'en créer à lui-même plusieurs qui lui paraissaient plus en rapport avec la nature. Â vingt et im ans il entreprit à ses frais le voyage du Sén^al. Il visita, dans la traversée, les Açores et les Canaries; passa cinq ans au Sénégal, et s'y livra à Tétude et aux recherches de tout genre. Cest là qu^, mûrissant par l'observation ses idées de méthode et de familles naturelles, il conçut le projet et le plan gigantesque d'une méthode qui devait embrasser tous les êtres, et, suivant son expression , toutes les existences. 11 adressa plusieurs lettres à Bernard de Jussieu, pour lui faire part de ses idées. Après son retour du Sénégal, il publia, par le secours de M. de Bombarde, son Histoire naturelle duSénégaly l'jS'j ; ouvrage qu'il termina par une nouvelle classification des testacés, ou animaux à coquilles, qu'il rangea suivant sa méthode universelle, dont il commençait ainsi à donner un aperçu. H publia aussi un Mémoire sur le baobab , dans lequel il confirma ce qu'en disaient les voyageurs, et lit connaître l'accroissement progressif de cet arbre extraordinaire, ainsi que la famille des malvacées, à laquelle il le rapportait. En 1759, il fut adniisà l'Acadén^ie, et il publia ses familles des plantes en 1763.

Plusieurs bizarreries qui se rencontrèrent dans cet ouvrage en empêchèrent tout le fruit. Cependant, poursuivi toujours par l'idée de sa méthode universelle, il conçut le plan d'une encyclopédie complète, le soumit à l'Académie, dans l'espoir que son rapport déterminerait le gouvernement à le seconder dans l'exécution. Mais cette communication ne servit qu'à montrer l'immense étendue des connaissances de son auteur, et son incroyable activité pour le travail.

Adanson traita dans un mémoire la grande question

5o CONTKMPORAINS.

de savoir si les espèces des plantes changent parle mélange des pollens, ou si elles sont invariables. Il avait, d'après Linné, adopté la première opinion dans ses familles des plantes; mais de nombreuses observations lui prouvèrent le contraire. Il a fait bien d'autres travaux intéressants, mais qui n'égalent pas les manuscrits qu'il a laissés comme parties d'exécution de son Encyclopédie. I^ révolution vint lui enlever les places qui fournissaient à son existence, avec les moyens d'étude et d'observations. Kéduit presque h l'indigence, il passait sa vie dans son lit, pour économiser des moyens d'é« tudes. Quand l'Institut futoi^anisé après la tourmente, Adanson, appelé dans son sein, répondit qu'il ne pouvait s'y rendre , parce qu'il iil avait pas de souliers. Il mourut le 3 août 1806.

La zoologie, moins cultivée que la botanique, commençait cependant à l'être à cette époque.

Réaumur était à la tête de la science, et jouissait d'une grande considération par sa position sociale, sa fortune et ses travaux. 11 naquit à la Kochelle en i683. Après avoir fait son droit, il se livra à l'étude des sciences, entra à l'Académie à vingt-quatre ans, et l'illustra pendant près de cinquante ans. La pliysique et les arts lui doivent un grand nombre de découvertes et de grands progrès. Mais l'Iiisloire naturelle ne lui doit pas moins d'observations fines, délicates et nombreuses; ce qu'il a surtout de remarquable, sont ses Mémoires pour scnùr à r/iis/oire des insectes y dont six volumes ont paru de 1734 à 174^; le septième et le huitième volume sont demeurés manuscrits. Cet ouvrage est un des plus intéressants, pour le fond comme pour les détails, qui aient paru sur cette partie de la science; il plaça Réaumur à la tête des savants, et lui acquit une

DE JUSSIRU. 5l

considération que BufTon seul put balancer par son style enchanteur; et Ton dit que Rëaumur eut la faiblesse d'en être jaloux. Il mourut le 18 octobre 1707, àgë de soixante-quatorze ans. C'est à lui que sont dues les premières collections considérables en zoologie; Brisson, qui en était conservateur, y a puisé toutes ses descriptions pour les quadrupèdes, et surtout pour les oiseaux. Après sa mort , elles formèrent le fond du Muséum.

Cest encore à cette époque que les deux grands hom* mes, Linné et BufTon, qui ont donné une si vive im* pulsion à rétude des sciences naturelles, commencèrent à paraître.

Linné fut bien accueilli en France; et Bernard de Jussieu donna une édition du Syslema naturœ, à Paris, Le voyage de Linné à Paris eut lieu en 1738.

Cest alors aussi que BufTon parut à la tête des naturalistes, d'abord comme intendant du Jardin du Roi^ et ensuite comme se proposant d'écrire une histoire naturelle, générale et particulière, qui devait embrasser la terre dans son ensemble et ses détails, Fhomme, les animaux et les plantes. Sa position, et surtout l'immense succès des trois premiers volumes de son ouvrage, qui parurent en 1749? durent éveiller les critiques. Mais, de toutes, la plus sérieuse est celle de Malesherbes , qui est due assez probablement au commerce de celui-ci avec Bernard de Jussieu et Guettard. Cependant il ne publia pas ses recherches critiques immédiatement^ parce qu'il devint le confrère de Buffon en entrant à l'Académie; son mémoire n'a été mis au jour que par le Père Abeille. On remarque dans ce Mémoire une doctrine qui est le contre-pied de celle de BuPFon : « La philosophie est la science des choses naturelles; elle se partage en deux

5l * CONTEMPORAIISS.

parties : la connaissance des efFets et la recherche des causes. La connaissance des effets est la science des natures, anatomie et botanique; la connaissance des causes 9 à priori , donne les sciences physiques et mathématiques; à posteriori y Fexpérience. j>

« La vérité est entièrement indépendante de nous; elle est antérieure à toutes nos connaissances. P. i^.

a La métaphysique est la science des choses surnaturelles; en quoi elle diffère de la physique, ce sera dans la théologie; mais, dans Fusage, c'est une partie de la philosophie, quia pour objet les substances spirituelles el les êtres intellectuels; d'où deux autres parties: la première , pneumatologie ou psychologie^ qui traite de la nature de l'âme; la seconde, \ ontologie ^ la science des idées et la connaissance des aptitudes de l'esprit.

c( Il serait à désirer que l'histoire naturelle possédât une nomenclature telle que, d'après ses principes, les familles naturelles se trouvassent rapprochées et fissent les classes et les ordres du système.

«Pour les progi-ès des sciences, il faut de ces génies vifs et hardis qui hasardent, comme il faut de ces esprits lents, mais sages, qui assurent les découvertes. P. 147.

«C'est à la méthode naturelle que doivent tendre tous nos efforts; et celui de qui on doit Catlcmbe 11 est peut^ être pas si éloigné de nous quon se le figure. P. 148.

« L'histoire naturelle, c'est l'histoire de la nature, c'est la connaissance des productions de la nature et des lois que la nature s'est prescrites.

« Les minéraux n'ont pas de familles régulières, comme les animaux et les végétaux ; aussi y a-t-il beaucoup de variétés.

«I^ nomenclature, qui n'était qu'une convention , un dictionnaire, est devenue, dans les mains de Linné, une

partie considérable de la science. P. 171. I^ grand nombre de noms individuels des choses naturelles , loin d*êlre -propre à l'avancement d'une science , n'en est que l'abus.

«Les méthodes sont la preuve des progrès faits par une science y et la voie la plus sure de les constater.»

Il discute ensuite ce qu'on doit entendre par caractère ; il veut que le caractère soit constant et inhérent à la chose. Un naturaliste doit embrasser toutes les productions de la nature, indépendamment de l'utilité qu'il en peut retirer. L'ordre est celui qui est le plus commode pour retenir ses connaissances, pour les communiquer, celui qui est le plus propre à les perfectionner en en faisant apercevoir les rapports. Le premier point ou principe est celui des méthodes artificielles, et le second est la méthode naturelle.

Puis, il examine et défend avec beaucoup d'habileté plusieurs des classes de Linné. Ainsi, tout en combattant Buffon, Malesherbes marchait à l'établissement et à la défense des principes de la méthode, et préparait par conséquent les voies à celui qui devait démontrer la méthode naturelle.

Outre ces divers efforts, nous avons vu le nombre d'objets, défaits, s'accroître dans la science; il fallait donc un ordre quelconque, une méthode, pour en embrasser la totalité. Par suite devait naître la direction vers la méthode naturelle qui avait commencé d'abord en botanique, par Magnol, par Ray, etc. Car il faut bien le remarquer, il est impossible de ne pas apercevoir la ressemUance et les analogies des ombellifères, des cru-' cifères, despapilionacées, etc., avant de savoir sur quoi repose cette ressemblance. 11 fallait donc un génie propre à démontrer ce grand principe de la nature. Jus-

54 COVTEMPORàlirS.

qu'ici il y avajt bien eu des classifications, mais elles étaient toutes artificielles; ce n'étaient que des dictionnaires un peu plus parfaits que les dictionnaires^ alphabétiques; mais on ne pouvait rien en tirer pour la connaissance de la nature et de ses lois. Il fallait donc que la science fût constituée en méthode naturelle, dans laquelle des principes étant posés, il devait en sortir des conséquences. Ainsi, double besoin : juger les êtres d'après leurs rapports avec d'autres êtres, et en faire ressortir les lois de la nature. C'est là l'œuvre de la famille de Jussieu, qui occupe le dix-huitième siècle. Il était impossible de prendre un seul de ses membres, puisque Àntoine-I^aurentde Jussieu reconnaît n'avoir fait qu'exécuter ce qui avait été préparé par ses oncles. Avant donc d'entrer dans sa biographie, nous avons vu l'atné de ses oncles, Antoine, arrivant à Paris dans les circonstances favorables, succéder àTournefort, en même temps que Vaillant soutenait les errements de Linné. Bernard de Jussieu, succédant à Vaillant, trouve donc tous ces divers éléments, et il les élabore et les unit. Il dut longtemps travailler, longtemps mesurer avant de publier. Son mémoire sur la pillulaire, le plus important et le plus remarquable , est tel qu'il ne serait pas possible de faire mieux aujourd'hui. Aussi y a-l-il jeté toutes les grandes questions qui vont entrer dans la science. Il établit et montre comment il faut abandonner Tournefort pour suivre les errements de Linné, non pas dans le système sexuel, mais dans les rapports de familles naturelles, et c'est d'après ces principes qu'il donne la caractéristique de la plante qui fait l'objet de son mémoire. C'est encore Bernard de Jussieu qui a insisté sur les propriétés des plantes de la même famille. Nous voyons donc là toutes les circonstances les plus

favorables, au milieu desquelles s'est trouvé Antoine- Laurent de Jussieu. Il nous reste à voir ce qu'il a fait.

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