‹ Histoire des sciences de l'organisation et de leurs progrès, comme base de la philosphie;Chapitre 22 sur 45 · Sources. Hérodote (né 484 av. J. G. ), qui florissait · texte numérisé non relu

Sources. Hérodote (né 484 av. J. G. ), qui florissait

AVANT ARISTOTÈ. 89

trente à quarante ans après la mort de Pythagore, est le premier qui en parle. Il dit que les vêtements des Égyptiens ressemblent à ceux des orphiques , des bachiques et des pythagoriciens '. Dans le même chapitre il traite les fêtes pythagoriciennes d'orgies; on s'est appuyé làdessus pour affirmer que Pythagore avait été en Egypte; du moins nous n'en connaissons aucun autre cité d'Hérodote, et nous en avons vainement cherché nousméme dans cet historien. Or le passage en question ne prouve pas du tout le voyage de Pythagore en Egypte: il peut permettre de le supposer si l'on veut, mais sans en fournir aucune preuve.

Isocrate , dans son éloge de Busiris , où il essaya de faire briller son éloquence par des paradoxes, dit que Pythagore voyagea en Egypte.

Platon a été en grandes relations avec les pythagoriciens d'Italie; il puisa chez eux une partie de sa doctrine , et Ton doit s'attendre à trouver de fréquentes mentions d'eux dans ses ouvrages; nous n'y connaissons pourtant aucune circonstance bien importante touchant la vie de Pythagore, dont le Timée expose les sentiments. Dans son Phèdre, Platon modifie la transmigration des âmes, et la restreint aux hommes seuls, tandis que Pythagore rétendait jusqu'aux animaux.

Aristote est encore ici le premier et le plus nécessaire à consulter; il a parlé dans une foule d'endroits des pythagoriciens et de leur doctrine; mais, à notre connaissance, il n'a nommé Pythagore qu'une fois, c'est au chapitre cinquième du premier livre de la Métaphysique, où il dit qu'Alcméon fut de l'âge de Pythagore, déjà vieux. Partout ailleurs il présente les pythagoriciens comme habitant l'Italie , comme s'étant appliqués les

' Hérod.,L II, ch. LXXXL

§a IÉI»ÔQtJÈ fcRiCQTTÈ

JibéftlieW SUx niathéitiatiques ; et enfin il etpose fdftau lùrigledi^ddetHne toutes les fois que l'oecàsiotl s'en pré^ sëttte. Voilà 6b qiietioUfe troUvôtts dans les ouyragesqui iious restent d'AHstote; mais il est certain qu'il avait écrit sur la Tië et l'institut de Pythagore : ces derniers ëdritri sont tbalhëllfeusement perddâ, et ih ont été peu eitési Citiérôn dettiandé pourquoi Pythagot*e lui ^ même a-t-îl pat*coUru rÉgypte , et poUi*quoi a-t-il été trouver lëi Itîàges de Perse *?«lVotis apprenons > dit<il aillëtlfs^ qUe Pythâgoi^e , t)étttodrlte et Platon ont parcouru des tètt^^ lointaines *. » Nous aurons à voir où Cicérort a lii ces voyages, et ce qu'il fkut en petisèr* L'ot^ateur româifl ëipofeé ainsi là doctrine de Pythagore, en nous apprenant de nouvelles circonstances î « Pythagorfe croit que Dieu est une âme répandue dans tous les êtres de là nâlufe, et dont les âmes huthaineS sont tirées. De tous Céitx doïit il nous reste des écrits, Phérécyde est le pre^ tïiier qui ait SoUtetiû l'immortalité de l'âme ^ ; il vivait soUS Tulliis, troisièttie roi de Rome. — Pythagore^ son disciple j soutînt fott cette opinion ; il arriva en Italie sbUS far*quîn le Superbe, Ouvrit une écôltf dans Id Grande Grèce, et l'on ne passait point pour savant à mdirïà d'être pythagoricien. Mais, hors les cas où les nombres et les figures pouvaient servir d'explication^ lés pythagoriciens né rendaient presque jamais raison de ce qu'ilii avançaient, t^latori vint les voir^ il ettiprUtitft là doctrine dfe Pythagore sur l'immortalité de l'âme, et entreprit de la démontrer. GicéroU dit encore que PytîiagoPè àffettait dfe parler d'une manière obscure ♦*

' Cicéron , de Fin,, V, 29.

* lYiscul. QuϏt.y IV, 19.

' Il faut Ike la transmigration des ànies probablement ^ car longtemps avant Phérécyde on croyait Vin^haHàUté^ ^ Cicéron y de Nat^Dfior.y 1.1; Tuseul.fh

ayknr âribtotb. 91

OWde consailre Une pAtive de §dfi cjfuiààttèAiè ébailt à exposer l'hiatoire et la doetriile dé Pytbagore } on y Ut qu'il étidt de Samos, qu'il fiiTait fui la tyrannie pour venir s'établir en Italie^ el que Nu ma fut son disciple. Â^na^ chronisme permis au poète ^ tnai6 qui est réfuté par toutes les dates les plus certaines | et le tëitioignage de tous les auteurs anciens les plus graves.

Lilcrèoe, au premier livre de son poëme, réfute les pythagoriciens et leur doott^iné des antipodes*

Straboil dit qu'à 16 gloire de Crotone s'ajouta la grande assemblée des pytbagoHcietis et le plus eélèbk^ des athlètes, Milon, disciple de Pytbagore '1 A Samoft, du temps du tyran Polycrate ^ vivait Pytbagoi^e , qui, Voyant naître la tyrailtiie dans la république , aban»' donna la ville, et s'en alla en Egypte et à Babylone^ dans le désir d'étudier; et lorsqu'il revint^ qu'il trouva que la tyrannie continuait, il navigua vers l'Italie^ où il passa le reste de sft vie^.

Pline a parlé de Pytbagore en une foule d'endroits , et, suivant sa coutume, il n'a pas manqué de recueillir de préférence toutes les fables curieUsest II dit que Pytbagore et Démocrite parcoururetit la Perse ^ l'Arabie, rÉthiopie et l'Egypte ) qu'ils furent les premiers à célébrer la magie datis nos pays , l'ayant apprise des mages; que certainement Pytbagore, Ëmpédocle^ Dénlocrite, Pletton^ ont été en Perse apprendre la itiagie, entreprenant plutôt des exils que des voyages ^1 Ailleurs il dit que Pytbagore vint en Egypte sous le roi Semneserles^è 11 ciiti des ouvragés de Pytbagore et de DémocHtesUrla magie des plantes; attribue au premier la découverte de

■ Strab., 1. YI.

» Slrab., 1. XIV.

3 Hist. nat., 1. XXm, ch. XVH; L IÛ0 eh. I.

*L.XXXV,ch.DL

9^ CPOQUF GRECQUE

l'identité de Fétoile Vesper avec i'ëtoile du matin ; expose les tons de musique formés par les distances d'un astre à un autre, d'après Pythagoie ; dit que les anciens Romains avaient élevé une statue à ce philosophe, comme au plus sage des Grecs, sur la place des Comices, et qu'on avait trouvé des livres pythagoriciens dans un tombeau qu'on croyait être celui de Numa ; et il cite tous les avis contraires sur ce fait ^ Il ajoute plusieurs autres choses çà et là, mais de peu d'intérêt.

Plutarque a résumé sur Pythagore la plupart des choses qu'en avaient dites ses prédécesseurs ; il en parle dans les Opinions des philosophes, dans la vie de Numa, et en plusieurs autres endroits. Il traite de conte l'opinion qui prétendait que les pythagoriciens n'écrivaient jamais leurs préceptes; il nous apprend que Pythagore vint au monde cinq générations après Numa, qu'il aimait la vaine gloire, etc.

Athénée cite la frugalité de Pythagore, et son opinion que l'univers avait été fabriqué par une harmonie universelle.

Âulu-Gelle, sur l'autorité de Plutarque, d'Aristoxène, d'Alexis le poète, d'Aristote, dit qu'il est faux que les pythagoriciens ne mangeassent point de fèves, ni de la chair des animaux ; qu'au contraire ils en mangeaient, mais s'abstenaient de certaines parties, comme le cœur, la matrice, et de certains animaux. 11 raconte les métamorphoses que Pythagore avait éprouvées, et dit aussi un mot de son école;

Hermippe, dans Josèphe contre Appion, parle des

' Hist nau, l. XXIII, ch. XVII ; 1. XXX, ch. I ; 1. II, ch. VIII, XXI, XXII; 1. XVIII, ch. XII; 1. XIX,ch. V; 1. XX, ch. IX; 1. XXIII, ch. VI ; 1. XXVIII, ch. IV ; l. XXXV, ch. IX, XII ; 1. XIII, ch. Xni ; 1. XXII , ch. VOL

AVANT AHISTOTE. §3

voyages de Pythagore en Judée; mais nous savons que ces deux ouvrages sont supposés.

Eusèbe et Apulée ont répété ce qu'ils avaient lu louchant ces voyages.

Apollonius de Thyane a fabriqué toule une histoire de Pythagore et de ses pérégrinations , qu'il essaya de réaliser dans sa personne.

Diogène Laérce a recueilli toutes les fables les plus en contradiction, avec les faits les plus positifs , sur le philosophe de Samos; mais, comme il cite plusieurs de ses sources, il est facile de démêler une partie de la vérité. Il ne mentionne pourtant que le voyage en Egypte, sans nommer ses autorités :(cll passa, dit-il, en Egypte, muni de lettres de recommandation que Polycrate lui donna pour Âmasis. » Puis il ajoute: « Àntiphon, dans l'ouvrage où il parle de ceux qui se sont illustrés par la vertu, rapporte qu'il apprit la langue égyptienne, et fréquenta beaucoup les Chaldéens. » Nous connaissons la valeur du témoignage d'Antiphon, poète qui se moqua des pythagoriciens dans une de ses comédies. Aristoxène, encore suivant Diogène, assure que Pythagore est redevable de la plupart de ses dogmes de morale à Thémistoclée, prêtresse de Delphes. Le même Diogène expose la doctrine de Pythagore d'après Alexandre, qu'il dit en tout conforme à ce que rapporte Aristote; puis il énumère jusqu'à sept opinions diverses relatives au genre de mort du fondateur de l'école d'Italie, Ainsi Aristoxène et Aristote, voilà les deux seules autorités compétentes citées par Diogène. Ils avaient , dit-il lui-même , vécu avec les derniers pythagoriciens. Or ni l'un ni l'autre ne parlent de voyages hors de la Grèce, ni des autres fables débitées sous le nom de Pythagore.

Après Diogène, sont venus Porphyre et Jambllque,

94 âMQBB aRBeom

quî ont eapië Apollonius de Thyaue^ Plutni^u^ ^1 ïAù* gène; et c'est sur leur thème que les modernes ont brodé rhistoirt de Pythtgoie et eelle de ton émht

Meiners cependant a consacré presqu§ deux. volnHSes de son histoire des soieuoes en Grèoe, ii débrouiller ce qu'il ¥ a de vraisemblable iiur Pythagore et son éeole. Ha démontré, du moins pour nous, la fausseté et riisipoaai-< bilité des voyages de Pythagore hor^ de la Grècet §i Ton excepte le témoignage d'Isocrate et l'allusion d'Héros dote^peraonne en Greee, avant les historiens de la auîte d'Alexandre, n'ayait parlé des voyages de Pythagore et de^ autres philosophes en Asie et ep Afrique. Cléai^ que,Qné^crite, Callisthène et Mégasthène> qui vécu-t rent tous sous les premiers successeurs d^Alexandre, parlaient des sciences des Chaldéens , des mages et des Indiens avec le même étonnement ou la même admi* ration qui dirigeait leur plume lorsqu'ils décrivaient les monstres et les merveilles de l'Inde. Mégasthène surtout, le plus h^rdi et le plus fabuleux d'entre eux , assurait que tout ce qu'on avait recherché et enseigné dans la Grèce sur la nature des choses se trouvait aussi parmi les Juifs et les Indiens, et y avait été enseigné de^ puis bien longtemps ^. Ces écrivains, dont l'impudence est presque aussi inconcevable que les fables qu'ils ont inventées, gagnaient cependant la confiance des Grecs crédyles, quoique Ératosthène et d'autres critiques sé-i vères leur refusassent toute èroyanoe. Hermippe ^ ne doutait déjà'plus que Pythagore n'eût appris beaucoup de choses des Juifs et des Thi^ces. I^ plupart des écriv vains qui parurent entre le siècle d'Alexandre et eelui

« Euseb.,1. XI,ch. LX. !

» Jo»., adv; Ap., I, ^».

AyXJfT 4RÏSTPTB* 8?

d'^ugusîte, regardèrent comme um çJiQse pprtmop la h^ute aptiqui^é dps sciençç^ che^ }^s Prientai^^ ^t les Égyptjeqs. Spus le règne du derniqr, cette opinion était dpminante; ^\ Strabpn, Philoi^ |e pythagoricien, 4ppl- Jopiu^ y Sénèqqe et f]me j parlant 4e la i^age^se 4q P?$^ peuples 7 et des Voyages de Pythagor^ et, dçs autres pl^ilosophps dans leurs pays, compie 4'autant de f^ti^ ip- CQq):e^t£ibles,

Cc^ errfiurs , répapdvies daljord par dea Grecs légeirsj furent cqnfirmées 4^ns lei^ siècles suivant^ par les récits et les fictions 4e^ écrivain^ qvii ps^rurent çbe?; les peviples auxqi|e)s les Grecs avaiept communiqué leur langue et leurs sciences '. Pes philosophes étranger^ et gréqisés, ces fables passèrent ^ux pères 4eà premiers siècles, qui durent les accepter comice le firent toug |es auteurs pi ofjp^nes de la même époqyc;. Tejle çst la spnrçç et la filiation de Pps erreurs, qui, ^i pn }es admettait^ feraient voyager Py thagû^^ ^bez tous le§ peuples cpnniis de^ ^n^^ens; en sorte que sa vie n'y eu^ point ^nfïi, puisque les uns le font demeurer \ingt ans ^n Egypte , plusieurs apnées eq Pprs^, plusieurs en Chaînée, plu- ^^Urs en 4udé^, qe qui m.onterait 4éj^ à près dp trçntç à qu^rant^ î|ns. Or ^ plupart des ppipion^ çertaipp^ Ip font y ivre d'abord qu^r^nte ap^ a ^mos, ^% ppisilerp^tp 4p §a yie à Crotopp ; et il y en a qui l'ont fa^| passer jusqu'à soixante ani^ dans cette dprpi^f^ ^^\^% pe qui çon4^i^ait évidemment à un âge qpe Pytb^gore n'atteignit jam^jis. Bflais si l'on considère quP les ppr^ps, le? Indiens^ les Chaldéens, etc., n'étaient connus en Grèc^ que par 4es bruits v^gpes, av^nt qu'Alexandre eût pénétré daps leurs payS| et îjvaut 1^ gH^'VÇs mé4iq^e§ j s^ \qn

■ MeinerSy t. II, p. loi-ioa; traduçt. de Lave^p.

ajoute qu'il aurait fallu, pour faire de tels voyages, des ressources qui n'étaient pas plus concevables alors qu'aujourd'hui, on ne pourra se refuser à ranger toutes ces pérégrinations parmi les fables. Meiners ajoute que « si i'on veut s'en rapporter aux auteurs anciens vraiment dignes de foi, et aux conjectures vraisemblables; de tous les prétendus voyages dePythagore,on ne regardera comme certain que celui d'Egypte, qui est indiqué par Hérodote et attesté par Isocrate, et tous les autres paraîtront ou incertains, ou entièrement fabuleux *. Il ajoute que Pythagore fit ce voyage non pour étudier les sciences, mais la religion, les lois et les mœurs, et surtout l'institution des prêtres. La concession du voyage en Egypte nous parait encore très-large; en effet, le témoignage d'Hérodote, s'il n'est appuyé d'autres textes que celui que nous avons cité, ne prouve absolument rien. Celui d'Isocrate, dont la vanité a voulu faire briller son éloquence dans l'éloge de Busiris, nous parait suspect, surtout en présence du silence d'Âristote et de l'autorité positive d'àristoxène , son disciple, lequel dit que Pylhagore, en quittant Samos , passa par la Grèce , alla interroger la prétresse de Delphes , et aborda immédiatement en Italie à l'âge d'environ quarante ans. Ici il n'est nullement question du voyage en Egypte , et il ne dut pas être fait plus tard , puisque tous les anciens les plus sérieux s'accordent à dire qu'une fois arrivé en Italie, Pythagore y passa le reste de ses jours. On peut donc encore raisonnablement douter même du voyage de Pythagore en Egypte.

On ne s'est pas contenté de faire voyager Pythagore chez tous les peuples connus dont il ignora les langues,

• Meiners, t. II , p. 106-107.

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