LU
(a) Je ne m'arrète pas ici à Salomon de Caus, sur lequel je revenara plusieurs fois dans
cette note [L,1,
( 349 ) placée sur un brasier ardent, et son tuyau ascen sionnel cessèrent enfin d’être les véritables germes des machines à vapeur actuelles !
« Quant à moi, je ne saurais accorder que celui-là nait rien fait d’utile, qui, réfléchissant sur l’énorme ressort de la vapeur d’eau fortement échauffée, vit le premier qu’elle pourrait servir à élever les grandes masses de ce liquide à toutes les hauteurs imaginables (a); je ne puis admettre qu’il ne soit dû aucun souvenir à l’ingénieur qui, le premier aussi, décrivit une machine propre à réaliser de pareils effets. N’oublions pas qu’on ne peut juger sainement du mérite d’une invention, qu’en se transportant par la pensée au temps où elle naquit; qu’en écartant momentanément de son esprit toutes les connaissances que les siècles postérieurs à la date de cette invention y ont versées. Imaginons un ancien mécanicien : Archimède, par exemple, consulté sur les moyens d'élever à une grande hauteur l’eau contenue dans un vaste récipient métallique fermé, Il: parlerait certainement de grands leviers, de poulies simples où moufllées, de treuils, peut-être de son ingénieuse vis; mais quelle ne serait pas sa surprise, si, pour résoudre ce problème,
quelqu’un se contentait d’un fagot ét d’une allumette ? Eh bien! je le demande, oserait-on refuser le titre
{a) Afin de ne pas trop accorder à Salomon de Caus, on doit remarquer ici qu'il ne parle, ui de grandes masses de liquide, ni de toutes les hauteurs imaginables, et qu'il se borne à dire que l’eau montera, par l'aide du feu, plus haut que son niveau. [De Caus, Les raisons des
forces mouvantes , f. 41 [L.].
(:850 } d'invention à un procédé dont l’immortel auteur des premiers et vrais principes de la statique et de Phydrostatique, aurait été étonné? L'appareil de Salomon de Gaus, cette enveloppe métallique où lon crée une force motrice presque indéfinie, à l’aide d’un fagot et d’une allumette, figurera toujours noblement
dans l’histoire de la machine à vapeur (b}:
(1) « On a imprimé que J. B. Porla avait donné , en 1606, dans ses Spiritali, neuf où dix ans avant la publication de ouvrage de Salomon de Caus, la description d’une machiue destinée à élever de l’eau au moyen de la force élastique de la vapeur. J'ai montré ailleurs que le savant Napolitain ze parlait ni directement ni indirectement de machine, dans le passage auquel on à fait allusion; que son but, son but unique, était de déterminer expérimentalement les volumes relatifs de l'eau et de la vapeur; que dans le petit appareil de physique employé à cet effet, la vapeur d’eau ne pouvait élever le liquide, d’après les propres paroles de l’auteur, que d’un petit nombre de centimètres (quelques pouces ); que dans toute la description de l'expérience il n’y a pas un seul mot impliquant l’idée que Porta connût la puissance de cet agent et la possibilité de l'appliquer à la production d’une machine efficace (a).
« Penset-on que j'aurais dû ‘citer Porta, ne fût-ce qu'à raison de ses recherches sur la transformation de l’eau en vapeur? Mais je dirai alors que le phénomène avait été déjà étudié avec attention par le professeur Besson, d'Oriéans, vers le milieu du xvi° siècle , et qu’un des traités de ce mécanicien, en 1569, renferme notamment un essai
de détermination des volumes relatifs de l’eau et de la vapeur. »
(a) Je reviendrai plus loin sur les droits de Porta, qui, comme je l'ai déjà dit, ont été reconius par un juge très compétent, feu M. Hachette, membre de la section de mé- ‘canique à l’Académie des sciences. C’est à lui, probablement, que se rapporte l’On a imprimé de M. Arago, car dans une note insérée dans le Bulletin de la Société d'Encouragement, et reproduite dans le Bulletin de M. de Férussac, M. Hachette a dit ce qui suit :
“ On est étonné que Salomon de Caus n'ait pas cité dans sou ouvrage les Raisons des force
« I est fort douteux que Salomon de Caus et Worcester, aient jamais fait exécuter leur appareil. »
Après avoir reproduit fidèlement dans ce fragment l’ensemble des opinions de M. Arago sur le premier inventeur de la machine à vapeur, je vais donner d’autres passages tirés de l’Annuaire (a) du bureau des longitudes pour l'année 1837 qui compléteront et développeront la pensée de l'autéur : car M. Arago, obéissant aux nécessités académiques, n’a pas pu donner dans l'Éloge de Watt tous les détails de son argumentation. Je placerai ces extraits dans l’ordre même où ils sont disposés dans Annuaire.
(€ 1619. Sacomon DE Caus ( Annuaire du Bureau des
Longitudes pour l'année 1837, p. 234.)
« Salomon de Caus est l’auteur d’un Buvrage inti-
tulé : Les raisons des forces mouvantes, avec diverses
« mouvantes, publié en 1615, l'appareil de J:-B, Porta, mieux disposé que le sien, pour « résoudre la question qu'il s'était proposée, d'élever l’eau au-dessus de son niveau » {F4 russac, Bulletin des sciences technologiques, octobre 1831, p. 92}. Pour le moment, je n ajouterai rien à cette cilation de M. Hachette, et je me bornerai à rappeler ici que, dans son célèbre théorème, Salomon de Caus n’a rien dit de plus que Porta sur l'efficacité de sa machine , et que si, daus l’appareil du savant Napolitain , la vapeur ne pouvait élever l'eau que d’un petit nombre de centimètres; Salomon de Caus se borne à dire que « l’eau montera plus haut que son niveau. » La différence, comme on le voit, n'est pas grande. Au reste, il n'est pas inutile de remarquer que Porta ne parle pas de pouces ( car quaut aux centimètres, il ne pouvait pas les connaître), et qu'il se borne à dire que le tuyau de dégorgement passera à une petite distance de la surface du vase, L’élévation du liquide par la vapeur était d’abord petite et augmentait à mesure que l’eau baissait dans le vase [L.].
{a) M. Arago a inséré dans l'Annuaire pour l'an 1829, sa première notice sur les machines à vapeur , qu'il a reproduite dans le même recueil en 1850 et,en 1837. Je cite la der-
nière édition, à laquelle M. Arago à fait quelques corrections et additions [L.].
machines tant utiles que plaisantes , etc. Cet ouvrage parut à Francfort (a) en 1615. On y trouve entre autres choses ingénieuses que plusieurs mécaniciens ont présentées de nos jours comme nouvelles, un théorème ainsi concu sous le N° 5 : L'eau montera par AIDE du feu plus haut que son niveau. Voici en quels termes Caus justifie cet énoncé :
__« Le troisième moyen de faire monter l’eau est « par l’aide du feu, dont il se peut faire diverses ma- « chines. J’en donnerai ici la démonstration d’une.
« Soit une balle de cuivre marquée À, bien sou-
« dée tout à l’entour, à laquelle il y aura un soupirail
«marqué D par où l’on mettra l'eau, et aussi un
us
« tuyau marqué BC qui sera soudé en haut de la balle; «et le bout C approchera près du fond , sans y tou-
« cher ; après faut emplir ladite balle d’eau par le « soupirail , puis le bien reboucher et le mettre sur
{a) Je n'ai pas pu me procurer celte édition, et j'ai dû me borner à consulter la réimpres sion , que j'ai déjà citée , faite à Paris (1624, in-fcl.) [L.].
s 2 353) « le feu ;-alors la chaleur donnant contre ladite balle « fera monter toute l’eau par le tuyau BC.
« L'appareil dont je viens de transcrire la description est une véritable machine à vapeur propre à opérer des épuisemens. Mais peut-être supposerait-on , si je me bornais au passage précédent , que Salomon de Caus ignorait la cause de l'ascension du liquide par le tuyau BC. Cette cause lui était parfaitement connue, et j’en trouve la preuve dans son théorème! , pages
2et 3, où , à l'occasion d’une expérience toute sem-
| blable, il dit que « la violence de la vapeur (produite
par l’action du feu) qui cause l’eau de monter, est
iprovenue de ladite eau, laquelle vapeur sortira après que l'eau sera sortie par le robinet avec grande violence. »
« 1629. BRANCA (Annuaire du Bureau des Longitudes
pour l’an 1837, p. 236.)
( Branca est l’auteur d’une compilation intitulée : Le machine del sig. G. Branca ; Roma, 1629. Cet ourage renferme la description de toutes les machines dont l’anteur avait edfconnaissance. Dans ce nombre on remarque un éolipyle placé sur un brasier et disposé de manière que le courant de vapeur sortant par an tuyau, allait frapper les ailes ou les augets d’une petite roue horizontale et la faisait tourner. Le vent de la tuyère d'un soufflet ordinaire aurait évidem-
ment produit le même effet (a).
» (a) Jeue comprends pas dans quelle vue M, Arago fait ici cette remarque, qu'il reproduit
«Je n’ai pas encore deviné d’après quelles analogies! on a pu voir dans cet éolipyle le premier germe des. machines à vapeur employées de nos jours. En tout!
cas, je me bornerai à cette remarque, le recueil de Branca est postérieur de beaucoup aux deux premières, éditions de l’ouvrage de Salomon de Caus. »
(Annuaire du Bureau des Longitudes pour l'annee 1837;
p. 322-320.) dé
« Voici venir maintenant M. Ainger, qui trouve aussi une machine destinée à élever de l’eau, dans un auteur, J.-B. Porta, plus ancien que Salomon de! Caus. Si le fait est vrai, le nom de Salomon de Caus, que je substituais à celui de Worcester, devra , sans aucune doute, être remplacé à son tour par le nom de Porta. Aussi, je vais sur-le-champ vérifier l’assertion de M. Ainger, sans même faire remarquer combien il est bizarre que le nom du savant Napolitain n’ait jamais été prononcé tant que Worcester puret sans contestation, du titre d’inventeur, et qu’on s’en soit. ressouvenu à point nommé, dès qu’il a semblé pouvoir nuire aux droits d'un autre Français.
« La machine du physicien napolitain se tr ouve, dit
plus loin (Annuaire pour l’an 1857, p. 527) à propos de l'appareil de Porta. Tout le monde { sait que leseffets de la dilatation de la vapeur par l’action du feu sont les mêmes que ceux que M produit l'air échaufté. Si donc l’on excluait tous les auteurs qui ont employé la vapeur sans la » précipiter et comme on emploierait l'air, il faudrait omettre aussi Salomon de Caus |
arec tous ceux qui n’ont pas employé la précipitation de la vapeur, [L.]
M. Ainger, « dans unetraduction de l'ouvrage d’'Héron « d'Alexandrie, qui fut publiéenltalie , parJ.-B. Porta, «en 1606 » (Pages 326-327). Je lis plus loin (page 344) : « Les lecteurs qui désireront vérifier les faits « donnés ici, pourront consulter les différentes édi- « tions des Spéritalia d’Héron, et spécialement la!tra- « duction qu’en a donné Porta, en 1606, etintitulée : « Ltre libré Spiritalia. Un exemplaire de cet ouvrage KCexiste au British museum. »
… «Lorsque l'écrit du Quarterly-Journal me parvint, j'avais parcouru diverses éditions de l’ouvrage d’Héron, je ne connaissais pas celle de Porta que M. Aïnger cite. Je me suis un moment reproché cette négligence; mais, vérification faite avec le secours de nos plus célèbres bibliographes, il s’est trouvé que l’ouvrage ‘en question n'existe pas; qu'il n'y a, enfin, aucune traduction d’Héron faite par Porta. Cet auteur, il est
vrai, a publié un ouvrage en latin, intitulé, comme
celui du mécanicien grec, Pneumaticorum libri tres, Naples , 1601, in-4°, mais il n’est pas plus l'ouvrage d'Héron que l'Histoire naturelle de Buffon n’est la traduction de celle d’Aristote. Les Pneumatiques de Porta, traduites en italien et en espagnol par un mommé Juan Escrivano, ont été publiées , en 1606, sous le titre de : {tre libri de Spiritali di Giovam Bat tista della Porta napolitano, un volume petit in-4°. C'est ce livre que M. Ainger a pris pour une traduction italienne , faite par Porta , tandis qu'elle est de Juan Escrivano; pour une traduction de l'ouvrage \grec d'Héron , tandis que c’est la traduction d’un jouvrage latin de Porta. M, Ainger est parvenu à réu-
ve
nir sur ce point toutes les erreurs dans CA il était possible de tomber.
« À la page 75 des Spiritali de Porta, publiées | par Eserivano, se trouve l’appareil que cite M. Aïnger, comme une machine que Porta avait inventée pour élever de l’eau à l’aide de la force élastique de la. vapeur; comme un grand perfectionnement (great improvement) d’une machine d'Héron dont j'aurai tout-à-l’heure à parler. Je vais donner ici la traduc+ tion du chapitre de Porta, ou plutôt du chapitre d'Escrivano (a), car il n'existe pas dans l'ouvrage original, et l’on verra alors jusqu’à quel point M.Ainger a mis en jeu son esprit inventif. » |
P Pa
| CnapiTRe VIT.— Pour savoir en combien de parties
se transforme une simple partie d'eau. $
« Faites une boîte (b) en verre ou en étain, dont l& « fond soit percé d’un trou par lequel passera le col « d’une bouteille à distiller, renfermant une ou deux « onces d’eau. Le col sera soudé au fond de la boîte, «-de manière que rien ne puisse s'échapper par là. De
{a) Bien qu'eflectivement ce chapitre n'existe pas dans l'ouvrage original, cependant ce n'est pas un chapitre d’Escrivano, comme paraît le supposer à tort M, Arage, car Escrivano, quia dédié sa traduction à Porta, a soin de dire: « qu'il y a ajouté tout ce qu'il avait en- « tendu de la bouche de Porla , ét que C’est pour cela qu'il la lui dédie. » (Porta Spiritali , pi 4) CUCEN]
(b) Je reproduis ici la figure donnée par M. Arago, bien qu'elle ne ressemble pas exacte:
ment à celle de’Porta que j'ai déjà donnée à la page 332. {L.]
2 ( 357) cefmême fond partira un canal dont l'ouverture le touchera presque, lintervalle étant tout juste ce qui est nécessaire pour.que l’eau puisse y couler. Ce canal passera par une ouverture du couvercle de la boîte, et s’étendra au-dchors, & une petite distance de sa surface (passi per lo coverchio fuori, poco
. lontano dalla sua superficia). La boîte sera remplie d’eau par un entonnoir qu’on bouchera bien en- suite, afin qu’il ne laisse pas échapper d’air (che non possa respirare), enfin , la bouteille sera placée sur le feu, et on l'échauffera peu-à-peu ; alors Peau, transformée en vapeur, pressera l’eau dans la boîte, lui fera violence, et la fera sortir par le canal c et couler à l’extérieur. On continuera toujours ainsi à échauffer l'eau, jusqu’à ce qu’il n’en reste plus, et lant que l’eau fumera (sfumera), Vair pressera l'eau * dans la boîte et l’eau sortira à l’extérieur. L’évaporation étant finie, on mesurera combien il est sorti d’eau de la boîte, et il y sera resté autant d’eau qu'il en sera sorti (de Ja bouteille), et vous conclu-
« rez de la quantité d’eau écoulée, en combien*d’air « elle s'était transformée (a). On peut encore facile: | « ment mesurer en combien une once d’air dans sà « consistance ordinaire, peut donner de parties d’un & air plus subtil. » 4 « Rappelons maintenant la manière dont M. Ain: ger annonce ce passage : » | | à Une traduction, dit-il, de l'ouvrage d’Héron, fut.
« Vubliée en italien, par j. -B. Porta en 1606. Porta! « répète l’invention d’'Héron, et ajoute la suivante «€ comme lui appartenant : Dans la figure destinée à « en faciliter l'intelligence, on voit le fourneau pour « chauffer l’eau. » $ « La vérité est que Porta ne parle pas de la machine d'Héron; qu’il n’a eu, en aucune manière, lintention de la perfectionner; qu’il ne songeait pas même: à faire une machine (b), que son but, son but unique, était de déterminer expérimentalement et par un
7 (a) Les mots qui suivent depuis on peut jusqu’à plus subtil n'appartiennent pas à l'aps pateii dont il s’agit ici ; ils se rapportent à une espèce de thermomètre que Porta décrit ensuite, comme on pourra s'en convaincre en consultant l'ouvrage original (Portaÿ Spiritali, p.76). [L.]
(b) Si M. Arago veut dire iei que Porta ne dit pas qu'il voulnt faire une machine , mot savant confrère a parfaitement raison, mais alors il faudra aussi rayer le rom de Sale: mon de Caus de Ja liste des inventeurs de la machine à vapeur, car cet ingénieut ne dit pas non plus qu’il eût l'intention de faire une machine. Pour mon compte, je 0e crois pas qu’il soit nécessaire d'avancer que l’on veut construire une machine pour faire uné | découverte en mécanique. Pour son expérience, Porta avaït besoin d'employer {a tension de la vapeur, afin de vider l’eau contenue dans un récipient : c’est ce qu'il a fait, et peu importe qu'il ait élevé cette eau à une petite hauteur; car, comme nous l'avons déjà vu, | Salomon de Caus aussi n’a voulu élever l’eau qu'au-dessus de son niveau. Porta, objecte-t-on, | avait un autre but, c’est vrai, mais, comme pour l'atteindre, il a employé le même pro: | cédé, et un appareil mieux disposé (ce sont les expressions de M. Hachette) que celui qu'a reproduit plusieurs années plus tard Salomon de Caus, il ne semble pas que l'on puisse
omettre Je nom de Porta dans l'histoire de l'invention des machines à vapeur. TL.!
( 399 } moyen dont il est inutile de signaler ici tous les défauts, les volumes relatifs d’une quantité donnée d’eau ret de la vapeur en laquelle là chaleur la transforme. Porta songeait si peu à donner son appareil comme ‘propre à élever de l'eau, qu’il dit en termes formels ique le tuyau de dégorgement passe à une petite distance de Ja surface du couvercle de la petite boîte (a). Ainsi je n’ai aucun désir de le nier, Porta n'ignorait pas que la vapeur d’eau peut presser un liquide à la manière de Vair; mais rein, rien absolument, ne : prouve qu’il eût quelque idée de la grande force que cette vapeur est susceptible d'acquérir, et de la possibilité de l’employer comme moteur efficace (b). Si cette notion spéciale ne lui avait pas manqué, Porta , de plus enthousiaste faiseur de projets dont l’histoire Ides sciences fasse mention, n’aurait certainement pas. manqué d’en parler. Au surplus, tout ce que Porta. avait vu dans son expérience aurait été également produit, si sa grande bouteille, au lieu d’eau, eût renfer-
mé seulement de l’ai(c). »
.« La double notion que la vapeur convenablement.
(a) J'ai déjà dit {p.350) que, dans son théorème V, Salomon de Caus n'avait guère été plus loin. On doit ajouter jei qu’il valait mieux , pour vider le récipient, prendre, comme l'a fait Porta, un tuyau de dégorgement qui ne fût pas très long. En laissant indéterminée le
lungueur de ce tuyau , comme l'a fait Salomon de Caus, ou pouvait, dans certaines cir-
constances, ne pas faire sortir l’eau. [L.]
{b) On a vu plus haut (p. 349 et 352) que, dans son théorème, Salamon de Caus ne parle pas plus que Porta de la grande force de la vapeur ni de moteur efficace. Quant à ce qu'ildit de la bombe qui crêvera, il ne paraît pas avoir été plus loin que Caesariano ( Voyez ci-desus p- 530-331}, [L.] | (c) I est bon de répèter ici ce que j'ai déjà dit précédemment (p. 555), savoir, que jusqu’à l'époque où l’on a commencé à la faire précipiter, la vapeur n'était employée que comme on
pouvait employer l'air. [L,]
{ 560 ) enfermée élève l'eau au dessus de son niveau, et qu’elle est susceptible de produire les plus grands
effets, que des-lors elle peut servir à la construction |
de machines utiles, se trouve pour la première fois à ma connaissance, dans l’ouvrage de Salomon de Caus; peut-être découvrira-t-on quelque chose d’analogue dans des auteurs encore plus anciens. Eh bien! si cela arrive, le nom de Salomon de Caus, je le répète, devra disparaître de l’histoire de la machine à feu, comme j'en avais écarté celui du marquis de Worces-
ter; mais, à moins que ce nom nouvêau appartienne à quelque personnage né dans les Iles Britanniques, il
y aura toujours heu à rectifier cette assertion si souvent reproduite : Ç« La machine à vapeur a été inventée par un petit nombre d'individus tous Anglais.
« En rapportant ces réflexions, je leur ai laissé
toute leur force. On se ne à cependant si l'on voulait en conclure que je les adopte sans modification:
J’accorderai très-volontiers que les inventeurs de la ma= chine à piston, du mouvement alternatif et des artifices qui le produisent, doivent être placés hors ligne; cetté concession faite, je ne saurais admettre que la pre= mière idée d'employer la vapeur comme principe dé mouvement (a), ne doivent pas figurer dans l’histoiré des machines à feu actuellement en usage. »
ms
(4) Puisque M. Arago admet que la premiere idée d'employer la vapeur comme principe d8
Les machines à vapeur ont acquis une si grande importance dans la société moderne, que j'ai dû rechercher et constater quelle était Ja part que les Italiens ont pu avoir dans une si grande découverte. Les passages que j'ai reproduits, les diverses
notes que j'ai ajoutées à ces passages et la discussion à laquelle je me suis livré à ce propos, me semblent avoir singulièrement facilité ma tâche.
Placé entre deux savans d’un grand mérite, entre deux juges également compétens, dont l’un , M. Hachette, croyait que Porta avait des droits incontestables à linvention de la machine à vapeur, et a dit que Pobservation du savant napolitain était l'ex périence la plus curieuse du siècle (1), tandis que l’autre, M. Arago, n’a voulu citer les auteurs italiens que pour les exclure de toute participation à cette invention , et a mis en tête de sa liste
Salomon de Caus (2), j’ai dû examiner avec soin les
(x; Férussac, Bulletin des sciences technologiques, octobre 1831,
(2) Annuaire publié par le Bureau des Longitudes pour l'an 1337,
p. 306, — Mémoires de l’Académie des sciences , tome X VIT, p. xCIv.
mouvement doit figurer dans l’histoire des machines à feu, il devient évident que les auteurs qu’il faut citer d'abord sont Héron , Cæsariano et Porta. Héron, qui® non-seulement a décrit l'appareil à réaction, mais qui a aussi employé la vapeur à l'état de souffle direct, chose que M. Arago ne semble pas avoir remarquée (Voyez Mathematici veleres, Parisiis, 1695, in-fol., p. 198-199), Cæsariano, qui au commencement du xvi® siècle a décrit des effets de la grande force que peut acquérir la vapeur, et Porta, qui le premier a employé l'élasticité de la vapeur dans un vase fermé; pour élever l'eau au-dessus de son niveau. Je pe vois pas ce que
Salomon de Caus a ajouté à ces connaissances que l'on avait avant Jui sur cette matiere, [L, |
( 362 ) textes originaux et peser les expressions de chaque auteur. Aprés un examen consciencieux il m’a semblé que Cæsariano et Porta avaient déjà dit tout ce qu’il y a d’essentiel dans l’ouvrage de Salomon de Caus, à propos des propriétés et de l’emploi de la vapeur, et qu’à ce titre , ils devaient être cités avant cet habile ingénieur. Je me suis surtout appliqué à employer le même mode d’examen et de critique, à l’égard de tous les auteurs dont je devais examiner les titres ; car il n’a semblé que c’était là un écueil que n’avaient pas toujours su éviter mes savans devanciers, et pourtant, sans cette parfaite indépendance d’esprit, il est impossible de faire d’une manière équitable la part de chacun. Les lecteurs qui savent combien de fois M. Arago est revenu sur ce point me pardonneront d’avoir traité le même sujet avec une certaine étendue. Au reste, pour établir l’opinion de M. Hachette je n’ai fait que citer et comparer. M. Arago me parait avoir eu raison lorsqu'il a avoué qu'il n’avait pas entièrement échappé à l’erréur de considérer la machine à vapeur comme un objet simple dont il fallait absolument trouver l’inventeur (1). Il y a place pour tout le monde: pour les Grecs, pour les Francais, pour les Anglais, pour les Italiens; peut-être aussi pour les Allemands et les Espagnols. Lorsqu'on fait d’une manière impartiale l’histoire de
la suite d'idées, d'observations et de raisonnemens qui ont produit les machines à vapeur qu’on emploie aujourd'hui , il semble impossible de ne pas mentionner Cæsariano et Porta, et je crois que leurs aperçus laissent peu de place aux projets de Salomon de Caus. Ce ne sont là, 1l faut l’avouer, que des linéamens : mais l'ingénieur normand ne paraît pas s'être avancé plus loin que larchitecte milanais ou le savant Napolitain. Quant à Branca, il a imaginé une machine à vapeur, dont on se sert encore aujourd'hui. M. Arago me semble avoir insisté plus à propos sur la grande part que Papin a eue dans l’invention de nos machines à vapeur actuelles. L'idée de faire une machine à piston et de précipiter la vapeur par le froid : l’idée de construire une machine à feu à double effet, et d'employer la vapeur pour imprimer un mouvement aux bateaux, assurent à la France une part glorieuse et impérissable dans cette grande invention.
NOTE VE ( race 60 ).
Voici une lettre de Castelli à Branca que je n’ai jamais trouvée imprimée dans Îles ouvrages que j'ai pu consulter et dont l’original se conserve à la bibliothèque ducale de Parme. Je la dois à l'extrême obligeance de M. Pezzana, savant distingué qui cultive avec succès différentes branches d’érudition, et qui n’a jamais cessé de m'indiquer et de me procurer les livres imprimés et les pièces manuscrites dont la connaissance pouvait m'être utile dans mes, recherches sur l’histoire des sciences. Je le prie de recevoir ici expression publique de ma reconnaissance. Cette lettre me paraît importante, d'abord parce qu’elle prouve que Branca dont on ignore la vie, était un ingénieur fort estimé, et puis parce qu’elle nous montre Castelli répondant librement et courageusement au doge de Venise qui prétendait imposer à volonté
aux savans et aux élémens.
AUMP ill sig. Giovanni Branca, architetto della santa Casa di Loreto.
Hora mi sono chiarito aflfatto, e da quello che à intravenuto a me, a V. S. ed a moltissimi altri per il passato , che accaderà ancora ai medesimi per l’avve-
nire : cioè che gli loro pensieri, come lontani dalla capacità commune vengono dall universale per scioccherie condannati; ad all incontro sono abbracciati e stimati quelli 1 quali arditamente propongono partiti accommodati e proporzionati ai cervelli simili a loro. Ne potrei addurre infiniti esempli in fatto, ma voglio che in consolazione sua per hora me ne basti un solo il quale e per l’importanza della materia e per la grandezza di quelli con chi si tratta è veramente insigne.
Il maggio passato 1641, mi trovai in Venezia con occasione del nostro capitolo generale, e per ordine di que’ signori mi convenne dire il mio parere intorno alla laguna di quella città , la quale minaccia rovine immense, e nel corso di più di cento anni tutti quei proti e Ingegneri ed i signori stessi sono restati persuasi che le torbide dei fiumi che scaricano le loro acque nella Laguna la vadino riempiendo, e si sono confermati tutti in questa sentenza dal vedere che :il disordine & arrivato a segno che in tempi d’acque basse per il riflusso si scuopre la laguna a guisa d’una campagna. E per rimediare a questo disordine hanno speso e vanno continuamente spendendo tesori nel cavare canah e fanghi; e per ovviare alla radice del male , hanno, con spese enormi e con grandissimi danni alle campagne di terra ferme , fatte molte di- - versioni di quei fiuni che scaricavano le loro acque : nella laguna, e per deliberazioni pubbliche terminato di divertire ancora cinque altri fiumi che di presente scaricano nella stessa laguna, Hora è toccato a me a proporre che le diversioni ultimamente fatte sono
( 366 ) state la vera cagione della presente miseria : e di più mi sono dichiarato e protestato che se metteranno in esecuzione le deliberazioni fatte di divertire gli altri cinque fiumi, ne seguirà di sicuro la totale rovina della laguna con moltissime altre pessime conseguenze. Le ragioni che mi hanno condotto in questa sentenza, sono tali e di tanta forza che arrivano al sommo ed altissimo grado di certezza ma non possono già essere intese cosi facilment dalla moltitudine dal che ë& seguito che molti mi si sono voltati malamente contro e con scritture e stampe fuori d’ogni proposito , non intendendo nulla affato di quello chi io propongo mi lanno malamente strapazzato. La dottrina del mio libro «Della misura dell’acque correnti » mi ha aperta la strada a scoprire tutto l’inganno; e di tutio questo negozio distesi una scrittura che fu da me letta e presentata in pieno Collegio, con la quale mi guadagnai l’assenso di aleuni di quei signori che si compiacquero sentirmi, non solo nella pubblica andienza, ma ancora volsero in privati congressi trattare meco alle strette, in modo tale che si fermd la furia del precipizio nel quale stavano per cadere. Hora ritornato in Roma ho distesa come una seconda parte del mio discorso , nella quale metto in campo un paradosso totalmente incredibile ma vero, il quale è questo. Che dato che la Brenta ultimamente diver- ‘tita bo anni fa havesse cagionato sbassamento dell’acque, nella laguna di mezzo braccio, e che la sua acqua che scaricava nella laguna, fosse cinque parti di quelle, che i cinque fiumi che restano da diverürsi fossero quattro, in ogni modo lo sbassamento che
( 367 ) | seguirà da questa ultima diversione riuscirà doppio dello sbassamento seguito per la diversione della Brenta sola, cioè si sbasserà il livello della laguna un braccio intero di più di quello che si trova di presente. Maraviglia totalmente inopinabile ma vera, e tanto vera che con pochissima spesa ne posso fare l’esperienza chiarissima. Hora qui consideri V.S. che diluvio di contradizioni mi soprasta, e poco meno che non sia per essere lapidato; ma pacienza , non sono 10 che faccia che queste cose siino vere, Dio
e la natura obbedientissima a° suoi decreti le ha fatte vere, e noi le andiamo con stenti grandi ritrovando.
Chi non vuole contraddizioni dica a modo d’altri, chi vorrà dire la verità, stia preparato alli incontri fieri dell ignoranza, e quello che è peggio della malignità e dell” invidia; e perd non mi sono molto maravigliato di quanto V.S. mi scrive con la sua delli 5. Faccia a mio modo, anzi faccia quello che ho fatto io nel Sopra narrato caso. Dubitando di havere la sentenza contro come segui da quei signori, interposi l’appellazione in voce ed in scrittura nella suddetta audienza con le parole seguenti : « E quando mi si pro- « nunicasse la sentenza contro, appello al Tribunale « giustissimo ed inesorabile della natura , la quale « non curandosi punto di compiacere nè a questo nè « a quello sarà sempre puntuale ed inviolata esecu- « trice de’ suoi eterni decreti sopra dei quali non « haveranno mai forza di rilievo le deliberazioni hu- « mane nè i vani desiderü nostri, e soggiunsi con voci « assai chiare quello che segue.Metta pure Ja Serenità « Vostra Parte, in questo Eccelso Collegio e la faccia
« confirmare in Pregadi. Che i venti non spirino, « che il mare non ondegeï, che i fiumi non corrano. « L venti saranno sempre sordi, il mare sarà costante « nelP incostanza sua, i fiumi ostinatissimi, e questi « Saranno i mei giudici, ed alla loro decisione un’ ni- « netto. » Mi perdoni V. S. se sono stato troppo prolisso; e se ella haverà cara una copia della mia scrittura gli la munderd, e intanto la prego a continuarmi il suo amore, conche li b. |. m. :
Roma il r2 di xbre 1641.
Di V.S. M. Ille Affezmo ed obligmo Ser.
Don Benedetto Castell.