‹ Histoire des sciences de l'organisation et de leurs progrès, comme base de la philosphie;Chapitre 28 sur 45 · I. Aperçu eistobiqus sur l'état db la GRics, coitduisAkt · texte numérisé non relu

I. Aperçu eistobiqus sur l'état db la GRics, coitduisAkt

Le génie de la Grèce antique avait parcouru sa brillante carrière. Pendant que l'activité de son. commerce peuplait de ses colonies les rivages de la mer Intérieure et ceux du Pont-Euxin ; pendant que la force de ses armes et le courage de ses héros établissaient sa puissance autour de son empire; pendant que son audace et sa foi en elle-mêm§ avaient repoussé l'Asie et fait trembler le grand roi sur son trône, sa puissance intellectuelle avait aussi conquis l'une après l'autre toutes les contrées du vaste domaine de l'esprit humain. Elle avait rendu aux beaux-arts le culte le plus magnifique; les poésies homériques, gloire immortelle et ineffaçable de son invincible génie poétique , en nourrissant sa jeunesse de l'aliment desliéros, préparèrent tout l'éclat de son âge viril. La^ voix de Pindare avait fait vibrer les cordes de l'enthousiasme et vivifié l'amour de la gloire. Eschyle , Sophocle et Euripide, créateurs de cet art de la tragédie, national pour la Grèce, vain amusement pour les modernes, l'avaient conduit jusqu'au sublime de la perfection , en faisant couler les pleurs ^ de ces fiers républicains, et façonnant leurs cœurs à la pitié et à la sensibilité, pour les amener souvent à comprendre leurs défauts et les intérêts de leur patrie. La peinture

' L'acteur Polus, qui jouait le rôle d'Electre, dans la tragédie de Sophocle,,.^ remplit toute rassemblée, non pas d'une simple émotion de douleur bien imitée, mais de cris et de pleurs véritables.— • Aulu- Gell., iVbcr. a«/c.,ch. V.

et la sculpture avaient porté si loin ce beau idéal de la nature , que la beauté des formes humaines avait atteint la perfection quand elles pouvaient lui être comparées', ILiCs sciences philosophiques et morales , les sciences d'observation avaient suscité une foule de penseurs depuis Thaïes et Pythagore qui commencèrent l'emploi des mathématiques pour exprimer les phénomènes observés, et essayèrent d'appliquer au gouvernement de l'espèce humaine les règles établies sur l'étude de la nature, jusqu'à Hippocrate que nous avons vu commencer l'étude de cette mémp espèce humaine à l'état de maladie, et créer, par l'observation, les premières branches de l'art de guérir, la topographie médicale, l'histoire naturelle des maladies et le traitement diététique. Dans cet intervalle brillèrent tous ces chefs de grandes écoles, qui introduisirent dans la Grèce ce zèle ardent des recherches profondes sur toutes les sciences, dont les esprits étaient dévorés à l'époque où Socrate purifiait la morale, où Platon, résumant les connaissances humaines dans sa conception idéale, s'élevait jusqu'au grand géomètre.

Mais la Grèce semble arrivée aux bornes de sa vie politique comme à celles de sa vie intellectuelle. Lorsque, rassemblant ses forces pour accomplir sa mission et léguer au monde le testament qu'elle devait à son progrès et à son enseignement, elle enfanta deux fils de son âge mûr; elle leur confia le soin de mesurer les domaines de sa' doubk puissance, d'en tracer les limites et d'élever le double iponument de sa gloire. Alexandre et Aristote, nés l'un pour compléter l'autre, quand même ils n'auraient jamais eu de communications ensemble, fu-

' Dans son Hecube, Euripide peint Polixène, découvrant sous le glaive <i son sein et sa gorge, semblable à celle d'une belle statue. «.

rfent Tofetlvrë de rëjlbquèj le vtfed dû ffloBBè J l'Sëbëin:: {ili^âëltoedt dU bësoiU sbiehtifi(}ue et f>dliliqbé de lelif siècle: LM bbtlqtlétbs d'Alexandfô étkieht tracëëâ â l'a- TâUbë. Et quand là cbtirédëration heliëbiqde^ dktis li«quelle était enthéèlâ Macédoine , remettait ses dëâtîtiéëî à ^es jeunet iiiains^ ëlië he faisait qu'obéir sku bësbîn qiii la prëdsaît ^ de répandre sa pensée siii* le iiibfide ; tdiil cotnme le gt-àtld Stàgirite, en résuthànt leé ëléttleUts de la âcient^ë pont lA cônstituet*, ne fit que teriUiUër lëS études dé la Grèce et lui apprendre qu'elle allait Hietitfit etiseigtiet* le hionde. Si Alexandre fbt l'élève d'Abiàtbté,^ si fceltlÎHîl ré^ut à son tour d'un pareil discifllë le pflt de ses leçoiîs en bouvëâtix éléments d'étude; en ttib^feliS jJropres à Idi faciliter la science, ce n'est qii'iia iiouvël argument pbUr la haute vérité établie dans bbtt-fe dkëbiirs pt*éliuilnaii*e : la puissance politique et la pdisâaiibe itltëllectUëlle brit besoin l'une de l'autre, elles se prêtent ttii mutuel a{)[iùi. Les conquêtes d'Alëxaridre, en pi*ë|jàrttit à la science et à la civilisation un hbuvel ^ssbr^ fdrtl^ fiettt tibs preuves.

Nommé généralissime delà Grèce, le fils de Philippe patîifie son pays et marche cdnthe les Pferséà 3 Itt tête de 3o,ooo hoitiiiies d'infàhtërîe et dfe 4?5bo de cdVàlerië. Il longe M côtes de Thrace, passe le détrbit âtAUt quë là pdttipëuse lenteur du grand roi ait pu le préteilir, ëburilfet l'Asie Mineure, et délivre les villes grecqiies de là t^ranhië des Perses en y rétablissant le goUverrietilent démoc^^tique. Il continue ses conquêtes eh Sytie, ëH Phéuicie,' eti Palestine; va en Egypte, et là, préparant les hàà^ de cette g^at1de unîbti des nations cjUe àbn géhië tiiëditaît, mais qu'il ne devait que préparer, il bâtit Alexandrie pour en faire la capitale du commerce du monde etTeùtrepôl de l'Europe^ de l'Afrique et de l'Asie; coa^

(l'déil ki juste qu*ii fonda la i icHessë Bë cfettfe ^ille pour

pluîi dfe itiille ans. Et , même aptes sa niôft et l^kbaûdon

ae Sfek vkstéé jirojfets poii^ peupler de villes boînmer-

ciales tdut le pëH^lé de la MéditerfkHëe jusqu'en Ë^pâ-

ghe, et bpéref jJar des trarîshiigraUbns réciproques la

fusidi) dès Asiatiques et des Eul'opéeriô, et par lés alliances

et les liàij^ons légitimes que les dèiix |)artiei^.de la terré

coUtiràbtàierit ainsi ensemble, les Tâiré vivre aésoriiiâis

Aihh liHë paix profonde* , Alexahdrîë, baâe èl pireiiqué

seul rë&lé d'une Conception si gigantesque, demeura pouf

en attester la possibilité, eri devenant, pbiir plusieurs

sîéblëè, lé bfeti tre de la civilisatibh ëtdti coihmerce, et

TaSilé de toiites les sciences.

Là bataille d'Arbelles met fin à là monarchie des î^ersës \ îîiàis Alexandre Vbit encore à cbiiqùéHr là moitié dé leuf enrfpire. Il à Soumis avec là i-âpidilé d'iiii voyageur lés Contrées centrales, celles du couchaiit et Au lïiîdi ; il lili reste elicoré celles de Torient; c'est là qu'il épi'bbvera le plus de difficultés, il repousse les Scythes, .pàSse dans l'ihde, y reçoit les leçons dé la sévère pt)i- Ibsbphie dès gymnosophistes bouddhistes, et y rencontre les flèclies de Porus. Il va de l'indus à l'Hyphasë, dé l'Ilyphàsè à l'embouchure de l'Iridùs, de rèrnbouchuré de rthdlis à Baby lotie, signalant partout §à ihdrché àé Héros pàt Ses adttiiràbles établissements et Ses grandes viles pour le bien dfe l'humanité. Néarqùe, athlràl dé sa flotië, côtdie par hier les bords de soti empire, pèhdant que lUî-mêhie les parfcourt par lérre; îl artive dans là Babylônié, tiiéditant de nouveaux agrandissements pour le tjohihlei-ce qu'il vieu t d'ouvrir parla navigation de Néarqbe, bu plutôt dé rendre plus actif ëiîtrê l'Indë, l'Afrique

' Diod., 1. XVin,th. IV.

17a iPOQUE GRECQUE

et l'Europe; il reçoit des ambassadeurs de la moitié des peuples connus, travaille à la civilisation des peuples conquis, et à les fondre avec les Grecs dans un seul peuple. Ivre de tant de gloire et encore affamé de si vastes projets, il défaillit, et connut qu'il allait mourir à Babylone en 324- Il succombe, à l'âge de trente-deux ans et huit mois, des suites de ses fatigues et de ses excès. Son trépas est pleuré par la famille du roi qu'il a détrôné, par tous les peuples vaincus, dont il a amélioré le sort, et chez lesquels il fonda plus de villes que les autres conquérants n'en ont détruit.

L'Alexandre des historiens profanes ne nous paraîtrait pas moins admirable sous la main de la Providence, s'il nous était permis d'écouter Daniel le prédire et tracer son histoire près de 200 ans à l'avance ^ Présentement le grand fait qui nous importe, c'est l'univers entier mis en relation par ses conquêtes; fait immense pour l'histoire de la science. Il prépare dans Alexandrie un nouveau foyer d'énergie scientifique, d'où la lumière jaillira dans tout l'univers et pénétrera jusqu'au fond de l'Asie. Il apporte à l'activité intellectuelle dont la Grèce brûlait alors, et prépare, surtout pour la capitale des Ptolémées, une foule d'éléments nouveaux et en tous genres. Mais de toutes les sciences, celles qui devaient, ce semble, en retirer le plus d'avantages, les sciences naturelles, furent peut-être celles qui en profitèrent le moins pour le moment ;^Aristote en tira peu de chose, et malheureusement Pline y puisa plus tard un des nombreux moyens dont il se servit pour fausser la science et en arrêter le progrès.

N'oublions pas néanmoins que, si le disciple poussait si rapidement le monde dans une voie d'avenir, le

î Daniel, ch, VII, VIII et XI ; Machab., ch. I, v. 1-16.

ARISTOTE. I^î

grand maître qui l'avait formé portait, en même temps , dans les conquêtes intellectuelles cette même universalité de pensée qui soumettait Tunivers; et, chose remarquable, Alexandre ne faisait qu'accomplir dans le monde politique ce qu'Aristote avait conçu , ce qu'il opérait dans le monde scientifique. Et, bien que l'œuvre de l'un et de l'autre ait été préparée à l'avance, ils n'en sont ni moins grands, ni moins créateurs, si l'on peut ainsi dire. Il est facile de constater qu'Aristote est le père de toutes les sciences d'observation ^ Si avant lui, en effet, nous avons vu cette observation travailler sur la nature et en considérer même avec soin les phénomènes divers, cependant il n'y avait pas proprement de science ; elle n'existe que par la généralisation bien entendue des faits, pour arriver à des lois, et par là conduire à laprévision, son dernier terme. L'observation des faits, leur accumulation, quelque nombreuse qu'elle soit, ne constituent même pas une découverte scientifique, laquelle rie peut réellement appartenir, comme la science, qu'au génie qui a su en trouver et en démontrer la loi et la confirmer en l'appliquant. Des phénomènes de la vision , par exemple, profondément étudiés, est sortie la généralisation d'un certain nombre de lois sur lesquelles repose la science de l'optique. Ces lois, convenablement appliquées, amènent les découvertes dépendantes des diverses sortes de lunettes, des microscopes simples, et plus tard le perfectionnement des microscopes achromatiques, et enfin dti daguerréotype, cette merveilleuse

' Qua quidem in re et Aristoteles primas sibi adeo partes vindicat, ut non immerifo affirmes, posterioribus seculis in cognoscenda corporis fabrica nihil excogilatum ferè fuisse aut inventum, cnjus semen et vestigia non jam in hujus viri libris liceal deprehendere« Spix, Cephalogen.,. Introductff. 8,.dit.ZII,

134 3ÊP0QP^ R?ÇQUE

îqyça^QI^^ qfii, parlîj délicatesse des résult^t§, s'approebe aus^i près q^e pQ^^i|)le 4^$ phénq^nèpes que la lumière qpèr^ svif l'organe de Isi vue. T^Ue pst cette prévisiqp, 4^j'nièf^ 'i™H? d'qpe ^cjppce constituée.

Cette yéfité comprime, etrbistQÎredels^ science PO»? n^e, il q'e^tp|^§ di(l[jpile de voir en Aristote le créai tewr de§ sciences positives , et d'acquérir la conviction que le yér^t^^^je progrès scientifique a pris naissçipce et s'est développa dan§ l^ j^r^ce. Nons^ ayons déjà doqpé les pliis fortes prpviyf s de cette vérité ; mais Topiniou cqn-r traire, hi\eif{ qne non-réellefpent soutenal^le^ e§t si profondéjpepl enracinée dans certains» esprits, qu'il est nécessaire clp ppl'tef |a chose jnsqq'a l'évidence. Qn ne conçoit pas eneffp^ q^'^R l^flïnmcde profondes pensées ait pu dirp ; çc \\ ppus serajt facile de prouver que l'immense ^avpir c|'4risto|e n'é|ait que \e savoir d'un coiapilateur habiHf fl^i, poHf ses immense^ rec^^erçhe^, pouvait dispq^er lilî^r^R^^fl^ des armées pairtQw| yipto,rieusles d'Alexandre jp Macédonien ; et penfr^tre ne^er^iitil pas difticiie c^p moptrer, par la comparaison naême des textes, que |p§ p^wûcs^ |es plus importantes 4e l'eeuvre d' Aristote se t^pqveq^ rf^ps les livres l^inçlous publiés plus de ijSqq ans ayant ^époque QÙ éçfiy^i^ le philosophe c|e S^agi^e/.» ISqus verrons plus tard ce qu'il faut penser ^c cette ppipion^ commp de ce^e qui fait tout venir ç|ç l'I^^de pu de l'pgypte ; V^^^e d'A^^istpte nous conduira^ f) ^ (^erp^ère solution ^e ce pfpt)lème.

No|is diviser.pps cet^ç e^de d'Aristote pu de son éppr que en huit chapitres.

Pl^ns le premier nous exposerons l'analyse critique des éléments ou des sources qui peuvent nous faire connaître sa vie et l'époque où il a vécu.

> BncheÊfP»^%g f HntrodueL à i'étu^ des se, méd.

•Le second sera le résumé historique de cette vie, tel qu'il a pu être établi d'après ces éléments, en indiquant le degré de confiance que mérite chaque partie.

Le troisième traitera des éléments de ses ouvrages, G(U dfi ouvr^iges. c^^j lui ^ont attfi))u^$, ^ for^ qif à raison; et là, nQH§ ei^aminerpns, iV ce qu'jl ^ pH pui^pr chez ^€1^ au^eur§ qui |'ont précédp en prècp; 2^ s'il est vrai qu'il ait pii pujspr cjiez \ps peuples ptr^ngefs, phez lp§ Pl^épipjgq?, Ip? ^MJ'H^ ï^s Arat]ips, {^^ Égyptiens, les ^è^^Sj \^ Persans, jesl|in4qu§.

P^flgj le qu^trièmp, oqus d^rpn^ |'his|pir€ ^p$ ouvrages d'Aristote ; comment ils nous sqpf ps^rvenus,^^- ^ectefi^ef)! dîfps U la^ngiie ^an§ laque)le il^ opf é\f épfits, ou indirectement paf tra^ucfÎQi^, et, p£|r suite, quds ^Qjçp^ w^H? 4VQfls de pertjfier qu'tin puyragç; qui lui e^t attnl^l^^ Ûû appartient rpe||pppnt.

^^€i çinqi^ièjflq copUendr^i l'pp^paératiqn ipét|iqdique (|fs q^vra|;f s fijttribM^s à An$totp , sqit que «ou^ les pp§- §éd.iqn§ 94 pqfl, afip de montrer par |à $qfl pj^p çpp^,-

flfiP^d.iqu^- Le s^pme. cl^apifre ansilysp^a peu2^ d^. pe^ oi^vrag^

{\\\\ ont ^rs^it aiix sciences naturelles , surtou^ sj la zoq-

Ipgje,, dsjps r^nspn^ble. qu'ils forment, et dans e^?tpup

w particulier-

Le septième, comme copséqueflpe, no\ï$ (nop^fpra pe qu'Ariçtote a laissé dans pj;iaquf p^if^jp c^e la ^çieucç,

I.phi:|itièm^ chapjtrpi enfin, fe^^ yo^r An^^^l^^ 9^\}r nue et conoplété par Théophr^ste,, sq|^ c^i^chvlç.

176 lÉPOQUE GRECQUE

II. Aristotê. I. Analyse critique des éléments ou matériaux à l'aide desquels nous connaissons P époque où a vécu Aristotey et les circonstances plus ou moins favorâbles qui Font enifironné.

Diogène Laérce est le seul biographe ancien qui nous ait laissé une vie complète d'Aristote. Il en existe une autre anonyme en grec , et traduite par notre Ménage , mais elle mérite bien moins de confiance. Diogène Laërce vivait sous les empereurs Septime Sévère et Caracalla. 11 était de la secte d'Épicure. Dans la vie d'Aristote , il s'appuie sur le témoignage de plusieurs auteurs; ce sont :

Timothée d'Athènes, dans ses Vies; auteur dont il parait qu'on ne sait absolument rien.

Hermippe de Smyrne , dans son livre sur Aristoté ; il a aussi écrit la vie de Théophraste et des anciens , mais non celle de philosophes postérieurs. On croit qu'il vivait sous Ptolémée Évergète; il ne reste rien de lui. Quoiqu'il mérite peu de confiance pour toutes les fables qu'il a débitées sur les anciens, cependant , comme il était presque contemporain d'Aristote, on peut croire ce qu'il en dit, car les disciples du Stagirite étaient encore vivants et pleins de respect pour leur maître, et ils auraient démenti Hermippe s'il s'était laissé aller à son penchant pour les fables.

Démétrius de Magnésie, dans ses livres des Poètes et des Écrivains. Cet auteur vivait probablement du temps de Cicéron , qui le cite dans ses lettres à Atticus comme ayant reçu de lui un livre.

Aristippe, dans ses Délices des Anciens, a été aussi de quelque utilité à Diogène Laërce.

Favorin d'Arles, sophiste qui vivait sous Adrien, en-

▲RISTOTE. 177

seigna avec réputation à Athènes ^ puis à Rome. 11 â parlé d'Àristote dans ses commentaires et dans son histoire, Omnigenera historica Sylva, écrite en grec, et qui n'existe plus.

. Euncièle^ dans ses histoires, a aussi fait mention d'Arislote. On ne sait trop quel est cet Euhrièle.

Âpollodore, célèbre grammairien d'Athènes, qui vivait sous Ptolémée Évergète, r 5oans avant Jésus-Christ, avait parlé dans ses chroniques du Stagirij:e, contre lequel Théocrite de Chio fit une épîgramme, et-dont Timon critiqua le savoir, d'après Diogène Laërce.

iJn certain Lycon a aussi fourni à celui-ci une particularité.

Or, de tous ces historiens, il ne nous reste plus sur Aristole que les citations de Diogène Laérce. Lui-même vivait vers Fan igS de Jésus-Chiist, et par conséquent près de six cents ans après les faits qu'il rapporte.

Presque tous lès auteurs ont parlé de celui dont le génie a régné sur la science grecque, sur celle des Arabes et sur celle du moyen âge; et la plupart en citant des anecdotes assez peu croyables sur sa vie.

Àndronicus, philosophe, est cité par Aulu-Gelle, pour deux lettres d'Alexandre et d'Aristote.

Varron, né en 116 av. J. C, et qui florissait dans le siècle de César , a critiqué le Stagirile sur l'emploi des mots barbares qui se rencontrent dans ses ouvrages.

Cicéron , qui vivait dans le même temps , la souvent cité dans sesTusculanes, son Orateur, etc. Il dit positivement avoir un des livres d'Aristote, de Naturd Dèorum. Fl.Josèphe,deJérusalem,né37ansap,J.C.,etmortvers 96,a dit, dans sa Réponse contre Appion , qu'Aristote avait puisé chez les Juifs. Nous examinerons cette assertion, Inen que nous sachions déjà que cet ouvrage est supposé, T. If la

^J^ ÉFOQI7P f^i^HOQUE.

Strabon ?s$ l'auteur le plus important à connattre , pour bien juger 1^9 ^^î^^ q^^ no"9 aurons à apprécier. Il florissîjit sqp» ^ugu^lç et Tibère* ^près avoir étudie à récole des péripatéliciens ^ il se fit &toïc}ed£ U'avai) yojagé en plusieurs pays pOur observer par lui-métiie, et il décrit {a g^qgrapbi^ eq caractérisant les lieux par l6$ productions végétales et animales. C'est lui qui qbus apprf^pd, liy. IX, p. 334» que Nélée de la Villfe de Sepse^ ayant acqv|is p^r f)roit d'béritagf la bibliotbèque de Tbéopb^aste et d'Àfistpt^, la transporta dans sa patrie. Pliqe de Vérone, né en a3 de Jésus-Christ, et mort en 79, à l'àg^ d^ cipquantf-six ans, est également trèsintéressant sur notre sujet. C'est lui qui rapporte cettg célè|)rfi anecdote apocryphe des qtiatre ou cinq mille bommçs employés p^ir ^ristote, aun frais d'Alexandre j poi^f* classer d|an$ toi^te l'Â^ie et pécher dans toutes hi mers.

Quintiliei), rhéteur, né en Espagne, 4ià aqa après Jési^S:Cbri$t ^ ne pouvait manquer de faire mention dé celui qui le premier avait formulé les règles de l'art poétique.

Piqtarque de Chéronée, né sous Claqde, vécut jusque sous Trajan. Dani la vie d'Alexandre, il cite deui lêft* très j Tune d'Alexandre à Aristote , dans laquelle il lui l*éptoçhe d'ayoir publié quelques-uns des livres acroa^ roatiques; et l'autre d' Aristote à Alexjindre, dans laquelle il $'excus? de cette publication. Dans la vie de %|la il a «ussi abrégé le passage de Strabon, cité pluè baut } et il a donné une table des livres d' Aristote d'apte j^ndronicus de Rhodesi

Alex^nder Aphrodicus, du temps dea Antonins^ fit deti cQipmentaires sur plusieurs livres d' Aristote. ^plH^U^ 4^ Rome, vtra i3o sU léauii^brist^ ièiii

Ilbistotb. 179

MaroAurèle, s'amusait à Athènes , pendant les longues soirées d'I^iver, à recueillir, pour ses enfants, sur les monuments et les écriirains de l'antiquitë, une collection de notnbreuses apecdoies qu'il a intitulée les Nuits Àttiques. Il 7 cite plusieurs historiettes touchant Aris? tôle. Il dit que c'est Andronicus qui a le premier publié les lettres.

Athénée de Naucrate, en Egypte, de i5o à 911 aprè^ Jésus-Christ , nous a laissé une compilation en grec sous forme de propos ou de discussions tenues à table par ^es convives sur les objets^ servis | il les a intitulés : Déipnosophistes, Diners des Philosophes ; Aristote y in^ tervient.

Élien , a!ia de Jésus-Christ, en a souvent parlé dans ses histoires variées.

Galien^ médecin grec, de Pergame, i3i de Jésus*- Ghrfst^ nous apprend aussi beaucoup de choses au sujet de celui qu'il regardait comme son maître.

Borphyre de Tyr , né en a33 , dans la vie de son maître Plotin, parle d' Aristote.

Origène^ saint Jérôme, saint Augustin, ont eu sou* vent, surtout le dernier, occasion de citer Aristote et de Jjarler de ses écrits.

11 en est de même de Jean Philopon, grammairien d'Al^iandrid ^ au vii^ siècle, sous Omar.

Tels sbttt les auteurs anciens qui peuvent nous fournir quelque chose sur Aristote; un grand nombre d'entre eux manquent de critique, et les anecdotes qu'ils racontent se réfuient d'elles-mêmes en les examinant avec soin. Parmi les Arabes, puis au moyen âge et dans les temps modernes, on a fait de nouvelles biographies d'Aristote, toutes compilations plus ou moins habiles de la plupart des atileurs précédents.

la.

j8a IëPOQUE GRECQtJE.

Dans notre temps ^ Feller na fait, sur lecn^ateur des sciences positives, que recueillir sans critique un certain nombre d'anecdotes , toutes plus apocryphes les unes que les autres, de sorte qu'après avoir lu l'auteur de la Biographie universelle des hommes qui se sont fait un nom par leur génie , leurs talents^ leurs vertus y leurs erreurs ou leurs crimes^ on est tout stupéfait de ne trouver pour Arislote une place que dans la dernière catégorie.

M. Cuvier,dan$la Biographie universelle de Michaud, adonné un article Aristote, qui est malheureusement trop court, et insuffisant pour le faire connaître. Un autre article intéressant sur la philosophie d'Aristote, par S. Munk, a été publié dans la Revue européenne; il avait été destiné d'abord à l'Encyclopédie pittoresque. Sans être complet sous tous les points, cet article mérite d'être lu, et peut faire connaître au moins le philosophe. Le Dictionnaire des Sciences pliilosophiques vientdedonner un article Aristote, dû à la plume habile de B. Saint-Hilaire. Cet article , excellent en lui-même, serait mieux placé dans un dictionnaire biographique.

IL Biographie (T Aristote^ diaprés les matériaux fournis par le chapitre précédent.

Aristote était de Stagire, aujourd'hui Stavro, petite ville maritime de la Thrace, fondée par des habitants deChalcis, en Eubée, sur les bords du Strymon, à la pointe de cette presqu'île dont le mont Athos occupe l'extrémité méridionale. Elle avait son port naturel dans le golfe Strymonique de la mer Egée. Stragire et son petit port n'étaient pas sans importance; elle joue un rôle dans tous les grands événements qui agitèrent la Grèce depuis les guerres des Perses jusqu'à celles de

ARISTOTE. l8l

Philippe, père d'Alexandre. Au point de vue de la science , sa position n'élait pas moins remarquable pour observer les poissons et les oiseaux, qui , chassés par les frimas, se rendaient de toutes les contrées de la Germanie, située au Nord , vers les plages méridionales d'un climat plus propice. Ils passaient nécessairement ainsi par la pointe septentrionale de la mer Egée, formée en grande partie par le golfe Strymonique. L'Italie même et les contrées occidentales renvoyaient, chaque année, au Strymon, ces immenses phalanges de grues et d'oies sauvages que le poète de Mantoue faisait redouter au laboureur, et aux cris desquelles il compare les clameurs des guerriers troyens ' ; imitant en cela le chantre d'Achille, qui peint ces nuées d'oiseaux fuyant les hivers et les autans, et, avec des cris perçants, volant sur l'Océan pour aller porter chez les fabuleux Pygmée3 la désolation et la mort. Dès ceà temps , les nombreuses légions d'oies sauvages, de grues et de cygnes s'abattaient, de la Macédoine et de la Thrace, en franchissant la mer Egée, dans les prairies d'Asia, sur les ondes du Caystre, au doux climat de l'Ionie ^. Par conséquent, le golfe et les rivages du Strymon étaient le point central où venaient se croiser toutes ces immenses migrations qui descendaient du nord au midi, et celles qui passaient de l'occident à l'orient. Ce que nous disons des oiseaux s'applique également et à plus forte raison aux poissons, dont tout le monde sait que plusieurs espèces passent même de l'océan Atlantique, par le détroit de Gibraltar, dans la Méditerranée, remontent l'Archipel, traversent la mer de Marmara, pour

« Virg., Georg.^ 1. I, v. lao; Eneid.^ l. X, v. a65. • Homer., IL, ch. in, v. a-6 j et ch. II, v. 4^9-463,

l8t ÉPOQVB GIUIGQVE.

aller se fisdre pécher daâs la mer Ndire. Cea mîgratibfit diverses devaient apporter au golfe Strymoo, eomiQa à tout le iiord de la mèr Égée^ d'immenses légioBs de poissons.

C'était sur.de^ bords aussi favorablement plac^â) qu'était bàtié Stagire, la patrie d'Aristoté. CelUi-ci ni^ quit la première année de la 99* olympiadf^, l'un 384 avatlt Jésus-Christ II venait après Soerate^ qu'il ne elin? nut pas, puisque le mditre dé Platob était mort la i^^ année de la gS* oij 97* olympiade; après le grand siècle de Përiblès, l'apogée de la Grèce, lorsque tous les beauxarts avaient fleuri , et que toutes les sciences avaient été cbhivéeë. 11 est donc venu à l'époque \i plus favorable pour généraliser les observations et les faits, en a|>er-^ cevoir les lois et constituer la science. Il eët venu àprèé les premiers temps de lé république romaine ^ il ])arl«i de la prise de Rome par les Gaulois^ et de sa délivrance pîir Camille; par conséquent à une époque où les côm^ munications entre la Grèc€f et l'Italie étaient déjà fh?^ qiientes, hussi bien que celles avec l'Asie.

Il appartenait à une famille de médecins, origifiaii^ d'Épidaurfe. Nicomaque , son père , Uescéndait de Me^ ehaon, fils d'Esculape. Phaestis, sa mère, tirait sbn ori^ gine d'itne famille illustre de Chalcis. La médecine, hé^ réditaire chez lès Asclépiàdes, fut pratiquée par son père, qui laissa ménle quelques ouvrages sur o€tt« science et sur la physique. Nicomaque dut à l'amitié d'Amyn|as II , roi de Macédoine et aïeul d'Alexandre^ d'être appelé à sa cbur en qualité de médecin. Touted ces circonstances Influèrent sur l'éducation de son fiUi Il le destina à la même carrière, et le dirigea lui-même dans l'étude de la médecine et de la philosophie^ qui en était déjà la compdgqe ipséparablq , çpmope 1^ prou-

if^pt }q» eeHti d'Hippoèreitei Cb fui sans ddUfé i bette première éducation, jointe à la position dé ilk irillé batal0) qu'il dut8on goât pour le^ sciences naturelles. Il était k peu près du même âge que Philippe» le plus jeune de9 enfabts d'àmyntas, et^ dès lors, il faut le croire ^ ^'étahii^oilt des relations qui dëterminèrèlit plus tard le 4h€Hi^ du précefitènr d'Alexandre. Ayant perdu sei pa« rents fort jeune, il fut confie, ainsi que son frère et sa ^Qwr, aut soins de Proxène^ d'Atartiéè en Mysiejqui babifait Stagire< Cet ami de sa famille se chargea d'à* ^beybr.aon éducation.

Arietote conserva pour ses parents adoptifs la plue ^ive reconnaissance. Dails son testamedt^ il ordonne qu'on élève des statues à la mémoire de son bienfaiteur ^t à celle de sa femme, qui lui avait été une seconde mère* Il rendit au fils orphelin de Protène ce qu'il avait reçii de son père ; il Tsidopta^ et lui donna sa fille Py*' thias en mariage. Ces détails ^ et bien d'autres, réfutent lés reproches injustes d'ingratitude qu'on a jetés à sa mémoire, et prbuTent que la recontiaissaisce, au oon-* traire ^ a été l'une des vertus de soq cc^ur.

I^ nlort de ébn protecteur le poussa vers Athènes^ od il devint disciple dé Platon , â l'âge de dix-sept à dit^ huit anS) suivant Hermip^è. Maiâ comme Platon faisait alors son second voyagé en Sicile ^ d'où il ne revint que deuii ans après, il est pliis probable qu'il ne reçut lëî leçons d'un tel maître qu'à l'âge d'environ vingt ans. it detneura à Athènes jusqu'à trente-sept ans, suivadt Apdllod6re<

Le génie d'AHstote lui assigna, dès le coiUtnetice-* ment ^ le premier rang parmi ses cotidisCiflles. On râp^ porte que, lorsqu'il ne se trouvait pas à la leçon, Platon avait coutume de dire : k L'esprit est absetit,

l84 iPOQUE GRECQtTB.

l'auditoire est sourd.» 11 l'appelait aussi le liseur^ Fentendemeot de son école; raison suffisante, avec le sentiment de sa supériorité, qu'il ne sut pas toujoui's cacher, à ce qu'il parait, pour le désigner aux traits de l'envie et de la calomnie. Telle est la source principale de tout ce qui s'est débité sur son caractère , son mauvais cœur et ses brouilleries avec son maître; brouilleries qui s'expliquent encore mieux par la diraction opposée de ces deux génies, et peut-être aussi par le sentiment de jalousie un peu naturel au passé qui s'en va, contre l'avenir qui surgit. Des témoignages , qui ne manquent pas de valeur, affirment qu'Âristote avait voué à son maître une admiration pleine de respect, et qu'il lui consacra un autel où une inscription, composée par le disciple reconnaissant , exaltait les vertus de cet homme , que les méchants eux-mêmes ne sauraient attaquer. Au-dessus de tout, le célèbre passage de la Morale à Nicomaque^ prouve qu'en repoussant la théorie des idées, il en chérissait l'auteur, puisque le devoir sacré de donner la préférence à la vérité l'emportait seul sur ses sentiments personnels pour un homme qui lui était cher. Tout en suivant avec zèle les leçons de Platon , Âristote se livrait avec ardeur à l'étude de la nature et des ouvrages des anciens; il travaillait à s'approprier toute la somme des connaissances positives auxquelles l'esprit humain pouvait prétendre alors, se préparant ainsi à la grande mission qu'il devait accomplir. Il demeura à Athènes jusqu'à la mort de Platon, et y publia probablement quelques ouvrages sur la philosophie ; il s'y était fait connaître par des cours d'éloquence^ dans le but de combattre le mauvais goût et les grâces efféminées qu'Isocrate introduisait dans cet art.

Cependant, la crainte d'avoir, dans le premier de ses

ARISTOTE. > l85

disciples , un rival qui , loin de propager ses doctrines , travaillerait à les combattre, et puis les afTections du sang, portèrent Platon à désigner, avant de mourir, Speusippe, son neveu, pour lui succéder dans Façademie, quoique, à tous égards, Aristote eût mérité la préférence. Affecté de cette espèce d'injustice, le Stagirite se retira auprès d'Hermias, tyran d'Atarnée, son ancien condisciple et ami. Lorsque, trois ans plus tard, Hermias eut été crucifié par ordre d'Artaxercès , Aristote s'enfuit à Mitylène, après avoir épousé Pythias, la sœur, selon d'autres la nièce, d'Hermias, dont il eut une fille. On parle aussi d'une maîtresse d'Aristote, nommée Herpyllis , qu'il aurait épousée à la mort de Pythias, et dont il eut un fils naturel appelé M icomaque, auquel il dédia un de ses ouvrages sur l'Éthique.

Peu de temps après sa fuite à Mitylène, il revint à Athènes , d'où il parait qu'il reçut une mission politique pour Philippe , roi de Macédoine, sa patrie. Ce prince l'appela vers Tàge de quarante ans, pour le charger de l'éducation de son fils Alexandre, qui en avait alors douze ou treize. «Il sut, dit B. Saiut-Hilaire, prendre sur ce fougueux caractère un ascendant qu'il ne perdit pas un instant, et lui inspirer la plus sincère et la plus noble affection. Les études auxquelles il appliqua surtout Alexandre, furent celles de la morale, de la politique, de l'éloquence et de la poésie. La musique, l'histoire naturelle, la physique, la médecine même, occupèrent beaucoup le jeune prince.

a II parait aussi qu'Alexandre attachait le plus grand prix aux études de métaphysique, qu'il avait commencées.

a 11 est certain que la fameuse édition de Vlliadey qu'Alexandre porta toujours avec lui, qu'il mettait sous son

1^ iPO<9ni MIMQCJE.

ch^Vf^t^^tte fameuse édition dé ta ea^setti, mféit été l^vue pQdf lui pstr Ariatote; » Celui-ci resta citi€| m ûk MP^ aiiprâs de son éleTe; il lé quitta avant Mti paâKâ^e ^n A^jèy en lui récom mandant Callisthène d'Olynthie ^ 0on parent » qui suivit Alexandre. <

Retepu à Athènes la secotide ahnée de la 1 1 1^ olympiade ^ les Athéniens lui donnèrent le Ijcée ^ potir y ou* trir sa célèbre école périplatéticiennë. Une grande ttf- 4lM0nce d'auditeurs s'y porta bientôt. L'habitude de di^Quteir kveo ses élèves en se promettant danà le lyêëe, fit donner à son école le nom qu'elle jhioîte (dû mot|f^ee mpiivaTéiV) se promener). Il s'y rendait deux (bis le jôUi*, et consacrait lé matin à exposer à ses disciples lés ptofondeurs de la science ; le soir^ il recevait tbut le indUtle, et raisonnait sur les connaissances qui sont d'iin iMiige plus habituel dans le cours de la vie. C'est à cette distinction que l'on doit la division de ses ouvragées èh ésotériques et en acroamatiques : les premiers coHte^ riaient uiie dbctrine usuelle à la portée dé tout le tnôtldê; les setiondsy destinés îi ses disciples ^ avaietlt beâbita^ pour être mieux cocùpHs^ du secours de ses lè^oUs. Aristote restatrèiaie ans à la tête de cette école, et ce fUt probablement pendant ce temps qu'il composa la plUi grande partie de ses nombreux ouvrages.

L'attachement que Philippe et Alexandre lui kVaietit témoigné refaïuâ contre lui les passions poIitil:}ues déâ Athéniens j la célébrité de sph école et la puissatîée dé sa science soulevèrent la haine dès sophistes ^ qu'il avait bombattus , et la jalousie des platçniciens. On suscita contre lui l'hiérophante Ëu^ymédbn, pour l'accuser d'impiété, en prenant pour prétexte son incrédîilité à k divinité de Cérès> et. un hyrânë qu'il avait fcomposé CB rbonn^ut* de son s^mi Hermias^ et dans lequel iU

prétendirent ioir une offense envers les dietix* Whrèê par cette accusation de fuir Athènes , et voulant^ di^ai^il, par allusion à la mort de Socrate, épargner aut Alhéijiens un second altebtat contre la phîlosbpliie^ il se retira à Chalcis ^ en Ëubée , avec là plus grande partie (10 ses disciples. Il y mourut la troisième annir^ dé le 1 1 4^ olympiade, sous l'archontat de Philoelèi^^ 3a a dns avant JésuÀ-Christ, à Fâge de soixante ou soixante-trois ans suivant les uns, sdixante-dit suivant les auil'es. £umèle le fait mourir de poison ; saint Grégoire de Hà* zianze, saint Justin, et d'autres ëorivains, disent qu'il se précipita dans TËuripe; d'autres, avec plus de raison, prétendent qu'il mourut peu de temps après sa fuite ^ d'dtie liialadie d'estoitiao, héréditaire ddtis sa famille.

Diogène Laërce nous a conservé son testament, dans lequel son caractère se peint très*avantageusement j il n'y oublie plersonne de ceux qui lui avaient été att^^ chéi. Quant faux contes ridicules et calomniateurs dé-» bités à son sujet, ils se réfutent d'eux-ménies ; il eût été plus qu'inutile pour nous de les mentionner.

D'après cet exposé de la vie d'Aristote , il est donc clair qu'il n'a point voyagé hors de la Grèce ^ de là Ma4 cédoine et de la Thfessalie; et nous verrons en effet <jue toutes ses observations directe^ portent sur les âni-^ maux de son pays. Ammonius est le seul de ses historiens à avoir prétendu qu'il ait suivi Alexandre jusqu'en Egypte. On appuie cette opinion sur l'impossibilité 4f lui envoyer tous les animaux dont il faU la description^ et qu'il avait dû disséquer lui-même. Dans cette tnanièré de voir, il serait reveiiù à Athènes Vers 33i, âpJ)ol-taiït toutes les matières pour la composition de son immortel ouvrage de l'Histoire des animaux. Mais ce fait | d'ailleurs réfuté par l'historiette de PUnÇ| qui l^ii 4Qun§,

l88 XPOQUS GRCCQUB.

de la part d'Alexandre, plusieurs milliers d'hommes pour lui pécher des poissons , et lui chasser des oiseaux et des animaux ', tombe, comme cette dernière, devant l'examen sérieux des ouvrages d'Âristote , dont toutes les observations directes portent sur des animaux de la Grèce, surtout sur les oiseaux et les poissons, ce qui est amplement expliqué par la position du lieu de sa naissance et par l'état de sa fortune particulière.

11 parait, en effet, qu'il était assez riche, d'abord d'après son testament, que Diogène dit avoir lu, et où il donne le détail de ce qu'il possédait par la distribution qu'il en fait. En second lieu , d'après le témoignage de Strabon, c'est lui qui le premier a commencé eu Grèce à recueillir des livres pour former une bibliothèque. Quoique Strabon se trompe sous le rapport de priorité, puisque Euripide, né dès 480 av. Jésus-Christ, 96 ans avant Aristote, avait formé une bibliothèque qu'Athénée compte au nombre des plus belles de l'antiquité, et à laquelle Aristophane fait allusion au

* « Alexandre le Grand, dit Pline, enflammé du désir de connaître l'histoire naturelle des animaux , chargea ce philosophe, qui réunissait tous les genres d'instruction, de faire les recherches nécesi^aires; let, pour que nulle espèce d'animaux n échappât à sa connaissance, il mit à ses ordres plusieurs milliers d'hommes dans toute l'étendue de l'Asie et delà Grèce; c'étaient tous ceux qui vivaient de la chasse et de la pèche, et qui, par état, s'occupaient du soin des parcs, des bestiaux , des ruches , des viviers et des volières. Les cinquante volumes admirables qu' Aristote nous a laissés sur les animaux, sont le résultat des observations qui lui ont été communiquées par tous ces hommes. » Pline , liv. VIII , ch. XVI , trad. de Guéroult.

Il est à remarquer que Pline ne parle pas de l'Afrique , où Ammonius a fait voyager Aristote, et cependant celui-ci a parlé de plusieurs animaux de ce pays ; il y a donc double contradiction entre ces deux histoires et les livres d'Aristote mémo.

AIIISTOTE. 189

vers 4^6 de sa comédie des Grenouilles , il n'en est pas moins vrai que la formation d'une bibliothèque par Aristote, démontrée d'ailleurs par son analyse des philosophes, prouve quil était riche. La troisième preuve de la richesse d'Aristote ressort du long séjour de son père, en qualité de médecin , à la cour du roi Amyntas j où il avait sans doute acquis , dans un temps où les médecins étaient si richement payés , une certaine fortune. Sa mère, d'une famille illustre, avait dû, d'après la coutume des Grecs à cette époque , apporter une riche dot en mariage. On conçoit bien, d'ailleurs, qu'Aristote lui-même ait reçu beaucoup d'argent de Philippe et d'Alexandre, deux princes riches et magnifiques dans leurs largesses. Athénée dit, en effet, qu'Alexandre lui donna quatre-vingts talents. Enfin, il parait qu'il avait une famille peu nombreuse, puisqu'on ne parle dans son testament que d'une fille et d'un fils naturel, et, par conséquent, son entretien n'avait pas dû peser sur sa fortune. II était donc dans une position de richesse favorable pour fournir par lui-même à toutes les dépenses qu'exigeaient ses recherches.

Après avoir établi la position d'Aristote et montré les circonstances au milieu desquelles il a vécu, ce qui nous importe davantage, c'est son génie, ce sont ses immenses travaux , c'est la place qu'il occupe dans l'histoire de l'esprit humain , c'est enfin l'influence qu'il a exercée sur ses contemporains et sur la postérité. Malheureusement ce grand génie n'a pas toujours été bien apprécié , grâce aux égarements de ceux-là mêmes qui se prétendirent ses disciples etses commentateurs. Pendant une longue série de siècles, son nom a été prostitué pour servir de palladium à l'esprit humain, dans le labyrinthe des erreurs et des extravagances. Et lorsqu'eux

igO l£P0Q0I GRBCQUE.

fin une nouvelle aurore se leva sur l'Europe, le génie du Stagirîte eut de la peine à pénétrer à travers les nuages épais dont l'avaient enveloppé une foule d'ineptes commentateurs. Il a été mécbnnu encore dfins le^ temps modernes. L'Allemagne^ la première , a fourni des hommes cjui ont courageusement abordé les source^ , étudié Arislote dans ses propres ouvrages, sans se laisser effrayer par les difficultés que leur opposaient trop fréquemment un style peu élégant et plein d'obscurités, une universalité dont l'ordre ^ystémati(|ue a été plus d'une fois troublé , et une terminologie tbute particu-^ lière. Mais, ce qui était plus important encore, et ce qui manqua souvent, c'est que ses commentateurs mo-* dernes l'ont abordé , préparés à le comprendre et ménie à le dpviner par une science profonde, seule capable de le bien juger.

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