IV. II
( 162 ) connaissances , ne l'ont pas empêché de se tromper fréquemment dans les applications, Bacon a nié le mouvement de la terre, et dans les ouvrages où il a traité des sujets scientifiques, il est resté dans les généralités et n’a su s'élever à aucune découverte, Il a dit aux autres, avec un talent admirable, comment il fallait marcher, mais il n’a pas fait un pas ; tandis que Galilée s’est avancé rapidement de découverte en découverte, joignant le précepte à la pratique et détruisant partout les vieux préjugés. L'influence de Bacon s’est fait sentir surtout au dix-huitième siecle : l'empirisme et d’école sensualiste en sont les résultats. Mais la grande révolution scientifique
du siècle précédent s’est opérée sans que cet
est un recueil immense de faits qu’il a tirés sans beaucoup de critique d’autres auteurs, et de projets d'expériences. Ici le philosophe anglais a voulu s’occuper spécialement de physique et d'histoire naturelle, et il n’est arrivé à aucun résultat important. Souvent il a cherché la cause de phénomènes imaginaires, et souvent aussi il explique des faits véritables par des qualités occultes qu’il attribue à certains corps (Voyez les $$ 26, 33, 45, 46, 73,74, 15, 78, 327, 353, 364, etc., etc. de la Sylva Sylvarur). Galilée n'aurait jamais écrit la dixième centurie de cet ouvrage, où l’auteur expose les Expertmenta varia spectaniis transmissionem et influrum immateriatarum virlutum el vim imaginalionis.
( 163 ) illustre philosophe y ait pris part; cette révolution est due à Galilée. Pour s’en convaincre, il suffit de consulter les écrivains qui, au dix-septième siècle, ont contribué le plus au renouvellement des sciences. Tous parlent de Galilée, ils s'appuient sur ses découvertes , ils adoptent sa philosophie, tandis qu’ils ne citent Bacon que bien rarement (1). Bacon a été sans doute un des plus
(1) Dans son Histoire de la vie et des ouvrages de Francois Bacon (tom. il, p. 246 etsuiv.), M. de Vauzelles a réuni des témoignages qui ne font que prouver la vérité de mon assertion. Gassendi, Descartes, Bayle, Leibnitz, sont les seuls philosophes qui semblent avoir connu Bacon au dix-septième siècle; mais s’ils admirent son génie et son savoir, ils ne lui Stibuent pas une grande influence, et l’on sait que Descartes s’est bien gardé de suivre ses préceptes. Quant à ces savans qui passèrent leur vie à interroger la nature et à changer au dix-septième siècle la face des sciences, ils ont pris Galilée pour guide et ne connaissaient guère Bacon. Aussi c’est en [talie, et non pas en Angleterre, que s’est opéré le renouvellement de la philosophie naturelle, On à souvent cité un passage du Novum organum où il est parlé d’une force magnétique qui pourrait agir sur les corps et les précipiter vers la terre (Novum organ., lib. IT, aph. 36); mais l'idée de l'attraction s'était déjà présentée plusieurs fois À l’esprit des philosophes. Anaxagore avait entrevu cette grande loi, et Lucrèce en déduisit la conséquence que l’univers est sans bornes. Copernic et Kepler avaient reproduit cette idée lorsque parut le Nowwm orgunum ‘Voyez à ce sujet Montucla, hist. des math., tom. Il, p. 6or). L'expérience de l’hor-
( 164) beaux génies qui aient brillé sur la terre, cependant on n’a compris toute l'importance de ses ouvrages que lorsque la révolution qu'il voulait produire s'était accomplie déjà dans la philosophie naturelle. Les physiciens , les géomètres, obligés de résister aux attaques et aux persécutions des péripatéticiens, crurent pendant longtemps que la philosophie rationnelle leur était toujours hostile, et c'est peut-être là une des causes qui les ont éloignés de Bacon. Galilée se garda d'exposer son système d’une manière abstraite, et se borna à déclarer qu'il n y avait d’autre livre infaillible que la nature (1), où toute la philosophie était écrite en caractères mathé-
loge, placée à différentes hauteurs, n’a été proposée par Bacon que parce qu'il croyait avec le vulgaire que le poids d’un corps pouvait varier d’une manière très notable en le transportant à de petites distances (Sylva Sylvarum, cent. I, $ 33). D'ailleurs il n'avait aucune idée exacte de l'attraction; il croyait que la terre ne tombait pas parce que, en augmentant un corps, on lui faisait perdre l’attraction; et il dit à ce sujet latio ad centrum terræ res futilis est (De augment. setent., lib. V, cap. 3, 6 4.) On voit même qu’en 1623 il ne savait pas que tous les corps tombent de la même hauteur dans le même temps (De augment. scient., lib. V, cap. 3, 63).
(x) Galilei, opere, Firenze, 1718, 3 vol. in-4., tom. Il, p- 235.
(165 } matiques. Ce fut un grand trait d’habileté de sa part, voulant combattre les scolastiques, d’opposer l'univers à leurs livres au lieu d’attaquer l'autoritétfar l'autorité.
Les services immenses rendus par Galilée à la philosophie ont été proclamés dans la patrie même de Bacon. Il suffira, à cet égard, de citer Hume (1), historien subtil et philosophique, qui
(x) «The great glory of literature in this island, during the reign ofJames, was Lord Bacon. Most of his performances were composed in Latin ; though he possessed neither the elegance of that, nor of his native tongue. If we consider the variety of talents displayed by this man, as a public speaker, a man of business, a wit, a courtier, a companion, an author, a philosopher, heis justly the object of great admiration. Ifwe consider him merely as an author and philosopher, the light in which we view him at present, though very estimable, hewas yetinferior to his contemporary Galilæo, perhaps even to Kepler. Bacon pointed out at a distance the road to true philosophy : Galilæo both pointed it out to others and made, himself, considerable advancesinit. The Englishman was ignorant of geometry : The Florentine revived thatscience, excelled in it, and was the first who applied it, together with experiment, to natural philosophy. The former rejected with the most positive disdain the system of Copernicus : The latter fortified it with new proofs derived both from reason and the senses. Bacon’s style is stiff and rigid : His wit though often brilliant, is sometimes unnatural and far-fetched'; and he seems to be the original of those pointed similies and long-spun aMegories, which so much distinguish the English authors :
«(:266 ) a déclaré sans hésitation que Galilée était supé-
rieur à Bacon, et que le philosophe anglais doit
TÉCRN AR RIIER CRAN ANN EEE jan oo
Galilæo is lively and agreeable, though somewhat a prolix wri-
ter. But Italy, not united in any single government, ard per- ‘ hapssatiated with that Literary glory, which it has possessed both in ancient and modern times, has too much neglected the renown, which it has acquired by giving birth to so great a man. That national spirit, which prevails among the English, and which forms their great happiness, is the cause, why they bestow on all their eminent writers , and Bacon among the rest, such praises and acclamations, as may often appear partial and excessive » ({'ume, History of Great Britain, London , 1770, 8 vol. in-4, vol. VI, p.215, appendix to the reign of James [).
Ce jugement impartial d'Hume, reproduit par M. Biot dans l’article Galilee de la Biographie universelle et adopté par l’auteur de la Vie de Galilée insérée dans le Cabinet cyclopædia du docteur Lardner (Biography : eminent literary and scientific men of Italy, Spain, etc. London, 1835, 3 vol. in-12, tom. Il, p. 62) a été combattu par des écrivains qui ont prétendu gu’on ne pouvait comparer Bacon à un astronome. I] faut ne jamais avoir lu aucun des ouvrages de Galilée pour voir seulement un astronome dans ce grand esprit, et pour méconnaître les immenses services qu’il a rendus à la philosophie. Quant à ce que dit Tenison que Galilée a eu des loisirs qui manquaient à Bacon, cet écrivain avait oublié probablement que l’inquisition s'était chargée d’ôter à Galilée non - seulement le loisir, mais encore le repos. Tenison est également injuste lorsqu'il pré- : tend que Galilée a été précédé par Bacon (Voyez de Vuuzelles, Histoire de. la Vie ct des Ouvrages de François Bucon, om. 11, p. 262-264); nous avons déjà prouvé le contraire. Si
(267 ) principalement sa gloire à l'esprit national de son pays; car, plus heureuse que l'Italie, l’'Angleterre peut également protéger les hommes illustres pendant leur vie, et lés honorer après leur mort.
Galileo Galilei naquit (1) à Pise le r8 février 1564, d’une famille de Florence qui avait figuré autrefois sous la ublique, mais à laquelle il ne restait plus qu'une noblesse sans fortune. Vincent Galilei son père était instruit dans les littératures grecque et latine, et très versé
dans la musique pratique et théorique, sur la-
l’on voulait pousser plus loin la comparaison, on pourrait dire que Bacon aussi s’est occupé d’astronomie, de mathématiques et de physique, et qu’il s’est presque toujours égaré dans ces sciences où Galilée a su s’illustrer. Malgré son génie, le chancelier d'Angleterre est tombé dans l’erreur des péripatéticiens , qui croyaient qu'avec des généralités philosophiques on pouvait écrire sur des matières dont on n’avait qu’une connaissance superficielle.
(x) Viviani crut d’abord que la naissance de Galilée avait: précédé de trois jours la mort de Michel-Ange; mais plus tard, il reconnut son erreur. Ces deux événemens arrivèrent le même jour. Voyez à cet égard Galilei, opere, tom. I, p. Lxr et XCI. — Nelli, vita di Galileo, tom. Ï, p. 20 et suiv. — Viviani, divinatio in quinque lihros amissos Arislœi sentoris, Florentiæ, r701,2 part.,in-fol. pars IL, p. 126.
quelle il a fait paraître des ouvrages estimés (1). Soit qu’à l'époque de la naissance de son fils il se trouvât à Pise pour y exercer le commerce (2), soit, comme quelques écrivains l'ont affirmé, qu'il occupät dans cette ville un emploi du gouvernement, il n’y fit qu'un court séjour et retourna promptement à Florence, où il devint père de plusieurs autres enfans (3). C’est à Florence que Galilée fut élevé. Il montra dès son enfance une grande disposition pour la mécanique, et on le voyait sans cesse occupé à construire des modèles de machines (4).
Son père, qui voulait l'appliquer au com-
merce (5), commença cependant par lui faire
(x) Le père de Galilée avait été élève de Zarlino, avec lequel il eut dans la suite des discussions animées. Il mit en musique le chant du conte Ugolino de Dante (Nelli, vita, tom. Ï, p. 9 et suiv.).
(2) Nelli, vita, tom. I, p. 23.—Rossi a prétendu que Galilée était un enfant naturel, mais il s’est trompé : Julie Ammannati avait épousé Vincent Galilei dix-huit mois avant la naissance de Galilée (Voyez Erythræi pinacotheca, Col. — Agripp., 1643-48, 3 vol. in-8, tom. I, p. 276. — Nelli, vila, tom. Ï, p. 23-26).
(3) Nelli, vita, tom. E, p. 15,
(4) Galilei, opere, tom. [, p. x.
(>) Furgiont, notizic degli uygrandimenti delle scienzc fisi-
( 169 ) apprendre le latin sous la direction de Jacques Borghini (1), maitre inhabile dont la médiocrité n’empêcha pas l'élève de faire de rapides progrès. Galilée étudia les classiques latins ; il s'appliqua ensuite au grec et devint ainsi par ses propres efforts très habile dans les langues d'Athènes et de Rome (2). De telles études lui furent d’une grande utilité dans la suite : elles contribuëèrent sans doute à former ce style admirable auquel le grand philosophe toscan doit en partie ses succès. Les progrès qu'il fit dans les langues savantes et dans la logique, qu’il étudia sous un moine de Vallombrose (3); son aptitude à la peinture et à la mécanique (4), ses succès étonnans dans la musique (5), élevèrent les espérances (6) de son père, qui, abandonnant l’idée de faire de lui
che in Toscana, Firenze, 1580, 3 tom. in-4, tom. IL, part. 1, | p. 64.
(x) Nelli, vita, tom. I, p- 26.
(2) Targioni, notizie, tou. II, part. 1, p.64.— Nelli, vita, tom. I, P- 27.
(3) Nelli, vita, tom. I, p. 27.
(4) Nelli, vila, tom. EL, p. 28.
(5) Nelli, vita, tom. I, p. 27.
(6) Targiont, nolizice, tom. Il, part. 1, p, 64.
un marchand de laine, voulut qu'il se livrât
à la médecine, seule science qui pût alors!
mener à la fortune. On ne saurait s'empé-
cher de remarquer ces facultés multiples d’un |
homme destiné à produire une révolution com-
plète dans les sciences, et à devenir en même temps le premier écrivain italien de son siècle; d'un homme qui a mérité que les plus illustres peintres, les Bronzino, les Cigoli (1), le consultassent avec déférence , et qui était à-
la-fois le plus habile joueur de luth (2) et le plus
rude dialectitien de son temps; esprit singulier capable de méditer profondément sur les plus sublimes vérités de la philosophie naturelle, et d’improviser une comédie (3). Ces facultés si é-
minentes et si diverses ne pourraient-elles pas
faire penser qu'il y a dans l’homme un principe
(1) Galilei, opere, tom. I, p. rxtt, — CGigoli avait appris de Galilée la perspective.
(2) Galilei, opere, tom. [, p.zxx.
(3) Venturi, memorie di Galileo, part. I, p. 356. — Torricelli aussi avait écrit des comédies (Targiani, notizie, tom. I, p. 182): elles sont restées inédites comme celle qu'avait com= posée Galilée. Celle-ci était une commedia a soggetto fort libre : le manuscrit autographe se conserve à la bibliothèque Palatine de Florence.
(At 7 unique susceptible d’être appliqué à toute chose sans que les dispositions qu'on appelle naturelles soient appelées à jouer un rôle prédominant? Sans sortir de l'Italie, Dante, Politien ,
Léonard de Vinci, Galilée, Magalotti, Redi et
milleautres qu'on pourraitnommer, ne semblentils pas prouver qu'une haute intelligence, réunie à une volonté forte, triomphe de tous les obstacles, et que les hommes ainsi doués peuvent
s’illustrer également dans toutes les branches des
connaissances humaines ?
Envoyé à dix-sept ans (1) par son père à Puniversité de Pise pour y étudier la médecine, Galilée suivit d’abord les cours de philosophie, qui comprenaient alors les sciences métaphysiques et mathématiques. Excepté un seul, tous ses professeurs, qui étaient péripatéticiens, expliquaient Aristote. Jacques Mazzoni (2), qui exposait les doctrines des pythagoriciens, devint le guide de Galilée. Il lui enseigna cette physique que l'on
MR nr es jeun Une mn in on < (1) Dans un registre d'inscriptions de l’université de Pise, on lit cette note : « Galilæus Vincentii Galilæi Florentinus Scholaris Artista, $ novembr. 1581 » (NeZli, vita, tom. E, P. 29) |
(2) Nedli, vèta, lom. À, p.50.
( 172) connaissait alors ; et Galilée se livra d’abord aux généralités et aux applications avant de posséder cet instrument précieux, les mathéma-|
tiques, que dans la suite il ne cessa d'appliquer à l'étude de la philosophie naturelle. Cependant son esprit observateur devança les années, et il, n’étudiait encore que la médecine (1), qu'un: jour ayant vu dans la cathédrale de Pise une lampe suspendue que le vent agitait, il remarqua: que les oscillations, grandes ou petites, s’effec-\ tuaient en des temps sensiblement égaux. Cette. remarque, qui a eu de si importantes conséquences, fut des l’origine appliquée par linventeur à la médecine et particulièrement à la mesure de la vitesse du pouls (2).
Une circonstance singulière porta bientôt Ga-
(t) Galilei, opere, tom E, p. Lx111-Lx1V. — Fabroni, vilæ Ilalorum, Pisis, 1778, 20 vol. in-8, tom. I, p. 4.
(2) Cet instrument fut publié pour la premiére fois, en 1603, par Santorius, qui l’appela pulsilogium : mais tous les témoignages se réunissent pour prouver que Galilée avait fait cette observation pendant qu’il étudiait à l’université de Pise (Venturi, memorie, part. IT, p. 286.—Nellr, vita , tom. I, p.31). Galilée parle de l’isochronisme des oscillations du pendule dans une lettre du 29 novembre 1602, adressée au marquis Del Monte (Galiler, opere, tom. IL, p. 716). :
(173) lilée vers l'étude des mathématiques (r). Son père connaissait l'abbé Hostilius Ricci, qui enseignait la géométrie aux pages du grand-duc, et qui les accompagnait l'hiver à Pise lorsque la cour s’y rendait. Dès que l'abbé Ricci fut arrivé à Pise, Galilée s'empressa d'aller le visiter, mais il le trouva donnant sa leçon aux pages dans une
salle où les étrangers ne pouvaient pénétrer. Il | à L D | renouvela plusieurs fois ses visites, et comme il
trouvait toujours le professeur avec ses élèves, Galilée, s’arrêtant à la porte, se mit à écouter
ce que l'on disait dans la salle. La géométrie
(1) Cerécitsetrouve dans la vie de Galilée composée par Ghérardini et publiée par Targioni (Notizée, tom. IL, part. 1, p. 62 et suiv.). L’écrit de Gherardini contient quelques inexactitudes : elles ont été relevées avecamertume(NWellr, vita, tom. I, 2. 99), par Nelli, qui n’aimait pas Targioni : mais bien que Zhérardini ait pu se tromper dans des matières scientifiques auxquelles il était étranger, il faut avouer qu’il a traité a partie biographique avec plus de franchise et de liberté qu'aucun autre des historiens de Galilée , dont il avait été e confident et Fami. Viviani, qui n’a pu dire toujours la véité, a rapporté ce fait d’une manière différente ; mais Ghéardini est tout-à-fait explicite : ilraconte ce que lui avait lt Galilce, et il faut ajouter qu'il ne destinait pas son crit au public (Targiont, notizie, tom. IL, part. 1, p. 65. — felli, vita, tom. I, p.35 et 45. — Galilei, opere, tom. I, » LXITII).
(294 ) était faite pour plaire à son esprit; il retourna fré quemment au palais, et ces leçons d’un nouveau genre se continuèrent pendant deux mois. Bien: tôt il se procura un Euclide, et sous prétexte de consulter Ricci sur une difficulté, il lui fit con naître par quels moyens il s'était introduit dans, l'étude de la géométrie. Fier d’un tel élève, Riceï
l’engagea à suivre ouvertement le cours et s’of= frit à lui aplanir les difficultés qu'il pourrait rencontrer.
Galilée avait alors dix-neuf ans (1), et la géo= métrie captiva tellement son attention que bien: | tôt il négligea tous ses autres travaux. Informé, de ce relâchement sans en connaître la cause; son père vint à Pise pour le ramener à Fétude, inais il fut bien surpris de le trouver plus applis, qué que jamais (2). Apres des combats inutiles on permit à Galilée de suivre exclusivement les sciences, et Ricci lui fit cadeau d’un Archi: mède (3). Le jeune mathématicien fut tellement |
stimulé par la lecture des écrits de l’illustre géo»
(1) Vèviani, quinto libro degli elementi d Buctide, Firenzê} | 1674, in-x, p. 81. w | (2) Targioni, notizie, tom. LE, part. 1, p.66. . {3) Targioni, notizte, tom. IL, part. 1, p. 66. LE
mètre de Syracuse, que désormais il ne voulut plus avoir d'autre guide, disant que quiconque suit Archimède peut marcher hardiment sur la terre et dans le ciel (1).
Sous ce grand maître il fit des pas de géant; à vingt-et-un ans 1} avait perfectionné la théorie des centres de gravité des solides (2), et comme le bruit de ses succès commençait à se répandre, Vincent Galiléi, qui succombait sous la charge d’une nombreuse famille, demanda une bourse pour son fils; le grand-duc la lui refusa (3). Pauvre et ne recevant aucun encouragement, Galilée se vit bientôt forcé de quitter l'université sans s'être fait recevoir docteur (4).
: Cependantson nom devenait célèbre. A vinêt-
quatre ans il était en correspondance avec Cla-
‘vius, Ortelius, Riccoboni (5), savans bien dignes d'apprécier son talent. Mais le plus ardent de ses
admirateurs, le plus utile de ses amis, fut le mar-
(1) Targionti, notizie, tom. ÎE, part. 1, p. 67.
(2) Viviani, quinto libro, p. 81. — Venturi, memorie, part. [, p. 5-8.
» (3) Nelli. vila, tom. I, p. 32.
(4) Nelli, vita, tom. I, p. 33.
(5) Nelli, vita, tom. T, p. 36-59. — Venturi, memoric, part. I, p. 7-8.
quis Del Monte, qui l’appelait l’Ærchimede de son temps (1), et quiaffirmait que depuis la mort du: géomètre Sicilien, on n’avait jamais vu un génie pareil. Les mathématiciens jugeaient du mérite. de Galilée d’après des ouvrages que, trop pauvre pour les faire imprimer, il leur communiquait en manuscrit (2). Après plusieurs tentatives inutiles. de Del Monte et de son frère le cardinal, pour faire nommer Galilée professeur à Bologne {3), ses amis parvinrent (4), en 1589, à lui faire obtenir la chaire de mathématiques dans l’université à Pise avec soixante écus de traitement (5).
(1) Nelli, vita, tom. I, p. 36-37 et 49.
(2) Nelli, vita, tom. I, p. 37. — Venturi, memorie, part. I, p. 7-8.— C’est alors qu’il composa la Bilancetta, écrit où il se proposait de déterminer le poids spécifique des corps et des alliages, et qui ne fut imprimé que longtemps après (Galilei, opere, tom. I, p. Lxv et 624).
(3) Nelli, vita, tom. E, p. 40.
(4) Ce fut encore Del Monte qui obtint cette chaire pour lui. Viviani, qui, en flattant le grand-duc, voulait se faire pardonner le culte qu’il rendait à la mémoire de Galilée, a avancé que Jean de Médicis avait aidé Galilée dans cette circonstance; mais ce fait est inexact (Galilei, opere, tom. I, p:" LXVII — Targiont, notizie, tom. IE, part.1, p. 67. — Nelli, vita, tom. I, p. 41).
(5) Mercuriale recevait dans la même université deux
Bien que son cours n'ait pas été imprimé, on sait par quelques fragmens qui restent encore, que Galilée se déclara ouvertement contre Aristote (1). Nous avons déjà vu que Benedetti avait voulu démontrer par le raisonnement que tous les corps tombent de la même hauteur dans des temps égaux (2). Galilée agrandit lesujet, et après avoir. confirmé ce résultat par l'expérience, il prouva, chose bien plus importante et plus difficile,que dans la chute des graves les vitesses sont "proportionnelles aux temps, et que les espaces parcourus par le mobile sont entre eux comme | les carrés des vitesses (3). Ces propositions sont la | base de la dynamique, science que Galilée créait rainsi à vingt-cinq ans. Dans ces recherches il appelait à son secours l'expérience et le raisonne-
mille écus par an, et l’on donnait à Galilée un franc
par jour à-peu-près: aussi Del Monte lui écrivait qu’il ne Pouvait pas le voir en cet état (Nelli, vita, tom. I, p- 41-48). f (1) Venturi, memorie, part. II, p. 330.— Nellh, vita, tom. I, Dobrenti:
(a) Voyez le tom. III, p. 122 de cet ouvrage. Les mèmes idées se retrouvent dans les dialogues de Moleti qui se conser- Vent manuscrits à la bibliothèque Ambroisienne de Milan (Venturi, memorie, part. I, p- 8).
(3) Nelli, vita, tom. I, P: 44.
ment. Il faisait tomber des graves de la tour pen-
chée de Pise, qui est très propre à ces sortes d'ob-
servations. Les élèves et les professeurs qui assis- |
taient à ces belles expériences (1) ny étaient
guère préparés, et l’on dit qu'irrités contre ce fier adversaire d’Aristote, ils l’accueillirent plusieurs fois par des sifflets. Une chose digne: de remarque, c’est que ces découvertes, qu'il avait consignées dans des dialogues conservés encore inédits à Florence (2), n’aient été publiées par lui que vers la fin de ses jours. Nous verrons plus d’une fois ce fait se renouveler dans la vie de Galilée : et comme il communiquait très volontiers. des recherches (3) qu'il ne faisait pas imprimer, il eut souvent à se plaindre de certaines personnes qui abusaient de sa confiance. Si on n’a pas cherché à lui dérober toutes ses
inventions, c’est qu'il y en avait de tellement ’ ART |
(x) Nelli, vita, tom. Ï, p. 44.— Galilei, opere, tom. 1} P: LXVI.
. (2) Venturi, memorie, part. IL, p. 330. — Ces recherches parurent en 1638 dans les Discorsi e dimostrazioni matema: tiche interno « due nuove scienze, publiés à à Leide, par let Elzeviers. |
(3) Galilei, opere, tom. [, p. Lxvux.
(‘179 ) extraordinaires que Ceux qui auraient pu être tentés de se les approprier, les regardérent d’abord comme des erreurs.
Dans ces premiers Dialoques, dont il inséra une partie dans les Discours sur deux nouvelles sciences qui parurent cinquante ans après, Galilée traitait des oscillations du pendule, de la chute des graves suivant la verticale et sur un plan incliné, et des principes du mouvement (1). On doit vivement désirer que ces essais soient enfin publiés. Car, indépendamment de la vénération bien naturelle qui nous porte à recueillir les moindres productions des hommes de génie , rien ne serait plus intéressant comme étude philosophique, que de connaitre les premiers pas de Galilée dans ce monde inconnu où 1} a fait tant d’admirables découyertes. Ses méthodes méritent toute notre at-
tention : et chez les inventeurs elles se révelent
(1) Venturi, memorie, part. IT, p. 330. — Nelli, vita, tom. I,
p. 43-45. — Voyez au sujet de l'équilibre et du mouvement
sur le plan incliné, Lagrange, mecanique analytique,tom. 1,
p- 9-10. Il paraît qu’à la même époque, Galilée avait fait
quelques recherches sur la cycloïde (Fubroni, vitæ Ilalorum, tom. [, p. 12).
principalement däns les premières tentatives.
A cette époque les professeurs étaient encore, comme au moyen âge, engagés pour un temps.
déterminé. L'engagement de Galilée ne durait que troisans (1),et,bien quesontraitementfütsi modique, les besoins de sa famille lui faisaient vivement désirer de voir renouveler cet engagement (2). Cependant il n’hésita pas à risquer son avenir par amour pour la science et pour la vérité : Jean de
Médicis, cet enfant naturel de Côme 1”, qui se croyait un grand architecte et un tres habile ingénieur, avait inventé une machine à draguer. dont Galilée, chargé de l’examiner, fit connaître
les défauts (3). Une telle franchise blessa l’auteur, qui se plaignit au grand-duc; et comme tous les péripatéticiens de la Toscane appuyaient ces ré-' clamations, Galilée se vit au moment d’être renvoyé. Il céda donc à l'orage, et se retira à Flos.
(1) Galilei, opere, tom. £, p. zxvir.
(3) Son père venait de mourir, et Galilée se trouvait alors l'unique soutien d’une nombreuse famille (Nei,vita »tom.Ï; p- 47:48). e
(3) Nelli, vita, tom. À, p. 46-47.—Targiont, notizie, tom. Il, part. 1, p. 67. — Viviani ne nomme pas Jean de Médicis (Galilei, opere, tom. À, p. LxVI-LXvn).
rence (1). Le marquis Del Monte vint encore une fois à son secours et l’aida (2) à obtenir à Padoue la chaire de mathématiques, devenue vacante par la mort de ce Moleti {3) que nous avons déjà mentionné pour ses écrits sur la chute des graves (4). Le grand-duc, qui fut consulté (5), laissa partir sans regret un homme dont il ne comprenait pas le mérite. Galilée se rendit à Venise dans l'été (6) de 1592, et il se plaisait à raconter dans sa vieillesse que la malle qu’il emporta en partant de Florence ne pesait pas cent livres : elle senfermait tout son avoir (7).
Après s'être arrêté peu de temps (8) à Venise, Galilée se rendit à Padoue, pour ouvrir son