RP NON TENUE UT
(1) Cypriani vita et philosophia Th. Campancllæ. Ams& telod. , 1705 ,in-89, p. 2.
(2) Cbriané vila Th. Campanellæ , p. 2 et. &
(3) Campanellæ philosophia sensibus demonstraia. NéË pol., 1597, in-4°.
(4) Cypriani vita Th. Campanelle, p- rt.
(5) Voici, d’après le récit de Campanella , la première des. accusations dirigées contre lui : « Quinquies citatus in iudi « cium, primo caussam dixi interrogantibus, qui litteras scit, «cum non didicerit? Ergo ne demonium habes. At ego res-|
| ÿl
CAMOT ) chasser les Espagnols d'Italie , en insurgeant le peuple et en appelant les Turcs à son aide (1). Cette accusation a paru dénuée de fondement à quelques écrivains; mais, en considérant la manière dont il fut traité, il est difficile de ne pas voir en lui un martyr de l'indépendance italienne (2). En 1599, on le condamna à une détention perpétuelle. T1 raconte lui-même les trai-
temens barbares auxquels il fut soumis. Sept fois
.« pondi me plus olei, quam ipsi vini comsumsisse. » Cette étrange accusation s'était plusieurs fois renouvelée : c’est la plus amère critique des gens qui prétendaient , comme le dit Campanella lui-même, « que la sagesse est un don du diable et non un présent de Dieu. » Les autres charges sont à-peu-
près toutes de la même force, excepté l'accusation de rébellion, dont Campanella ne dit que quelquesmotset d’une manière assez vague. Ce récit se trouve dans une préface de l’Afhcismus triumphatus qui ne parut pas avec cet ouvrage, mais que Struve découvrit dans un manuscrit autographe envoyé par Campanella à Scioppius (Voyez Struvii acta litteraria Jenæ, 1703-1705, 7 fasc. in-8°, fasc. IT, p. 17 et seq. — Camponella, de libris proprits. Paris., 1642 , in-8°, p. 9-26, etc.)
(x) On s’est récrié beaucoup contre cette idée d'appeler les Turcs pour chasser les Espagnols; mais malheureusement l'Italie est depuis trois siècles dans un tel état, que presque toutes les tentatives d’affranchissement ont eu pour base le secours d’autres étrangers pour chasser les oppresseurs.
(2) Cyprianivila Th. Campanellæ , p. 15-17. — Téraboschi. storia della lett.ital:, vol. XIV, p. 152.
(: 154.9 torturé, à la dernière il resta attaché pendant quarante heures à l'instrument du supplice, etil perdit dix livres de sang (1). Le récit de ses souffrances, la fermeté plus que Spartiate (2) avec laquelle il lès supporta, pénètre l’âme d'horreur et d’admiration. Il passa vingt-sept ans en prison ,et n’en sortit, en 1626 , que sur la demande du pape. On ne sait pas si la cour de Rome intercéda pour lui ou bien si elle le réclama comme hérétique (3). Cette dernière supposition toutefois est la plus probable, puisqu'on le retint
(1) « Vide quæso simne asinus ipsorum,qui quidem iam in « quinquaginta carceribus hucusque clausus afllictusque fui « septies tormento durissimo examinatus. Postremumque per- « duravit horis quadraginta , funiculis arctissimus ossa usque « secantibus ligatus, pendens manibus retro contortis de fune « super acutissimum lignum ;, qui carnis sextertium in poste- « rioribus mihi devoravit et decem sanguinis libras tellus « ebibit : sanatus tandem post sex menses divino auxilio in « fossam demersus sum. » (Séruvii acta litteraria, fase. IE, p- 69. — Voyez aussi Cypriani vita Th. Campanellæ , p. 18). * (2) C’est l'expression dont se sert un auteur contemporain : « Quo in carcere ubi plusquam Spartana nobilitate crudelia « tormentorum , genera superavit, de Proregis sententia ad « perpetuam custodiam condemnatus. » (Voyez Cyprianr vita Th. Campanellæ , p. 17).
(3) Téraboschi storia della lett. ital., vol. XIV, p. 154. — Cypriani vita Th. Campancllæ, pe 25-24,
trois ans à Rome, dans les prisons de l’inquisition. Enfin il fut reläché, et le pape lui accorda même une pension; mais bientôt, tremblant de nouveau pour sa liberté , il s'échappa, caché dans la voiture de l'ambassadeur de France (1). Arrivé en Provence en 1634, il fut accueilli avec empressement par Péreisc et par Gassendi (2). En 1635, il se rendit à Paris : Louis XIII lui fit une pension; mais il n'en jouit pas longtemps, car il mourut, en 1639, dans le couvent des Jacobins de la rue Saint-Honoré (3).
Ce quifrappe le plus en Campanella, c’est l’inébranlable fermeté de son caractere. Dans les ca- chots des Espagnols, dès que les plaies qu'avaient laissées sur son corps les instrumens de supplice se fermaient, il reprenait la plume et poursuivait ses travaux. Il a composé ainsi plusieurs ouvrages qu'il faisait passer à ses amis , et qui ont
êté publiés. Le nombre de ses écrits est prodi-.
(1) Cypriani vita Th. Campancllæ ; p. 24-25.
(2) Cypriani vita Th. Campanellæ , p. 26.
«Voyez la note XIT à la fin du volume.
(3) Campanella, de libris propriis, p. 14-29. — Cypridnr vila Th.-Campanellæ, p. 22.— Struvii acta lilieruria, fasc.
LE, p. 45, 50, ete,
(154) gieux. La théologie, la philosophie, la politique f| étaient ses sujets favoris (1). Il a écrit en italien des poésies philosophiques qui ont beaucoup de
mérite (2}. Son traité de ses ouvrages et de la
manière de travailler est fort intéressant. Dans sa Ville du Soleilou République philosophique (3), il a annoncé Île progrès indéfini de l'humanité : du fond de son cachot il éleva courageusement la voix pour prendre la défense de Galilée (4). Malheureusement, Campanella croyait à lastro-
logie, et ses ouvrages sont entachés des erreurs
(1) Campanella s’occupa aussi de médecine et de chimie. Il tenta d'extraire le mercure des cadavres des hommes qui. avaient été traités par les frictions mercurielles (Cxmpanella, de libris propriis, p. 27). Une chose assez remarquable, c’est l’animosité contre Machiavel qui perce dans tous les écrits. de Campanella.
Voyez la note XIII à la fin du volume.
- (2) Campanella, de libris propriës, p. 13. — Quelques-unes de ses poésies italiennes ont été réimprimées récemment.
(5) Cet ouvrage parut d'abord à Francfort en 1625, in-4, dans la Realis philosophia epilogistica du mème auteur : il forme l’appendix à la troisième partie. On sait du reste que Pomponaccio avait aussi proclamé la théorie du pro= grès.
(4) Voyez Cumpanella, «pologia pro Galileo: Francofurti, 1622, in-4.
Cer5:)
du temps (1). Cet homme de fer mérite une place dans l’histoire, parmi les philosophes, toujours peu nombreux, qui ne se sont pas bornés à dire aux autres ce qu'il fallait faire. Campanella a payé chèrement le droit d’être placé au premier rang de ceux qui ont souffert pour l'indépendance de l'Italie. |
Les savans dont nous avons parlé jusqu'ici avaient pu, par la pénétration de leur esprit, découvrir des vérités importantes; mais ces succès n'étaient dus qu’à des efforts individuels, et, malgré leurs travaux, la véritable philosophie naturelle n'était pas encore créée. Il n’y avait pas de méthode; l’erreur était partout mélée à la vérité, et l’on ignorait encore les règles qui doivent guider l’esprit dans l'étude de la nature. Le défaut de philosophie est ce qui frappe surtout dans les ouvrages scientifiques du seizième siècle, et l’on comprend à peine comment des hommes qui, dans les arts et
dans les lettres, faisaient preuve dun talent
(1) Au reste, c’est comme astrologue surtout qu’il sut se concilier l'intérêt d'Urbain VIIL et du cardinal Richelieu
Cypriani vila Th. Campancllæ , p.24 et 26).
(:156 ) si admirable, d’un goût si exquis, pouvaient adopter, sans examen, les opinions les plus … erronées , et paraître quelquefois même indifferens à l’erreur et à la vérité. Dans l’antiquité comme au moyen âge, en Orient comme en Occident, on a cherché le merveilleux dans la nature plutôt que le vrai, qui semblait vulgaire et peu digne de l'attention des philosophes. On s'est aperçu bien tard que les phénomènes les plus extraordinaires sont dus généralement aux mêmes causes qui produisent les effets que nous observons tous les jours, et que, pour appliquer les uns, ilétait indispensable détudier les autres. Ces faits étranges et rares qui frappent l'imagination exercèrent seuls pendant longtemps les esprits, et tel savant qui passait sa vie à rechercher et à expliquer des espèces de miracles, aurait cru déroger en étudiant la chute d’une pierre, phénomène qui cependant devait conduire à la découverte des principales lois de la nature. Non-seulement on admettait deux physiques, l’une i//ustre et royale,
comme l’appelait Porta(r), l’autre vulgaire: non-
(1) Voyez ci-dessus, p. 120.
seulement on supposait que des causes particulières et distin@tes présidaient aux phénomènes les plus remarquables, mais on croyait encore que les forces qui agissent sur notre globe sont bien différentes de celles qui animent les autres astres. Cette absence de lien, ces fausses idées, qui tendaient à multiplier outre mesure les causes physiques, et à séparer les phénomènes les uns des autres, ne permettaient point de poser les véritables bases de la philosophie naturelle. Les qualités occultes qui avaient envahi la physique, l'autorité d’Aristote soutenue par l'Église, qui semblait s'opposer à tout changement, à tout progrès, étaient des obstacles encore plus graves qu'il fallait vaincre -pour opérer la révolution qui devait changer la face des sciences.
Cette grande révolution est due à Galilée, im-
mortel génie qui a fait et préparé tant de belles
découvertes, et qui doit surtout être signalé à la.
reconnaissance de la postérité pour avoir banni l'erreur de son école et créé la philosophie des sciences. Il a été dans les sciences le maitre de l'Europe. Avant lui, nous l'avons déjà dit, les hommes les plus éminens paraissaient incapa-
bles de distinguer l'erreur de la vérité, et ne
( 198 ) cherchaientque l’extraordinaire(r).AprèsGalilée,
on s'appliqua surtout àéviter les egreurs en physi-
que; et, à mesure que son influence se fit sentir,
onwit diminuer le nombre de ces esprits qui admettaient les faits sans critique. Ses adversaires seuls restèrent attachés aux anciennes doctrines. mais en Italie, comme dans le reste de l'Europe, les principes de Galilée furent adoptés par tous les hommes qui ont contribué aux progrès des sciences. Le caractère spécial de ce brillant génie, c’est la critique des faits; son œuvre, la philosophie scientifique. Il n’a pas été seulement astronome ou physicien, il s'est montré grand philosophe ,'et c’est pour cela qu'il disait avoir étudié plus d'années la philosophie que de mois les ma: thématiques (2). Il a régénéré les sciences, et il est le maitre de tous ceux qui, depuis deux siècles, cultivent la philosophie naturelle. D'autres auraient pu calculer la chute des graves ou
découvrir les satellites de Jupiter; mais aucun de
(1) Galilée disait , au contraire, que la nature opera molto
con poco, e che le sue operaziont erano tulte in pari grado
meravigliose. (Nelli, vila di Galileo. Liosanna, 1793, 2 vol. in-4°:, tom. I, p. 51.) (2) Lettere inedite di uomint illustre. Firenze, 1773-75
2 vol. in-8., tom. Ï, p. 21.
ses rivaux, pas même Kepler ni Descartes, n’a su s'astreindre à ne chercher comme lui que la vérité. On ne peut assez le répéter, car le caractère de son esprit ne semble pas avoir été bien saisi, Galilée ne fut pas seulement géomètre, astronome et physicien, il fut le réformateur de la philosophie naturelle, qu’il assit sur de nouvelles bases, l'observation, l'expérience et l'induction, et dans laquelle il introduisit le premier l'esprit géométrique et la mesure.
” Des écrivains peu familiarisés avec ces matiéres ont avancé à tort que le renouvellement des sciences était dû à François Bacon. D'abord il faut remarquer que l’antériorité appartient à Galilée, qui, depuis quinze ans, répandait du haut de la chaire sa nouvelle philosophie sur des milliers d’auditeurs de toutes les nations, et qui avait découvert les lois dela chute des graves, observé l’isochronisme des oscillations du pendule, et inventé le thermomètre longtemps avant que le chancelier d'Angleterre eut commencé à publier ses ouvrages philosophi-
ques (1). Lorsque Ie Novum organum parut
(1) Le premier ouvrage philosophique de Bacon parut en
he: 4. :
( 160 ) pour la première fois (1), Galilée avait publié le
Compas de proportion , le Nuncius sidereus , le
anglais en 1605 : c’est le traité de l’accroissement des sciences, qui n’est au reste qu’un essai. Jusqu’alors Bacon n’avait pu= blié que desécrits politiques dont quelques-unsne lui font pas grand honneur. Le projet de la réforme des sciences qu’ilavait imaginé, dit-on, à seize ans; son Eloge de La scrence et le Greatest birth of time qu’il avait composés dans sa jeunesse, et qui n’ont paru qu’en 1740, n'étaient que des essais incom=
plets que le public ne connaissait pas. Excepté le traité de,
l'accroissement des sciences, Bacon n’avait rien fait paraître sur la philosophie quand il publia le Novum organum.
(x) Get admirable ouvrage fut imprimé d’abord à Londres, in-folio,en 1620. Le premier écrit de Bacon sur la philosophie générale est, comme nous venons de le dire, son essai On the proficience and avancement of learning, London , 160, in-4° qu’il refondit ensuite dans son traité De dignitale et, augmentis scientiarum, publié en 1623. Cet qu contient: une classification savante où l’auteur commence à s’essayer, mais qui est bien loin d’avoir l'importance des autres ouvrages que Bacon publia dans lasuite. Au reste, il faut remarquerque Bacon connaissaitles écrits de Galilée etqu'il les a souvent cités (Voyez à ce sujet de Vauzelles, Histoire de la vie et deseuvrages de Francois Bacon, Paris, 1833, 2 vol. in-8, tom. J, p. 236). Il résulte d’une lettre écrite en 1619 par Toby Mathiew à Bacon, qu'au moins un an avant la publication du Novum organum non-seulement le philosophe anglais devait connaître les ouvrages que Galilée avait fait paraître jusqu’alors, mais qu’on lui donnait même communication de tous les ouvrages manuscrits et inedits de Galilée. Cela montre avec quelle rapidité se répandaient les travaux du grand physicien italien, et doit rendre éncore plus circonspect
( 161) Discours sur les corps flottans , V Histoire des taches solaires; il avait deviné le télescope, inventé le microscope, découvert les phases de Vénus et les satellites de Jupiter; il avait posé les bases de la mécanique; il s'était appliqué à toutes les branches de la physique et de la philosophie naturelle, et, par ses succes, il était parvenu à soulever contre lui les moines et les péripatéticiens et à provoquer une sentence de l’inquisition. Qu'’a fait Bacon pour les sciences ? Les admirables préceptes répandus dans ses écrits, et qui avaient pour objet de faire de l'observation (1) la base de toutes nos
dans les questions de priorité, lors mème que d’autres écrivains auraient publié avant le philosophe toscan quelquesunes de ses découvertes. Mathiew s’est trompé en disant que Galilée avait répondu à Bacon dans son Discours inédit sur le flux et reflux : Galilée n’avait fait qu’exposer des idées différentes. Dans la lettre de Mathiew on doit remarquer la mention du traité de Galilée sur l’alliage des metaux, traité qui paraît s'être perdu depuis, à moins qu’on ne veuille le retrouver dans la Bilancetta (Bacon’s works, London, 1825, 10 vol. in-8., tom. VI, p. 217).
Voyez la note XIV à la fin du volume.
(1) Dans le cinquième livre de son traité De augmentis scientiarum, Bacon propose une foule d'expériences : on ne conçoit pas pourquoi il n’en fait aucune. Sa Sylva Sylvarum