‹ Histoire des sciences mathématiques et physiques chez les BelgesChapitre 10 sur 37 · M. IU · texte numérisé non relu

M. IU

« La passion des voyages ne quitta point Adrien Romain : il avait parcouru la plus grande partie de l’Europe, lorsque, en 1610, il fut invité à la cour du roi de Pologne par Jean Zamoski , chancelier de ce prince, qui le prit en telle aiïcclion que, pendant deux années entières, il le retint comme sou hôte et son ami. Zamoski avait fondé, au milieu des sites sauvages de la Russie Rouge, une petite ville à laquelle fut donné le nom Ac Zamoisc ■. protecteur des sciences, il voulut qu’elles eussent là un asile cl un temple, et Romanus fut chargé d’y enseigner publiquement les mathématiques. Ce n’est pas sans étonnement et sans une certaine admiration pour l'ardeur seientifique de ce temps-là que l’on reneontre en 1610, au fond de la Pologne, un Belge, un docteur de Louvain, dévoilant les secrets de la géométrie et de rastronomic à une population naissant*!, à demi guerrière, sous les auspiees cl avec l’appui d'un si haut personnage ('). »

Cependant l’air de la patrie devint nécessaire à notre savant voyageur; il se dirigea vers la Belgique, et son dessein était de s'arrêter à Spa pour lâcher de remettre sa santé. .Mais les forces lui manquèrent; il dut, en mai 1615 (*), s’arrêter à Mayence où il mourut dans les bras de son fils; il n’avait alors que 55 ans.

Quand Adrien Romain quitta l’université de Louvain pour se rendre en Allemagne, il eut pour successeur Jean Sturmius (Slorms) de .Malines. Ce dernier savant était aussi docteur en médecine (’); il acquit, dit-on, de la

(') Soiicf $ur le walhémaiieien louvanutc 4drianus Homanut ^ par Philippe Gilbert, professeur ù riinivcrsilé calholi(|iie, in-S**; 1859.

(•) C'est 8 lort que Monlucla et Delambrc fixent sa mûri à 1045 : Adrien noinain iiiourul en mai 1015.

(*) Ce nom Sliirin, Stnniiius, Slorm.s eic., est commun, cl peut être

réputalion connue muthématicien el cunime puëte; il parait même qu'il était assez habile improvisateur. Il a laissé plusieurs écrits, dans lesquels il unissait parfois des connaissances très-dilTérenles. C’est ainsi qu'il publia, en 1633, un ouvrage sur la quadrature du cercle avec une quantité d’épigritmmes, d’énigmes, etc. : De accurald circuli dimensione el quadralurd, citm sytvuld épigrammatum, aenigmalum , etc. Louvain, i633, in-4®.

Sturmius enseigna les mathématiques pendant plusieurs années, mais sans perdre de vue la poésie. Il prenait parfois plaisir à formuler en vers ses communications scientifiques; ce qui ne prouvait pas justement que sa poésie fût tout à fait irréprochable. Ce n’était pas le moyen non plus de faire prospérer l'enseignement mathématique à Louvain, dans un moment où il lui aurait fallu les plus forts antagonistes pour soutenir dignement la lutte que le corps des Jésuites allait bientôt ouvrir contre lui. Sturmius était incapable de défendre la cause qui surgit, quelque temps après, entre Louvain et Anvers, et ensuite entre le corps savant de Port- Royal et les jésuites (').

ciMifondu dans diiïéreiiU pays. Indépcndanirnciil du Bdgc que nous citons, nous indiquerons Jean Sturmius, de Sleida, près de Cologne, ne en i507, mort en littérateur distingue^ Jean-Christophe Sturm, Sturmius,

mathématicien, né à Hippolslciii en 1635, mort en 4705; — Léonard-Christophe Sturm, niathématicien, ne à Altorf en 4669, mort en 4749, etc.

(*) On lit, dans la llibliolhcca /?r/ÿifn, de Foppens, page 738, l'éloge le plus magninquc de Sturmius, sans que Foppens ait l'air de remarquer tout ce qui manquait à ce professeur pour soutenir dignement la chaire de mathématiques pendant la lutte qui allait s'engager entre Louvain et Anvers. • Medicinac doctor et mathescos professer Lovanii (dit-il), ingenü acuminc cxccllciis, candore , modestiÂque nemini cedens, potiorcs vitac suae annos in rerum naturalium cognilionc tradendà transegit. Mathcniaticas disciplinas per annos plures professer regius tn publico audilorio IradidU, nunquam intérim ressans musas lacesscrc, solehalqiie de re qualibet, proul incideref.

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N i.su> M. t»:ii

Plus tard il se rendit à Cambrai, où il mourut dans un âge fort avancé, le 9 mars 1630, et, d’après Foppens, vers l'année 1646.

Thomas Fienius, qui avait reçu avec Sturmius le grade de doeteiir en sciences mathématiqiH’s, fut aussi nommé, à peu près en même temps que ce savan;, professeur de médecine à l’université de Louvain (').

Il était né à Anvers, mais il (il ses études en Hollande, pour échapper à l’agitation qui régnait alors dans son pays. Il passa ensuite en Italie cl en revint en 1393. Peu de temps après, il fil partie de l'université de Louvain, et réussit à y acquérir une grande réputation par ses leçons, (|ui furent très-suivies.

Au bout de sept années de professoral, il se rendit à la eour de .Alaximilien, depuis électeur de Ba\ 1ère, qui le choisit pour son médecin: mais il revint hicntôl après reprendre ses anciennes fonctions. Les archiducs Albert et Isabelle témoignèrent également le désir de rattacher à leur personne, mais Thomas Fienius préféra rester tranquillement à Louvain. En 1616, Tuniversilé de Bologne lui oITril une chaire de médecine avec mille ducats d’appointements. L'archiduc Albert, pour le retenir en Belgique, augmenta son traitement jusqu'à concurrence de celte somme.

Une lettre de Fienius, qui se trouve à la tête de son ouvrage sur la chirurgie, |)orte que, dans sa première Jeu-

versus fuiulere, et iii colloquio farniliari responsi loco versus reponere. » L'ouvrnge, de Jatisenius n eût sans doute pas fait cc bruit dans te monde savant, s'il n'avait eu pour le défendre eniilrc les jésuites d'autres soutiens que le professeur de Louvain.

{*) Le père du savant dont nous parions, était Jean Fienus ou Fyen.s, médecin à Anvers cl originaire de Turnhonl. Foppens dit qu'il était un mu.sietcn distingué. Pendant le siège d'.Anvers, par Alexandre Farnèsr, due de Parme, il s'élait réfugié à Pnitlroehl et il y mourut en IbHM.

liesse, il deiiieiira peiiduiil trois ans dans la nièiiie maison que Rodolphe Snellius. Celui-ci ii’ayanl point quille Leyde depuis la fin de l’année 1378, il y a toute probabilité que F'ienius aura fait en celle ville iin cours de inalhémaliques sous cet habile professeur. Rodolphe Snellius, chargé, de l’enseignement des mathématiques à l’université de Leyde, était père du célèbre Wilicbrord Snellius, l'iin des savants les plus distingués de la Ifollande, à qui l’on doit la loi de la réfraction et les premières idées de la géodésie actuelle.

Thomas Ficniiis écrivit sur la comète de 1618 (Anvers, 1619, in-8“); il y donne les observations qu'il a faites sur cet astre en 1618 et 1619; il soutient que les comètes circulent dans le ciel et non dans l’air atmosphérique; que ce sont des corps célestes et non des exhalaisons enflammées, et il finit par prouver qu’elles n’olTrent point de présages pour l’avenir. Mais il se déclare plus loin contre les défenseurs de Copernic; agissait-il sous linfluencc de Rome, comme le faisaient les corps qui dépendaient de cette suprématie?

On a également de lui une dissertation concernant le mouvement de la terre : Disputalio un coeliim quiescat ac (erra moveatur, qui parut à Lcipsig. 11 publia, de jdus, différents ouvrages sur l’art médical. Nous regrettons de ne pas avoir les écrits astronomiques de cet auteur. Nous verrons bientôt que, fidèle aux principes de son ordre, André Tacquet, malgré son mérite, soutenait encore l'hypothèse de l'immobilité de la terre; et il est curieux de voir que surce point Louvain partageait l’enseignement des jésuites, qui paraissait envisagé plutôt comme sujet de doctrine religieuse que comme question scientifique.

C’est dans l’année qui précéda la mort d’Isabelle que Thomas Ficnius mourut, le IS mars 1631 , à l’àge de 63 ans. 11 fut enterré dans l'église Saint-Pierre, ;'i Louvain.

N. iril*.

M. iinn.

On range généralement parmi les matliéinatieieiis belges Erycim Puleanus (Van de Pullen), né à A'enloo, sur les bords de la Meuse, le 4 novembre 1 d 74. Il appartenait à une famille distinguée et était lié avec Juste Lipse,quïl remplaça comme professeur à Louvain, après sa mort en 1606 ('). Il avait voyagé en Italie pendant sa jeunesse; il était à la fois poète, liltérateiir et ealeulaleur de mérite. On lui doit quelques ouvrages sur le calcul des temps; il publia aussi, à Bruxelles, une dissertation sur les armes à feu: Dissertatin de belli fulmine Laiigreano quo plures ordine et distincto incendio globi ex uno eodemque (ormento explodunlur (’). Sa jeunesse annonçait la passion militaire, mais ses goûts le portèrent ensuite vers les sciences et les lettres.

En 1619, il publia, à Louvain, un petit ouvrage in-32 sur la comète qui avait paru l’année préeédenti', et il dédia eet opuscule aux gouverneurs Albert et Isabelle, sous le titre A'Eri/ci Puteani de coineta anni 1618, novo mundi spectaculo, libri duo, paradoxal og ta. Il présentait eet hommage aux souverains en reconnaissance des faveurs dont ils l'avaient comblé, et à la suite d'une maladie a.sscz grave qu’il venait de faire. Cet opuscule, écritavec esprit, combat les préjugés qui existaient encore sur la nature des comètes. L’auteur conclut avec Sénèque par cette prédiction , déjà accomplie en grande partie : f^eniel tempm quo posteri noxtri lam aperla nos nescisse mireniur.

Eryeius Putcanus avait été nommé historiographe du

(^) 11 parnlt que Jui^tc Lipse en faisait un cas tout particulier. Foppens ajoute de plus qu'il existait entre eux plusieurs traits physiques de ressemblance : Aliquid JusH Lipsii etiam in vuUu ac voce ejui esse, pluret eonft$»i iuntf praaertim qui Lipnum cd aelate noveruni. l’oppens, iiibtiotheca hrl~ giea, page 265.

(*) Nous parlerons plus loin de Langreniis et de ses travaux.

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roi d'Espugne t-n 1601; il mourut à l'àge de 7!2 ans, au ehàteau de Louvain, dont il était gouverneur. Les éerils qu’il a laissés sont assez nombreux, mais ils apparlienneni généralement aux lettres ; c’est en effet la partie dont notr»; écrivain s’est le plus occupé et dans laquelle il montrait les connaissances les plus étendues.

Nous essayerons maintenant de retracer quelques-unes des principales plaies que produisirent, dans le corps social de la Belgique , les édits sanguinaires du duc d’Albc et ceux du gouvernement espagnol en général, [lendant le siècle qui suivit la monde Cbarles-Quint.

Ce grand prince, avec une munificence vraiment impériale, avait cherché à placer son pays natal à la plus grande hauteur intellectuelle possible; ses soins attentifs s’étendaient particulièrement aux hommes en qui il avait cru reconnaître du mérite. Dès ses premières études à Louvain, il avait élevé son ancien professeur jusqu’au siège de saint Pierre ; il s’était entouré des hommes les plus éclairés du pays et les avait comblés de ses bienfaits : la musique, la peinture, de même que les lettres et les sciences obtinrent scs soins particuliers : le célèbre Vésale fut attaché à sa personne (').

C’est sous son règne, il est vrai, que s’élevèrent ces malheureuses discussions religieuses qui furent si fatales à son pays. Mais il y a loin de la rigueur qu'il crut devoir

(') Le développement des lettres et des sciences demande, on le sait, une culture assez longue, et c'est rarement sous le règne d'un prince qui les pro> tége qu’on les voit prospérer. Les temps qui suivirent ceux de Charlcs-Quint portèrent les fruits dont le prince avait semé les germes, et il fallut ensuite un espace assez long pour les faire disparaître entièrement. C'est ainsi que quelques personnes peu attentives attribuent au règne d'Albert et Isabelle les résultats féconds qui avaient été préparés pendant le siècle précédent.

iiioiilrer alors, aux cruels excès qui riireiil coininis eiisuile. Cliarles-Quiiil , bien jeune encore, voulut assister avec toute sa cour à l'exposition des doctrines de Luther; il l’ècouta lui-mènic à Spire, et lui conserva la liberté qu'il lui avait promise. Nous ne elierelierons pas à justifier les rigueurs auxquelles il crut devoir recourir ensuite; nous ferons observer seulement qu’elles tiennent bien plus aux temps où il vivait qu’à son caraetère môme. D’ailleurs l’éloignement des bommes les plus distingués ne doit pas lui être attribué; il faut en accuser 1a cruauté de ceux qui lui succédèrent : il suflira de voir les époques pour se convaincre que Cbarles-Quint ne peut être considéré comme la cause de ces calamités. Les exécutions furent causées par les rigueurs inouïes des commissaires de Philippe II, et surtout par celles du duc d’Albe, dont le nom est resté dans les Pays-Bas comme un objet d'horreur.

Nous laisserons aux historiens le soin de faire apprécier tout le mal qui fut fait à notre pays pendant cette époque néfaste; mais nous de\ons signaler le préjudice dont la science eut à souiïrir et les victimes que notre Belgique eut à regretter.

Simon Stevin était né à Bruges en IS48; il quitta de bonne heure sa patrie, et après avoir habité quelque temps .Anvers, il visita sueeessivement la Pologne, le Danemark et tout le nord de l’Kurope. Dans plusieurs endroits de ses ouvrages, il parle de ce qu’il a observé dans ces pays sur la conslruction des maisons et sur l'endiguement des côtes de la mer. Il avait adopté la réforme, et c’était pour échapper à des persécutions qu’il jugea à propos de quitter son pays.

Stevin n’était cependant pas un esprit bien remuant, un sujet bien dinicile à gouverner; il nous apprend Ini-mème, dans sa fie polllif/ue , opuscule jmblié à Lcyde en 1590,

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qu'il professe un grand rcspeel pour le gouverneinenl de fait, el que, dès sa U‘ndre jeunesse , il a toujours véeu dans la soumission (').

Il croit à la nécessité d'une religion dominante dans un Étal et il la regarde comme devant former la base de renseignement. Pour ceux qui ne suivraient pas celle religion, il leur conseille de se mettre en règle avec l’autorité compétente, de ne pas froisser les usages reçus ou de quitter plutôt le pays. En supposant que ses principes fussent en harmonie avec sa conduite, et tout nous autorise à le croire, il est dilTicile de ne pas admettre qu'il appartint à la religion réformée. Les lieux qu'il visita, ceux où il finit par s’établir el ses différentes relations en présentent des preuves bien manifestes.

Il était tellement partisan de l'ordre qu'il voulait voir partout une hiérarchie fermement établie, dans renseignement comme dans l’Étal; il va même jusqu’à préconiser celle des jésuites, chez qui il avait probablement reçu sa première éducation.

Toutefois cet amour de l’ordre cl de la conservation n’excluait pas le rare talent de saisir le côté utile du mouvement inlellcetucl qui s’opérait à celte époque et de le faire tourner au profit de la société. Il sut s’affranchir des formes pédanicsques de la science d’alors et vulgariser des vérités qui semblaient être le domaine de quelques adeptes privilégiés. C'était un esprit essentiellement organisateur; son influence se fil bientôt ressentir à Leyde, où il vint

(') On possède peu de renseignements sur la vie privée de Simon Sievin. Les notiees les plus étendues sont relies qui ont été publiées, en 18il, par M. Goellials, ancien bibliothécaire de la ville de Bruxelles, et par M. Slcichen, professeur à l'École militaire. Voyez aussi le t. I, pp. 509 et 519 de Bossut, ainsi que les ouvrages de Monlucla el de Chasles.

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s’établir. Il parait qu'on lui doit la créalion de difTérenls cours de sciences politiques et administratives qu’on n'enseignait pas avant lui.

Stevin employa beaucoup de soins et de temps à composer des traites qui pussent servir de base au nouvel enseignement. En jugeant scs ouvrages sous ce point de vue, on ne sait ce qu’on doit admirer le plus, ou le génie inventeur auquel sont ducs tant de découvertes remarquables, ou le profond géomètre qui coordonne un vaste plan dans lequel il fait rentrer toutes les sciences mathématiques et physiques étudiées de son temps, et qui les expose avec une netteté de vues et une simplicité qui peuvent encore servir de modèle aujourd'hui. On trouve partout le savant qui domine son sujet et qui saisit dans chaque question le côté utile avec une sagacité et une finesse d’aperçus qui n’appartiennent qu’aux esprits vraiment supérieurs.

On conçoit qu’un homme d'une trempe aussi forte devait exercer une grande influence sur tous ceux qui l'entouraient. Cette influence s’étendit jusqu’au prince Maurice de Nassau, qui voulut avoir Stevin pour maître et pour ami. A mesure qu’il composait ses ouvrages, le géomètre les soumettait au prince, qui les étudiait, même au milieu du tumulte des camps, et y faisait des annotations et des changements. Ces relations devinrent la hase de la fortune et de l'élévation de Simon Stevin, qui fut d'abord attaché au prince Maurice en qualité de ministre ou d’intendant de sa maison. Il s’acquitta avec tant d'habileté de ses fonctions et parvint à établir tant d'ordre dans des affaires qui paraissaient assez embrouillées, que le prince désira que son ami pût rendre le même service à la république batave. On ne peut douter, en effet, que ce ne soit à cette puissante intervention que Stevin dut la place de quartier-maitre de

1 année. 1,’aii 1617 il fut nomme aux fonetions de easlranictatcur, qui furent <;réées pour lui et qui embrassaient tout ce qui concerne le campement des armées. Vers la fin de sa vie, il élendit encore ses attributions en y joignant celles d’inspecteur des fortifications.

Rien ne paraissait étranger à ses puissantes facultés ; elles se reportaient tour à tour sur les sciences mathématiques et sur toutes leurs applications à la mécanique, à l’astronomie, à la physique, à l’architecture militaire et navale, à la défense des places fortes; sur la philosophie, sur les sciences politiques, sur les langues et la poésie même. Il savait que la langue est l’instrument par lequel les connaissances scientifiques descendent jusque dans les dernières classes du peuple; il travailla donc avec le plus grand zèle à épurer le flamand, sa langue maternelle, dont il préconisait fort la richesse et l’énergie et qui se plie merveilleusement, selon lui, à exprimer avec des mots qui lui sont propres tout ce qui appartient aux sciences, tandis que le français est forcé de recourir à des mots barbares que le vulgaire ne saurait comprendre, à moins d'èire initié aux langées anciennes ou aux langues orientales.

Le premier ouvrage de notre compatriote fut publié à Anvers et sortit des presses de Christophe Plantin : c’étaient les Tables d’inlérêl; elles étaient écrites en flamand et avaient été composées à Leyde. La dédicace est adressée au bourgmestre de cette ville; le privilège porte la date du 22 décembre 1384; l’auteur n’était donc que dans sa trentesixième année. Dès lors, son talent était mûr; il ne s’agissait plus que d'en recueillir les fruits. Chaque année vit naître ensuite quelque nouveau travail de sa composition sur les mathématiques, la mécanique, la philosophie, l'optique, l’art militaire. Il ne peut entrer dans mon plan d’ana-

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