EPOQUE ROMAINE
règne végétal ; a^ remèdes que fournit le règne animal. Ce n'est donc, à proprement parler, qu'une espèce de matière médicale, un recueil, sans beaucoup d'ordre, de receltes plus ou moins fondées; un ramas d'emplâtres sans science aucune , l'empirisme pur, auctoritas.
C'est de Pline que datent ces singuliers remèdes perpétués par l'ignorance. Ainsi , sous le titre de remèdes tirés de l'homme, il recommande la salive, le cérumen des oreilles, les premiers cheveux et la première dent qui tombe aux enfants, pourvu qu'elle ne touche pas la terre. Dans l'adulte, les excréments, l'urine, les menstrues, et les mêmes produits des animaux, sont, à son avis, d'excellents remèdes; et malheureusement son opinion n'est pas encore entièrement détruite aujourd'hui, pour tous les cerveaux de commères qui se rencontrent dans nos campagnes, et qui ont acquis ces prétendues recettes par tradition. La magie et la nécromancie tiennent aussi une large place dans l'empilîsme de Pline.
Liv. XXXIII à XXXFIL Les cinq derniers livres sont consacrés au règne minéral et aux médicaments qu'on en tire. Il y traite aussi de la peinture et des couleurs, et, enfîn, des pierres précieuses , par lesquelles il finit , en les rangeant par ordre alphabétique, comme était primitivement tout son ouvrage, et comme il a .laissé encore son vingt-septième livre , reliqua herbarum gênera, où il met ensemble toutes les herbes dont il ne fait pas grand cas, par ordre alphabétique, avec l'indication de leurs usages pour la médecine.
VL Histoire des ouvrages de Pline ; comment ils nous sont parifenus.
Les manuscrits de l'ouvrage de Pline sont , en géné^
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rai , remplis de fautes, et offrent un si grand nombre de différences , que, malgré le nombre immense d^éditions , de traductions et de commentaires qui en ont été donnés dans toutes les langues et chez toutes les na* tions de l'Europe, on peut assurer que nous sommes encore bien loin d'avoir sur ce sujet quelque chose d'un peu satisfaisant. Le titre de son ouvrage n'est pas le même dans tous les manuscrits; Pline le Jeune l'intitule: Naturœ historiarwn libri; lui-même^ Historiée naturalis libri; d'autres, Naturalis historia ; on l'a même intitulé : de ISaiura rerum et historia mundi.
Il est dédié à Vespasien sur certains manuscrits, et c'est le cas le plus ordinaire; à Titus, son fils, sur d'autres. Ces manuscrits sont extrêmement nombreux, et, en général, peu anciens; on en cite cependant un du septième siècle, et une traduction arabe.
L'immense abondance de recettes empiriques contenues dans les livres de Pline, où l'on crut trouver des remèdes à toutes les maladies , fut la principale cause de la multiplication des manuscrits de ses ouvrages avant l'imprimerie , et de leurs éditions immédiatement après l'invention de cet art.
Les mêmes causes les firent traduire par les Italiens Cristoforo, Landino, Antonio Bruccioni , Ludovico Domenichi ; par le Français Pinet , et l'Espagnol Huerta , avant 1763. Depuis, et même avant, il y a eu plusieurs autres traductions. Poinsinet de Sivry en publia une avec le texte latin, et des notes assez estimées, en 1% vol. in-4*', de 1771 à 1781. Il s'est fait dernièrement plusieurs éditions du texte , entre autres une en France avec des notes en latin, qui sont, pour le fond, de M. Cuvier. Une autre en 5 vol., grand in-S*", également avec des notes excellentes, a été publiée à Leipsick;
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c'est l'édition dont nous nous sommes spécialement servis.
h&s livres de Plipe n'ont jamais cessé d'être lus depuis leur publication à Rome par L'auteur. Dès le même siècle^ ou m commencement du suivant ^ il avait^ h Rome même f un copiste et un imitateur servile , Solia ^ qui , pour cela , a été surnommé le singé de Pline, qu'il ^opie f du reste ^ jusque dans ses erreurs. Les Pères de l'Église jcomipç le témoignent Ëusêbe, dans sa chronique j £»aiqt Jérôme, dans pludeurs de ses lettres ; saint Augustin, dans le chapitre IX de la Cité de Dieu, et plusieurs autres, lisaient Pline. Grégoire de Tours, saint Isidbre d'Espagne, le véijérable Bèdë, le savant Alcuiii, étudiaient ses livres, INous le suivrons donc ainsi jusqu'au liuitième siècle. Depuis cette époque, il a malheureusement fait l'upe des bases de l'étude des sciences patqrelles dans Ip moyen âge; et c'est lui qui a répandu cet eiqpirisme en médecine, ces erreurs grossières en histoire naturelle, et ces espèces de superstitions qui ont pris ifne si forte racine dans le peuple, et qui sont passée!^ dans la plupart des pombreux recueils de médicaments , de recettes et d'emplâtres qui ont infecté l'art adrpirable . de la médecine , et lutté contre la science jusque dans les derniers temps, il n'est pas jus* qu'au pieux, au savant et saint évêque de Genève^ qui n'y ait puisé conime tous les autres, Mais la belle âme de François de Ss^les a fait comme l'abeille qui extrait des fleurs âmères un doux miel ; elle a exprimé des fables de Pline ces admirfibles comparaisons pleines de vérité et d'une douce onction ^ qui remplissent ses livres, et en particulier soii introduction à la vie dévote.
Nous ne devrons donc pas nous étonner de voir, jusque dans ses dernières ramifications, la science près-
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qiiè étouffée sous le {)esâDt fardeau de reyérieB dent Pliue l'avait affublée.
VII. Résumé et résultats fai^oroMès ou défa\wrabhs ûêS owrages de Pline sur les progrès ultérieurs db là science.
D'après le&i éléments positifs de $a biographie et de ses ouvrages, nous avons vu que Plitie l'Ancien , né de parents riches, se livra à l'étude dès son adolescenc^ ; (|ue dès sa jeunesse il fut absorbé par les emploiâ milit^res, et, pendant toute sa vie, par les affaires administratives, ce qui, en lui enlevant le temps néceissaire à la culture sérieuse de la science, n'empêcha paa son firr dente activité de se livrer à la lecture d'Uq graqd nombre d'ouvrages. Ses richesses personneUes et sep emplpis }ui permirent de se former une bibliothèque très-nombreuse, et de s'entourer de lecteurs e\ de copistes toujours à sa disposition. Bien qu'il ait vôy4gé dans tout l'empire , qu'il soit venu à l'époque Iq plus favorable pour l'observation, puisque les conq^êtes des Romains, les triomphes, les jeux du cirque, Ij^ poni'merce , le luxe et les mœurs des étrangers introduites à Rome, y faisaient affluer, de toutes les parties du monde alors connu , les productions naturelles ^ un nombre immense d'animaux de toute espèce, rares et curieui^, ^e végétaux et de produits artificiels, il n'a pourtant poinf observé î si ce n'est quelques faits rares et eiï très-pet}t nombre. Il avait le goût de la lecture, mais il n'éf^i^ pas observateur. Il dit lui-même que ses livres. son| le résultat de ses lectures, et, à la fin de chacun d'eux, il cite le nombre de faits, d'histoires et d'observations qu'il a tirés des auteurs nationaux ou étrangers.
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Ce travail lui était rendu facile par le grand nombre d'ouvrages sur l'histoire naturelle, la géographie, l'agriculture et la médecine , publiés par les Grecs et les Romains. Aussi , malgré la brièveté de sa vie , son ardeur infatigable pour le travail, et surtout pour le genre de travail exigé pour la compilation , qui peut mettre à profit tous les moments, quelque courts qu'ils soient, la force de sa volonté , l'impétueux besoin de savoir, dont il était possédé, aidés sans doute par une saDté robuste, lui ont permis de composer un assez grand nombre d'ouvrages de nature très-diverse, et surtout de poursuivre, partout où il se trouvait et à toute heure, le recueil immense de notes, d'extraits, qu'il avait nécessairement conrunencé jeune, par ordre alphabétique, et dont il a fait ensuite son grand ouvrage, le seul qui nous soit parvenu.
Malgré le nombre immense de manuscrits et d'éditions de cet ouvrage, ce n'est que dans l'édition terminée en i836, par M. Jules Silîg , d'après un manuscrit découvert à Bamberg par M. Louis Jan, que se trouve la fin du trente-septième livre, qui était, jusquelà, resté tronqué dans toutes les éditions.
En analysant cet ouvrage en général, et successivement dans chacune de ses parties qui ont trait à l'homme et aux animaux, il nous a été facile de montrer que, entrepris sans aucun plan , sans autre but que d'enregistrer des dates, des faits numériques et des assertions, il n'avait été exécuté, sous sa forme actuelle, que fort tard dans la vie de Pline.
On peut, suivant nous^ le définir un recueil d'assertions , de faits , d'anecdotes prises de toutes mains, sans choix, sans critique, souvent cependant très-curieux, très-intéressants sous beaucoup de rapports entre eux,
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intercalés dans un extrait des principaux ouvrages d'Aristote et de Théophraste, défigurés par suite d'un but et d'un plan tout différent de celui de ces véritables philosophes, historiens de la nature.
I.e but de Pline, dans son ouvrage, n'est, effectivement, en aucune manière, ni scientifique, ni intellectuel, ni philosophique ; il voulait faire un simple recueil de tout ce qu'il savait avoir été dit de matériel , d'affirmatif, vrai ou faux, sur l'homme et sur tout ce qui peut l'intéresser immédiatement dans la nature. C'est, pour ainsi dire, le bilan, l'inventaire, le catalogue historique de ce que l'homme avait fait alors des corps naturels. Il en a abrégé l'énoncé le plus qu'il lui a été possible, par la nécessité d'être court dans l'analyse de tant de faits, et il y a intercalé, d'une manière plus ou moins forcée , des déclamations souvent fort éloquentes , mais malheureusement fort peu philosophiques, quoiqu'elles aient été longtemps, on ne sait trop pourquoi, considérées comme telles.
C'est ainsi qu'il a été conduit à parler d'abord du monde et des éléments, puis des astres, du ciel et des phénomènes qu'ils présentent , ou de la météorologie; enfin de la terre et de ses particularités, soit en ellemême, soit dans les animaux, les végétaux et les minéraux qui sont à sa surface, en tant que tous ces corps naturels pourraient fournir à l'homme l'occasion de s'élever à sentir, non pas la contemplation de ces harmonies divines de Platon, non pas ces considérations véritablement philosophiques d'Aristote, mais des applications plus ou moins immédiates à l'homme corporel, à l'homme individuel, isolé, personnel, en santé et surtout en maladie.
Mais cette prétendue histoire naturelle , cette préten- T. I. aa
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due histoire du monde, ne renferme aucune considéra^ tion morale, aucune considération politique ou économique, aucun principe scientifique de quelque nature que ce soit, et par conséquent, aucun indice de prévision, mais bien le panthéisme le plus évident, et le matérialisme le plus grossier. Dès lors, pour rentrer dans la vérité des choses et des expressions, l'absence la plus complète de toute véritable philosophie est remplacée par une verve d'acrimonie, bien naturelle, sans doute, à l'époque où il a vécu, au cœur d'un homme individuellement, sinon socialement, vertueux, s'il est permis, faute d'autre expression, d'employer celle-ci pour un athée.
Comment donc Buffon a-t-il pu consacrer au jugement de Pline une de ces pages éloquentes et plus immortalisantes cent fois que toutes ces médailles, tous ces bustes, toutes ces statues, tous ces monuments, que, par une indifférence coupable, nous laissons l'adulation ignorante prodiguer avec tant d'effronterie à tant de médiocrités? C'est que Buffon lui-même, à l'époque où il écrivait le premier volume de son célèbre ouvrage, entrait dans une atmosphère philosophique analogue à celle de Pline , et dont, plus tard, il eut tant de peine à se défendre d'être le complice. Aussi, en a-t-il été bien cruellement puni , et avec ses propres armes , quand je De sais quel écrivain ignorant Ta descendu ^u rang de l'éloquent compilateur latin , en le proclamant le Pline français ; et chaque jour nous entendons répéter encore cette humiliation , en signe d'expiation, sans doute, deç contre-vérités renferniées dans ce beau paragraphe^ que nous avons besoin de citer textuellement , avant d'oser le t'éfuter.
« Pline , dît Buffon , a travaillé sur un plan bien plus «grand qu'Aristote, et peut-être trop vaste} U a voulu
a tout embrasser 9 et il semble avoir mesuré la nature et « ta^foir twui^ée tfvp petite encore pour l'étendue de son « esprit. Son Histoire naturelle comprend, indëpendam- « ment de l'histoire des animaux , des plantes et des « minéraux, l'bistoire du ciel et de la terre, la médecine, «le commerce, la navigation, l'histoire des arts libéraux «et mécaniques, lorigine des usages, enfin, toutes les «sciences naturelles et tous les arts humains; et ce «qu'il y a d'étonnant, c'est que dans chaque partie, «Pline est également grand. L'élévation des idées, la «noblesse du style, relèvent encore sa profonde érudi*- « tion. Non-seulement il savait tout ce qu'on pouvait «savoir de son temps, mais il avait cette facilité de « penser en grand qui multiplie la science; il avait cette « finesse de réflexion de laquelle dépendent l'élégance «et le goût, et il communique à ses lecteurs une cer- « taine liberté et esprit ^ une hardiesse dépenser qui est le n germe de la philosophie. Son ouvrage, tout aussi varié «que la nature, l'a peinte toujours en beau : c'est, si Ton «veut, une compilation de tout ce qui avait été écrit «avant lui , une copie de tout ce qui avait été fait d'ex- «cellent et d'utile à savoir; mais cette copie a de si «grands traits, celte compilation contient des choses « rassemblées d'une manière si neuve , qu'elle est pré- « férabie à la plupart des ouvrages originaux qui traitent « des mêmes matières ' . »
Pline parait, en effet, avoir eu l'intention que lui prête si généreusement Buffon , puisque, dans les premières pages de son livre VIII, sur les animaux terrestres, il réclame l'indulgence du lecteur pour un travail
' Buffon, Hist. naUy 1. 1, premier dise, de la manière d'étudier et de traiter rhist. naturelle. "-
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qui 9 dit-il, l'a mis à portée d'embrasser d'un coup d'œil l'ensemble des œuvres de la nature; et qu'il se vante, dans la préface du même livre, d'avoir moins pensé au nombre des faits qu'à leur choix. Combien il a été loin de remplir son intention, si c'était là réellement son plan, ce qui parait fort difficile à admettre. Suivant nous, en effet, jamais il n'a eu la force de mesurer la nature, et encore moins d'en sentir l'harmonie, celui qui ne croyait pas à une intelligence créatrice. Aussi Pline dit-il quelque part que la nature semble s'être jouée d'elle-même en créant certains animaux ; qu'elle se donne en spectacle à elle-même en mettant aux prises des forces égales'.
Buffbn, en écrivant cette phrase éloquente, jugeait, appréciait ce que lui semblait avoir été Pline, par ce qu'il était lui-même majestati naturœ par ingenium^ comme le porte le piédestal de sa statue.
Non, des dates, des nombres, des noms, des anecdotes, fussent-elles toutes hors de doute, ce qui est loin d'être vrai, ne sont pas l'histoire des sciences naturelles, et enfin, non, cette liberté de penser, cette hardiesse à proclamer hautement des opinions qui sapent par la base toute idée sociale, en niant l'immortalité de l'âme et la divinité, ne sont pas le germe de la philosophie ; elles sont au contraire son poison le plus délétèreet son tombeau. Tout ce que l'on peut accorder à Pline, outre ce qui tient à la force, à l'énergie du style et même de la pensée, dans certains passages, au grand nombre de faits historiques, curieux et même utiles, qu'il a recueillis et qu'il nous a transmis; outre plusieurs faits d'histoire naturelle même que nous lui devons; tout ce qu'on peut lui
accorder, c'est de reconnaître qu'il a, le premier, donné aux sciences naturelles la direction d'utilité, d'application immédiate, direction qui devait conduire à leur encouragement, et, par conséquent, à leui* progrès dans un autre sens que le sens philosophique et religieux. Cette direction pratique et expérimentale, touchant' le plus grand nombre des esprits, a souvent, en eflfet, plus d'in^ fluence déterminante que des raisons moins matérielles et plus dignes de la haute destinée de l'homme. Nous verrions bientôt ces doctrines amener aujourd'hui parmi nous les mêmes résultats qui ont tué jadis la science et la société chez les Romains, si notre religion njétaitlà, encore plus que la publicité typographique, pour en prévenir les conséquences extrêmes.
Ainsi, pour terminer, nous dirons qu'entre les mains de Pline, si l'on veut continuera le considérer comme un historien de la nature, quoiqu'il ne l'ait jamais observée , et qu'il l'ait fort mal comprise , la zoologie ou la science des animaux, conçue dans son ensemble, a perdu son caractère scientifique, pour prendre essentiellement la direction matérielle d'utilité immédiate et d'empirisme, qui devra cependant contribuer, en un certain sens, à ses progrès ultérieurs.
La zooclassie n'a pas même été sentie, quoique le nombre des espèces ait été un peu augmenté, surtout dans la classe des mammifères.
La zootomie a été défigurée et gâtée en comparaison de ce qu'elle était dans Aristote.
La zoobie, quoique, en général, presque complètement négligée, a été rectifiée convenablement dans un fort petit nombre de points.
La zooéthique s'est nécessairement enrichie d'un certain nombre de faits, aussi bien pour les espèces ancien*
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nement connues que pour les nouvelles, en fifiéoie temps que quelques autres faits ont été rectifiés.
. La zoonomie a profité des observations einpiriqued des agriculteurs pour le gouvernement des animaux do* mestiques, mais sans principes à Fappui, et, par cons^ quent^ sans résultats scientifiques.
. Ija zooiatrie, enfin, de l'état d'observation où nous l'avions laissée sous Hippocrate, et que Pline a cepenr dant si bien formulée, en disant : Morbis quoque qiuis^ dam leges natura posait ^ a passé à l'état de l'empirisoie le plus grossier; empirisme qui s'est étendu d'une aia^ nière aussi absurde que dégoûtante, au point d'employer comme remèdes tous les corps de la nature et leurs produits.
Quant à l'homme, il a encore été moins compris, plus dégradé par Pline que les animaux, quoiqu'il ait com«mencé par admettre, avec Aristote, que ceux-ci ont été formés pour lui par la nature, ainsi que tout ce qui existe^ L'homme n'est plus, en effet, comme pour Platon et Aristote, cet être divin, susceptible de remonter à sa source par ses vertus et son dévouement pour ses semblables, mais un être malheureux, si maltraité par la nature, qu'on douterait si elle ne l'a pas traité plutôt en cruelle marâtre qu'en mère; elle a répandu des poisons dans tous ses organes, et à lui seul elle n'a pas voulu in*culquer, comme à tous les animaux, la connaissance des choses quilui sont nécessaires. Aussi Pline, en consacrant, comme nous l'avons vu, tout un livre de son ouvrage à l'histoire de l'homme, ne l'a presque envisagé que matériellement ou qu'historiquement, sans jamais s'élever à aucune considération politique, morale ou religieuse.
£n somme, compensant et balançant le bien et le mal de l'ouvrage de Pline, de la direction et du plan sous
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lequel il a été conçu , aussi bien que du niôd^ dWëeu* tion, qui se réduit à une compilation sans principes^ on ne peut nier que son influence n'ait été plutôt fâcheuse qu'avantageuse y quoique sans lui, un grand nombre de faits historiques plus encore que naturels , eussent été complètement perdus pour nous ou du moinspour notre curiosité^ car dansée qu'il rapporte même des produits des arts y il n'y en a jamais assez pour que l'homme ait pu s'en servir pour retrouver ces aris quand ils ont été perdus. Sans lui encore, la langue latine nous serait in^» complètement connue; une foule de choses en effet ne sont nommées en latin que dans son ouvrage*
Mais l'exagération de l'empirisme, Tabus de la compilation, le but matériel mis au-dessus de l'intellectuel, au* raient eu un effet très-désastreux sur les progrès ultérieurs de la science, si Fimpulsion donnée par Aristote ne s'était pas continuée et même accrue dans la direction grecque de l'école d'Alexandrie, dont nous allons maim tenant nous occuper.