‹ Histoire des sciences de l'organisation et de leurs progrès, comme base de la philosphie;Chapitre 25 sur 45 · III. Fie de Démocrite. Précédant presque immédia · texte numérisé non relu

III. Fie de Démocrite. Précédant presque immédia

» Arist, de Gêner, et inUrit, 1. 1, c\ï.ly de PaH. anim.^ L I, ch. L

AVANT ARISTOTÊ. ï33

fement Aristote, Déraocrîle, le véritable chef de la fameuse école d'Épicure, chercha à formuler le cercle des connaissances humaines dans la direction purement mathématique. Par lui nous est expliquée la marche anormale de l'esprit humain , dans l'acquisition de la connaissance à son époque.

Il naquit à Abdère, ville de Thrace, d'une famille illustre et opulente, vers la 80* olympiade, 4^9 an» avant Jésus-Christ, et mourut vers la quatrième année de la Jo4* olympiade, 36o avant Jésus-Christ. Il vécut, par conséquent, environ quatre-vingt-dix ans ou plus. Contemporain de Socrate et de Platon , et disciple d'Archélaus, d'Anaxagore et de Leucippe, dont il développa la doctrine, il vint à une époque où le génie delà Grèce était dans le travail de l'enfantement de la science ; elle commençait à vouloir se rendre compte des choses , et à formuler ses connaissances.

De cet effort même devaient naître des anomalies , les erreurs d'une mauvaise direction, et la destruction des préceptes de la morale sociale. On voulut tout (expliquer par les causes secondes , et l'athéisme dut nécessairement venir saper les lois du devoir. Socrate lutta contre cette tendance; il combattit la trop grande ardeur pour la science, dans le but de ramener l'homme à la fin de sa nature, la pratique de ses devoirs. Platon, son disciple, accepta le but, mais voulut y joindre la connaissance qui devait y conduire. Remontant à la cause première , il descendit par l'intuition jusqu'aux causes secondes, et formula son admirable synthèse philosophique, le cercle des connaissances divines et humaines conçu a priori. D'autres , prenant une voie tout opposée, nièrent le but de l'homme, rejetèrent les devoirs et en mémç temps Dieu , la cause première.

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pour tout expliquer par là matière et ses lois. C'étaient des mathéinaticieDs sortis de l'école d'ionie et de celle de Pythagore; de ce nombre fut Démocrite, qui tenant des deux directions, les réunit dans leurs dernières con« séquences; aussi fut*îl de tous celui qui poussa le plus loin dans cette voie.

Jeune encore il perdit ses parents ^ et peu de temps après il quitta Abdère, sa patrie, salua en passant les principales villes de la Grèce , aborda en Italie , où il demeura quelque temps à l'école des pythagoriciens^ et commença à s'y acquérir un nom dans la sciencei Repassant ensuite dans la Grèce , il navigua vers l'Asie Mineure, en parcourut les principales villes, qui bril* laient alors par les beaux-arts et les sciences* De là il revint peut-être à Athènes , où il put séjourner quelque temps. De retour ensuite à Abdère, il consacra le reste de sa vie à recueillir les fruits de ses voyages, à étudie^ de plus en plus la nature , et à composer ses nombreux écrits. Telles sont les principales circonstances admis* siblès ou probables de la vie de Démocrite ; on y a adapté un grand nombre de fables dont nous ne devons point nous occuper. Cependant il parait qu'il étudia Fanatomie des animaux avec quelque soin. Hompiô grave et sérieux , il plaça son souverain bonheur dUns l'amour de la science et les jouissances intellectuelles} il fut tempérant et éloigné de tous les plaisi^s sensuels ) il vécut dans le célibat, «afin de pouvoir plus librement consacrer sa vie à l'étude, et aussi, dit-il, pour éviter les ennuis et les peines d'une famille I» Ce jugement que nous portons résulte des fragments qUe nous lisods sous son nom.

Avec une vie aussi longue et aussi pleine, il n'est pas étonnant qu'il ait beaucoup écrit^ qu'il nit tpticU

aux principaux points des CdnnaiÀ&âtlèes hiiniaines, et formulé |e premiei" cadre universel ^ cdttithe le lui attribue Aristoté. Thrasylle, philosophe et ihàthérnaticien , qui vivait sous l'empereur Tibère, noUd ii laissé la tablé de sefc écrits /reproduite par Diogèti^ Laêr<ife. On y Voit que le preqfiier chef de l'épicuréisme idéaliste àVait mité de la grammaire, de la musiique ^ dé la poétique , de la scénographie, de la peinture, de l'arithmétique, de là géométrie 4 de l'astronoinie , de là physique, de l'optique 9 dé la chromatologie , de là liiinéralôgie , de la géologie ^ de la botanique , de la zoologie , dé là phy-> sidlogie ^ delà médecine, de la psychologie, de l'histoire, de l'agriculture et de l'art militaire , de la morale et de la théologie ^ le tout en soixante traités. Il ertibfàssa donc tout le cercle de la philosophie^ trés-semblable en cd point à Aristoté par son universalité. Il est soUveilt cité Jiar le Stagi rite, auquel, Suivant toute apparence rai-» sonnàble ^ il prépara lés voies , comme les première^ ébauches d'encyclopédie du moyen âge les préparerotit à Albert lé Grand.

Platon n'a jamais cité Démocrite^ et, dans la suité^ Plutarque de Chéronéé fut un de ses plus ardente dé-* fenbeurs contre les épicuriens^ qui, tirant les dernières conséquences de cette philosophie, étaient arrivés àU matérialisme pratique, et ne comprenaient plus leur pi*eraier maître.

IV. Résultai des tramua: présumés de Démocrite^ tTix* près les fragments qui nous en restent épars çà et là dàM plusieurs auteurs. Démocrite nie oe qui apparaît aux sens* Rien, dit-il^ n'y apparaît que par là feeule opinion; mais , en réalité , il n'existe que les atomes et le vide. Nous ne connaissons réellement rien de vrai ; pous percevons seulement les changemepts déterminés par

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la position du corps et par celle des choses qui nous arrivent et s'opposent à nous^. - Il admet pourtant deux manières de connaître ^ Tune par les sens, et l'autre par la pensée : la première est obscure , la seconde est vraie et repose sur la raison. Il admet encore que les semblables se connaissent par les semblables, par conséquent par la voie de comparaison.

Les choses 9 séparées par le mouvement de Ta ni Versalité des divers atomes , paraissent procréées fortuitement et par hasard. Toutes choses existent en puissance, mais nullement en acte ^. Les atomes indivisibles, indestructibles, produisent, par leur figure, leur position et leur aprangement, toutes choses mathématiques, les propriétés des diflerents êtres.

Des sensations. Démocrite n'a point défini les sens, du moins dans les fragments qui nous restent, et il parait qu'il ne l'avait pas plus fait ailleurs. Pour lui la sensation est un changement qui s'opère en nous lorsque nous pâtissons sous l'influence de choses semblables ou différentes. 11 a ensuite essayé d'expliquer chaque sensation.

Il a vu que l'audition avait lieu par le mouvement de l'air qui pénètre tout le corps, d'où il paraît, selon lui, que, non-seulement les oreilles, mais encore tout le corps, sentent le son, ce qui est vrai, en demeurant dans l'ébranlement produit par la vibration de l'air.

La vision s'opère encore par le moyen de l'air : en isorte^ que, dans sa théorie, l'image coule pour ainsi dire par

" Arist., Métaph., î. IV, ch. V. ' ^

: " Arist, Méiaph,, \. XII, ch. II.

AVANT ARISTOm Ï$J

l'air, pour arriver à la pupille. Telle ëtait à peu près l'opinion des pythagoriciens et d'Ëmpëdocle.

Cherchant ensuite à s'élever de la sensation jusqu'à l'intelligence, il dit que l'intelligence est dans un état sain , et comprend , quand l'âme se trouve bien et convenablement après le mouvement de la sensation ; si , au contraire, elle devient tout à fait chaude ou froide, il dit que l'esprit est troublé, etc'est l'aliénation. Voilà donc le mouvement, la loi mathématique portée jusqu'à l'âme, et en faisant un être matériel. C'était, du reste, l'opinion de Démocrite, puisque pour lui l'âme était composée des premiers atomes indivisibles, sem* blables aux corpuscules qui entrent par les fenêtres, portés par les rayons du soleil ; et l'âme est ce qui donne le mouvement ».

Concordant toujours avec son point de départ , les qualités sensibles dépendront d'une loi mathématique. Ainsi les saveurs sont le résultat de la figuire des atomes; l'arrangement, la forme et la position de ces mêmes atomes produisent les couleurs. L'odeur est une émanation de matières plus ténues, s'écoulant de matières plus épaisses; mais il ne la définit pas en elle-même.

Génération. Il parait qu'il avait étudié cette question assez sérieusement. Dans le peu de fragments qui nous restent à ce sujet, il y a encore des choses assez intéressantes. Il dit ici que rien ne se fait téméraire?ment, mais que tout arrive par une raison et par né* cessité. Il admettait que les genres voisins peuvent s'accoupler et produire; expliquait les monstres par l'adjonction de deux semences qui se confondent dans

\ J^risUf (iç Jnim., lljcb.II. ^ ' . ■' '

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Vtatérus ; ifatis a très-mal explique la stérilité des mu* lets '. 11 se demaiide pourquoi la truie et la ctûenne sont ii fécondes y et il en donne pour raison qu'elles ont une Piatrioe multiple, et plusieurs réceptacles de la semence» Mais il a commis l'erreur de dire que le même lièvre peut changer de sexe et devenir tantôt mâle et tantôt femelle»

Il avait mal disserté sur la naissance des dents; mais très-bien établi que tous lés animaux respirent y sans toutefois expliquer pourquoi ^.

De l'àamme. Bien qu'il ait fait de l'âme humaine un être matériel, cependant il distingue l'homme dé l'animal par la moralité. «La noblesse des animaux est dans la beauté de leur corps; mais celle de l'homme est dans la bonté de ses mœurs. ... La beauté du corps, s'il n'y a {^as d'intelligence ^ est toujours le propre'des animaux.

« L'incurie^ dit-il, cori^ompt la bonté de la nature , là doctrine en corrige la dépravation. Les choses même faciles échappent à ceux qui sont négligents ; mais les difficiles sont perçues par l'étude et la diligetice« Nul art, nulle sdience né s'acquiert sans étude. La doctrine, est l'ornement de ceux qui jouissent de la fortune^ mais elle est le refuge de ceux qui ne sont pas fortunés. La doctrine est semblable à la liature^ En effet, la doctrine transforme l'homme, et,^en le transformant^ elle lui ajoute une àUtre nature. Les espérances des hommes doctes sont préférables aux richesses des ignorante, ii

L'homme est donc distingué de l'animal par deujk: caractères, la moralité et la science ou la doctritiâ;

« Arist., de Gêner, anim,, 1. II, ch. V, VI; 1. IV,ch.IV.

* Arist., de Gêner, anim., I. Y, ch. VlU ) €iè Respir»; de Spitku,

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celles;! doit conduire à celle-^là^elle èA éM le tnoyeti, se* lob Démocrite« Mais enfin '^ cette morâilité, quelle est* elle? Tout à fait conforme au point de déjpart : les for^ mèS) Tarrangement et la place des atômeë aVed le mouyement nécessaire font tout dans TUnivers^ où il n*y a que des apparences; les mêmes propriétés mathé«>» mattques des atomes font tout dans la sensation et dans rinlelligence qui est matérielle, et pâ)* eoti^équent tout rhomme est périssable; puisque tout dépend de tetisânes forces, il s'ensuit que la moralité humaine doit en dépendre également. Et c'est en effet la conséquence à la<quelle arrive Démocrite : le souverain bonheur de l'hom* me est dans le repos et la tranquillité d'âme, dans l'équilibre des forces qui est le repos; c'est donc encore mathématique; toute la morale se réduit a l'ôbtentiot) de ce repos ^ par conséquent les devoirs disparaissent ^ Hhdividii ne doit penser qu'à lui. Aussi tous les préceptes marâilî de notre philosophe tendent-ils à placer riddi^vidu datis un état de parfaite tranquillité, dans une sorte d'indifférehce pour toute autre chose que potif la science qui est un moyen d'arriver au repos. Et s'il recommande d'éviter les vices et les hommes VicieUt, c'est parce qu'ils sont autant de causes de tfôublë. C'est encore pour cela qu'il défend à son sage , et qu'il ^é défendit à lui«méme les liens du mariage et les devoirs de la famille i a Je n'approuve pas, dit^l, la procréatioti dei epfants; car je Vois qu'il y a dans leur p6s$ession beaucoup et de grands dangers, de nombreux chagrina, une étroite félicité, et encore est-elle légère et nulle... L'éducation des enfants est une affaire glissante, caf si elle réussit bien elle entraine beaucoup de soins et de chagrins avec elle; si elle réussit mal, elle enf^rnte d'autres douleurs. Celui qui est riche me parait mieux tfkir% s'il

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adopte le fils de quelqu'un de ses amis. Alors il aura un fils tel qu'il le voudra. . . La difTérence entre le père adoptif et le père naturel, c'est que le premier peut choisir 9 tandis que le second est forcé de prendre le fils tel qu'il naît. » De tels préceptes conduisent directement k la destruction de la famille. Les devoirs envers la société sont dans le même cas; tous ceux qu'il prescrit tendent au repos dans la cité, mais il n'a d'autre moyen , d'autre sanction , que de repousser le mal par la force et la violence; c'est ainsi qu'il regarde comme innocente et bonne la mort d'un voleur , d'un malfaiteur tué par le premier venu qui pourra en venir à bout *.

Les devoirs envers Dieu sont nécessairement nuls; c'est pour cela qu'il rejette le culte , la prière : « Les hommes, dit-il , demandent aux dieux , par des prières, xme bonne santé, ne sachant pas qu'ils ont eux-mêmes la faculté de cette chose. Mais en faisant par intempérance des choses qui lui sont contraires, ils la trahissent eux-mêmes par leurs passions. » Cependant il ne faudrait pas croire qu'il repoussât complètement l'idée de la Divinité; il dit même que les dieux procurent aux hommes toutes sortes de biens. 11 pensait aussi que, par la connaissance de l'ordre du monde, nous arrivions à la connaissance des dieux. Mais que sont ces dieux ? ils sont périssables et destructibles comme tout le reste; et cela doit être, puisqu'il pose en principe de toute ^a doctrine qu'il n'existe que le vide et les atomes régis par les lois nécessaires et mathématiques du mouvement, de la forme , de la position et de l'arrrangement. La destruction de la famille et celle de la société sont

- * Fkrem et latronem quemm occidens aliqws aut manu sua^ aut Jinsiù siiifragiove y ùmùcens habendusest. Stob. Flor., XLIV, 19.

AYANT ARISTOTE. t^î

la conséquence nécessaire d'une pareille philosophie. Démocrite ne le vit pas, et il ne le voulait pas; mais ses successeurs, les épicuriens, furent plus logiques; et au lieu de mettre comme ce philosophe, louable dans son inconséquence, le souverain bien dans la tranquillité qui nait du combat des passions et des vices , ils arrivèrent rigoureusement à placer le souverain bien dans la satisfaction de toutes les passions et dans le matérialisme pratique le plus hideux.

En définitive, Isi tendance de Démocrite n'a dont pas apporté grand résultat à la science par elle-même, peu de faits et beaucoup d'essais étiologiques qui n'expliquaient rien , parce que le principe exclusif des mathématiques détruisait les réalités et le but final de la science. Parti du même point de vue primitif que Platon , Démocrite, géomètre comme lui, arrive à des conséquences tout opposées : le premier tombe dans l'idéalisme spiritualiste peut-être trop exclusif^ le second engloutit tout dans la matière et ses lois mécaniques. Entre les deux viendra se placer Aristote , qui créera l'instrument logique, et à son aide constituera la science qui le conduira jusqu'à la cause première.

lY. ]U£SnU£ DE LA PREMIEEE iPOQUE GRECQUE.

Lorsque, dans le but que nous nous sommes proposé de jeter un coup d'œil sur l'état des sciences en général, et par conséquent sur celui de la philosophie en Grèce avant Aristote', on s'efforce d'atteindre à quelque chose de positif sur ce point si intéressant de l'histoire humaine, on éprouve de grands embarras^ de grandes incertitudes , à défaut de renseignements qui

* Plus de 600 ans avant Tère chrétienne.

l4^ ^^?OQim «R«<K|I1I8

soient un peu satisfaisants. En effet, si nous ttouvons quelque chose de^ opinions des anciens philosophes sur les trois branches d^s connaissances humaines , dans Àristote chez les; Grecs ^ dans Cicéron chez les Latins 9 au^itôt qu'il cjloit être question de quelques détails sur Içur vi^ , sur les sources où ils ont puise , nous sommes obligés, suivant la marche généralement tracée , d'avoir recours à ce que l'on trouve à ce sujet dans Plutarque, et surtout dans Diogène Laërce, qui vivaient huit ou neuf cents ans après la mort de ceux dont ils nous parlent} or; ce Diogène Laërce est luimême un auteur dont il est biep difficile d'apprécier l'autorité et la valeur coiQme historien.

Il était cependant impossible de passer outre sans dire quelque chose de cette période, d'autant plus que ce que nous en avons exposé semble véritablement être naturel à l'esprit humain dans son enfance, époque à laquelle, sans s'être beaucoup occupé encore des sciences in»* trumentales, il se jette hardiment dans les questions les plus insolubles sur l'origine des choses, sur les grands phénomènes physiques et les points les plus difficiles de la physiologie, souvent saps s'inquiéter beaucoup du résultat de la connaissance. Toutefois , en jetant , comme nous l'avons fait, un coup d'œil sur oe noyau d'hommes qui ont commencé à s'enquérir de philosophie en Grèce, nous avons vu que si les uns n^ônt, pour ainsi dire, fait que lancer des hypothèses dans l'intention de comprendre et d'expliquer certains phénomènes naturels, d'autres ont dès lors touché aux sciences d'application, soit à la guérison des maladies de Thomme , soit aux principes de son gouvernement.

Examinant d'abord la partie du monde où Ton s'accorde à faire \ivre ces anciens, philosophes^ on les voit

AY^ifT ARifnreva. i43

commencer en lonie» o'eat-fàtdire, dans la 6rèce asiatique, en communication nécessaire avec la Lydie d'une part, avec la Phénicie de Fautre, ^t par suite avec la Crète stfr le chemin de la Judée et de TÉgypte. De Tlonie nous voyons la philosophie s'étendre en Grèce , et de là dans la grande Grèce, en Italie et en Sicile, pour converger ensuite de tous ces points vers Athènes qui devient le véritable centre du progrès.

Le premier philosophe qui ait paru dans la Grèce asiatique ^t Thaïes; il tirait son origine et peut-être aussi sa science et sa doctrine de Phénicie. U en déposa les germes en Grèce; ils s'y unirent aux croyances primitives, et la raison partit de là pour tout expliquer. Mais œ travail se passa tout &xûer dans la Grèce, presque sans auQun autre ctmprunt de l'étranger.

Or, quand on envisage d'une manière un peu élevée, à priori comme à posteriori ^ la philosophie avant Arîstote^ il. est indubitable qu'elle a dû suivre, et qu'elle |i suivi en èflet une marche aussi rationnelle, aussi néceeîsaire avant qu'après.

Dana un premier degré, un principe général est invoqué comme agissant &ur la matière également éternelle et douée d'un mouvement primordial. Ce principe est l'eau , qui devait être admis en elTet pour deux motifs: l'un, parce que tous lespeuples, toutes les croyances ont accepté l'eau comme le premier élément créé^ dans lequel tout le reate était confondu et enveloppé j le second, qui est re:icpUcation d'une observation à son aibut, parce que tout semble vivre de l'eau, tout semble commencer par un liquide ^ la semence, qui est une sorte d'eau; c'était l'explication de Thaïes dans Aristote'. Venait ensuite l'étiologie grossière de^ preipi^r» phé-

» Arist., Métaph., 1. 1, ch. III.

l44 ÉPOqim GRECQUE ^

Dofnènes célestes et de la nature des astres; mais, audessus de ce monde, Dieu qui en est l'auteur, et sous lui le monde des esprits.

Complétant et fixant la conception de son* maître, Ânaximandre admet encore le chaos primitif de l'eau y mais il y joint un principe infini et matériel tout à la fois : et là Divinité sortie de cet infini devient péris* sable par les altérations de l'accident qui produisent tout, sans détruire ni changer le fond de cette essence matérielle absolue. L'astronomie fait ses premiers pas dans l'application la plus simple à la mesure du temps.

L'observation, toujours grossière et voulant pourtant tout expliquer, remarque que l'eau s'évapore en air et que l'air se résout en eau; elle pose, sans sortir du cercle précédent, l'air comme principe infini, divin, et par suite conduit à l'étude des premiers et des plus simples phénomènes météorologiques; c'est la nouvelle face donnée par Anaximènes à la philosophie ionienne.

Suivant toujours la même marche , l'Ionien Ânaxagore veut pénétrer plus avant, il veut expliquer plus que la première origine, plus que les principaux phénomènes; il veut rendre raison de la formation, du maintien et de l'engendrement de tant de substances matérielles diverses, qui ne peuvent naître d'une seule substance primitive. Alors il y a autant d^ éléments primitifs que de substances diverses ; ce sont des molécules organiques % des molécules brutes contenant chacune des parties infinies de toutes espèces de. subs*tances, en sorte que tout est dans tout. A l'origine un

" .Nous verrons le grand Buffon avancer une théorie semblable, que le panthéisme allemand mettra en œuvre.

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