AVANT ARISTOTE
chaos primordial contieiiten mélange celte espèce d'infini matériel et éternel, mais à côté, et existant aussi éternellement, est l'esprit divin, infini, renfermant tout en lui-même et pénétrant tout; il sépare les éléments confondus, y met l'ordre, et produit ainsi les générations de toutes choses. Ici la science ne devait plus se borner aux phénomènes célestes, elle devait nécessairement chercher à sonder aussi les phénomènes vitaux dans la plante, l'animal et l'homme, et surtout les trois principaux, la nutrition, la reproduction et la vie. Tout doit être animé de l'esprit divin qui, d'abord distinct en apparence, anime cependant et meut tout en s'identifiant avec les éléments coordonnés par lui. C'est le panthéisme, première conséquence inévitable de la raison qui veut tout trouver en soi-même.
La direction mathématique ionienne, un instant abandonnée par Anaxagore, va être reprise et, pour ainsi dire, créée de nouveau par Pythagore. Les nombres vont devenir une réalité , et leur harmonie sera la production des êtres; Dieu sera l'unité, le nombre infini, indivisible, premier principe de tout; la dualité indéfinie sera le principe des autres êtres. De là naîtra la conception d'un ordre universel , d'une série des êtres chez lesquels tout s'opère par harmonie. La géométrie fera quelques progrès dans ses bases fondamentales.
La cosmogonie et la cosmographie recevront aussi quelques vérités conçues sans démonstration , mais nées des idées dominantes de proportions et de symétrie : ainsi la doctrine des antipodes , des distances et des mouvements des astres, delà gravitation universelle vers le centre.
L'âme humaine participera comme toutes les choses sensibles à l'unité infinie et divine j sa loi sera dans la
T. !• ÏO
l46 lÉPOQUE GREÇQU)^
bonne harmonie de sjes puissances, qui, ui:|g fois violée , la fera descendre à des degrés inférieurs dp la série fies êlres^ pour s'y retrouver en proportion, et (||B làrjBmopter ensuite à son degré harmonique. Tel fut'sains avfcuQ doute le principjB de la méteinpsychose, de la transmigration des âmes, qui excluait les peinjes étçrnel|es comme cpntraires à l'harmonie infinie, parce aue celle-q^ fî'^f^i^ B^^ conçue dans sa vérité divine, mais qu'on la faisait SjBule-: ment dépendre des proportions mathématiques idéalisées. Il eif résulta cependapt des principes sociaux applicables au gouvernement des hpipmes.
De cette théprie des nombres naît une physiologie analogue, toute fondée sur les proportions et les harmonies des choses; et par suite de la doctrine jde la transmigration des âmes , une méjdecine qui devait être et qui fut de rincanlation, unç sorte de magie. Cependant apparaissent en mêipe temps , dans Ailcniéon , les premiers rudiments c|'une physiologie positive, bornée toutefois .aux deux seuls points des sens et du développement du prpdiiit de la génération et de sa nature.
Reprenant epcore les théories ioniennes ppur les amalgamer avec celles de l'école italique, jEmpédocle reviendra à la recherche des principes matériels exposera la fameuse théorie des quatre élénaents, le feu . l'air ^ la terre çt l'eau ; il y a joint deux principes de mouvement, ïa discorde et la copcorde. Ces deux principes semblent naître de l'harmonie mathématique de Pythagore, ils en sont comme la raison ; et d'un autre côté, lesouatre éléments, en s'engenjirant mutuellement, se rapprochent de la théorie d'Anaxago^e^ qui veut quç tout soit dans dans tout. Enfin , c'est le complément des théories ionienfies qui avaient posé l'eau , oii l'air, ou le feu comme seul principe j en les admettant jtous et en les complé-
sentir Ariftote, ^çcor^e touç cps çyslèj^ips". f^ ffiéprie des sensation^ et ^çlle de la génératiop sepont encorp Ips seuléi| ^ttaauees^ ippjsnQu réso}i|e^,dansce système qui $je cpmplétera ep^m pap Ig c|ogme pyfjiagpjiiciep de la tr^iismj^ratioii des âpç^.
Av^nt Empédpclp, et se jc^pprpchant de luj, vient Heraclite, qui fait sortii» du feij l'ajr, J'p^u et la terre, quatre éléments primitifs qu'il ^dmetayeç}^ philosophe d'Agrigente. Tirant |es dernjères conséqueijces de la doctrine ipniennp, ^atéri^Iist^ au fppd, il veuj que nous pe puissions riep connaître par }es sei]s, mai^ que np^pe âpae arpjye à la yérité par la participation à I ame ^\x mppdp çéjeste. Or, coinmjB fl esf , sçjon \w\ , impossible de définir l'âme, le cjerpief terme de ce p?inthéisaif; idéaliste est , ^ij définitive , le sçjçpficisme dps çjoïciens , dont Heraclite est la source.
Épfin, pépoçrite participe de |'école iopjennç paf ^a direcîion m^thérïîpt|(j|ji|e, (|e l'école d'^naxagore par sa physiologie, (jie çelîp fl'l^^liç P^F Empédoc}(Ç, 490^ If admet les éléments, pon cpmine primitifs , naajs coipme •composés d'atornes, que Leucippe ayàjt le pj;emier pqb}iés en Grèce après le^ avoir empruptés dij Phépjciej} Mpscfius; par ces atomes donfl^^opme, ^a iigure, l'oj^dre et 1 afrangemenj ppocjuj^ent f ou|: , l'Âhdéritain se rapproche des p^rjicules infipies d'Apaxagpre. ]j|ais, si^fpas^ant tous ses ppdéçesseurs , (|u'i| senjbje pésujner, il porta le premier sa pep^ée sur Fepsep^bje des cbpse$, et chercha à constituer les connaissances humafnes dans l'ajhéi§me , çonçéque^pe pigouregse (Je |a (Jirepfipn raathéjj^aifcjue q^'ij'ayaif ^ccepje^^ é/;p}^s ppépédeptes.
l48 EPOQUE GRECQUE
La négation de Dieu entraîna une morale d'ëgoïsme et la destruction des devoirs de la famille et de la société. Cependant , dans cette direction même , et par la puissance de sa raison , l'observation de la nature lui devint familière y et il fut le premier à qui une connaissance plus approfondie permit d'essayer des principes assez généraux pour s'appliquer à l'universalité des phénomènes. Il fut aussi le premier qui put commencer à définir les choses par elles-mêmes et dans leur substance. Mais, quoique plus observateur que nul avant lui , il n'envisagea encore que les questions physiologiques les plus difficiles et les plus insolubles sur les sens, la respiration et la génération. Le scepticisme découlait toujours comme naturellement de ce matérialisme, qui plaçait le souverain bien de l'âme dans le repos et le parfait équilibre des passions.
La réaction nécessaire contre une pareille tendance conduisit Socrate et son école à perfectionner l'art de définir, qui dépend de la logique, mais aussi à négliger la recherche des phénomènes naturels , pour trans* porter les efforts de la philosophie vers la vertu et les devoirs presque oubliés. De là naquit Platon; épurant * les doctrines pythagoriciennes, il en fît sortir la magnifique conception qui lui valut le titre de divin. Après lui, et à côté de lui , Aristote va venir enfin développer tous les germes semés et préparés dans l'attente d'un génie assez puissant pour les faire éclore. Il va agrandir l'instrument et le créer dans sa partie la plus essentielle; embrasser et formuler tous les rayons du cercle des connaissances humaines , en laissant bien loin derrière lui toutes les ébauches incomplètes de l'enfance de la science , dont nous venons de retracer l'histoire.
Cet aperçu sûr les premiers temps de la philosophie
▲VÀNT ÀRISTOTE. l49
grecque, en nous révélant son caractère d'observation, qui se joint d'abord au caractère théologique pour s'en séparer ensuite et se plonger dans le matérialisme, suffit à lui seul pour nous prouver que la Grèce n'a rien de commun avec l'Orient, si ce n'est peut-être quelques idées importées que l'on peut facilement démêler, tant elles sont tranchées et différentes de ce qui constitue le génie grec. Ce fut une grande et heureuse révolution pour le progrès , que la . substitution d'une ob« servation sérieuse et vraiment philosophique , aux théories vagues et imaginaires d'un spiritualisme trop idéal, comme au scepticisme destructeur, né du maté* térialisme le plus abject. Cette glorieuse révolution va être commencée dans l'art de guérir par Hippocrate , et opérée par Aristote, le créateur des sciences naturel* les et d'observation.
V. HiPPOGRàTE. Première armée de la 90* olympiade^ eriifiron 4 1 6 avant J. C.
L Sources. Malgré les nombreux travaux exécutés sur la vie et les écrits d'Hippocrate, l'obscurité et l'incertitude nous déroberont à jamais sa véritable histoire. Pour essayer de jeter quelque lumière, s'il est possible, sur cet homme célèbre et ses ouvrages, nous devons toujours invoquer le témoignage des écrivains qui en ont parlé avant Galien dans les trois centres de la civilisation occidentale, c'est-à-dire, à Athènes, à Alexandrie et à Rome. Nous rechercherons ce que Galien en a dit luimême, et ce qu'en ont écrit ses successeurs.
 Athènes, les auteurs anciens qui ont parlé du médecin deCos sont peu nombreux et ne nous apprennent que fort peu de chose.
Le premier esit Platori , dàn^ son t'rdtagoras; iSôbWtè J Fiin dès Intèrlbciitèurs de ce dialogué, è'Rdryiânt a ùlî tibmhaëHippdcràtè, s'ex[)rimfe ^lÛkil « î)îs-iiibl, h Itîp- 'pocriitè, si tu voulait aller ttôliieh ion Hoindii^me^ Hippocratë de Cos, ^ë la fàniille dès Âscl^piàdëiJ ^ et lui dtfilnër uHë sonihié d'argent j et si Tôh tfe (lëhiaiidail â c|uel {ièrsôïiriagé td Jiortes de Targerit eh le Jibrtatit M HippocraleJ ([uh heporiaràis-tù? — ^ Qiîë je lé lui pôftfe en qualité de médecin. — Dans quel but? — l*oui* â^ {)rëndrë la médecine. » On peut conclUtedë ce ^ks^Hg^; (Jù'â répb(Jùë où Platon écrivait J il existait à Cbè ûA médecin dé la famille des Asclépiàdës iqiii se tibmtnalt Hippôchàtë. C'était vers là 90* ol jrmjiîâdJ^ , Sôtik TârcHbiitât d'ÀstyJiHillis, puisque ce diâlbgiié ëèl iuj^pos? avoib ëii lieu àii teititià bu Protagotà^ viUt â AtHln^ chez Caillas.
Dans son dialogue intitulé Phèdre , Platon met encore en jeu Hippocratë ^ itiais c^ettè fôîs eti fôîSâtit iUilsion à ses opinions. Socrate} s^adrëS^àiit à son interlocuteur, lui dit: «Penses-tu qu'on puisse comprendre jusqu'à Uh certiairi pbiîit là natiii^ë de TSme sSBà éluaier là Hâture de l'ensemble des chosek? — Sî l'oti en btolt Hippocratë J lé fils des Asclépiàdës, i*épbbd Phêdi^eJ Bti lie petit niénie coftiprendi'ë là nature dd cbrjis àkul cette ttiéthdde; >> OH a sùpj)6se d'après ce Jikssagë cJUè f hèdrë avait ëii Vue le livre dé la Nature hum&lHb} réuni àujblirci'hùi àiix œiivrës d'Hlppocraté.
Arislotfe, dUciplé dfe Platon-, est le isecohd âiltelitâMciët) ijui ait parlé (l'HippbcrUte : « dn peut dire ii'Hi^pôcrate, non p'àà cbiiittié hodiiië , iiiai^ cbttirhë ihédëcib^ qu'il est beaucoup JilUs grand qu'un àùtî-ë hbiiiilië H'tiue taille p\\ïs élevée que la sienne \ »
» Arist., Politiq., 1. VII , ch. IV.
-JSTOTE. l5t
AVANT ARISTÔTE
Erifiri; Ct831âs;Sen bl-blre Galien ; àùràU aiissî pàflë à'HlpjJbctàtè, À\i sujet d'an ptbcédé «jJëratdlhë qU'îl li'apprôdvalt flds:
De ces témoignages anciens, peut-ètl'is cbhteiiîpbtUlti^, Ifes feeills qui nous restent, c'est tout au plll^ si l'on ^edl conclure l'existence d'Hip|)6tîraté à l'ëjidque He l'apogëié dé là Grèce. On jpëiit àtiksi ëh ihférër que ik rë^utàtiod était dWvëe ai Albêdes, doHt le ëoniiliercë ^Véc l'Asie Mineure rëbcoiit^alt i'îlë deCbà; qu'il était médecin et de la famille des Asclépiades ; qu'il âVdit âUsàildii^sëplliàiëursébrits.Maisbh lië peutriëri boticltire jfîositivëment pour la plupart dhé ouvragés qili lUi sorit ëuribués , ^i te n'est peut-être pour celdi de là Nature Htiiliàinë: Cependant Aristbte, cjui Mtribile à Polybe îiri passage qui est aujoUrd'hUi datis là deuxième partie d(i traité de la I^âtiit-e humslme, iië le dit nulleiiiënt gendre d'Hippbctaté.
p'Athëhës riblib de^bfas {lasser a Alexandrie ^ dkrl^ le iîbttvêàù foyét scierititlquë tjiii, bîéH avâlit d'emigrer à Rônië, y tiit d'àbbrd traiisportë pàî- lès l'tolëmées, slicbësseilrs d'Aleiatidt-fe. Les Sfeuls écrivains dé cette école qtii Jiiifâlàsenl: ^S^dir fourtii des tëhseîgnemeiits au Sb- Bnlls , bîbgr^|)hè dés rbëdéclHs; et dliquel est itréé là Jiltis anciëiihé biographie k{ue riobs pbssëdoiis d'HlJijibcl-ilei sotit Aj)ollodbre et Ératostliênfe^ (|iii vivaient^ le Jirèmièr îdëllx sièfcles ellvitbri avaht iîbtte ère, èl; lé second 266 aiis avaht J. C. Plutôt chronblogistes qu'HIstoHehs crltilqueà et savante, les rëfaseigtiemerlts qii'ils ont rburiiis, surtbut ceux d'Érâlbsthèhe, paraissent iî'àvbir guère ttàit qh'â l'époque de la iiàissàncë d'Hippocrdtë.
Érbtieii; qui vivait sous Néron, adonné la liste des ôûtra^éS du médeciti de tlos qui passaient pour légitimes
iSa EPOQUE GRECÇTTB
de son temps; il a même £ût un dictionnaire ou glossaire des mots obscurs et surannés qui s'y trouvaient; et il cite plusieurs médecins ou grammairiens qui avaient écrit sur le même sujet avant lui.
Galien parle d'un Artémidore Capito et d'un Dioscoride, tous deux d'Alexandrie, comme ayant publié tous les écrits d'Hippocrate réunis ensemble, et cela avec l'approbation de l'empereur Adrien , sous lequel ils vivaient ; mais il ne dit rien du contenu de ces ouvrages.
C'est évidemment par Galien que le nom et les écrits d'Hippocrate ont acquis l'immense renommée dont ils sont entourés parmi les modernes. Galien, élève de Técole de Pergame, et surtout de celle d'Alexandrie, vivait du premier au second siècle de notre ère. 11 fut le panégyriste le plus enthousiaste d'Hippocrate vis-à-vis des médecins de Rome, aussi bien par rivalité de doctrine que par nationalité. C'est lui qui nous apprend comment les encouragements pécuniaires que les rois Attales et Ptolémées donnèrent pour la découverte ou la copie des écrits des auteurs célèbres, furent une des causes principales des suppositions de noms et d'ouvrages qui eurent lieu à cette époque. Commentateur des œuvres du médecin de Cos, il est spécialement précieux par les détails qu'il nous donne , à cause de la judicieuse critique avec laquelle il discute l'authenticité des écrits d'Hippocrate. Il semble reconnaître qu'un bien petit nombre de ces ouvrages sont véritablement authentiques.
La médecine, chez les Romains, paraît avoir été importée comme la religion et comme la philosophie, nécessairement après celle-là, mais aussi bien avant celle-ci, et du reste par les mêmes causes. Les épidémies pestilentielles appelèrent la médecine d'abord sous former
AVANT ARISTOTB. 15.3
religieuse, par rérectiou successive de temples dédiés à Apollon y et surtout à Esculape ; puis elle prit le caractère d'hygiène et plus encore celui d'incantation pour les particuliers. L'abaissement de la Grèce, consojnmé par sa conquête et par la prise d'Athènes, entraîna les philosophes et les médecins vers Rome, d'abord peut-être esclaves, et ensuite de leur plein gré , lorsque la ville des Césars devient le centre du monde civilisé occidental-
Le nom d'Hippocrate n'a donc pu être prononcé que fort tard chez les Latins ou chez les Grecs qui publièrent leurs ouvrages à Rome ou pour Rome.
Cicéron, malgré l'immense variété de ses écrits, dans lesquels il a parlé de presque tous les grands hommes de la Grèce, paraît n'avoir rien dit du célèbre médecin de Cos; et cependant il a fait un pompeux éloge d'Asclépiade, son médecin et son ami ; plutôt, il est vrai, comme philosophe éloquent que comme médecin.
Varron , le plus savant et le plus éruditdes Romains, est le premier Latin chez lequel on trouve le nom d'Hippocrate. En donnant les préceptes généraux pour le choix d'une métairie , il dit qu'Hippocrate le médecin , pendant une grande peste, sauva plusieurs villes*; et il ne dit rien du fameux traité des Lieux, qui venait pourtant fort à propos.
Postérieur à Varron, Celse, médecin romain,vivait sous Tibère. On a dit quelquefois qu'il n'avait fait que traduire du grec en latin les ouvrages d'Hippocrate. On lit dans la préface de son livre premier ce célèbre passage, sur lequel on a tant écrit : « Disciple de Démocrite , comme quelques-uns le rapportent, HippocratedeCos,le premier de
« De Re rusticâ, 1. 1,ch. IV. ...
ïa4 BPOQTTE GRECQUE
tbiii qui écJItdîgiie de mémoire; Kobme retHSfijiièlble J)ar iibn art et son âbijdëhcé , âeparâ là m^ldeiif Hè de Mllidë de là tihîlosdplilé; «pslssîlge qilî itiet en doiife, livéô raîsbii , lès rappoHs de maîire à dlscipilé edtrê Elëttîocpîtè et rtippdcrkte, mais qui rioiis il{)ptènd que iJeliilcl ëtàit regârdi^ cbttiirie Illustre dans la rit-sltitjtlt ei il^ds ses éfcrils, ijû'il et^ît d'aulàtit jîlus dîgfaè de méiiibire qini avait sëparëlà ptàtîqde médicale delà philosdjiUlë. Celse ne parle sans doute que d'après l'école d'ÀlèxâHdrie ddtit léS dùvrâgés étsliént déjà parvehuâ à Rome kvëc l'kui'édlè dorit on avait entouré Hippocrate: l>u reste, il était griiiid pisirtîàaii d'Asclépiade, et is'î! fet vrai qu'il ait traduit presque triot à inot de^ jiàssâges ëntieris d'ouwages àitrlbués aujourd'hui à Hîppocrate, cela prouvé qii'ils lie lui étaiëtit pas âltribûés alors:
Strabdn , cohteihpbrain de Celsé , et qui vîvSlt en fcrèce; à Alnasîe, ville dû rbyàiime de Pbnt ; dans l'Asie Mineure, est bien Ibiti de hbiis fourUtr dés élémfeiits aussi Ibdaiigetirs. Èri décrivant l'Ile de Cos , pëîi éloignée d'Halicarhâ^^ë, il dît qu'il y avait dsiHs les f^bboufgg dé la ville ûri tëin^le d'Esculape , trèsKîélëbtë et ttés-bl^ulent pai- les d8dk qlli y étaient faits. 11 ajbllte iiu'hîpt)ocratë Mit, dlt-btî, tire \eà Règles de là itlëdëcliië des ctirés bu gtiérisofcis qui y éliilënt ex|)bséës. Et quelques lignes plus bas , revenant aux bbhimës \\\ii Ufit îllUstré cette vlUë , il ^e borhe à dire : Celul-lâ bêbe dbHt ribu^ àvbhs Jiârlé ^
Màià îi Slkbbti; quoiicjlie sur les lieui oii Toii suppose îqu'd fleliriMîfit)bcrfeite, n'eii à dit, coninie on le voit; que foft J)ëli de chose, et be peii tUétriè poiivânt pbrtfet S ct^oirë qiië l'bii de ses oiiiràgëâ an thoihs n'était qtiè le
t Strab..LXIV.
résiltiië dëâ hA\reé éî|)oséé^ dâds le tëiiî|>I^ d'Escùkpè , il n'en est pas de même de Pline; qui btititlaissâit hié- ^efeâaihèmeilt ce ctlJe l'ëcolè d'Ale.ikttdrië avSU dëjà fait ièiSr là niëdëcine; pa^ le concours dëâ médeciiil de Ykilh MitiëUi-é et deS Gt-efc^ d'É^|)te: AUâîl feàrlè-t-ll d'Hippôcralééli plusieurs ëndtôits de ^ôh imtidëhSë'compilàtl6ii; fâîte Sbuà tèâpdsien, verà Vàn -Joajil-ês Jéius-tHHst. Eh feifJdàSnt l'brigiHe de là niëdefeinë, àprêS âl6îr dît ^aël^tiëè ttidts d'Esculâ^ië et dès medeëihg gtëcs à là giier^e de Tt^cjiè ; il ajoute : Qu'S là ^ùitè d'iiilë iHtëblif): Hoh â^àhà les Jirb^rèk Ûe Tari de giîeHr; intèri'u|)tioh qiil djirà juscjii'S là giieîré du Pëlopoiiêsë; là iii?aëdhë fill fé^ilsfeiléë par Hîppocraté; lié ddfas l'ilé clè C8à, Cônsdbrëë a E&ciliàtië. C'ëtSit là coutume d'iiiscrlre dàhé lé tëtiljJiy les rettiêde's qui àvàiètit sehvi â IS guëHsoh deià Mlàdés] et ôli disait qii'HiJiiibcràte âvàll rëciiëillî cei gfcritè, et qilë, d'après Vàrfôtii il àiàit établi la tûéétéblhe clîHlqiië*: îl dit ëiîfcore S:îu'ttippbci»àte; ëHviroH îâgiiërrë dil Pëloponèse, illustrait là îHëdécîne eîi Higttië tètaps (jiiè Dëiiiocrîte illustrait M magie ** (J^'tî^PP*^ cràtë; prirtcè de là liiëdëcihe; àiàît obsëHé les âî^tiëà de là Wdrt; qu'il brilla dàHs l'art de guërlt; qu'il prédit une peste venant dlUyrie, ël ëtivoyà ses difebl|ilek |)brtét dii âeCbiir^ âiix ailles, et qu'à cause cle ckh la Grêcé lui kndlt les niéWës Hoiiiibtil'S l^ti'â tïerbtilë 3 ; qtie ritibs trouvons deis dUvragès qiii sont cëHalilfemëilt d'Hippbcràtë, le J)rëmier (Jtli ait éHhU il'unë tnâriiêre éclàtàrite les pHfcicipës de TaU dëgiierir; fet qdë ces oii- Vtàgëis sbtit rerh^ilis^de thentiotis des plknteii J (JUé, tKè^-
* Plin., Hist. naty 1. XXIX, ch. I.
* Min:, ?a^.;i:xxx;cil.i: t
» PUn., fTwf. /w^., 1. VII, ch. XXXTtl^, Cr.
I ^6 ]£|K>Q][JX GRECQUE
illustre par la science de la médecine , il a consacré un livre à la louange de la tisane '.
Tels sont les seuls passages où Pline , qui vivait à une époque où Tart de la médecine était assez avancé pour que l'on pût distinguer les trois sectes des empiriques, des méthodistes et des dogmatiques, aparléd'Hippocrate et de ses ouvrages. On ne savait donc pas alors grand'chose de plus sur les particularités de sa vie que du temps de Platon ; cependant sa réputation commençait à s'étendre, sans doute par un retentissement de l'école d'Alexandrie, puisque Pline le qualifie des titres de prince de la médecine, de très-illustre dans Fart de guérir.
On lui attribuait la pratique de la médecine au lit du malade , et non plus dans les temples ou lieux réservés ; d'en avoir le premier recueilli et fait connaître les préceptes d'une manière éclatante; d'avoir donné les signes de la mort, et d'avoir consacré un ouvrage à exposer les avantages de la tisane. Mais en même temps on commençait à répandre les fables que l'école d'Alexandrie avait sans doute accueillies de l'Asie Mineure, ou peut-être même inventées pour en faire un demi-dieu, un véritable descendant d'Esculape, dont plus tard on devait donner la généalogie.
Entre Pline et Galien, nous ne trouvons parmi les auteurs grecs et latins qui ont pu parler d'Hippocrate, que des compilateucs. Le premier, Plutarque de Chéronée, était plus à même qu'aucun autre de nous instruire sur le médecin de Cos. 11 était Grec, profondément érudit, et fut même nommé prêtre d'Apollon par Antonin. Cependant Plutarque ne cite Hippocrate qu'en
« Plin., «/., 1. XXVI, ch. II; 1. XVU, ch. Ml ; le livre de la PUsanne est regardé comme supposé.
AVANT ARISTOTE. iSj
dix endroits de ses nombreux ouvrages , et en faisant de simples allusions à quelques passages, mais non textuellement. Dans Fun de ces endroits, il soutient Terreur de Platon, que la boisson passe par la trachéeartère; opinion qu'il dit appuyée par d'excellents philosophes et médecins, Hippocrate , Phlistion et Dixoppus , ses disciples. Dans un autre, il cite Hippocrate sur la question de la viabilité du fœtus de sept mois. — Dans son traité de la Santé , il en rapporte un autre passage, portant que les pesanteurs et lassitudes qui viennent d'elles-mêmes pronostiquent et signifient des maladies. Ce passage constitue en effet l'aphorisme second, section seconde, du livre connu aujourd'hui sous le titre d'Aphorismes.
Dans un quatrième endroit, il cite Hippocrate, ce grand personnage, pour avoir donné un bel exemple, en avouant qu'il s'était trompé sur les sutures du crâne, et c'est dans un traité intitulé de Capitis vulneribus que se trouve cet aveu.
Il transcrit encore cet autre passage, que l'embonpoint, et il entend par là la bonne disposition arrivée à son terme, est dangereux par l'impossibilité d'y tenir.
Enfin, il l'a cité pour avoir dit que la colère est la plus mauvaise et la plus dangereuse des maladies , et qu'il est avantageux de garder le silence vis-à-vis d'un homme qui parle en colère.
Dans la vie de Caton , il parle dfe sa réponse au roi de «Perse, par laquelle il lui disait qu'il n'irait jamais guérir des barbares; mais cette lettre est apocryphe comme toutes les autres.
Rien donc de bien important ne peut être tiré de toutes ces citations; on doit même faire observer que les deux que l'on peut retrouver dans les ouvrages
i§9 I^WQF? P^«FPFF
attriJîu^s à JIîppQprjfp, spp|: donpes ^n^ les titr^ pqw
IfSgugli poûs les p^np^jssops.
^}|}y:GeÙe f,s\ fjn î^ut^e c()!iipilat^?jr d^ |^ f^^ff*^ ?pèfl9Sî fff^S po^férieur à Pli|tarf|pe, pHisqw'jl |,q cite. Npi|s yjg fpi^yyPRs jjîis gpand'ç^ose ^e plus d^ps les |pf g epdrpjts dç ges iNp[ts attiques, où jl paple d'Hippocrafe- Dans l'un, p'est pour revendiquer n^jLtçrfîpnt en faveur de celu|-c| ia faip^[{se ^rpeur de piaton , r^Ieye^ j)ar Er^^istpate, sur \p pacage dçs J)()is5pps pgf la trac||(^pj e^, ep ^ffej, il r^pp^pf? |e 3(çptiijaeiif d^ wjé4eçfi| 4^ Co$pai^S un ffiftrp, à roçcaj^ipn des ping peqs, donf fjpux SjLiiyanj: ^ sopt commi^p^ à i'Jiopme ^f aux ^pinj^p^f ^ il terpjipe pai; cett^ ptir^sej : « Hippocr|^}:e, |]Qfpa}e fj'up^ science divine , pensaij: quç 1(Ç coït vénépiep fa|sai}: p^pt^e.djç pptje pi^jadie atpoçe gu^ |'pp nommait gfprs morbus çomffic^lis ; narnq{ie ipsius verba hoc fradijnfur; co£fffqti(^ e,st pfirm fpjfepsia. » La même phrasp a é\p^ misp ^]xy |e c,9.ifjpj:e de Tjial^? , e|t ejle pe trpuve dai}§ les fragments de Démocrite, refiqei|lis par j^lullaph; seqlçfp^if t le mot çpilepsia est rempl;^jçe par celij| ^apopiexja^ (juî pipait mb^ps juste. Çetf^^ circonstance est dopp i^pe i^of^velle preuve qpe tpuj? ces axioipt^s p|| apiiorisipes, qu'qp a .aftr|J)ués k tant <|'autpurp î|iperent§, ^pj^t inypn|:e§ çprèp poup.
Enfip, dj^ps ijpe troisième çitatipp, mi|-G^llg, à l'occasion de l'époque de l'açcpjaçïiemënt, <ifjt cm^ |^ possibilité de faççofijchp^entàhuit ippis est fondée çur uij passage d'HippocjP^te , dans son ouvrage cfe ^limentis j où on lit ces mots : << Il est et i| n'çst pas 4'açcouchements de huit mois. » Ce que §aWnus , qui ^ dppné ^e lu^i^^^ux çopafl[jent^|res sur itf ipppcj^^^^ a
AVANT ARISTOTE. i5q
Dîogpne Laêrce a dppné la vie j^'Hippocrate, ettoujours avec les mêmes vices de critique qu'il a portes partout. L3 Jjiogp^pjiie d'Hippocrafe et l'histoire djB ses écrits ont été puisés par ies ipodernies daps Sc^ranus, (ji}i ay^jt écrit la Vie des médecins. Qn ne sait trop ce qu'était ce Soranus, quand ni où il vivait; mais îl était certainement postérieur à sop héros de plus de cinq à six cents ans. C'est lui qui a recueilli toutes les fables que l'on racontait alors sur Hippocrjate, et il paraît (ju'il ep a copaposé plusieurs.
Les auteurs arabes vinrent ensuite accroître la confusion.
Après avoir rapporté tout ce qui a été dit d'Hip^f:^crate p^r ses conlenapoi^ain^, par ses successeurs d'Alexandrie et dg Rome , fixons |a source des princip.a|i|ix faits biographique^ racontés du piédecin de Ços, c^ sera le moyen d'en bien apprécier la valeur.
C'est, à ce qu'il paraît, Celse qui le preipiey a rapporté qu'Hippocrate avait ^té disciple de Déntjpcrf^^ ; l'histoire de la guérison de celui-ci p^r le pé(|pcin àé Cps est de Diogène Laérce, oui la dopp^ fî'?RFi^§ k^^^' nodore et une lettre apocryphe, du nombre de cell^? jque les élèves des diverses écoles de la Grèce et (|'Ale^;^pd)[ie amplifiaient sur un ippt célèbre proposé par le piaître, et sous le nonj d'un ancien , à peu près cppqiai^ c'e^t encore l'usage de. proposer de p^rei|s sujets ai}f ^Ijèyps de rhétorique dans nos collèges. On a ppuyé pp e^ef que 1^ plupart des discours des anciens historieps étaient •^ f.Çup feçpo, et on a aussi prouvé qu'upç f^pj? dp lettres et de petits écrits avaient été composés copoime nous le disons.
L'incendie du temple de la ville natj^le d'^|j^ppci*^| et l'histoire de ses principes scientifiquj^s ^ ^^r^^t^ ^es
l6o EPOQUE GRECQUE
inscriptions de ce temple, sont d'Andréas, de Varron et de Pline.
Sa résidence à la cour de Perdîccas, roi de Macédoine, est deSoranus, fondée sur ce qu'Hippocrate est supposé avoir écrit qu'il avait observé des maladiesà Pella, Olynthe, Acanthe, villes de ce royaume; mais l'authenticité de ces écrits n'est nullement démontrée, et le fût-elle, cela prouverait simplement qu'il a voyagé dans ces villes.
Son séjour en Thrace est de Tzetzès, parce que, dans ses Épidémies , Hippocrate fait mention des villes de ce pays ; mais cet ouvrage est-il authentique?
D'après le livre des Lieux ^ il aurait voyagé chez les Scythes, dans le Pont, etc.
Ce que Ton raconte, qu'il délivra Athènes et plusieurs villes de la peste; que les Athéniens l'initièrent aux mystères d'Eleusis, lui donnèrent le titre de citoyen, décrétèrent que lui et ses descendants seraient pourvus par le Prytanée, est de Soranus. Galien a seulement ajouté qu'il vainquit la peste par de grands bûchers et des fumigations de plantes odorantes.
L'histoire d'Artaxercès et celle de la guérison du fils de Darius sont de Soranus , quoique Galien en fasse aussi mention, sans doute sur l'autorité de lettres apocryphes.
Son séjour chez Damascus vient des auteurs arabes. La fin de sa vie en Thessalie, des villes de laquelle sont datées, dans les livres qui lui sont attribués, plusieurs histoires de maladies, est de Soranus, aussi bien que sa mort à Larisse et son tombeau près de cette ville. Enfin, la déclaration de guerre des Athéniens aux habitants de Cos, et les secours qui leur furent portés par les Thessaliens, en considérjition d'Hippocrate, sont encore une histoire de Soranus.
Ainsi donc, la plupart de ces faits sont mis au jour
AVAIfT ARISTOTK. t6i
plus de cinq siècles après le héros auquel on les attribue. Or, quand on a étudie sérieusement cette célèbre personnification de la médecine dans Fantiquité^ de cet art qui demande à la fois tant de science et d'expérience autoptique , on est véritablement fort embarrassé de se faire une idée qui satisfasse aussi bien sur l'homme connu sous le nom d'Hippocrate que sur les œuvres qu'on lui attribue. Il n'est donc pas étonnant ique les opinions les plus opposées'aient été émises sur ce sujet depuis Galien jusqu'à nous; les uns faisant presque d'Hippocrate un dieu dont les œuvres méritaient d'être écrites en lettres d'or; tandis que les autres, bien loin d'avoir cette respectueuse idée des écrits et de leur auteur, ont presque mis cette existence en doute, et, il faut en convenir, avec plus de probabilité qu'on ne l'a fait pour Homère, dont les écrits sont au moins bien suivis et font évidemment partie d'un tout.
Sans aller aussi loin que ces derniers, les biographes le3 plus récents ont cependant fait bonne justice de ces histoires publiées sous les noms de Soranus, de Suidas et de Tzetzès, écrites évidemment plus de cinq à six cents ans, et même neuf cents ans, après la mort de leur héros, et qui, sans avoir rien de commun, offrent cette particularité d'enchérir de plus en plus sur ses hauts faits médicaux. En effet, aucuns de* ces romanciers biographes assez communs dans l'antiquité , n'ont pris la peine de nous indiquer les sources où ils ont puisé tous les contes dont ils ont bercé la postérité, et qui ont été cependant acceptés avec tant de bonne foi par l'histoire de l'esprit humain. '. . ,
Nous avons rapporté scrupuleusement les témoignages que les Grecs, contemporains d'Hippocrate suivant l'opinion la plus commune, nous ont laissés sur son