HOLLANDE
D'après les tableaux, p. 390 et 398, la Hollande a commencé par occuper la seconde place, quant à la valeur scientifique, mais dans le siècle actuel sa position est modeste, ou même assez effacée. Que les proportions numériques aient faibli, comme pour l'Italie, par exemple, cela se comprend si on fait attention à l'Allemagne et à l'Angleterre, qui marchaient humblement après plusieurs petits pays dans le XVIII™^ siècle, et se sont élevées très haut dans le XIX™^ absorbant ainsi une grande partie des nominations au détriment des autres Etats. Mais la Suisse a conservé toujours son rang, tandis que la Hollande a disparu pour ainsi dire du concours. Elle avait eu six Associés étrangers de l'Académie de Paris dans le XVIII™^ siècle (tableau p. 374) ; elle n'en a pas eu un seul dans le XIX""'. La diminution des correspondants est moins grave, mais cependant fort évidente (p. 387). Je voudrais
en chercher les causes. Malheureusement, une connaissance détaillée du pays me fait défaut, et c'est avec timidité que je hasarderai quelques réflexions.
En fait de causes favorables aux sciences qui ont toujours existé en Hollande, je citerai les n»" 1, 2, 3, 5, 6, 7, 8, 9, 10, M, 12, 13. 14, 16, 17, 18, 20..
Bien peu de circonstances ont été constamment défavorables. Une est évidente, — 15 (langue spéciale), et elle est devenue plus grave depuis l'abandon du latin dans la pratique des sciences.
Aux conditions favorables, on pouvait ajouter autrefois le n° 4, car la Hollande a largement profilé de l'émigration des réfugiés français protestants. Leurs descendants entrent pour une fraction dans la liste des titulaires hollandais de nos tableaux, il est vrai une fraction beaucoup moins importante qu'en Suisse. Dans le siècle actuel, la Hollande ne parait pas avoir attiré beaucoup d'étrangers. Elle s'est isolée, ou bien les étrangers qu'elle a reçus n'ont pas profité au développement scientifique comme les anciens réfugiés. Le pays aurait ainsi perdu une cause importante de mouvement dans les idées.
En définitive, les causes qui ont amené un affaiblissement de la Hollande dans le concours scientifique européen, seraient surtout l'inconvénient croissant de la langue et l'absence de l'impulsion que les réfugiés avaient donnée autrefois. Ces causes ne sont pas bien graves et, si mon analyse e^t vraie, la Hollande se relèvera. L'éclipsé actuelle serait momentanée, comme celle de l'Angleterre à la fin du XVIII™' siècle.
Il y a de singulières analogies entre Bàle et la Hollande. Dans les deux pays, on a vu d'abord de grandes illustrations scientifiques; ensuite une richesse croissante, accompagnée d'une diminution d'activité scientifique et
d'une instruction aussi sérieuse que généralement répandue. La richesse ôterait-elle une certaine hardiesse dans les idées, tout en laissant un honorable désir d'étudier? Ou faut-il croire, comme beaucoup d'exemples individuels le font penser, qu'une forte instruction empêche de poursuivre des idées nouvelles? Le temps qu'on met à apprendre plusieurs langues, à suivre une infinité de cours, à étudier toutes les sciences, k lire ce qui se publie, ne peut effectivement pas s'appliquer à autre chose. Apprendre n'est pas chercher. Savoir beaucoup est le contraire de s'absorber dans une spécialité. Je croirais cette cause plus vraisemblable que l'autre, car la richesse, à côté de quelques inconvénients, a l'avantage de faciliter les expériences, les voyages et les publications des hommes de science. L'exemple de l'Angleterre et de l'Amérique montre comment elle peut aider au développement des recherches scientifiques. Les Hollandais les pins célèbres, autrefois Associés de l'Académie des sciences de Paris, étaient presque tous de familles riches. C'est donc la direction des esprits qui a changé en Hollande, comme l'indique d'ailleurs le passage d'une république aristocratique à la monarchie relativement démocratique du siècle actuel.
L'avenir montrera si les causes dont j'ai parlé sont bien réelles et si elle sont profondes. Il existe encore tant d'excellentes influences en Hollande, qu'on peut espérer raisonnablement un retour de l'ancien éclat scientifique du pays.
SUÉDE, NORVÈGE, DANEMARK
La culture des sciences a commencé de bonne heure dans les pays Scandinaves. Tycho-Brahé, noble danois, était né en Scanie, en 154G.
Toutes les circonstances ont été favorables dans ces petits Etals, excepté le fait de parler des langues peu connues dans les autres pays et celui de recevoir un bien petit nombre d'étrangers de nature à augmenter le zèle scienlifique. La pauvreté des populations a été un obstacle, qu'on a cependant surmonté, grâce à des habitudes simples et laborieuses. Le clergé a contribué fortement à l'avancement des sciences, non seulement par lui-même, mais aussi en encourageant les hommes studieux. Sars, qui a fait de si belles découvertes sur les animaux à génération alternante, était pasteur dans un pauvre village norvégien. Rudbeck, Linné, Wargentin, Berzelius, étaient fils d'ecclésiastiques.
Les proportions de savants Scandinaves sur le tableau p. 385, 391, 398, 402 sont restées uniformément très élevées. Elles ont moins varié que celles des Hollandais et des Suisses. Il est vrai qu'elles reposent sur un chiffre de population plus considérable.