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(1) Atohom'Aut l'itruvius lib x.
( 334) briseroit le vaisseau pour se donner iour : ainsi que! l'humidité de la chastaigne aërefiée par le feu, la faict esclater rudement , pour se donner libre esten--! due. Que si la furie de cet esclat n’a d’estonnement! que pour les enfans , l'effet de la rarefaction de l’eau a de quoy espouvanter les plus asseurés hommes , en | Paccident des tremblemens de terre. L’eau coulée ez cavernes de la terre au printemps (1) principalement, | et en automme y est eschauffée soit par les feux. qu'elle y rencontre souvent, soit par les chaudes exhalaisons qui sortent des soupiraux terrestres : tant que rarefiée et convertie en aër, le lieu qui la contenoit auparavant west plus capable d'embrasser si
longues et si larges dimensions : tellement que pressé
de s’estendre, et violenté par cet hoste devenu puis: sant, la terre s’entr’ouvre pour luy faire iour avec un desbris espouvantable. Il y a un million d’autres effects de cette raréfaction d'humidité, qui nous pour-
royent guider à l’exécution de quelque violence. Mais” nous devons y considérer qu’elle ne se faict à coup
mais avec temps, et que la matière humide ne s’exhale pas toute à la fois, mais peu-à-peu. Or nous cherchons de la promptitude , et un effect momentané , principalement pour ce qui est de l’action du canon. Car ce n’est pas qu'aux autres artifices de feu
nous ne nous servions quelque fois d’humides, quand
nous en: voulons faire durer la violence. Mais cela
(1) Arist, lib. 2. Meteor.
( 355 ) n'est pas de ce lien. Il faut done nous attacher à la sécheresse, et à un subject sec qui ait peu de résistance contre la chaleur , et soit amy du feu. Car l'humide luy résiste : au contraire le sec est de sa nature mesme. Or ny l’aër qui est humide et chaude, ny l’eau qui est froide et humide, ne nous peuvent donner ce corps sec que nous cherchons. L’eau en est la plus incapable, tellement que toutes choses humides et froides doivent être bannies de notre poudre. L'’aër comme chaud et léger nous fourniroit bien des huilles, graisses, raisines, poix et autres choses onctueuses, qui entretiennent le feu plus tost qu’elles (1) ne le nourrissent. Mais parce qu’elles sont quant et quant humides , le feu en est trop lent, et par conséquent ne nous esi propre; Car la seule vitesse faict (2) violence. La terre donc seule nous peut fournir ce que nous cherchons. Aussi l'harmonie de ce monde porte, que Îles extrêmes parties d’iceluy ayant quelque liaison et affinité entre elles, et que si
elles sonit de quelques qualités contraires, comme le feu qui est extrêmement chaut , et la terre qui est extrèmement froide, elles soient néantmoins retenues par un commun lien qui est la sécheresse propre à l’une et à l’autre. »
Je vais donner maintenant les différens passages de
M. Arago relatifs à la question que je dois discuter dans
(1) OÙ ro droxemmevov roegérar do Arist, Uib. 2. Meteor.
(2) Par dé 18. Theor. du 1 liv. de cet œuvre.
( 336) cette note. On trouvera d’abord un fragment considérable de l'éloge de Watt, où l’ensemble de la question est traité. Ge fragment, que je n’ai pas voulu morceler, est suivi de divers extraits des notices insérées par M. Arago dans l'Annuaire, et qui développent et complètent la pensée du savant auteur. Pour rendre plus claire la discussion, et pour faire bien comprendre au lecteur sur quoi portent mes observations, j’ai mis quelques notes au bas de la
page, aux endroits contestés. Afin de distinguer ces”
notes de celles de M. Arago, je les ai marquées à la fin
de l’initiale de mon nom [L.], et j'ai indiqué les ren-
vois par des lettres, tandis que les renvois des notes
qui appartiennent à M. Arago sont marqués par des
chiffres arabes (1). Après avoir reproduit tous ces passages, accompagnés de mes observations, je résume la discussion et je donne mes conclusions. Voici d’abord ce que j'ai cru devoir tirer de l'éloge de Watt, qui, comme je l’ai déjà dit, a été publié par M. Arago dans l’Annuaire du Bureau des Longitudes et dans les Mémoires de l’'Academie des Sciences (2). | « Gerbert, notre compatriote, celui-là même qui porta la tiare sous le nom de Sylvestre IE, acquiert=
(1) Les notes que je joins aux passages tirées de l’Eloge de Watt, et de l'Annuaire, sont d'ailleurs en plus petits caractères que les notes de M. Arago. |
(2) Mémoires de l'Académie des sciences de l’Institut , tom. XVII, P. LXXVITI-LXXXVIIL,— Annuaire du Bureau des Longitudes pour l'an
1839. Paris, 1838, in-18, p. 294-286,
( 337 ) il des titres plus réels, lorsque, vers le milieu du neuvième siècle (a), 11 fait résonner les tuyaux de l'orgue de la cathédrale de Reims, à l’aide de la vapeur d’eau ? Je ne le pense pas. Dans l'instrument du futur pape, j'apercçois un courant de vapeur substitué au courant d’air ordinaire, la production du phénomène musical des tuyaux d’orgue, mais nullement un effet mécanique proprement dit, «Le premier exemple de mouvement engendré par la vapeur, je le trouve dans un joujou, encore plus ancien que l'orgue de Gerbert ; dans un éolipyle d’Hiéron d’Alexandrie, dont Ja de remonte à cent vingt ans avant notre ère. Peut-être sera-t-il difficile, sans le secours d’aucune figure, de donner une idée claire du mode d’action de ce petit appareil ; je vais toutefois le tenter.
€ Quand un gaz s'échappe, das un certain sens, du vase qui le renferme, ce vase, par voie de réaction, tend à se mouvoir dans le sens diamétralement contraire, Le recul d’un fusil chargé à poudre n’est | pas autre chose : les gaz qu’engendre l’inflammation | du salpêtre, du charbon et du soufre, s’élancent dans
(aj Cette date, que M. Arago a reproduite deux fois (Mémoires de l’Académie des Sciences, niome XVII, p. Lxxvir. — Annuaire du Bureau des Longitudes, pour l’an 1839, P+ 274) ne me semble pas exacte : on sait que Gerbert monta sur le trône de Saint-Pierre en 999 et mourut en 1005; et je ne comprends pas comment il aurait pu faire résonner les tuyaux de l'orgue de Reims vers le milieu du 1x° siècle, c’est-à-dire vers 850. Si j'insiste sur l'exactitude des dates, c'est surtout d'après l’exemple de M, Arago, qui a dit avec justesse dans ce même éloge de Watt: « que la comparaison minutieuse des dates peut seule mettre la vérité dans tout son jour » (Mémoires de l’Académie des Sciences, tom, XVII; p. ext) [L.].
Vair suivant la direction du canon; la direction du canon, prolongée en arrière, aboutit à l’épaule de la personne qui a tiré: c'est done sur Pépaule que la crosse doit réagir avec force. Pour changer le sens du recul, il sufhrait de faire sortir le jet de gaz dans une autre direction. Si le canon, bouché à son extrémité, était percé seulement d’une ouverture latérale perpendiculaire à sa direction horizontale, c’est latéralement et horizontalement que le gaz de la poudre s’'échapperait; c'est perpendiculairement au canon que s’opérerait le recul ; c’est sur les bras et non sur l'épaule qu'il s’exercerait. Dans le premier cas, le recul poussait le tireur de lavant à arrière, comme pour le renverser; dans le second, il tendrait à le faire
pirouetter sur lui-même.
« Qu'on attache donc le canon, invariablement et
dans le sens horizontal, à un axe vertical mobile, et au moment du tir, il changera plus où moins de direc: tion, et il fera tourner cet axe. :
« En conservant la même disposition, supposons que laxe vertical rotatif soit creux, mais fermé à la partie supérieure ; qu’il aboutisse, par le bas, comme une sorte de cheminée, à une chaudière où s’engendre de la vapeur ; qu'il existe, de plus, une libre communication latérale 'entre l’intérieur de cet axe et l’intérieur du canon de fusil, de manière qu'après avoir rempli axe, la vapeur pénètre dans le canon, et en sorte de côté par son ouverture horizontale. Sauf l'intensité, cette vapeur, en s'échappant, agira à la manière des gaz dégagés de la poudre dans le canon
de fusil bouché à son extrémité et percé latéralement;
( 339 ) seulement on n'aura pas ici une simple secousse, ainsi que cela arrivait dans le cas de l’explosion brusque et instantanée du fusil : au contraire , le mouvement de rotation sera uniforme et continu, comme la cause qui l’engendre.
« Au lieu d’un seul fusil, ou plutôt au lieu d’un seul tuyau horizontal, qu'on en adapte plusieurs au tube vertical rotatif, et nous aurons, à cela près de quelques différences peu essentielles, l’ingénieux appareil d'Héron d'Alexandrie.
« Voilà, sans contredit, une machine dans laquelle la vapeur d’eau engendre du mouvement et peut produire des effets mécaniques de quelque importance, voilà une véritable machine à vapeur. Hâtons-nous d'ajouter qu’elle n’a aucun point de contact réel, ni par sa forme, ni par le mode d’action de la force motrice, avec les machines de cette espèce actuellement en usage. Si jamais la réaction d’un cou- rant de vapeur devient utile dans la pratique, il fau- dra incontestablement en faire remonter l’idée jusqu’à Héron : aujourd’hui, l'éolipyle rotatif pourrait seule- | ment être cité ici, comme la gravure en bois dans l’his-
: toire de l'imprimerie cr
« (1) Ces réflexions s'appliquent aussi au projet que Branca, architecte italien, publia à Rome, en 1629, dans un ouvrage intitulé : Le Machine, et qui consistait à engendrer un mouvement de rotalion , en | dirigeant la vapeur sortant d'un éolipyle, sous forme de souffle, sous
) forme de vent , sur les ailettes d’une roue, Si , contre toute probabilité,
« Dans Jes machines de nos usines, de nos paquebots, de nos chemins de fer, le mouvement est le résultat immédiat de l’élasticité de la vapeur. Il importe donc de chercher où et comment l’idée de cette force a pris naissance.
« Les Grecs et les Romains n’ignoraient pas que la vapeur d’eau peut acquérir üne puissance mécanique pradigieuse. Ils expliquaient déjà, à l’aide de la vaporisation subite d’une certaine masse de ce liquide, les effroyables tremblemens de terre qui, en quelques secondes, lancent l'Océan hors de ses limites naturelles ; qui renversent jusque dans leurs fondemens les monumens les plus solides de Pindustrie humaine; qui créent subitement, au milieu des mers profondes, des écueils redoutables; qui font surgir aussi de hautes
montagnes au centre même des continens.
la vapeur est un jour employée utilement à l'état de souffle direct, Branca , ou l'auteur actuellement inconnn à qui il a pu emprunter cette idée, prendra le premier rang dans l’histoire de ce nouveau genre de machines. À l’égard des machines actuelles, les titres de Branca sont
complétement nuls (a). »
(a) On a essayé à plusieurs reprises cet emploi direct de la vapeur; des mécawiciens d’un grand mérite s’y sont appliqués même récemment, et M. Hachette parle, à propos de Branca, des machines qui existent en Amérique et qui sont mises en mouvement par un courant de vapeur (Hachette, histoire, p. 15). Branca a donc imaginé une machine à vapeur qui est encore en usage aujourd'hui, et doit être citée. En tout cas, si l'emploi direct de la vapeur rend nuls les titres de Branca à l'égard des machines actuelles , il s'ensuit nécessairement" que Les mécaniciens qui n’ont pas employé la vapeur comme on le fait actuellement, n'ont aucun droit à l'invention des machines à vapeur. A ce titre-là il semble fort douteux que ceux qui, comme Salomon de Caus, par exemple, ont proposé là pression directe de la vapeur sut l’eau, aient des droifs supérieurs aux droits de Branca. Du reste , je ne fais ces remarques que pour reclifier les assertions de M. Arago, car l'on verra plus loin {p- 361) que la première idée de l'emploi du souffle direct de la vapeur appartient à Hé. ron.[L.] ;
« Quoi qu'on en ait dit, cette théorie des tremblemens de terre ne suppose pas que leurs auteurs s’étaient livrés à des appréciations , à des expériences, à des mesures exactes. Persoune:n'ignore aujourd'hui qu’au moment où le métal incandescent pénètre dans les moules en terre ou en plâtre des fondeurs, il suffit que ces moules renferment quelques gouttes de liquide pour qu’il en résulte de dangereuses explosions. Malgré les progrès des sciences, les fondeurs modernes n’évitent pas toujours ces accidens : comment donc les anciens s’en seraient-1ils entièrement garants ? Pendant qu’ils coulaient les milliers de statues, splendides ornemens des temples, des places publiques, des jardins, des habitations particulières d'Athènes et de Rome, il dut arriver des malheurs : les hommes de l’art en trouvèrent la cause immédiate; les philosophes, d’autre part, obéissant à l'esprit de généralisation qui était le trait caractéristique de leurs écoles, y virent des miniatures, de véritables images des éruptions de l’Etna.
« Tout cela peut être vrai, sans avoir la moindre importance dans l’histoire qui nous occupe. Je n’ai même tant insisté, je l’avoue, sur ces légers linéamens de la science antique au sujet de la vapeur d’eau, qu’afin de vivre en paix; {s’il est possible, avecles Daciers des deux sexes, avec les Duténs de notre époque. (1)
(1) « Par Je mênre motif, je ne puis guere me dispenser de rapporte: Tv . DAS Le]
ici une auecdotg qui, à travers ce qu'elle offre de romanesque et de
« Les forces naturelles où artificielles, avant de devenir vrannent utiles aux hommes, ont presque ioujours été exploitées au profit de la superstition. La vapeur d’eau ne sera pas une exception à la règle générale.
« Les chroniques nous avaient appris que, sur les bords du Weser, le dieu des anciens Teutons leur marquait quelquefois son mécontentement, par une sorte de coup de tonnerre auquel succédait, immédiatement après , un nuage qui remplissait l'enceinte sacrée. L’image du dieu Busterich; trouvée, dit-on, dans des fouilles, montre clairement la manière dont s’opérait le prétendu prodige.
« Le dieu était en métal. La tête creuse renfermait une amphore d’eau. Des tampons de bois fermaient la bouche et un autre trou situé au dessus du front. Des charbons adroitement placés dans une cavité du crâne échauffaient graduellement le liquide. Bientôt
contraire à ce que nous savons aujourd’hui sur le mode d'aetion de la ” vapeur d’eau, laisse voir la haute idée que les anciens se formaient de la puissance de cet agent mécanique, On raconte qu’Arithénius, l’architecte de Justinien , avait une habitation contigué à celle de Zénon, et que, pour faire pièce à cet orateur, son ennemi ‘déclaré, il plaça dans le rez-de-chaussée de sa propre maison plusieurs chaudrons rem plis d’eau; que de l’ouverture pratiquée sur le couvercle de chacun de ces chaudrons partait un tube flexible qui allait s'appliquer sur le mur mitoyen, sous les poutres qui soutenaient les plafonds de la maison de Zénon ; enfin que ces plafonds dansaient comme s’il y avait eu de violens tremblemens de terre, dés que le feu était allumé sous les chan
LR drons. »
la vapeur engendrée faisait sauter les tampons avec fracas : alors elle s’échappait violemment en deux jets, et formait un épais nuage entre le dieu et ses adorateurs stupéfaits. Il paraîtrait que, dans le moyen-âge, des moines trouvèrent l’invention de bonne prise, et que la tête de Bustérich n’a pas seulement fonctionné devant des assemblées teutonnes (1).
« Pour rencontrer, après les premiers aperçus des philosophes grecs, quelques notions utiles sur les propriétés de la vapeur d’eau, on se voit obligé de franchir un intervalle de près de vingt siècles (a). Il est vrai qu'alors des expériences précises, concluantes, irrésistibles, succédaient à des conjectures dénuées de preuves. À
‘« En 1605, Flurence Rivault, gentilhomme de la
« (1) Heron d’Alexancrie attribuait les sons, objets de tant de controverses, que la statue de Memnon faisait entendre quand les rayons du soleil levant l'avaient frappée , au passage, par certaines ouvertures, d'un courant de vapeur que la chaleur solaire était censée avoir produit aux dépens du liquide dont les prètres égyptiens garnissaient, dit-on, l’intérieur du piédestal du colosse, Salomon de Caus, Kircher, etc., ont été jusqu’à vouloir découvrir :les dispositions particulières à l’aide desquelles la fraude théocratique s’emparait ainsi des imaginayions crédules; mais tout porte à croire qu’ils n’ont pas deviné
juste, si même, en ce genre, quelque chose était à deviner. »
{a) I me semble que M. Arago à un peu agrandi l'intervalle qui sépare Héron de Flu- * rence Rivault, et des autres savans modernes qui se sont oceupés d’abord des propriétés de
la vapeur d’eau, Au lieu de prés de vingt siecles, je proposerais de dire dix-sept siècles
( 544) chambre d'Henri IV et précepteur de Louis XIIT, découvre, par exemple, qu’une bombe à parois épaisses, et contenant de l’eau, fait tôt ou tard explosion quand on la place sur le feu apres l'avoir bouchée (a),
{a) Dans l'Annuaire du Bureau des Longitudes pour l'unnée 1857 se trouve à la page 240) le passage suivant, qui avait déjà paru dans l'Annuaire pour l’année 1830, à la page 154-155, et que je crois nécessaire de reproduire avant de présenter quelques observations à Fégard de Rivault.
« Examinons, à notre tour (dit M. Arago à propos d’un passage tiré de la Century of « Invention du marquis de Worcester) ce paragraphe tant de fois cité, et voyons sans par- « tialié ce qu’au fond on y trouve.
a J'y vois d’abord une expérience propre à montrer que l’eau réduite en vapeur peut, à la « longue , rompre les parois des vases qui la renferment. Cette expérience était déjà connue « en 1605, car Flurence Rivault dit expressément que les éolipyles crèvent avec fracas quand « on empêche la vapeur de s'échapper. Il ajoute même; L’effet de la raréfaction de l’eau a « de quoi épouvanter les plus assurés des hommes. (Élémens d’artillerie , p: 128. Paris, 1605).
Le passage cité par M. Arago se lit à la page 127 de l'ouvrage de Rivault; je l'ai rapporté précédemment (/page 334 ) dans l'extrait que j'ai donné de cet auteur. En lisant cet extrait, on pourra 6e convaincre que les deux passages où M. Arago parle de Rivault ne sont pas exempls d’inexactitudes. D'abord, et cela est bon à constater, Rivault ne parle jamais de la vapeur que nomme M. Arago, et il suppose toujours que l’eau se convertit en air. M. Arago parle plus loin de l'expérience de Rivault; mais Rivault n’a fait aucune expérience, il n’a pas parlé des bombes, il n’a dit nulle part expressément que « les éolipyles crèvent avec fracas quand on empêche la vapeur de s’échapper. » Il parle des éolipyles de Vitruve, et il ajoute : «ll y a quelque apparence que si ce nouvel « aër ne trouvoit lors issue libre par la petite porte, qu'il briseroit le vaisseau pour se don- « ner jour; ainsi que l'humidité de la chastaigne aërifiée par le feu la faict esclaiter ru- « dement pour se donner libre estendue. Que si la furie de cet esclat n’a d’estonnement que « pour les enfans, l’effect de la raréfaction de l’eau a de quoy espouvanter les plus asseurés a des hommes eh l’accident des tremblemens de terre. L'eau coulée ez cavernes de la terre «au printemps ( Arist. lib. 2 Meteor.), etc.» On voit, d'après ce passa gg combiew M. Arago a été généreux envers Rjvault, qui parle de châtaignes et non de bomges, et qui n'a fait allusion qu’à ces tremblemeus de terre dont M. Arago a déjà parlé à propos des Romains (voyez ci-dessus, p. 541}, en disant que ces idées théoriques ne supposaient ni appréciations, ni expériences, ni mesures exactes. On ne comprend pas bien pourquo M. Arago n'a cité que ces mots « L'effet de Ja raréfaction de l’eau a de quoi épouvanter «les plus assurés des hommes », qui, placés dans le texte entre La furie de l'éclat des chàtaignes! et l'accident des tremblemens de terre, réduisent à de justes proportions la décou.
verte et l'expérience de Raivault [L.1.
c’est-à-dire, lorsqu'on empêche la vapeur d’eau de se répandre librement dans air, « inesure qu’elle s’engendre. La puissance de la vapeur d’eau se trouve ici caractérisée par une épreuve nette et susceptible, jusqu’à un certain point, d’appréciations numériques (1); mais elle se présente encore à nous comme un terrible moyen de destruction.
oo nn +
« (1) Si quelque érudit trouvait que je n'ai pas remonté assez haut en m'arrêtant à Flurence Rivault; s’il empruntait une citation à Alberti, qui écrivait (a) en 1411; si, d’après cet auteur, il nous disait que dès le commencement du quinzième siècle les chaufourniers craignaient extrêmement, pour eux et pour leurs fours, les explosions des pierres à chaux dans l’intérieur desquelles ii y a fortuitement quelque cavité : je repondrais qu'Alberti ignorait lui-même la cause réelle de ces terribles explosions ; qu’il les attribuait à la transformation er vapeur de l'air renferme daus la cavité, opérée par l’action de la flamme ; je remarquerais, enfin, qu'une pierre à chaux, accidentellement creuse , n'aurait donné aucun des moyens d'appréciations numériques dont l'expérience de Rivault paraît susceptible. »
{a) Je ne sais où M. Arago a pu trouver qu’Alberti écrivait en 1431 ; car, bien que l’on ne connaisse pas exactement l’année de la naissance de cet homme célèbre, cependant on croit généralement qu'il est venu au monde en 1398; d’autres retardent même sa naissance jusqu'après 1400. Il est donc impossible d'admettre que le traité de re ædificatoria, auquel fait allusion ici M. Arago, ait été écrit en 1411. Quant à l'air qui se transforme en vapeur, suivant Alberti, et qui a donué lieu à la critique de M, Arago, nous avons vu plus haut /p. 555) que Rivault parle de l’eau humide qui se convertit en aër, et il ne paraît pas que l'on doive critiquer avec plus de sévérité une erreur théorique dans un écrivain florentin du quinzième siècle que dans un ouvrage publié en 1605, par le précepteur de Louis XIII. Du reste , 1} est probable que si M. Arago jetait les yeüx sur le quatrième livre des Élémens d'artillerie de Rivault, livre qui parut dans la seconde édition de cet ouvrage (Paris, 1608, in-8), y trouverait bien d’autres erreurs théoriques très graves. Puisque j'ai cité le traité de re ædificatoria, j'ajouterai ici qu'Alberti parle au même eudroit des animaux et des plantes fossiles , et de certains animaux trouvés dans les cavités des pierres (Alberti de re ædificatoria, Flo-
realiæ, 1485, iu-fol., Signat, e.), [L:1,
« Desesprits éminens ne s’arrêtérent pas à cette réflexion chagrine , ils conçurent que les forces mécaniques doivent devenir, ainsi que les passions humaines, utiles ou nuisibles, suivant qu’elles sont bien ou mal dirigées. Dans le cas particulier de la vapeur, il sufit, en effet , de l’artifice le plus simple, pour appliquer à un travail productif la force élastique redoutable qui; suivant toute apparence, ébranle la terre jusque dans ses fondemens, qui entoure l’art du statuaire de dangers réels, qui brise en cent éclats les parois épaisses d’une bombe !
« Dans quel état se trouve ce projectile avant son explosion? Le bas renferme de l’eau très: chaude, mais encore liquide; le reste de la capacité est rempli de vapeur. Celle-ci, car c’est le trait caractéristique des substances gazeuses, exerce également son action dans tous les sens : elle presse avec la même intensité l’eau et les parois métalliques qui la contiennent. Plaçons un robinet à la partie inférieure de ces parois. Lorsqu'il sera ouvert, l’eau, poussée par la vapeur, en jaillira avec une vitesse extrème. Si le robinet aboutit à un tuyau qui, aprèss’être recourbé en dehors autour de la bombe, se dirige verticalement de bas en haut, l’eau refoulée y montera d’autant plus que la vapeur aura plus d’élasticité ; ou bien, car c’est la même chose en d’autres termes, l’eau s’élèvera d'autant plus que sa température sera plus forte. Ce mouvement ascensionnel ne trouvera de limités que dans la résistance des parois de l'appareil.
« À notre bombe substituons une chaudière mé-
tallique épaisse, d’une vaste capagité, etrien ne nous
( 347 ) empêchera de porter de grandes masses de liquide : des hauteurs indéfinies par la seule action de la vapeur d’eau, ct nous aurons créé, dans toute l’acception des ce mot, une machine à vapeur pouvant servir aux épuisemens.
« Vous connaissez maintenant l'invention que la France et l'Angleterre se sont disputée , comme jadis sept villes de la Grèce s’attribuèrent tour-à-tour l'honneur d’avoir été le berceau d’Homère. Sur l’autre rive de la Manche, on en a gratifié unanimement le marquis de Worcester, de lillustre maison de Sommerset. De ce côté-ei du détroit, nous soutenons qu’elle appartient à un humble ingénieur presque totalement oublié des biographes : à Salomon de Caus , qui na- .quit à Dieppe ou dans ses environs. Jetons un coupd'œil impartial sur les titres des deux compétiteurs.
« Worcester, gravement impliqué dansles intrigues des dernières années du règne des Stuarts , fut enfermé dans la Tour de Londres. Un jour, suivant, la tradition, le couvercle de la marmite où euisaitson diner se souleva subitement. Que faire en pareil gite,a moins que l’on n’y songe ? Worcester songea donc à ce que présentait d'étrange le phénomène dont il venait d’être témoin. Alors s'offrit à lui la pensée que la même force qui avait soulevé le couvercle, pourrait devenir, en certaines circonstances, un moteur utile et commode. Après avoir recouvré la liberté, il exposa en 1663, dans un livre intitulé: Century of inventions , les moyens par lesquels il emtendait réaliser son idée. Ces moyens, dans ce qu’ils renferment
d’essentiel, sont, autant du moins qu’on peut le com-
( 548 ) prendre ,; la bombe à demi remplie de liquide et le tuyau ascensionnel vertical que nous décrivions toutà-l’heure.
« Cette bombe, ce même tuyau, sont dessinés dans La raison des forces mouvantes, ouvrage de Salomon de Caus (a). Là, l'idée est présentée nettement, simplement, sans aucune prétention. Son origine n'a rien de romanesque ; elle ne se rattache ni à des événemens de guerre civile, ni à une prison d’état célèbre, ni même au soulèvement du couvercle de la marmite d’un détenu; mais, ce qui vaut infiniment mieux dans une question de priorité, elle est, par sa publication , de quarante-huit ans plus ancienne que la Century of inventions, et de quarante-et-un ans antérieure à l’emprisonnement de Worcester.
«Ainsi ramené à une comparaison de dates, le débat semblait devoir être à son terme. Comment soutenir en effet que 1615 n’avait pas précédé 1663? Mais ceux ‘dont la principale pensée paraît avoir été d’écarter tout nom français de cet important chapitre de l’histoire des sciences, changèrent subitement de terrain, dès qu’on eut fait sortir la raison des forces mouvantes des bibliothèques poudreuses où elle restait ensevelie. Ils brisèrent sans hésiter leur ancienne idoie : le marquis de Worcester fut sacrifié au désir d’annuler les titres de Salomon de Caus; la bombe