‹ Histoire des sciences mathématiques en ItalieChapitre 3 sur 29 · LV · texte numérisé non relu

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quoi, à cette époque, il y eut des écoles si florissantes et des élèves qui surpassèrent souvent des maîtres déjà célèbres. C’est parce que les grands caractères sont propres à tout. Léonard de Vinci, dessinant une horloge, écrivait à côté qu'il fallait employer les heures de manière à vivre dans la postérité ; Michel Ange disait que la main n’est rien, et qu’elle obéit toujours à l’esprit quand il sait la diriger : Marchi voulait d’a-* bord former le caractère de ses disciples pour les préparer à devenir ensuite d’habiles architectes. Dans les planches de son ouvrage il faisait graver ces sentences : L’homme peut tout quand il veut : le travail surmonte tous les obstacles. Il est à regretter qu'à force d'étudier les arts et les sciences, on soit arrivé à oublier trop souvent celui qui doit les cultiver. Rien ne saurait remplacer l'effet produit par un maitre célébre qui parle de gloire, de grandeur et de vertu, avant d'expliquer les préceptes de la science ou de l’art qu'il doit enseigner.

L'ouvrage de Marchi, resté inédit à Flo:

rence, est un traité de tout ce qui a rapport aux constructions et à la science de l'ingénieur. Non-seulement on y trouve les élémens de là

géométrie et les préceptes de Parchitecture civile

(67) et militaire (1); mais l’auteur y parle des machines qu'on peut employer, et, entrant dans les plus petits détails de son art, il enseigne à faire le ciment, à chercher les sources, à chauffer et à rafraîchir les appartemens et même à défricher un terrain (2). Les constructions hydrauliques, les canaux, la balistique, l’histoire même de l’art, tout se trouve dans cet immense ouvrage, qui, malheureusement, n'a pas été complétement

achevé par l’auteur. On y voit que, dès l’année

(x) Parmi les figures qui se trouvent dans l’ouvrage de Marchi, il y en a plusieurs qui sont de véritables cartes géographiques. Voyez à ce sujet la planche où il a figuré le lac d’'Orbetello et le mont Argentaro (Marchi, architettura mililare, f. 133).

(2) On trouve l’analyse de cet ouvrage, dans Fantuzzi (Srerittori Bolognesi, tome V, p. 228-233). Différens fragmens qui ont été publiés prouvent que Marchi s’occupait des objets les plus divers. On a de lui des observations physiques sur la propagation du son dans l’eau, et sur le froid que l’on éprouve au sommet des hautes montagnes (Venturi, memorie, p- 5, 12, 14, 39, etc.). L’étude de antiquité l’occupait aussi, et il a laissé une description du lac de Nemi, et du célèbre vaisseau romain qui s’y trouve submergé (Marchi, architettura militare, f. 42-44), Les details sur ce vaisseau, la descente de Marchi au fond du lac dans une cloche, les observations physiques qu'il a faites à cetle occasion sont très dignes de remarque.

1564, Marchi avait gravé trente planches de son ouvrage, pendant qu'il était en Angleterre avec Philippe II, lorsque ce prince épousa la reine Marie (1), et que, mécontent de son travail, il ne voulait pas le faire paraître : des imprimeurs, dont il se plaint, firent connaître quelques-unes de ses planches, ce qui donna lieu à d’autres ingénieurs de s'emparer de ses inventions. Il semble résulter de tout cela que l'ouvrage de Marchi, publié après sa mort à Brescia, n’est qu’un fragment de celui qu’il préparait : probablement on n’a donné que les planches laissées par l’auteur. Le génie de la mécanique resta dans la famille de ce grand ingénieur, et la ville de Bologne a profité à plusieurs reprises du talent de ses descendans (2). Cette illustre famille s’éteignit vers la fin du siecle dernier.

Les auteurs dont nous venons de parler ne nous ont laissé dans leurs recueils de machines que des indications vagues et incomplètes, d’où

l’on peut ne déduire que dans quelques cas seu-

(x) Fantuzzt, scritiori Bolognesi, tom. V, p.232.— Venture, memorie, pp. 17 et 18.

fa) Fantuzzi, scrillori Bolognesi, tom. V, p. 225;

(69 ) lement, ce qu'ils ont inventé et ce qui était déjà connu précédemment. Excepté Fontana (1), qui a émis quelques conjectures sur les moyens employés autrefois pour transporter les obélisques, aucun des ingénieurs que nous avons cités ne s’est occupé des machines des anciens. Cependant un ouvrage d'Héron d’Alexandrie, intitulé les Pneumatiques, où se trouvent décrites des machines ingénieuses mues par l’action de l'air , attira de bonne heure lattention des ingénieurs et des érudits, et fut plusieurs fois traduit et commenté. Aléotti, Giorgi et Porta s’y appliquèrent presque simultanément (2). Mais on ne saurait s'arrêter à ces traductions, et d’ailleurs nous aurons l’occasion de parler plus Join de la paraphrase que fit Porta. Aléotti, qui fut maçon dans sa jeunesse (3), et qui, seul et sans secours, parvint à se faire un nom comme architecte et comme écrivain, n’a ajouté que qua-

tre machines (4) plus curieuses qu'utiles aux re-

(1) Fontana, del modo, etc., f. 16.

(2) Voyez Tiraboschi, storia della lett. ital.,vol. XI,p.479.

(3) Mazzuchelli, scriltori d'Italia, tom. I, part. À, p. 437.

(4) Herone, gli spirilali tradotti da G. B. Aleotti, Bologua, 1647, in-4, p. 88 et suiv. | |

(,70 ) cherches de lauteur grec. Un autre ouvrage d'Héron, les Automates, fut traduit et commenté par Bernardin Baldi, d'Urbin, homme d’un savoir immense et d’un esprit supérieur, qui sut cultiver avec un égal succès les sciences et les lettres.

Baldi est sorti de cette école de Commandin où se sont formés tant d’illustres disciples, et dans laquelle ïl s'était rencontré avec Guido Ubaldo del Monte et avec le Tasse. Il naquit (1) à Urbin en 1553, et eut pour précepteur Jean- Antoine Turoneo, qui lui enseigna le grec et le latin. II dit lui-même qu'il avait un goût très vif pour la peinture, mais que ses maîtres, pour l’en détourner, employaient même des châtimens

corporels (2). Contrarié dans ses dispositions pour

(1) Àff0 , vita di B. Baldi, Parma, 1788,in-4, p. 2.—Mazzuchelli, scrittori d'Italia, tom. IT, part. I, p. 116 et suiv. — Je serai forcé de citer souvent le travail d’'Affà : car ce savant biographe a pu profiter d’une vie inédite de Baldi écrite par Crescimbeni, et il a consulté tous les manuscrits de Baldi qui se trouvaient au siècle dernier dans la bibliothèque Albani et qui depuis ont été dispersés.

(2) C’est dans son dialogue inédit de Lg cour, que Baldi ra- conte les persécutions qu’on lui fit souffrir pour le forcer à quitter les beaux-arts. Elles étaient odieuses et elles furent

(71) les arts, il s'appliqua aux mathématiques, et l’on assure que Commandin,son maitre, se servit de lui pour dessiner Îles figures de ses traductions d'Euclide et de Pappus(1).Mais bientôt Baldi fut forcé par ses parens d'embrasser une profession plus lucrative et il se rendit à Padoue pour étudier la mé- decine (2). Cependant, il lui fut impossible d’abandonner ses études favorites, et les mathématiques ainsi que la littérature grecque continuérent à occuper tous ses loisirs. L’amour le rendit poëte(3) et il se montra de bonne heure écrivain correct et versificateur élégant. L'épidémie, qui désola en 175 la Lombardie, le força de quitter l’université et de retourner dans son pays (4j. A vingt

ans, il entreprit la traduction des Automates

inutiles, car il ne cessa de s'occuper d’architecture. Affd parle d’un recueil de dessins de Baldi, conservé autrefois dans la bibliothèque Albani. Ce recueil, que je possède à présent, montre que Baldi avait surtout le sentiment du grandiose (4/ff0, vita di B. Baldi, p. 5 et 229).

(1) Affd, vila di B. Baldi, p. 6.

(2) Aff0, vita di B. Baldi, p. 7.

(3) Afd a cité quelques-unes des compositions adressées par Baldi à une Laure dont on ignore la famille (4/0, vita, di B. Baldi, p. 10 et suiv.)

(4) Affo, vita di B. Baldi, p.17.

(72) d’'Héron (1}, mais avant de la terminer il eut le malheur de perdre son maître, Commandin, dont plus tard il écrivit la vie. Il resta plusieurs années à Urbin, s’occupant toujours des mathématiques et des langues anciennes , et il essaya d'interpréter les tables Æugubines (2); c'est à la même époque qu'il composa les Parudoxes mathématiques (3), et commenca une collection d'inscriptions qu'il ne put pas compléter (4). A vingt-six ans, il fut appelé auprès de Ferrand Gonzague, prince de Mantoue, pour lui enseigner les mathématiques (5), mais son élève étant allé en Espagne , Baldi se rendit à Milan, ouil se

lia intimement avec Saint-Charles Borromée (6).

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(1) Baldi nous apprend qu’il acheva cette traduction en 1576 (Herone, gli automati tradotti det Baldi, Venetia, 1601, iu-4, f. 41); elle parut d’abord à Venise en 1589 , mais l’auteur la corrigea et la fit imprimer de nouveau dans la mème ville en 1601. Je possède le manuscrit original de cette traduction; c’est celui dont parle Ad (Vita di B. Buldi, p. 168) : les figures et les ornemens dessinés à la plume par l’auteur sont d’un fini admirable.

(2) 4ff0, vila di B. Baldi, p. 24 et 182.

(3) Affo, vita di B. Baldi, p. 53.

(4) Affo, vita di B. Baldi, p. 53.

(5) 4ffo, vita di B. Baldi, p. 28.

(6) Affô, vita di B. Baldi, p. 37-38. :

Après la mort de celui-ci, il retourna à Guastalla,.et en 1586, il fut nommé à l’abbaye: de cette ville (1). Pour mieux comprendre la Bible, il s'appliqua à la langue hébraïque et au chal

déen (2). Une discussion qu'il eut avec ses cha

noines sur le costume particulier auquel il croyait avoir droit le conduisit à Rome, où il (3) retourna plus tard, appelé par lefcardinal Aldobrandini. Ce fut alors qu’il étudia l'arabe et la langue illyrienne sous la direction de Raimondi, qui présidait aux publications orientales de la typographie, des Médicis (4). Malheureusement Baldi ne

(1) A0! vita di B. Baldi, p. 59.

(2),4/f0, vita di B. Baldi, p.61.

| (3) Baldi priait qu'on le laissät à Rome pour pouvoir eludier; mais le pape ne voulait pas que les ecclésiastiques quittassent leur résidence, et l’abbé de Guastalla recut l’ordre de partir. Alors, il demanda à rester pour l'affaire du costume , et le cardinal Gonzague lui accorda cette permission, en disant que ce motif etait beaucoup plus légitime que le premier (4f0, vita di B. Baldi, p. 64-65).

(4) Af, vita di B. Baldi, p. 90. — À propos de Raimondi, je dois dire que je me suis aperçu que le catalogue des manuscrits orientaux de l'imprimerie des Médicis, que j'ai | donné dans le premier volume de cet ouvrage, avait déjà

| paru dans la Bébliotheca nova manuscriptorum par Labbe | (Parisiis, 1653, in-4 , p. 250).

(74) se bornait pas aux travaux littéraires. Comme abbé de Guastalla, il se montra sévère et intolérant. Il eut fréquemment recours à l’inquisition, et, par excès de zèle, se brouilla plusieurs fois avec les autorités civiles. (x)

Ces discussions, qui se renouveièrent souvent, furent probablement la cause qui le détermina , après vingt-cinq ans de possession , à renoncer à sa riche abbaye (2). Il retourna alors dans son pays et se mit au service du duc d’'Urbin, qui l’envoya comme ambassadeur à Venise (3). Il passa les dernières années de sa vie à Urbin , traduisant des ouvrages de science du grec et de l'arabe , composant à-la-fois des poèmes philosophiques et des traités de gnomonique, et travaillant toujours à une grande biographie des mathématiciens qui est restée malheureusement inédite et dont le public ne con-

pait que la partie chronologique (4). Bien que

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(x) 4/70, vila di B. Baldi, p. 73 et suiv.

(2) Affd, vila di B. Baldi, p. 110.

(3) Aff0, vita di B. Baldi, p. 110.

(4) La Cronica de matematici parut à Urbin en 1707 (in-4); ce n’est qu'un répertoire fort abrégé. Quant à ses Vite deimatematici, auxquelles il avait travaillé quatorze ans, elles sont

distrait par des affaires domestiques, par ses fonctions auprès du duc d’Urbin et par une correspondance très étendue , Baldi apprenait tous les ans quelque nouvelle langue; de sorte que lorsqu'il mourut, à l’âge de soixante-cinq ans, il n’en possédait pas moins de seize (1). Sa connaissance des langues orientales était telle qu'un auteur contemporain affirme qu’il avait l’habitude de lire, après diner, pour récréation, l'Euclide traduit en arabe que l’on venait de publier à Rome (2). Du reste, les nombreuses traductions d'auteurs arabes qu’il a laissées, prouvent qu'effectivement les langues sémitiques lui étaient tres familieres.

Baldi n’a fait aucune de ces découvertes qui

donnent l’immortalité; néanmoins on ne sau-

restées toujours inédites, excepté les vies de Commandin, d'Héron et de Vitruve (4ffd, vita di B. Baldi, p. 200). Dans sa traduction des Pneumatiques d'Héron, qui parut en 1592, Giorgi dit :«Usciranno in breve alla luce le vite de matematici illustri... opera del nostro signore Bernardino Baldi» (Herone spirilali, tradotto dal Giorgi, Urbino, 1592, in-4,f. 1).

(1) Baldi mourut en 16:17. Dans une inscription qui fut publiée alors, on dit qu’il savait douze langues : Crescimbeni en compte seize (4/fo, vèla di B. Baldi, p. 13r et 145).

(2) A0, vita di B. Baldi, p. 123.

rait s'empêcher d'admirer cette faculté singulière qu'il avait de pouvoir s'occuper avec succès des objets les plus variés et les plus dissemblables. Un esprit ferme et souple à-la-fois, une infatigable activité, une sage distribution de son temps (r), voilà le secret du talent de cet homme universel dont on parle si peu aujourd'hui et qui pourtant a laissé sur les différentes branches des sciences et de la littérature quatrevingt-dix ouvrages qui sont tous remarquables à plusieurs égards , et dont quelques-uns forment jusqu'à douze gros volumes.

La traduction de Quinte Calabre a placé Bal.

di presque à côté d’Annibal Caro (2) : son Æ#rt nautique est un des meilleurs poèmes didasca-

LA 4 e

liques qui aient été écrits en langue italienne (3).

(r) I avait écrit un dialogue intitulé Sopra l'utile che si cava della vigilanza (Affd, vita di B. Baldi, p.215).

(2) Dans la préface de cette traduction, Baldi s’excuse des imperfections qu’on y pourra remarquer , en disant qu'il a travaillé à Guastallu dans la solitude, sans pouvoir consulter personne, et il ajoute :« Scusami dunque, o lettore, o habbimi compassione » (4/0, vita di B. Baldé, p. 155).

(3) Baldi avait composé aussiun poème sur l’origine des canons etun autre sur l'invention de la boussole, avec des commentaires : ces manuscrits existaient dans Ja bibliothèque Al-

77 ) Comme philologue et commentateur , le savant abbé de Guastalla mérite d'être placé au premier rang pour ses traductions des {ufomales et des Machines de querre (x), et pour ses commentaires sur Vitruve, et sur la mécanique d’Aristote (2). Ses écrits sur la gnomonique prouvent qu'il était profondément versé dans les mathématiques (3), et les nombreux travaux historiques qu'il a laissés montrent qu'il possédait les qualités de l'historien (4). Mais c'est surtout comme orientaliste qu'il doit être cité. A l'exemple de Benivieni (5) et d’autres savans italiens,

Baldi , qui avait étudié d’abord les langues

ns me RDS nn ns. Le

bani (4/6, vita di B. Baldi, p. 196),et ils ont été dispersés de-

puis. Le dernier se trouvait, en 1830,chezun libraire de Milan.

(1) Heronis Ctlesihii Belopæca, Bern. Baldo interprete, etc.

August. Vindel. 1616, in-4. — Cette traduction fut insérée

| dans les Mathematici veteres , imprimés à Paris en 1693, infolio.

(2) Voyez Affd, vita di B. Baldi, p. 178-182 et 189.

(3) Af, vita di B. Baldi, p. 203 et 221.

(4) Outre sestravaux sur l’histoire des mathématiques, dont nous avons parlé plus haut , Baldi a laissé une histoire de | Guastalla manuscrite, et unehistoire du calvinisme; il a écrit les vies de Frédéric et de Guidobaldo de Montefeltro et une histoire universelle géographique.

(5) Je possède un vocabulaire hébreu-latin bp rh 2 écrit tout entier par Jérôme Benivieni.

(78 ) sémitiques pour lire en hébreu les Écritures, ne tarda pas à s’apercevoir de la richesse de cette littérature orientale que depuis la renaissance des lettres on semblait avoir oubliée. Il traduisit en italien la géographie d'Edrisi (1), et c'est probablement par suite de ce travail qu'il s’appliqua avec ardeur à la géographie. Il commença alors un immense dictionnaire géographique, qu'il ne put conduire que jusqu'à la lettre C, et qui contient cependant quatre énormes volumes (2). Baldi avait composé une grammaire et un dictionnaire arabes, une grammaire persane, un vocabulaire turc et un vocabulaire hongrois (3); enfin, il avait traduit du chaldéen et commenté le Thargum d'Onkelos : ce travail immense, qui a mérité les éloges des plus savans orientalistes (4) fut terminé par Baldi dans l’es-

pace d’une année.

(1) Aff0, vita di B. Baldi, p.211. — Le manuscrit auto graphe de cette traduction existait autrefois dans la biblio- | thèque Albani; il se trouve maintenant à la bibliothèque de | Montpellier (Voyez Hæœnel, catalogi, Lipsiæ, 1830, in-4, | col. 236). | |

(2) 4ff0, vita di B. Baldi, p.227.

(3) Affo, vita di B. Baldi, p. 214-215. -

(4) Affô, vila di B. Balde, p. 296.

Si nous nous sommes arrêté au savant abbé de Guastalla plus long-temps que ne semblait l'exiger son importance scientifique, c'est que d’abord nous devions payer un tribut de reconnaissance au premier auteur qui s'est occupé sérieusement de l’histoire des mathématiques, et qu’ensuite il nous a semblé que la postérité avait été injuste envers un homme d’une si grande étendue d'esprit et possédant une si prodigieuse variété de connaissances. Il nous a semblé surtout qu’il était nécessaire de montrer combien on peut se rendre utile aux lettres et aux sciences, même sans être doué d’un génie transcendant, lorsqu'on passe sa vie à travailler sans relâche. Les hommes de cette trempe deviennent de plus en plus rares, et il serait bon de les remettre en honneur.

Guido Ubaldo del Monte (1), qui naquit à Pesaro en 1545 {2), fut également disciple de Commandin. Sa famille était une des plus illus-

om qe ne, greg

(1) Je ne sais pourquoi on appelle toujours ce géomètre Guido Ubaldi : ce ne sont là que ses deux prénoms estropiés d’après la terminaison latine d’un génitif qui se trouve sur les

‘titres de ses ouvrages. J’ai cru qu’il était nécessaire de rétablir ici son véritable nom del Monte.

(a) Mamiant, elogj, p. 45.

tres de l'Italie et quelques auteurs ont affirmé qu'il descendait des rois de France (1). Quoi qu'il en soit, il s’appliqua de bonne heure aux mathématiques, et après avoir étudié à Urbin et à Padoue, il quitta son pays pour aller combattre contre les Turcs (2). De retour en Italie, il fut nommé, en 1588, inspecteur général des forteresses de la Toscane (3), et c’est probablement à cette époque qu'il se lia avec Galilée, dont il encouragea les premiers travaux, et auquel il prédit de bonne heure une gloire éclatante (4). Il se retira ensuite dans ses terres pour ne s’occuper que des sciences, et il mourut en 1607 à peine âgé de soixante-deux ans. (5)

Del Monte a eu le bonheur de mériter à-la-fois les éloges de Galilée et ceux de Lagrange. Le grand philosophe toscan nous apprend qu'il s’était occupé de la recherche du centre de gravité des solides, aux instances du marquis Guido

Ubaldo del Monte , très grand mathématicien de

(1) Mamiani, elogj, Pesaro, 1828, in-12, p. 48.

(2) Mamiani, elogÿ, p.49.

(3) Mamiani, elogj, p.49.

(4) Galilei opere. Padova, 1744, 4 vol. in-4, tom. }, p. IV. (5) Mamiani, elogj, p. 85.

(Sr) son temps, ainsi que le prouvent ses divers ouvrages (1) : Lagrange l’a cité comme ayant appliqué aux machines simples la théorie des momens et comme ayant découvert, le premier, le principe des vitesses virtuelles dans le lévier et dans les

LA

moufles. (2) F

Les écrits de Del Monte sont fort nom- “Dreux : sa Mécanique (3) parut en 1577, et l’on peut dire que c’est le premier ouvrage où l’on ait tenté de déduire rigoureusement des principes de la géométrie, la statique et la détermination de l'effet des machines. Deux ans plus tard parut la Théorie du planisphere (4), qui fut suivie

(1) Gadilei, discorst e dimostraziont matematiche. Leïida, 1638; in-4, p. 288.

(2) Lagrange, mecanique analytique. Paris, 18ux 2 SL in-4, tom. TI, p.7 et 20. — Au reste, il ne faut pas oublier à cet égard ce que nous avons dit, dans le volume précédent, sur * les travaux de Léonard de Vinci. | |

(3) Montis (Guidi Ubaldi e March.) mechanicorum liber. Pisauri, 1577, in-fol. — Dans Ja préface, l’auteur fait l’historique des recherches des anciens sur la mécanique.

(4) Montis (Guidi Ubaldi e March.) planisphæriorum thecrica. Pisauri, 1579, in-fol. — On trouve dans ce livre des indications et des Re qui méritent d'être cités. M. Chasles a remarqué à la vérité qu’un mode de construction de l’ellipse que Stevin attribuait à Guido Ubaldo Del

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