‹ Histoire des sciences de l'organisation et de leurs progrès, comme base de la philosphie;Chapitre 7 sur 45 · XVI INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XVI INTRODUCTION

progrès naturels de la science de Torganisation, te choix du représentant de chacun d'eux, «tel que nous Tavons fait, ainsi que Testiination de la valeur ou de l'intensité de Tefifort que chacun a produit.

Et d'abord , qu'est-ce qu'une science en particulier, et qu'est-ce que la science en général ?

Une science peut être définie par l'art de l'enseigner, par son but et d'après sa propre nature, ou en elle-même.

L'ancienne scolastique définissait une science : Disci" plina quœ certis démons trat argumeniis^ quas tradit régulas; définition fort juste au fond, mais qui semble ne voir dans une science que l'art de l'enseigner, de l'exposer.

Dans ces derniers temps, où l'on n'envisage que l'usage, pour passer d'un extrême à l'autre, M. JBuchez a cru la définir, en disant :

<c La science a pour but de prévoir, c'est-à-dire, de coor- « donner les phénomènes, de manière à en démontrer l'ordre « de succession et la loi de génération. »

Définition qui, limitée à une science de phénomènes, comme l'astronomie, d'où elle a été tirée, se rapproche davantage d'une véritable définition, parce qu'elle comprend le but et la prévision , qui sont choses essentielles, sans doute, mais qui ne la constituent pas.

Nous proposons donc de l'étendre, de la compléter de la manière suivante :

La science en général est la connaissance à posteriori de l'existence de Dieu par ses œuvres, dans le but d'établir les principes, les règles de la société humaine, basée sur la nature de l'homme, ce qui constitue ses devoirs*.

Une science en particulier est la connaissance de l'ea-

' Qui connaît Dieu, est évidemment sage et vertoeux ; qui ne le connaît pas, est évidemment ignorant. (Platon, Théétète.)

JNTKODL'CTIOir, XVIÏ

semble des lois' qui régissent les faits qui la concernent, dans leur succession, comme dans leur génération ou étiologie, de manière à en déduire, par principes, la vérité de ceux qui sont passés ou connus, et la prévision plus ou moins immédiate de ceux qui ne le sont pas encore.

Et ^T principes j dans une science bien constituée, il faut entendre avec Nevirton, dans son célèbre ouvrage, 1 expression logique ou mathématique des lois qui régissent la partie des êtres matériels ou phénoménaux qu'elle comprend.

La science de l'organisation , prise d'une manière générale, et embrassant par conséquent l'homme, les animaux et les végétaux, ce qui constitue l'anthropologie, la zoologie et la phytologie, est celle qui enseigne par principes les lois qui régissent ces trois grandes classes de corps naturels , envisagés à l'état normal et anormal, aussi bien dans leur forme et dans leur structure, que dans les phénomènes qui se produisent en eux-mêmes, et dans les actes qu'ils exercent sur le reste des êtres coexistants, de leur espèce ou autres, sans négliger l'étude du rang qu'ils occupent dans l'harmonie générale des choses.

Ce sont ces différents points de vue qui ont donné lieu à autant de sciences presque distinctes, en apparence du moins, soàs les noms Sanatomie^ àe physiologie , dikis'^ foire naturelle, dans les végétaux, dans les animaux, même dans l'espèce humaine, et qui ont été désignés par des dénominations particulières.

La nature de notre chaire , exclusivement consacrée à la science de l'homme et des animaux ; le peu de temps qui nous était réservé pour notre cours, ne nous ont permis ,

' La science est ropinioD vraie, accompagnée de raison (logos) ; -r la raison d'une chose, c'est ce qui la différencie d'une autre ;^ les objets qui ne sont pas susceptibles de raison ne peuvent se savoir. (Platon , Théélète.)

XVUI INTUODUCTJON.

dans notre galerie biographique , de parler que d'un seul homme exclusivement botaniste; cependant cette partie de l^ science de l'organisation ^ comprise dans notre pensée^ l'fi également étp dans Pe^^cutjon d^ notre plaq, commf9 on le verra a^3^ articles concernaiit Linné ^tlus^j^if,

]V(afs, pour rattacher cpnvenablemeqt çep ^ci^^qe^ de l'organisation sju cercle (|e^ connaissanpçs^ Ai^m^in^s , {}pnt qjle^ fqnt partie , il était néc^ssair^ de déterminer cq^fnent Iq perçle entier doit êtfp constitué, p'est-à-dire, d^ijs mel ordre celles-1^ doivept être disposées pour çel^, fit p§r çenséqqpnj: le poiqt par j^quçl i} doit comn^encer ^ et le pqijit par lequel il dpj!; (}pir. Car i} n'est pa^ besoiji de (jire ijup ce cerc}e, syn^bqle ^ei$ coppaisç^ppes l^um^ipes, ne possède p^s toutes le^ propriétéi| dw cercle des géomètres^ parce que tous jes point3 qui le çonsti|:|Lienty c'est-^-dir^^ les sciences, pe ?oijt pas à égale disfgnce dii centre, pt qjje chacun d'eux ne peut pas être considéré indiffëreniment cppi^pe commencement ou comipe fin.

jpour parvenir à déterminer ces deux ppipts , pt p^r conséquent tout le reste , il fallait donc cuivre ou mi^ux établir Iç but de la science, connaître l'instruii^ent à l'aide duquel l'tiomme peut l'acquériPj, et le sujet sur lequel elle doit s'appliquer.

J^Çais, qu'est-c^ qye la science pn général, privilège ^y^^ çlHsif de l'espèce humaine, conséqueîipe, de^q^i jiljpe ^ bitre , et qui s'accroît avec les bespip§ ^^ \^ spçiété ?

Pour répondfç ^ c^t^fj question ^ il fp|; pépç^s^irement jie r§ppekr nufi |a iiat^fe |]winaine^ e^t |Ij| fpi^ physique, intellectuelle, morale et ^eligiçuse, f t qu'pjl^ ^ be^pip^ poijjc son complément , de se connaître dans ses rapports avec le monde et avee Dieti.

Par la partie :

a. Physique, elle se t'approche de ceflë dû plus étevédes animaux.

INTROPUCTIOir. XIX

b Intelfectuelle^ elles'enrapprooheencore^quellcqiiesoit son énorme supériorité sur le plus intelligent d'entre eux.

§ Mî)i!aU^ eltâ n'a plus aucuB poiot de coatact , ou du mûxm que de £[irt #loigQtts^ et dans une espèce seulement, le jQhieft i i^tcument de rhomme j avec oe qui existe ehez auouQ d'eui.

d Religieuse^ enfin ^ elle s'é|ève jusqu'à la Divinité par la peofé^ de l'airenir et dô l'immortiBililé; ce qi|îlui &it prévoir la mbrli et^ par suite, recdnnaiteé Dieu et la rdigion^ qui en est la soûmee.

lia sciei^'d n'est d^no ^énariilè oA complète qiie }orft*> qu eU0 comprend les aeienoes partimdicpes qui ont trait au monde ^ et celles qui ont trait à l'homme, envisagé |)hy9ij9 queœeat^ tuteUeetuallement , mocalement et religieusaniiàit.

Et cûmmç la science et la |)hiIosophtQ sodt «lae mâtno chose, bon^meTa dit Platon, et comme l'indique i'étymo{* logîe de$ nQm% scieniia et sapientia tirés des mots scùr0 et saperej on voit que lajsagesse n'est vétîtablement que la science poussée jusqu'au principe du devoir et de la vertu*

D'où la définition de la philosophie donnée par BlatDn, la connaissance des choses divines et humaines, est la seule vraie, puisqu'elle comprend l'homme dans ses rapports avec le monde, avec liii-méme, c'est^à-dire> avec La société et aveô îHeu.

Mais alors qui ne voit que ta soience dé la «agnsae, ou la philosophie^ cft la religion, quand la {^reini^re e^t estinxée et envisagé^ ce qu'elle est réellement'} et qûa l'autre est la iH^ligimi !chrétÎTO«ief Ae font yéritablemç«t qU'uqei fieuk ejt même chose, la science, comprenant le monde ^ l'hi^ttui}^ et Dieu en e}|*x-méitf€« et d4ns leurs rapports ; .

Ayant le même but, l'établissement des principes de la société ;

L'une obtenue par la raison , c'est-à-dire, par la démonstration a posteriori; b.

XX INTRODUCTIOÎT.

L'autre par le sentiment ou la foi à la révélation divine à priori.

En sorte que Thomme qui a le bonheur d'avoir la foi dans la religion chrétienne , envisagée comme base de la société humaine, est absolument au même point, en philosophie, que . celui qui a parcouru péniblement toutes les longues routes de la démonstration pour y arriver.

D'après cela, on doit aisément reconnaître que ce que nous avons nommé le cercle des connaissances humaines ne peut être considéré comme clos, comme fermé, que lorsque la science ou la philosophie comprend l'homme tout entier, dans ses rapports avec le monde^ avec lui-même et avec Dieu.

MainteniUit, pour parvenir à déterminer comment ce cercle, dont le terme ou la fin ne peut être douteux, puisque c'est Dieu , doit commencer et se continuer, il faut observer que, puisque c'est une démonstration qu'il doit produire, c'est l'ordre intellectuel de démonstration qu'il doit suivre, ce qui est en effet le procédé de la philosophie.

Dès lors, on voit comment il en est résulté la division des sciences qui constituent la connaissance, en trois grandes classes nécessairement successives et subordonnées.

1** Celle des sciences instrumentales préliminaires^ par lesquelles l'intelligence de l'homme est exercée, aiguisée, préalablement à toute application , à tout emploi ; c'est elle évidemment qui indique le procédé, la méthode à l'aide des* quels un problème quelconque, petit ou grand, est mis en équation et résolu; en un mot, c'est t instrument de la con*naissance,

t!^ Celle qui, comprenant le monde en masse, et dans toutes ses parties, c'est-à-dire, les sciences macrocosmiques, fournit un des membres de l'équation ou de la comparaison. C'est robjet de la connaissance.

INTRODUGTIOir. XXI

3*" Celles bien autrement importantes, quoique bien plus limitées, puisqu'elles ont trait au microcosme, qui comprend l'autre membre 9 celui dont on cherche la nature par cette comparaison y c'est-à-dire, l'homme sous ses différents rapports, physique, intellectuel, moral et religieux, à Tétat normal comme à Tëtat anormal, Tun éclairant l'autre; et qui sont^ pour ainsi dire, les sciences d'application à la société, les plus élevées^ les plus importantes, celles qui touchent au but, la société humaine.

C'est en ^fet là le sujet j le but de la connaissance.

La science de l'organisation dont nous devons dévelop* per les principes par son histoire dans ce cours, appartient à la seconde classe du cercle scientifique, dont elle constitue la partie la plus élevée, et ne touche à la troisième que sous les rapports physique et intellectuel, normal et anormah

Elle présuppose la connaissance des sciences préliminaires^ comme toute autre science, mais surtout dans l'art de la méthode, de la nomenclature et de l'expression*

Elle emploie avec le plus grand succès la théorie des causes finales, suite nécessaire de la connaissance de Dieu par ses œuvres. Comme toute autre science, elle suit dans ses progrès une direction déterminée par sa nature et par ceux dej( besoins de la société, malgré certaines erreurs presque nécessaires à la manifestation et à la démonstration de la vérité.

Ces progrès, appartenant à tous les tmips et à toutes les nations , à chacun pour leur part , fort inégale cependant , sont nécessairement oscillants, quand on se borne à lescon* sidérer d'une manière superficielle , mais certainement continus , quoique plus petits, bien plus difficiles^ et par conséquent bien plus méritoires dans les premiers temps que de nos jours; ou si les pas sont plus répétés et plus grands, iU

%XU INTROOIfCTION.

sont bien plus fiiciles, par suite des éléments plus nombreux et souvent même des ermirs de nos prédéec(sseurs, et sur- 4otit parpe que^ éprouvant de moins en ifaoiqs rialermittence à laquelle iùnte œuvre humaine est sujette ^ ils provient dODstammenI de l'impulsioit donnée.

ûomme il esé impossible de eonnattre vémtdilenlent Tof -rigine des sciéqees de rorganisàtion d'une manière directe «t un peu eer^aine ^ à c^éfaut de renseigna ment^ suffisants chez les nations les plus aneiennemeàfc civilisëes^ dous nous sommes vu fereé de coÉnmeneer notre histoire presque imqiédiatement à Aristote^ le philosophe le plus eeimplet de l'antiquité; après^ toutefois^ que nous aufionp jeté, dans un chapitre à part, un ctiup d'oeil rétrospectif sur l'état des scjenoes ou de la philosophie chez les Grecs , avant l'appa?i*ition du grand h^mme de Stagjré.

C'est à cela, en effet, que nous nous sommes borné dans notre cours ^ et mébie en donnant moins de développements que nous n'allops le faire dans notne chapitre de l'histoire des (iciën^es. avant Aristote^ maii Mi l'abbé Maupied a Bien v^ùlu remplir la lacuhf que j'avais laissée vo- Jontaif em^dt 4 en disant quelque ehose de l'état des $oiènoèB 4e l'organitetion chez les Juifs et chea les Égjrptiens^ avec. Jeihquels les Grées ont eu de non^reux rapports, et mén|f chi^a^ 1^ In^^Qua et les Chinois, quoiqu'il soit de plus en plu^ iéyideut que (E^bea bbu%4ci9 ce que nous tvouvoris dansMeurs écrits ne remonte guère au delà du moyen âge, ce qui forme M(i appendice mi^calé 9LWL biographie^ d'Al^rt h Grand et de Gesner. De plue, il a consacré un artible étendu à Va^alysé des Pères dé l'Église envisagés soiis le rapport des sciences naturelles , ce que j'avais entièrement passé sous silence.

M* l'abbé Maiipied a aussi en plusieurs endroits donijié plus de développements aux personnages et eirconstfmces

INTRODUCTION. XXUI

intercalaires, que je m'étais quelquefois borné à énumérer. Enfin, dans un dernier appendice placé à la fin du second volume, il a cru devoir montrer, contre l'opinion de l'auteur de V Histoire des sciences mathématiques en Italie, que la religion chrétienne, aussi bien que ses ministres, papes, cardinaux, congrégations religieuses, loin d'avoir étouffé le développement scientifique, l'avaient au contraire généralement et fort efficacement encouragé : thèse pleinement dans ma manière de voir, que j'ai toujours soutenue , mais dont je n'avais pas dû parler dans mon cours, et qu'il me semble avoir élevée à une démonstration. Je lui en fais mes sincères remercîments, comme, au reste, pour toute la peine qu'il a prise de donner à des leçons improvisées, quoique soigneusement préparées, la forme nécessaire pour être rendues publiques par l'impression. Plus je connais M. l'abbé Maupied, et plus je suis à la fois heureux et glorieux d'avoir pour disciple et pour ami un homme dont le cœur est aussi pur que l'esprit est distingué.

H. DK BLAINVILLE.

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