INTRODUCTION. IX
propres travaux et de ceux de leurs prédécesseurs légitimes, ont successivement imprimé à la science une impulsion dans la direction convenable, et d'une intensité voulue par Tnge auquel elle était parvenue; impulsion personnelle qui, ajoutée à celle donnée par leurs devanciers, a porté la science à des degrés de plus en plus élevés au-dessus du point auquel chacun l'avait reçue.
Dans cette manière de voir, un assez petit nombre de biographies particulières m'a suffi pour atteindre mon but, mais en leur donnant un tout autre tour que celui qu'ont dû prendre les biographes proprement dits; ils n'avaient en effet qu'à examiner des individus, tandis que, pour moi , c'est la personnification d'une époque, d'un degré de développement de la science, sa formule particulière liumaine, c'est*à-dire les parties plus ou moins nécessaires d'un tout; ce que l'on peut assez bien comparer aux bourgeons d'un arbre, surtout dans la théorie de Labire; puisque, avec une certaine indépendance, ils font partie d'un tout qu'ils produisent et augmentent proportionnellement à leur nombre et à leur vigueur.
Mais pour donner à chacune de ces biographies le caractère que demandaient la conception , le plan et le but de mon liistoire, il a fallu recourir à un mode particulier d'exécution, dont je dois donner l'explication.
J'ai renfermé la biographie de chacun des hommes qui constituent mes points ou nœuds scientifiques, sous sept titres différents.
Dans le premier, j'ai exposé, et quelquefois scruté, apprécié, les éléments que je devais employer, les sources où j'ai dû les puiser; ce qui est plus important qu'on ne le pense, surtout pour les auteurs anciens, dont l'histoire est bien véritablement une fable convenue, et même pour les modernes, où souvent l'intérêt ou l'ignorance ont fait des
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panégyriques ou des éloges, plutôt que cle sincèrfes biographies.
Dans le second , j'ai résumé de la manière Id plus simple et la plus brève possible, les différentes circonstances dé la vie de chaque savant, choisi d'après des principes déterminés, en rapportant les dates les plus rigoureuses que j'ai pu connaître, en insistant sur la situation de sa famille, aussi bien en fortune qu'en position sociale; sur les secoiirs d'éducation et d'instruction qu'il a pu recevoir dans son jeune âge; sur les places quM a occupées, les circonstances sociales et particulières oîi il s'est trouvé; sur ses rapports de famille et de société, autant du moins qu'il était nécessaire pour nous mettre à même de juger son degré de moralité, la première chose pour un homme public; sur la raison des débats auxquels il a pris part , sans négliger même dé noter la nature de son tempérament physique et moral, des maladies qu'il a pu éprouver, et le genre de mort auquel il a succombé; parce qu'il est également possible d'en tirer quelques présomptions sur la direction naturelle ou forcée de ses travaux, et, par suite, sur la confiance que méritent ses observations.
Sous le troisième titre sont exposés Ifes éléments qu'il a pu employer pour la confection de ses ouvrages, en notant soigneusenient ce qu'il a reçu de ses prédécesseurs, et tnêmede ses contemporains nationaux ou étrangers; ce qui constitue l'appréciation des circonstances scientifiques au milieu desquelles il a vécu. C'est alors, en effet, que doit se trouver remplie la lacune comprise entre le précédent et lui, par une analyse rapide, ou même par une simple mention des travaux faits par les auteurs intercalaires, dont les dates biographiques pourront être rapportées au bas des pages.
Lfe qusitHème titre renferme l'exposition complète et
INTAODUfctlbK. lï
méthodique des travaux laissés par le biographie ii la postérité, avec la date soigneusement établie des époques auxquelles ils ont été publiés y quelquefois même avec les partibularités de leur publication.
Le cinquiètne expose cbmtiient ces ouvrages nous sont parvenus, et se sont répandus dans le monde scientifique; chose qui, très-facile à obtenir pour les modernes, est au contraire souvent fort difficile pour les anciens, et dont l'importance est iccpendàHl propttrtidhhelle à la difficulté. En effo^t, Thistoire de la manière dont ces ouvrages sont venus jusqu'à nous, des phases qu'ils ont éprouvées avant qu'ils aient été imprimés, des commentaires de toute nature qu'ils ont subis dans toutes les langues, sont absolument nécessaires à connaître pour déterminer le degré de confiance qu'ils méritent, et celui de leur influence ultérieure sur les progrès de la science.
Le sixième est employé à donner une analyse raisonnée et substantielle des prihdpaux de ces ouvrages, et surtout de ceux qui appartiennent évidemment à la science de l'organisation, la seule dont les détails doivent entrer dans notre plan.
Le septième, le plus important sans doute, repose sur ce que la ()ersonne dont il est question a introduit de principes, et même de faits importants et nouveaux dans la science, et a laissé véritablement d'acquis à ses successeurs, ou mieUx à la science, par suiti? de l'effort qu'elle a produit.
Chaque biographie ^st enfin terminée par un résumé sur l'ensemble des chapitres dont se compose l'histoire de chaque sujet, ce qui donne le résultat définitif de son action, de son itiflùence sur la partie du cercle des connaissances humaineâ que nous envisageons d'une manière spéciale.
Mais ce n'était pas tout que d'avoir détertnidé quel était le meilleur procédé h suivre, pour présenter la biographie
XII IITTROBUCTION.
de chacun des hommes scientifiques qui auraient été choisis , de manière à montrer comment ils se sont, pour ainsi dire, donné la main en traçant la marche de la science à travers les siècles^ il s'agissait de les choisir, et de désigner nominativement ces personnifications, et de le faire d'après des principes incontestables^ et qui fissent eux-mêmes partie de la conception générale.
Or ces principes reposent sur les faits suivants : D'abord, que la connaissance humaine, en général , et la science de l'organisation, qui en fait une branche capitale, en particulier, suivent dans leurs accroissements, et dans la suite des temps, une marche naturelle, enchaînée, une marche, pour ainsi dire, forcée, involontaire de la part de l'homme, suivant laquelle, au miliei) de tâtonnements plus ou moins nombreux, d'oscillations , et même quelquefois de rétrogradations réelles ou apparentes, le point nécessaire dans la direction voulue est attaqué par l'homme dont la nature d'esprit se trouve le plus en rapport avec le besoin de la science à l'époque où il apparaît. Bien plus, c'est que si cet homme, dont le génie conviendrait à une certaine époque, vient à paraître trop tôt, avant terme, pour ainsi dire, d'abord son effort ne peut être complet en lui-même, et surtout il ne peut produire aucun effet; il ne peut être senti , et reste véritablement comme non avenu : la terre n'était pas encore convenablement préparée pour que la semence pût y germer, et encore moins y produire des fruits.
Un second fait, encore plus important et non moins indubitable, c'est que la science, conséquence du libre arbitre, caractère essentiel de l'homme, a un but pour lui, la sagesse, c'est-à-dire, en deux mots, la connaissance de ses devoirs, par celle de Dieu; et que, par suite, elle forme un tout, et que ce tout est nécessairement , ou peut du moins
HTTROBUCTION. XllI
être considéré comme un cercle, dont chaque science est un rayon, et que le cercle n*est clos, n'est terminé, que lorsque le but, le terme de la science est atteint, c'est-àdire, lorsqu'elle comprend la base unique de la société, la religion, comme l'indique si bien l'étymologie de ce mot.
Mais ce cercle, quoique complet à différentes époques de la vie ou des âges de la société humaine , peut offrir un développement , une étendue plus ou moins considérable, suivant que chaque science étant plus ou moins approfondie, le rayon quelle représente est lui-même plus ou moins étendu. Dès lors on conçoit que , dans la suite des temps, la science puisse être représentée- par plusieurs \le ces cercles inscrits, tous complets, lorsqu'ils ont compris toutes les sciences divines et humaines à un certain degré de développement, et s'étendant inégalement, il est vrai, à mesure que les rayons qui les constituent se sont eux-mêmes avancés; produisant un peu, sauf sous ce dernier rapport, ce que produit une pierre jetée dans une grande masse d'eau, c'est-à-dire, des cercles concentriques, tous déterminés ici par la même cause, là par le même but; avec la différence essentielle que, dans les cercles de la science, tous les rayons ne marchent pas rigoureusement avec la même vigueur, et que, dès lors, le cercle nouveau ne se régularise qu'avec le temps, et par une influence réciproque d'un de ses rayons ou d'une science siîr les autres.
C'est ainsi que, sans être en aucune manière influencé par le bruit que certains hommes ont fait pendant leur apparition dans ce monde, par suite de circonstances presque locales, et dès lors assez indifférentes, j'ai conçu et exécuté mon histoire des sdences de l'organisation, comme pouvant servir de base à la philosophie, en même temps qu'à démontrer que celle-ci ne fait qu'un avec la religion chré-
tienae^qui n'en est, po^^r fjinsi dire, qu'un à priQvif révélée ^ ri^ompie par Dieu luiri^êipe, lorsque Xéx^l 4^ la so-. ciétë 1'^ demandé.
C'est également dans cett^ idée que je désire qye l'on veuille bien lire cet Qi^vrage^ d^ns lequel j'espère qu'ei) même temps on pourra trouver suffisamment développés le^ principes de la science de l'organisatiQu, ceu^ qui doivent en aider les progrés d^^ns toutes 1^ parties qui en 3pi^t encore susceptibles.
Ce sujet, si je ne me trompe,est neuf; mais, il est peut-rêtre encore plus difficile. Aussi , suivant moi , il n'aurait prohflblement pu être traité,^ ou l'aurait été sans succès^ av^^nt le point auquel la science en général, et celle de l'organisation en particulier, sont parvenues aujourd'hui. Sans doute elles sout encore assez loin du degré de perfection qu'elles sont susceptibles d'atteindre, même ^dins les parties les plus avancées; mais, certainement, elles le sont assez pour qu'oiT puisse en tirer ce qui est nécessaire à l'établissement des principes^ et pour démontrer qvi'çlles sont d'une assez grande valeur pour atteindre le but que toute science doit avoir ^t doit avouer. En effet, grâce à cette conception, < le philosophe n'est plus obligé de distinguer sa doctrine en ésotérique et en exotérique , puisqu'elle n'est autre chose que la religion démontrée dans ce qui en est susceptible; elle n'est plus exposée à supporter des luttes ausçi fâcheuses pour la société, que celle dans laquelle on la voit engagée de nos jours, dans la grande et importante qiiestion de la liberté de l'enseignement, dont le génie révQlutionn^re s'est emparé d'une manière si passionnée,
Aussi devons-nous répéter que ce^te histoire ne sera pas une énumération çhror\olo^ique et minutieuse des auteurs qui, dans leurs ouvrages, se sont occupés d'un ou plusieurs des points de la science ^ telle que nous l'avons conçue.
INTRODUCTIOir. X\
No^s passçroqs presque sous silence les coUeçteurs dç fsiiu p}HS pa ipojas aombreuK, saqa conceptiqn scientifique, ou bi^B nous les rattacherons comme éléments y comme matériaux de l'un de nos nœuds scientifiques.
Nous ^roqs cfu:ts^inement. çnçofe moins mention de ceux qui n'ont fait que prolonger (el ou tel système, sans critique ni jugeaient) et le pli|;i pr^ipairement sans conviction ^ et plutqt k cause d^ la personne qui l'avait établi » que pour le système lui-même, et qui se sont, pour aiosi dire, faits qu^u^,
Ifous agirons de même à l'égard des auteurs qui se sont exercés à abréger, retourner, transformer ou traduire les ceuvres originales , et surtout à l'égard de ceux qui s'en sont fait une véritable industrie, un mpyen de fortune; chose malheureusement trop fréquente de nos jours, mais ai|ssi biça inévitable au ppint d^ civilisation auquel la société ^t arrivée,
^ilaintenant que j'ai exposé le plan et le but de mop çaurS| j'entre en matière eq traitant un certain nombre ^e points de la plus grande importance, pour en donner la raison.
J'ai dit plu^ haut que la science de l'organis^tiop constitue une partie essentielle de la science ^n général j que ki science en général est la philosophie, et que la philosophie çtla religiop chrétienne sont une. et même chose, quand l'uqe et l'autre sont considérées dans leur but, qui est le , même, l'ét^blissem^xit des principfs qui doivent diriger r^ot^giesoçi^^ ^ quelque degré de société qu'il soit appelé; l'une par le moyen de la démonstration, l'autre par la foi. Cest ce qu'il est à présent important de développer, afin de mieu^ faire comprendre notre manière d'apprécier les