UURKE DE LA CIVILISATION
justifiés OU plus mal établis, mais le découragement qui résulte de ces charges est contraire au progrès. L'État s'empare d'une foule d'attributions, ce qui diminue encore l'activité et la responsabilité individuelles.
La liberté personnelle est atteinte fortement par l'obligation du service militaire, qui devient de plus en plus général sur le continent européen.
La spécialité des fonctions, en d'autres termes la division du travail, est aussi une des bases de toute civilisation, et elle est combattue par l'éducation uniforme des écoles publiques et par les institutions démocratiques dans lesquelles on suppose chaque homme aussi bon électeur, juré ou soldat qu'un autre. Les mœurs aidant, chez certaines populations très démocratiques, on voit le même individu changer de profession comme on change de vêtement. Tel était avocat qui devient général ou instituteur, tel bûcheron qui devient directeur de chemin de fer ou gouverneur d'un État. Les souverains de l'Orient nomment quelquefois ministre leur barbier ou leur cuisinier. Mais on n'a jamais pensé que ce fût un moyen de civiUsation.
La démocratie tend à l'égalité. Une fois bien établie, elle en est le triomphe. Or l'égalité, d'après l'observation des faits dans toutes les branches de l'histoire naturelle, est un signe d'infériorité. L'évolution ascendante va de l'égalité à l'inégalité et l'évolution descendante ou rétrograde est caractérisée par un retour à l'égalité *. La richesse morale et intellectuelle d'une nation, dit M. Galton consiste surtout dans la variété extrême des facultés de ceux qui la composent, et ce serait le contraire
* Voir les preuves détaillées dans le mémoire de M. Delaunay, Jlevue scientifique du 20 mai 1882.
' -Galton, Inquiries into human faculties, p. 3.
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d'une amélioration de rendre les individus semblables à un même type.
La force des choses, diront les optimistes, corrige ces défauts. Je ne vois pas cependant que les faits répondent à cet espoir. Les pays qui sont entrés dans le système de l'omnipotence de l'État, des impôts croissants, du service militaire obligatoire, de l'éducation uniforme, de l'aptitude supposée égale de tous pour tout ne reviennent pas en arrière. Ils s'enfoncent plutôt dans la même voie.
Ce qui peut rassurer, lorsqu'on s'élève à un point de de vue général, le voici : Les tendances regrettables dont nous venons de parler ne sont pas universelles. Il n'y a pas comme du temps de l'empire romain une civilisation, mais plusieurs, qui rivalisent entre elles et qui ont chacune des quaUtés ou des défauts différents. Si tel pays recule vers la barbarie, d'autres peuvent marcher en sens inverse. Aujourd'hui les peuples du continent européen souffrent des mauvaises tendances que j'ai signalées, mais l'Angleterre et les États-Unis ont une autre organisation €t d'autres mœurs. La liberté personnelle y est absolue pour les hommes de 20 à 40 ans. La spéciahté des fonctions et professions est très grande en Angleterre, et la tendance à absorber les propriétés individuelles est bien faible en Amérique, puisque l'État se hâte de rembourser ses emprunts et de diminuer les impôts toutes les fois que la paix succède à une guerre. L'Australie annonce déjà des dispositions particulières qui ne sont ni anglaises ni américaines.
C'est un beau spectacle et un spectacle rassurant, que celui de toutes ces civilisations, latine, germanique, slave anglaise, américaine, australienne, qui souffrent chacune de certams maux, et qui ont aussi chacune leurs qualités 11 eu résulte que si quelques-unes succombent, d'autres
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peuvent avoir un grand développement. Les Étals-Unis en sont déjà la preuve.