AVANT-PROPOS
Les sciences, surtout les sciences qui nous font con* naître plus spécialement la nature et ses admirables lois, loin de produire par elles-mêmes le pénible et affligeant effet qui se manifeste dans certains hommes qui les cultivent, sont propres, au contraire, par leur magnifique enchaînement et leur sublime harmonie, à élever Tâme jusqu'à la source de toute existence, en agrandissant la sphère de Tintelligence humaine, et l'initiant à une partie des profonds secrcits du Verbe créateur.
Ce que nous connaissons des lois de la nature et de ses hannoniies est bien peu de chose, sans doute, en comparaison de la science que Dieu en possède, et qu'il s'est réservée à lui seul; mais, quelqu'imparfaite qu'elle soit, la connaissance que nous pouvons en acquérir suffit bien pour nous montrer la puissance, la sagesse et les ressourcés infinies de la parole créatrice et conservatrice. L'univers créé de Dieu, est moulé sur l'archétype éternel de toute exis;tence; le Dieu, un en trois personnes, la puissance, l'intelligence et l'amour, a 'fait le monde triple et un : l'ange^ intelligence pure au-dessus de tout être matériel, forme le premier et le plus parfait des chaînons; l'intelligence s'unit à la matière dans l'homme, et, par là, tous les àniiéaùx'de la chaîne sont joints ; et chaque paVlie de ce grand univers n est à son tour qu'une image imparfaite de la perfection incréëe;
XXVÏ AVANT-PROPOS.
le monde visible n'est qu'une image du monde invisible, que nous voyons par ce miroir et en énigme '. Depuis l'homme considéré dans sa nature physique jusqu'au zoophyte %dont le nom comme la nature n'est que le passage, le lien du règne aiilm^l )uî règne vëgëtatl, et depuis ce dernier jusqu'à la fin du règne minéral , ou au monde élémentaire, qui forme le globe que nous habitons, les planètes, et probablement tous les astres, c'est une nouvelle triade qui complète la chaîne , et force le cœur qui sait admirer et sMtir, à à'ëer'lér : « Leâ cieux racontent k gloire de Dieu ^,. ^t lès Oeuvres de ses mains proclament sa puissance. » La création est une chaîne dont le premier anneau sort de la main de Dieu, et le dernier va se perdre dans Fimmehsité de l'espace, où Dieu seul peut en trouver la fin, comme seul il en connaît l'origine. Pour nous, il n'est permis à notre faiblesse que d en voir les chaînons intermédiaires. Dieu les a placés là comme pour nous donner une idée de la grandeur du reste, nous fkire concevoir la perfection de son ouvrage, et par là nous associer en quelque sorte à l'œuvre et à la science de son Yerbe, sans lequel « rieii de ce qui a été fait n'a été fait, qui est la vie et la lumière qui éfclaire tout homme venant en ce monde *. »
La nature est un grand livre où sont écrites les lois qtii là régissent^ et nous cherchons à les lire, suivant l'expression si juste de l'illustre professeur do*nt nous allons exposer une partie de 1» doctrine. Connaître la cause, lès effets et les lois qui les régissent, en fkire soi*tir la iiaturè morale, intellectuelle et même physique de l'homme, en le ramenant sans cesse à Dieu, sa source et son principe,
» I Cor.,c.Xin,v. la.
^ Zôdov, animal; our^v, plante.
• ts. xvm, v.i.
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tel édt donc l'objet de toute science, qui, dam ëa concept tion la plus philosophique, doit être Une; totliitne il nf a qu'une eause qui produit des effets Vftriéâ dans Tunitë» àott qu'ayec Platon on envisage l'Univers à priori, sbit qu'avec Âristdte on essaye d'embrasser l'ensëttible à posteriori; ednltBë il n'y a pour la raison que &es dèui moyëîiS de coai2evdir le^ choses^ oti arrivera toujours ttti théiiie résultat , la multiplicité dans l'unité. Mdus àvdtiS la scièricè d'une ehose, lorsque nous en connaissons le$ càtises> les principes^ les élémerits^ les propriétés et )a fin '; et nous avcins la science de Tensemble, lorsque nous en connaissons les partiea êl leurs rapports. L'eSprit humain, créé pdUr là science, à reçu deux puissances pour marcher à sà conquête, la raison et l'expérience. L'expérience perçoit et recueille les faits i là raison les coordonne et les juge, pour en déduire les lois, qui devront conduire à la prévision, dernier tertne de toute Science humaine, véritablement constituée. Mais, pour que la raison puisse opérer, elle 4 besoin d'être préparée et rendue capable. Alors seulement elle peut entreprendre de parcourir le cercle des eonnaissaac^s humaines et de travailler à la création de la science, grand travail, qui n'est et ne peut êtÉ>e le fait d'un seul homme, mais qui appartient tout entier à l'esprit humain , héritier actif et toujour^i vivant des traditions du |iaasé«
Pour l'esprit humain > eon^mè pour l'individu ( Pélabora* tioq préparatoire des instrummts est nécessaire} point de pensée manifeslable et sociale sans langage j la parole ti'est qae l'Idée rendue extérieure : c'est 1^ verbe dé l'homme re^ vêtu d!une forme seqsible ; Dieu a toilt fait par sa parol^^ par sdQ Verbe; il dit, et tout a été &it'', tl fit Thomine à
* Arist. , Proœmium^ libr. physico,
* Dixit etfacta sunt, ps. CXLVIU , v. 5.
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son image et à sa ressemblance ' ; et Thomme , semblable à Dieu, e\kt aussi un verbe; intérieur, c'est sa pensée inséparable de son être, comme le Verbe de Dieu est, dans le . Père^ inséparable de Dieu ; extérieur, c'est la parole qui n'est que la pensée, agissant dans le monde et sur le monde soumis à l'homme, qui, à l'image de Dieu, fait tout par son verbe. Toute science commence donc par le langage que nous recevons de la société, quielle^neme Ta reçu de Dieu. De là suit que la première élaboration de l'instrument est l'étude du langage^ de ses formes et de ses lois par la gram* maire, la logique et la dialectique; l'intelligence est ainsi disposée à recevoir par l'art de la rhétorique la communication de la science,^ qui s'étend alors et devient la propriété sociale.
Au secours de ces instruments essentiels, qui s'adressent au premier de tous les sens, vient s'adjoindre l'art graphie que, qui doit parler aux yeux et fortifier dans l'esprit l'impression de la parole.
Nous arrivons enfin à l'étude des êtres créés, objet de la science; knais, pour pénétrer dans les profondeurs de ce sanctuaire, il est nécessaire de compléter et d'étendre Tins* trument logique. C'est à l'étude des mathématiques que l'esfurit empruntera ce complément indispensable à la rai« son, pour embrasser l'univers. Cependant, il faut bien convenir que, malgré son importance, la méthode mathématique, enclavée dans la nécessité rigoureuse de ses pro^ cédés, ne manquerait pas de conduire à une solution complètement erronée , pour ne pas dire absurde , l'esprit qui aurait la prétention de résoudre par eMe seule les problèmes, du mionde, surtout organique et intellectuel; les lois de la nature sont stables; mais elles s'exécutent avec une
' Genèse^ ch. I, v. 17;