IX. Résumé et conclusion
Aristote, comme point de départ, traçant le cercle des connaissances humaines dont nous devons étudier, dans cette histoire, le développement successif, a dû fixer notre attention et nous arrêter plus longtemps. Mais afin de bien asseoir notre jugement sur cette importante époque, il est nécessaire de résumer, dans un coup d'œil rapide et d'ensemble, tout ce que nous avons exposé dans les divers chapitres , et d'en montrer l'enchaînement logique.
I. Après avoir scruté les sources sur l'état des sciences, spécialement des sciences naturelles dans les siècles qui ont précédé Aristote, de Thaïes à Hippocrate , nous avons analysé et estimé le degré de confiance que méritent les écrivains qui nous ont laissé quelques élé*
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m^ûts sur là biographie d'Aristote^ depuis Hèrmîppe jus«qu a Athénée.
II. Fondés sur cette analyse critique , nous avons accepté de ces éléments tout ce qui parait plus probable , comme ayant été rapporté par les plus contem-i' porains et les plus rapprochés du sujet.
III. L'analyse des sources où il aur£|it pU puiser nous a convaincus qu'il n'avait trouvé , chez ses prédécesseurs grecs ou barbares, et même chez Hippocrate , que fort peu de choses à recueillir, à part des opinions étiologiques sur les problèmes plus ou moins insolubles de la physiologie en général, sans aucune observfition à l'appui.
Force nous a été d'admettre, comme seuls vfais et seuls positifs, les faits suivants :
i"* Qu'il n'a jamais voyagé hors de la Grèce continentale;
2** Qu'il est né sur les bords de la mer, et a constamment vécu dans des lieux qui en étaient baignés , ou n'en étaient que fort peu distants, et surtout pendant la plus importante partie dç sa vie, dans un port de njer où le commerce florissant amenait les productions du monde connu , alors fort limité.
3** Qu'il avait upe fortune probablement considérable^ qu'elle lui soit venue de son père, des libéralités de Philippe ou de celles d'Alexandre dont il est certain qu'il a fait l'éducation. On conçoit qu'à l'aide d^ cette fortune il ait pu se former une bibliothèque qpmbreusç ou au moins choisie, et même se procurer les apimau^, sujets de ses recherches, sans être obligé d'avojr recours aux ridicules exagérations de Pline et d'Athénée.
4** Ses ouvrages reposent exclusivement sur l'pbservatipq directe d^s animaux de la Grèce , des versgpti^
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de la Méditerranée et de la mer Rouge , en particulier 3ur les oiseaux et les poissons, comme les plus nombreux dans les pays qu'il a habités; les premiers ^ à cause de Içur passage des contrées septentrionales européenne^ dans l'Asie Mineure; les seconds, par la nature même du sol de la (îrèce , déchiré de golfes , de baies, parsemé d'îles de toutes grandeurs ^ circonstances qui introduisaient « en très-grandes proportions ^ ces animaux dans le régime alimentaire des Grecs.
Notre opinion est encore prouvée par le petit nombre d'animaux dont il a parlé, nombre qui ne s'élève pas, ^n totalité, à 5oo, dont 62 mammifères > 169 oiseaux, 6 reptiles, 4 amphibiens, ia6 poissons, 71 insectes, i4 crustacés, 2 5 testacés et mollusques, 10 zoophyfes, parmi lesquels prédominent les oiseaux et les poissons, tandis qu'il y a absence complète d'animaux de l'Inde, sauf ce qu'il a pris dans Ctésias, son prédécesseur de cinquante ans, qu'il ne cite qu'avec réserve et défiance. D^ns tous les cas, il mourut avant que les récits plus ou moins mensongers de l'expédition d'Alexandre fussent parvenus en Grèce et pussent être employés par les historiens naturalistes.
IV. Nous avons, du reste, et au-dessus de toqt, la raison et la vraie source des ouvrages d'Aristote dans son génie, puis datis l'époque à laquelle il vécut. Parvenue à son apogée sous tous les rapports, la (Grèce avait produit les chefs-d'œuvre de la littérature et des arts; la direction morale d'abord, métaphysique ou spiritualiste ensuite, avait été donnée à la philosophie. Socrate avait enfanté Platon. Le besoin de la philosophie appelait Aristote ; il fut naturellement conduit à mesurer, à comparer, à chercher les règles de tout ce qui avait été fait de beau et de bon ; de là ses efforts
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encyclopédiques et préalablement ses travaux de prédilection en logique et en dialectique , c'est-à-dire, sur les instruments intellectuels, à l'aide desquels on peut analyser les phénomènes , découvrir leur origine, remonter à leur cause, et, par suite, démontrer ce qu'on croit la vérité et combattre ce que l'on regarde comme l'erreur. Mais, bien qu'il envisageât d'une manière nouvelle l'ensemble de la philosophie à posteriori^ son but évident n'était pas moins que celui de Socrate et de Platon la connaissance de l'homme dans tout ce qui le constitue un être supérieur aux animaux, un être qui a quelque chose de divin, un être social et prévoyant, ainsi qu'il le définit , afin de lui dicter les règles de sa conduite morale et politique.
Dès lors, l'ensemble des ouvrages d'Aristote a été nécessairement conçu dans un plan que son génie suivrait presque malgré lui, mais qui a pu être dissimulé, soit avec intention par lui-même, soit par l'altération de ses ouvrages. Pour parvenir à découvrir ce plan dans Tensemble de ses écrits, parmi lesquels on doit comprendre ceux de Théophraste, son disciple immédiat, nous avons consacré quelques pages à montrer par l'histoire de leur transmission combien ils ont été altérés, aussi bien en eux-mêmes, dans la matière que chacun traite, que dans l'ordre particulier et général suivant lequel ils ont été disposés.
V. Ces preuves données préalablement , et ne pouvant, d'un autre côté, douter d'un ordre primitif, pour un esprit aussi nécessairement méthodique, nous avons proposé d'abord le plan général de l'encyclopédie aristotélicienne, c'est-à-dire, celui suivant lequel tous ses ouvrages ont été au moins conçus, sinon exécutés ; c'est le sujet d'un premier tableau.
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Une attention plus spéciale aux ouvrages qui traitent des corps naturels et surtout des corps organisés, nous a permis d'en exposer le plan rationnel, complété par les ouvrages de Théophraste qui viennent remplir les lacunes laissées par son maître sur les minéraux , les végétaux, et sur la physionomie.
Afin de prouver jusqu'à l'évidence que dans tous ses ouvrages Aristote a suivi un plan éminemment logique, mais gâté, caché, dissimulé par la manière dont ils ont été réunis; qu'en outre ces écrits peuvent être distingués en ceux qu'il avait terminés et en ceux qui n'étaient qu'ébauchés ou qui n'étaient même que des premiers jets, refondus plus tard dans les autres, nous avons pris pour exemple le traité des animaux, celui des parties des animaux , et celui de la génération.
VI. Certains alors de l'authenticité spontanée des œuvres d' Aristote , et de leur origine autochthone de la Grèce, nous avons cherché les principes et les faits principaux introduits par lui dans la science dont ils font encore le noyau dans chacune des parties qui la constituent, savoir : en zooclassie, en zootomie, en zoobie, en zooéthique, en zoonomie, en zooiatrie.
Et nous avons pu nous convaincre que, dans chacune d'elles, Aristote avait laissé des traces ineffaçables.
VII. Enfin , nous avions précédemment jeté un coup d'œil d'avenir sur l'influence que les travaux d'Aristote ont exercée sur la marche et les progrès de l'esprit humain, en nous arrêtant:
Chez les Romains, depuis Varron jusqu'à Pline, Chez les Grecs d'Alexandrie ou païens, entre les mains desquels ils se sont accrus sous plusieurs rapports, dans l'instrument et dans son application à la médecine par Galien.
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Chez les Grecs du christianisme , ou Pères de l'Église, qui abandonnent 4'abord pour ceux de Platon les écrits d'Aristote , lesquels seront pourtant repris et développés datis la direction dialectique.
Chez les Arabes , qui les reçoivent de leur cotitàct avec les nestoriens , hérétiques chassés de Constantiqople et émigrés en Perse , d'où la conquête rapportera la science à Bagdad et dans tout l'empire inusulmaii, fet làapparaissent Avicenneet Averrhoès; revêtus de leiii's coriimentâires , les écrits d'Aristote parvienneiit aiix àcolastique^ européens, par suite du contact des Arabes aveq l'Europe, sur le littoral de la Méditerranée. Cette dernière époque, si brillante, esit résumée dans Albert le Grand et saint Thomas.
Qu'il nous soit donc permis de conclure de cet ensemble, et de toutes les preuves spéciales et directes que nous en avons données à l'occasion, qu'Aristote n'a rieri emprunté , ni à la Chine, ni à l'Inde , ni à la Perse, ni à l'Egypte, ni à l'Arabie, ni même à la Judée; que, par conséquent, la science européenne est véritablement née et s'est formulée pour la première fois dans la Grèce; accordant toutefois que les premiers germes aient dû venir de la Chaldée, de l'Asie occidentale et del'Égyjîte. Mais accuser Aristote de n'être qu'un compilateur çt le plagiaire de l'Orient, ce n'est ni connaître l'Orient, ni Aristote, ni ce que c'est que la science; d'où il suit enfin, comme preuve irréfragable et désormais démontrée, que l'Occident n'a rien emprunté à l'Orient, et que tout le mouvement progressif de l'esprit humain s'est exécuté autour du périple de la Méditerranée. C'est là , par conséquent , que nous devons le suivre et que nous- le suivrons en effet.