‹ Histoire des sciences de l'organisation et de leurs progrès, comme base de la philosphie;Chapitre 18 sur 45 · I. COUP d'oeil historique sue la grège · texte numérisé non relu

I. COUP d'oeil historique sue la grège

II n'est plus permis de croire à l'état sauvage des premiers habitants de la Grèce. Descendus directement des hauteurs du Caucase, ou de ce pays de l'Arménie septentrionale où nous avons vu le genre humain recommencer sa course , les Grecs sont un peuple primitif, tout aussi bien que les Chinois, les Indiens, les Ghaldéens et les Égyptiens. Race d'une organisation heureuse au physique, ils ne tardèrent pas, grâce à la beauté du climat de la Grèce, à se développer d'une manière plus remarquable et plus suivie que les autres peuples; ils s'étendirent à l'ouest jusqu'en Italie, et au sud-est jusque sur les côtes de l'Asie Mineure; à l'est jusque sur les rivés les plus éloignées de la mer Noire. Leurs relations avec les villes d'Ionie et avec les Lydiens contribuèrent encore à leur développement. Bientôt leur commerce s'étendit jusqu'en Egypte et en Phénicie , qui établirent dans la Grèce des espèces de comptoirs devenus ensuite des colonies.

L'Asie Mineure et la Crète, qui, située sur le chemin de l'Egypte en Grèce, avait dû en recevoir des colonies avant celle-ci, apportèrent à la Grèce des éléments divers qu'elle élabora, et dont elle fera jaillir plus tard un éclat et une gloire qui lui seront propres. La Méditerranée, après avoir vu la blancheur des voiles

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de rÉgypte contraster avec le teint noir de ses mate* lots ^y après avoir reçu sur tout le contour de ses bords les colonies phéniciennes ^ verra la Grèce envoyer à son tour des essaims d'une population active fonder les colonies de Cyrène dans le nord de l'Afrique, planter l'olivier, et construire l'opulente Massilie, rivale et héritière de Carthage à l'empire des mers, sur les plages méridionales de la Gaule; orner tout le midi, l'est de l'Italie et la Sicile de brillantes cités qui, sans cesse en communication avec la mère patrie, en conserveront le génie , et rivaliseront avec elle dans les sciences, la civilisation et le commerce. Au nord de l'Asie Mineure, les bords septentrionaux et méridionaux du Pont-Euxin seront habités par des peuplades grecques, tandis que l'Éolie, l'Ionie et la Dorîde donneront à la Grèce les plus belles contrées de l'Asie Mineure, et les plus favorablement situées pour le commerce. Telle est cette Grèce, merveille de l'univers, dont Athènes, la Grèce de la Grèce, selon l'heureuse expression du poète, fut le centre intellectuel; terre classique de toute gloire, libre et esclave tout à la fois, assez puissante pour terrasser l'Asie, tropmuline et trop jalouse d'ellemême pour échapper au joug de Rome, à laquelle cependant, esclave et vaincue, elle imposera sa puissance intellectuelle; et les Romains apprendront à penser et à être hommes, de ceux qu'ils ne prisaient pas autant qu'une murène engraissée.

Ce n'est ni dans la Chine ni dans l'Inde qu'il faut aller chercher les premiers germes raisonnes des connaissances humaines; ce n'est pas plus dans la Perse, l'Egypte ou l'Italie : la Perse n'eut que des spéculations

» Les Suppliantes, trag* d'Esdiyle, Théàt Ap% Gr., %. Il, p.. 4*0-1 x.

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mëtâJ)hysiqueS;rEgypté se renferma en elle-ménie^ et Jâ Grèce ne Fintéressa d'abord que pour son coiiintierce; l'Egypte, d'ailleurs, ne fit de la science qu'Utié théogohie plus ou moins abstruse; l'Italie a tout reçu de la Grèce ; la Chaldée elle-même ne donna aux Grecs que des observations astronomiques. La Grèce était déjà ataftcée , quand elle commença ses relations avec ces pays divet's. C'est donc dans cette belle contrée que les premiers germes des sciences positivés se sont développés avec rapidité.

Les poètes de la Grèce commencent de prime abord par les questions les plus difficiles sur l'origine des choses, sur la nature des dieux et des animaux, sur la grandeur, la dimension et le mouvement dés côfps célestes. Les sages persévèrent dans la même voie, et leurs sticcesseurs , les premiers philosophes, s'enquièt*ent ensuite du mécanisme de la respiration et de la digestion , de l'action des sens et de la reproduction ; et enfin le^ philosophes arriveront à constituer le cercle dès connaissances humaines.

L'astronomie fut cultivée dès les premiers temps chez les Grecs ; l'histoire des Argonautes, Flliade, TOdysséé, en font foi; et Thaïes le Milésien jeta chez eux les véritables fondements de cette science.

La métallurgie, l'art de fondre et d'allier, dé sculpter et de graver les métaux, la mécanique, paraissent avoir commencé très-anciennement chez les Grecs ; les travaux de Vulcain, décrits par Homère, donnent la tne- SUre de leurs progrès.

La médecine fut d'abord en Grètîe la science des princes et des héros; elle descendait du ciel; la famille des Âsclépiades conserva depuis la plus haute anfiquiié, par droit d'héritage, là sdeiace et l'itrt de guérir.

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Eâculape , chef de c^ette famille , devint le dieu de la médecine; des temples, qui devinrent des écoles, lui furetit élevés dans le voisinage des sources d*eaux minérales et iherttiales. La fondation de trois écoles célèbres, Tune à Rhodes, l'autre àCos, et la dertiière k Gnide, par ses descendants, sigtiala de nouvelles dé^ couvertes et uft progrès plus marqué. Mais la science ne sera véritablement constituée en corps de doctrine que par le plus célèbre des Asclépiades, Hippocrate, le père de la médecine. Telle est Fongine de la science en Grèce. Mais au sixième siècle atant Jésus-Cfarist , la Grède^ aiisise au radg des nations puissantes j donne à son mouvement intellectuel un essor grahd et imposant. Les Sept sages apparaissent pour préluder, par Teriseignement de la morale et la création des systèmes législatifs, à ce brillant spectacle qu'offrent la poésie, l'art tragique, l'éloquence, la philosophie et les sciences. C'est dans cette époque qu'Athènes, d'abord gouvernée par des rois qu'elle remplaça successivement par des archontes à vie, décennaux et annuels, jalouse de sa liberté , secoua trois fois le joug de Ksistrôte, dont la constance et l'habileté triotnphèrent enfin de ces efforts redoublés; et il régna. Sùù long et heureux règne commença pour Athènes les jours de la gloire , et elle lui dut peut-être de Se trouver plus tard à la tête de la Grèce : il protégea les lettres j les sciences et les arts. C'est à lui que nous devofiS les poésies d'Homère, qui seules suffisent bien pour absoudre son ambition, même aux yeux d'une république. Cependant Sparte et Athènes^ qui se disputeront plus tard l'empire de la Grèce, se liguent, et Athènes brise pour toujours le joug des Pisistratides. La guerre se déclare entre Athènes et Darius^ et c'est là le commencement du siècle le plus

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brillant de la ville de Minerve en tout genre de mérite. Elle osa compter sur ses forces , qui n'étaient rien en comparaison de celles de la Perse et du grand roi. La victoire de Marathon , qui coûta six mille quatre cents hommes aux ennemis, et moins de deux cents aux Athéniens y enfla extrêmement le cœur de ces fiers républicains. La terreur qu'elle répandit chez les Perses, l'estime où elle mit Athènes dans toute la Grèce et les contrées voisines, lui inspirèrent ces sentiments de grandeur et de fierté qui la portèrent à se croire l'arbitre suprême de la Grèce qu'elle défendait , et, par cette orgueilleuse opinion, à se frayer peu à peu une route pour le devenir en effet.

La trahison vraie ou fausse de Pausanias, chef des Lacédémoniens , fournit aux Athéniens le prétexte de leur enlever le commandement des armées de la Grèce dans la guerre Persique. De la souveraineté ils passèrent à la tyrannie, qui leur faisait traiter les Grecs moins en alliés qu'en sujets. Ils s'enrichirent, et se firent les arbitrès du trésor commun , fruit de la convention par laquelle chaque ville grecque leur payait une somme annuelle, qu'ils exigeaient, moins à titre de quote-part pour la guerre dont ils s'étaient chargés , qu'à titre de tribut. •

C'est à la faveur de ces grands revenus qu'Athènes s'orna de monuments en tout genre, où toute la délicatesse des arts et la somptuosité d'un grand et riche .État s'immortalisèrent, pour servir un jour de modèle au luxe des Romains et à celui des nations futures en fait de magnificence et de goût , et firent d'Athènes le rendez-vous du génie et le centre de la Grèce intellectuelle.

: Un demirsiècle s'était passé; le ressentiment de Sparte

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secondée de plusieurs villes grecques, fit échiter la guerre du Péloponnèse, qu'Athènes soutint pendant vingt ans. Mais le siège de Syracuse, témérairement entrepris, répuisa d'hommes et d'argent, et la peste acheva ce que la guerre avait commencé; ses alliés mirent bas toute crainte, et Tabandonnèreut. Sept années son nom et son courage la maintinrent encore; elle ne succomba que sous les honteux efforts des Lacédémoniens , qui appelèrent à leur secours les Perses , naguère si glorieusement rejetés de l'autre bord de la mer sur le même flot qui les apporta. Athènes médita pendant trente ans comment elle souillerait sa gloire, en mendiant à son tQur le même secours aux ennemis de la Grèce. Par là, du moins, elle délivra les Grecs de lesclavage de Sparte, qui n'avait pas mieux usé qu'elle de son pouvoir. Thèbes parut ensuite, avec son Épaminondas; et depuis, la balance pencha tantôt d'une part, tantôt de l'autre, jusqu'à ce que Philippe, père d'Alexandre le Grand, fixât enfin à la Macédoine Tempire de la Grèce, que ces trois Etats s'étaient si longtemps et si opiniâtrement disputé ; mais il ne put y transporter le centre de la science, que nous verrons plus tard s'en aller d'Athènes à Alexandrie.

Cette brillante époque de la vie politique de la Grèce sera aussi sa plus éclatante période pour la science^t la philosophie , dont nous devons étudier maintenant les premiers germes avec quelques détails.

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