AVA.NT ARISTOTE. |I
dans une grande partie de F Asie, mais on n'est pas sûr qu'il veuille parler de l'Abdéritain * , ne le nommant pas, contre sa coutume, à l'occasion de la ville d'Abdère; de Yalérius Maximus, qui vivait après Séjan, que Dé« mocrite séjourna à Athènes plusieurs années.
Celse j médecin , qui a écrit sous Auguste et sous Tibère , compte , dans son introduction, au nombre des médecins célèbres Hippocrate, Pythagore, Empédocle et Démocrite, en ajoutant que ce dernier avait été son maître , ce qui prouverait que ce n'est pas l'Abdéritain, qui vivait près de quatre cents ans auparavant.
Pline a ramassé tout ce que l'on racontait d'incroyable et de merveilleux sur Démocrite. Selon lui, Pythagore et Démocrite écrivirent sur les plantes, après avoir parcouru la Perse , l'Arabie , l'Ethiopie et l'Egypte , dont ils racontaient des choses étonnantes; ailleurs, il dit que Pythagore , Empédocle , Platon et Démocrite ont été s'instruire auprès des mages; que le dernier publia les ouvrages trouvés dans le tombeau de Dardanus de Phénicie; mais, dans un autre endroit, il le blâme assez crûment de prouver, par son exemple et sa loquacité immodérée, combien la vanité grecque était portée au mensonge; du rejste, il le présente partout comme un grand magicien. C'est aussi Pline qui met sur le compte de Démocrite l'histoire des oliviers, absolument dans les mêmes termes qu'Aristote l'avait racontée de Thaïes*. Nous arrivonsà l'époque où commencèrent à paraître ces écrivains grecs et latins qui, dans des compilations plus ou moins heureuses, réunirent, au milieu de quelques vérités ,les histoires les plus contradictoires et les
' Strab., I.XV.
» Plin., Hist. fiât,, 1. XXV, ch. Il; I. XVIII, ch.XXVIH; 1. XXIII, cb. XVII ; 1. XXX, ch. I ; 1. XVIII, ch. Vin.
ÎI8 êMqttè ôRfe^tife
plus singulières, ouv^ages qui portèrent trop Mtisdoiltd
à négliger les driginàtix.
Le prefaiiel* en Ugrie, sbUfe t6us Ifes ràppWtt, est Plu*tarque; mais touchant Dëncidcritë, psls plus que tôuchatil la plupart dés autres philosophes , il ne tiouâ apprëtid fjtië des opihions philosophiques, sans presqtie aucUne cirbdnstance de sa vie.
Il en est autrement de Diogèbe Laërbe j il à cité un grand nohibre d'auteurs dans sa Vie de Dënloctitë. -^ Le pluk ancien est Antisthène, c^iii Tivàit , crdit^n) un peu avant Aristote ou de soti teinps. Cet Antlsthène) datls ièi Successions des philosophes ; Dëttiétrius , dans son livre des Aateurs de même ru)rh, disent que Dé* mocrite alla trouver en Egypte les prêtres dfe ce pays j qu'il apprit d'eux la géométrie ; qu'il se reiidll en Perse auprès des philosophes chaldéeti^, et pénëtra jusqu'à là mer Rouge. D'autres, ajoute Diôgène, assurent qu'il passa dans les Indes ^ qu'il cotiveràà àVec les gymnoso« piiistes, et fit un voyagé en Ethiopie. Hlirôdbte, autre tans douté que le père de Thistoire, dit que Xerxès, ayant reçu l'hospitalité chez le père de Démocrite , lui laissa des mages et des philosophes chaldéens, desquels Dé» mocrite âp{irit la théologie et l'astrologie dès ^oh bas Age;
Là plupart des auteurs ^ dit Diogène, racbiitent qu'en partageant le bien de son pèl-e avec ses frères , il prit pour lui i'àrgetit dans Tintentioti de voyager, et Dénié* trius ajoute que isa portion se tîionlait à près dé cent talents, et qu'il dépensa toute la somme. — Détiiëtrius d^ Athènes raconte qu'il vitit en cette Ville , et qu'il dit lUi-mêrtie : « Je suis venu à Athènes, et en suis sorti in« connu.» En opposition à ce récit, Démétrius de Phalère, dans son Apologie de Socrate, nie que Démocrite soit jamais venu à Athènes. Âiiisi donc, dès ce tfeoipfi^ lô doute et
AVJLIfT ARISTOTS. TI^
rinbertitude régnaient sur ce prétendu séjour à Athènes. -^^ Déthétriu^ raconte qu'après avoir fini ses voyages et dépensé tdtit son bien ^ il vécut si pauvre que son frère Dahiâste fut obligé de le nourir. — Une loi de sa patrie interdisait la sépulture à ceux qui avaient dépensé leur patritnoitie}Déttiôcrite,aurapportd'Antlsthène, pour éviter ce déshonneur^ lut eti public son ouvrage Du grand monde ^ qui lui talut cinq cents talents. Selon Hermippe^ Démo* cMlfe^ cassé de vieillesse , prolongea sa vie de quelques jdurs par l'odeur de pains chauds. — Thrasylle a composé un ouvrage intitulé : Des choses qiiilfaut savoir avant de ivre Démoctile; le même auteur a dressé un catalogue de Ses ouvrages, qu'il partage en quatre classes. — Suivant Apollodbre, Démocrite naquit dans la 80* olympiade, et il dit lui-même quelque part, qu'il était de quarante anà t)ltis jeune qu'Ariaxagore. Tels sont les faits les pltia importants relatés par Diogène Laérce.
Aulu-Gfelle cile le poêle comique Labérius racontant dâHs sa comédie du Gordièr , que Démocrite s'ôta la vUe pbUr être moins distrait dans ses méditations '. 11 parait que ce Labérius avait conclu ce trait d'un tour oratoire un peu exagéré de Cicéron.
Enfin Élien , Clément d'Alexandrie \ et Eusèbe après lui, ont parlé de ses voyages^. Clément d'Alexandrie dit même qu'il passa quatre-vingts ans à voyager ; mais il parait qu'ayant mal lu les lettres numérales , il a pris citiq pour quatre-vingts.
Enfin, Mullach vient de publier un ouvrage sur Dé* liidcrité , où il a recueilli tout ce qu'on en a dit , et tous les fragments qui lui sont attribués.
De l'analyse que nous venons défaire résultetit aU sujet
* Aulu-Gelie, Nuits att., 1. X, ch. XVII.
* Êlién, rar. hist.y l. IV, ch. XX 5 Cléœ. d'Al., Str., 1. î, § XV.
laO iPOQUE GBEGQUE
de Démocrite trois principales questions, qu'il faut essayer de discuter : la première concerne ses voyages ; la seconde, lalistede ses ouvrages et leurauthenticité, et la troisième, l'authenticité des fragments qui nous restent sous son nom.
Tout ce qu'on a dit de ses voyages étant au fond la même chose que ce qui a été mis sur le compte de Thaïes et de Pythagore, nous pourrions, à priori^ les regarder comme aussi fabuleux que ceux de ces philosophes, et par les mêmes raisons ; néanmoins quelques nouvelles assertions à leur sujet méritent d'être discutées.
Le premier auteur qui ait parlé des voyages de Démocrite est Antisthène : il dit qu'il alla trouver les prêtres d'Egypte pour apprendre d'eux la géométrie; qu'il se rendit en Perse auprès des philosophes chaldéens , et pénétra jusqu'à la mer Rouge. Antisthène vivait, croit-on, un peu avant Aristote, et c'est là ce qui a porté Mullach à lui accorder une assez grande autorité. Or, cependant, Meiners, après plusieurs auteurs anciens, traite Antisthène de menteur, dont Aristote lui-mêmaavait,à tort, cru lesinventions sur les sciences des Égyptiens et des Perses; inventions que cet auteur avait écrites sans même avoir jamais été chez ces peuples. Ce caractère d'Antisthène , joint à la manie déjà en vogue parmi les Grecs de supposer des ouvrages, jette d'abord quelques doutes légitimes sur son autorité. Un homme assez hardi pour inventer des livres sur les sciences de peuples qu'il ne connaissait pas, était bien capable, pour donner plus de poids à ses assertions, d'assurer, contre sa conscience, qu'un homme tel que Démocrite , qui passait pour le plus savant des Grecs de son temps , avait été puiser sa science chez des peuples dont Antisthène s'aventurait à faire de si pompeux éloges. La phrase même de Diogène Laërce prouve
AVANT ARISTOTSb lal
l'ignorance d'Ântisthène. D'abord, Dëmocrite va en Egypte pour apprendre la géométrie : or, la géométrie et les mathématiques avaient déjà fait, dans l'école de Thaïes et dans celle de Pythagore, plus de progrès qu'elles n'en firent jamais chez les anciens Égyptiens; ce fait est aujourd'hui démontré par les beaux travaux de l'archéologie sur l'Egypte , et surtout par ceux de M. Letronne. Ce que nous avons dit de Pythagore prouve que Démocrite, qui n'a rien ajouté sous ce rapport, n'avait pas besoin d'aller apprendre des Égyptiens ce qu'euxmêmes apprirent des Grecs. En second lieu, Antisthène dit que Démocrite se rendit en Perse auprès des philosophes chaldéens. Les philosophes chaldéens en Perse insinuent une grande ignorance des pays et des choses. Mais ceci nous donne une preuve de plus que les Grecs appliquaient le nom de Chaldéens à tous les hommes qui se mêlaient d'astrologie, de magie, d'incantations, de sortilèges, etc. La descente des Perses et des Mèdes en Grèce dut faire connaître quelques-uns des mages et peut-être des véritables Chaldéens, et favoriser la circulation de ce nom dans le langage des Grecs. Dès lors il suffit qu'un philosophe grec passât pour magicien^ pour être aussitôt qualifié du nom de Chaldéen ; et en amplifiant, suivant la loquacité grecque, cet homme dut bientôt avoir parcouru toute la Perse et la Chaldée. Nous rangerions donc volontiers l'assertion d'Anthistène , le menteur, avec se^ contes sur les sciences des Perses et des Égyptiens , et avec l'assertion de Diogène racontant que Xerxès laissa des mages et des philosophes chaldéens, pour enseigner à Démocrite enfant l'astrologie et la théologie; l'une ne nous parait pas mieux fondée que l'autre. En outre, le livre de la Succession des philosophes, du même Antisthène, est-
il bien dé lili^ On ti'eti a du&une preuve; Didgène Laërce seul lé cité, saiis dire quand tel auteUi* à vëbti, et il l^ivait probableineiit plus de cinq cétlts ans avaril lui. DéktiëtriUs, tiotis ne savons lequel , mais certâinéhiént de l'époque des historiens de l'expéditibn d'Àlexand^e^ dit absolument la méttie chose qu'Antisthèhe^ et est dite a^ec lui par Didgène ; mais plus tard il nouft fournit la rëfbtation de cette histoire. Il dit en effet qué DëmdCrité livait cent talents pour faire ses voyages en Perse, en Châldëè^ en Egypte et à la mer Rouge, et qu'il dépensa tout; cé qu'on croit à peine, s*il eét vraii que le taletît àttiqué valût AjSSg francs 5o centimes, ce qui aurait donne à Détnoctite une fortuné dé 483,95o frartcs; chose incrdyable et inadmissible, puisque son père avait quatre enfants, et que Dëmocrite prit la plus petite portion de Fhërltage, et tout eti argent hibtlUâyë, aU rapport de Diogène. Ensuite là dépense de fcette sortime, pour un voyageur à piéd^ son transport, et triille âUtirés difficultés, iië sont guè4*e explicables. Valèî*é-Mâxime dit, d'ailleurs, que Dëmocrite donna son patrimoine à sa patrie , et ne retint pour lui que peU de chdse , afin d'être plus libre de vaquer à là phildSophie ^ Sans auéun doute Valère avait lu fcë ftilt dâhs quelque auteur grec, et c'est la réfutation formelle des assertions de DëmëtriXis. Il faut donc convenir que Dëmocrite n'alla certainement point en Perse^ encore moins dans Tlnde, deux pays où aucun Grec ne pénétra avant Alexandre ^. Si ces voyages avaient eu lieu, ils auraient certainement fait
' Val. Max., 1. VIII, ch, VIT.
* Xénophon est le premier Grec connu qui ait abordé la Perse un peu avant Alexandre ; mais sa Cyropédie , regardée comme lin roman , prouve qu'il connaissait assez peu ce pays.
du bruit eil brèce. Or, c^onutiént d« fait-il qu'AHstote, <}tl{ |>àrlë si souvent de Dëmocrite, qui {)ài*le tnédie des Châld^ehs et dë& É^ptietis, pour leur science^ qui succédait presquie imitiédiatèment au philosoplie d'Al> dèré, ti'ait pas dit Ud seul tuot, n'ait pas laissé percer Utië seule allusiob qui aient trait à bes voyages?
Cepeîidatit ) quand une fois l'histoire fût fabriquée , il îë tmiiva des copistes pour la répéter, et y ajouter de tldutellës circOrïstauces. Dans l'ordre des temps, Gicérbîi eêt le premier àprèâ Antisthètie et Démétrius^ qui ait dit en gétiéràl qUe Démocrite iivait parcouru les teirëS Ifes plus éloignées; il ne faisait que répéter ce qu'il avait lu dans les auteurs grecs , où il puisa tout ce qii'il a écrit des philosophes. Le témoignage de Dlodorë de Sidle a paru plus important à Mullach,qui pense que cet historien avait appris des prêtres égyptiens, que llémocrité avait passé cinq ans en Egypte. Cette interprétation tïous semble très-probable, et prouve de plus en pWs combien les prêtres égyptiens^ après avoir tout reçu des Grecs sous les Ptolomées, s'efforcèrent, dans leur orgueil nâtiotial bîeil connu, d'humilier les Grecs, leurs mattreS ^ en leUr persuadant qii'ils avaient tout reçu de l'Egypte» Le crédule, mais véridique Dtôdore, accepta lîtlB assertion qui devait, au dire des prêtres égyptiens,, dater de près de quatre cents ans. Le Silence de Strabon, cbhtrë sa coutume de nommer tous les grands hommes de chaque ville; son silence, dis*je, sur Démocrite à l'occasion d'Abdère, le fait certain qu'il y a eu plusieurs Démocrite , font soupçonner que le Détiiocrite qu'il dit avoir parcouru une partie de l'Asie n'est pas l'Abdéritâin. Le témoignage dû médecin Celsè ^ citant parmi les grands médecins, quatre cents ans après l'Abdéritâin , un Démocrite qui a été son maître , pOlrterait à
ia4 iSPOQUE GRECQUE
croire que ce pourrait bien être là celui de Strabon. Il venait, en effet, à une époque où les voyages étaient plus faciles, et où c'était assez la coutume des médecins de voyager, comme nous le verrons à l'époque de Galien. Diogéne, qui ne discutait jamais ses sources, aura facilement mis tout cela sur le compte de l'Abdéritain. Quoi qu'il en soit, nous arrivons au témoignage peu acceptable de Pline; nous savons sur quelles autorités il se fonde; il ne lui faut souvent qu'un mot mal lu ou tnal écrit pour broder toute une histoire; il prenait partout sans aucun choix , et toutes les merveilles qu'il raconte de Démocrite et de ses voyages se réfutent d'elles-mêmes.
Quand saint Clément d'Alexandrie, et Eusèbe après lui, disent que Démocrite a passé quatre-vingts ans à voyager, il est facile de voir qu'ils avaient mal lu ou puisé à de mauvaises sources ; leur témoignage , d'ailleursj n'a, en ces sortes de choses , d'autre autorité que celle des faussaires grecs, et des fabricateur^ de la bibliothèque d'Alexandrie.
Élien, qui, d'après Suidas, cite Théophraste pour avoir loué Démocrite à cause de ses voyages , ne nous apprend rien de nouveau; car la louange de Théophraste peut tout aussi bien porter sur des voyages dans l'Asie Mineure, la Grèce et la grande Grèce, que sur des voyages à l'étranger. Or, quelques auteurs ont pensé que Démocrite avait voyagé dans la grande Grèce, parce que, d'après Diogène , il avait été disciple des pythagoriciens. Il est inutile de parler de la lettre de Julien l'Apostat, rapportant que Xerxès avait appelé Démocrite pour ressusciter sa femme et le consoler '.
> Jul., Epist. xxxvn.
AVANT ARISTOTE. Ia5
La seconde question sur les ouvrages du philosophe d'Abdère, se lie à la précédente par plusieurs points , puisqu'on lui attribue des ouvrages relatifs à ses pérégrinations.
Près d'un siècle après la mort de Démocrite, Callimaque , bibliothécaire d'Alexandrie , s'occupa le premier de rassembler ses écrits; et qui peut dire /combien de livres apocryphes purent y être mêlés à une époque où tant de monde s'ingéniait à fabriquer et à supposer des livres pour en recevoir de riches récompenses de la mumficence des Ptolomées? Ce fut cependant d'après ce recueil, et d'après tout ce qui avait pu y être ajouté par Hégésianax et d'autres, que Thrasylle, sous le règne de Tibère , deux cents ans après Gallimaque et quatre cents après Démocrite, composa la table des écrits de celui-ci, telle que nous l'a conservée Diogène Laérce dans la yie de Démocrite. Thrasylle les divisa en tétralogie, à l'imitation de ceux de Platon. Mais nous^ pour en mieux apprécier la valeur et l'authenticité, nous les ramènerons aux trois grandes catégories des sciences instrumentales , d'observation et terminales.
II. Écrits attribués à Démocrite. I. Sur les sciences instrumentales, i^ Grammaire. Cette partie renferme ses traités sur les mots et les noms.
a** Esthétique. Ses traités des lettres qui sonnent bien ou mal; de la beauté des vers, de la poésie; d'Homère, ou de la justesse des vers et des dialectes; des rhythmes et de l'harmonie , du chant; de la peinture.
3** Mathématiques. Ses traités de la différence des opinions, ou du contact du cercle et de la sphère; des nombres ou arithmétique; de la géométrie; des lignes irrationnelles et solides; des explications; actinog;r^-
ta6 ifOQD» P1I9ÇQU«
phje^ déscpption des rayons , ou des projectîoos optitiquea et geQinétfiques^ et de la propagation çles ligP09 physiques*
Démocrile n'avait donc embrassé que deqx t^l'mes des iQÎei^cQi instrutnentales ^ |$ granunaire et les n^thématiques^puis un pqu Fe^lbétique} mais m]a logiqMe, ni la dialectique ne furent pour riett dans s^s înstruinenta. Aristote introduira véritablement ce rayon nécessaire^ en développant et formulant tq^s l^s a^tr0$« Dès lors, la méthode ne put être pour Péipqcritf) que mathématique; or, coidtné cet instrument^ méqi^ ep ce qu'il a d'idéal j, est uniquement applicable, à la fuatière , nous verrons le matérialisfne en découler cqfnifie un^ conséquence nécessaire.
IL Siciences (fof^servatiçn ou d^appUcçition ch l'infStrur ment, i'^ Phjsiq\^e §énér(il^ ou métaphysique, Déjnocrite embrasa probablement les lois physiques générales di} monde d£|ps ses traités de la grande descHptiçtn dq mond^y ouvrage que Tbéophraste attribue à {^eucippe ' j la pfstite descriptipn du monde; sur }a nature du mqndq ou des choses. II dé^Hvit ee monde 4aps sa cosmographie^ et appliqua l'instrument à l'étude du ciel dan^ la description du pqle. description d^ eiel» d§» pl^nèt^s, des causes célestes. De ce^diyers traités^ fésiiUèrept : la grande armée ou table ftstropomique, ic^strui^ent pour renia rquer le lever et le poucher d^ 9str^|»j f:sa^paep du mouvement de la çl^p^ydre^ çpmpsifé £^u mouve*^ ment des astre^<
a® Physique spéciale. Des causes de l'air ou mét4fH rqlogie; des pauses terrestres; des pau$e^ di) fefi et des chqse^ qui ^i^t dl^ns }e feu; 4et causes melé^gf de l'aimât} d9^t§% physique^ ; pyoU^cpet p]»y#«}^^
• Dîog. liâëi*., Vie de Dé/h.
AVANT AR(sxqi:^, ia7
Il eptr^ ensuite dans l'étvicle des êtres naturels, et, d'abord, de la terre, leur séjour, dans son traite de la description de la terre; des causes des semepçes, ^çs pls^t^tes et des fruits; des causes ^^^ a|piimaux« Pnfm, il arrive à Thomme, dans son traite spf |^ pâture de rhomme ou de la chair j des causes de |a voi)^ ^ dp l'esprit, des sens. — 1} faut rattacher à çps traites ceux que piogène Laërcfs pt Thrasylle dqpnent cpn^ rue douteux, ce spnt: de ràa)e;(}es choses liquides ; des cou« leurs; d^^ différentes rides; des chaqge|i)ents des ri^ps; des préservatifs , ou des remèdes copirp pes accidents } de la vision, ou de la Providence jtrojs tf^ité^ des maladies pestilentielles; un livre des choses ani}3Jgv|ps. — Dans les ouvrages suivants, que ces auteurs rapgqnt parmi ses livres certains, après avoir étudié rhoq^fiiip d^ns l'état normal, il {'étudie dans Tétat d'anomalie : de^ pronostics, de la diète, oq la scieqce de la médecinp^ des cc^uses opportunes et inopportiines^ probablepie^f des accidents dans les maladies.
m. Sciences ter/ninales. L'étude de Tj^omme individue) devait conduire, comme toujours, notre philosophe à étudier l'homme social ; c'est une nécessité fi laquelle nous ne verrops aucun esprit logique échapper, pa^ plus qu'il ne peut se soustraire ensuite aux questions de la moralité humaine, et de la Divinité, qui en sont 1^ conséquences rigoureuses. Nous placerons donc jci ^es traités sur l'agriculture, comme ayant tfait à rœconomique; le traité de la tactique et de la science fje^ arpies, qui se rapporte à l'homme politique. A l'ho^pme moral se rattacheront: Pythagore et son institut; Je caractère du sage; des enfers, qui i^'était peut-être qu'jin traité $ur Ifes léthargies ;; des commei)t^ires morauj^} la triple génération, ou la génératioA pri>dviisan( y^oisf
Ia8 ÏPOQUE GRECQUE
choses , qui comprennent toutes les choses humaines ; de l'humanité ou de la vertu, qui conduit à la corne d'abondance, ou de la tranquillité de l'âme, qui était pour Démocrite le souverain bien de l'homme, et le dernier terme où il devait tendre.
Ainsi, dans cette direction toute mathématique, la science est constituée sans Dieu, et l'homme est à luimême sa propre fin. Dès lors, Démocrite ne pouvant échapper cependant à l'idée de la Divinité, ne dut l'envisager que pour la faire entrer dans son cadre matérialiste, et c'est ce qu'il fit en essayant, comme Empédocle , d'expliquer Jupiter et les autres dieux allégoriquement.
Diogène et Thrasylle, à ces ouvrages, en joignent d'autres, qu'ils regardent comme douteux, et attribués à Démocrite seulement par quelques auteurs qu'ils ne nomment pas. Ce sont: des écrits sacrés qui sont à Méroé; de l'histoire; discours chaldaïque et discours phrygien ; de la fièvre; de la toux; des causes légales; le livre de l'anneau , ou des problèmes. Puis ils ajoutent que les autres ouvrages qu'on lui attribue, ou sont pris de ses livres , ou ne sont pas de lui. Voilà ce que comprennent ses œuvres prétendues. Ils avaient dit précédemment que le traité qui portait le titre, Du bon état de l'âme , ne se trouvait plus.
Le traité sur les écrits sacrés de Babylone ne se trouve pas dans Diogène ; celui du périple de l'Océan ne se trouve que dans l'édition Aldobrandine , et pas dans les autres. Le premier, des écrits sacrés de Babylone, ne se lit que dans Clément d'Alexandrie, sur l'autorité d'auteurs qu'il ne nomme pas.
Voilà donc tout autant d'écrits dont on doutait dès le temps de Thrasylle, qui ne les avait probablement
AVAKT ARISTOTE. 1^9
pas trouves dans Callimaque, ou bien il les y avait déjà lus sous la rubrique de suspects. Or, ce sont justement les livres que l'on regarde comme le résultat de ses voyages; des écrits sacrés qui sont à Méroé; discours chaldaïque; discours phrygien; ceux, des écrits sacrés de Babylone et du périple de l'Océan, ne s'y trouvent même pas. Une coïncidence aussi inattendue et aussi singulière ne trahit-elle pas les faussaires? ne montre-t-elle pas que ces ouvrages ont été inventés pour appuyer les voyages? et puis il ne nous en reste absolument rien , pas même une ligne. Clément d'Alexandrie, qui a parlé des écritures sacrées des Égyptiens, n'a cité de Démocrite que le titre des écrits sacrés de Babylone. Ces livres n'existaient donc plus de son temps; la preuve, c'est qu'il ne les nomme que sur des on-dit. Si l'on considère qu'il ne nous reste nulle part aucun fragment de ces ouvrages; qu'Aristote, qui a donné des extraits de tous les livres de physique et de physiologie, aussi bien que Théophraste, que Cicéron, qui a parlé des écrits moraux, n'ont absolument rien dit de ceux qui auraient été le fruit des voyages de Démocrite; on sera très-porté à croire que ces derniers n'ont peut-être jamais existé que dans leurs titres, mais très-certainement qu'ils n'ont été écrits, s'ils l'ont jamais été, qu'après Aristote et Théophrasle. S'ils avaient existé, Aristo te, qui montre partout une si grande confiance en Démocrite, n'aurait assurément pas manqué de les citer; il en a eu assez d'occasions, puisqu'il a parlé des sciences de l'Egypte •et de Babylone, et de quelques animaux de ces pays. De là résulte donc une nouvelle preuve de la fausseté des voyages de Démocrite , puisque c'est dans ces prétendus écrits qu'il est supposé en avoir parlé lui-méme« T. I. 9
La troi^ièffie et dernière question ae lie aux précé-^ dentés, et concerne Us fragmenta qui nous restent de Démocrite. Stobée, postérieur àDéipocrite de près de huit ou neuf cents ans, a fourni à MuUach la plupart des fragments moraux , et rien des autres. ; quelques-uns même de ces fragmeîits moritui^ sont extraits de. Plutarv que, de Cléoient d'Alexandrie ^ d'Antonin ^ de Ma^imô, d'Ëustathe, sur l'Odyssée, de Diogène l4aërce, puis d'un certain Démocrate, dont on possédait quatre-vingtsix sentences dorées. Plusieurs de ces sentences ^ reprdduites par Stobée et Autonîn, ont été mises sur le compte de Démocrîte, par l'impéritie des éditeurs , dit Lucas Holsteniusy approuvé en cela par MuUach^ ; dou<velle cause d'erreur par conséquent*
Les fragments de physique et de physiologie sont tirés : cinq de Sextu$ Ëmpiricus, trois de Plutarquç, un de Diogène Laërce, deux de SimpUdus^ deux de Stobée, yingt^quHtre de Théophraste, etdeu^ seulepient d'AristQte^* duquel il est étonnant que M, Mullach n'en ait pas tire un bien plua grand nombre , puisqu'il dit lui-même qu'il e^t parlé soixantenlix^buit fois de Démocrite dans Aristote, et, à notre coanai&satice, on aurait pu extraire du Stagirite ^u moins trente fragments plus authentiques qu'aucun autre.
Les fragments sur les animaux sont tous eistmits d'Élieu,
Les fragment^ d'Astronomie sont tirés des éléments d'astronomie de Géoiipi f dans l'Uranologie dQ Pét«u , Paris, i63o, ^
Les fragments! d'agriculture sont dç Ciafi^idn Baasus.
Enfin ^ les fragment» diyera sont de Plut^rqUe^Dioii
. ' QWPcrUi^p.z6^
ASAST ARISTOTB. l3l
Cbrjrsostomey Philodèrae^ Clément d'Alexandrie et Diogène Laérce* Lies fragments de ces deux derniers méritent, une attention particulière.
Clément d'Alexandrie , dans le premier li\re des Stromates , fait ainsi parler Démocrite : a J'ai parcouru plus de pays qu'aucun homme de notre âge ; pénétrant dans les lieux les plus éloignés , j'ai vu la plupart des genres du ciel et de la terre; j'ai entendu un grand nombre d'hommes érudits^ et persoune ne m'a encore surpassé dans la composition des lignes en y joignant la démonstration ^ pas même ceux des Égyptiens qu'on nomme harpedonaptes; chez eux^ enfin ^ j'ai voyagé pen» dant quatre-^vingts ans (MuUach corrige pendant cinq »ns). n Nous ne savons ni de quel ouvrage ce passage est extrait^ ni sur quelle autorité il est dté; Clément d'A* lex^pdrie dit simplement que Démocrite a écrit œla de luî-méme« Du reste ^ tout ce que nous avons exposé jusqu'ici $'appliquant directement à ce passage, nous pensotla qu'il est inutile de nous étendre davantage sur sa fausseté et sa supposition^
he fragment de Diogène est ainsi conçu : <c Je vins à Âthèt)e$9 et personne ne me connut. » Il est cité sur l'autorité d'un Démétrius, et, quelques lignes plus bas, Diogène le réfute pair Démétrius dePhalère, qui, d^tis l'Apologie de Socrate, nie que Démocrite soit jamais venu à Athènes. Tout cela était donc encore un coup dans la plus grande incertitude dès ce. temps, c'est-àdire, environ deux siècles après Démocrite.
Cependant, Théophraste a loué FAbdéritain pour ses voyages , à moins qiie la citation d'Élien i)e soit apocryphe. Sans nous arrêter da\antage siir ce point, nous croyons que Démocrite n'est point sorti de la Grèce. Né k fbdère, en T^r^çe, il p^ul \Qyag«r ^n lonie et
iSl ÉPOQVIË GRECQUE
dans TAsîe Mineure; cela lui était facile; ses relations avec les philosophes d'Ionie permettent de le penser; il put venir à Athènes entendre Anaxagore , dont il fut le disciple y au rapport d'Aristote et de beaucoup d'anciens. Il passa probablement en Italie ; ses relations avec les pythagoriciens, son écrit sur Pythagore et son institut, outre le témoignage de plusieurs anciens, permettent de le croire très-légitimement. Quant aux autres voyages, ils nous paraissentimpossibles, surtout quand on joint à toutes les raisons que nous avons déjà données, celle de ses nombreux ouvrages. En effet, s'il passa une partie de sa vie à voyager, il est difficile qu'il ait pu écrire soixante et quelques traités divers. Il faut donc de deux choses l'une : ou rejeter les voyages et conserver les écrits, ou bien rejeter ceux-ci si l'on veut admettre les voyages. Mais cela est plus difficile, car la grave autorité d'Aristote se réunit à toutes les autres pour nous apprendre que Démocrite avait le premier embrassé tout le cadre des choses , qu'il était observateur de la nature, et qu'il commença le premier à définir ', ce qui ne s'accorde guère avec de si nombreux et si longs voyages, pas plus qu'avec l'histoire de Labérius, qui le fait vivre au milieu des tomtieaux et s'arracher les yeux, sans doute pour mieux observer! Toutes ces fables et bien d'autres se confirment dans une incroyable absurdité, et se détruisent par leurs contradictions.
Ce qui nous reste de plus probable au milieu de ce chaos sera donc tiré, d'une part, d'Aristote, et des conclusions légitimes de la doctrine connue de l'Abdéritain.