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lyser ici tous les ouvrages que nous <le\ons à sa plume féconde; mais j’essayerai de donner au moins une idée de ce qu’ils renferment de plus important.
Ace litre, le traité de statique doit occuper le premier rang; il parut à Lcyde en 1586. Depuis Areliimède, à qui l’on doit la connaissance du principe du levier, la science de l’équilibre dans les corps solides n’avait fait aucun progrès. Guido Ubaldi avait reconnu le principe des moment» dans la théorie du treuil et des machines simples; mais il n’avait pas su l’appliquer au plan incliné, ni aux autres machines qui en dépendent , comme l’a fait observer Lagrange. « Le rapport de la puissance au poids sur un plan incliné, dit ce géomètre, a été longtemps un problème parmi les mécaniciens modernes; Simon Stevin l’a résolu le premier, dans son ouvrage sur les principes de l’équilibre {Beginselen der IV eeghconsf) (').
Chacun sait qu’un corps placé sur un plan incliné tend à tomber dans la direction de la pente la plus rapide , et qu’il faut user d’une certaine force si l’on veut le retenir en équilibre dans sa position primitive. Celle force devient d’autant plus grande qu’on incline davantage le plan sur lequel le corps se trouve posé, et elle atteint son maximum quand le plan devient vertical ; il faut alors, en effet, que la force puisse soutenir le poids du corps tout entier, tandis que précédemment une partie de ce poids était supportée par le plan. On conçoit encore que la force qui retient le corps
(’) Mécanique analytique, loinc 1", pag<* 7, in-4®. Paris, chez M. V* Courcicr; 181 1. « 11 est évident, dit plus loin ccl illustre géomètre, page 12, que le théorème de Stevin sur Téquilibrc des trois forces parallèles et proportionnelles aux trois côtés d'un triangle quelconque, est une conséquence immédiate et nécessaire du principe de la composition des forces, ou plutôt qu'il n’est que ce meme principe présenté sous une autre forme. *•
pitsse par loulcs les nuances de grandeur à mesure que le plans’inclinedavantage;clle est d'abord nulle quand le plan est horizontal, et fînil par supporter seule tout le poids, quand le plan est devenu vertical. Ce plan, tout au contraire, ne supporte rien dans la dernière position, et il supporte le poids tout entier du corps dans la position horizontale. Or il s’agissait d’assigner, pour toute inclinaison donnée, ce que supporte le plan et ce que doit soutenir la force ou puissance qui tient le corps en équilibre.
Les considérations qui ont guide le géomètre flamand dans la solution du problème sont très-ingénieuses. Il suppose un cordon ou chapelet chargé de quatorze globes ou poids sphériques, égaux entre eux et attachés à des distances égales. Ce chapelet est placé sur un support triangulaire dont la base est horizontale et dont les deux autres côtés forment des plans inclinés inégaux. L’un de ces plans, double de l’autre en longueur, porte quatre poids, cl l'autre deux seulement. Stevin fait observer alors que le chapelet doit rester en équilibre, et qu’un mouvement quelconque replace toujours le système dans les mêmes conditions où il se trouvait primitivement. Il remarque, de plus, que sans troubler l'équilibre on peut supprimer la partie du chapelet chargée de huit poids, qui pend au-dessous du triangle; de manière que les quatre poids placés sur le plan incliné le plus long conlrc-balanccnt les deux poids placés sur le plan incliné le plus court. Il s'ensuit que les poids qui sc font é(|uilibre sont dans le rapport des longueurs des deux plans inclinés sur lesquels ils sont appuyés.
Une des applications les plus heureuses de sa découverte, c'est la théorie de l’équilibre entre trois puissances qui agissent sur un même point. Il montre que ccl équilibre a lieu lorsque les puissances sont parallèles et proportionnelles
aux trois tùlés d'un triangle rectiligne quelconque. La représentation des forces, en direction et en intensité, par les directions et les longueurs de lignes droites porte la science de l’équilibre dans le domaine de la géométrie et lui donne ainsi plus d’étendue; elle rend sensibles aux yeux des conceptions |)urement abstraites.
Les EIcmenIs de sialique de Simon Stevin sont partagés en trois livres : les deux premiers exposent les principes déduits purement de la théorie; dans le troisième livre, intitulé Sialique praclique, non-seulement l’auteur présente de nombreux exem|iles usuels, mais il semble a\ oir voulu tenter quelques efforts sur le terrain delà dynamique. Ce qu'il dit sur le frottement et sur la résistance des milieux mérite particulièrement d’ètre mentionné.
Les découvertes que Stevin fit dans l liydrostatique, bien que généralement moins connues (jue celles dont nous venons de parler, ne sont cependant pas moins remarquables. Les premiers principes de l’équilibre des fluides furent découverts par Archimède; et, après bien des siècles de mé|)rises et d’erreurs, à Stevin était réservée la gloire de rentrer dans la bonne voie qu'on avait abandonnée et d’ajouter aux découvertes du grand géomètre de Syracuse. Il démontre, comme une des principales eon.séquenees de l’équilibre, qu’un liquide peut exercer sur le fond d’un vase une pression beaucoup plus grande que son propre poids (') : c’est ce qui constitue le paradoxe hydrosialique dont la découverte est généralement attribuée à Pascal.
(') » l.cs fluidi’s pre.sscnl en raisuii il« leur hauteur perpeuilieulnirc, quelle.'. que soient leur i|uantitc et la forme des vases qui les renfernienl : espece de paradoxe dont Stevin a. le premier, trouvé la solution. Aucun pliysicien avant lui n'avait en des idée.s au,ssi exactes sur la nature des fliiide.s. • .A. t.ilie,s. Histoire philosnphiquf dc^ pmt/rrK dr In pInfxiqnCf tonie I, p. I.S8.
Cette dernière proposition est trop importante pour que je ne cherche pas à en donner au moins une idée aux personnes qui ne se sont pas occupées de l’étude de la physique. Chacune d’elles peut fort bien se représenter la pression que doit supporter le fond d’un tonneau, par exemple, quand ce tonneau, de forme cylindrique, est placé debout et se trouve plein de liquide. Chacune d’elles conçoit encore que la pression doublerait, triplerait, si l'on donnait au tonneau une hauteur double ou triple, et si l'on relevait en même temps le niveau du liquide dans la meme proportion. .Mais ce qui devient difficile à concevoir, et c’est en quoi consiste la découverte de notre illustre compatriote, c’est que la pression exercée sur le fond du tonneau, que nous supposons rester toujours le même, dépend uniquement du niveau auquel on élève le liquide, et nullement de la forme des parois latérales du tonneau. Ainsi cette pression reste la même, pourvu que le niveau du liquide reste à la même hauteur, que le tonneau conserve la forme cylindrique, ou bien qu'il s’élargisse par le haut en forme d’entonnoir ou se resserre en forme d’entonnoir renversé. 11 en résulte donc (|u’avcc un filet d’eau, dans cette dernière circonstance, on peut produire des pressions très-grandes. Cette belle propriété a été souvent utilisée dans les arts, et notamment dans la presse hydraulique (').
Le livre dans lequel se trouve exposée la théorie mathématique de l’équilibre des fluides forme le quatrième des //i/pom/iewiafa,auquel s'ajoute de plus un cinquième livre:
(') Voici comment l'illustre Lagrange parle dc.s recherches de Stcviii à ce sujet, dan.s le premier volume de sa Mécanique analytique f p. 176 , t. I". L’opinion d’un savant de ce mérite doit fixer l’allcnlion : • Quoique, d’après ce qu'Archiinède avait démontré, il ne fût pas difficile de déterminer la pression d’un fluide sur le fond où le.s pamis du vase dans lequel il e.st ren-
les Principefi de la practique de l’hydrostatique. On y rencontre quelques expériences intéressantes sur la pression des liquides, et la description de plusieurs instruments ingénieux dont on fait encore usage dans les cours de physique, sans se douter de leur ancienneté.
V. fppendix, qui suit, renferme des remarques extrémeinenl curieuses sur l'aérostatique, dont Simon Stevin s'était également occupé avec un grand succès. On y voit quïl avait des idées justes sur le mode d'action de l'air, dont il
ferme, Stevin est néannioiiis le |»rctnier qui nü entrepris cette recherche, et qui ait découvert le paradoxe hydrostatique, qu'un fluide peut exercer une pression beaucoup plus grande que son propre poids. C'est dans le tome troisième des Hypomnemata mathnnalicu ^ traduits de rhollaiidais par Sud* lins, et publiés à Leydc, on lti08, que se trouve la théorie hydrostatique de Stevin. Après avoir prouvé qu'un corps solide de figure quelconque, et de même gravité que l'eau, peut y rester dans une situation quelconque, par la raison qu'il occupe la même place, et pèse autant que si c'ctail l'eau , Stevin imagine un vase rectangulaire rempli d'eau, et il fait voir aisément que son fond doit supporter tout le poids de l'cau qui remplit le vase. II suppose ensuite qu'on plonge dans ce vase un solide de figure quelconque, et de même gravité que l'eau; il est clair que la pression restera la meme; de sorte que si on donne au solide plongé une figure telle qu'il ne reste plus qu'un canal de fluide d'une figure quelconque, la pression du canal sur la base sera encore 1a meme, et par conséquent égale au poids d'une colonne verticale d'eau qui aurait rctlc même base. Or Stevin observe qu'en supposont ce solide fixement attache à sa place, il n'en peut résulter aucun changement dans l'action de l'cau sur le fond du vase; donc la prcs.sion sur ce fond sera toujours égale au poids de la même colonne d'eau, quelle que soit la figure du vase.
" Stevin passe de là à déterminer la pression de l'cau sur les parois ver- Ueales ou inclinées; il divise leur surface en plusieurs petites parties par des lignes horizontales, et il fait voir que chaque partie est plus pressée que St elle était horizontale et à la hauteur de son bord supérieur, mais qu'eu même temps elle est moins pressée que si elle était placée horizontalement à In hauteur de son bord inférieur. D'où, en diininunnl la largeur des parties et augmentant leur numtire à rinfini, il prouve, par In méthode <les limites, que In pression sur une paroi plane inelinée est égale an poids d'une mlonne
l onnaissail la pesanleur. Il connaissait aussi la pression que l'air exerce sur les eorps qui y sont plonges et la résistance qu'il oppose à la chute des graves; il établit fort bien la différence qu'il convient de faire entre le poids d’un corps pesé dans l'air et le poids de ce même corps pesé dans le vide. Du reste, la découverte de la gravité et de l'élasticité de l’air remonte plus haut qu’on ne l’admet communément: plusieurs savants du XVI« siècle, J. B. Benedetti ('), par exemple, se sont exprimés positivement à cet égard. Il est à
dont cette paroi serait la base, cl dout la hauteur serait la moitié de la hauteur du vase.
• Il détennine ensuite la pression sur une partie qiielcoïKjue d'uiic paroi plane inclinée » et il ta trouve égale au poids d'une colonne d'eau qui serait formée en appliquant perpendiculairement a chaque point de cette partie des droites égales a la profondeur de ce point sous IVan. Ce théorème étant ainsi démontré pour des surfaces planes situées comme l’on voudra, il est facile de I etendre à des surfaces courbes, et d'en conclure que la pression exercée par un fluide pesant contre une surface quelconque, a pour mesure le poids d'une colonne de ce même fluide, laquelle aurait pour base celte inéiuc surface, convertie en une surface plane, s’il est nécessaire , et dont les hauteurs répondantes aux dilTércnts points de la base, seraient les mêmes que les distances des points correspondants de la surface à la ligne de niveau du fluide, ou, ce qui revient au même, celte pression sera mesurée par le poids d'une colonne qui aurait pour base la surface pressée, et pour hauteur la distance verticale du centre de gravité de cette meme surface, à la surface supérieure du fluide.
» Los théories précédentes de l'équilibre cl de la pression des liquides sont, comme on le voit, entièrement indépendantes des principes généraux de la stati(|uc, n'étant fondées que sur des principes d'cx|iériciicc particuliers aux fluides; et cette manière de démontrer les lois de l'hydrostatique, en déduisant de la connaissance expérimentale de quelques-unes de ces lois, celle de toutes les autres, a été adoptée par la plupart des auteurs modernes, et a fait de l'hydrostatique une science tout a fait difTérenle cl indépendante de la statique. *
(*) Uùtoire des sciences mulhcmaliqucs en Itatief par M. Lîbri, tome III, page fSI, et Uistorq uf the indnctv'r sciences f par M. W. Whewell, l. 11^ p.age 4b.
rogrt'lUîr, que dans Y Adjonction de la Sialique de Siniun Stevin, qui devait contenir six parties, on ne trouve que les quatre premières : les deux autres, qui devaient traiter de Yhifdatolcie om attraction de l’eau, et de Vaérostalique nu poids de l'air, manquent (mtièrement, sans qu’on en ail indiqué les motifs ; on a quelque raison de croire que notre eompalriole eût porté l'aérostatique aussi loin que la science de l’équilibre des solides et des liquides, et qu’iei encore il eût parUigc avec Galilée l'honneur d’avoir posé chez les modernes les véritables lois de l'équilibre.
Les quatre parties de l'Adjonction de la Statique présentent des développements curieux des principes exposés <lans les livres précédents; ils sont l’ouvrage d’un savant, toujours soigneux de féconder les théories qu’il développe; Stevin s'occupe d’abord des cordages, des polygones funiculaires, de l’équilibre des vaisseaux et enfin de la cliaiinotlilipse, ou de l’art de faire des freins convenables pour les chevaux. Cette dernière partie parait due au prince Maurice de Nassau, de meme que les reeberelics sur l’équilibre dans un système de poulies, quand les cordes agissent obliquement.
Ce qui se rapporte à l’équilibre des vaisseaux avait un intérêt de circonstance ; « Comme on vouloil appareiller de petits balteaux avec des échelles élevées dedans ieeux d’environ vingt pieds de haut, dit l’auteur, pour y faire monU-r des soldats, on révoqua en doute si la force du sommet llotlaut le pourroit endurer; car il pourroil advenir que le batteau renverseroit, et partant celiiy qui scroil monté en haut vieiidroit à tomber dans l’eau; à celte fin, pour en estre plus certain, on en fil l’cspreuve d’un. Ce qui me convia à rechercher s’il ne scroil pas possible de le sçavoir par calculalious malbémaliqucs, devant que d'en
\enir à l’expérience en grand volume, supposant ligure el pesanteur, et puis venir de là à la praelique. »
On sent eoniliien devait exercer d’influence un homme qui savait unir si habilement la pratique à la théorie, el qui aimait à porter son attention sur les grandes questions d'utilité publique. Le renom qu’il s’était acquis par ses connaissances dans l’art militaire, et particuliérement dans la défense des places fortes par le moyen des eaux, n’était plus borné aux limites de son pays : sa réputation était si bien établie à l’extérieur, qu'on lui demandait ses avis sur les points les plus importants. C’est ainsi qu’il nous apprend lui-méme, dans la Forti/ication par écluses, qu'il fut invité par le gouverneur de Calais, homme de grand jugement et fort expérimenté en matière de guerre, à lui donner ses conseils sur les moyens de fortiOer un point très-vulnérable de la place confiée à sa garde. « Comme le gouverneur, monseigneur de Vie de bonne mémoire, estoit en peine de cecy, il désira devant son trespas que je me portasse sur le lieu, pour adviser sur la fortification de la ville; ce que je fis , etc. »
.Mais de toutes les inventions mécaniques de Simon Stevin , la eonstruetion de son chariot à voiles est celle qui lui fit le plus d’honneur etde réputation. L’enthousiasme qu'elle excita ne peut se comparer qu'à celui que firent naître les premières locomotivesqui ont parcouru nos chemins de fer. L’expérience en fut faite sur la plage entre Scheveningue el Petten. Quatorze lieues furent parcourues avec une rapidité telle, qu’un cheval n’aurait pu suivre le chariot chargé de vingt-huit personnes. C’était le prince Maurice lui-mèmc qui dirigeait la manœuvre, et parmi les voyageurs se trouvaient le frère du roi de Danemark, le comte Henri de iVassaii, rambassadeur de France el ce même François de
i;ifi —
.Memluçu, :iinir;il d’Aragon, que le prince Maurice avait combattu et fait prisonnier à la baUiille de A'iciiport. Le prince, avec une intention malicieuse, dirigea un instant le chariot vers la mer, et la terreur se répandit soudain dans l'équipage : mais il le ramena presque aussitôt dans sa véritable direction et le trajet s’acheva gaiement. La poésie et les arts célébrèrent le triomphe de la scienee. L’illustre Grotius, rami de Stevin et le traducteur de quelques-uns de scs ouvrages, elianta en vers latins ce voyage mémorable dont il avait fait partie, et ces mêmes vers furent traduits en hollandais par le poète Constantin Huygbens, père du plus grand géomètre que la Hollande ait produit.
L’opinion publique présente aussi Simon Stevin comme l’inventeur du calcul décimal; mais cette opinion est-elle bien fondée? Et d’abord, on pourrait se demander ce qu’on entend par invention. Est-ce, comme le mot semble l'indi- (|uer, l’idée première que l’on a d’une découverte importante? -Mais cette idée se présente en général d’une manière si obscure, si embarrassée, qu'il est bien souvent impossible, même pour celui qui l'a conçue, d’en apprécier toute la portée. Il reste presque toujours un seeond travail à faire; c’est celui qui consiste à féconder l'invention et à mettre si bien en évidence l'utilité que peuvent en retirer les hommes, qu elle prenne désormais un rang assuré dans les seienees. Celle seconde création est sans contredit la plus importante, c’est celle qui donne l’Ame et la vie.
Simon Stevin pouvait jiasser pour un des calculateurs les plus habiles de son époque, et son mérite avait été parfaitement a|)préeié dans le pays du monde où l'on calcule le plus et par conséquent le mieux ; il n’est donc pas étonnant (|ue son génie inventif ail trouvé d’abord toutes les ressources (|ue présente le calcul décimal, et l’économie de
tnnps que l un fuil eu sulistiluani les fraetiuiis (léeiiiiales aux fractions ordinaires. Plein de eonfianee dans son invention, notre savant en proclama hautement les avantages: et il le fit sans restriction, en homme hien convaincu di- la valeur de sa découverte. Dans la dédicace de son opuscule la Disme, il demande qu’on ne juge pas de rinq)ortanee de l'invention par l exiguité du volume. « Pourtant, dit-il, si qucleiin me voulusl estimer pour vanleur de mon entendement à cause de l’explication de ces utilitez : sans douhte il denionsirc, ou qu'il n’y a en luy ny jugement ny intelligence de sçavoir discerner les choses simples des ingénieuses: ou qu’il soit envieux de la prospérité commune; mais qiioy qu’il en soit, il ne faut pas omettre l’utilité de cestui ey, pour l’inutile calomnie de cestuy là. »
Cette découverte si hautement proclamée eut ses conséquences habituelles. Il faut croire que les savants de l’époque se mirent à feuilleter les écrits de leurs devanciers et y trouvèrent enfin, grâce à Simon Stevin, ce qu’ils n’avaient pas su y lire par eux-mémes, c’est-à-dire que le caleul décimal avait déjà été employé avec avantage. Sans doute, ils ne manquèrent pas de lui en faire obligeamment la remarque, et notre compatriote en profita en homme qui avait de quoi se dédommager en perdant un des fleurons de sa couronne. Non-seulement il reconnut de bonne grâce qu’on avait fait usage des fractions décimales avant lui, mais il fit remonter cette découverte aux époques les plus reculées.
Stevin imaginait qu’avant les Grecs il avait existé une race privilégiée, beaucoup plus instruite que ses successeurs; c’est ce qu’il nommait le siècle sage. Les Grecs n’avaient fait que nous transmettre, d'une manière plus ou moins maladroite, ce qui avait été découvert â cette heu-
reuse époque des seienees qu'il rappelait de tous ses va‘ii\. C'était à elle qu’il rendait les honneurs de son invention.
Quoique plusieurs contemporains et prédécesseurs de Slevin aient fait lisante des fractions décimales dans quelques circonstances particulières, par exemple, pour exprimer le rapport de la circonférence au diamètre, pour l'extraction des racines, il parait néanmoins que notre compatriote a eu l'honneur d'avoir le mieux apprécié la simplicité et la généralité de ce calcul , et de l’avoir appliqué à toutes les opérations de l’arithmétique usuelle.
Cependant sa notation était loin d'être satisfai.sante. A la suite des unités entières qu'il nommait commence)nents , il écrivait un zéro renfermé dans un petit cercle pour marquer le commencement de la fraction décimale: à la suite de chaque chiffre de cette fraction, il écrivait son rang dans un petit cercle également; en sorte qu’une fraction décimale comprenait un nombre de chiffres double de celui que nous employons maintenant. Il est vrai que, pour ne pas embarrasser le calcul par tous ces chiffres renfermés dans des cercles, il se bornait, dans les opérations, à les écrire une fois au-dessus des chiffres décimaux auxquels ils se rapportaient; ees indications devenaient ainsi de véritables exposants, dont Simon Stevin, à la rigueur, pourrait être considéré comme l’inventeur. Ces prétentions seraient d’autant mieux justifiées, que Stevin indique l'usage de ces exposants, non-seulement sous forme entière, mais encore sous forme fractionnaire, cl il en fait l’application à l’élévation aux puissances et à l’extraction des racines. Sous ce rapport, tout ce qu’il dit, dans le premier livre de son /4rithméli(fue, est extrêmement remarquable; je citerai en particulier le paragraphe intitulé que les dignitez ou dénominateurs des quantitez ne sont pas nécessairement
nombres entiers, mais jmtentielleinent nombres roinjmz et nombres radicaux quelconques.
Non-seulfnient Stevin avait aperçu toute la fécondité la théorie des fractions décimales, niais il avait encore conçu la possibilité d’un système décimal des poids et mesures bien coordonné et approprié à tous les besoins des hommes, ce qu'il ne faut pas confondre avec le calcul décimal proprement dit, comme l'ont fait quelques personnes au sujet de ses ouvrages. Il exprime le vœu que les autorités adoptent un pareil système qui serait un véritable bienfait: « mais, ajoute-t-il, si tout cecy ne fust pas mis en œuvre si tost comme nous le pourrions souhaiter, il nous contentera premièrement qu'il fera du bien à nos successeurs^ car il est certain que si les hommes futurs sont de celte nature comme ont esté les précédents, ils ne seront pas toujours négligens en leur si grand avantage. » Il alla donc véritablement aussi loin qu’on pouvait aller à son époque; et s’il existe quelques droits à réclamer, soit pour avoir fait apprécier la simplicité et les avantages des fractions décimales dans les calculs, soit pour avoir senti et préconisé l’utilité d’un système de poids et mesures basé sur la division sous-décuple de préférence à la division sexagésimale, c’est à Simon Stevin qu'il faut les attribuer.
V Arithmétique de ce savant cul un très-grand succès à l'époque où elle parut; elle fut publiée en même temps que la traduction des quatre première livres de l’Algèbre de Diophante d'Alexandrie (') ; mais ce qui excita surtout l’alten-
(‘) Un voluruu imprime à Loyde chez Plantin, en 1585,lMnVA>
métiquef Us quatre premiers livres de Diophante d*Alexandrie , la Practique d*Arithmélique et la IHsme. On lit en léte de ce dernier uuvrngc « premièrement dcscriplc en flaming, et maintenant convertie en franeois« par Simon Stevin, de Bruges. •
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lion, ce fut la Prticiique de l’arithméfique, eompreiiaiil le trailé de lu Disine et les Tables d’inlérèls, qu’il publiait pour la seconde fois.
La Praclique de la géométrie n’est pas le meilleur ouvrage de Stevin, mais ce n’est cerles pas le moins original sous le rapport de la forme et des propositions qu’il contient. On y trouve, avant tout, riiomme qui domine son sujet et qui fait plier impérieusement la science aux besoins de la société. Il s’alTranehil entièrement de la rigueur des démonstrations de la géométrie ancienne, et s’attache à rendre la science d’une application facile. Il a réalisé, avec un succès remarquable pour l’époque où il vivait, l'idée qui, dans ces derniers temps, a présidé à 1a rédaction de la plupart des géométries industrielles et autres ouvrages élémentaires que l’on a cherché à mettre à la portée des ouvriers. Il suit, dans sa géométrie, l'ordre qu'il a suivi dans son arithmétique ; il applique à l’espace les quatre premières règles du calcul, puis la théorie des proportions, l’extraction des racines, etc.
En conservant cette allure libre, il présente dans sa marche des propositions nouvelles qui font honneur à son génie inventif ; telle est la description de l'ellipse au moyen du cercle dont on allonge toutes les ordonnées dans un rapport constant. Il montre encore que si, d'un point pris dans le plan d'une conique, on mène des rayons aux points de la courbe, et qu’on les prolonge dans un rapport donné, leurs extrémités seront sur une nouvelle conique semblable à la première ; « Proposition extrêmement simple, virtuellement contenue dans le sixième livre d’Apollonius, et formant avec la proposition précédente, comme le fait observer M. Chasles, le point de départ, et le cas le plus simple d’une méthode de déformation de ligures, qui a
pris plus lard de IVxti'iision outre les mains de Lahirc et de Newton. »
Simon Slevln s’occupa de l’optique et de la catoptrique, comme il s’était occupé des autres branches des sciences mathématiques, d’abord par le désir d’étendre le cercle de ses connaissances, puis pour complaire à son protecteur et ami le prince Maurice de Nassau, à qui il accordait toujours une large part dans l’honneur de ses découvertes. Le prince aimait le dessin « et principalement celuy des paisages, avec citez, rivières, chemins et bois situez en iceux; pour par cela plus facilement, l’occasion se présentant, déclarer aux autres son intention, il se servit à ceste fin pour instructeurs, des plus adroits peintres qu’il put trouver. » Les peintres habiles certes ne lui manquaient pas; mais il parait que les connaissances pratiques qu’ils employaient si bien, ils les exposaient fort mal , car Maurice eut recours à son oracle accoutumé. Stevin chercha donc à lui montrer comment il pourrait mettre les objets en perspective par cognoissunce des causes el avec sa démonstration mathématique. Le prince goûta fort le travail du géomètre; il se mil parfaitement au courant des méthodes générales qui lui furent exposées et les corrigea en plusieurs parties. C’est cet ouvrage qui fut ensuite rendu public.
Le Traité d’optique devait se eomposer de trois parties: lu .scénographie ou perspeelive, la catoptrique el la diop- Irique ou théorie des réfractions. Celte dernière ne nous est malheureusement point parvenue; el même, d’après ce que nous apprend le tradiieteur, il paraîtrait qu’elle n’a point été écrite.
Dans la Catoptrique, qui est donnée très-sommairement, l’auteur relève quelques erreurs de ses prédécesseurs et résout plusieurs problèmes élémentaires eoncernant la
réflexion sur des miroirs plans. Il mniiire eiisuile i|ue la lliéoric de la réflexion sur les miroirs eourbes, eonvexes on eoneavcs se réduit à la théorie de la réflexion sur des miroirs plans, en substituant le plan de tangence à chaque élément de la surface courbe; mais il se trouve arrêté, comme on le conçoit, par la diflicullé de construire ce plan. « Puisque pas une manière géométrique en ceste description ne m’est venue à la mémoire, dit-il, je la construiray méebaniquement. » Cet ouvrage n’est certes pas un des meilleurs de Simon Stevin , mais il ne méritait pas le superbe dédain du père Deehales, surtout dans le jugement porté sur le premier livre, qui traite de la perspective ; In primo {libro) tradit scimjraphiam , seu potiüs perspeclivam, in qnà , quamvis bonas demotislraliones habeat, methodus lamen non esl salis praclila. In secundo, de caloplrica, pauca tantum habet. In tertio, nempè de refraclione, nihil. Nous opposerons au jugement du savant jésuite celui d’un homme que nous regardons comme plus eompétent dans ces matières. Voici le jugement que M. Chasles a porté du Traité de perspective , dans les notes de son ouvrage sur Vllisloire de la géométrie . « ’SGravesande et Taylor sont cités souvent, et à juste titre, comme ayant traité la perspective d'une manière neuve cl savante; mais nous nous étonnons que l'on passe sous silence Stevin qui, un siècle auparavant, avait aussi innové dans cette matière, qu'il avait traitée en géomètre profond, et peut-être plus complètement qu’aucun autre, sous le rapport théorique. Ainsi, nous ne trouvons que dans cet auteur la solution géométrique de cette question, qui est l’inverse de la perspective ; Étant données, dans un plan et dans une position quelconque l’une par rapport à l’autre, deux figures qui sont la perspective l’une
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de l’attire, on demande de les placer dans l'espace de manière que la perspeclive ait lieu, et de déterminer la position de l’œil. Slcvin, il est vrai, ne résout que quelques cas particuliers de cette question, dont le plus diflicilc est celui où l’une des figures est un quadrilatère et la seconde un parallélogramme. Le cas où les deux figures sont deux quadrilatères quelconques comporte toute la question. Mais Stevin ne pouvait la résoudre, parce qu’il ne faisait usage que des propriétés descriptives des figures de la perspective, et qu’il eût fallu considérer aussi leurs relations métriques. »
Simon Stevin a donc porté la théorie de l'optique et de la catO])trique aussi loin que le permettaient les connaissances géométriques de son époque, et il a eu la gloire de considérer la perspeclive sous un point de vue qui donne une preuve nouvelle de l’originalité et de la fécondité de son génie mathématique.
Dans le Traité de cosmographie , il traite successivement de la résolution des triangles rectilignes et sphériques, de la géographie et de l'astronomie. Bien que ces traités, destinés à exposer d'une manière précise les connaissances de son époque, ne renferment point de découvertes imporhintes, cependant ils donnent une idée avantageuse du .savoir de l’auteur; on y trouve aussi des vues ingénieuses et qui, aujourd'hui même, méritent encore de fixer l’atlcnlion. Qu'il nous suflise d'en donner queh{ues exemples.
Dans la partie de sa Géographie où il traite de l’atmosphère qui enveloppe notre globe, il commence par donner, en la simplifiant, la solution de Nonius du problème relatif à la détermination de la hauteur de l'atmosphère par la considération du cercle crépusculaire; puis il aborde un autre problème non moins curieux et tout aussi important
pour lu scionec : il s'ugil de délermiiiur la liuuteur d'un nuage el sa vitesse de translation. Stevin remarque d'abord qu’à cause de l’éloignement du soleil cl du parallélisme des rayons de cet astre, l’ombre d’un nuage est égale en grandeur au nuage même qui l'a produite, et que la vitesse de translation du nuage se trouve mesurée par la vitesse de inarebe de son ombre sur la terre. Seulement il fait observer avec raison qu'il convient d'avoir égard à la pénombre.
Si l’on pouvait se placer toujours dans des lieux assez élevés pour suivre la marche de l'ombre des nuages, et si cette ombre dans toutes les eireonstanees était assez nettement prononcée pour qu'on la distinguât facilement, cette méthode serait assurément la plus simple et la plus facile dans l’application. Du reste, malgré tous les elTorls qui ont été tentés depuis , cette partie de la science est encore peu avancée.
Dans riniroduction à sa Géographie, Stevin traite d'une manière fort sage quelques points scientifiques intéressants; il le fait en homme du monde et avec des formes bien éloignées de celles qui dominaient dans les traités de son époque. Ainsi, en considérant la terre comme une planète, il s’attache à faire apprécier les apparences ([u’elle offrirait si on pouvait la voir à la distance où se trouve la lune; il explique fort bien les phases qu’elle présenterait, les curieuses modifications qui seraient dues aux monceaux de nuages suspendus dans notre atmosphère, et tous lesjeux de lumière produits par la réflexion des rayons solaires sur les eaux de la mer. Ailleurs, il soulève rimportante question de la détermination des longitudes, et insiste sur la nécessité de déterminer nettement le point d'où il convient de commencer à les compter. Il apporte dans cette discussion pratique la même finesse d'aperçus, la même force de concei)tion que
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qnnnd il examine rimporlanec d'un nouveau système de poids et mesures en harmonie avec le calcul décimal.
Le quatriènu! cl le cinquième livre du Traité de géogracontiennent un essai sur la navigation, à la suite duquel Sicvin donne la théorie des marées. Cette partie de l’ouvrage est très-remarquable pour l’époque où elle a été écrite. « Qu’on nous concède de dire que la lune et son poinct opposite tirent et sucent continuellement l’eau du globe leiTcslre. » Telle est la première pétition de notre géomètre. Celle attraction lunaire était déjà connue par Pline; mais ici elle se présente sous des formes scientifiques, cl Stevin l’examine avee une élévation de vues qui décèle un profond observateur bien au courant de la question qu’il traite. Il indique parfaitement les points sur lesquels il convient d’attirer l’attention des navigateurs instruits et les lieux les plus favorables pour l’observation des marées. Il avait aussi très-bien reconnu les causes qui produisent des retards dans la marche des marées et les obstacles qu’éprouvent les eaux à se transinellrc à l’intérieur des fleuves ou le long des côtes.
L'Astronomie, qui forme la troisième partie de la Cosmographie, ne paraît pas avoir obtenu un grand succès; et, dans le fait, cet ouvrage ne renferme pas, comme les autres écrits de l’auteur, des idées nouvelles, des aperçus qui ont fécondé la science. Stevin ne s’clait point livré à l’astronomie d’observation; ce qu’il enseigne, il l’a appris par l'intermédiaire des autres, et par suite il manque d’originalité. Cependant ce traité est écrit avec sagesse, et l’on doit savoir gré à l’auteur d’avoir contribué à propager la théorie de la mobilité de la terre. Il a suivi l'ordre naturel des idées, celui que l'on conserve encore dans la plupart des traités modernes; il rend d’abord compte des mouve-
HiC —
inenLs apparents, les analyse, et ee n est qu'après un examen approfondi qu'il se déeide en faveur de l'opinion de Copernie.
Tant de travaux et de suecés dans des branches si diverses, tant de découvertes scienliliques et d'inventions utiles expliquent suflisammenl la reconnaissance des compatriotes du géomètre brugeois, cl justifient l’honneur insigne que lui a fait sa ville natale eu lui érigeant une statue sur l une de scs places publiques ('). Cet honneur, décerné plus de deux siècles après sa mort, l a été spontanément et pendant que l'étranger croyait que jusqu'au nom de Simon Slevin avait été oublié dans sa patrie.
Bruges s'est montrée digne d'avoir donné le jour à deux des plus grands géomètres qu'ait produits le Belgique, <à Slevin et à Grégoire de Saint-Vincent. Le monument que eetle ville a érigé non loin de la statue de l'invcnleur de la peinture à l'huile montre qu’elle apprécie les sciences à l’égal des beaux-arts, cl qu’elle a su puiser avec le même succès à ces deux sources d'illustration.
Simon Slevin avait pour amis et pour admirateurs un grand nombre des savants les plus dislinguésde son époque; ses ouvrages ont été traduits dans plusieurs langues, cl parmi ses traducteurs on compte le savant géomètre Albert Girard, Snellius, à qui l’on doit la connaissance de la loi de la réfraction dont on a fait honneur à Descarlcs, et Grotius, qui fut également l’une des gloires de la Hollande. Cependant cet homme, qui s’était élevé si haut par son génie, qui avait fixé si fort sur lui raltcntion de la Hollande aux plus beaux jours de s;» splendeur, cet homme dc.secndil obscu-
(') Ce travdil a clé confié au ri.*Hcau d iin de nos arli.stcs 1rs plus dislin* t indues, M. Kii^éiir Siiiionis.
Digilized hy C^ooglc.
Mi7 —
rcmntl au tombeau; les deux bouts de sa brillante earrièrc sont égalemenl restés dans l’ombre. On sait seulement qu’il mourut en 1620 et qu’il laissa une veuve avec deux enfants en bas âge. Le lieu même où il mourut n'est pas mieux connu que la date précise de sa naissance. Il a passé comme ees brillants météores qui, pendant les nuits, sillonnent la voûte des cieux et ne laissent, pour marque de leur passage, qu'un trait lumineux dont l’œil chercherait en vain à saisir les deux extrémités (').
(’) (domine complcrncnt à ce qui précède sur cc matliéniaticicn distingué, nous ferons coiinaitre le jugcmciil qui en a été porté par Adrien Rüinain : c'est un juge peu suspect piti.s<|u*il appartenait à l'université de Louvain. On ne io soupçonnera sans doute pas d'avoir voulu se montrer trop laudatif envers noire illustre exilé : « Simon Stevin a fait preuve dans les mathématiques d'une capacité extraordinaire. Il a donné en français un traité d'arithmé^ tique (Anvers, 1585, in-8®), d'après une méthode excellente, et tel (juct si même on eût dû ne plus rien allcndrc de l'auteur, il aurait déjà rendu le plus grand service au public. Il y a présenté, en cfTel, dans un ordre merveilleux et tout nouveau , les règles de rarithmélique vulgaire et de rarilhmélique figurée, auxquelles il a joint des applications^ il a éclairci Diophante, a renfermé dans qucbjucs propositions tout le dixième livre d'Euclide qui roule sur les quantités incommensurables, et ajouté à son livre beaucoup d'autres détails aussi rares qu'instructifs. Il s'occupe maintenant à rédiger, d'après la même méthode, une géométrie universelle, dont il a donné un échantillon dans ses Cinq livres de problèmes ycometriques {Problematum gco~ mclricorumf lib. V, 1583, in-i"). Ce n’élail pas assez pour lui, car il a refait et éclairci une des plus iinpnrlaiites et des plus difliciles parties des mathé* tnaliques, je veux dire la statique, en l'appuyant sur des fundcmciils nou* veaux , confirmés par une longue expérience , et il a publié son travail dans un flamand élégant et correct (langue qu'il dit avoir etc la mère de toutes les autres). Leyden, 158(), A mon avis, il nVsl rien de comparable à
cet ouvrage. Le même savant est si exercé dans la science des poids, qu'il n'en est pas un, quelque lourd qu'il soit, qn’il ne remue avec des forces médiocres ou un instrument peu compti4|ué. 11 a clé chargé des constructions destinées à niellrc 1a terre à l'abri des eaux, dans les cantons maritimes, et j'apprends qu'il s'arquitte de cel emploi à rapplundivsemeni et à l'admiration d'un charun, O Adrien Romain, IHrar mnthema/iene, etc., anno 1505,
ii;« —
Nous eiUTons aussi, avec quelques délails, les reiiscigneinenls que nous aurons à donner sur Philippe Van Lansherge, aulre savant distingué qui fut également forcé de quitter sa patrie, par suite des troubles religieux qui aflligèrent eelte époque.
N. is«i. Ce savant était né à Gand, le 25 août 1361 (‘), de Daniel Van Lansherge, seigneur de Meulebeke, et de Pauline Van den Ilonigb : ses parents rélevèreni dans la religion réformée et ramenèrent avec eux en France, en 1366, puis en Angleterre, où il termina ses éludes.
Quelques écrivains, et entre autres Delambre, Vossius, Bayle, etc., le font naitre à Middelbourg en Zélande, on ne sait trop par quel motif, car ils auraient du lire autour du portrait de Pb. Van Lansherge, fait sous les yeux de l’auteur et placé en tète de son principal ouvrage, l'inseriplion : Philippus Lanshergius Gandacensis, aelaiis suae an no LA PII.
Daniel Ileinsius, également gantois, a soin, dans plusieurs pièces de vers adressées à son compatriote, de revendiquer un reflet de sa célébrité en faveur de sa ville nakde. Ainsi, l’on trouve la pièce suivante, imprimée immédiate-^ ment après le litre des Progymnasmatum aslronomiae resfiliilae, publiés en 1628, à Middelbourg, par Pb. Van Lansherge lui-méme :
Lansbergij qiw me tua l landria jactat alumnOf AVe felix tantum Caexarr Ganda parens f U(K quoque terra tibi, hoc mùffnus debebif oliimpui ^ Auffiuto quud nuuc omine prodit opus.
\mn terrac positus, ci quantum coeh
Oppida difccdant municif}rxqtic /mi, (*)
(*) Pat|iiol, arlirlv Pfi, Van t.ambrrqc.
Digilized by Coogic
f’rauie pucrum docuit f uunc ntaximiu oriiis Oisciff rf ojf surgit terra potusque tihi.
At tua quod jaceant uno sub limite Gandnf Goesuqne mirari desine. Causa palet,
L’na tais felix nalalibusj altéra ductu, l’I coelOf sic sttnl coudilioue pares.
Le poêle, dans les derniers vers, fait allusion à la position géographique de Gand cl de Goes, que Van Lansberge place sous le même méridien.
Après avoir terminé ses éludes de théologie tm Angleterre, Van Lansberge revint dans les Pays-Bas et fut nommé ministre religieux à Anvers; mais il n'y lit pas un long séjour, car cette ville étant rentrée sous l’obéissance de Philippe H, le 17 août 1583, il se vil forcé de chercher un asile dans les Provinces-Unies. 11 reçut alors presque eu même temps deux vocations, l'une pour Amersford, l'autre pour Goes en Zélande; il préféra le séjour de celte dernière ville, et y fut installé dans scs fonctions religieuses en I S86. Après les avoir exercées pendant l'espace de vingtneuf ans, il fut déclaré émérite, et il alla passer le reste de ses jours à Middclbourg, où il ne s'occupa plus que de l’étude des mathématiques. Il mourut en celle ville, le 8 novembre 1652, âgé de 71 ans, laissant six garçons et qualn; filles, qu’il avait eus de sa femme Sara Licvarls.
Les historiens sont assez d’accord sur l’époque de la mort de Philippe Van Lansberge; cependant Montucla (*) le fait mourir en 1655, et Delambre, par une méprise singulière (’), fait publier à l'auteur répilrc dédicaloire de scs Tables des mouvements célestes, en 1 655, époque à laquelle il n’existait déjà plus, comme il le dit lui-même quelques
(') Tome II, page 534.
{•) Histoire de Vaslronomic i/ifWrrnr, loinc 11, page 4f).
|>:igcs |)lus liaiil. La iiiéj)riso provit-nl sans aucun doulc de ce que Delanibre a pris la dale de la publication de lëpitre dédiealoire, donnée d’après les idées particulières de Van Lansbersf! sur la chronologie. Cette épitre se termine en elTel par ces moLs : Middelhurgi , et secessu meo, anno vuhjaris Chrisli nerae / 652, verae / 635, ueUüis ineae nnno LA'À I lahenle. Le privilège pour l'impression est du 29 juillet 1632. Foppens, en rapportant le décès de Van Lansliergc, au 8 novembre 1652, commet donc également une erreur en ne lui donnant alors que 67 ans.
Deux des fils de Pb. Van Lansberge, Pierre et Jacques, se distinguèrent par leurs connaissances; tous deux étaient docteurs en médecine et tous deux sont auteurs de plusieurs éerit.s polémiques. Le second s'attaeba particulièrement à défendre son père contre les attaques auxquelles il était en butte, au sujet de ses idées sur le mouvement de la terre, et parlieulièremenl contre le docteur Froidmont. professeur à Louvain, qui argumeutait, il faut en convenir, d'une manièreipii rendait la réplique assez facile: « La terre, disait-il, doit être au centre de l’espace céleste, car au centre de la terre se trouve l’enfer qui doit être aussi éloigné que possible des deux. » De pareils arguments lancés contre les défenseurs du système de Copernic étaient moins sérieux que ceux ([ui, vers la même époque, conduisaient Galilée dans les prisons de l'inquisition.
I.a carrière de Van Lansberge, toute consacrée à des médilalions pieuses et scientifiques, ne semble pas avoir présenté d’autres incidents dignes de fixer ratleution des historiens, que les publications successives de ses difTéreuts ouvrages, qui firent, à leur naissance, une grande sensation dans le monde savant. On en trouvera plus loin le catalogue avec line indication sommaire de leur eontenii.
Quelques éeiivuiiis ont reproché « Van Lansherge de la jaelanee, du charlatanisme et meme de la mauvaise foi ('). Ajucs avoir lu les ouvrages de notre com|ialriote, on ne peut que rejetcT de pareilles accusations. Van Lansherge parle en général avec modestie de ses travaux, dont, par un sentiment pieux, il rapporte tout le mérite à Dieu. S'il parle parfois de ses recherches d’une manière emphatique, il le fait parce que c’était dans le goût de l'époque où il vivait. Quant aux louanges exagérées qui lui ont été prodiguées par les poètes contemporains et en particulier par Daniel Ileinsius et par Cats, et qu’il insérait en télé de ses ouvrages avec son portrait, il ne faisait cncon; que suivre en ceci l’exemple de la plupart des écrivains de ce temps, et l’on trouvera peut-être dans cette naïveté bien moins d’amour-propre ((ue dans un grand nombre de préfaces modernes. On a d’ailleurs été très-injuste et très-inexact dans la plupart des accusiitions dirigées contre Van Lansherge; nous n’en citerons qu’une preuve, et nous la prendrons dans V Histoire de l’astronomie moderne, parüelambre, tome II, page 4i. On y lit, à propos de la dissertation de Van Lansherge sur le mouvement de la terre : « Dans l’épîtrc dédieatoire, il parle de ce mouvement comme si c'était sa propre découverte; dans l’avis au lecUmr, il cite Ârislarque de Samos; mais, dans le |tremier chapitre, on voit enfin le nom de Copernic. » Or la méprise et les reproches injustes de l’astronome français ne proviennent évidemment que de ce qu’il n’a pas vu l’ouvrage original de Van Lansherge. On lit en effet sur le titre : De bedenckingen Ph. Lansbergii, op de dagelycksche en de jaer- (*)
(*) Monlucla, tome II, poge 554, et Delatnbrc, Uifloirc de Vastronomic viodrrnr y tome II, pagr ii, à la fin.
hjvksche beicequitjo van den aerdt-klool , iia hef gevoeleu van Nicolaus Copernicns. (CVst-à-<lire : IfS id^es de Phili|)|ie Van Lansberge sur le mouvement annuel et diurne de la terre, d'après le sentiment de ÎSiculas Copernic.) Le tradueleur a omis ee dernier membre de i)hrasc; de là l'erreur et l’aceusation de Delambre.
Pour se faire une idée de ce que pouvait être le eharlatanisme de Van Lansberge, il faut l’entendre lui -môme, lorsqu'il remercie les membres des états de Zélande de l'appui qu'ils ont accordé à sa vieillesse. « J’ai été, dit-il, en leur dédiant l’ouvrage que nous venons de citer, j'ai été porté à le faire par suite de la reconnaissance <|uc je dois à V'os Seigneuries, car il y a actuellement environ quarantetrois ans que je vins parmi vous pour faire valoir fidèlement mes connaissances dans la ville cl l’église de Gocs. Pendant ce long espace de temps, j'ai joui d’un honnête traitement qui m’était assigné par Vos Seigneuries; et cela non-seulement pendant le temps de mon service, mais plus lard encore lorsque Vos Seigneuries, pour motifs d'infirmités de vieillesse et prenant en considération mes fidèles services passés, m’ont accordé du rejtos et une retraite...» L’auteur semble avoir la conscience de sa fin prochaine, car il finit en disant qu’il espère pouvoir encore mieux témoigner sa reconnaissance, s’il plaît à Dieu de lui réserver quelques mois d’existence : {indien ’t Gode beliefï tny no(j eenige maenden in dit leren te sparen). Certainement ee n’est là ni le langage ni l’existence d’un charlatan.
Il est un autre point historique assez curieux et qui demande également quelques explications. « Tout le monde sait, dit Montucla, tome II, page 334, que sa célébrité a fait donner son nom à un almanaeh dont rEiiroj)e est inondée chaque année, cl i|ui est un reemâl des plus piales
ineplit's. » ür ropinion générale au eonlraire en Belgiipie esl que l'almanach en question avait été eréé par un chanoine de Liège, portant cfTeelivemcnt le nom de Laensberg. Le fait est que le titre de l’almanach fut pris presque immédiatement après la mort de Van Lansberge, soit que l’on crût à la science de l'auteur prétendu, soit qu’on voulût livrer son nom au ridicule, dans des circonsUxnces où les esprits étaient portés contre les protestants (').
(’} Voici ce qu'oii iil dans le Courrier de lu Mntse sur ralmanach de Mathieu Laensberg qui jouit , encore aujourdliui, d'une si grande rêpulalion chez bien des personnes :
« Selon Topiniuii la plus répandue, Mathieu Laensberg a clé chanoine de SainUBartbcleini vers la fin du XVl*' ou au commencement du XVtI‘ siècle; nous ne contestons pas la possibilité de rexistcncc d'un chanoine de ce noiii à la collégiale de Sainl-Hurthélemi , s'occupant de hautes malliémaliques et d'astrologie, science fort à la mode alors, et dans laquelle il aura probable* ment acquis quelque réputation; cependant nous avons de fortes raisons pour croire que le nom de Mathieu Laensberg n'est qu'un pseudonyme; essayons de le prouver.
" Dans le plus ancien privilège connu, donné pour l'impression de l'aima* nach('), on lit: «• Permis à Léonard Strcel d'imprimer l'ulmanach connu sous le nom de M. Malhieu Laensberg f » ce qui prouve assez que l'auteur véritable était inconnu, et que, comme nous venons de le dire, celui de Mathieu Laensberg n'éluit qu'un pseudonyme.
" D'un autre côté, M. le baron de Lier conservait dans sa riche bibliothèque un porlrait que l'on croit être celui de l'auteur de ralmanach ; ce portrait représentait (*) un vieillard assis dans un fauteuil près d'une table, la main gauche appuyée sur une sphère, tenant de la droite un télescope, ayant à scs pieds dilTércnts instruments de mathématiques , et au bas du portrait on lit;/). T. V. /iarZ/ndoMittci canom'cMS c/ p/n7o«opAi«e pro/essor. S'il était possible de déchiffrer les lettres initiales, on aurait bien ccrUiincmeiit le nom du véritable auteur de ralmanacb. 11 est assez probable que le portrait, dont nous venons de donner la description, esl celui du premier auteur de l'aU manach ; il sert à nous prouver que le nom de Mathieu Laensberg n'est qu'un
(<) En tG46.
(’) Biographie univertelle île Michumi, tome SS, page 106 .
iNous allons làolier inaintcnunl de présenler un a|ii'içu des principaux ouvrages de Ph. Van Lansberge :
Sermones LU in catechesin religionis christinnae quae in Behjii et palalinatûs ecclesiis docetur. Pa(|iiot, dans ses Mémoires pour servir à l’histoire littéraire, éd. in-8“, tome VIII, page 57(5, dit qu'il croit que c’csl le premier ouvrage publié par Ph. Van Lansberge, mais quïl ignore absolument si c’est celui dont Corneille de Liens
nom supposé, car les lettres initiales posées au bas de ce tableau n'ont aucun rapport avec celles que l'on aurait certainement données à maitro Matliîcii Laensberg.
» Nous allons plus loin, et nous osons dire qu'il n'a jamais existé à la collégiale Saint>Barthé!enii de chanoine nommé Mathieu Laensberg ; ce (|ui le prouve, c'est qu'un chanoine de celte église, sur la demande que lui en lit M. de Villcnfagnc (*). eut la patience de feuilleter les registres de ce chapitre, sans y rencontrer le nom de Mathieu Laensberg, ce qui nous coiifiniic dans l'opinion que ce nom n'était qu'un pseudonyme et qu'on l'appliquait au personnage représenté dans le tableau conservé par M. de Cler.
» Nous ne terminerons pas sans rapporter l'opinion du célèbre de Lalande (*), qui pense que la renommée de Philippe Laensberg, médecin, mathématicien et ministre protestant à Auver$f né e»â Zélande et mort à Middcibourg en 16ôÜ, a fait donner son nom à l'atmanach dont l'Europe est inondée chaque année; ce fut, comme on le verra , quelques années apres la mort de ce savant que parut le premier almanach dont nous nous occupons.
• Nous avons essayé de prouver que le nom de Mathieu Laensberg n'était qu'un pseudonyme donné à un savant Liégeois du XVP siècle; nous examinerons maintenant quand le premier almanach a paru et si c'est à l’année tCôG que l'on doit reporter son apparition.
n M. de Villcnfagnc, qui nous a fourni de précieux rcnscigncmeiiLs {>our écrire ces articles, donne de la manière suivante le titre du premier almanach :
*> Jlmanach pour Van bin*extU de Notre -Seigneur 1036 et supputé par M. Mathieu Lamt>ert, mathématicien.
• On doit remarquer que rortliographc du nom n'est pas semblable à celle
(I) ouvrages de ce savant noua ont fourni plusieur» renseignement» ^ur cette nolîre.
(*) Dicùvnnaire de . lome II , page 33t.
il pris lii ilofciisc ilaiis son écTil : Coucerlalio aiiiicu , cIc.
Clirunolnyiae sacrne libri 1res , in (itiibu.s uniioriini tnundi sériés ab orbe condilo ad eversa per l{uittanos Hierosolijma , novd melhodo ostendilur. Ainslcriliim , ^624, iii-4", i-t Middelbourg, 1663, in-4”. Celli: chronologie n’a pas clé fort suivie.
Cyclomelriae norae libri duo. .Middelbourg, 1628, in-4“. Dclambrc rapporte la publication de cet ouvrage à l'année
que nous suivons aujourd'hui cl qui fui adoplcc eu rannéc 4ÜV7j c"csl aussi dans l'almaiiach publié celle même année qu'un lil pour la preiiiiêre fois, à la suite du nom de rimprimcur, avec grdee et privilège de Son Altesse. Ce privilège était accordé, ainsi que nous l'avons dit, à Léonard Slrecl, qui fut le premier éditeur de l'ouvrage dont nous nous occupons
• Tels sont à peu près les diiïércnts paragraphes que contenait cet almanach en 4h3Ü, qui est regardé comme le premier qui ait paru, tant par M. de Vilicnfagne que par les MM. Bourguignon , qui l'ont édile pendant longtemps; nous croyons celte opinion fondée et nous l'adoptons avec d'autant plus de raison que nous possédons un almanach de l'année 4054 du même format que celui de Mathieu Laensberg. Cet almanach, imprimé a Liège, est une contre-façon dont voici le titre :
• Ephemeris meteorologica ; très-belle description et déclaration sur les
• révolutions et inclinations de l'an de Notre-Seigneur MDCXXXIIII, par
• M. Jean Franco, fils de feu Jean Franco d'Ecissel, docteur ès sept arts
• libéraux et la médecine; Liège, Leonard Slrcel, imprimeur juré. Jouxte » ta copie imprimée à Anvers avec grâce et privilège.
•• Il est probable, pour ne pas nous servird'une autre expression, que si l'almanach de Mathieu LQcn.*iberg eût existé à cette époque, l'imprimeur Léonard Street n'aurait pas contrefait un almanach d'Anvers, car il est à peu près certain que l'ouvrage de Mathieu Laensberg aurait sufli à la population : d'ailleurs sa réputation, sa qualité de Liégeois et l'attrait de la nouveauté sont assez de titres, à notre sens, pour exclure toute contrcfornii, s'il en eût existé alors.
• La découverte de la contrefaçon de l'almanach de France prouve aujourd'hui d'une manière assez positive que c'est à l'année 4630 que l'on doit fixer l’apparition du premier Mathieu Laensberg, et vient ajouter une force nouvelle aux arguments donnes par M. de Vilicnfagne pour prouser cette assertion. »
161Ü, Hisl. de ruslr. tiiod., loine 11, piige 43. Ou y trouve (les mélhodes approximatives pour la quadrature et la recliiication du eercle. La eireonfcireqcc y est donnée avec trente déeimales exactes; Adrien Romain n'en avait donné que seize dans le rapport qu'il avait ealeulé de son eôté.
Triangulorum geomefricorum libri gualuor; Middelhourg, 41)31, in-4“, selon Paquot et Lalande. Delamlire pense que la première édition des tables des sinus et de la géométrie parut en i9iM,du moins (;’est la date de lepitre dédieatoire. « Elles avaient donc précédé, ajoute ce savant, le grand canon de Rheticus et suivi celui de Viète. Lansberge est cité par Pitiscus; Kepler lui rend ce témoignage que ses tables des sinus, des tangentes et des sécantes lui avaient été fort utiles. » Delambre, qui a présenté une analyse de cet ouvrage, cite plusieurs résultats remarquables auxquels Van Lansberge est parvenu, {/tstr. moderne, t. Il, page 40.)
iranomeiriae libri fres. Middelbourg, 1631, in-1". Delambre a donné une analy se de cet ouvrage dans son Àsir. moderne, page 43, et fixe à ranru’e 1621 l'époque de sa publication. Dans son uranométrie. Van Lansbergf! s’est proposé de reebereher les parallaxes ainsi que les distances et les volumes du soleil, de la terre et de la lune.
Bedenckingen op den dagehjckschen en jnerhjkKchen hop van den uerdl-ktool. Cet ouvrage doit, d'après la d(‘dicaee, avoir été juiblié en 1629; il en parut encore une édition à Middelbourg en 1666. On trouve en tète une pièce de vers latins, par Daniel lleinsius et des vers flamands par J. Cats. Une traduction latine : Commentaliones in motnm terrae diarnum et anninnn, eh., que donna, en 1630, Marlinus llorlensins, en supprimant une partie du titre, a pu donner lieu à la méprise de Delambre dont nous avons
déjà parlé. « L’auteur, dit ee dernier savant, y diseule sagement et elaireinent l’autorité de l’Ecriture en ces matières; il expose les phénomènes d’une manière satisfaisante. » Il nous a paru que Van Lansberge, dans sa dissertation, fait aussi fort bien apprécier l’harmonie et les convenances qu’on observe dans le système du monde. Ainsi il calcule d’abord la vitesse prodigieuse que devraient avoir les étoiles, dans l’hypothèse de la terre immobile; puis il suppose cette vitesse apparente et réellement due au mouvement de rotation de la terre. Ce dernier mouvement d'ailleurs et celui de translation autour du soleil rentrent dans la classe des mouvements qu’on observe chez les autres planètes. L’auteur admet trois cieux; deux visibles et un invisible : celui des planètes, celui des fixes et la demeure céleste.
Ph. Lansbergii inlroductio in quadrantem, tum as- Ironomkum, lum geometricum ; neenon in astrolabium. iMiddelbourg, 1633, in-folio. Cet ouvrage a été traduit en flamand par D. Goubard. On lit sur le titre qu’il a paru à Middelbourg, mais à la fin de l’ouvrage on voit que la traduction a été effectivement imprimée en 1633, à Harlem, chez Adrien Roman. L’ouvrage est précédé de vers flamands ca l’honneur de Van Lansberge, par le célèbre poêle J. Cals, qui paraît avoir été un de ses amis (*), et par des vers d’un certain lekerman, de Delft. On indique en marge que l’auteur est mort le 8 novembre 1632; et l’on reporte sa naissance à 1565, ce qui évidemment est erroné. Une seconde édition de eette traduction, donnée à Dordrecht, chez H. Van Esch, en 1650, ne reproduit plus les vers de Cals et laisse subsister l’erreur de date. L’ouvrage sur le quadrant
(*) Latuibcrge, wctrtU vrienl^ die met ren xnet vermaken 0ns aeu der uerJen hyt j en dtttt dru firmel rnkrn.
lie «■nferme rien de nouveau ; e’csl une instruction claire sur l'emploi de ccl instrument qui était alors fort en usage; elle a été publiée, comme le dit l’auteur, à la demande de quelques amis et en faveur des amateurs de la science (').
Progymnaxmatum astronomiae reslilutae, liber l de motu solis. Middelbourg, 1028, in-4". La dédicace aux ponscillers des états de Zélande est de 1649; elle fait mention des observations nombreuses auxquelles l’auteur a dù SC livrer pour en déduire des conclusions satisfaisantes sur la théorie du soleil. En parlant des travaux de ses prédécesseurs et des siens, il est bien loin d’avoir ce langage arrogant que lui prêtent quelques écrivains. Il a travaillé, dit-il, « non ut tanlis viris (quibus sciebam me esse impa- )' rem) palmam praeriperem , sed ut experirer an per obser- » vationes quae illis defucrant, pos.scm astronomiam quam » incoeperant, compicre; primùm itaque operam dedi ut » orgaiiis instruetus essem per quae solis, lunac et stella-
» rum loca in coelo capiuntur tandem ubi multipliée
» examine comperi.ssem eundem {solis motum) coelo egre- » gie respondere, vehementer sum gavisus, qui existima- » bam, me liaberc facti dimidium, Sed eollatione institutà » eum Ptolemaei, Hipparehi, atque Albatcgnii observalis, » deprehendi me adliuc consistcrc in ipso limine. »
Horologiographia nova, in quâ omne genus sciotericorum horologiorum ostendilur. Paquot doute que ce traité se trouve ailleurs que dans le recueil des œuvres de Van
(’) Il cil parut une autre édition à Amsterdam, en 1680, chez Jacob Robyn; elle est écrite en flamand et porte ce titre : Astrolabilii, dal is Ph. Lansbergii verkiaringe van de plallc ipliaere van Plohmaeus, etc., in-t". A la suite $c trouve l'ouvrage de Van Lansberge, intitulé : Jstronomisch en geomeiriech quadrant, mais imprimé à Dordrecht et traduit par Mattheus Van Nispen, I68K.
Liuishcrg(% qui parut in-folio, à Middclbour^, en 1663, sous le litre : Philippi Lansbergii opéra omnia.
Tabulae motuum coelestiiim perpétuât, ex omnium lemporum observationibus constructae, suivi d'un recueil d'observations intitulé : Ph. Lansbergii observalionum astronomicarum thésaurus. In-folio. Middelbourg, 1632.
Les astronomes se sont servis pendant longtemps des tables de Van Lansberge, sans doute à cause de leur simplicité.
Parmi les hommes distingués qui avaient abandonné leur
patrie se trouvait aussi le Gantois Laevinus Hulsius, no- «
taire impérial, qui se fit eonnaitre en Allemagne et donna " des preuves nombreuses de son savoir varié. Il embrassait à la fois les connaissances mathématiques, la mécanique, la géographie cl la chronologie. II publia d’abord, en 1594 et 1596, comme il nous le fait eonnaitre lui-méme, deux ouvrages sur le carré et le quadrant géométrique, ainsi que sur l’instrument planimétrique appliqué à la géodésie ('). En 1605, il fil paraître à Francfort-sur-le-Main un traité plus complet sur les instruments mécaniques qu’il divisa en trois parties; il se ré.servait de publier plus lard un ouvrage qui aurait compris quinze divisions dilTérentes dont il cite le contenu; mais celle promesse éliiit faite en 1605 cl il mourut pendant l’année suivante (’).
En tête de son écrit Sur les instruments mécaniques , il a placé une table intéressante des principaux ouvrages qui avaient été publiés sur celte partie. Ce qui précèdt*
(') Levini fluhii iheoria et praxix quadrantis et quadrati , et instrumenti ptanimetri, Norirnbergoe) IbDi. — Levini fiuhii auyenscheinticher tirricht von yeviertten geometriichen Innirttment». Nürnberg, 1H96. — Fnppcns cilc de lui plusieurs autres ouvrages t|ui se rapportent aux arts et à d'autres sciences que celles qui nous occupent.
(•) On lit au roinmenccment de rinlroduetion à son ouvrage: Cum re
1[>0Ü est fort ineoniplel et contient les indications de peu d’ouvrages; mais il n’cn est pas de même pour le siècle suivant; depuis jusqu’en 1604, l’aperçu qu’il donne de l’état des sciences mathématiques peut présenter de l’intérêt (*). On voit que l’auteur est entraîné par l’amour de la science qu’il cultive; il s’engage même avec plaisir à donner les explications et les renseignements nécessaires aux personnes qui pourraient les désirer ou qui ne seraient pas assez éclairées par la lecture de scs ouvrages. Il s’occupe, en ce qui le concerne, moins de l’invention des faits nouveaux que de l’exposition précise des découvertes faites avant lui.
Hulsius mourut en 1606 à Francfort, où il était venu s’établir après avoir quitté Nuremberg qu'il habitait d'abord. On ne sait trop quelle cause le porta à quitter sa patrie; est-ce pour scs opinions religieuses? on ne saurait l’assurer d’après ses publications, où il garde en général le silence sur tout ce qui le concerne. Il paraît que sa principale occupation à l'étranger était l’enseignement de la langue française.
ip$(l erpertus fuerim, quam graii lracta(ui vtei quos annis 1594 t(
1 590 dt quadralo et quadrante geomeirico et instrumefdo pianimetro ad geodesiam in Uteem misi, fuerint {usque adeo , ut iltorum exemplaria nulla amplius proslent)f commotus et vetuti desiderio quodam accensus sum, ut usum omnium itislrumenlorum mechanicorum meorum describertmj tibique, candide et amice tector, gratitudinis loeo eommunicarem, • Tractatcs PKtiirs instri’- MSNTORL’M MECHAMCORt’ii , ctc. , intToducUon 8u livTe Francfort-sur-ic- Main, 1605, in-4®.
(*) Pour ne mentionner que les mccaiiicicns belges , outre Gemma Frisius, J. Taisnier, il cite Michel Coignet, Simon Stevin, Adrien Romain, Jacob Hoiidius; nous n'avons pas trouve le nom de l'auteur de l'ouvrage suivant, sur lequel il nous manque des renseignements : Van Landmeterie en van de Wynroede tôt Brusset, in den Zeeridder, 1513.
L. Hulsius rapporte aussi, à l'année 1553, un ouvrage sur l'artillerie qui aurait été laissé en manuscrit : Discorso de VartiUeria de Vimp. Carolo W Scritto à mono, 1553; mais il n'en fait pas connaître l'auteur.
Un autre Belge distingue, Petrus Bersius, qui était né à Beveren dans la Flandre oeeidentale, avait étudié à Lcyde sous Juste Lipse; il devint recteur de l’école de celte dernière ville et professeur d’éloquence : il fit de nombreux voyages et écrivit spécialement le récit de ce qu’il avait recueilli pendant ces excursions. Il publia plus tard l’ouvrage Tabularum geographicarum conlractarum, libri PII. Amsterdam, in-folio, 1616. 11 fit paraître également, en 1620, l’écrit /*/ofemae« geograpkia graecè et Intinècum tabulis, in-folio (‘).
Après de nombreuses pérégrinations, il fut nommé professeur à Paris, et revint au catholicisme qu’il paraissait avoir abandonné : il fut en même temps nommé historiographe de France et cosmographe du roi. A la Haye, on l’accusait de démence; sa femme, fille d’un ministre protestant, vint le rejoindre avec scs enfants en 1620, et tous rentrèrent dans le culte catholique; scs trois fils embrassèrent même l’état ecclésiastique.
Nicolas Mulierius (Muliers), né dans la Flandre occidentale comme Bersius, dut également quitter sa patrie (*). 11 s’éloigna par suite de scs idées religieuses et se réfugia à Groningue, où il devint successivement docteur et professeur de mathématiques et de médecine, en 1614. Son fils, Pierre Muliers, suivit la même carrière, et devint également professeur de physique et de botanique dans la même université. Le père calcula des Ephémérides aslro-
(') On cite encore plusieurs autres ouvrages de Bersius ou Bertius, qui traitent en général de la géographie ancienne; mais il est difllcile de distinguer s’ils ne diffèrent que par les titres placés en tête des manuscrits à l'inslantdc leur publication. Il était né le 14 novembre I5I>K et mourut en 162U.
(') Il naquit à Bruges, le âb décembre 1564, sept jours avant Kepler, dit M. Ilcis, dons son H’oe/irwrAn//, n" 36, 5 septembre 1860.
H. ta».
N. iset M. 1650.
noiniques en deux livres, et donna, en 1611, des tables estimées qu’il intitula Tabulae Frisiacae lunae solares. On a également de lui une édition avec notes de l’ouvrage de Copernie : Nicolai Copernici astronomia inslaurata, in-4“, 1617. Ce savant mourut en 1630, à l'âge de soixantesix ans (').
Dans le désir de trouver la tranquillité d'esprit nécessaire à ses travaux, le docteur en médecine Jmtus Balbia- M. 1 UI 6 . d’Alost, avait pris ses grades à l’université de Padoue; il fut soupçonné d’hérésie, et par suite, se réfugia à Gouda, où il embrassa le calvinisme. Moins distingué que ceux que nous venons de nommer, il laissa cependant différents ouvrages qui traitent des sciences, mais généralement de la pierre philosophale. Sept de ces écrits ont été réunis sous le titre Traclatm FU de Lapide philosophico a se collecli.
Nous citerons encore parmi les hommes de mérite qui durent quitter leur patrie, les Barlaeus ou Van Baerle, qui formaient une des familles les plus estimées d’Anvers. Ils se firent remarquer surtout par leurs œuvres poétiques; le seul Melchior Van Baerle, littérateur de mérite, conserva sa position de chef-ganlc des archives, tandis que trois de ses neveux avec leur père étaient forcés de fuir. Ils se rendirent à Leyde et devinrent professeurs à l'université de cette ville.
(*) Nicolas Mulicrs publia les ouvrages suivants, d’après Valèrc André cl Foppens :
I* iMlitutionum oitronomicarunif librosll, in queis gcugrapliiacprincipia et plcraqiic ad artcni nauUcam facientia. Amsterdaiii , 1010, tn>8*’)
Tabulas Frisicas lunae solares y cum Jsuyoye ad casdein;
3" Kalendarium romanum velus, foniià julianâ, 1012. AJemariae, in-4*i l" ^ioltoA^v de (tntin aralnco et hircicn. Groning. , 1019, in-fol.
Gaspar Van Baerle, né à Anvers le 12 février 1584, publia en hollandais un ouvrage intitulé : Observalions ou t^xpèriences magnétiques de la terre ('). Plus tard, lorsque l'école d’Amsterdam fut établie. Van Baerle y fut appelé, d'après Moreri, en même temps queJ.-G. Fossius, et y professa la philosophie. Les querelles religieuses finirent par altérer sa raison, et il termina son existence par une mort violente, le 14 janvier 1648. Il est auteur d'un grand nombre d'ouvrages poétiques qui ont joui d'une certaine célébrité.
Il eut un frère plus jeune que lui , Lambert Van Baerle, ijui fui professeur île grec à l’université de Leyde, et un second frère également professeur de logique à la même université. On dépouilla ce dernier de scs fonctions, lorsque les remontrants furent persécutés en Hollande, en 1619.
La ville d’.\nvers, si brillante jusque-là par une succession d'hommes distingués dans les sciences, les lettres et les arts, finit par perdre peu à peu, surtout dans les sciences, ceux qui lui faisaient le plus d'honneur; les uns avaient cherché leur salut dans l'émigration , les, autres tentèrent d'échapper à l’orage, en renonçant à leurs travaux ou en les continuant dans le silence le plus absolu.
Parmi nos savants compatriotes qui cherchèrent un asile dans les provinces septentrionales, nous citerons encore Isaac Beeckman, docteur en médecine, qui était né à Middelbourg, dans la Flandre orientale. Il passa la plus grande partie de sa vie en Hollande et mourut à Dordrecht où il était recteur de l’école latine. II parait qu’il s’était expatrié, comme tant d’autres savants de cette époque, pour opinions religieuses. Il s’était lié d’amitié avec ücscartcs, pendant son
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