ASIE OCCIDENTALE
Si nous portons nos premiers regards sur la Perse, nous y trouvons un système religieux et philosophique intéressant , à la vérité ; mais l'histoire des sciences n'y rencontre que les grands mouvements poHtiques qui, en remuant l'Asie, ont contribué à mettre les peuples en communication, et, par là , ont pu favoriser le progrès des sciences. Du reste , nous n'avons rien de positif sur les travaux scientifiques des anciens Perses.
En revanche, l'Occident asiatique et ses dépendances nous offrent le plus vif intérêt, en nous montrant , avec le berceau du genre humain renouvelé, les débris des sciences primitives, recueillis pour servir de base à un progrès qui, quoique lent et inappréciable d'abord, n'a pourtant jamais cessé de marcher. C'est là véritablement qu'il faut chercher le premier point de départ; c'est là que l'on peut espérer de rencontrer les éléments les plus anciens des connaissan.ces humaiqes. C'est donc de là que nous partons réellement pour arriver, parles progrès successifs accomplis autour des rivages de la Méditerranée, jus^qu'à nos temps. ,.
lo pmBMiiiiBS iroTiom
La Chaldëe a été le premier berceau de rhumanité. L'astronomie y a fait ses premiers pas; elle a passé ensuite aux Égyptiens et aux Grecs. Les derniers ont déduit une théorie des observations qu'ils avaient reçues. Les Phéniciens eurent aussi leur part dans ces observa-» tions. Mais chez tous ces peuples l'astronomie conduiât à une autre science , qui leur paraissait plus importante, et qui n'était que son application aux besoins et à l'utilité de l'homme. L'astrologie judiciaire, que nous re^ gardons comme si absurde , était pourtant fondée sur la connaissance de la nature : il y avait au fond une idée qu'il serait bien difficile de ne pas admettre comme vraie, l'influence plus ou moins marquée des corps célestes sur les corps terrestres. Qui oserait nier, dans l'état actuel de nos connaissances, que le mouvement de la terre , que les révolutions des astres ne sont pas combinés par le Créateur pour exercer une influence sur la conservation des êtres et de la vie dans le monde? Que savons-nous si, dans l'origine, Pastrologié ne fut pas appuyée sur de semblables principes? Plus tard, elle dégénéra et tomba dans l'absurdité, ce qui dut faire même oublier les principes certains de cette science.
C'est en Chaldée, en Egypte et en Phénîcîe qu'ont commencé aussi les sciences mathématiques et les sciences mécaniques; les arts de l'arcliitecture, de la navigation , etc. , ne permettent pas d'en douter. Elles étaient, îl est vrai, plutôt pratiques que théoriques, puisqu'à la Grèce appartient l'honneur de la théorie , de la généralisation.
Nous n'avons sur les sciences d'observation, les sciences naturelles et la médecine, chez les peuples qui nous occupent, que des données assez vagues, comme sur toutes les autres branches des connaissances hu*
DE LA. SGIEireB DAM L'HVMAinTlS. 1 1
maines. Cependant ils avaient nécessairement fait quel-» ques pas , puisque les Grecs ont reçu d'eux les premiers éléments. Chaque peuple a revendiqué pour lui l'invention de la médecine; ce qui prouve qu'aucun ne l'a inventée^ mais que tous s'en étant occupés dès les temps les plus reculés y ont dû la tirer de leur commune origine, et qu'ils y ont ajouté les observations quç Fexpérience et le besoin leur fournissaient.
C'était un usage en Assyrie d'exposer les malades à la vue des passants ', pour s'informer de ces derniers s'ils n'avaient pas été attaqués d'un mal pareil , et pour apprendre par quels remèdes ils s'en étaient délivrés. Ceux qui guérissaient plaçaient dans le temple du dieu de la médecine un tableau y qui indiquait les remèdes auxquels ils devaient la santé. Hippocrate passe pour avoir profité de semblables observations inscrites dans le temple de Cos.
En Egypte, au rapport d'Hérodote, il y avait un médecin pour chaque maladie • ; ce qui pourrait faire croire qqe déjà la médecine se partageait en différentes branches. Le régime hygiénique des Égyptiens suppose chez eux Fart plus avancé que partout ailleurs; ils prévenaient les maladies, au rapport de Diodore^, par les vomitifs, les purgatifs, les bains intérieurs et extérieurs, et les diètes. Chaque mois on usait de ces divers remèdes, fondés sur la croyance que toute nourriture contient un superflu dont s*engendrent les maladies, et qu'en conséquence tout ce qui tend à évacuer détruit le principe du mal. Les médecins étaient payés par PÉtat^ et il y en avait à la suite des armées. Mais l'obliga-
Diod., I. I, p. 22.
x/iuu., 1. X, p. laa.
* Hérod., 1. 1, c. 197.
^ Diod., 1. 1,p. 7$^
tion de suivre dans Texercice de leur art leurs devanciers et les règles tracées dans les livres sacrés , la peine de mot! infligée au téméraire qui , en s'écartant de ces règles 9 voyait périr un malade entre ses mains % durent arrêter tout progrès. INéanmoins, Fart des embaumements, tel que les Égyptiens le pratiquaient , put conduire à une connaissance au moins grossière de certaines parties du corps humain, aussi bien qu'à celle de la propriété des aromates et des simples. L'histoire de Joseph, le précepte de Moïse dans l'Exode ^, montrent que la médecine fut de tout temps une profession chez les Égyptiens. Us mêlèrent à son étude celle de l'astrologie , et à son exercice des rites mystérieux et des incantations. C'est en Egypte que l'anatomie fera plus tard ses plus grands progrès dans l'école d'Alexandrie, parce que son étude fut plus facile là que partout ailleurs. C'est encore de l'Egypte que la Grèce tirera la connaissance de plusieurs animaux, entre autres celle des singes. On retrouve sur les monuments égyptiens^ un grand nombre d'animaux qui prouvent qu'ils en avaient fait une certaine étude- Leurs idées ridicules sur les générations spontanées des animaux, sur la cosmogonie, etc., ont dû nuire plus à la science qu'elles ne lui ont servi : cela n'empêche pas de regretter éternellement la perte des volumes et des monuments où leurs progrès scientifiques étaient consignés; progrès qui durent être grands sous plus d'un rapport , à en juger par les parcelles de leurs débris que nous retrouvons épaisses. La langue hiéroglyphique ne dut pas être moins favorable aux sciences naturelles chez les Égyptiens qu'elle ne le sera chez les Chinois ; et
• Diod., l.I.
* Genes.j ch. L, v. a. — Exod.j ch. XXI, v. i^, . .. ,.
DE LAl S€IEKCE DANS l'hUMANITÉ. ïJ
nous ne voyons pas que rien chez les premiers soit venu en arrêter les progi'ès, si ce n'est peut-être la funeste influence d'une mythologie matérielle qui put bien remplacer pour eux la philosophie de Tschu-Hi, qui aiTêtera le progrès en Chine.
Au milieu de tous ces peuples s'élève un peuple qui ne ressemble à aucun deux, qui eut des rapports avec tous, et fut chargé par la Providence de remplir à leur égard une immense mission. Le peuple juif a exercé sur le monde une si haute influence religieuse, qu'on a oublié de lui rendre justice sous tous les autres rapports. On l'a regardé comme un peuple ignorant, qui n'avait rien fait pour la science; erreur d'autant plus grave que, de tous les peuples de l'antiquité, il est le seul qui ait embrassé tout le cercle des connaissances humaines dans sa vérité. Bien qu'apocryphe, la réponse de Josèphe à Âppion est assez ancienne pour mériter d'être citée. « Quant aux hommes de notre nation , y est-il dit, qui ont excellé dans les arts et dans les sciences, on ne sçauroit lire nos anciennes histoires sans connoistre qu'elle en a porté qui n'ont point été inférieurs aux Grecs '.
Éclairés par une religion certaine, qui fut pour eux toute philosophie, les Juifs firent de rapides progrès, surtout dans les sciences naturelles. Les sciences exactes leur furent peut-être moins familières; les abus de l'astrologie durent les en détourner; et leur constitution politique fut probablement un- obstacle au développement des progrès matériels de l'industrie, et des arts de la peinture et de la statuaire. Mais, aussi, les sciences morales, les lettres, la poésie, qui sont le parfum
* Josèphe, Réponse à App.j 1. II , ch. V; trad. d'Arnault ; ouvrage apocryphe, mais des premiers siècles de rèrexhrétienne.' ^ '
l4 PRSHlàBBS 90TIOR8
de l'âme, la sauvegarde de tout oe que le cœur de rhomme a de noble , et son intelligence de beau et d'élevé 9 furent portées chez eux à une perfection qui a fait et fera à jamais l'admiration du monde* Sortis de FÉ* gypte, ils en apportèrent tout ce qu'elle avait de con* naissances , et leur législateur est loué pour sa sagesse dans les sciences égyptiennes^
Clément d'Alexandrie partage la philosophie de Moise en quatre parties; la physique en est une; et il ajoute qu'il apprit l'astronomie des Égyptiens. À la manière dont Moïse parle des sacrifices, des animaux et de leurs qualités particulières, on voit assez qu'il était initié dans l'histoire naturelle et l'anatomie animale; et certes la narration de la création seule est un assez beau mo*nument scientifique.
Le livre dç Job , qui, s'il n'est pas de Moise ^ est probablement aussi ancien que lui , nous donne de remarquables indices de l'état où était alors la science. On nous y peint la terre suspendue sur le néant ' ; on y conduit l'esprit jusque dans l'intérieur du globe ^ pour y voir le lieu où l'argent commence ses veines , et la retraite de l'or. Le fer est tiré de la terre ^ et la pierre fondue par la chaleur donne l'airain ^. Les oxydes et les sels métalliques étaient donc traités par la chaleur dès le temps de Job , pour en opérer la réduction ; dès lors l'homme creusait dans les montagnes des vallées qui n'avaient jamais porté l'empreinte de ses pas, et s'enfonçait dans les entrailles de la terre ^ qui, comme au* jourd'hui , était déchirée intérieurement par des feux souterrains. Pour dire en poésie t{ue les exhalaisons des minéraux rendent la terre et les plantes stériles ^ le» oi«
' Job, ch» XXVI, y* 7.
* Id., cb, XXyiOi V, i,a^«to«
DB LA sosirca DÂHft TàWaMkmrû. i5
seâux et les bétes saunages ignorent la route qui mène aux minières. L'abaissement ou le soulèvement des montagnes par les tremblements de terre \ l'écroule* ment et la disparition des rocs arrachés du lieu de leur formation, et couverts par les flots de la mer^ dont la violence creuse la pierre et ronge peu a peu ses rivages *, l'écoulement des lacs, le tarissement des fleuves, avaient été observés ^. Voilà donc déjà le germe et le fond de toutes les hautes questions de la géologie*
La météorologie trouve aussi place dans le livre de Job ; on y parle raisonnablement de la plupart des mé^ téores< L'eau des torrents est desséchée par les rayons du soleil , et tout à coup Fair se rassemble en nuages; le Seigneur y élève des gouttes de pluie , enchaîne les eaux dans les nuées, et les nuées soutiennent leur poids; le vent en passant les dissipe, ou bien le Seigneur les étend pour s'en servir comme d'un pavillon ; sa sagesse les dirige en tous lieux : elles arrivent où il veut exercer ses vengeances ou répandre ses miséricordes , se dissi«> pent en rosée féconde, ou bien se répandent en torrent , fondent du haut du ciel et couvrent la terre i*
C'est Dieu qui a mesuré les eaux de l'abime et donne de$ lois à la pluie; il commande à la neige de descendre sur la terre , et aux pluies et aux tempêtes de s'y ré-' pandre. La tempête vient du Midi^ les frimas de l'Aquilon; Dieu souffle, et la glace se forme , les eaux se dur-> cissent comme la pierre^ et la surface de l'abime s'affermit ; le soleil de l'été apparaît, les eaux se fondent
^ Job,ch. IX, T. 5,6-
* Id,, ch. XIV, V. 18-19.
^ /rf.,ch-XIV, V. II.
* Id., ch. XXVI, V. 8} ch. XXXVI, v. a8, a9;>b. XXXVII, v.6-i3> ch.XXXVn,v-ax,
i6 / PREMIÈRES NOTIONS
ensuite au loin ; et la fonte des neiges et dès- glaces des montagnes forme les torrents y que les rayons du soleil dessèchent '.
Âs-tu pénétré dans les trésors de la grêle, demande Dieu à Job? Question encore insoluble aujourd'hui , de savoir comment se forme la grêle. Quand Dieu pesait la force des vents , et qu'il marquait leur route à la foudre et aux tempêtes^ où étiez-vous?Le tonnerre reteuitit dans tout l'espace des cieux, et les éclairs brillent jusqu'aux extrémités de la terre; après l'éclair, le ciel gronde ; le bruit s'est-il fait entendre ? le coup est déjà frappé. £t quand un nuage épais s'est formée, Dieu y fait .briller sa lumière , et son arc apparaît dans Je ciel, iic tourbillon, cette trombe terrestre, enlève l'homme dans ses plis, et il le brise ^.
Par quelle voie se répand la lumière? Pourrezvous rapprocher les brillantes Pléiades, ou disperser les étoiles de l'Ourse? Ailleurs on parle de l'Orion et des astres du Midi. Connais-tu l'ordre du ciel , et son influence sur la terre ^ ? La lumière était donc déjà regardée comme un corps; Ton avait observé plusieurs constellations, et l'on reconnaissait la dépendance mutuelle des lois célestes et terrestres; ce qui confirme lé fondement que nous avons déjà assigné à l'astrologie.
Si. du règne inorganique nous passons au règne organique, nous verrons que la manière dont on en parle suppose des connaissances déjà assez avancées. Les lois de la végétation sont assez bien analysées dans ces pa-
« Tob, ch. XXVIII, V. 25, a6 ; ch. XXXVH, v. 6-i3; ch. XXXVIII, V. 3o ; ch. VI, V. 16, 17.
> Job, ch. XXyiII, V. 25, 26; ch. XXXVII, v. 3-4, etc.; ch.IX, V. 17; éh.XXVir, 2r.
3 Id.y ch. XXXVIII, V. 3o-33 j ch. IX, y. 9. - .
DE LA. SCIENCE DANS l'hUMANITE. 1^
rôles: L'arbre qu'on a coupé n'est pas sans espérance; il peut reverdir ; il porte de nouveaux rejetons. Quand sa racine aurait vieilli dans la terre, quand son tronc serait desséché dans la poussière, ii germerait à l'odeur de l'eau , et ses feuilles reverdiraient comme au jour où il fut planté. On savait que les scirpus ne peuvent verdir sans humidité, ni les carecta croître sans eau ', L'araignée tisse sa toile , et la teigne se construit un fourreau ^. On connaissait le venin de l'aspic, et l'on avait observé que les crochets de la vipère sont de vé* ritables dents ^. Non-seulement on avait étudié les mœurs des insectes et les poisons des reptiles; mais jamais description plus poétique , plus naturelle et plus vraie fut-elle faite du plus grand de tous les reptiles, le crocodile? «Je n'oublierai point Léviathan, sa force, et la merveilleuse structure de son corps. Qui le dépouillera de l'armure qui le couvre? qui lui donnera un double frein? qui ouvrira les portes de sa gueule? La terreur habite autour de ses dents; son dos est couvert d'écaillés, comme de boucliers étroitement scellés : l'une est si bien jointe à l'autre, que l'air ne peut passer entre deux; elles s'attachent, se lient entre elles, et ne se séparent jamais. Ses frémissements font jaillir la lumière; ses yeux brillent comme les rayons de l'aurore. Des flammes sortent de sa gueule, et des étincelles volent autour de lui. La fumée sort de ses narines comme d'un vase rempli d'eau bouillante. Son souffle est semblable à des charbons brûlants ; le feu sort de sa gueule. La force est dans son cou, et la terreur s'élance devant lui. Les muscles de sa chair sont tellement unis, que rien ne
> Job, ch. XIV, V. 7-9 ; ch. VIII, v. 1 1, la. * Id., ch. VIII, V. i4 ; ch. XXVII , V. 18.
3 Id.y ch. XX , V. 16.
f8 pfttiMiiRBS irôfrowS
petit les ébrâfifler. Son cœur est dur comme le fochef , comme la meule qui écrase le graio. Qiiànd il Se lève, l#ft forts sont dans la crainte; dans leur terreur, ils liffafltiCèltetit. En vain on l'attaque avec Tépée et la lancé, kfs dards ëf leâ javelots. Le fer est comme la paille lé- ^è; l'airain n'est qu'un bois aride. Lés flèches ne le ihétteitt pad en fuite; les pierres dé la fronde sont pour hn ëothme Thérbe des champs J la massue est comme Sfi brin dé paillé J il se rit de la lance. 11 repose sur les cailloui lés plus durs; uti lit de dards est pour lui Ck)mme lé limon. Sous lui, l'abtme bouillonne comme Tëôti fedr le brasier; la mer S'élève en vapeurs comme Feticéti» d'iiÉr vâsé d'or* L'otlde blatichit derrière lui comme la chevelure d'uÉî vieillard. Nul sur la terre n'a étt puissance; il a été créé poUr ne rien craindre '.»
Les ôiséaut dortt il parle sont tout aussi poétiquement décrits i «Qui a donné au paon son plumage, au bérdtî son sligrétté , à l'autruche ses ailes ? Elle abandôtltie sur la terre se^^œufs, que le sable doit réchauffer; elle oublié qu'ils seront peut-être foulés aux pieds ou brisés par lés anittiàux. Insensible pour ses petits, tommë s'ils n'étaîéiit pas les siens, elle ne craint pas dé toir son enfantéitient inutile; car Dieu l'a privée dé Ëâgessé, et hé lui â poiilt donné l'intelligence. Mais lorsqu'il en est temps, quand elle élève ses âiles^ elle se Ht du cbetâl et du cavalier *.* Qui jamais a décrit d'une ïhânièré Si Cjôiicîse et si poétique tout à la fois les m(3eurs de l'autruche? il semble la Voir fuir devant le chasseur àved une rapidité qui lé désespère. En lisant le dernier trait, ses ailes, qui ne peuvent Servir au Vol, parais-
' Job, ch. XLI.
» Id.f idr, ch. XXXIX, V, i3-i8.
Sent pourtant levées pour équilibrer et acc^lércfr ^ édurse , et le cavalier est la risée de ses cris.
Tous ont admiré Buffott dans la peinture qu'il fait du cheval : eh bien ! voici soft modèle et son mattre : « Est-ce toi qui as donné la force aU cheval , qui as hérissé son cou d'une crirtière fliOuVafttè? Le feràs-tu boîidir comme la sauterelle? Ses naseaux soufflent là terreur. Il creuse du pied la terre, il s'élance avec orgueil, il court au-devant des armes. Il se rit de la peui', il affronte le glaive. Sur lui le bruit du carquois retentit , la flamme de là lance et du javelot étincelle. Il bouillonne, il frémit, il dévore la terre. A-t-il entendu la trompette? c'est die! il dit : Fahl Allons; et de loin il i-éspire lé combat, la voix tonnante dés chefe, et lé fracas des armes '. »
On y mentionne les biches, les chèvres sauvages, le temps de leur portée,^ et les cris que leui* âIr^achent les douleurs de la parturitîon. On y parle de l'onagre sauvage et de l'orix ; l'hippopotame y est décrit i # Vois Béhémot, que j'ai créé en même temps que toi : comttié le taureau , il se nourrît de Therbe de la prairie. Sa forcé est dans ses reins, ses flânes sont comtne uti épais bouclier. Il agité sa queue, semblable à un cèdre ; leè muscles de son corps sont comme entrelacés; ses os tout dés tubes d'airain; ses membres, des latnesde fei*. C'est le chef-d'œuvre de Dieu. Celui qui Ta créé Fa arttié d'un glaive. Les sortititets les plus élevés produisent sa pâture, et les animaux des champs viennent se jouer autour de lui. 11 se repose en des lieux secrets, parnoÉi les joncs fleuris, et dans la fange des marais. Les roseaux le couvrent de leur ombre, et les saules du tor-
» Job, ch. XXXIX, v. i9-a5.
ap PREMIÈA£S NOTIÛKS
rent Fenvironnent. Voilà que le fleuve s'enfle : il ne redoute rien, il resterait immobile quand le Jourdain fondrait sur sa tête. L'attaqueras-tu de front, et oserastu percer ses narines ^ ? »
Non-seulement on parle, dans Job, des animaux, mais encore on y touche la structure du corps humain, et on y signale plusieurs faits physiologiques. Vous avez revêtu mon corps de chair et de peau, vous l'avez fortifié d'os et de nerfs. L'oreille discerne les paroles, comme le goût juge les mets; la nourriture s'altère dans le sang, et se change en un venin mortel. Mais le grand principe de la science, la reconnaissance et la glorification de la cause suprême, se trouvent admirablement exprimées dans le peu de mots où Job semble avoir voulu résumer tout ce qu'il a dit de la nature: « Interix)gez les animaux des champs, et ils vous instruiront; les oiseaux du ciel, et ils vous apprendront. Parlez à la terre , et elle vous répondra ; et les poissons de la mer vous diront : Qui ignore que tout a été fait par la main de Jéhova? 11 a dans sa main la vie de tout ce qui respire, et l'âme de tous les esprits créés *.
On s'imagine que Job et ses contemporains n'étaient que de grossiers bergers. Il est bien vrai que l'art pastoral était alors plus en honneur qu'il ne l'a jamais été depuis; mais nous avons déjà vu les sciences et les arts cultives, par les patriarches; le livre de Job, en nous le rappelant, nous apprend de plus qu'on savait écrire des livres, et graver sur la pierre et l'airain avec un ciseau 3. On fabriquait des aimes de fer et des arcs d'airain; les enfants jouaient du tambour et de la cithare, et l'on
» Job, ch. XL, V. 10-Ï9.
» Jd., ch. XII, V. 8-10.
3 M, ch. XIX, V. 23, a4.
DE LA SCIENCE DANS l'uUMâNITIÊ. H
dansait au son des instruments ' ; on exploitait les entrailles de la terre, on desséchait les fleuves, on arrêtait leur cours.
Ainsi, en entrant dans la Palestine, les Hébreux avaient le germe de toutes les sciences consigné dans leurs livres sacrés. Malheureusement les anciennes annales dont parle Josèphe, et qui auraient sans doute jeté un grand jour sur l'histoire scientifique de ce peuple, ne sont pas venues jusqu'à nous , et il ne nous reste aucun monument qui puisse nous éclairer sur l'histoire des sciences chez les Hébreux, depuis Moïse jusqu'à Salomon. Mais alors aussi nous avons la preuve la plus certaine qu'ils n'étaient pas demeurés dans l'inaction; ils avaient, en effet, parcouru tout le cercle de la philosophie; et ils eurent la gloire unique dans le monde d'avoir, dans l'un de leurs plus grands rois, le plus grand de leurs philosophes, et un génie scientifique qui ne le cède à aucun autre, pas même à Aristote, qu'il surpasse en un sens, puisque longtemps avant lui il avait achevé et clos le cercle des sciences, que le philosophe grec ne put fermer, faute du rayon le plus important.
Les génies universels ne sont jamais spontanés, ils ne surgissent pas tout d'un coup au sein d'un peuple ignorant; mais il faut, et c'est là l'histoire de l'esprit humain , que les voies leur soient préparées par les travaux et les découvertes d'une longue suite de prédécesseurs; et quand toutes les branches ont été travaillées ) que tous les matériaux nécessaires à la construction du grand édifice sont rassemblés, alors apparaît un de ces esprits moins rares peut-être qu'on ne pourrait le croire, mais qui, placé ainsi dans les cir-
* Job^ ch. XX, V. a4 5 cIï. XXI, v.: la: . '
^2 PAi£ft^$ç]gs iroTioir$
constances ]e$ plu$ favorables à son action , ^éfloie I4
puissance et l'énergie qu^ bien d'autres , mpins fayor
risés, ont consumées dans un vain l^eur* H 90^
brasse à la foi^ tout ce que les ^utr^s lui ont préparé ^
et en foroie cetj.e jjrapde syntbèsç qiji est la science
açbevép.
Tel fut Salomop y jf^é ^Ms topte3 les circonstances U$ plus fftvor^bles à la culture d^s sciences et des arts^ fils fju plus gran4 de§ rois d'Israël. D^vid avait étendu les limitç^ de son rPydume jusqu'où elles pouvaient aller ; tous les peuples limitrophes étaient ses tributaires; et I^ p;aix, fruit du cpurage et de la victoire, faisait réégner l'abondance et |a prospérité dans ^es États, Ce fut sur up trôpe aussi biep établi que monta Salooiop, qui p'eut plus qu'à profiter du règne de son père pQur se rendre grand. Son ^liance avec les rois de Tyi* étendit son commerce I rempli^ ses trésors, et iptrodiii^ parmi se^ sujets la culture des arts, dop|: ils s'étaîept peu Qccupés jusqu'à ce mom^^t> J^ construction du temple et de^ palais de 3^omop atteste l'habileté de^ Tyriens, eî le f,è\^ dp roi des Hébreux à procure^ à (ion peuple, non-seulement Tptilp, mais encore lebeaii» Le temple, le plujs bel édifice de ces temps, regardé comme ^upe merveille, les détail^ de ses palaiç, prouvepU^s progrès (Jes arts , surtout de l'architecture, 4© h sculpture, ,de la peipfure et de la métallurgie K
Lft flciusiquç était née ep Israël, fdle du Très^lfeut, consacrée à &QP cp}^ comme 1^ poésie i elle fut fiom- ^pte sous Pavi^» q^i rivait presque créée; elle arriva sop^ l^opiop apssi l^aut qu'elle pouvait atteindre^ et rpp a pu ^u^er qu'elle sjirpafi^ l^out g^ que las APr
« L- m Reg., ch. VIct VJÏ; ;o}^^/i(^,/f*, |, yffl, A. JI,
DE LA. $CI4^CJ& DASfft h'SiV^àlXlTÉ. j|J
âaos avaient de grand et 4e siiblioi^ daps cet ^rt, sans ^q e^ccepter même la Qrèce.
l^ cultgr^ des arts, et l^s soios 4u gpuyi^rnemfint d^ ^oo peuple, n'erppéchèrent pas ce vaste gépl^ dç ffiirt d^nsle/isc^ncescoqu'ilavait exécutéd^psiere^t^, ha. li^U^ de s(&s puvrag^s, qi^i pops est seule de|^^UFë^, mp^lLrf avec quelle étepdue il avait développa tppte^ las copr q^iisapoes hufpaines, et nous f^it regretter la perf^ 4^ ces p!|pnumept^ si précieux, où la sagesse qp'il ayaii: reçue ^n don devait être empreinte. Il avait traité d^ }a physique en gép^ra) • /« disposition de Vunivers §t l^f vertus des élémefit^i il avait traité du t^rpps, #t 4§ tontes les questions qui s y rapportent : dvf, cgmi(ipncfir mmtf d^ 1(1 fin et d^ milieu des temps ^ des phangef^ent^ successifs et du retour des temps. Pui^, il étpit entf^ 4an3 Ta^tronoiiL^ie, et avait traité du cours des années et de la marelle d^S éfpile^ ; la paétéorologie, la force, dfi^ vents. Enfin 'j apriàs avoir ^m^ra^sé l'univers daq^ §a g^ néralité| il de^Qend dans ses ^iiîér^i^lÊ^ bf anches, ^ éinà}^ U paQ04e organique; il cpnJI»^pce par ]^ bot^r pîqu/e^ sup^r lignis; il fait l'^istp^fe de tops ks végiélau^j^. depuis le cèdre qui ^stswh Libafiyjltsqu^'à thj^opequi sort delà muraille. En zoologie, il p^rle 4'abpr4d^s gçniér ralit%4e la natpre des animau:i^ et de rin^tinjQt£J[p$ bêtes .en gépér^î P**i? ^ divisfç Iç règne apimal, pp plutôt lef ^in^aux ver^brié^ Pu ostépzoaires, dppt ^1 a seule^ie^^ parlé en quatre ^pbdivision^i qpi sont encore ^^s quatrç grand es classes admises gépiéralemep t dans l'ordre op il çi^ traite : i^ desçuum^ux terrestres^ a® d^s oiseau^ ^ 3** df^ reptiles^ qu'il se gatde bjjen de con fpndi^^ V(^^^ l^s poissp^^s, ou déplacer après eux ; t\ il finit par /^j'/?owj'o/w, dans lesquels il renferma probablement les mollusKjues j et plprs les articulés, les insectes, dont il parle quelquefois i^ans sç^
!l4 PREMI^^RCS NOTIONS
livres, pour en tirer des comparaisons ou pour décrire leurs mœurs, auraient fait la cinquième subdivision de sou règne animal. Ce règne le conduit à l'homme, et il rétudie dans tout son être, i^ La psychologie, les pensées des hommes; 2° l'homme dans sa nature organique, et l'application des connaissances acquises par la science aux besoins de l'homme, les différences des plantes et les vertus des racines^ la botanique médicale ^ Avec tout cela il ne fut point étranger aux lettres et à la poésie : il composa trois mille paraboles^ et il fit mille et cinq cantiques. Ce qui est surtout remarquable, c'est que toutes les sciences furent conduites par lui à leur véritable but. Dieu et sa glorification; et parla il traça le dernier rayon en traitant delà théologie, ou de Dieu créateur et conservateur. Du reste , le peuple juif fut plus favorisé sous ce rapport que tous les autres peuples; il ne perdit jamais de vue le grand principe de toute philosophie, comme de toute science. Le cercle fut tout tracé pour lui dès l'origine, et l'on peut dire qu'il commença par où les autres ont fini. Voilà sans doute ce qui dut favoriser ses progrès, et éloigner de lui à tout jamais ces systèmes destructeurs de la science qui arrêtèrent les autres peuples, et dont sa religion le garantit.
Les livres qui nous restent' de Salomon , et qui sont révélés, ajoutent à toutes ses autres gloires celle de prophète. Sans doute qu'il ne fut aussi grand que par un don spécial de Dieu ; mais cela n'empêche pas de reconnaître en lui, sous le rapport où nous le considérons, le résumé , la mesure de la gloire scientifique de sa nation; gloire qui vivra encore après lui, et désormais
' L. Sapientiae, ch. VII, v. 17 et suiv.; lib. III Reg., ch. IV, V. 3a, 33. ^
D£ LA SClEirCB DANS L*UUMANITB. aS
nous verrons le peuple juif apporter aux autres nations sa part de science. La cour des rois de Perse lui emprunta ses plus sages et ses plus grands ministres; l'Egypte, sous les Ptolémées, lui demanda ses livres, et" fut en relation de science avec lui. Les Grecs ont reçu des Juifs en philosophie et dans les autres sciences. Outre un grand nombre d'autres preuves , le décret rendu par la république d^Athènes en l'honneur d'Hircan, et envoyé à ce prince par des ambassadeurs de la république, démontre, d'une manière plus forte encore', qu'il y avait entre la Judée et Athènes des communications, et qu'un grand nombre de Grecs voyageaient en Judée, et pouvaient par conséquent y puiser quelques connaissances. Le goût des sciences demeura si profondément imprimé dans le génie de cette nation singulière et étonnante, que, même après sa dispersion, elle les fera encore fleurir partout où elle se trouvera. Ce seront des Juifs avec des Chrétiens qui porteront les sciences aux Arabes paria Perse; et ces mêmes Juifs, avec des Arabes, apporteront les sciences en Europe à l'époque de la renaissance. Ainsi donc, bien que cette nation n'ait laissé de sa science aucun monument écrit, elle n'en a pas moins rendu de grands services, et puissamment contribué aux progrès de l'esprit humain.
Quand on cherche à approfondir, autant que des lambeaux le permettent, le caractère scientifique de la période que nous venons de parcourir, on y découvre facilement les marques d'une commune origine; les effets et les causes sont intimement liés dans la science, antique. Les Égyptiens et les Hébreux contemplaient la nature dans la cause suprême; le caractère de
* Jos., ^/î^<?.,l. XrV,ich. XVI. • .
Jçur (sci^oce fut dûQp eminemisiant théologique ; ^}: 4(98 que ^a pureté fut ternie pa^ le inatérialisme soqs unp forme quelconque , on vit le progrès ^'arrêter, qpmme le prouve TÉgypte, où prédoqciina une mythologif végétale et animale. I^es Juif$ 3eq)^ furept exempts 4^pett$ trii^le nécessité. Malgré cela, le car^ctèf/^ \héor logique n'abandonna jamais la science orientale; et le laoatérialîsp)^ m/è^>e y eut un caractère spécial qui tenait à ijl profoqdejimpre^sion du dogme primitif, etqu'ilpe put ^coner, pomme le matérialisme occidental le fit plus tard- Toujours donc les nations asiatiques furent en ppsr session d'une civilisation et d'uPP science qui ne p/^r»met pas de penser qu'elles aient jamais éprouvé de dégradation; il n'en sera pas de même si nous considérons ceUe§ qui, s'étant plus éloignées du berceau 4es peuples y se trouvèrep|: plus cQmplét:em^utsép£^rées 4e la source. Nous les trQuverops topt^s d'abord à un ét^t de déchéance plus ou moins gpand , et qui durera plu^ QU mi^ips lopgtemps, suivant qu'elles se ^ppt plu^ ou molm éloignées de leur origjpe. Aip^i h Grèce et ntalie? qui éprouvèrent g un moindre degré cette d^phé^ncef pasj^erppt néappaoipi^ leurs premiers àge^ k ^'établir $ur le so), e{ recevront ensuite, p^r de nouvelles communiiPatiop^, les lumières de la mèf-e patrie ; tandis que le3 barbares que le Nprd Yoipi^'^ d^P$ son teinps , ayant pareourp un bien plus long trajet, et par là mep^ brisé tout Hep et toute copimpnipatipn ^vec la métrppole^ croupiront dapis l'ignorance jusqu'à ce que, poussés par la soif de$ popquéte^ et l'envie des ricbesi^es de 1^ civilisation 9 ils viennent /se heurter contre les peuples qui ont PQpservé Je feu wcre et la Jupûèriç dp l'jipteljigence.
Rome était née pour doisiuier p.9f la forc^; et pous
DE Là. SClBffÇf pÀ^i f^'jlXJUAlSflTà. tj
ne devons pas nous attendre à trouver parmi ces fiers républicains^ dont I9 gife^rç ^ les oal^ales politiques et l'empire du monde absorbaient le génie, de ces hommes qui font faire des progrès à l'esprit humain. Nous y trouverons bien des orateurs remarquables; mais, nés des tempêtes de la démagogie, ils n'ont de langue que pour la tribune , excepté peut-être le plus grand et le dernier des orateurs de la république, dont la parole défendait avec autant de puissance Marcellus et Milon, qu'^llis jchai^sait Catilina ^t ^qndamoait Verres. Capend^pt op a lieu d'iêtre surpris da trouv^r dans Numa, b siQcond i^pi de )[lo^l^, una philosophie pure et une spience aussi exacte qu'elle pouvait Tétre alors 9 sans qu'on puisse dire où il les avait puisées. Les règles' qu'il avait priescritps pour le calendrier noi^nfrent qu'il cppl)9iss^it ^ssez précisément Ift longueur de l'annéd polaire; c'est une preuve à ajouter k bieaucoup d'autres, qui? les sciences étaient déjà florissantes dans quelques parties ^e l'Italie, et que l'Ëtrurie fut probablement la piaitresse de Rome* Quoi qu'il en soit, si plus tar4 l)oi|s voyons à Rom^ un Y^rpon, un Pline 9 etc., s'oo^ cpper des sciences, leurs ouvrages iie seront que d^s cQpie§ PU des cp^npilatiops k peu près infructueuses pour le progrès. Sfais il n'ep ser^ p^s de rnèma de la Grèce proprement di^e, ni de cette ps^rtie d« l'Italie qui ^ pprté le noip 4^ Grande Grèce, Nous gUons voir ce peuple faire plus poxir Jft science que tpus le$ ^titres ensein)>lç,
' Hist, Rom.., Catrou et Rouillé, 1. 1, p. 190.