AVANT ARISTOTE
on lui a encore attribué une foule d'ouvrages qu'il n'a jamais écrits; ni Àristote, ni son disciple Aristoxène , les premiers historiens authentiques de Pythagore et de son institut, n'ont parlé de ces ouvrages. Meiners, d'ailleurs, démontre que la manie ou la passion de supposer des livres, pour une foule de motifs que nous ne connaissons pas tous, a existé dans la Grèce dès les temps les plus reculés. Diogène Laërce , sur l'autorité d'Ion de Chio, dit que Pythagore attribua à Orphée un poème dont lui-même était l'auteur, et plus tard une foule d'ouvrages furent à leur tour publiés sous le nom de Pythagore ; c'est encore un fait dont les auteurs anciens conviennent. On ne peut donc avoir aucune confiance dans les prétendus écrits de ce philosophe.
11. Vie de P/thagore. Si nous laissons de côté toutes les circonstances contradictoires et les niaiseries dont on a chargé la mémoire d'un homme qui parut si grand, les faits importants, probables et utiles à connaître dans la vie de Pythagore se réduisent à un petit nombre. Il naquit près de quarante à cinquante ans après Thaïes, trente ans après Anaxagore , et près de vingt ans après Phérécyde. 11 fut par conséquent contemporain de ces trois philosophes et d'A.naximènes , mais plus jeune qu'eux tous. 11 fut disciple de Phérécyde et d'Anaximandre, ce qui nous expliquera les deux grands points de sa doctrine , les mathématiques et la transmigration des âmes. Né à Samos, il avait quarante ans lorsque le tyran Polycrate s'empara de la souveraine autorité dans sa patrie; Pythagore s'enfuit alors, traversa la Grèce, visita les oracles célèbres , s'entretint avec les prêtresses, et probablement avec les prêtres orphiques et bachiques , dont plus tard il emprunta les vête<> ^ ments et plusieurs cérémonies pour son institut. Il T. I. 7
g8 iPOQUB GRXGQUB
ne se fixa point dans la Grèce , itiais vint en Italie , où régnait une plus grande liberté et plus d'opulence. U choisit Crqtone pour y établir l'associâtioii qu'il ayait méditée. Son extérieur avantageux, les voyages qu'il ve» nait de faire en Grèce, sa science et ses i^œurs lui gagnèrent bientôt la confiance des habitatitSi Las jeunes gens l'entourèrent; il leur persuada de se réunir eu io* ciété, leur donna des règlements hygiéniques et mo<r raux , et les divisa en deux classes : danj l'Une ét|iiè|i| ceux qui , étant éprouvés, portaient le nom d'ésothériques^ ou de mathématiciens ; et dans l'autre , ceux qui^ ne l'étant pas encore eiltièrèment , s'appelaient exothé* riques, acustiques , acusmatiques. Telle fbt l'origipe du célèbre institut de Pythagore, qui dura après lui^ et se pet> pélua jusqu'au temps de Platon et d'AHstote. Il n'est pas vrai que ses disciples s'occiipassent exclusivement db l'ér tudeet delà contemplation des choses célestes et invisibles. Ce que dit Aristoxène de leur régime prouve que c'était une société politique et philosophique, dotit Ib but était d'améliorer les citoyens pour arriver à une plus grande prospérité des affaires de la république.
Une autre circonstance, toujours connue {)ar AHsr toxèhe, c'est que Pythagore ne se distingua nulle part avant soii arrivée à Crotone ^ où il flarissait vers la 60® et 62^ olympiade, suivant l'accord de tousi les anciens dont le témoignage n'est ^as suspect ; c'eàt-iàdire vers l'âge dequarante^qudtreans, datBc|tii eobcordi^ parfaitement avec le témoignage du même Ariatoxènê, qui le fait venir en Italie à quarante ans; il àurliit au ainsi quatre ans pour préparer les tbies et pour cdmaieb* cer la fondatioti de son institut. Tous les anciens témoin gUènt encore qu'il ne quitta plus l'Italie depuia cette épQr qud^ ^ ce n'est , suivs^nt qùelqueàruna^ pour aller à BélQ»
AY4VT AKISTQTE. 99
rendt^ l^s derniers devoirs à son maitre Phérébyde. Jl n'y aurait ddno là aucune place pour le voyage d'Egypte > k IPoiiîfi i|M'il n0 Tait fait avant de quitter dëfiuitiveip0qt 3an)08| oe dont les plus anciens auteurs, à p^rt IsQcrat^y ne disent absolument rien. Et d'ailleurs que serait-il allé apprendre en Égyptb ? car il puisa les élérnentli des inathénlatiques et de l'astronomie dans l'école de Thaïes ) la doctrine de la transmigratioii des âr^eS) dapâ pelle de Phérécyde; ses idées religieuse^ et les principaux u^ag^s de son institut , il put les pliiser çl\f:z les prêtées orphiques et bachiques et dans \ei temples des dracles de la Grèce. Or^ à ces trois points se réduit tout ce qu'a fait Pylhagore. Sans le nier, noui regardoqsi donq comme Irès-doutelix son voyage en Egypte*} et il nous semble plus probable qu'il vint de S^mopy en trayeriàatit la Grèce, à Crotoné, où il passa le reste de sa vie^ et où il mourut vers la 69® olympiade, à l'âge d'environ quatre-vingts ans.
il ^'occupa surtout de l'art de gouverner les hommes , S2ips science mbraleproprement dite, mais avec despHn«« cipes religieux et sociaux dont il fit l'application à là ville de Crotone. Il créa la diététique, ou mieux l'hy-» giène générale et particulière î générale pour ses distii^ pies, particulière pdur les athlètes. Et il est faux t(ue î'Usafie de la viande et des fèves fut interdit à ses dià<* çiples I seulement il y tivait^ au rapport d'Ariâtote', cert£|ines viandes et certaines parties de l'animal dbnt ils n^ mangeaient pas.
Il pratiqua la médecine^ dont il avait probablènleiit recueilli lep prenlières notions dans ses voyages en Grèce, à l'qpoqUi^ où cet art tétait considéré odmme la spietioe des dieux et des prêtres , et les pialadies , surtout l^s
' Axist., dam Diftf*» Fie tk ^/lA*
lOO EPOQUE GRECQUE
épidémies, comme des punitions envoyées par les dieux. Aussi employait-il pour moyens thérapeutiques les conjurations, auxquelles il joignait la musique^ conséquemment à son grand système d'harmonie universelle; il y ajoutait les emplâtres ou topiques. Les médecins de Crotone sortis de son école devinrent célèbres.
ni. Doctrine de Pythagore. Un peu moins incertains que les circonstances de sa vie, les dogmes de Pythagore furent cependant inconnus du public jusqu'à Philolaûs, qui les publia en trois ouvrages assez fameux pour que Platon les fît acheter cent mines '. Ce fait, avec bien d'autres, montrerait suffisamment que Pythagore se contenta de transmettre sa doctrine de vive voix.
Sortant de l'école de Thaïes, comme le fait remarquer Aristote , ceux qui ont été appelés pythagoriciens s'appliquèrent les premiers aux mathématiques; ils les mettaient au-dessus de tout, et expliquaient tout par elles ^ Nourris dans cette science, ils pensèrent que ses principes étaient les principes des êtres et de toutes choses. Les nombres et les symétries , c'est-à-dire les convenances et les proportions des nombres entre eux, qu'ils appellent harmonies, produisent tout ce qui est. Il y a, dans la nature , des nombres premiers, qui sont les principes des autres nombres et des êtres. Les éléments des nombres premiers sont le pair et l'impair, dont l'un est fini et l'autre infini : l'unité résulte des deux. Parmi les pythagoriciens, les uns pensent que la première unité est Tunité même des espèces; les autres, que c'est l'unité mathématique; mais ils n'admettent point de nombre monadique. Quelques-uns disent qu'il y a dix principes coordonnés entre eux : le fini, l'infini ; l'im-
« Diog. Laërce, Yie de Pyth,
» Arist., Métaph,, 1. 1,ch.V; Cicérob, Tiucul.,1.
AVANT ARlferOTÈ; ' ' 'Yol
pair, le pair; l'unité , la pluralité ; la droite, la gauche; le masculin, le féminin; le repos, le mouvement; le droit, le courbe; la lumière, les ténèbres; le bien, le mal ; le carré , le plus long que l'autre côté. Alcméon le Crotoniate parait avoir pensé de la même manière ; soit qu'il leur ait emprunté cette opinion, soit qu'euxmêmes la lui aient empruntée, car il vivait du temps de Pythagore déjà vieux'.
Pythagore mettait encore parmi ses principes l'unité et la dualité : la première est la cause efficiente, l'entendement. Dieu et le bien; la dualité est la cause passive, matérielle, le monde visible, le démon et le mal, à qui appartient toute la matière^.
De l'unité et de la dualité infinie proviennent les nombres; des nombres les points, et des points les lignes ; des lignes procèdent les figures planes ; des figures planes les solides ; des solides les corps , qui ont quatre éléments : deux pesants , l'eau et la terre ; et deux légers , l'air et le feu. De l'agitation et des changements de ces quatre éléments dans toutes les parties de l'univers résulte le monde, qui est animé , intellectuel et sphérique^.
Les pythagoriciens et Platon ont soutenu que l'infini existait par lui-même, qu'il était la substance et non Taccident.Mais les pythagoriciens le placent dans les choses sensibles; ils n'en font point un nombre divisible, et disent que tout ce qui est au delà du ciel est infini. Ils placent le feu au milieu, prétendent que la terre, qui est un astre, se meut autour du milieu, et que de ce mouvement résultent le jour et la nuit. Us font aussi
* Arist., MéUtpLy 1. I , ch. V ; Plut., Opin, des phiL, 1. 1, ch. III. » Plut, Ofin. des philos., 1. 1, ch. III, VII.
* Diog. Laër., Fie de Pyth. ; Ond., Métam., 1. XV.
und WiVQ terre opposée à la nôf re , et il t Tappelletit tèft^ fidv^rse, Croyadt que tous lef corps lendent vers le centre f ils dirent que runiveré n'a pas besoin d'étrë retèûu pat- de$ cHo09 extérieurs ; que bous nos pieds les' oùvps pepantç exercent leur gravitation en haut, et sont pohés sur Ift terre dans uue direction opposée à la nôtre, ainsi que pos images sont représentées dand l'eau, tls ajoutent que les peuples qui nous sont ainsi opposés voient le sdleil quand Içs flambeaqx nocturiieà nous éclairent; qu'ils partagent alteroati veinent avec qous lès saisons de J'aonée) que leurs jours et leurs nuits ont la métne durée que i^Qfi nuits et nos jours'. Aristote et Lucrèce, qut nous citons, repoussaient cette doctriqe de la gravitalion et des antipodes , parce que, dit Aristote, elle était fondée plutôt sur des convenances que sur des causes et des rftisoris visibles.
Les pythagoriciens, dit encoi^e Aristote^ placent la compte parmi les astres errants, et disent que le soleil surpasse un peu aon éclat, qui approche ordinairement de celui de l'étoile de Mercure, et que la voie lactée eis% un chemin '. Pythagore avait pensé qu'il y a cent vingt-huit mille stades de la terre à la lùpe, le double d^M Ivioe au soleil; et de là aux douce signes^ le triple. l\ di^Bit qu'il y a un ton de musique de la terre à la lime; d0 i^ lune à Mercure^ un demi-ton ; de Mercure à Véuus,un demi*tpn ; de Vénus ausoleil,deux tons) du soleil à Mars, un tbn i de Mars à Jupiter, un demî-tdn; de Jupiter à Saturne^ un demi-ton ; delà aux dpuïe signes^ un tqp. Ce qui fait en tout sept tons qu'il appelle 1^ diapason d'harmon|e^ c'est-à-dire, l'universalité
* Arisu, Juseult. phyfie., h Ii| , cb» lY; <k (keka 1. U, dhi Xin^ Lucrèce, 1. I. *'
» Arist, MMon, 1, î, f*. Yî,
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dii concpr^t*. Les corps célestes , par leur rotation $ prQduisenfc dette harmonie uniTerselle que nous n'entendons pas, parce qué^ naissant au ttiilieu d'elle ^ nous y sofnm^s habitues; elle est pour nous le silence^ et les bruits que^ nous entendons la troublent ^
Telle' était la poétique astronomie d03 pythagoriciens. Après airoir construit le ciel par de$ nortibres ^ ils descendaient aux substances sensibles ^ qu'ils composaient aussi d'un nombre mathématique indivisible; parce qu'ils voyaient des nopabres dans les passioilset les accidents des coi^t>s sensibles ^ ils ont fait les êtres des nombres indivisibles*.
Certains pythagoriciens pensaient comme Leucippe et Démocrite que les petils corpuscules qui s'agitent dans l'air sont l'âmé^ et que l'âme est ce qui donne le mouvement. Ils appelaient l'air l'éther fpoid, donnant le pom d'éther épais a la mer et à l'humide. Les rayons du soleil pénètrent J'éther elles endroits les plus profonds; tout ce qui participé à la chaleur est doué de vie ; par conséquent les plantes sont animées , mais toutes n'ont pas une âme. L'âme est une partie détachée de l'élher et imiportelle comme lui, et elje diffère de la vie. Ils enseignaient encore que les animaux s'engendrent les uns des autres par la semence, qui est upe distillation du cerveau et contient une vapeur chaude. Lorsqu'elle est portée d^ns |a matrice, les Inatières grossières et le sang qMi viennent du cerveau forment les chairs^ les nerfs, hs^ os^ le poil et tout le corps, mais la vapeur qui acf compagne ces matières constitue l'âme et les sens. La formation du corps, son accroissement et son dévelop-
' Plin., Hist. nat., h II, cl«« XXE» XXII ^ Arist., ^ Cœh^ 1. Il, ch.IX.
* Arist. , Métaph,, 1. XHI, ch. VI et m.
I04 ÉPOQXTE GRBGQtnB
pement se font suivant des règles harmoniques. Les sens sont les portés du soleil, et un écoulement de l'âme que pénètrent ses rayons. Pythagore divisait Tâme humaine en trois parties, qui sont l'esprit, la raison et la passion. L'esprit et la passion appartiennent aussi aux autres animaux; la raison ne se trouve que dans l'homme: elle consiste dans le jugement, et est seule immortelle. Le cœur est le siège de la passion, le cerveau celui de la raison et de l'esprit. Le sang nourrit l'âme, dont les veines et les nerfs sont les liens ; mais lorsqu'elle vient à se fortifier et qu'elle se renferme en elle-même , les paroles et les actions deviennent ses liens. Pythagore prétendait que la forme sphérique est la plus belle forme des corps solides, et que la figure circulaire l'emporte en beauté sur les figures planes; que la vieillesse , et tout ce qui éprouve quelque diminution, ressortit à une loi commune; qu'il en est de même de la jeunesse et de tout ce qui prend quelque accroissement; que la santé est lapersévérance de l'espèce dans le même état, au lieu que la maladie en est l'altération'.
Ces premiers essais de physiologie devaient conduire aune médecine analogue ; aussi est-elle toute magique, fondée sur des incantations, les vertus magiques des plantes et la musique découlant du système de l'harmonie universelle*.
Enfin, les êtres étant le résultat de l'harmonie des nombres, les pythagoriciens enseignaient qu'il y a une destinée pour tout l'univers en général, pour chacune de ses parties en particulier, et qu'elle est le principe du gouvernement du monde ^. Ainsi, avec les premiers délinéa-
, ' Alexandre et Aristote, dans Diogène Laëree. » Plin., 1. XXIII, ch.XVn.
^ Biog. Laërce.
AVANT ARISTOTE. koÔ
ments du cercle des connaissances humaines , arrive la conception de la série des élres créés.
Tendant au terme de la science, Py thagore prêchait les vertus morales, le respect et le culte envers la Divinité; il annonçait une autre vie, l'immortalité de l'âme après plusieurs transmigrations dans les plantes, les animaux ou les corps humains, suivant ses perfections ou ses imperfections : c'est la fameuse doctrine de la métempsychose que Platon accepta, mais qu'il restreignit. Il n'envoie pas, en efTet, les âmes humaines dans des corps de bétes, mais, suivant qu'elles sont bonnesou mauvaises, il veutqu'elles passent en d'autres corps humains où elles seront plus ou moins heureuses'.
Alcméon.
I. Sources. Le premier disciple de Pythagore dont nous avons à parler est AIcméon ; il est assez peu connu. Strabon ne l'a nommé nulle part. Aristote est le premier qui en fasse mention en deux ou trois endroits; il le dit de Crotone, contemporain de Pythagore et plus jeune que lui. Il le présente comme s' étant occupé de physiologie'.
Cicéron l'appelle citoyen de Crotone, et il a cité quelques mots de sa doctrine sur Dieu ^.
Diogène Laérce en fait un médecin, et dit, sur l'autorité de Favorin , qu'il fut le premier à enfanter un système de physique*.
II. Sa vie et ses opinions. Nous ignorons complètement les circonstances de la vie d'Alcméon; nous savons
' PlaL, Phèdre.
* Arist., Métaph.y 1. I, ch* Y; rftf Générât. anim.y\,JU. y ch. II; de Hist anim,,\.\yc\i.l^.
3 De Nat deor., 1, I. .; ,/ ... . . . '
* Diog, Laérce, Fie d'jilc.
^•6 imQITB GEBCQUE
■eulément qii'il était de Crotone^ ootitetnporaiti de Pvthagore et sod disciple. 11 parait aussi qu'il éoritit quelque ouvrage, puisque Aristote^ en citant certaines de ses opinions, dit qu'il a répandu sur le reste un discours coqfus; Diogèbe dit positivement qu'il a écrit sur la médecine et sur la physiologie.
Il admettait la doctrine des nombres des pythagoricieilsi e|; ArSitote ne savait s'il en était l'auteur ou s'il la leur avait empruntée. Il appelait les principes coiitrariptés ; il ne lès faisait pas définis comme les pythagoriciens, mais quelconques, ainsi par exemple i le blanc, le noir; le 4oux , l'amer; le bien , le mal; le petit, le grand. )1 reconnaissait une âme divine, et de plus il érigeait en dieux le soleil, la lune et les autres astres'. 11 parait avoir été l'un des premiers philosophes qui aient étudié l'organisf^tion des animaux dans le but d'en expliquer les fonctions. Aristote le réfuté en e(Tet au sujet de son opinion sur la respiration des chèvres par les oreilles^, d'où l'on a conclu qu'il connaissait le conduit de |a bquche dans l'oreille moyenne. Si l'op en croit certains auteurs, il fiurait écrit le premier un traité de physiologie sur les séns^i Gbalcidius, dans son commentaire sur le Timée de Platon, dit qu'il était naturaliste et qu'il s'était occupé de Tan^tomie de l'œil. Suivant le ftiux Plutarque^ il aurait étudié le développement db poUlf^t dans l'œuf; ce qui paraît assez vraisemblable , puisqu'A"ristote rapporte qù'Alcitiéon le Crotoniate dit qilê le vitellus et non l'albUlnea est le lait de l'ceuf^i
' Arist., Métaph.y 1. 1, ch. V; Gîcéron, de Nat. Itteùt*^ l. L ^ Arièt.» de Rist. amm.^ L I ^ ch. IL ' Diog. Laër. ; Glém. d'Alex.
* De Gêner, anim.^ 1, III, ch. IL
ktàm kjLimmik, iê^
Empédoclfi ^ 84* olympiatfe , 444 ^^ i^^s /^ C\
IVous sommes plus heureux à l!égard d'Empédocle que poiir Alcméon; la plupart des anciens en on|: assez longuement parlé, et Âristote nous a même conservé des fragments assez nombreux de ses vprs , que plutarque et les autres ont copiés.
i. Sources. Aristote dît qu'Empédocle était d'4frigente; il le cite dans un très-grand nombre d'en(|roits, en rapprochant toujours sa doctrine et son nom de la doctrine et du nom d'Anaxagore; ce qui, suivant la coutume du Stagirite, ferait croire que peut-être il a été disciple d'Anaxagore, ou que du moins il lui a emprunté quelque chose. Aristote cite d'Empédocle de très-longues tirades de vers hexamètres, et partout il dit qu'il a écrit ei} vers. Il ajoute même qu'il avait écrit une physique \ Il le ridiculise à cause de sa jactance pour s'être vanté d^avoir regardé la mer comme étant la sueur de la terre. a Car, s'il à ainsi chanté par le désir de faire de beaux vers, il peut peut-être paraître bon poète, puisque la métaphore appartient à la poésie , m^is pour cpnnaitrp la vérité, cela ne suffit pas*. » Ailleurs, il ne le croit pas meilleur poète que philosophe : « Il n'y a rien de commun entre Homère et Empédocle, que le mètre du vers; le premier est un véritable poète, le second mérite plutôt le nom de physicien que celui de poéle^. y>
dicéron a parlé des quatre éléments d'Empédocle dans le premier livre de la Nature des djeux.
« Météor., 1. IV, ch. IV.
• Météor., 1. II, ch. m.
' Poet.
Io8 ^ÉPOQUE . GRECQUE
Horace a ëcrit ce vers sur lui :
Eropedbcles ardentem frigidus ^tnam insiluît.
Strabon drt aussi qu'Empédocle se précipita dans TËtna, et que la violence du feu rejeta un de ses souliers ^
a Einpédocle d'Agrigente, dit Lucrèce, d'une région féconde en prodiges, qui n'a pourtant rien produit de plus grand qu'Empédocle. Les vers qu'enfanta son génie divin font retentir encore aujourd'hui l'univers de ses sublimes découvertes, et cependant il a erré dans les principes de la matière. » Puis il expose sa doctrine*.
Pline est le premier des anciens que nous sachions avoir dit qu'Empédocle avait voyagé chez les mages en Perse. Des modernes l'ont répété après lui. Or, voici sur quoi cela nous paraît fondé. Aristote, dans ses Problèmes, section XXI, problème aa, cite les écrits d'Empédocle , et dans le vers cité , il y a le mot irepcyij^oK [persicois)y ce qui prouverait qu'Empédocle a pu parler delà Perse, et non qu'il y ait été. Mais ce fameux mot est tout simplement une faute de copiste, car le même vers, cité au chapitre quatrième du quatrième livre delà Météorologie, contient,au lieu de Trepatyoïç le mot 9u<yi)^otç, lecture bien plus d'accord avec toutes les autres citations d'Empédocle, qui a écrit sur la physique. Voici donc une nouvelle preuve de la légèreté avec laquelle tous ces voyages des philosophes grecs en Perse et ailleurs ont été supposés.
Plutarque a cité d'Empédocle la plupart des mêmes vers qu' Aristote. ^
Athénée le loue comme interprète des choses naturelles.
» Strab.,1. VI.
* De Rsrum nat, 1. 1.
AVA^ITT ARISTOTB. 109
Diogène Laêrce prouve assez bien qu'il était d'Agrigente et d'une famille riche. II le fait disciple de Pythagore, de Parménideet d'Anaxagore; il ajoute qu'il imita Anaxagore dans ses Recherches sur la nature , et Py thagore dans la gravité de ses mœurs et son extérieur. Aristote, dans son ouvrage intitulé le, Sophiste, attribue à Ëmpédocle l'invention de la rhétorique, et donne celle delà dialectique à Zenon. — Aristote, Jérôme et Néanthes, dans Diogène, lui attribuent des tragédies et un poème intitulé Persiques sur la descente de Xerxèsen iGrèce. — Diogène cite des vers d'Empédocle qui prouvent qu'il se mêlait d'incantations et de magie. — D'après Hippobate, il se serait précipité dans l'Etna pour faire croire à son apothéose après avoir guéri une femme abandonnée des médecins, ou tombée en léthargie. Diogène ajoute : «Néanmoins, ce fait fut toujours démenti parPausanias.» Après avoir rapporté plusieurs autres opinions sur sa mort, il finit par dire qu'on ne sait ni où ni comment il mourut.
IL Vie d Ernpédocle. Suivant donc ce qui est phis communément admis et plus vraisemblable, Empédocle naquit à Agrigente, d'une famille riche et illustre. 11 florissait vers la 84^ olympiade, 44o av. J. C. Il voyagea dans la grande Grèce, et probablement aussi dans la Grèce proprement dite. Il fut disciple de Pylhagore, ou du moins de son école; il écouta très-probablement aussi les leçons d'Anaxagore et peut-être celles de Parménide. Ces leçons diverses nous expliquent sa doctrine , qui tient évidemment de celle des Ioniens et de celle des Italiotes. Il avait écrit cinq cents vers sur la nature et sur les expiations^ et six cents sur la médecine. Dans sa jeunesse, il avaitaussi composé des tragédies et un poème sur la descente de Xerxès en Grèce; ce ppéme, intitulé Persiques, avec le vers mal écrit des Problèmes d' Aristote, cité pluis
ii9 JbK)Qm 0RmsiQiT«
haut, aura pu faire croire à des gens eotniiie Pliqe, i]ui n'y regardaibnt pA$ de si près, qu'Empéddcle avait voyagé m Perae. Mais ni Diogène^ venu après Pline et qui a copié ici les tqeillaurs auteurs grecs^ ni Pliitarque, ni aucun auteur gravé lie parlent d'un voyage aUssi chimérique. Pourtant Ëmpédocle était assèt rapproché de ses premiers bio* graphes pour qu'ils eussent connu un fait ai remarquable, et certainement ils n'eussent pas mànqiié de le relater.
iiristote donrib soixante ans de vie àEmpédoclè,d'ail* très lui eti donnent jusqu'à cent faeuf. On ne sait cbtn-^ inètit il est mort, mais sa dhutê au sa précipitation daUi l'Etna est trèé-probableihent une fable.
m. Doctrine ^Enypédocle, Thaïes avait regardé l'eali comme le principe des choses^ Anaxiroènes et Diogèqe avaient dit que l'air était antérieur à l'eau et qu'il est la principe des corps simples, Hippase de Métapbnte et Hét taclite d'Éphèse prétendaient que le feu est le seul principe. A ces trois premiers éléments , Emjlédocle eil joint un quatrième, la terre, et il devient par là le créateur de l'ahcietlne théorie des quatre éléments, le chaude b froid , ie seC et l'huihide ; le feu, l'air, la terrfe et l'eaut U les no(nme : te prompt Jupiter, Jqndn qui donne la vie^ Plllton^ et Nestis qui remplit de larniies lea yeui d^s hupiains> tioUs révélatît ainsi le secret de la naytho* logie allégorlcjué des Grecs» k ces quatre premiers prim cip0s, Empédocle en joint deux autres , Tatuitié et l'ioit mitiéy ou bien la cqncorde et la discorde ^ qui sont deili principes éternels de mouvement; en sorte que^ qiianâ il eut tout réuni, il compta six principes^ Là concordé Unit et produit le rfepos, la discorde désunit et fait naitre le mouvement» Cependant il ne se àervit de ses quatre premierf éléments quia comme dé deux : le feu etitfta ifittl et p^ ittiriâêine^ et^ oppoads au feii ^ l'air ^ la terre
et Peau sbiit considérés cdmtne ëtatj|t d^uilè seule tiature \ ce que tout le inonde peut cdtti^rehdrë en lisant ses vers, ajoute Àristote, qui ndus a trat}âiniâ toute cette doctrine'. De l'air est formée l'eau , qui ^'épaissit et devient terre. De la terre naissent, eii rétt*ôgr^darit, le§ âùttiëi élétnents j l'ëau d'abord, eUsuite Vâiir et le foU. Cette cbaiue de tiiétamorphoses n'est jAttiais interrompue, ei les éléments iie cessent de voyâget* du ciel à la terre et de la terre au cie) \
Toutes choses naissent de ces éléments et y rfelourT nent par un mouvement éternel,^ Avec Anaxagore et Leucippe, Empédocle donna pour cause de la production et de la mort, la génération et l'altération. Dans un tel système , où le caractère ihéologique primitif est remplacé parle matérialisme pur, il fallait bien admettre la production des animaux par des causes accidentelles: les générations spontanées remplacèrent donc l'action d'utiê cause créatrice. Il sentit pourtant les rapports des plantes et des animaux, surtout dans l'œuf et la graine. Mais, quoique la théorie de la génération ait beaucoup fixé son attenion, Aristote lui reproche, ainsi qu'à Déipoçrite, d'avoir fort mal expliqué la stérilité des mulets^. Comme les pythagoriciens, Empédocle pensait que la vision s'opère, tant par la lumière qui sort des yeux que par certains écoulementséthérés qui viennent de l'esprit^. Suivantlui encore, la respiration s'exécute par l'entrée de l'air dans les veines qui contiennent le sang. Quand le sang se retire
' Arist., Métaph,, 1. I, cbi III, lY; d^ Gienerat. eê intgnk,\.lf ch. I ; et en plusieurs autres traités.
* l^Hcrèc^, Lh ^ Ârist.^ (k QeÂemt, etmmiL^ l.I^«fa. I^ fe& GençM. animi^ikUi
4 Arist., de Sensu et sensibilL
lia ÉPOQUE GRECQUE
l'air entre, c'est l'inspiration; quand il revient l'air sort, c'est l'expiration ; c'est un peu ce qui se passe dans le mouvement de la clepsydre. Aristote lui reproche encore à ce sujet , aussi bien qu'à Démocrite , de ne dire que la manière dont s'opère la respiration, sans expliquer pourquoi elle se fait'. Empédocle avait aussi parlé de la chaleur corporelle, et il pensait, contrairement à son maître Parménide, que les femmes sont moins chaudes que les hommes^. Enfin il enseignait la métempsychose avec les pythagoriciens^.
Heraclite j 69® olympiade^ 5oo au. J. C
I. Sources. Un peu avant Empédocle florissait un autre philosophe, Heraclite d'Éphèse, dont la doctrine ne nous est encore connue que par les fragments que nous en a laissés Aristote. 11 nous le peint comme un homme adonné à la colère, entêté dans ses opinions, sceptique^ et très-obscur dans ses idées. Cicéron dit aussi qu'il affectait de parler obscurément. Lucrèce lui fait le même reproche, et Pline lui donne un caractère dur et mauvais^. Plutarque le rapproche d'Hippasus de Métaponte, disciple de Pythagore; et d'après Suidas, Hippasus fut le maître d'Heraclite, opinion confirmée par Aristote qui les nomme toujours ensemble.
Diogène le présente comme un homme austère, misanthrope, qui prétendait savoir tout, qui avait écrit
' Arist., eie Spiratione ; de Spiritu,
^ Avhl^yde Part, anim., 1. II, ch. II.
^ Diogène Laërce.
4 Arist., Politiq., l. V, ch. XI; Ethiq. à] Eudème, 1. Il; Ethiq. à Nicom,, 1. VII, ch. UI ; Métaph., 1. IV, ch.V ; 1. XI, ch. IV.
^ Cicéron, de Nat. deor., L I; Lucr., de Rerum nat., l. Ij Plin., Hist. naLy l VU, cb. XIX.
AVANT ARISTOTB. I£3
un livre dans un style obscur à dessein^ et l'avait consacré dans le temple de Diane. Il ajoute qu'il mourut d'hydropisie après s'être enfoncé dans du fumier pour se guérir; mais il contredit cette histoire par d'autres narrations sur sa mort. Diogène cite une lettre de Darius fils d'Hystaspe à Heraclite, et la réponse de celui-ci à Darius ; ces lettres, sans aucune preuve d'authenticité, sont invraisemblables. Darius y invite Heraclite à venir à sa cour l'instruire et lui donner ses préceptes; et Heraclite le refuse d'une manière assez malséante. Avec des données aussi incertaines, ce que l'on peut admettre de plus plausible se réduit à ce qui suit.
n. Sa vie et sa doctrine. Heraclite était d'Éphèse, à portée par conséquent de connaître les doctrines de Thaïes et de ses disciples; aussi semble-t-il appartenir plutôt à cette école qu'à toute autre. 11 eut pourtant le pythagoricien Hippasus pour maître; mais un homme qui se vantait de tout savoir et d'avoir tout appris seul , devait tenir peu de compte des opinions de ses maîtres. Il florissait vers la 69® olympiade, 5oo ans avant J. C. Suivant toute apparence, il s'occupa d'abord des affaires de son pays, puis il s'en dégoûta par mécontentement. D'une famille sacerdotale % il fut peut-être lui-même prêtre de Diane; c'est sans doute pour cela qu'il consacra son livre dans le temple de cette déesse. Ce livre, écrit en prose ionienne, était un traité de la nature divisé en trois parties, physique, politique et théologie. Plus tardCratès publia cet ouvrage, et il fut commenté par plusieurs auteurs. Son système de physique, opposé en apparence à celui d'Empédocle, s'en rapproche pourtant en plusieurs points. Il attribue l'origine des corps à
' Antisthène, dans Diog. Laêrce,
Il4 iPOQUB ORBGQU9
la condensation et à la raréfaction du feu. Par îa coqdensation de celui-ci vient Tair; parcelle de Tair , l'eau; parcelle de l'eau, la terre. Empédocle, qui l'a peutêtre empruqté de lui, dit la même chose. D'après cela^ puisque le feu pénètre tout, tout est constanmient dan^ un mouvement perpétuel, ou dans un repos éternel, car il propose les deux choses. C'est pour cela encore qu'il compare le mouvement de la nature au cours d'un fleuve. 11 disait aussi que tout se fait par la discorde, Empédocle y joignit la concorde.
Ce qu'on peut appeler la psychologie d'Heraclite conduit au doute; en effet, la participation de notre âme à l'âme du monde céleste nous fait connaître la vérité, car les sens nous induisent en erreur'. Mais la nature de l'âme est une chose si profonde qu'onn'en peut rien définir, quelque route qu'on suive pour parvenir à la connaître^. Doctrine qui se résout dans un septicisme absolu qui lui a valu les justes reproches d'Âristote ^ ^ et fait de lui le véritable père des stoïciens; Zenon fut en effet son disciple, et Cicéron disait : k Vos stmciens qui rapportent tout à un esprit igné suivent la doctrine d'Heraclite 4.,
Démocrite, 8o« à io4* ofymp. 459-36o m. /. C.
1. Sources. Lorsqu'on veut approfondir un peu , à l'aide d'une saine critique, la biographie de Démocrite , aussi bien que l'histoire de ses ouvrages et de ses doctrines , on est véritablement étonné de la bonne foi avec laquelle les biographes modernes, sans en ex-
* Arist., Métaph., 1. 1 , ch. III ; Auscult phys., 1. 1, ch. Il j L VIII, ch.III; de Ce^/o, 1. m , ch. I.
* Diogène Laërce.
3 Arist., Métaph., l. II , ch. IV; 1. IV^ ch. V.
* Cicéron , de Fin., l. Il,
4y4VT 4n|ST0Ts. iiS
cept^r ritif^tigabld et patient MuUach % oût arrapgé tout oe qn'oQ trOy V0 ^^ns l'ACticle qu*ils ont composé sur Thistpif^ d# 0e phUo^pphe célèbre et peut-être fantastique*
La $eule itipitiière de parvenir à mettre eq évidence la vérité toute fitnpl^ potift psii^i^U devoir toujours con* sister à montrer cqi^iQent )e$ faits ^ p}us ou inoins apo* cr^plies, qui la oqnstituent, ont été ajoutéâf pour ainsi 4irQ9 chronologiquement à cette histoire.
£t 4'abprd aucun des histpriens grecs n'a même pronqpçé }e nom de Détnocrite< Cela est certain y aus^t bien poMr Hérodote que pour Thucydide et Xénophon, PlatoA €!t Sqcrate n'en qfit égalepient fait nulle mention*
Il n'eu est pas de même dans les œuvres que jiou^ possédons aoiis le nom d' Aristote. MuUnch , qui Ifi^ a compulsées avec beaucoup de soin^ n trouvé Déinpcrita tn sqUaute-di9;Thuit endroit^ différents. Mous SiYO^^ n0us«inême9 oqmpiilséet vérifié presque tous }es pas^ sages d'AristPt^ qui paflent ^e Démocrite. {In^isagéd s0U9le rapport biogriipl^ique^nous n'y avons cependant trouvé que les faits suivants ; Démpcrite était d'Ah- 4èr« ^ ) et AristQte \ç présente toujours, comipe disciple d'^naxagore et de ^eucippe^; l'Ab^éritain étai( postérieur k Anaximèi^es et à Ana^agore^;^ le pre«
* IJl vieiît cle faire paraître Democriti, Abderitœ, operum/rvgn^rua coilegit, recensuUyVerHt, explicuity ac de philosophi vita , sciiptis et platUh commentatas est Prîd. Guîll. Augusf. Multachîns, phil. ,doctor artium L. L. M. in gymnasio regio gallico superioris ordinis praeiceptor. Bçrolini, sumptibu» Guill. Qeçj^er^. 1^4^^
' Arist., Meteor,y 1. II, cïi. VU; de Cœlo\ 1. III, ch. IV; de /îqpiratione^
^ Arist., Métaph.y 1. |j c(». IV ; 1. IV ch. Y 5 4? Çener, et interit,, 1 1, ch. I; de Cœloy 1. II , ch. XU? ; h m< ç^* IV ^ M^tpoi:., K I , ch. VI ; de Anim,^ 1. J , ^h.; IL
I l6 IÎPOQUE GREGQI3E
mier il a porte sa pensée sur l'ensemble des choses; il avait une gi*ande force de raison , était observateur^ puisque les causes delà nature lui étaient familières , et que le premier enfin il a essayé de définir les choses par la substance '. Partout ailleurs Aristote expose, accepte ou réfute la doctrine de Démocrite.
Théophraste, disciple d' Aristote, a exposé et réfuté le sentiment de Démocrite qui donne une figure aux saveurs; il a aussi rejeté sa théorie sur la génération^. Dans les fragments de Touvrage de Théophraste sur les sens^ se trouvent encore des citations de Démocrite; mais nulle part^ à notre connaissance, Théophraste ne fait connaître quelque circonstance de la vie de Démocrite.
Cicéron (io6 av. J. C), qui venait après tous les faussaires de la Grèce et de la bibliothèque d'Alexandrie, redit, avec eux, que Pythagore, Platon et Démocrite ont parcouru les terres les plus éloignées^. Dans le premier livre de la Nature des dieux, dans ses Questions académiques, il expose la doctrine de l'Abdéritain, et il ajoute qu'Épicure l'a copiée.
Nous apprenons de Diodore de Sicile que Démocrite vécut quatre-vingt-dix-neuf ans; qu'il séjourna cinq ans en Egypte , pour y apprendre des prêtres la géométrie et l'astronomie^; de Pomponius Mêla, qu'il était d'Abdère et physicien ; de Vitruve , qu'il avait écrit sur la nature des choses ^ ; de Strabon , qu'il avait voyagé
■ Arist, de Générât, et interit., 1. I, ch. I; de Part.anim., 1. 1, ch.L
• Théophrast, de Cousis plant., 1. VI, ch\ I, H, VI, IX.
* CicéroDy de Fin. bon, et mal., l. V, ch. XIX. ^ Cic, Q. ac„ \. n, ch. XXIII.
« Bib., Hist,,\. XIV, ch. II; 1. I,ch.XCVra.
^ Pomp. Mêla et Vitr., 1. IX, ch. IH-^VII; dans JUuUachius, p. x3o.