RS
{1) Ghérardini parle ici de Salviati comme ayant appuyé {Galilée en cette circonstance. Mais il paraît certain que la liaison de Salviati avec Galilée n’a commencé que longtemps après (Targioni, notizie, tom. IL, part. 1, p. 68.— Nelli, vita, - tom. IL, p. 768).
(2) Nelli, vita, tom. E, p. 49.
(3) Nelli, vita, tom. E, p. 49.
- (4) Voyez ci-dessüs p. 177.
(5) Nelli, vta, tom.l, p. 51. — Galilei, opere, tom. Ï, pe 67. — Fabroni, vitæ It@lorum, tom. I, p. 13.
(6) Nelli, vita, tom. I, p. 49.
(7) Targioni, notizie, tom. part. x, p, 69.
(8) Ce fut pendant le séjour qu'il fit à Venise que Galilée
cours (1). Tous les écrivains contemporains s’accordent à proclamer le succès de ses lecons (2). Dans une science difficile et à la portée d’un petit nombre d'esprits, il s’attacha un nombre d’auditeurs qui parut extraordinaire, même à l’université de Padoue, alors si fe et si fréquentée (5). ARTE
Pendant les premières années de son engagement , Galilée composa: le Traité des fortift-
reçut sa nomination : il fut d’abord engagé pour six ans (Nelli, vita, tom. I, p. 49-50). ‘
(1) Suivant Nelli, après avoir obtenu cette pre Galilée | serait retourné à Florence pour demander de sibeies Gb du grand-duc; mais ce voyage ne me semble pas suffisamment démontré. Viviani n’en parle pas, et Gherardini dit que Galilée resta à Venise jusqu’à la fin des vacances. (Nelli, vita, tom. 1, p. 51.—Gulilei, opere, tom. I, p. LxvVir. — Turgioni, notizie, tom. IT, part. I, p. 69). D'ailleurs la lettre d’Uguc-cioni , citée par Nelli, est du 21 septembre, et le décret du dôge, qui nomme Galilée professeur à Padoue, est du 26 du mème mois. Il n’est pas possible que dans l'intervalle Galilée soit allé en Toscane, et ait fait savoir à Venise qu’il avait obtenu la permission de Ferdinand de Médicis.
(2) Sa première lecon eut un succès extraordinaire et lui valut l'amitié de Tycho-Brahé (Gassendi opera, Florentiæ 1727, 6 vol. in-fol, tom. V,-p. 384-585).
(3) Gadilei, opere , tom. L, p. LxXvII-LxIx et LXXXVI. — Targioni, notizie, tom, IE, part. 1,p. 69. — Venturi, memorte, part. L, p.rr
( 183 ) cations, la Gnomonique, un Æbrégé de la sphère et un 7raité de mécanique (1); mais, bien qu'il donnât copie de ces ouvrages à tous ceux qui le désiraient , et qu'il ne cessät d’en exposer la substance dans ses leçons (>), il n’en fit imprimer aucun. Le Traité de mécanique, où il appliquait le principe des vitesses virtuelles, qu’il considéra le premier comme une propriété générale de l’équilibre des machines(3), ne parut qu'environ quarante ans après, traduit en français par les
ne RS me + one me ee ee
(1) MNell, véla, tom. f, p. 53, 57, 59, 60. — peer opere,
» tom. TD: LXVII.
(2) Quand on veut trailer les questions de priorité Ni
tives à Galilée, il ne faut jamais oublier qu'avant de publier Son premier ouvrage, le Compas de Proportion imprimé en
1606, ce grand philosophe avait professé pendant dix-septans à Pise et à Padoue, et qu’il avait communiqué ses découvertes à des milliers d'élèves qui les répandirent dans toute l'Europe. Ce fut un appât auquel on ne sut point résister : de nombreux plagiaires tentèrent de s’enrichir aux dépens de Galilée. D’autres professeurs célèbres ont eu à se plaindre d’avoir été dépouillés ainsi : dans l’avertissement au lecteur
* qui précède les Commentaria in primam Fen Avicennæ(Vene-
tiès, 1620, in-fol.), Sanctorius s’exprimait ainsi: « Audio disci-
-pulos meos in varias terrarum partes dispersos, quos, sum-
ma caritate, et gratuita benevolentia docui, horum multorum (énstrumento) sibi inventionem atiribuere, quorum inhuma-
nitas silentio certè non erat obvolvenda, »
(3) Lagrange, mecanique analytique, tom. , p: 9 et 20.
(184) soins du père Mersenne (1). Le Traité des forti- Jications n'a été imprimé que dans notre siècle (2). La Gnomonique est perdue, et le Traité de la Sphére qu'on a publié sous le nom de Galilée, n’est certainement pas de lui ; car non-seulement . on y trouve des opinions diamétralement opposées à celles qu'il professa toujours; mais on y remarque aussi une méthode de raisonnement qui ne pouvait être la sienne (3). Cette indifférence
pour la publication de ses ouvrages , et cette
(1) Galilee, les Meéchaniques. Paris, 1634, in-8. — Cet ouvrage fut publié en italien pour la première fois à Rävenne … en 1:64, in-4., sous le titre suivant: Della scienza mecanica e delle utilita che sicavano da gl Istrumenti di quella,opera cavala da manuscrilti dell Eccellentissimo Matematico Galileo Galilei.
(2) Ge traité, dont Tiraboschi avait donné un extrait, parut dans l'ouvrage de Venturi (Voyez Tiraboschi, Storia della lett. ital., vol. XIV, p. 183. — Venturi, memorie, part. I, p. 25 et suiv.). Outre l'écrit qui a été publié, Gali- : lée avait composé pour ses élèves un abrégé qui existe encore inédit (Nelli, vita, tom. E, p. 53. — Venturi, memorie, : part. I, p.25} : suivant Gherardini, le célèbre professeur de Padoue dirigea plusieurs fo's les fortifications construites : dans les états vénitieus (Targioni, nolizie, tom. JT, part.I, p. 73). à
(3) Dès ses premiers pas dans la carrière des sciences : Galilée avait adopté le mouvement de la terre (Voyez, Kepleri epistolæ, p. 91). Or non-seulement la Sphcre qu’on Jui à
( 185 ) libéralité de communication caractérisent Galilée. Nous ne nous lasserons jamais de constater ce fait, afin de pouvoir plus facilement combattre les prétentions de ceux qui ont voulu lui ravir la gloire de ses découvertes.
Suivant tous les biographes, ce fut pendant les premieres années de son séjour à Padoue que Galilée imagina un instrument fort important en lui-même, et plus important encore parce que c'était un des premiers exemples (1) de l'ap-
attribuée suppose l’immobilité de la terre, mais cet ouvrage renferme les argumens les plus ineptes contre le système de Copernic. Viviani , Grandi et Nelli l'ont cru apocryphe, et il n’a été imprimé avec les œuvres de Galilée qu’en 1744 dans l'édition de Padoue (Voyez, Nelli, vita, tom. I, p. 59). Cet ‘opuscule fut publié d’abord à Rome en 1656, in-12, par le père Daviso, qui se cacha sous un anagramme et qui y ajouta tun traité d’astrologie. Cet empressement d’un moine péripatéticien pour faire paraître un écrit de Galilée est fort suspect, et l’on pourrait y voir une fraude pieuse, destinée à faire croire au public que Galilée avait changé d'opinion sur ce point capital (Galiler, trattato della sfera, Roma, 1656,in-12, p- 35, 39, 273, etc.).
* (x) Les instrumens destinés à mesurer les propriétés physiques des corps, ou l’intensité des causes des phénomènes naturels, étaient alors en très pelit nombre, fort imparfaits, et d’un usage peu fréquent. C’étaient principalement lhydroscope de Synesius , lhygromètre de Léonard
( 186 ) plication d’un phénomène physique à la mesure de l'intensité d’une cause. 11 s’agit ici du thermometre, dont l'invention a été attribuée à un si grand nombre de personnes, mais qui semble indubitablement appartènir à Galilée.
Jusqu’alors on s'était presque toujours borné
à estimer l'intensité des causes physiques et des forces qui agissent sur les corps naturels, d’après l'impression qu’elles produisent sur nos sens. Cette évaluation ne pouvait avoir rien de précis ; car il aurait fallu avoir, de plus, un autre’ instrument propre à mesurer les rapports des sensations entre elles. Et d'ailleurs les hommes ne conservant qu’imparfaitement le souvenir des | impressions qui se succèdent, tonte comparaison ! devenait impossible, même dans un seul indi-: vidu, et pourtant on ne peut mesurer sans éta-! blir des rapports. Quant aux sensations éprou-: vées par différentes personnes, il n’y avait aucun. moyen de les comparer entre elles. Parmi les. phénomènes qu’on observe habituellement, il.
Ld :
de Vinci, et les anémomètres de Danti et de Volpajas (Voyez, Diophanti arithmeticorum libri sex, Tolosæ, 1670; | in-fol. pièces prélimin. — Venturi, Essai sur Léonard de Vènci, Paris, 1997, in-4., p.28. — Danti, anemographia;
( 187e) n'y en à pas qui aient plus d'importance pour nous que les phénomènes calorifiques. La santé des hommes et des animaux, les travaux de l’agriculture, les arts les plus utiles et les plus nécessaires dépendent de la chaleur; et cependant jusqu’au moment où Galilée inventa le thermomètre , il n’y avait aucun moyen de déterminer la température, ettout se bornait à dire : « Jai chaud ou j'ai froid. » Ce grand physicien ayant remarqué que l'air, comme tous les corps en général, se raréfie par la chaleur et reprend son volume primitif en se refroidissant, fonda sur cette observation très simple l’'instrument destiné à rendre sensibles à la vue les variations de 14 température. Cet instrument se composait (1) d’un tube de verre de petit diamètre, ouvert à l’une de ses extrémités, et terminé à l’autre bout par une boule. Après y avoir introduit un peu d'eau , on plongeait l'extrémité du tube dans ‘une position verticale. La pression de l'air extérieur retenait le liquide dans le tube, et le ther-
mometre était construit. En effet, en approchant
(1) On trouve dans Nelli (Vita, tom. E, p. 70 et suiv.) la | figure de cet instrument, que le père Daviso avait décrit en 1656 (Galilei, trattat@della sfera, p. 189).
( 188 ) un corps chaud de la boule de cet instrument , l'air intérieur se dilatait,et chassait le liquide, qui descendait dans le tube et qui remontait ensuite par le refroidissement. Galilée avait gradué le tube pour pouvoir faire des observations (1). Cet instrument n'était pas comparable; car il était dépourvu de points fixes dans l'é-
chelle: c'était un thermoscope plutôt qu’un ther- | momètre. De plus, il servait à-la-fois de thermo-. scope et de baromètre. Le liquide montait ou descendait dans le tube, suivant les variations du poids de l'atmosphère et d’après l’évaporation qui s'opérait à l’intérieur. On était encore loin des thermomètres actuels, et pourtant la véritable physique, la physique du poids et de las mesure, ne prit naissance que du jour où cet instrument fut inventé; car jusqu'alors les instru mens qu'on avait imaginés pour mesurer les!
effets naturels ou les propriétés des corps étaient des objets de curiosité qu’on n’employait press | que jamais, tandis que le therrnomètre devint
bientôt d’un usage journalier (2) par l'influence + hé
(1) Nelli, vita, tom I, p. 70.— Venturi, memorie, part. LA p. 20.
(2) Venturt, memorie, part. 1,'p. 29.
de Galilée, qui ne se lassait pas d’inculquer la nécessité d'introduire la mesure dans la philosophie naturelle et qui ne cessa pendant toute sa vie d'imaginer de nouveaux iustrumens propres à l'observation (1) et à la mesure des effets naturels. “AE
Il n'existe peut-être pas une découverte qui ait eu autant de prétendans que celle-ci. Elle fut attribuée 2 à Bacon, à Fludd , à Drebell, à Sanctorius, à Sarpi. Mais des témoignages irrécusables (2) prouvent que Galilée avait construit son thermomètre avant 1597, et il résulte de pièces authentiques, qu'en 1603 au plus tard, il en avait montré les effets au père Castelli (3). On voit par une lettre de Sagredo que dès 1613,4tet ami zélé de Galilée faisait à Venise des observations
(1) Galilée a perfectionné tous les moyens d’observation, il a inventé ou perfectionné les principaux instrumens de mesure; le pendule, le compas, le télescope, le thermomètre, Je microscope, etc. , etc. Ses efforts constans pour introduire la mesure dans la philosophie naturelle et pour l’enrichir de nouveaux instrumens de FC NAS montrent quel était le but général de ses travaux.
(2) Galilei, opere, tom. I, p. Lxvir. — Nelli, vita, tom. E, ip: 72.
(3) Nelle, vita, tom. I, p. 69.
avec le thermomètre inventé (x) par Galilée, et.
qu'il avait déjà déduit de ces observations des ré=
sultats fort importans pour la météorologie. Il est |
vrai qu’on ne lit pas la description du thermome-
tre dans les œuvres de Galilée ; mais on sait aussi .
que la plupart des ouvrages du grand philoso-.
phe toscan ont péri (2); etil ne faut pas s'étonner ‘
si, préoccupé de ses découvertes sur le système
du monde, il ne songea pas à imprimer la descrip-.
tion d’un instrument qu'il avait communiqué à
un si grand nombre de personnes. D'ailleurs, on.
ne doit jamais oublier qu’un professeur n’a pas |
besoin d'imprimer ses travaux pour les rendre
publics: du haut de sa chaire, il les expose, et.
les répand ainsi dans le monde. Pendant vingt :
ans, Galilée ne cessa de publier de cette manière 1
ses découvertes, et l’on conçoit que les idées d un,
(x) Nelli, vita, tom. I, P- papa. — Venturi, metre "
part. I, p. 20-21.
(2) Non-seulement plusieurs de ses ouvrages ont (épars ‘
mais depuis la mort de tin on a perdu encore la plupart}
des pièces qui avaient servi à déterminer la date des in- |
ventions de ce grand dote et que son illustre élève :
voulait publier. C’est pour cela qu’en fait de dates les asser=
tions de Viviani méritent une grande confiance.
(91) maitre célébre auprès duquel les éleves. accouraient de toutes les parties de l'Europe $ ‘devaient se propager avec une merveilleuse rapidité. C’est ce qui arriva pour les expériences sur Île pendule qu'il avait faites à Pise, et pour le thermomètre, qu'on ne trouve cependant mentionné chez d’autres auteurs que longtemps aprés. | = Bacon n’a parlé qu’en 1620 des tra Kaandaria, et illes cite comme une chose déjà connue (1). Fludd, qui voyagea en Italie et qui était
(x) « Facillime omniuni corporum apud nos et excipit et | « remittit Calorem Aër, quod optime cernitur in vitris Ca- «lendariis. Eorum confectio est talis : Accipiatur: vitrum « ventre concavo, collo tenui et oblongo ; resupinetur et de- »« mittatur hujusmodi vitrum ore deorsum verso, ventre sur- «sum, in aliud vasculum vitreum ubi sit Aqua ; tangendo « fundum vasculi illius recipientis, extremo ore vitri im- « missi, et incumbat paululum vitri immissi collum ad os ’« vitri recipientis, ita ut stare possit; quod ut commodius « fiat, apponatur parum ceræ ad os vitri recipientis, ita « tamen ut non penitus obturetur os ejus, ne ob defectum « Aéris succedentis impediatur motus de quo jam dicetur, « qui est admodum facilis et delicatus. »
« Oportet autem ut vitrum demissum antequam inseratur - «in alterum, calefiat ad ignem à parte superiori, ventre scili- | « cet. Postquam autem fuerit vitram illud collocatum, ut dixi- .« mus, recipiet et contrahit se Aër (qui dilatatus erat per cale
(:192.) de retour en Angleterre en 1605, n’a commencé à publier ses travaux que beaucoup plus tard (1).
« factionem) post moram suflicientem pro extinctione illius « ascititii Caloris , ad talem extensionem sive dimensionem, : ! « qualis erit Aeris ambientis aut communis tünc temporis,
« quando immittitur vitrum, atque attrahit aquam in sursum « ad hujusmodi mensuram. Debet autem appendi charta an- « gusta et oblonga, et gradibus (quot libuerit) interstincta. Vi-
« debis autem prout tempesias diei incalescit aut frigescit
« Aërem se contrahere in augustius per frigidum, et extendere « se in latius per Calidum, id quod conspiceretur per aquam
« ascendentem quando contrahitur Aër, et descendentem .
«sive depressam quando dilatatur Aër. » (Baconis novum !:
organum, lib. II, aph. xt, 6 38). — Bacon parle ici de cet instrument comme d'une chose connue déjà, et effective-
ment celle l'était depuis longtemps en Italie, où Sancto- :
rius en avait publié la description dès l’année 1612. Nous
verrons que le thermomètre avait déjà été notablement per- :
fectionné en 1610; mais Bacon ne décrit que le plus ancien .
et le plus inexact de ces instfumens. Dans une courte intro- : duction, placée en tête de la neuvième centurie de sa Sylva sylvarum, Bacon nomme les thermomètres sans les décrire , | et l’on voit, par le $ 8x1 du mème ouvrage, que ces instru-
mens avaient tou] ours l'ancienne forme.
(x) La philosophia moysaica, où l’on trouve. la descrip- 4
tion du thermoscope ne parut qu’en 1638, et l’on ne com-.
prend pas comment le jésuite Lana a pu attribuer cette |
Fra re
découverte à Fludd (Lana, prodomo del arte maestra , - Brescia, 1670, in-fol., p. 62, cap. VIN) ; d’autant plus que”
celui-ci ne décrit que le Aie ancien instrument, qu’il indique comme étant déjà connu : « Vago speculum Calenda-
( 193 ) Drebell fit paraître en 1621 la description de ce quon a appelé son thermomètre et qui n'était qu'un appareil destiné à montrer la faculté qu'a l'air de se dilater en s’échauffant (1) : au reste, Drebell semble avoir presque copié une indication dont nous avons déjà signalé l'existence dans les Pneumatiques de Porta (2). Avant tous ces auteurs Sanc-
rium dictum » (Fludd, philosophia moysaica, Goudæ, 1838, in-fol., $ 1, 2, 4, 28, etc.).
(x) On ne saurait assez s'étonner de la facilité avec laquelle les erreurs se propagent et se reproduisent dans l’histoire des lettres et des sciences, par des écrivains qui se copient continuellement sans se donner mème la peine de voir les ouvrages qu'ils citent. Drebell, auquel on a attribué si souvent >t jusque dans la Biographie universelle l'invention du hermomètre, n’a fait paraître qu’en 1621 (c’est-à-dire après a publication des écrits de Porta, de Sanctorius et de Baon), l'ouvrage qu’on a toujours cité à ce sujet. Il y a plus, lans ce livre, Drebell ne parle nullement du thermomètre de la mesure de la chaleur : il se propose seulement de aontrer que l'eau échauffée se transforme en air (Drebeul, de atura elementorum, etc. Genevæ, 1628, in-12, p- 24-27). Je ai jamais vu l'édition originale de cet Ouvrage : dans édition que je viens de citer, la dédicace du traducteur est atée de 162r. Je conuais aussi une traduction différente, du ème ouvrage, imprimée à Francfort, en 1628, in-8.
Voyez la note XV à la fin du volume.
(2) Voyez ci-dessus p. 133.
LR 17. 19
( 194 ) torius (1) avait décrit cet instrument dés l’année 1612; etenfin, Sarpi, qui n’en parla jamais dans ses ouvrages imprimés, paraît s'en être occupé (2) en 1617.
Ces dates suffisent pour assurer la priorité à Galilée; mais il n’est pas moins vrai que cette invention fut divulguée par d’autres, et qu’on ne la trouve pas dans les ouvrages de
(x) Sanctorius était un homme du plus grand mérite, qui a répandu dans ses ouvrages une foule d'idées ingénieuses: Lout le monde connaît sa médecine statique. Non-seulement il a publié le thermomètre et le pendule appliqué à la méde= cine, que Galilée avaitinventés, mais il a imaginé d’autres, instrumens de physique, parmi lesquels l’hygromètre à cordé mérite d’être cité (Voyez les recherches physiques de cet illus tre médecin dans Sanctorii commentaria in primam Fen Avicennæ, col. 22-23, 78,215, 219-221, 305, 500, 512, 636 etc.) | | Suivant Nelli, le thermoscope à air se trouve a les Com- | mentaria in artem medicinalem Galent F'En parurent à Ve= nise, en 1612, in-folio. C’est pour cela que j'ai dit que Sanctorius avait décrit cet instrument en 16712 , Mais je dois dé clarer que je n’ai jamais pu consulter cette pari et que je la cite ici d’après Nelli (Nelli, vita, tom. I, p. 80). Ces | commentaires ont été réimprimés dans le premier ser | des œuvres opiets de Sanctorius (Venetiis, 1660, 4 vol. | in-4), et c’est là que jai vu l’indication du thermoscope (Sane- | torii opera, tom. I, p. 358, 365, 538, etc.). l
(a) Foscarini, della letteratura veneziana, p. 307. — Nelli,, vita, tom. I, p. 87-88.
( 19 ) ce grand physicien. Cependant, on a toujours omis de mentionner l'écrivain qui l’a d'abord fait connaître (r). Comme nous l'avons déjà dit, c'est dans la traduction italienne des Pneumatiques de Porta qu’en 1606 parut pour la premiére fois l'indication d’une espèce de thermomètre (2). On se tromperait cependant si l’on voulait attribuer à Porta une telle découverte. Nous avons déjà insisté sur l'habitude qu'avait
mt
(x) Nelli, qui a fait beaucoup de recherches pour assurer à Galilée l'invention du thermomètre, n’a pas parlé de Porta, que je n’ai jamais vu cité à propos de cet instrument. Il ne s’estpasarrêté non plus à Sébastien Bartoli, auquel quelques sr attribué cette invention, mais qui ne paraît y avoir aucun droit si, comme le dit Mazzuchelli, il florissait en 1666, c'est-à-dire plus de soixante ans après que Galilée avait communiqué le thermoscope à Castelli (Tirabosché, storia della lett. ital., vol. XIV, p. 1793. — Mazzuchelli, Sorittori, tom. IE, part. I, p. 451-459.) (2) Porta, spiritali, p. 76-77: — Porta dit ici qu’il a déjà | parlé de cet instrument dans les Metéores ; mais évidemment il fait allusion à son manuscrit, car cet ouvrage, qu’il intitula aussi de Aeris transmutationthus, ne parut qu'après la ‘traduction des Pneumatiques. Je possède l'édition qui parut à Rome en 1610 (in-4), et on y a répété la première approbation du maître du sacré palais datée du 22 novembre 1608. Dans cette édition le thermoscope est indiqué au chapitre xvi ‘du premier livre. | Voyez la note XV à la fin du volume.
le physicien napolitain de reproduire les inventions de ses contemporains sans les citer. D’ailleurs le thermomètre ne se trouvant pas indiqué dans la première édition (r) de cet ouvrage, qui avait paru en latin en 1601, il est bien probable que, dans l'intervalle, l’auteur avait eu connaissance, d’une manière imparfaite au moins, de l'instrument que Galilée montrait à Castelli en 1605.
Si nous nous sommes arrêté sur ce point, ce
n’est pas seulement à cause de limportance du
(1) Voyez Porta, pneumaticorum, libri III, Neapoli 1607, in-4.— On doit remarquer, à propos du therm e, que Galilée semble l'avoir inventé à une époque où il s’occupait d'Héron (Venturi, memorie, part. I, p.!12), que Porta l'a placé d’abord dans une espèce de paraphrase du livre de l’ingénieur grec, et que Sanctorius dit (Com-
mentaria in Fen, col. 23) qu’il l’a déduit d’un instrument :
d'Héron. Or, comme dans les Spiritalia on voit diverses machines qui agissent par l’action de l'air raréfié par la chaleur, il ne serait pas absolument impossible que Porta et Sanctorius
eussent trouvé le thermoscope sans connaître l'invention |
plus ancienne de Galilée. Un perfectionnement important futintroduit dans cet instrument par un autre commentateuf
d’'Héron, dont l’ouvrage est resté toujours inédit etinconnu, | ; »
mais qui, dès l’année 1610, avait soustrait le thermoscope à l'influence de la variation de la pression atmosphérique. Voyez la note XVI à la fin du volume.
| (197) sujet, mais encore afin de prouver par cet exemple combien de prétentions mal fondées ou a élevées contre Galilée. Heureusement, pour revendiquer sa propriété, l’illustre professeur de Padoue n’a eu que rarement besoin d’invoquer le témoignage de ses amis : le plus souvent on n’a réclamé la priorité que pour des savans qui avaient fait paraitre leurs écrits après la publication des ouvrages de Galilée, ou lorsque ses découvertes étaient connues et répandues généralement.
Non-seulement ce grand observateur se livrait à l’étude de la physique et de la mécanique rationnelle, mais il s'occupait aussi de mécanique appliquée. En 1594 il obtint du doge de Venise un privilège de vingt ans (1) pour une machine hydraulique dé son invention, et peu de temps après il imagina le compas de proportion (2) in- Strument fort utile aux ingénieurs, qui eut alors un succès extraordinaire, et dont Galilée £nseigna la pratique à un grand nombre de personnes (3).
ee
(1) Ge privilège a été publié par Nelli (Vita, tom. HE, p. 62). (2) Nelli, vita, tom. I, p. 65.
(3) Nelli, vita, tom. 1, p. 65.
En 1599, il avait pris un artiste chez lui pour lui faire construire ces instrumens (1). Après en avoir envoyé dans toute l'Europe, il en donna (2) enfin la description en 1606, et cependant il se trouva des personnes qui voulurent se l’approprier. De ce nombre fut Balthazar Capra, Milanais, qui en 1607 publia la description d’un instrument semblable. Galilée, qui avait été déjà attaqué par Capra, en 1604, à propos d’une question d'astronomie (3), se plaignit hautement de ce plagiat. Une commission fut chargée d’examiner cette affaire (4), et Capra fut accablé. Galilée prouva lumineusement que l'ouvrage de ce plagiaire était une copie du sien, auquel une main ignorante n’avait fait qu’ajouter de lourdes bévues. Il donna dans cette dis-
pute le premier exemple de la dialectique irvé-
(1) Nelli, vita, tom. I, p. 65-66.
(2) Galilei , le operazioni del compasso geometrico e militare, Padova 1606, in-fol. — Cette édition ne fut tirée qu’à
soixante exemplaires , j'en possède un avec des corrections autographes de l’auteur.
(3) Nelli, vita, tom. E, p. 113.
(4) Galilei, difesa contro alle calunnie di B. Zapra, Venetia, 1607,in-4. f. 12 et suiv. — J'ai aussi un exemplaire de
cet ouvrage avec des notes autographes de Galilée.
( 199 ) sistible qu’il devait employer plus tard contre les péripatéticiens.Se servant surtout de la méthode socratique, s’'armant tour-à-tour du ridicule et de la géométrie, il confondit son adversaire, qui fut condamné publiquement (1):
La relation authentique de ce débat a été publiée : il en résulte que Capra ignorait les élémens de la géométrie, et il peut sembler extraordinaire que le philosophe toscan consentit à lutter contre un tel adversaire. Mais il parait qu'il y avait derrière Capra un ennemi plus redoutable, que Galilée ne nomme pas (2). D’ailleurs, non-seulement celui-ci aimait la discussion (3) qui lui donnait de nouvelles forces, mais dans la position où il se trouvait, critiquant Aristote et voulant tout réformer, il était forcé de
| (1) Galilei, difesa,f. 22. — Dans cette affaire Galilée fut soutenu par plusieurs nobles vénitiens et par Sarpi (Galilei, difesa, Î. 7, 10, 11,14.) (2) Galilei, difesa,f. 2-3.— Une note autographede l’auteur nomme dans mon exemplaire Simone Mario Gantsecusano. (3) Gherardini dit que quelquefois Galilée s’abstenait à
dessein de perfectionner ses ouvrages pour être attaqué et
avoir occasion de répondre (Targiont , notizie, tom. I, part. Ï, p. 70).
( 200 ) repousser les attaques pour faire triompher son système, et de ne jamais refuser le combat.
Après les six premières années, Galilée fut confirmé dans sa chaire pour un temps égal avec! une augmentation de traitement (1). Son enseignement avait tant de succès que plusieurs.
princes du Nord quittèrent leur patrie pour al-| ler écouter cet illustre professeur. (2) : de ce nombre fut Gustave de Suède (3). Galilée!
était suivi constamment par des élèves avides de l'entendre et tellement nombreux qu’on ne trouvait point de salle assez vaste pour les con-| tenir tous (4). Ils l’entouraient même à table ; et, comme ce grand homme n'avait guère de linge, il donnait à ses trop nombreux convives des feuilles de papier en guise de serviettes (5). |
(x) Nelli, vita, tom. I, p. 95-96.
(2) Nelli, vita, tom. I, p. 131 et 135.
(3) MNelli, vita, tom. ], p. 12ÿ-130. — On a cru pendant longtemps que le héros de Lutzen avait été élève de Galilée; mais il semble plus probable que ce fut un autre prince de Suède du même nom qui suivit les leçons de ce grand physicien (Venturi, memorie, part. I, p. *9, et part. II, p. 186. — Galilei, vpere, tom. I, p. LxxXVI.— Targioni, notirie, tom. II, part. Ip. 71.)
(4) Galilei, opere, tom. I, p. LXxxvVIL.
(5) Targiont, notizie, tom. IL, part. E, p. 6.
( 201 ) Ses leçons sur la nouvelle étoile du Serpentaire eurent surtout un succès extraordinaire et lui suscitèrent de bien vives oppositions (1). Dans ces leçons, il s'était proposé de prouver, contrairement à Ja doctrine d’Aristote, que les cieux ne sont pas incorruptibles, puisqu'ils admettent des changemens. Cette étoile, qui fut visible pendant dix-huit mois, et qui disparut ensuite, avait été considérée par les uns comme une lumière. située dans les régions inférieures du ciel, et par les autres comme une ancienne étoile. Galilée démontra (2) que c'était une véritable étoile, et qu'on ne l'avait jamais vue auparavant. Il fut combattu à ce sujet par Cremonino et par Delle Colombe (3); et ce fut là, comme nous l’avons dit, le premier motif de ses disputes avec Capra. Les leçons qu’il fit sur ce sujet n’ont pas été impri-
mées (4); on en trouve un extrait dans la réponse
(1) Nelli, vita, tom. I, p. 99-101. — Galilei, difesa, f. 3.
(2) Galilei, difesa, f. 5, 7. — Galilei, opere, tom. 1, P:LXVIII.
(3) Nelli, vitu, tom. I, p. or.
(4) Nelli, vita, tom. I, p. 100, — Venturi, memorie, part. Il, p. 33r.
( 202) de Galilée à Capra, relative au compas de proportion:
Dèssa première jeunesse (1 ),Galilée avait adop:té le système de Philolaus et de Copernic (2); et en 1597, il écrivit à cet égard.une lettre à Kepler, qui lui répondit en l’encourageant à publier ses méditations en Allemagne, Mais Galilée refusa de suivre ce conseil, dans la crainte, disait-il, d’être, comme Copernic, couvert de ridicule (3). Bientôt . cependant, un instrument nouveau dont il devina la construction, et qu’il dirigea le premier vers le ciel, lui permit de donner à l'hypothèse du mouvement de la terre un plus grand degré
de probabilité.
(x) Galilée a raconté lui-même que c’est à l’occasion de quelques lecons de Wurtessen qu’étant assai giovinetto il commença à réfléchir sur le système de Copernic (Galileë, dialogo sopra à due massimi sistemi, Fiorenza, 1632, in-4, p. 121).
(2) Voyez Keplert epistolæ, p. 91. — Venturi, memorie, part. I, p. 14-19.
(3) « Multas conscripsi et rationes et argumentorum ac & contrarium questiones, quas tamen in lucem ucusque pro- « ferre non sum ausus, fortuna ipsius Copernici præceptoris « nostri perterritus : qui licet sibi apud aliquos immortalem « famam paraverit, apud infinitos tamen (tantus enim est « stultorum numerus) ridendus et explodendus produit. » (Voyez Kepleri epistolæ, p. 91).
Après la publication du compas de proportion, Galilée avait continué avec un succès toujours croissant ses leçons à Padoue, sans cesser pour cela de s’occuper de physique et de mécanique. La chute des graves, l’isochronisme des oscillations du pendule, les centres de gravité des solides, la théorie de l’aimant, l’occupèrent tour-àtour. On a publié deux lettres où ce grand physicien décrit des effets singuliers qu’il avait observés, à cette époque, dans un aimant (1). Ces observations, qui ont excité l'attention de Leibnitz (2), mériteraient encore de nos jours d'être étudiées et répétées par les savans, car elles semblent présenter de graves difficultés (3). En 1609, les travaux de Galilée prirent tout-à-coup une nouvelle direction : au commencement de cette année (4), la nouvelle se répandit à Venise
(1) Galilei, opere, tom. II, p. 470-474.
(2) Epistolæ clarorum germanorum ad Magliabechium , Florentiæ, 1746, 2 vol. in-8, tom. I, p. 87.
(3) Galilée avait fait des expériences sur un aimant appartenant à Sagredo qui avait la propriété singulière d’attirer lé fer de loin et de le repousser de près(Galilei, opere, tom. EL, p- 471. — Venturi, memorie, part. I, p. 91-92).
(4) Sarpi, qui en parle dans une lettre à Groslot, du 6 janvier 1609, dit qu'il en avait reçu l’avis depuis un mois, mais
( 204 ) qu'on avait présenté en Flandre, à Maurice de Nassau (1), un instrument construit de manière que les objets éloignés se voyaient comme s'ils étaient rapprochés. On n’ajoutait rien sur la forme de cet appareil. Dans un voyage qu'il fit à Venise, Galilée apprit cette nouvelle, qui lui fut confirmée par une lettre de Paris (2). De retour à Padoue, il y réfléchit une nuit entière, et le lendemain le télescope qui a pris son nom était construit. Cet instrument, qu'il perfectionna bientôt de manière à pouvoir obtenir un grossissement de mille fois en surface (3), produisit à Venise la plus grande sensation et excita un enthousiasme universel (4). Le sénat décréta que désormais Galilée garderait sa
d’après les remarques qu’il fait à cette occasion, on voit bien qu’il n’y croyait guère et qu’il n’avait aucune idée dela construction de cet instrument (Sarpi, lettere italiane, Verona, 1673,in-12, p.118 et247. — Sarpt, scelte Lettere inedite, Capolago, 1833, in-12, p. 72).
(x) MNelli, vita, tom. I, p. 164.
(2) Galilei sidereus nuncius, Venetiis, 1610, in-4., f. 6. — Galilei, il saggiatore, Roma, 1623, in-4., p. 62. — Nelli, vita, tom. I, p. 164. — Galilei, opere, tom. I, p. LxIx.
(3) Galilei sidereus nuneius, f. 6.
(4) Nelli, vita, tom. EL, p. 165.
. chaire durant toute sa vie, avec un traitement de mille florins (1). Les tours et les clochers de Venise étaient couverts de gens qui, le télescope en main, regardaient les vaisseaux voguant sur la mer Adriatique (2). A l'aide de cet instrument merveilleux, les Vénitiens espéraient pouvoir toujours surprendre ou éviter leurs ennemis.
L'histoire de cette invention a été racontée par Galilée lui-même, qui ne s’en est jamais attribué le premier honneur, mais qui a toujours affirmé, et ses assertions sont appuyées par tous les témoignages contemporains, qu'il avait deviné le secret et perfectionné la construction de cet instrument. L'artiste du comte de Nassau fut bientôt oublié, et de tous les points de l’Europe on s’adressa à Galilée pour avoir des télescopes (3). Des documens authentiques prouvent que celui qui avait d’abord construit le télescope en Hollande pouvait à peine grossir cinq fois le
(x) Nelli, vita, tom. I, p. 167.
(2) Nelli, vita, tom. I, p. 166-167. — Erythraci pinacotheca, tom. I, p. 280.
(3) Nelli, vila, tom. 1, p. 186.
diamètre des objets (1). En 1637, on ne savait pas encore faire en Hollande des lunettes propres à observer les satellites de Jupiter (2), qui sont cependant si faciles à voir. Ce fait démontre les droits incontestables de Galilée à l'inven= tion du télescope, qui sans lui serait resté longtemps inutile entre les mains d’un ouvrier inexpérimenté (5).
(1) Nelli, vita, tom. 1, p.187-188. «à .
(2) Galilei, opere, tom. II, p. 434.
(3) Un savant illustre, après avoir exposé les découvertes que Galilée avait faites à l’aide de cet instrument, ajoute avec raison : « Après tant et de si admirables découvertes on « a droit de s’étonner que l’on ait voulu contester à Galilée « Vinvention du télescope, comme si, en pareil cas, l’inven- « teur n’était pas celui qui, guidé par des règles certaines.et « par de grandes vues, a su tirer des merveilles de ce que le « hasard avait jeté brut en d’inhabiles mains. Si celui qui, «en Hollande, joignit par hasard desverres d’inégale cour- «bure fut réellement l'inventeur du télescope, pourquoi « donc ne le tourna-t-il pas vers le ciel, la plus belle et la plus « sublime application de cet instrument? Pourquoi laissa- « t-il à Galilée le bonheur et la gloire de renverser aux yeux « de tous les préjugés antiques, de consolider par des preuves « évidentes l'édifice de Copernic, et d’agrandir les espaces « célestes au-delà de tout ce que pouvait supposer l’imagina- « tion ? Quoi qu’il en soit, on comprend aisément jusqu’à « quelle hauteur tant et de si belles découvertes durent élever « les vues de Galilée. » (Biographie universelle, article Ga-
Ce )
Le sénat de Venise songeait surtout à s'assurer, par le télescope, la domination de la mer : à laide de cet instrument Galilée voulut régner dans le ciel. Ce fut certes une idée aussi simple que féconde qui porta ce grand astronome à tourner son télescope vers les astres. On avait pensé jusqu’alors que le ciel offrait des phénomènes tout particuliers, et que par leur constitution et par la distance à laquelle ils étaient placés, les astres se trouvaient hors de l’attéinte des mortels. Ce fut donc un beau jour pour le philosophe, que celui où l'on démontra que l’homme pouvait franchir les barrières qui le séparent du ciel.
Galilée avait construit son premier télescope au mois (1) de mai 1609. Il dut passer quelque temps à le perfectionner, et cependant son ardeur fut telle que moins de dix mois après (2), il publiait un livre rempli des plus belles découvertes astronomiques. Dirigeant d’abord son télescope vers la lune, il y vit des montagnes plus
dilee.— Voyez aussi Baïlly, histoire de l'astronomie moderne, Paris, 1779, 3 vol. in-4., tom. IL, p. 25 et suiv.).
(x) Nelli, vita, tom. 1, p. 165. — Galilei, opere, tom. 1, P. LXIX.
(2) Galilei sidereus nuncrus, f. 6.
élevées que les montagnes de la terre (1), et y reconnut des cavités et des aspérités considérables ; cependant il ne se laissa pas entrainer par cette analogie du corps lunaire et du globe terrestre : il fit remarquer (>) qu’un astre dans lequel chaque point de la surface restait quinze Jours dans les ténèbres, après avoir été éclairé par le soleil pendant un égal intervalle de temps, devait éprouver de telles variations de température qu'aucun des corps organisés qui se rencontrent à la surface de la terre n'aurait pu les supporter. Ces premières observations de Galilée furent critiquées par divers professeurs et par des jésuites qui ne les comprenaient pas (3), et qui, par leur opposition, portèrent ce grand astronome à les reprendre et à les continuer. Pendant près de trente ans, la lune fut pour lui un champ de découvertes remarquables, parmi lesquelles il faut principalement mentionner la libration (4).
(x) Galilei sidereus nuncius, f. 7 et seq.
(2) Galilei, dialogo, p. 93.
(3) Galilei, opere, tom. IE, p. 79 et suiv., et p.444, 473. — Nelli, vita, tom. I, p. 216 et suiv.
(4) Galilei, opere, tom. IF, p. 47-51.
En publiant ses premières observations sur la lune, Galilée :y joignit d’autres découvertes encore plus importantes. Après avoir reconnu que la voie lactée est un amas de petits astres, et que les lunettes ne grossissent pas les étoiles fixes (x), il découvrit le 7 janvier 1610, trois des satelli-
tes de Jupiter; six Jours après, il observa le quatrième (2). Bientôt il détermina les orbites et les temps des révolutions de ces satellites, et il appliqua les éclipses de ces astres à la recherche des longitudes, problème de la plus haute importance pour la navigation et, dont tous les savans cherchaient depuis longtemps la solution (3). Malgré les motifs qu'avait eus Gali- \lée de se. plaindre du grand-duc de Toscane, il voulut rendre immortelle une famille à laquelle i] devait si peu, et les satellites de Jupiter reçurent de lui le nom d’astres des Médicis (4).
(1) Galilei sidereus nunetius, f. 16 et seq.
“ (2) Galilei sidereus nuncius, f. 17 et 18.
} (3) Venturi, memorie, part. I, p. 177 etsuiv. À (4) Galilée était dans l'incertitude s’il les nommerait Cosne du nom du grand-duc, ou medicei. On choisit à Florence “le second nom comme plus clair (Lettere inedite di uominr “illustri, tom. I, p. 22-23).
Après la publication de l'ouvrage qui contenait dés observations si intéressantes, si inattendues, Galilée s'occupade Saturne (+); et l'imperfection de’ son télescope, qui n'avait pas un grossissement suffisant, ne lui permettant pas! de distinguer la forme de! l'anneau, il crut que les deux parties de cet anneau qu'il voyait en ‘saillié sur le corps de la planète y adhéraient, et que cet astre était éricorps. Il annonça cette observation pär ün anagratnme que personne ne devina (55), et dont l’empereur Rodolphe IT fit demander lexplication (3). Ces découvertés, qui se succédaierit avec une si étonriante rapidité, excitèrént à-la-fois l'émulation et l'envie de plusièurs ‘savans (4), l'admiration des amis (5) de Galilée ét'les 'clamêéurs de sès énnerñis. On fit dés tentatives male heureuses pour trouvér’ dé nouvelles plänètes!, ou du moins des satellites (6); et dans limpossi-
(1) Lettere inedite di uomini illustri, tom. I, P: 29.
(2) Galilei, opere, tom. TE, p. 59.
(3) Galilei, opere, lom. IF; p. 39.
(4) Venturi, memorie, part. | à P: 120 ét SUV: ” Net, ee | tom. I, p. 216 et suiv. Te
(5) Venturi, memorie, part. I, p. 14 ét Suiv. (6) Nelli, vita, tom. LE, p. 216.
( 217 ) bilité d'y réussir, on annonça avec pompe des astres qui n'étaient point nouveaux. Le grandduc de Toscane témoigna par de riches présens sa satisfaction au professeur de Padoue (1), et le roi de France lui fit demander des astres qui porteraient son nom (2). Les poètes célébrèrent à l’envi les découvertes de cet illustre astronome; et on représenta les: satellites dé Jupitér dans des mascarades (3). Ces faits divers montrent quelle était l’impression produite par ces découvertes dans toutes les classes de la société. Cependant les péripatéticiens les nièrent avec colère: Il semblait qu'il n'ÿ eût qu'à regarder pour être convaincu de leur réalité; mais les uns ne voulurent pas mettre l’œil à une lunette, les autres prétendirent que ce n'étaient là que des espèces d'illusions diaboliques produites par les verres des télescopes (4). L'i-
(1), Nelle,vita,tom. E, p. 220.
» (2) Nelli,vita, tom. I, p.217.
(3) Neili, vita, tom. [, p.22i.— Targiont, notizie, tom. I, p-23. — Venturi, memorie, part. I, p. 150.
(4) Venturi, memorie, part. 1, p.r42et 185. — Nelli, vita, tom. Ï, p.218 etsuiv.— Galélei, opere, tom. I, p.rxxr. — Le père Clavius disait que, pour voir les satellites de Jupiter, il
gnorance le disputait ainsi à la mauvaise foi.
Devenu célèbre par de. si brillans travaux, vivant dans f’aisance que lui procurait l'exercice de ses talens, entouré d'amis puissans et dévoués, Galilée semblait irrévocablement fixé à Padoue, et destiné à vivre désormais sous les lois de la république de Venise; car nulle part il ne pouvait trouver autant de liberté pour ses opinions philosophiques ni des amis tels que Sagredo et Sarpi. Admirateur de ce grand astronome, et plein d’enthousiasme pour la nouvelle physique (1), Sagredo n’avait pas cessé un, seul instant de l’appuyer dans le sénat de toute l'autorité de son nom,
fallait d’abord fabriquer un. instrument qui les püt créer : (Ibid). 72
(x) Sagredo, que Galilée a rendu immortel en le choisis sant pour un des interlocuteurs de ses dialogues, a fait différentes observations qui méritent d’être citées. Il a modifié le thermomètre, et on lui doit les plus anciennes observations météorologiques dont le souvenir soit arrivé jusqu’à nous. Il s’est occupé de magnétisme, et lors de son voyage en Orient, il détermina la déclinaison de l'aiguille aimantée à Alep. Il fit aussi des observations sur les satellites de Jupiter et sur les taches solaires. Une question d’astronomie qu’il adressa au père Scheiner excita la colère de ce jésuite, qui ne put la résoudre (Nelli, vita, tom. I, p. 71, 72, 81, 90, 105, 107,108, 224, 294, 336,341.— Venturi, memorie, part. E, p.20}.
( 213 ) de toute l'influence de sa famille. Sarpi, que son Histoire du concile de Trente a rendu si célèbre, aimait et cultivait les sciences avec succès: esprit universel, il s’est occupé à-la-fois d’astronomie, d’algèbre, de physique, d'anatomie (1), et s’est associé à quelques-unes des plusimportantes
(1) Je regrette de ne pouvoir consacrer quelques lignes à &et homme inébranlable qui, dans le siècle de Giordano Bruno et de Dominis, osa combattre le pouvoir des pontifes, et que la cour de Rome, mème à l’aide de sicaires , ne put réduire au silence. Sa vie politique et littéraire a été écrite plusieurs fois; elle se résume en deux mots: il dirigea pendant quinze ans les conseils de la république de Venise, et composa l’Histoire du concile de Trente. Sarpi s’occupa aussi des sciences exactes, il les cultiva avec succès, mais on ne peut plus aujourd'hui apprécier ses travaux scientifiques. Car, tandis qu’on imprimait de tous côtés des ouvrages apocryphes, dont son nom faisait tout le succès, et qu’on lui attribuait un livre abominable composé par un bâtard de la maison Canale (Voyez Cicogna, iscriziont veneziane, Venezia, 1824, 5 vol. in-4, tom. III, p. 505), on laissait dans l’oubli tous ses écrits scientifiques, qui furent perdus pour toujours, en 1769, dans l'incendie de la bibliothèque des Servi à Venise. Sarpi s’était occupé de la résolution des équations, des marées, de l’aimant et de la lumière. Il avait tracé une carte de la lune; et fait des expériences sur la dilatation et l’élasticité de Wair (Voyez Tiraboschi, storia della lett. ilal., vol. XI, p. 468 et suiv. — Bianchi-Giovini, biografia del Sarpi, Zurigo, 1836, 2 vol.in-x2, tom. I, p.68-81,.et tom. IT, p. 456-59); mais comment apprécier des travaux dont ilne reste aucune
(ar4)
découvertes qui ont été faites de son temps (1). La grande réputation dont il jouissait comme théologien et comme homme d'état, le rendait
très influent à Venise, et. il usa de son crédit
trace? Les biographes de Sarpi, qui ont parlé de ses écrits avant qu’ils, fussent détruits, auraient dû les publier, plutôt que d’en donner un exposé qui parfois n’est pas exact. On a dit que Gilbert avait appris du théologien de Venise beaucoup de choses sur le magnétisme; mais ce fait n’est pas démontré. Une analyse que Grisellini a donnée des recherches de'Sarpi sur l’aimant prouve qu’elles ayaient de l'importance (Grisellini, memorie aneddote, Losanna, 1760, in-8, p. 36.et suiv.) : Gilbert les a citées (G2/herti di magnete, Londini, 1600, in-fol., p. 6). Les philosophes doivent regretter la Métaphysique, dont Foscarini a donné un extrait fort intéressant ( Foscarini, della lett. veneziana , p. 309-310).
(x) Gassendi affirme dans la vie de Peiresc que Sarpi avait découvert les valvules des veines (Gassendi opera, tom. V, p.262.—Voyezaussi Foscarini, della lett.veneziana, p. 308. —Tiraboschi , storia della lett. ital., vol. XI, p.595- 597).— Il est certain que cet esprit encyclopédique s’occupait d’histoire naturelle et d'anatomie. Un médecin célèbre, Aquapendente , avoue, dans un ouvrage publié d’abord en 1600, qu’il lui devait une observation importante sur le mécanisme de lPœil : Quod arcanum observatum est, et mihi significatum a Rev. patre Magistro Paulo Veneto, Ordinis, ut appellant, Servorum., . Theologo Philosophoque insigni, sed Mathematicaurum disciplinarum, ut prœserlim Optices, maxime studioso (Aquapendente (ab), opera omnia, Lipsiæ, 1687, in-fol. mp: 220).
( 245 ) pour protéger Galilée contre les attaques dont celui-ci était l’objet; et pourtant, malgré tant de motifs qui devaient le retenir à Padoue, Galilée commit la faute irréparable de ‘retourner en Toscane : une telle faute.a été la source de tous ses malheurs. Les causes qui le portèrent à cette fatale détermination ue sont pas bien connues; mais on pourrait croire que, fatigué par un enseignement qui lui prenait une partie: notable de son temps(1),; il désira s’en affranchir, et que
(1)Dans une lettre qu’il écrivit au secrétaire du grand-duc, Galilée disait qu'à Padoue, il n’était obligé qu’à donner soixante lecons par an, d’une demi-heure chacune, mais que les leçons particulières lui prenaient beaucoup de temps; et il ajoutait : « Perd quando io dovessi rimpatriare, deside- « rerei che la prima intenzione di S. A. S. fusse di darmi ozio « e comodità di potere tirare a fine le mie opere senza occu- « parmi in leggere... Ed in somma vorrei, che i libri miei « indirizzati sempre al serenissimo nome del mio Signore « fussero quelli che mi guadagnassero il pane ; non restando « intanto di conferire a $. À. tante e taliinvenzioni, che forse « niun altro Principe ne ha delle maggiori.» (Lettere inedite di uomini illustri, tom. I, p. 16-17).—D'’après une autre de ses lettres, il paraîtrait que Galilée, qui ne tenait aucun compte de l'argent (Voyez Galilei opere, tom. 1, p. LXxxv. — Targioni, notizie, tom. IT, part. I, p.73), avait besoin de deux années de traitement anticipé pour achever de payer la dot de ses sœurs, et qu’il en fit la demande au grand-duc (Letlere inedite di uomini illustri, tom. 1, p- 27).
( 216) ne pouvant y parvenir à Padoue, il chercha à s’entendre avec le grand-duc. On ne sait pas bien de quel côté vinrent les premières propositions (+); déjà Galilée avait profité, à plusieurs reprises, des vacances pour aller passer quelques mois en Toscane. Dans ces voyages, il avait été reçu à la cour, et avait même donné des lecons aux fils du grand-duc (2). Ces rapides excursions durent réveiller en lui l'amour du pays natal, qui devient toujours de plus en plus vif chez les hommes obligés à vivre longtemps parmi des étrangers. D'ailleurs les Médicis éprouvaient le désir de rappeler à Florence un homme si célebre : après l’avoir délaissé lorsque leur appui lui aurait été utile, ils voulurent partager sa gloire
(+) Melli, vita, tom. T, p. 254 et suiv. — Dans une lettre que Nelli a publiée (+b:d.), on trouve la phrase suivante : « Acciocchè in altra occasione, che si presentasse allIIlustrissimo Signore Enea , possa con la sua prudenza et destrezza rispondere più determinatamente al serenissimo nostro Signore. » Ce qui paraît indiquer que le grand-duc avait d’abord manifesté le désir que Galilée renträât en Toscane.
(2) Venturi, memorie, part. [, p.89-92.—Nelli, vita, tom. I, p. 131 ‘et Suiv. — Galilei, opere, tom. [, p. LxxxvrIt. — La srande-duchesse Christine lui demandait des prédictions astrologiques (WeZd, vita, tom. |, p. 135).
(217 et son éclat quand il n'avait plus besoin de protection. Cependant ils ne se laissérent pas entraîner trop loin, car, après d'assez longs pourparlers, Galilée, qui venait de faire de si étonnantes découvertes , et qui en avait préparé beaucoup d’autres (1), fut nommé, le 10 juillet :1610, premier mathématicien et phi-
(1) Nelli a publié une lettre qu’on croit être de l’année 1609, où Galilée dit qu’il avait entrepris trois grands ouvrages dont il ne donne pas les titres, et qu’il voudrait que le grand-duc lui fournît les moyens de les terminer (Nelli, vita, tom. Ï, p. 256). Nous avons déjà plusieurs fois cité une lettre adressée au secrétaire Vinta et dans laquelle Galilée parle longuement de ses travaux : il dit qu’il veut achever son traité de syslemate seu constitutione universi, en deux livres, trois livres de motu loculi qu’il appelle avec raison une science nouvelle, et la mecanique également en trois livres; etil ajoute qu’il a composé divers ouvrages de sono et acre, de visu ct coloribus, de maris œstu , de compositione continui, de antmalium motibus, et sur d’autres sujets; qu’il veut écrire un traité de fortification et d’artillerie,et qu’il prépare les tables des satellites de Jupiter (Lettere inedile di uomini illustri, tom. I, p. 18-20). Malheureusement Galilée, qui allait chercher en Toscane le calme nécessaire pour travailler, n’y trouva que des tracasseries et des persécutions qui le détournèrent de ses recherches. De tous ces ouvrages, les deux premiers seulement ont paru, et l'on a publié quelques extraits de la Mécanique et de son Traité des marées. Le reste paraît être irrévocablement perdu.
losophe (1) du grand-duc de Toscane, avec un traitement inférieur à celui qu'il avait à Padoue, et aux émolumens dont jouissaient quelquesuns des professeurs de l’université de Pise (2). |
Cette résolution de Galilée indisposa vivement les Vénitiens. Sagredo: voyageait alors. dans le Levant (5); à son retour, il écrivit au grand astronome une lettre où, en témoignant le chagrin que lui avait causé son départ, il exprimait des craintes qui ne tardérent pas à
se réaliser. Avec cette prévoyance et cette me-
(1) Filosofo e Matematico primario del Serenissimo Gran Duca di Toscana est le titre qu’on trouve dans les Galleggianti, dans le Macchie Solari, dans tous les ouvrages publiés après 1610. Cependant, il paraît que le titre véritable était celui de « Matematico Primario dell Università di Pisa « e Filosofo del Serenissimo Gran Duca, senza obbligo di « Leggere ne di risedere nello Studio di Pisa. » Le but du grand-duc.en conférant ce titre à Galilée était de faire payer son traitement par la caisse de l’Université ; ce qui exposa plusieurs fois le professeur non résidant à perdre le traitement que le grand-duc économisait ainsi.
(2) À Padoue Galilée recevait près de deux mille écus (12,000 francs) par an, en y comprenant ses répétitions : le grand-duc lui donna mille écus. Nous avons déjà dit que Mercuriale, professeur de Médecine à l’Université de Pise, avait eu le double.
(3) Nelli, vita, tom. I, p. i4o-et 263.
(219 ) sure qui ont toujours caractérisé l'aristocratie vénitienne, Sagredo fit sentir à son ami l’imprudence qu'il avait commise en quittant un pays libre où les chefs du gouvernement avaient pour lui la plus grande déférence, pour aller se inettre à la merci d’un prince Jeune et inconstant, dans un pays où les jésuites exerçaient un si grand pouvoir (1). Sarpi, profond politique, alla plus loin encore, et ayant appris peu de temps après que Galilée voulait se rendre à Rome pour convaincre ses adversaires , il pressentit que la question du mouvement de la terre deviendrait bientôt une affaire de religion, et que le mathématicien du grand-duc de Toscane serait forcé de se rétracter pour échap-
per à l’excommunication (2).
Galilée revint à Florence vers le milieu (3) du mois de septembre 1610, et il reprit ses re-
(1) On peut lire cette lettre remarquable dans Nelli, vita, tom. I, p. 264-269, et dans Venturi, memorie, part. 1,
(2) Bianchi-Giovini, biografia del Sarpi, tom. Il, p. 280- 281. — Venturi, memorie, part. 1,p. 274.
(3) Nelli, vila, tom. LE, p. 260-261. — Letiere incedite
di uoméni illustri, tom. EL. p. 29.
cherches, avec une telle ardeur, qu’au bout de : quelques jours il avait découvert les phases de Vénus (r), qu'il ne fit connaître aux astronomes | que sous le voile d’un anagramme (2). Bientôt il remarqua des changemens notables dans le dia- | mètre apparent de Mars (3) et dans l'éclat de | cette planète. À Padoue il avait découvert déjà : les taches du soleil qu'il avait fait voir à Sarpi (4) : et à d’autres savans. Il poursuivit ces observations | en Toscane, et pendant le séjour qu’il fit à Rome | en 1611 au printemps, il montra ces taches (5) à | un grand nombre de personnes et à plusieurs cardinaux avides de voir toutes ces nouveautés dans le ciel, que les péripatéticiens s’obstinaient encore à regarder comme incorruptible.
L'étonnement universel que produisirent ces
= mes
(1) Nelli, vila, tom. I, p. 213.
(2) L’anagramme était Hæc immatura a me iam frustra Leguntur o y, qui signifiait Cynthiæ figuras æœmulatus mater amorum (Galilei, opere, tom. IL, p. 41).
(3) Ce fut vers la fin de 1610 qu’il s’apercut de ces changemens (Galilei, opere, tom. 1E, p. 45-46).
(4) Nelli, vita, tom. f, p. 326-327.
(5) Venturi, memorie, part. I, p. 170.— Nelli vita, tom. 1, p- 328.
( aa ) découvertes, à une époque où l’on croyait encore que le ciel et les astres se montraient à nos yeux tels qu’ils sont, la sensation qu’elles produisirent à Rome, les discussions qui s’établirent à cette occasion sur l’immobilité de la terre que Galilée n'adoptait pas, finirent par exciter l’attention de quelques ecclésiastiques influens qui craignirent que ce que Galilée leur montrait ne füt une espèce d’illusion peu conforme aux dogmes de l'église; le cardinal Bellarmin (1) s'adressa à quatre jésuites, parmi lesquels se trouvait l’astronome Clavius, pour demander leur avis sur ces découvertes : leur réponse a été publiée, et elle prouve qu’à cette époque ils ne repoussaient pas les nouvelles observations (2). Bientôt Galilée retourna en Toscane couvert de gloire. Il laissait à Rome des amis et des admirateurs enthousiastes, et une association puissante (l'académie des Lincei, sur laquelle nous reviendrons plus loin), qui se proposait pour but un progrès indéfini en toute chose et qui avait adopté ce grand homme pour
(1) Venturi, memorie, part. I, p. 167.
(2) Venturi, memorie, part. Ï, p. 168,
guide; mais il y laissait aussi des ennemis, des envieux, et dans les chefs de l’église une méfiance sourde et cachée qui devait grandir peu-à-peu et se transformer enfin en une persécution ous verte et acharnée. : ii
* C'est probablement à son retour de Rome que Galilée inventa le microscope. Cet instrument que, d'après des témoignages beaucoup trop postérieurs, on a attribué à Zacharie Jans de Middelbourg (1), et que Drebrel aurait vu en 1619 en Angleterre comme une chose nouvelle, avait été construit au moins sept ans auparavant par Galilée, qui, d’après Viviani , en envoya unten 1612 au roi de Pologne (2): Cette date arété contestée (3),mais des ouvrages publiés dans la mêmé annéé (4) prouvent qué le microscope
(1) Borelli (Petri).de vero. telescopit inventore,, Hag.+ Comit. 1655, in-4, p. 29-26. | à
(2) Viviani, divinatio, pars II, p. 123-124. — Galilei, opere, tom. Ï, p. xx. M * -
(3) Elle l’a été surtout parce que Viviani s’est trompé sur le nom du roi, qu’il a appelé Casimir et qui devait être Sigismond.
(4) La première édition des Ragquagli di Parnaso di Trajano Boccalini, publiée à Venise, en 1612, in-4, renferme (page 4) le passage suivant : « Ma mirabilissimi son quegli
était connu alors en Italie, et dès-lors l’antériorité ne saurait être disputée à Galilée. Il paraît cependant que ce ne fut qu’en 1624 qu'il perfectionna cet'instrument (1), et qu'il lui donna la forme qu'il a longtemps conservée.
” Bien qu'il dût désirer surtout de: continuer ses observations ‘astronomiques et d'achever les” ouvrages ‘qu’il avait commencés, Galilée fut promptement détourné de ses! travaux. Le grand-duc, qui aimait les sciences, ‘réunissait volontiers des savans pour les entendre discuter divers points de: philosophie et de physique. Dans une de ces réunions (2), les péripatéticiens prétendirent que la figure d’un corps plongé « peubh FANETRERE à con OS Que che Pr Pre
« red it da alcuni soggetti grandi, i i quali pônendoli poi &’al naso dei loro Sfortunati Cortigiani , tanto alterano la @ vista. di quei miseri... Ma gli « occhiali ultimamente inven- « tati in Fiandra, a gran prezzo sono comperati dagli stessi « gran personaggi, e poi donati ai loro Cortigiani, i quali « adoperati da essi fanno parer loro vicinissimi quei pre- « mij, e quelle dignitädi alle quali non giunge la vista loro.» On voit par cette citation que Boccalini connaissait le miscroscope et le télescope. |
(x) Tiraboschi, storta: della lett. ital., vol. XIV, pi167. — Nelli, vita, tom. I, p.
(2) Venturi, memorie, part. L, p.160.
( 224 ) | dans un liquide influait principalement sur la faculté qu'il avait de surnager (1}. Galilée, qui, dans sa jeunesse, s'était déjà occupé d’hydrostatique, soutint l'opinion contraire, et cette discussion produisit un ouvrage qui a pour titre: Discours sur les choses qui surnagent ou qui se meuvent dans l’eau (2). Dans ce livre, qui essuya les plus amères, les plus injustes critiques, non-seulement Galilée établit la véritable théorie de l'équilibre des corps flottans, mais, pour répondre à ses adversaires, il cite une foule de faits intéressans qu'il avait observés et qu’il explique d’après les véritables principes de la physique. Lagrange a déclaré que, dans cet ouvrage, Galilée,auteur du principe des vitesses virtuelles, en avait déduit les principaux théorèmes d’hydrostatique (3).
Bien que tour-à-tour attaqué par Grazia, Delle Coiombe, Coresio et Palmerini (4), Galilée ne répondit pas directement à ses adversaires.
(1) Nelli, vita, tom. I, p. 3ox.
(2) Ce Discours parut en italien à Florence, en 1612, in-4; il en fut fait deux éditions dans la même année.
(3) Lagrange, mecanique analytique, tom. I, p. 178.
(4) Nelli, vita, tom. I, p. 313 et suiv.
( nb ) Son éleve et ami Castelli (1), moine de l’ordre du. Mont-Cassin , dont nous parlerons plus loin, et qui s’est acquis une juste célébrité par ses écrits sur l’hydraulique, se chargea de publier une réponse que Galilée avait probablement rédigée (2), mais où son nom ne paraissait pas. Cette polémique ne l’empêcha pas de continuer ses travaux astronomiques. Déjà, dans l'ouvrage sûr les corps flottans, il avait mentionné la découverte des taches solaires, d’où il déduisait da rotation de cet astre autour de son axe, et il avait fait connaitre les phases de Vénus ainsi que le temps qu’emploient les satellites de Jupiter à parcourir les orbites qu'ils décrivent autour de cette planète (3). Mais le jésuite Scheiner ayant fait paraître trois lettres adressées à Marc Velser, où il s'attribuait la découverte des taches du soleil (4), Galilée envoya à l’aca- : démie des Lincei son Histoire des taches so-
em rm eg ee mure gg in qe carats tm emtmtt hier celeron
(1) Nellé, vita, tom. I, p. 315.
(2) Nelli, vita, tom. I, p. 316.
(3) Gatiler, discorso intorno alle cose che stanno sull’ucqua, | Firenze, 1612, in-4 (1"° édition), p. 3-4.
(4) Tres epistolæ de maculis solaribus scriptæ (a Scheinero) ad Marcum Velserum , August. Vindelic. 1612, in-4, IV. 15
( 226 ) laires, dont la publication fut entravée par les, censeurs (1), et qui ne parut qu'au commencement de 1613. Dans la préface, les Lincei, réclamaient l’antériorité en faveur de Galilée) qui, disaient-ils, avait fait voir à Rome ces, taches à une foule de personnes (2). Gali-| lée, dans cet écrit, exposait ses observations et réfutait les opinions erronées de Scheiner, qui, partant de l’axiome admis dans les écoles que le soleil était un corps dur et invariable (3), avait avancé que les taches étaient des astres tournant autour du soleil (4). La priorité de Galilée, établie sur les preuves les plus convaincantes (5), ne saurait être révoquée en doute; mais lors même que ce grand astronome n'eût pas été le premier à observer ces taches (6),
(1) Nelli, vita, tom. I, p. 337-339.
(2) Galilei, istoria e dimostrazioni intorno alle macchie solari, Roma, 1613, in-8, p. 3.
(3) Disquisitio de maculis solaribus (a Scheinero), August. Vindelic. 1612, in-4, p. 19.
(4) Galilée était resté d’abord incertain sur la cause du mouvement des taches (Galilei, discorso intorno alle cose che stanno sull acqua, p. 4), mais il ne tarda pas à découvrir le mouvement de rotation du soleil.
(5) Galilei, opere, tom. IT, p. 226
(6) Elles semblent avoir été apercues anciennement. Les
(227) il aurait surpassé tous ses rivaux pour les con. séquences iniportantes qu'il sut en déduire relativement à la constitution physique du soleil’et au mouvement de rotation de cet astre. Galilée s'abstint de faire aucune hypothèse sur la cause inconnue jusqu'aujourd’hui de ce phénomène.
Mais son ouvrage sur les taches solaires est digne encore d'être consulté par les savans, et tous ceux qui veulent rechercher l’explication de ces apparences singulières, doivent lire d’abord l'écrit de Galilée, qui, par des observations répétées, a su découvrir les circonstances
principales de l'apparition et du mouvement
de ces taches. (r) | |
Arabes paraissent les avoir remarquées, et Galilée a soin de faire observer qu’un prétendu passage de Mercure sur le Soleil du temps de Charlemagne n'avait été probablement qu'une grande tache solaire (Galilei, istoria intorno alle
| macchie solari, p. 54.— Assemanni globus cœlestis, Patavii,
1790, in-4, p. XXXIX).
(x) Galilée avait aperçu aussi les facules, et il avait remarqué que les mêmes taches diffèrent par l’opacité et par la gran-
| deur suivant qu’elles sont près dela circonférence ou vers Le 1 Centre du soleil. Au reste, cette découverte a été aussi dis-
putée par Fabricius à Galilée, et dans ces derniers temps, on a voulu l’attribuer à Harriot : mais toutes les observations que l'on cite sont postérieures à l’époque où Galilée montrait ces
( 228 ) Galilée ne pouvait s'avancer aussi rapidement dans la voie de la vérité sans s'exposer aux
plus graves dangers. Battus dans les discussions
scientifiques, les péripatéticiens eurent recours
aux argumens plus terribles de la religion. On
a déjà vu que, depuis longtemps, Galilée avait
adopté la théorie du mouvement de la terre :
bien qu'il n’eût pas encore soutenu publique-
ment cette opinion (1), cependant il n'avait jamais cessé de linculquer à ses élèves et à ses
amis. Or, tant que cette théorie était restée à
l'état d’hypothèse, l'Église ne crut pas devoir
intervenir, et quoiqu’elle professät générale-
ment la doctrine opposée, elle permit au cardi-
nal de Cusa de soutenir le mouvement de la
terre, et à Copernic de publier sa théorie dans |
taches à Sarpi à Venise, et d’ailleurs il faut remarquer que
Galilée Jui-mème admettait qu’on eût pu les apercevoir à la | vue simple. Son grand mérite, c’est d’en avoir déduit des | conséquences si importantes (Ne/li, vita, tom. I, p. 342. — |
Venturi, memorie, part. Ï, p. 192.—Tirabosehi, storia della
lett. ital., vol. x1v, p. 836 et suiv. — Lardner, the cabinet |
cyclopedia ; Biography of eminent literary and scientific men of Italy, Spain, etc., tom. IT, p. 25).
(x) Venturi, memorie, part. Î, p. 202.
un ouvrage dont le pape accepta la dédicace ; car alors le public repoussant ces brillantes théories, s’en tenait à l’immobilité de la terre: et comme cette ignorance universelle, qui s’efforçait de couvrir Copernic de ridicule, arrêta longtemps Galilée (1), l'Eglise n'avait aucun motif sérieux d'inquiétude et dédaignait ces impuissantes tentatives. Mais enfin le philosophe Toscan, comme tous les grands esprits, secouant ce joug de la multitude, sut par son courage, par son génie, par son amour ardent de la vérité, réformer l'opinion générale, et son ascendant lui ayant acquis le concours de tous les hommes de talent, le système de Ptolémée et la philosophie d’Aristote furent menacés à-la-fois. Galilée se vit alors en butte à une de ces persécutions dont tous ceux qui avaient tenté Jusqu’alors d'opérer la réforme de la philosophie étaient devenus l'objet.
Nous avons déjà dit que, durant son séjour à Padoue, il avait eu à soutenir de rudes combats contre des professeurs de l’université et contre
— ee ——cmrmartt
(1) Voyez ci-dessus, p. 202.
( 230 } des jésuites; mais le gouvernement était resté neutre, et même en certains cas, le novateur se vit appuyé par l'autorité. Il n’en fut pas de même en ‘Toscane, où les Médicis, soumis au pape et au clergé, avaient plusieurs fois sacrifié leurs intérêts et leurs amis aux exigences et aux rancunes de la cour de Rome (1). Côme II estimait sans doute Galilée, mais jeune (2), sans expérience, et entouré d’ailleurs de gens attachés à l'ancienne philosophie et au pape, ce prince ne pouvait guère le protéger. Cependant tant qu'il vécut, la vraie philosophie n'eut pas à essuyer de trop violentes persécutions; mais après sa mort, pendant la régence de Christine de Lorraine, sous le règne de Ferdinand IL, Galilée dut souffrir des traitemens odieux, sans que
(1) On sait que Côme I°’ livra son ami Carnesecchi à l’inquisition de Rome, et que lorsqu'il apprit les dangers de cette illustre victime, il se borna à dire: Dio l’ajuti! Plus tard, Vecchietti, savant voyageur, fut livré également et mourut dans les fers, et un grand-duc de Toscane, pour complaire à Urbain VIIE, s’abaissa jusqu’à servir de geôlier à Mariano Alidosi, dont le pape convoitait les fiefs (Nelli, vita, tom. [, p. 253.—Galluzzi, istoria del granducato di Toscanea, Firenze, 1781, 5 vol. in-4, tom. IIL, p. 467-468).
(2) Ce prince était né en 1590.
(ad )
le gouvernement toscan osât jamais le défendre autrement que par des prières et en tremblant.
Bien que plusieurs jésuites eussent combattu les doctrines de Galilée, cependant ce ne furent d’abord que des attaques isolées, et nous avons déjà vu que ses découvertes avaient été confirmées par des astronomes de la compagnie de Jésus (1). Rome ne pouvait goûter ces nouveautés; mais elle hésitait encore à prendre un parti dans une question qui paraissait purement mathématique : cependant elle fut bientôt entrainée par les clameurs des partisans de l’ancienne philosophie, qui étaient en même temps les hommes les plus orthodoxes et les plus fermes soutiens de l’Église. Il semble (>) même que les premiers symptômes de persécution religieuse se manifestèrent en Toscane. L’archevêque de Florence, Marzimedici (3), Gherardini, évêque
(1) Melli, vita, tom. I, p. 292.
(2) Une lettre de Cigoli prouve que déjà, en 1612, les moines machinaient à Rome quelque chose contre Galilée, mais il n’y avait rien d’ostensible, et les premières démonstrations publiques eurent lieu en Toscane, (Nelli, vila, tom. I, p. 391).
(3) Nelli, vita, tom. I, p. 391.
({ 2Ba: ) de Fiesole (1), et d’Elci, proviseur de l’université de Pise, en furent les promoteurs (2). Il est vrai que le père Foscarini (3), le père Castelli (4), et Monsignor Ciampoli (5), prirent la défense de Galilée, et que le cardinal Conti parut assez indifférent au système du mouvement delaterreou. à l'hypothèse de Ptolémée (6). Mais bientôt les | dominicains , s'étant déclarés hautement contre | Galilée, entrainèrent tout par leur violence. Le pere Caccini prêcha publiquement à Florence contre ce grand astronome, et son sermon, dans lequel il se proposait de prouver « que la géo- « métrie est un art diabolique, et que les ma-
(x) Nelli, vita, tom. I, p. 399.
(2) Nelli, vita,tom.I, p.394. — Venturi, memorie, part. I, p: 202.
(3) L’écrit de Foscarini, en faveur de Copernic, parut d’abord à Naples en 1615 (Voyez Nelli, vita, tom. I, p. 399. — Venturi, memorie, part. I, p. 252). Le père Cuppis, jésuite, professait les mêmes opinions, qui déjà avaient été soutenues par Stunica dans son commentaire sur Job, imprimé à Tolède, en 1584,in-4.
(4) Nelli, vita, tom. I, p.394. — Venturi, memorie, part. E, p- 202.
(5) Nelli, vita, tom. I, p. 399. —- Venturi, memorie, part. E, p- 219.
(6) Venturi, memorie, part. E, p. 176.
(28559) « thématiciens devraient être bannis de tous « les états comme auteurs de toutes les héré- « sies,» commençait par ces paroles de saint Luc: f’iri Galilæi, quid statis adspicientes in cœlum (x). L’ignorance de ces pères égalait leur fanatisme. On ne cessait de répéter le terra in œternum stat de l'Écriture , aussi bien que ce passage oùuitest dit que Josué commanda au soleil de s'arrêter , et l’on ne savait même pas le nom des auteurs dont on condamnait les doctrines. Galilée répliqua et ménagea peu ses adversaires. Dans les lettres qu'il adressait à ses amis, et dont les copies se répandaient promptement partout (2), il s'attachait surtout à prouver que l’on avait jusqu'alors mal interprété les Écritures, et il
(1) Venturi, memortie, part. I, p.219. — Nelli, vita, tom. I, p. 395.—Lettere inedite di uomini illustré, tom. 1, p. 47. — Le prédicateur du Duomo, à Pise, bläma sévèrement celte sortie du père Caccini, qui, disait-il, pouvait soulever le peuple contre Galilée. Kepler aussi avait joué sur le nom du philosophe toscan ; mais au lieu d'employer, comme le père Caccini, l’évangile pour servir la haine, il s’était écrié avec une généreuse noblesse : Galilæe vicisti (Leltere d’uomint illustri che fiorirono nel principio del secolo decimoscttimo. Venezia, 1744, in-8, p. 216).
(2) Venturi, memorie, part. EL, p. 202-219.
(254) démontrait très habilement qu’en prenant à la lettre le passage de Josué, les jours auraient été raccourcis et non pas allongés (1). Ces discussions théologiques, dans lesquelles il était si dangereux d’avoir raison, ne firent qu'irriter da-. vantage ses adversaires, et l’on sait que de tous les écrits de Galilée, il n’y en a aucun qui aitété aussi sévèrement interdit que la lettre quil adressa (2) en 1615 à la grande-duchesse Christine, et où il examinait surtout le côté théolo-
(1) Venturi, memorie, part. I, p. 207. — Delambre, qui juge souvent avec une extrême légèreté et qui s’est même trompé sur la ville où naquit Galilée (Delambre, histoire de l’Astronomie moderne, tom. I, p. 616), traite assez durement ce grand homme, et dit que ses argumens n'étaient que des subtilités, et que l’on conçoit que sa défense, pleine de faiblesse et dénuée de sincérité, ait fait hausser les épaules à ses juges (Zbid., p. xxir et xxvir ). Delambre était loin de posséder ce qu’il faut pour bien apprécier Galilée ; il aurait dû toujours s’astreindre à étudier les faits qu’il avançait, et à ne parler qu'avec respect d’un tel homme. Dans la Biographie universelle, M. Biot lui avait tracé un modèle digne d’être imité. :
(2) Quelques auteurs ont cru, sur le témoignage de Lalande, (Biographie astronomique. Paris, 1803, in-4, p. 158),que cette lettre avait paru d’abord en 1612; mais Lalande s’est trompé. Galilée lui-même a dit qu’il l'avait écrite en 1615, et elle ne parut qu’en 1636 à Strasbourg, in-4.
(28h +) gique de la question. Cette piece, qui ne fut publiée que longtemps après, est un modele de dialectique, et peut être comparée aux lettres si célèbres par lesquelles un autre illustre géomètre, Pascal, confondit , quelques années plus tard, d’autres théologiens.
La cour de Rome suivait (1) attentivement toutes ces controverses et ne voulait pas que l'interprétation des Écritures fût remise aux mains des séculiers. C'était là la véritable difficulté, car il ne manquait pas d’ecclésiastiques disposés en
| faveur de la théorie du mouvement de la terre; |mais tous prétendaient conserver à l’église le droit
(1) IL résulte du procès original de Galilée, que Delambre a eu entre les mains, et qui s’est égaré depuis, que dès l’année (1615 l’inquisition instruisait contre le philosophe toscan, et que le père Gaccini, ainsi que le père Lorini, autre Dominicain, avaient déposé contre lui. Ge père Lorini avait dénoncé \à l’inquisition une lettre écrite par Galilée à Castellile 21 dé- ‘cembre 1613. Heureusement, malgré l'adresse et les témoiignages d’amitie (ce sont les termes du procès) qu’employèrent tour-à-tour à cet objet l’archevèque de Pise et l’inquisiteur (Delambre, histoire de l'astronomie moderne, tom. [, p. xx111- XXI. — Voyez aussi Journal des savans , mars 1841), on ne put jamais saisir l’original de cette lettre, qui a été publiée par Poggiali (Testi di lingua. Livorno, 1813, 2 vol. än-8., tom. E, p. 150).
exclusif d'interprétation. Cependant le cardinal
Bellarmin, jésuite très influent, pensait que le sys- |
tème de Copernic était contraire à la foi(r), et
comme, malgré les assurances qu’on lui donnait, Galilée craignait qu’on n’en vint à condamner cette théorie, il se rendit à Rome pour la défen-
dre, muni de lettres de recommandation du
grand-duc de Toscane (2).
À son arrivée dans cette ville, Galilée trouva les choses plus avancées qu'il ne l'avait supposé (3). Dans une lettre, qu’il adressa au commencement de l’année 1616 à Picchena, secrétaire du grand-duc, il parlait des calomnies qu’on avait répandues contre lui et de l'espoir qu'il avait de les dissiper (4); mais cet espoir ne devait pas se réaliser. Malgré les plus belles promesses, les cardinaux ses protecteurs finirent par l’abandonner successivement (5).Les moines, qui l'avaient attaqué en Toscane, se rendirent
(x) Lettere inedite di uomini illustri, tom. I, p. 54.
(2) Lettere inedite di uomini illustré, tom. I, p. 33.
(3) Lettere inedite di uomint illustri, tom. E, p. 35.
(4) Lettere inedite di uomini illustri, tom. I, p. 36, 37.
(5) Lettere inedite di uomini illustri, tom. 1, p. 35, 44, 54.
(237) à Rome pour couronner leur œuvre (1), et, bien que le père Caccini, dans une entrevue avec Galilée, lui fit des excuses formelles et feignit hypocritement de vouloir se réconcilier avec lui (2), il n’en continua pas moins dans l'ombre la persécution qu'il avait commencée du haut de la chaire et au grand jour. Soutenu par le prince Cesi (3).et par les Lincei, Galilée cherchait, à l’aide du raisonnement et de.l’expérience (4); à démontrer la vérité du système de Copernic; mais son activité et le zèle dont il était animé pour le triomphe de la vérité (5), lui nuisirent. Le cardinal Orsini, qui seul osa parler au pape en faveur de ce système, fut accueilli froidement, et on alla même jusqu'à lui imposer silence (6). Enfin le 5 mars, 1616, la con-
(x) Lettere inedite di uomini illustri, tom. I, p. 38. — De- lambre, histoire de l’astronomie moderne, p. xxX11 et Xx1x. (2) Lettere inedite di uomini illustri, tom. I, p. 47.
(3) Nelli, vita, tom. I, p. 419.
(4) Venturi, memortie, part. ["°, p. 258.
(5) Dans une lettre au grand-duc, Guicciardini, son am- bassadeur à Rome, dit en parlant de Galilée : « Egli e veemen- | te,ciè fisso ed appassionato, sicche € impossibile che chi l'ha | intorno, scampi dalle sue mani.» (Lettere inedite d'uomint àllustri, 1om. I, p. 56).
(6) Lettere inedite di uomini illustri, tom. E, p. 54.
( 238 ) grégation de l’fndez suspendit le livre de Copernic jusqu'à ce qu’il füt corrigé, interdit l’écrit du père Foscarini que nous avons déjà cité, et prohiba en général tous les ouvrages où le mouvement de la terre serait soutenu (1).
Galilée n'avait publié aucun ouvrage où ce mouvement füt adopté, et le décret ne pouvait l’atteindre. Cependant on répandit que le philosophe toscan avait dü abjurer et qu'il avait été puni. Pour répondre à ces bruits, il se fit délivrer un certificat par le cardinal Bellarmin (2). Cette pièce porte que Galilée n'avait été condamné en aucune manière, mais qu’on lui avait notifié la déclaration du pape promulguée par la congrégation de l’Index, et d’après laquelle l’opinion du mouvement de la terre était déclarée contraire à l'Écriture sainte, et qu’il était défendu de la soutenir.
Une telle sentence rendue par des hommes qui n'avaient aucune notion d'astronomie exaspéra Galilée; mais le pape se déclara si ouvertement
(x) Nelli, vita, tom. 1, p. 411-412. — Riccioli, almagestum novum, Bononiæ, 1651, 2 part. in-fol. tom. I, part. Il, p.496. (2) Nelli, vita, tom. I, p. 415.
( 239 ) contre lui, que Guicciardini, ministre de Toscane à Rome, crut devoir rendre compte au grandduc des dangers auxquels on pouvait s’exposer en protégeant encore Galilée. Cette lettre, qui ne fait pas honneur au courage de l'ambassadeur, est très curieuse. Après avoir parlé de la condamnation, et des circonstances qui l'ont amenée, Guicciardini dit que le ciel de Rome est fort dangereux (1),surtout «sousun pape quiabhorre « les lettres et les talens, et qui ne peut souffrir « ni les nouveautés niles subtilités, de sorte que « chacun cherche à l’imiter, et que ceux qui sa- « vent quelque chose, s’ils ont un peu d'esprit, « font semblant d’être ignorans pour ne pas
donner de soupçons et pour éviter d’être per- « sécutés. » Il ajoute que les moïnes sont ennemis de Galilée, et qu’en restant à Rome celui-ci pourrait mettre dans l’embarras le gouvernement toscan, qui s’est toujours fait remarquer par sa déférence envers l'inquisition. Il prie le grand-
duc d'engager le prince Charles, son frère, que
le pape venait de nommer cardinal et qui devait aller à Rome, à fuir les savans, et il répète que
(x) Lettere inedite di uomini tllustri, tom. 1, p. 53-56.
(240 ) le pape les aime si peu que chacun s'efforce de paraitre ignorant, Enfin il montre le péril qu'il y aurait pour le nouveau cardinal à prendre Galilée sous.sa protection. : ;
Le pape dont Guicciardini fait un tel portrait, était ce Paul V, sous le pontificat duquel Sarpi fut assassiné à Venise par des sicaires qui ensuite trouvèrent asile dans les états de l’Église. On sait que par ses dissensions. avec la république de Venise, ce pape fut sur le point de bouleverser l'Italie, et que pour soutenir ses violences théologiques il fit périr sur l’échafaud d'illustres victimes qu'il avait attirées à Rome par trahison (1). Galilée, qui persistait après la sentence contre Copernic à rester à Rome.et à soutenir le système du mouvement de la terre avec cette ardeur que donne le culte de la vérité qu’il professa toujours, aurait peut-être fini par
(1) On connaît les moyens employés par Paul V pour amener à Rome les sept theologiens qui s’étaient déclarés pour la république de Venise : malgré les plus solennelles promesses, le père Manfredi monta sur l’échafaud, Marsili et d’autres moururent empoisonnés (Bianchi-Giovini, biografia di Fra Paolo, tom. IT, p. 49-52. — Sarpi, lettere italiane, p. 267).
( 241 ) payer cher son insistance; mais le grand-duc résolut de le soustraire promptement aux dangers qui le menacçaient. Une lettre qu'il lui fit écrire par son secrétaire , et où les moines n'é-
taient pas ménagés (1), décida enfin le philosophe à revenir en Toscane.
Galilée renouvela alors les propositions qu'il avait déjà faites en 1612 au roi d’ Espagne, relativement à la détermination dela longitude en mer : à l’aide des satellites de Jupiter (2); mais apres
(x) Voici cette lettre remarquable tirée des Lettere inedite di uomini illustri (tom.T,p. 57): on ne comprend pas comment un prince qui dictait de telles lettres pouvait obéir à la
cour de Rome. La peur ne l’excuse Pas.
« AT Signor Galilei. — V. S. che ha assaggiato le persecu- « zioni fratine sa di che sapore elle sono, e le À A. LL. temono « che Lo star V.S. in Roma piu lungamente possa causarle de’ « disgusti, e perd loderebbero che essendone ella finora uscita « con onore, non stuzzicasse più il can che dorme, e che se «ne tornasse quantoprima quà; perchè vanno attorno delle « voci che non ci piacciono , e i Frati sono onnipotenti; e io « che le sono servitore non ho potuto mancare di avvertir- «nela, oltre al significarle la mente delle Loro À. A., e le bacio « la mano.
« Di Firenze, 23 Maggio 1616.
« Il Segretario Picchena. »
(2) Nelli, vita, tom. IT. p.660 et suiv.— Venturi, memorie, part. Lp. 177. — re construisit à la même époque un instrument destiné àMaciliter les observations en mer. C'é-
IY. 10
(242 ) vingt années environ de négociations il dut se | convaincre qu on ne comprenait pas même sa méthode, et nous verrons plus tard qu'il n’obtint pas plus de succès en s'adressant à la Hollande. La sentence de l'inquisition, et la haine dont il était l’objet, ne firent qu'augmenter la disposi- ‘tion qu’il avait à ne pas publier ses recherches, qu’il se bornait à communiquer à ses amis dans des lettres qui étaient copiées et répandues dans toute l’Europe (1). L'apparition de trois comètes en 1618 ne pouvait manquer de fournir à son esprit un sujet de méditations; mais étant indisposé (2) à cette époque, et ne vou-
mn)
ne en
lait une espèce de casque muni de deux lunettes ( Lettere inedite di uomini ilbustri,tom. I, p: 57-53).
(x) Toutes les grandes collections de manuscrits contiennent de ces copies qui sont restées dans les correspondances litiéraires de cette époque. La correspondance de Boulliau, les recueils de Peiresc et de Du Puy, les mélanges historiques de la Bibliothèque de l’Arsenal, renferment plusieurs de ces leitres scientifiques de Galilée copiées par des contemporains (Voyez MSS. de la Bibliothèque royale, Supplément français, n° 980.— Fonds Du- Puy, vol. 390 et 663.— MSS. francais de la Bibliothèque de PArsenul, n° 574, vol. XXI-C ,in-4. — MSS. de la Bibliothèque de Carpentras, Peiresc, registre 41, tom. IL, etc., etc.).
(2) Galilei, il Sagyiatore, p.16. —Nelli, vita, tom. I, p. 432. — Galilei, opere, tom. L, p. Lxxv."
( 245 ) lant pas d’ailleurs s’exposer à de nouvelles tracasseries, Galilée se borna à faire connaître ses idées à diverses personnes, eb entre autres à Marius Guiducci (1), consui de l'académie de Florence. Guiducci publia une dissertation sur les comètes (2) où lon critiquait un jésuite influent, le père Grassi, qui, dans un opuscule sur le même sujet (3), n'avait pas fait mention de Galilée à propos des dernières découvertes astronomiques (4). Cette attaque contre les jésuites fit trembler avec raison les amis de Galilée (5).
Grassi répondit (6) et alla chercher le maitre
(x) Nelli, vita, \ow. I, p. 432.
(2) Guiducci, discorso delle comete, Firenze, 1619, in-4.
(3) De tribus cometis anni 1618. Désputatio astronomica publice habita in Collegio Romano Soc. Jesu ab uno ex Patribus eèusdem societatis. Romæ (1619) in-4.
(4) Nelli, vita, tom. I, p. 431-452:
(5) Nelli, vita, tom. I, p.433.
(6) Dans cette discussion, le père Grassi prit toujours le nom de Sarsi. Sa réponse à Guiducci parut sous le titre de Libra astronomica et philosophira qua Galilæi opiniones de Cometis à Mario Guiduccio in Florentina Academia exæpositæ et in lucem nuperseditæ, examinantur à Lothario : Sarsi Sigensano. Perusiæ, 1010, in-4. — Guiducci répondit bientôt par la Lettera alM.R. P. Tarquinio Galluzzè della compagnia di Giesù di Mario Guiducci, nella quale si grusti- |! fica del! imputazione dategii da Lottario Sarsr Sigensenn
| (244 ) derrière le disciple ; alors Galilée, bien que souffrant, écrivit en réponse le Saggiatore, qui, suivant les réglemens (1) de l'académie des Lincei, fut pubhé à Rome par les soins de cette société (2). Grassi, vivement irrité, répliqua de . nouveau (3),et, comme il se trouva devant un adversaire qui peut-être n’a jamais eu d’égal dans la polémique scientifique, il ne cessa, pour se venger, de susciter des ennemis à Galilée (4).
Le discours de Guiducci et le Saggiatore ont pour objet de réfuter les assertions des anciens
philosophes, d’Aristote principalement, sur les
nella Libra Astronomica , e Filosofica. Firenze, 1620. in-4.
—Ensuite Stelluti, de l'académie des Lincei, publia une autre : réponse intitulée Scandaglio sopra le libra Astronomica et
Filosofica di Lotario Sarsi….…, del Signor Gio. Battista Stel- «
luti da Fabriano. Terni, «622, in-4.
(1) Vandelli considerazioni, p. 53.
(2) Voyez Galilei, il Suggratore, dans la dédicace et dans |
les poésies préliminaires. — Voyez aussi Venturi, memorie, part. IT, p. 53 et suiv.
(3) Sarsi ne ponderum libræ ac simbellæ. Lutet. p aris, 1626, :in-#4.h 1
& Nelli, vita. ton. I, p. 130 Venturi, memorie, parti IL, p. 58. — Grassi avait feint de se réconcilier avec Galilée,»
mais sans jamais eesser de lui nuire ( Nelli, wita, tom. 1,
comètes, et de montrer que l'opinion la plus
probable est que ces comètes sont des appa-
rences produites par des exhalaisons émanées des astres, répandues dans l’espace et éclairées par le soleil, et qu'on n’en saurait déterminer la distance à la terre par le moyen des parallaxes (1), avant. d'avoir prouvé que ce ne sont pas des phénomènes de position comme l’arcen-ciel. Bien que Galilée se tienne toujours dans une grande réserve (2) en fait d’hypothèses,
(x) Galilei, opere, tom. Il, p. 245, 244, 210 et suiv.; p. 287, 290 et p. 330 et suiv.
(2) « Che la Cometa sia senza altro un simulacro vano, ed « una semplice apparenza, non à mai risolutamente stato « affermato, ma solo messo in dubbio, e promesso alla con- « siderazione de’ Filosofi. (Galilei, opere, iom. I, p. 322). — « Che vapori fumidi da qualche parte della terra sormontino « sopra la Luna, ed anco sopra il Sole, e che usciti fuori del « cono del!’ ombra terrestre sieno del raggio solare ingravi- « dati e quindi partoriscano la Cometa, non è maistato scritto « dal S. M. (Signor Mario Guiducci) nè detto da me benchè « il Sarsi me l’attribuisca. Quello che ha scritto il S. M. è, che « non ha per impossibile, che tal volta possano elevarsi dalla «terra esalazioni ed altre cose tali, ma tanto piü sottili del : « consueto, che ascendano anco sopra la Luna e possano esser « materia per formar la Gometa, e che talora si facciano su- « blimazioni fuor del consueto della materia de’ crepuscoli « l’esemplifica per quella boreale Aurora, ma non dice giä,
on voit cependant qu'il préfère celle-ci. A la vérité, les faits manquaient à l’époque où parurent les trois comètes de 16:18, et, comme nous l'avons déjà dit, la santé de Galilée l'avait contraint de s’en rapporter.à d’autres pour les observations qui, seules, pouvaient décider la ques- ‘tion. Déjà cette opinion avait été émise par Rotmann et par Snellius, et elle fut ensuite soutenue par Hevelius et adoptée par Cassini, qui né labandonna que plus tard (1).
Le Saggiatore n’est pas un ouvrage dogmatique, c'est un écrit polémique rédigé avéc un talent inimitable, et l’on conçoit le ressentiment de Grassi. Les jésuites, dont l'animosité pour
Galilée s’accrut de plus en plus par suite d’une
« che quella sia in numero la medesima materia delle Co- « mete..... E questo sia detto non per ritirarsi per paura che « ci facciano l oppugnazioni del Sarsi , ma solo, perchè ! «si veda che noi non ci allontaniamo dal nostro costu- «me, ch’ è di non affermar per certe se non Île cose che noi « sappiamo indubitatamente, che cosi © insegna la nostra Fi- « losofia e le nostre Matematiche. » (Galilei, opere, tom. IL, p- 324). d ;
(1) Voyez, à ce sujet, Venturi, memorie, pari. Il, p. 49. — Nelli, vita, tom. E, p.441.—Frèsi, elogj di Galileo e del Cavalieri. Milano, 1778, in-8.,p. 53-54.
(-247 ) telle polémique (1), s’efforcèrent de faire inter- dire cet ouvrage à propos d’une certaine citation. de la Bible (2), mais ils n’y réussirent pas. Même après avoir perdu l'intérêt de la circonstance , le Saggiatore conserve un charme particulier , car on reconnaît à-la-fois dans son auteur le penseur profond, Le grand écrivain et l'homme d'esprit (3). Ce livre est rempli d'une foule d'observations physiques du plus haut intérêt; ii contient des doctrines philosophiques qui ont été attribuées plus tard à Descartes et qui appartiennent à Galilée, Nous nous bornerons à citer ici Ce principe si célèbre dans le car-
tésianisme , que les qualités sensibles ne résident
A eg PS RE 297 ne ne qe
(1) Nelli, vita, tom. 1, p. 438-439. — Gadlileï, opere, tom. I, p. LXXVI.
(2) Venturi, memorie, part. IT, p. 52-55, (3) Le Saggtatore est, à mon avis, le meilleur livre de philosophie pratique que l’on puisse lire en Italie : les préceptes y sont toujours suivis de l’application, et le plus souvent celte application est une découverte ou une observation importante. Où trouvera-t-on le danger de généraliser trop vite signalé avec autant de grâce et d’esprit que dans le voyage de loiseleur? (Galilei, opere, tom. II, p. 325 et suiv.) Il faudrait reproduire en entier cet ouvrage pour en donner uné idée convenable. Je le répète, la lecture attentive du Suggiatore est la meilleure introduction à l'étude de la philosophie naturelle.
( 248 ) - point dans les corps, maïs sont en nous (1). L'impression du Saggiatore avait été retardée par diverses circonstances (2), et lorsqu'en 1623 il fut enfin sur le point de paraitre, les cardinaux venaient d’élire pour pontife le cardinal Barberini, qui prit le nom d’Urbain VIII. Trois ans auparavant, le cardinal Barberini avait composé un poème latin (3) en l'honneur de Galilée, dont il s'était toujours montré ami. Profitant de son élection, les Lincei lui dédiérent le Sagyiatore (4), et Galilée Sempressa de se rendre à Rome pour féliciter le nouveau chef de la chrétienté (5), qui le reçut parfaitement, lui fit des présens, et . promit à son fils une pension qui se fit attendre long-temps (6). Lorsque Galilée re-
tourna à Florence, le pape lui remit un bref
(1) Galilei, opere, tom. LE, p. 387 et suiv. -— Lisez à ce sujet le Saggio sopra il Cartesio, par Algaroiti (Algarotti, opere, Livorno, 1764, 8 vol. in-8., tom. LIL, p. 295-540, et 319).
(2) L’indisposition de Galilée, qui se prolongea longtemps, et la nécessité de modifier dans le manuscrit origirial qu'il avait envoyé à Rome quelques passages hostiles aux jésuites, furent la cause principale de ce retard (Venturi, memorie, part. IE, p. 53-56).
(3) Venturi, memortie, part. IE, p. 87.
(4) Galilei, il Saggiatore, dédic. |
(5) Venturi, memorie, part. IL, p. 84-87,
(6) Venturi, memortie, part. LE, p. 88 et yg. — Nelli, vila,
| adressé au grand-duc, et qui contenait de grands éloges du savoir et de la piété du philo- sophe toscan (1). Ce voyage avait encore pour Galilée un autre but. Bien que réduit au silence | par la condamnation du livre de Copernic, il n’a- | ait jamais cessé de soutenir le mouvement de la | terre (2) et depuis longtemps il préparait un
ouvrage sur cette matière (3). L'élection de Bar-
| tom. I, p. 498. — Galilée ne se maria jamais; pendant son | séjour à Padoue, il avait aimé une Vénitienne, Marina Gamba, dont il eut trois enfans : deux filles qui se firent religieuses, et un fils, nommé Vincent, légitimé en Toscane (Nelli, vita , tom. I, p. 96).
(1) Lettere inedite di uomini illustré, tom. I, p. 59. — Venturi, memorte, part. IL p. 80.
(2) Pendant le séjour qu’il fit à Rome à cette occasion, Galilée adressa une irès longue lettre à Ingoli, secrétaire de la Propagande et partisan de Ptolémée. Cet écrit,qui n’est connu que depuis vingt-cinq ans, montre le courage inébranlable de l’auteur, qui ne cessait, à Rome même, de soutenir le SYS— tème de. Copernic (Venturi, memorie, part. IL, p. 6-45). Galilée croyait tellement à la puissance de la vérité, qu’ilse persuadait un peu trop facilement peut-être que des religieux qui voulaient le perdre adopteraient ses opinions (Venturi, memorie, part. IE, p.90.— Nelli, vita, tom. IE, p. 498-500). On ne cessa jamais de le persécuter. En 1629, il se vit meuacé de perdre le traitement qu’il recevait, sous prétexte des dimes ecclésiastiques (Neli, vita, tom. IL, p. 503). (3) Lettere inedite di uomini illustri, tom. I, p. 18. — Venturé, memorie, part. II, p. 110.
berini le remplit d'espoir : pendant son séjour‘à
Rome il avait plusieurs fois abordé ce sujet et s'était efforcé de faire reconnaitre que le mou! vement de la terre n’était pas une hérésie. Il obtint des espérances, mais rien de plus (1). De. retour à Florence il s’appliqua principalement: | terminer l'ouvrage où il voulait exposer ses idée à ce sujet. Pour entretenir le pape. dans ses bonnes dispositions et afin de se concilier l’e | prit des cardinaux, il fit deux autres (2) voyages à Rome en 1628 et en 1630. Dans le dernier il présenta à la censure (3) le manuscrit de son Dialoque sur les deux grands systèmes du monders) tel était le titre de l'ouvrage qu’il venait d’ache! ver, et qui, comme à l'ordinaire, auraït été M | primé à Rome par les soins des Lincei si la mort du prince Cesi, arrivée alors, n'avait été le si=\ gnal de la dissolution de cette illustre société (a). | Le manuscrit fut examiné à plusieurs: repriédl
par le maître du sacré palais et par différens
(1) Nelli, vata, tom. II, p. 498-490.
(2) Venturi, memorie, part. IL, p. 110- a — Nelh, +142
tom. I, p. 500. Lai (3) Lettere inedile di uomini illustre, tom. L, p. 6r. (4) Venturi, memorie, part. Îf, p. rio et 115,
( 254 ) censeurs, qui corrigèrent le texte en différens endroits (1). Enfin l’ouvrage fut approuvé, et l’on en permit l'impression. Mais, après la mort de Cesi, il était survenu un autre obstacle bien plus grand : le pape avait fait établir des cordons sanitaires aux frontières de ses états à cause de la maladie contagieuse qui régnait alors en Toscane (2), et Galilée ne pouvant se rendre à Rome pour surveiller l'impression de son ouvrage, obtint l'autorisation de le faire imprimer à Florence (3), où il parut en 1632, apres avoir été de nouveau approuvé par divers censeurs et par l’inquisiteur général de Florence (4). On vit à cette occasion ce qui s’est renouvelé depuis : des censeurs ignorans, chargés d'examiner un livre au-dessus de la portée de leur esprit, lapprouvèrent sans s'apercevoir combien il était funeste aux idées qu'ils
eh |
' ix) Lettere inedile di uomint illustri, tom, I, p- 62-63. — Fenturi, memorie, part. IL, p. 117-118. — Buonamici, écrivain contemporain, dit que ce dialogue fut corrigé aussi par € pape (Nelli, vita, tom. Il, p. 517-548).
(2) Lettere inedite di uomine illustré, tom. 1, p. 62.
M3) Venturi, memorie, part. H, p. 117. — Neili, vita, tom. Æ p. 506-510.
(4) Voyez ces approbations au verso du titre de l’édition riginale du Dialogo.
( 25%.) voulaient défendre, Les interlocuteurs de ce ! dialogue, divisé en quatre journées, étaient | deux amis de Galilée, Sagredo et Salviati (1), ! et un péripatéticien nommé Simplicius. Tous | les argumens en faveur du mouvement de la | terre sont avancés par Salviati et Sagredof | et combattus par Simplicius (2). Les deux premiers raisonnent à merveille et semblent | toujours sur le point d’accabler leur faible adversaire. Cependant, malgré leur supério- | rité incontestable, ils finissent par céder. Cé. résultat, qui étonne le lecteur, lui fait deviner un pouvoir occulte et irrésistible qui com:
mande même à la logique et au raisonnement:
Il y a dans tout cela beaucoup d'art et de finesse;
(x) Nous avons déjà parlé de l’amitié et de l’admiration que Sagredo avait pour Galilée. Salviati, qui appartenait à une ancienne famille de Florence, ne cessa jamais d’aimer | et de vénérer Galilée, qui souvent allait avec lui méditer à 14 | villa delle Selve. On voit par l'avertissement au lecteur , placé en tête de ce Dialogue, que Sagredo et Salviati étaient déjà | morts lorsque parut cet ouvrage. d
(2) Le motif principal qui PR le pape à devenir hostill | à Galilée, ce fut le soupçon qu’on fit naître dans son es: | prit que l’auteur du Dialogue avait voulu le rendre ridicule | sous le nom de Simplicius (Voyez Gamba, serie di testi di | lingua italiana. Venezia, 1828, in-4., p. 100, n° 391. — Neil, vita, tom. IE, p. 5x5).
aussi ne faut-il pas s'étonner si les censeurs y furent pris. Ce qui parait surtout les avoir décidés à donner leur approbation, c’est l'avertissement au lecteur qui commence de la manière suivante :
« On a promulgué à Rome, il y a quelques « années, un édit salutaire où, pour obvier aux «scandales dangereux de notre siècle, on impo- « sait silence à l'opinion pythagoricienne du « mouvement de la terre. Il y eut des gens «qui avancérent avec témérité que ce dé- «cret n'avait pas été le résultat d’un examen «judicieux, mais d’une passion mal informée ; «et l’on a entendu dire que des conseillers « tout-à-fait inexperts dans les observations as- « tronomiques, ne devaient pas, par une pro- « hibition précipitée, couper les ailes aux esprits «spéculatifs. Mon zèle n’a pas pu se taire en en- «tendant de telles plaintes. J'ai résolu, comme « pleinement instruit de cette prudente détermi- «nation, de paraître publiquement sur le théä- «tre du monde pour rendre témoignage à la « vérité. J'étais alors à Rome, où je fus entendu « et même applaudi par les plus éminens pré- « lats : ce décret ne parut pas sans que j'en fusse « informé: Mon dessein, dans cet ouvrage, est de
« montrer aux nations étrangeres , que sur cette
Re
( 294 ) | « matière on en sait, en Italie, et particulièrement « à Rome, autant qu’il a été possible d'en imagi- ! «ner ailleurs. En réunissant mes spéculations « sur le système de Copernic, je veux faire sa=!
« VOIr qu'elles étaient toutes connues avant la"
PR
« condamnation, et que l’on doit à cette contiée: | U3
« non-seulement des dogmes pour le salut de « l'âme, mais encore des découvertes ingénieuses | « pour les délices de Pesprit. » (1) | +
Ce Dialogue ne contient pas seulement un exa+
men des deux systèmes astronomiques de Coper= | nic et de Ptolémée : on' y pose les bases de la dy ! namique (2); on y traite par incidence d’une mul- | titude de phénomènes que Galilée avait observés : pour la première fois, ou dontiltirait de nouvelles conséquences. C’est une critique victorieuse dé tous les anciens systèmes de philosophie naturelle. Aussi ne faut-il pas s'étonner de l'effet im- , mense que produisit cet ouvrage, et de la colère’ des péripatéticiens. Les hommes les plus illustres:
de cette époque s’empressèrent de féliciter (57
(x) Galilei, dialogo, préhim.
(2) Galilei, dialogo , p. 148, 174, 217 et suiv. ; We?
(3) Venturi, memorre, part. ÎE, p. 119 et suiv. — Mel, wiia, tom. IE, p: 51x |
( 256 ) Galilée au sujet de ce Dialogue qui suscita tant de discussions et contre lequel les partisans des anciennes doctrines publièrent un si grand nombre d’écrits (r). Ces éloges, ces discussions qui étaient encore un succès, irriterent (2) de plus. en plus les moines, qui ne tardèrent pas à faire comprendre à la cour de Rome le danger de ce livre. Mais au lieu de reconnaître l'erreur, et de laisser aux astronomes à décider un point sur lequel ils étaient seuls juges compétens, on persista dans la fausse voie. En s’obstinant à faire intervenir la religion, et à déclarer contraire au texte des livres saints un système inattaquable, on Compromit la dignité de la religion elle-même, qu'on rendait ainsi le soutien de lerreur (3). Jusqu’alors, il n'y avait eu que du ridicule dans
cette affaire; mais à ce moment commença une
LR
on(1) Vexzturi, memorte, part. Il,:p: 112 et suiv.
: (2) Nelli, vita, tom. IE, p.551. — Niceron, memotires, tom. IXXXV, p. 328-329. s
(3) Castelli raconte à ce sujet un fait assez curieux. Quel- ‘ques protestans allemands étaient à Rome sur le point de se convertir : ayant appris la condamnation de Copernic, its Ychangèrent d’avis et refusèrent de se faire catholiques (Ven- ‘turi; memorie, part, Il, p. 113).
( 256 }) persécution odieuse qui couvrit d'ignominie la cour de Rome et dont le souvenir devra étre toujours présent à l'esprit de ceux qui prétendent enchaïner le génie et bäillonner la vérité.
Avant de procéder directement contre l’au-
teur du Dialogue, le pape nomma une commis:
sion (1) composée uniquement d'ardens péripa* |
téticiens, qu'il chargea du soin d'examiner cette
affaire. Il appela même pres de lui Chiaramonti
professeur à Pise, qui avait déjà écrit contre la
nouvelle philosophie (2). Lorsque cette démarche |
fut connue à Florence, elle fitune vive impression
sur l'esprit de Ferdinand IT, qui avait de l’affec=
tion pour Galilée. Ce prince se hâta de donner
à Niccolini, son ambassadeur à Rome, l’ordre de
prendre vivement la défense de l’auteur du Diai
loque (3); et l'on doit reconnaitre que dans touté
cette affaire Niccolini ne cessa pas d'agir avee
zèle et intelligence en faveur du philosophe tos:
can. Mais l'ambassadeur ne put faire autre chose
que supplier et prier; car le grand-duc, à peiné
(x) Nelli, vila, tom. IT, p. 512-520.
(2) Letlere inedite di uomini illustri, tom. Il, p. 272,
(3) Lettere inedite di uomini illustri, tom. Il, p.273et suiv.
(257) âgé de vingt-deux ans, manquait de force pour faire respecter son droit de protection en faveur de ses sujets ; et son ministre, Cioli, trahissait ses intentions (1). Cette affaire prit bientôt un aspect défavorable. Le pape se montra très irrité contre Galilée, et le grand-duc essaya vainement de fléchir le saint père en lui représentant combien il était cruel de sévir contre un vieillard de soixanteet-dix ans, dont le seul crime était d’avoir publié un ouvrage approuvé par l'inquisition (2). Avec une brutalité inouie, le pape exigea sans délai que Galilée, dont les médecins attestaient les souffrances (3), se mit en route au cœur de l’hiver, s'exposàt aux atteintes de la maladie contagieuse qui sévissait alors en Toscane (4) et aux incomimodités des quarantaines, pour aller comparaître
à Rome devant l’inquisition. Galilée arriva dans
(1) Voyez Galluzzi, istoria del Granducato, tom. II, p- 468. — Ce même Cioli ayant écrit à Niccolini que Galilée me devait plus être nourri aux frais du grand-duc, l’ambasisadeur répondit qu’il se chargeait de cette dépense (Nelli, vita, tom. IL, p. 539-540).
(2) Lettere inedite di uomaini tllustri, tom. Il, p. 274 et 281.
(3) Lettere inedite di uomini illustri, tom. II, p. 289. — Nelli, vita, tom. IF, p. 524 et suiv.
(4) Nelli, vita, tom. IL, p. 529.
( 258 ) cette ville le 13 février 1633, et descendit chez l'ambassadeur toscan (1), mais au mois d'avril il fat contraint de se rendre dans les prisons de linquisition {2), où il resta environ quinze jours, et où il subit un interrogatoire (3). On le renvoya ensuite chez l'ambassadeur (4); enfin, le 20 juin suivant (5), 1l fut ramené à l’inquisition pour entendre l'arrêt qui proscrivait son livre et condamnait l’auteur à la détention dans les prisons du saint-office, suivant le bon plaisir du pape (6). On lui fit aussi abjurer ses erreurs et promettre à genoux de ne jamais parler ni éeriré sur le mouvement de la terre, que la sentence condamnait comme une opinion fausse, absurde, formellement hérétique et contraire aux écri-
tures (7).
(1) Lettere inedite di uominé illustri, tom. IE, p. 290.
(2) Lettere inedite di uomini illustré, tom. I, p. 301-503.— Nelli, vita,tom. Il, p. 535.
(3) Letlere inedite di uomini illustri, tom. IE, p. 303.
(4} Lettere inedite di uomini illustri, 1om. IE, p. 306.
(5) Lettere incdite di uomini illustri, tom. IE, p- 310. Venturi, memorie, part. Il, p. 196. — La sentence est du 22 juillet, mais Galilée avait été réintégré depuis deux jours dans les prisous du saint-office.
(6) Venturi, memorie, part. LE, p.174.
(5) Venturi, memorie, part. IF, p. 175.— Galilée était gra= |
Cette condamnation, qui révolta tous les esprits élevés, et dont les conséquences rejaillirent sur tous Ceux qui avaient coopéré à la publication de ce Dialogue (1), a fait naître un doute bien grave sur la question de savoir si, pendant le procès, Galilée avait été soumis à la torture. Comme la relation originale de ce procès n’a jamais été publiée, on en est réduit à des conjectures sur ce point. Il est hors de doute que la
protection du grand-duc et surtout l'amitié de
vement malade à cette époque , et Niccolini craignait de le voir expirer d’un jour à l’autre : cependant on n’hésita point à le faire paraître à soixante-et-dix ans, en chemise , devant |: redoutable tribunal que quelques écrivains ont voulu #xcuser ! (Leltere inedite di uomini tllustri, tom. If, p. 302.—
amba , serie, p. 100). On a répété qu'après avoir prononcé on abjuration, Galilée ne put s'empêcher de dire à demitoix : E pur si muove ! Sans doute ce dut être là sa pensée, aais il n'aurait pu l’exprimer sans s’exposer au plus terrible upplice : et je doute qu’il ait jamais osé raconter ce qui dut 2 passer alors dans son esprit.
(x) Nelli, vita, tom. II, p. 534, 535, 541. — Lettere inedite iuomint illustré, tom. IL, p. 312, 313. — La sentence de
inquisition fut transmise à toutes les cours et publiée par #s mandemens. On la promuleua publiquement à Florence ins l’église de Santa Croce devant les amis et les élèves de ililée que l’inquisiteur avait convoqués (Nelli, vita,tom.lIl, | 555. — Venture, memorte, part. LL, p. 176).
( 260 } Niccolini lui valurent un traitement moins ri: goureux en apparence que celui qui attendait ordinairement les victimes de l’inquisition (1). Après avoir obtenu d'abord l'autorisation de rester chez l'ambassadeur (2), il eut à linquit sition un local séparé (3), et fut renvoyé chez.
Niccolini avant la fin du procès (4); à peiné,
sa condamnation fut-elle prononcée que le pape la commua en une rélégation dans le jardin de la Trinità dei Monti (5). Bientôt après, on lu permit de partir pour Sienne, où il fut reçu che l'archevêque, qui était son élève (6). Mais d'autre part, il faut réfléchir aussi à la puissance di ses ennemis, et à la colère du pape, qui disait qui le livre de Galilée était aussi pernicieux que le écrits de Calvin et de Luther (7). On lit dans 1,
sentence que les juges, ayant cru s’apercevoi
FAR 1 dns maire
(1) Lettere inedile di uomini tllustri, tom. IL, p. 295 303-301. | | (2) Lettere inedite di uomini illustré, tom. IL, p. 299. (3) Lettere incdite di uomini illustre, tom. IL, p: 503. M (4) Lettere incdite di uomini illustri, tom. IL, p. 506. (5) Letlere inedile di uomäni illustré, tom. IL, p. 310. (6) Lettere inedite di uomint illustri, tom. II, p. 3r2. (7) Lettere inedite di uomini ilbustri, tom. ÎL, p. 276-928 281,288, 292-293, 297-300, 802. Voyez la note X VIT à la fin du volume.
( 261 ; que Galilée n'avait pas dit la vérité sur ses intentions , jugèrent à propos d'en venir au rigoureux examen contre lui, et qu'il répondit catholiquement (1). Or, dans les livres de Droit inquisitorial cette terrible formule de l'examen rigoureux est toujours sans exception expliquée par la torture, et il reste encore des procès originaux de l'inquisition dans lesquels les doutes que Von a sur l'intention de l'accusé s’éclaircissent
par l'examen rigoureux, amènent à des réponses
catholiques, et où tout cela signifie la torture,
qui est décrite en détail dans ces actes (2).
(x) Venturi, memorie, part. II, p. 173.
| (2) Je possède un manuscrit original de l’inquisition de !Novare de l’an 1705 ainsi que la correspondance autographe | de l’inquisiteur de cette ville avec la cour de Rome. Dans un procès grave que contient ce manuscCril , la procédure et les \termes sont exactement les mêmes que dans le procès de | Galilée, et l’accusé subit la torture. Dans les deux sentences, il n’est pas question de torture: on dit seulement que les | accusés ont répondu catholiquement. On sait que Napoléon voulait publier le procès original de Galilée; ce procès a été
égaré et peut-être même caché à la restauration. D’après ce qu'en dit Venturi (Memorte, part. If, p. 197), qui en avait été informé par Delambre, ce procès avait été mutilé vers la fin, ret Venturi croyait que c’était dans la partie qui manquait que devaient se trouver les réponses catholiques que fit Galilée dans le r igourcux cramcen.
(( 26h ) Nous dirons même que, d'apres les lois du saintoffice, des qu'il y avait doute sur l'intention, il fallait en venir nécessairement à la torture. C'est ce qui résulte de l’4rsenal sacré de l’inquisition, qui est le code de procédure de ce tribunal de sang (1). IL est vrai qne ni Galilée, ni l'ambassadeur Niccolini n’ont jamais dit un mot relatif à la torture. Mais on sait que l’inquisition
imposait le plus profond silence (2) à tous ceux
(r) Nelli cite une édition de cet ouvrage publiée à Rome,
en 1639 (Nelli, wila, tom. IT, p. 542). Des hommes du plus :
grand mérite m'ont assuré avoir vu cette édition, ainsi qu’une réimpression faite à Gènes et à Pérouse en 1653. Je n’ai jamais pu découvrir nulle part en Italie cet ouvrage, dont jai trouvé seulement une copie manuscrite à la bibliothèque Magliabechiana de Florence (classe XXXI, n° 4). Enfin, je me suis procuré en Angleterre une édition qui parut à Rome, en 1730 ,in-4, avec addition. Le titre, qui est fort long, commence ainsi : Sacro Arsenale ovvero pratica dell’ Uffe zio della Santa Inquisizione. C’est un livre aussi rare que curieux et dont une notice détaillée offrirait beaucoup d’in= térêt. Comment ne pas s’indigner d’une condamnation ren= due contre Galilée sur des matières si sublimes, d’après un code où l’on parle sérieusement des gens « qui tiennent le diable dans des bagues, des miroirs, des médailles ou des carafes? » (Sacro Arsenale, p. 9). |
(2) Nelli, vita, tom. II, p. 542-543. — Le manuscrit déjà |
cité de l’inquisition de Novare nous apprend qu'aux inter |
rogatoires on exigeait les sermens les plus solennels de ne jas
( 265) qui avaient le malheur de comparaitre devant ce terrible tribunal, et l’on voit par la correspondance de Niccolini que le procès de Galilée était enveloppé d’un mystère particulier (1). Telle était la terreur que ce proces avait inspirée, que Ghérardini dit que cette persécution sembla peu de chose à ceux qui connaissaient le pouvoir des ennemis de Galilée (2). Viviani, qui avait pour ce grand homme une véritable idolâtrie, a dü se faire violence et feindre d'approuver la condamnation (3).
Galilée lui-même évitait avec soin de parler de ce procès. Il est vrai qu'un jour Fexcès
de lindignation l'a porté à s'écrier : « On
mais révéler ce qu’on a vu-ou entendu. Niccoiini écrivait au secrétaire du grand-duc, en parlant de Galilée : À Zuë por dec esser stata imposta la pena di scomunica di non parlar o rèvelur à costituti ; perche al Tolomei mio macstro di camera non ha voluto riferire cosa alcuna, senza dirgli nemmeno se ne possa o non possu parlare (Lettere inedite di uomini ittustri, tom. Il, p. 304-305). Il existe aussi une autre lettre de Niccolini qui montre jusqu’à quel point on tenait à étouffer cette affaire (Lettere inedile di uomini illustré, tom. À, p. 70: voyez aussi tom. LE, p. 278, 289, 301, etc.)
(1) Targioni, notizie, tom. Ii, p. 65.
(2) Targioni, notizie, loin. LE, part. E, p. 63.
(3) Gadilei, opere,tom. À, p, LXXVN.
( 264 ) « me forcera à quitter la philosophie pour me « faire l'historien de linquisition! On me fait « tout ce mal afin que je devienne lignorant « et le niais de l'Italie : 1l faudra feindre de « Pêtre.» Mais dans la même lettre, il a soin d'ajouter : « Quant à mon affaire, ne m'en de- « mandez pas davantage » (1}. L'expression qui se trouve dans la sentence est positive : examen rigoureux ; Signifie torture; et les circonstances dans lesquelles cette expression est employée lui
donnent encore plus de poids (2). D'ailleurs
(1) Venturi, memorie, part. IL, p. 180. — Cette lettre, qui est adressée au père Renieri, a été publiée d’abord par Tiraboschi (Storia della lett. ital., vol. XIV, p. 161). Je dois cependant dire ici que mon savant ami, M. Antinori, directeur du Muséum d'histoire naturelle de Florence, croit que cette lettre n’est pas authentique. M. Antinori est certainement l’homme qui connaît ie mieux l’histoire de Galilée, et je n'aurais pas cité cette lettre si j'avais pu parvenir à éclaircir à Rome les doutes qu’il m'avait manifestés à ce sujet, n’ayant pas encore pu faire cette vérification, je ne supprime pas cette citation. Si je puis obtenir les éclaircissemens que j'ai demandés, je reviendrai sur ce point dans les additions et les corrections qui doivent se trouver à la fin du sixième volume de cet ouvrage.
(2) La hernie dont Galilée commença à souffrir dès cette époque, ne diminue pas la probabilité de cette torture. (Venturi, memorte, part. Il, p.225. — Nelli,vila, ton. I, p. 542-544. — T'argioni, notizie, tom. I, p. 142).
( 265 }) est-il probable que des gens si animés contre Galilée et qui ne purent Jamais lui pardonner sa supériorité, que ces moines qui l’ont persécuté même au-delà du tombeau, qui ont tenté de faire casser son testament, qui se sont efforcés de faire jeter son cadavre à la voirie (1), est:l probable que lorsqu'ils le tenaient vivant à Rome, ils n'aient pas assouvi leur vengeance? N’ont-ils pas fait périr Giordano Bruno et Dominis du vivant de Galilée? Longtemps après n'ont-ils pas brisé par la torture les membres d'Oliva, qui fut l’un des principaux membres de l'académie del Cimento ? L’inquisition a pris soin d'expliquer elle-même dans des vocabulaires particuliers les expressions dont elle se servait, et jusqu'à ce que le contraire soit positivement dé-
montré par des preuves incontestables, il est
(1) Venturi, memorie, part. Il, p. 324. — Noelli, vla, tom. IL, p.837, 85ret suiv.—Un fait assez piquant etqu’on n’a jamais remarqué, c’est que dans la sentence originale, qui fut publiée par Riccioli (AZmagestum novum, tom. I, part. LE, page 498), il y a des fautes grossières de grammaire. On y condamne le Dialogo delle due massime sisteme. On doit être étonné que la cour de Rome n’ait pas songé à condamner comme hérétiques tous les Italiens qui s’'obstinaient à faire
sistema masculin.
( 266 }) établi que Galilée à été soumis au rigoureux eTimen.
Le courage de Galilée ne se démentit jamais durant cette terrible persécution, et à peine était-il arrivé à Sienne qu'il reprit ses travaux. Pendant les cinq mois qu'il resta dans cette ville, il poursuivit ses recherches sur la résistance des solides {r), mais ce qu'il avait écrit à ce sujet est perdu. Il dut croire que ses ennemis s’apaisaient un peu lorsque, vers la fin de lannée, il obtint du pape la permission d’habiter pres de Florence (2), une maison de campagne, qu'on lui assigna pour prison (3). Mais la rigueur ne tarda pas à reparaitre, car ayant sollicité l’autorisation d’aller à Florence, ou au moins la
faculté de recevoir ses amis (4); il reçut pour
(1) Venturi, memorie, part. LE, p. 181.
(2) Galilée se retira d’abord à Bellosguardo et puis à Arcetri (Venturi memorie, part. II, p. 182 et 326).
(5) Venturi, memorie, part. IT, p. 222. — Nelli, vila, tom. IT, p. 559.
(4) Venturi, memorie, part. IT, p. 224. — La persécution
que Galilée soufirit dans ses derniers jours fut plus odieuse même et plus cruelle que sa condamnation. Durant neuf années on s’appliqua à lui prodiguer toutes sortes de tortures physiques et morales. Les moines ne cessaient de le pour-
( 267 ) réponse l'injonction de s'abstenir désormais de toute demande, sous peine de se voir contraint de retourner à Rome dans la prison véritable de l’inquisition. Cette réponse inhumaine, qui lu: fut transmise par l'inquisiteur le jour même où les médecins lui annonçaient qu'une fille chérie, qui l'aidait à supporter ses malheurs, n’avait plus que quelques instans à vivre, le plongea dans la consternation (1). Cependant, bien que accablé par l’âge, par les chagrins et les infirmités, il ne cessa de composer de nouveaux ouvrages, fruit de ses méditations; et quoique vers la fin de 1637, il perdit totalement la vue (2), qui s'était affaiblie de plus en plus depuis sa condamnation, il ne cessa de dicter des écrits admirables et de former des élèves tels que Torricelli et Viviani, qui héritèrent de sa gloire
et continuerent ses découvertes.
suivre de leur haine, et l’inquisiteur de Florence reçut l’ordre de s’assurer si Galilée était Awmble et mélancolique (Nelt, vêta, tom. II, p. 555).
(x) Voyez la note XVII à la fin du volume.
(2) Au commencement de 1637, Galilée perdit l'œil droit, qui avait fait, disait-il, de si glorieux travaux. Avant la fin de la même année il devint tout-à-fait aveugle (Fenturi,
memortie, part. IT, p. 230-233).
Nous avons dit que la cour d'Espagne m'avait Jamais examiné le projet relatif au problème de la détermination des longitudes en mer. Après vingt années de pourparlers, les amis de Galilée se décidèrent à proposer sa méthode à la Hollande (1). Les états-généraux nommèrent une commission pour examiner le projet, mais les persécutions qu'éprouva Galilée et sa cécité firent encore échouer le traité.
En butte à l’adversité, tout l’accablait à-lafois. Sa famille éprouva une longue suite de malheurs : son fils, pour lequel il avait fait des sacrifices notables, eut une conduite déréglée (2). Quant à lui, condamné à languir dans
sa prison solitaire d’Arcetri, le grand - duc,
(1) Venturi, memortie, part. Il, p. 277 etsuiv.
(2) Nous avons déjà dit que Galilée ne s’était jamais marié, et que durant son séjour à Padoue, il avait eu plusieurs enfans d’une dame vénitienne nommée Marina Gamba. Le grand - duc les légitima plus tard; mais le repos du philosophe fut souvent troublé par la conduite de son fils Vincent, qui montra ensuite beaucoup de talent pour la mécanique (Nelli, vita, tom. I, p. 98, et tom. IT, p. 705, 7ro. — Venturi, memorie, part. II, p. 102, 105, etc.). On voit par ses lettres que Galilée venait au secours de tous les membres de sa famille qui éprouvaient des malheurs (Lettere
di uomini illustrè, p. 37 1),
( 209 ) qui allait le visiter (1), n'osait pas lui permettre de franchir le cercle tracé par l’inquisition de Rome: il se faisait redemander plusieurs fois quelques bouteilles de vin nécessaires à la santé de l’illustre vieillard et qu'il lui avait promises (2). Les moines persécutaient Galilée sans relâche, et ne voulaient permettre nulle part l'impression d'aucun de ses écrits; partout où il envoyait ses ouvrages arrivait un ordre de Rome pour en interdire l'impression (3).
Vainement les esprits élevés de tous les pays luttaient pour lui; loppression était trop puissante, nul ne pouvait rien contre elle. Parmi les voix qui s'éleverent alors en faveur de la vérité, la France peut revendiquer les plus illustres, les
plus courageuses (4). Cependant il y avait du
(:) Venturi, memorie, part. IE, p. 236.
(2) Venturi, memorie, part. IE, p. 221.
(3) Venturi, memorte, part. IE, p. 257 et suiv.—A ce sujet, le père Micanzio , indigné , écrivait à Galilée : « Ma lasciar « perir cose tali, non lo farà tutto l’inferno se vi si mettesse » (Venturi, memorie, part. II, p. 258); et pourtant l’inquisition parvint à faire ce qui, d’après ce bon religieux, devait être impossible à l'enfer entier : on saitcombien d’écrits de Galilée ont péri.
(4) IL faut cependant excepter Descartes, qui aflecte sou-
(270 ) danger, même en France, à prendre là défense de Galilée, car Richelieu (1) s'était prononcé contre le mouvement de la terre; il alla jusqu’à vouloir le faire proscrire par la Sorbonne, et l'on sait qu'il possédait des moyens infaillibles pour réduire au silence ses contradicteurs ; et
pourtant Gassendi ne craignit point d'adopter
vent de rabaisser Galilée, dont il était si loin d’avoir l’esprit philosophique. Descartes semblait ne pas comprendre toute l'importance des découvertes du savant Italien dans la mécanique rationnelle. Pascal lui-même attribua à Galilée des erreurs qu'il n’a jamais commises. Aïnsi, par exemple, c’est dans la préface du Traitle de l'équilibre des liqueurs de Pascal (Paris, 1663, in-12), que se trouve l’anecdote si répandue de Galilée répondant à un fontainier italien, que l’eau ne s'élevait pas dans les pompes au-delà de dix-huit brasses, parce que la nature n’a l'horreur du vide que jusqu’à un certain point, tandis que Galilée a donné de ce phénomène une explication qui, à la vérité, n’est pas exacte, mais qui du moins est beaucoup plus philosophique. Dans les Discorsi e dimostrazioni matematiche (p. 17), Galilée considère une colonne d’eau de dix-huit brasses comme un cylindre solide qui doit se briser lorsque le poids en surpasse la cohésion. Il n’est pas inutile d’ajouter ici, que le premier qui ait eu l’idée d’expliquer l’ascension de l’eau dars les pompes par le poids de l’air extérieur, ce fut Baliani, savant génois d’un grand mérite, qui écrivit à ce sujet différentes lettres à Galilée (Venturi, memorte, part. I, p. 105-106).
(x) Venturi, memorie, part. IE, p. 196.
(271) les doctrines du grand aveugle de Florence (4) Mersenne traduisit ses écrits et les publia en donnant de justes louanges à Fauteur (2).
Carcavi voulut donner une édition de ses œuvres (3); Diodati, que l'Italie et la France réclament également (4), ne cessa jamais de prendre publiquement sa défense; le comte de Noailles se chargea de faire imprimer les Drscours et démensirations mathématiques sur deux nouvelles sciences, ouvrage immortel qui jus-
tifie pleinement son titre, car on y trouve
(1) Venturi, memorie, part. IT, p. 136.
(2) Voyez ci-dessus, p. 184. Mersenne publia aussi plus tard un extrait des Discorsi e dimostrazioni matematiche, sous le titre de Nouvelles pensees de Galilee, mathématicien et ingenieur du duc de Florence. Paris, 1639, in-8°.
(5) Venturi, memorie, part. IL, p. 248 et suiv.—Nellr, vila, tom. IL, p. 825.
(4) Elie Diodati , avocat au parlement de Paris, appartenait à une famille lucquoise : il était lié avec les hommes les plus célèbres de son temps, et fut un des principaux amis de Galilée, qui lui adressa un grand nombre de lettres. Diodati s’occupa conjointement avec Grotius de faire adopter par les États-Généraux de Hollande la méthode de Galilée pour la détermination des longitudes. On a confondu quelquefois Élie Diodati avec Jean Diodati, qui publiait à Genève, à la mème époque, une traduction italienne de la
Bible, dont on a beaucoup parlé.
(272) pour la première fois les véritables principes de la science du mouvement (1), et qui ne put paraître qu'à la condition qu'on déclarerait que le manuscrit en avait été dérobé à l’auteur (2,. Mais de tous les amis de Galilée, aucun ne montra autant de courage que Peiresc. Ce célèbre magistrat, qui était animé d’un si grand zèle pour les progrès de toutes les branches des connaissances humaines, avait formé les plus riches collections qui depuis ont été dispersées
ou négligées. Il avait été en Italie dans sa jeu-
nesse et s'était arrêté à Padoue pour entendre
(1) Dans la Mecanique analytique, tom.1, p. 221-9299). Lagrange a fait un éloge magnifique de cet ouvrage. Voici comment il s'exprime à ce sujet : 14 fullait un génie extraordinaire pour deméler les lois de La nature dans des phenomenes que l’on avail toujours eus sous les yeux, muis dont l'explication avait néanmoins toujours échappe aux recherches des philosophes. Je rappellerai cependant ici que Galilée avait déjà exposé dans son célèbre Dialogue (p. 148, 174, 217, ec.) les lois que Lagrange suppose avoir paru pour la première fois dans la Discorsi e dimostrazioni matemalèche.
(2) Voyez la Dédicace des Discorsi e dimostrazioni matematiche, où Galilée dit que : « Confuso et sbigottito dai mal « fortunati successi d’altre mie opere, havendo meco mede- « simo determinato di non esporre in pubblico mai piu alcuna « delle mie fatiche , etc. »
( 273) Galilée. Là, vivant avec des hommes érudits, Aleandro, Pignoria, Pinelli, il était devenu, un des admirateurs les plus passionnés du célèbre professeur de mathématiques (1).
De retour en France, Peiresc entretint avec tous les savans de l'Europe une correspondance qui devint un des monumens littéraires les plus importans du dix-septième siecle, et qui, longtemps négligée, finira peut-être par disparaître sans qu'on ait fait usage des trésors qu'elle
1enferme (2). Lorsque Peiresc apprit que le
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(1) Voyez les Lettere inedite di principi e d'uomini illustri raccolte pubblicate da Luigi Cibrario, Torino, 1828,in-8°, p. 66 et 84. Dans ce livre intéressant se trouvent plusieurs lettres fort importantes de Peiresc à Galilée, tirées de la Bibliothèque de Carpentras, où se conservent encore un nombre considérable de recueils formés par Peiresc. On doit regretter que le savant éditeur de ces Lettere n’ait pas eu connaissance de quelques lettres inédites de Galilée, qui sont également à Carpentras, et qu’on peut lire à la fin de ce volume. Je dois à l’extrème complaisance de M. d'Olivier Vitalis, conservateur de ce riche dépôt, d’avoir pu copier un grand nombre de pièces que renferment les restes de la collection de Peiresc.
Voyez la note XVII à la fin du volume.
(2) Peiresc n’était pas seulemeiit un collecteur, comme on à semblé quelquefois le croire : c'était un homme d’un savoir immense qui cultivait à-la-fois et avec ardeur l’histoire , l’ar-