LIVRE III
FIN DU RÈGNE D’ALBERT ET ISABELLE, JUSQU'A L’ÉPOQUE DE LA CRÉATION DE L’ACADÉMIE IMPÉRIALE DE BRUXELLES.
Sous le rapport des sciences, des lettres et surtout des beaux-arts, le règne d’Albert et Isabelle occupe une place remarquable dans nos annales. Il reçut les derniers travaux de Juste Lipse et les premiers de Rubens; il vit naitre aussi Van Dyck, le digne émule et disciple du chef de l’école flamande, et cette nombreuse pléiade d’artistes qui ont contribué si puissamment avec leur chef à illustrer le nom de leur patrie. Les sciences , de leur côté , s’étaient élevées à une hauteur où elles ne sont plus parvenues depuis : Mercator, Ortélius et la plupart des grands géographes de celle école avaient cessé de vivre ('), et deux de nos plus célè-
(') Hcrcator d'ailleurs avait, sans doute par prudence, quitté Anvers depuis iüS3, et était allé s'établir à Duisburg, sur les bords du Rhin, d'où il continua néanmoins toutes ses relations avec Anvers, comme s’il y séjour- , nait encore.
hres mallM-maticicns, Simon Sievin i*l Philippe Van Lansbcrge, mûrissaient dans l’cxil des talents dont les ctrangci's devaient recueillir les principaux fruits. Une réunion d’hommes si distingués provenait bien moins de la protection des gouvernants que de l'état prospère par lequel le pays avait passé, étal si violemment rompu par les persécutions malheureuses qui avaient éloigné de nos frontières les savants les plus instruits, les génies les mieux organisés.
Philippe IV, avons-nous dit. avait laissé la continuation du gouvernement à l'infante Isabelle, qui succomba à son tour le décembre 1653. L’état de guerre et les tristes proscriptions religieuses, quoique moins actives, achevèrent d’éteindre l’ardeur et l’énergie qui avaient paru se ranimer un instant en Belgique. La plupart des fils les plus distingués de ce malheureux pays l’avaient quitté sans espoir d’y rentrer jamais.
En 1648, le célèbre traité de Munster suspendit, au moins pendant quelque temps , l’état de guerre qui avait si cruellement désolé nos provinces; mais il acheva d’éleindrt; les motifs d’émulation qui pouvaient exister encore. Dans le pays dominait un corps puissant , animé par une forte organisation intérieure et soutenu par quelques hommes de talent ; c’était l’association des jésuites, qui se chargea de remplacer, avec l’université de Louvain, les pertes nombreuses que le pays venait de faire dans les sciences. Le corps des jésuites eut peut-être plus d’énergie et de force pour amener ce résultat et pour conduire ses disciples dans la voie qui leur était ouverte , qu’aucun des autres grands corps qui existaient alors en Belgique. Il régnait, entre l’université de Louvain et l’ordre des jésuites une opposition manifeste : ces derniers avaient obtenu, dès 1584, la permission d’enseigner, qui leur fut confirmée, en 1615,
SOUS cerlaiiics rcslriclions^d’où résuIltTOiil d’assez fréijueiils débats. Les jésuites s’étaient établis d’abord à Louvain et s’occupaient de renseignement, malgré les obstacles qu’ils, éprouvaient de la part de l'université; mais leur principal centre d’enseignement devint Anvers, et l’on pourra juger bientôt que la lutte n’était pas établie à leur désavantage. Ils avaient des savants d’une grande foree, et il est juste de dire que eeux qui s’occupaient de l’enseignement n’eurent du moins pas à se reprocher de s’adonner trop exclusivement aux affaires politiques ; ils semblaient même s’y tenir entièrement étrangers; et, quand éclata plus tard la fameuse querelle du jansénisme entre Port-Royal et ceux de leur ordre, on ne vit guère les plus distingués d’entre eux y prendre une part active. Quelques-uns parlaient même avec convenance de leurs savants compatriotes que des idées religieuses avaient éloignés de leur patrie (').
L’ordre des jésuites, à cette époque, s’était établi à An-
(*] 11 exislail de fait dans Tordre des jésuites plusieurs classes distinctes ; ceux qui appartenaient aux grandes familles et qui pouvaient exercer de Tinfluence par leur parente ou leurs relations personnelles, formaient en quelque sorte une caste à part; il en était de niénie des savants, des gens de lettres et des artistes , dont les travaux ne .sortaient point du cercle de leurs différentes spécialités; puis la classe laborieuse, absorbée par les affaires de détails et d'administration, qui entretenait les missions à Textérieur et sc livrait avec ardeur aux travaux les plus fatigants, eonslitiinit pour ainsi dire un ordre spécial. C'est des .savants de la seconde classe que nous avons à nous occuper plus particulièrement, et Ton concevra sans peine qu'ils se tinssent assez en dehors des querelles avec Port-Royal, bien que lu question parût les intéresser spécialement.
l/ordre des jésuites fut fondé le septembre 1 540, par les soins d'Ignace de Loyola, qui en fut nommé général, le 22 avril suivant. Cet ordre prit des développements rapides et sa forte organisation eut à supporter de vives attaques dans les différents pays. 11 fut aboli en France, en 1764, de même en Espagne et en Portugal , où des attaques assez vives furent dirigées contre
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vers, sur une «échelle très-grande; il furinait en partie l'enseignement mathématique. Il menaçait d'envahir Louvain . même, et luttait avec le plus grand avantage contre le corps universitaire. Un de leurs savants distingués, François N. ISSU. d’Aiguillon (ou d’Agiiillon), né à Bruxelles, appartenait à une famille noble, dont le père était secrétaire de Philippe 11; dès l'âge de dix ans, le cardinal de Granvellc lui avait donné la tonsure cléricale. D’Aiguillon enseigna pendant plusieurs années la théologie et la philosophie à Douai, où il avait achevé ses études. Il alla passer ensuite quelque temps en Espagne. En 1596, il reçut, à Gand, le sousdiaconat, et la même année, à Ypres, le diaconat et la prêtrise.
Il enseigna la théologie à Anvers ('); mais les craintes que déjà l’on élevait généralement contre l’ordre des jésuites, le portèrent à enseigner de préférence les sciences mathématiques, pour lesquelles il montrait d’ailleurs un tcalent réel. C’est sous sa direction que commença à se développer l’école scientifique d’Anvers, qui compta plusieurs des mathématiciens les plus distingués de la Belgique, cl qui fit à Louvain une concurrence dans laquelle elle conserva la supériorité. D’Aiguillon publia, en 1613, son grand ou-
lui. En 4773, le pape Clément XIV le détruisit} mais le pape Pic Vil le rétablit en 4814. Depuis cotte époque, Tordre est successivement rentré sans opposition dans les différents pays, d'où il avait été exclu.
(') Slorcri, dans son Dictionnaire historiqvef 1734, dit que d'Aiguillon fut le premier de sa compagnie qui fit fleurir les mathématiques en Belgique : c^est faire sa part un peu trop large, peut-être. La Biographie unioertelle ancienne et moderne dit, de son cêté, qu'il fut le premier de sa compagnie qui ait professé les mathématiques dans les Pays-Bas. On verra que, dès leur origine, les jésuites curent de puissants ennemis dans ce pays. Pour permettro de saisir Tensemble de leurs travaux, nous avons cm devoir le^ réunir autant que possible.
vrage sur l'optique, Oplicorum libros VI. Cet écrit fut iiiiprimé, dans le format in-fol., à la typographie Plantinicnne. L'auteur faisait espérer encore un traité sur la catoptrique et la dioptrique; mais la mort l'enleva aux sciences, le 20 mars 1617, à l’àge de cinquante et un ans ('). L’ouvrage de d'Aiguillon n’a point été mentionné par Montucla, quoiqu'il jouit d'une grande estime avant les travaux optiques de Newton. Nous essayerons de donner une idée de son contenu ; nous rappellerons à cctic occasion que l'auteur composait son ouvrage dans la ville même où Rubens, dans son plus bel âge, produisait ses créations admirables , sous
(’) f/autpur avait en vnc de compléter son ouvrage : voici même respéce d'analyse de ce complément qu'il pré.<entc rapidement au lecteur à la suite de son cpilre dédicatoirc :
Atqut hi opTicoAL’U suni Ubri, (Voyez ranalyscdans le texte.)
Quatuor proxitni in catoptricorl'M tractatione vertanlurf aUerumque vt> dmdi modum f qui radiortm rrpercutiione fit y dcclarant :
Septimusj q\n c$t catoptricorum primus, ra tradity quae $pecuHs univertè conrenitm^ ; — Octavus agit de spectilis planis; — Nonut de coneexts; — Decimus de cavit.
Qui sequuntnr DioprnicoBi'U Ubri, infraclionU naluram, ac variot modes quihus ea fit , depromunt. llinc osnne construcinus Dioplrantm genus, itludque praecipuè uuper inventum, quo res immani in/rrt'n//û distantes, atque adeà extra aspect us vim constitutas , vetut intra praefinitos naturae terminos positas , ipsisque propemodum ocuUs cohaerentes videmur intueri. Plané ut gonautum illuin qui of) iniuUus perspicuitatem Lgucci eognomen aecepit, orfti restitntum esse possis sus^ncari.
Postremus deniquè de iis agit, quae sublimé eveniunt , Solaris rndii partim repereussionc , partim infractione. Ilic irides, hatones, parelia, aliaqut id genus sneteora , ex scienliae hujus porismatibus expHcantur.
Uaecomnia quia conslritigi in tofnum unum non potueruut ,in duos tus sum. Et eccum lità priorem sex opticori'M libris couflatum, qui omnes in ea, quae per directos radio* fit , visione eersan/iir..... (lieclori, K.)
On a lieu de regretter que l'auteur n'ait pu achever son travail, surtout pour ce qui concerne l'optique ccicstc, dont il parle avec connaissance et avec plaisir.
le rapport de l’art et de la perspective, cl à l'époque où Van Dyck sortait à peine de l’enfance.
Le traité de d'Aiguillon, comme nous l’avons dit, devait contenir trois parties, l’optique, la eatoptrique et la dioptrique : nous ne possédons que la première, dont nous allons tâcher de tracer un aperçu.
Le premier livre, qui doit servir pour ainsi dire de base aux suivants, s'occupe de l'organisme de l’œil, examine sa construction , ses parties diverses et leur nature. Cette section est généralement traitée avec talent; on y trouve cependant quelques erreurs , mais qui tiennent moins à l’auteur qu’au peu de progrès que présentait encore à cette époque la théorie de la lumière, par exemple, en ce qui concerne la durée de sa transmission à travers l’espace, le temps de la sensation qu’elle produit sur l’organe de la vue, etc. (').
(*] Les expressions de Tautcur sont assez justes , par rapport aux corps en mouvement; on regrette cependant de ne pas le voir aborder Pexamen du mouvement circulaire qui ramène rapidement les memes parties du corps, par les memes positions, pendant qu'il tourne. Voici ce qu'il dit du corps en mouvement : tntuitum tcmpxu postularCf tpsn eju» natura definilioque cornmonstrat. Nam ctim in perfectUtima rations cemendi consistât, necesse est ut per intuitum sitigutas objecti partes oculi pcrr«fTan/, inspiciendo non simptici ilta visione, quae quocttmfpte fit radio; ned distincta perspicuaque , quae fit per conjunctos axes, llos autem ad omnes ohjecti partes sigiliatim conrertere temporis momento oeuli nonpossunt, proptereà quod motus ncqueat fieri m
instanti: igitur tempore ad id opus est est porrn adeà breve tempus illud,
quo res perfectè exacthque ccmunhtr, ut non rarà simul spcctari putentur^ visibus ceterrimè delatis. {Fr, Aqidïonii Opticorum liber /, p. 88.) Son erreur semble provenir ici de ce qu'il mêle h l'image physique qui se forme cficc« tivement au fond de l'œil, dans un instant infiniment court et aussi com> plélcmcnt que possible, l'idcc roisonncc qu'on peut s'en faire dans un temps lrès*limité, idée qui doit nécessairement rester défectueuse : ce que produit la nature est complet, mais le discernement des parties que devrait faire robscrvaleur reste défectueux.
Le second livre explique les propriétés des rayons optiques et leurs principaux caractères.
Dans le troisième, on trouve ce qui appartient à la connaissance de la figure, du lieu, de la situation, du mouvement et du repos; de l'opacité et de la transparence des corps.
Dans le quatrième livre, l'auteur traite des apparences trompeuses que peuvent faire naître des objets sous les rapports de leur distance, de leur grandeur, de leur situation, de leur forme, etc. Il revient ici sur la description qu'il a donnée du mouvement rapide d'un corps à travers l'espace, qui semble y laisser un trait lumineux ('). « Si un mobile quelconque traverse l’espace AB, dit-il, avec une vitesse si grande, que l’œil ne puisse le distinguer dans les différents lieux interposés , il paraîtra répandu également dans cet espace tout entier : car pendant qu'il est porté de A vers B, à cause de la brièveté du temps pendant lequel le mobile se porte du premier lieu au second, le Jugement ne pourra reconnaitre la différence de ecs lieux; et par conséquent, il paraîtra s’y trouver simultanément. » Vers la fin de ee chapitre, ses réflexions sur la transparence et l’opacité des corps montrent un esprit ingénieux, mais chez lequel l'imagination peut-être prédomine parfois.
Les deux derniers livres de l'optique sont les plus étendus et les plus importants. Le cinquième eoneerne la nature et les clfets des corps lumineux et opaques; il se partage spécialement en cinq parties : il traite de la diffusion de la lumière: du concours et de la rencontre des rayons lumineux; de la propagation de la lumière sur les corps opaques; de
(') Fr. Aguitonii Opiieorum liber /V, p. 347.
la théorie des oinltres, et entiii du passage de la Imiiière par diiïércntcs ouvertures.
Dans le sixième et dernier livre, qui est en même temps la partie la plus complète de l’ouvrage, on trouve les trois genres de projections que l'auteur nomme orZ/iojirn/jA/f/Me, sléréographique cl scénographique. Ces sujets sont successivement traités avec beaucoup de détails et avec des connaissances Irès-développées. La partie stéréographique surtout, dont il a fait une étude particulière et dont plusieurs des principes géométriques lui appartiennent , présente des notions remarquables sous le rapport de la science et des applications qu'il en fait. Il est fâcheux que les géomètres aient peut-être trop perdu de vue, dans leurs recherches, ce mode de procéder, qui consiste à transporter, en quelque sorte , à des lignes plus compliquées les propriétés que l'on a reconnues aux courbes, beaucoup plus simples, du second degré ('). Son application surtout est de l'utilité la plus grande pour les connaissances géographiques et pour la construction des cartes.
Le troisième genre de projection , qu’il nomme scénographique, mérite également dt; fixer l'altenlion; mais il est déjà plus ou moins connu par la théorie ordinaire des projections coniques, dont on s’est occuj)é plus spécialement, surtout dans ces derniers temps. Il présente en elTet les choses comme on les voit, en supposant l'œil au sommet du cône
{') On peut voir, dans les premiers volumes de.s Méinoirti in-i]uarto de YÀeaiUmic rayait dt lIruxtUet , quelques écrits sur ce .sujet par M. Dandclin , et particulièrement dans le tome IV, 1827. I.c Mimoire sur l’tmploi des projtetinns slériographiyues fuit sentir combien est féconde la théorie de ces projections, mise en avant par F. d’Aiguillon, et montre le tort qu'on a eu de la négliger presque complètement dans les recherches géométriques. On y est revenu cependant depuis plusieurs années.
qui oi)èrc la projetlion : Tribus projccUonuin generibus, guormn bactrnns saepeniimerà inentioneni feciinus, nullum profectù est, quod aequè ad vivum res spectandas in piano repraesentet , atque scenographicè ; haec siquidem ex eo expeclalu fit, qtio res objeclae quam accuralissimè internoscunlur, neinpè ex justo oaili inlervallo.
D’Aiguillon, avons-nous dit, s’élait proposé de traiter de la caloj)triquc et de la dioptriquc dans un ouvrage spécial : il est fàcheuKque la faiblesse de sa santé et qu'une mort prématurée l’aient cmpéehé de remplir ses promesses. AI. Chasles a mentionné d’Aiguillon avec la distinction qu’il mérite, dans sou Histoire île la Géométrie, page 51 G : « La dénomination de projection stéréographique que l’on a donnée à la projeelion employée par Ptoléinée dans son planisphère est moderne; elle est duc à d'Aiguillon, qui l’a proposée et s'en est servi dans son üiiliquc. Les principes de cette projeelion, ajoute AI. Chasles, transportés aux surfaces du second degré, forment aujourd’hui une méthode de rechcr- « lies en géométrie rationnelle (').
» Les estimables qualités de d’Aiguillon lui avaient mérité le rectoral du couvent des jésuites d’Anvers. Alais les
(') Uéjà, de son coté, Oclambrc, dans son Uûloire de l’astTOjumic ancienne, tome It, p. iS7, avait indiqué cet emploi. Il dit en effet : « Le mot ttirêogmphique a été proposé cl employé pour ta première fois par Aguilon (sic), dans son Optique, Anvers, 4CI3, p. 873. Le motif qui l'a déterminé est, comme il le dit lui-méme, quod iinii'crsam eorporis objeeli profunditaiem et peripheriam iptmn unico proepectu cxplanet. Detambre dit à la page précé-denlc du même ouvrage : • C'est dans ce dernier traité (le Planisphère de Jordan) que j'ai vu, pour la première fois, énoncer le théorème général. Voici les propres termes de l'auteur : QuUibct circulw qui est in sphaerâ, in ptano represcnlatur, vel per circutum, vel per tineam reclam. Jordanus, au lieu de représenter la sphère sur l'équateur, la projette sur un plan parallèle à l'cquatcur cl tangent à la sphère au pèle boréal du monde. •
soins dus ù In prospérité de rétablissement l'empéeliaient de SC livrer à ses études avec toute l’assiduité désirable; ses supérieurs lui donnèrent pour aide Grégoire de Saint-Vincent; de sorte qu’il eut dès lors l’espoir de pouvoir eontinuer l’impression de ses ouvrages ('). »
Notre savant auteur s'était aussi occupé de la partie des beaux-arts en rapport avec la science de l’optique qu’il avait spécialement étudiée; il paraîtrait même que ce n’est pas au célèbre Rubens que l'on doit attribuer le plan de l'église des Jésuites à Anvers, mais bien au talent de d’Aiguillon. Cette église fut brûlée par la foudre le 18 juillet 1817; elle passait pour l’une des plus belles et des plus magniliques de la chrétienté (’).
a. 1574. Parmi les jésuites qui avaient <;ommencé à se faire re-
** marquer chez nous se trouve le Bruxellois Odo MulecoÜtis (OdonVanMaelcote). Il était d'une famille distinguée de Louvain; son père et son frère se sont fait connaître par leurs écrits. Lui-méme, il avait de profondes connaissances et il fut chargé de l’enseignement à Rome. Il publia dans cette ville , mais sans y attacher son nom, un ouvrage sur l'usage général et particulier des astrolabes et du planisphère (*). Paquot assure qu’il était en correspondance avec Galilée.
(') . Grégoire «le Saint-Vincent, dans ses études à Rome, cul pour condisciple François d'Aiguillon, » dit Paijuot, Histoire liltiraire, vol. X, p. 139. Celte assertion est-elle bien exacte et le père d'.Viguillon fit-il scs études à Rome? D'ailleurs les âges étaient assez dilTércnts ; d'Aiguillon était né en 156C cl Grégoire de Saint-Vincent en 1584. Grégoire de Saint- Vincent a été l'aide de d'Aiguillon à Anvers; c'est peut-être là ce qui a donné lieu à la méprise de Paquot.
(•) Goetbals, Histoire des tettres, des sciences et des arts de Behjique , l. I", p. 152, in-8», 1810.
(') Bruxelles, 1607, Rome, 1610. (Sous le nom de Yakrimus Rcgnartius). Ses relations scientifiques étaient tré^-étcnducs.
Mulecülius revint duns les Puys-Bus en 1G12, iiuiis il retourna à Rome au mois de décembre de l’année suivante ('). C’est dans la capitale du monde chrétien qu’il termina son existence, le mai 1615, vers l'àge de quarante-trois ans seulement. On conserve aussi de lui deux lettres adressées à Kepler, avec les réponses qu’y fit le célèbre astronome allemand (’), ainsi que des problèmes mathématiques cités par le père Christophe Clavius.
Vers la même époque, le jésuite montois Charles Mala- n. pert, ou Malaperlius , jouissait d’une certaine estime comme poète; il avait aussi des connaissances étendues , dans les sciences mathématiques, qu’il enseigna à Pont-à- Mousson, puis en Pologne, et en dernier lieu à l’académie de Douai. Plus tard, il fut envoyé à Madrid, pour y enseigner les mathématiques; mais pendant le voyage il mourut à Vittoria, le 5 novembre 1630.
Les principaux ouvrages qu’il a laissés sont les suivants :
1® De ventis lib. II, Anvers 1616; 2® Oralio de Laudibus mathemalicae in qud de novis belgici lelescopii phenomenis disserit, 1620, in-12;3® Commenlarius in libres l'I prier es Euclidis, 1620, in-12; 4® £7ewe«forum geemetriae facilierum libri II, 1624, in-12; 5® Inslitutiones arithmeticae praclicae, 1620, in-8®; 6® //«striaca sidéra lieliocgclica, aslronomicis hgpothesibus illigata, 1633, in-4®. En parlant de l'auteur, dans son traité Aeï Astronomie mederne , vol. I, p. 691, Delambre
(*) Paqnot , Uiitoirc littéraire , tome XI , pages 149 et suivantes.
(*) Epistotae daae ad J, Keplerttm,.,.. insertis ad easdem respotuionibnt. Lipsiae, 1018, in-fol., pages 55i n î>57, y compris les réponses de Kepler. Ces lettres sont datées, rtmc de Bruxelles, le H décembre lOH, l'autre de Rome, le 8 février 1014, l/opuscule cite par Clavius porte le litre; Mnthematica prohlcmatn.
a (lil : '• ^’oilà mi Ikigo qui écrit à son tour sur les ladies (lu soleil el les nomme astres autrichiens , comme Tarde les avait nommées astres de Bourbon. » Puis il entre dans quelques détails au sujet du livre même sur les austriaca sidéra • il s'arrête particulièrement à une méthode que propose l’auteur pour trouver l’angle de l éclijilique avec le méridien. Il emploie une méthode graphique que Delambrc dit n’avoir vue nulle part; il la trouve assez simple et en donne un développement mathématique. Malapert trace, dans son ouvrage, les roules de vingt-six taches solaires, observées toutes, au moins trois fois, depuis 1618 jusqu’en 1626; en sorte qu’on peut en déduire vingt-six fois les éléments de rotation de la planète.
La découverte des taches du soleil est généralement attribuée à Galilée; d'autres disent à Jean F'abricius qui, en 1611, publia, à Wittemberg, son ouvrage in-4° : De mactilis in sole visis et earum cum sole révolutions narratio. Vers la même époque, le père Scheiner, qui s’est beaucoup occupé de ce sujet, pensait d’abord que les lâches sont contiguës à la surface de l’astre, et il concluait de leur mouvement régulier à un mouvement de rotation autour du soleil (']. « Celle idée du père Scheiner, qu’il abandonna
(’) père Scticiner était né en 1575, à Walda en Souabe, et il mourut à Neis8, le juillet 1650. On a de lui lîosa ursina sivc sol ex admirando faculantm et macularum suarum phacnomeuo rariux ^ etc., libri IV, rnolnlis atiensnt^ in-ful. Bracciani, impressio cocpla anno 16*26, fînita vero 1050. Les mots fiosa ur$vM proviennent de ce (]uc l'auteur avait dédié son ouvrage au duc Orsini. La gravure placée en tête de l'ouvrage et le discours d'introduction tiennent aux exagérations de répO(]UC, en ce qui concerne la politesse ; on trouve encore quelque chose de cette exagération quand, dans sa préface, l'auteur se tourne vers le lecteur: « ... Quod synibolum uasiNtM, ego quoque in hac Uxsina aosx, abs<]uc arroganlia, sine injuria cujusquam mihi vindico, ex qua corollas de foliis nieis, non alicnis ncclo, succuni oleumque rosaccum sudorc et labnrc men, non alirno exprimo. Nam quod
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dans la suilc, dit Moiitucla ('), a été adoptée par un père Charles Malaperlius, qui nomma ees planètes prétendues sidéra ausiriaca, dans un ouvrage publié sur ce sujet en 1627. Il y avait déjà quelques années qu’un chanoine de Sarlat, nommé Tarde, avait eu la même idée: il avait publié un ouvrage où il leur donnait le nom de sidéra hor~ bonica. »
Le père Scheiner parle avec égard des travaux qui furent entrepris par son élève Malapert, pour établir le phénomène dont il est ici question. Il cite lidèlement scs observations avec les Qgures qui les accompagnent et rond un juste hommage à leur mérite. L’ouvrage de Scheiner ne put paraître avant 1630, à cause de quelques dillicultés qu’il rencontra, parait-il, chez un de scs supérieurs; mais il était déjà indirectement en relation avec Galilée dès l’année 1612 et lui |)arlait de ses découvertes avant qu’il pût avoir connaissance de celles faites en Italie (’).
Parmi h^s jésuites belges qui ont fait honneur aux sciences nous citerons aussi le Bruxellois Jacques-Honoré n. Durand. Après qu'il eut achevé ses études à Louvain, on lui confia à Grasse, en Provence, la chaire de mathématiques et de philosophie. Il est auteur de différents ou-
una cum meis obsorvationibiis, P. Gcopgii ScbopnhcrgiT el P. Camll Malapcrlit niacnlaruiii solarium ctirsusin ordincui à nic digcslos addiico; acquum est, til qui priiiiani a me hujus apparcnliac duetririam alqiic institutioncm olim Ingnisladii haiiscrutil, indiistriae suae fructuui aliquein iiuiic referant, dtim illoniin obscrA’alioncs mcis ülustro iiicrilaquc ipsi industriac 5uac laude non carenU... • Ou voit au moins par ce passage que le père Ch. Mala* pert élait élève de notre auteur.
(*) iiiftohx des mnthcmaiiques y "2"^ volume, p. 313.
(*) Voici ce qu'on lit dans la Ros4 ursi.na, p. 180: « Primo, pater Carolus Malaperlius socictatis noslrac, olim poslquam Apellcm meum evulgareni, Ingolsladio in Poloniam transiens, à me macularum aspectum , et observandi modum unà cum consignando pcrpcndiculo sibi $oli ex singulari
vragcs mathéinuliques, parmi lesquels nous citerons les suivants : Euclidis six primi elementorum geonictricorum libri, etc. Accessit item ferme ex Clavio brevis tri- (jonometria plamrum cum tabulis sinuum, tangentium et secantium, ad partes radii 100,000 per sex prima scrupula graduum, etc.., an. 1636, in-12, 233 pages. Problema matliematicuin ex architeclurà militari, etc., an. 1636, in-4°. La mort l’a empéclié de continuer son ouvrage de mécanique Machina mathematicè et phgsicè demonstrata, etc. Il mourut à Grasse, le 28 août 1644 (').
Un autre jésuite, Jean Ciermans, professeur de ma-
thématiques à Louvain et plus tard à Anvers, était né à Bois-le-Duc, dans l'ancien Brabant. Il voulut, comme missionnaire, faire partie de la mission en Chine qu'on préparait alors, mais il mourut en Portugal pendant qu'il prenait les dispositions nécessaires pour faire ce voyage.
On a de lui un écrit publié à Louvain, le 29 juillet
aiiiicilia concrodilum dîdicH; deindè rursus illac transiens à qico discipulo P. Joaiinc^Baptisla Cysato à me cadem pridem cdocto, eclipticac impoiicndac ralioncni cadem cautcla, atquc fîdc qiia illi olim Iradidcram, accepit. Igitur ipsCy vieem grati animi in me repensurus, aliquas Duaci à sc factas observalîones niilii fioinam rogalus Iransmisil; quas ego niaxiinu laburu in urdincni unumque circulum a bc dj fidclissimc digestas tibi propuno, ul et bcnclicium ipsius grato olficia compensem , et vcrilali fîdem , phacnonienoque apud cos qui auctoritatc quani rationc plus moventur, niajus pondus addam, si tut et tam lucuicntis aliorum consentientibus sludiis stabitia> tur. •
On trouve, de plus, les observations de Malapcrtius, présentées avec les figures qui en dépendent, aux pp. 181, 495, 257 et 281 du grand
ouvrage du père Seheincr, à la suite du préambule que nous venons de citer.
(*) Voyez la Bibliothèque des écrivaint de la Compagnie de JcnWf etc., l. p. 280, grand in-8®. Liège, 4855. Pendant que les jésuites belges portaient ainsi leurs talents à rextcricur, d'autres savants étrangers du même ordre
1624, SOUS le titre : Theoremala mulheinalica scienliae staticae; de duclu punderum per planiliem rectù et oblique horizonlem decussantem. Cet ouvrage, de vingt-quatre feuillets in-4», fut défendu au eoilége des jésuites à Louvain, sous la présidence de Grégoire de Saint-Vincent (').
Un autre ouvrage du meme auteur parut, en 1640 , sous le titre posilionum tnalheinalicarum, clc. (’). Enfin,
on lui doit encore des remarques sur la première partie de la Philosophie de Descartes. Cet ouvrage mérita quelque attention, car le célèbre mathématicien français ne dédaigna pas d’y répondre dans sa correspondance imprimée avec Clerselier, avocat au parlement de Paris, à qui l’on doit plusieurs écrits sur Descaries. Les observations que le père Ciermans avait adressées au philosophe français concernaient particulièrement sa géométrie, ainsi que les météores et les couleurs de l’arc-cn-ciel.
Le père De la Faille (Jean-Charles), qui appartenait n. isst
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«'établissaient en Belgique. Ainsi le jésuite Georges Fournier, qui était né à Caen en 1595, entra au noviciat à Tournai en 1619; puis il enseigna successivement dans celle ville, durant l'espace de douze années, les bellcsletlrcs cl les lualhénialiqucs. 11 fut aussi attaché à la marine royale en qualité d’aumônier et publia quelques ouvrages relatifs à scs nouvelles fonctions. On a de lui: 1" Des Commcnlairts géographiiiuei, Paris, in^lâ, lÜiâ; Une Hydrographie ou pratique de toutes tes parties de ta navigation, Paris, in-fol., 1645; 3* Suctidis sex priores ehmentorum geometricorum libri demonsirati , Paris, 1641, in-li; 4*^ Geographiea orbis mtitiaper tillora maris et ripas fiuviorum, Paris, 1648, in-16. On a aussi du mémo auteur quelques ouvrages de cosmographie et d'architecture militaire. Il mourut à la Flèche CD 1653.
(') Voyez la Uibtiothèque des écrivains de la Compagnie de J ésus,cVc,,pA^}S^ l«r vol., gr. in-8«, Liège, chez Grandmont-Donders, 1855. — On lit, sur des exemplaires de ce même ouvrage, un titre tout difTcrcnt : DiscipHnae mathe^ meUicae, « N'est-ce pas là un de ces titres dont se servaient les écoliers pour mettre en téle de leurs eahiers? * demande le rédacteur de la biographie.
('galcnienl à l'ordre des jésuilcs, était iié à Anvers. Il commença l'enseignement des mathématiques de très-bonne heure. Il nous apprend que, onze ans avant la publication de son principal ouvrage, qui parut en 1632 et consé- <|uemment quand il n’avait encore que vingt-quatre ans, il étîiil professeur de mathématitiues en France. C'est vers »-ellc époque qu’il publia, par forme d'essai, scs 7'hcses wecanicae, 1623 ('). Il pa.'^sa si.\ ans dans ce pays cl enseigna ensuite, pendant deux autres années, à Louvain. Il se rendit après à Madrid, où il était appelé eomme professeur de mathématiques au collège royal qu’on venait de fonder dans cette capitale.
Le roi d'Espagne Philippe IV lui confia l’éducation de son (ils don Juan d’Autriche, auprès duquel il avait aussi appelé Grégoire de Saint-Vineent, que des infirmités forcèrent de rester à Prague, où il était alors professeur (’). Par la suite, le père De la Faille devint l’ami de son élève et il raccompagna dans ses voyages. C’est alors qu’il publia roiivragc : Theoremala de cen/ro (/ravilalis partium cirnili et ellypsisj, An\., 1632, cinquante-trois pages in-4®. Ccl ouvrage est de peu d’étendue et ne répond peut-être
(') « Aniiisad liiiic mulccim cuin prinium in Dolanà Sequanorum acadeiiiiü iiialhcniaticas disciplinas prufessus siim, liacc à me tlicorcmala tucrc cxcogilal.a , caque Icligi vrrbo uno, sed dcmonstrationc pracUrroissà , in iis <|uac obitur de centro gravitalis aiidilôrcs mci scripto cxcepcranlj Iricnnio post iii niccbanicis tbcsibus, quas typis vulgavi, corum mcnlioncm fcci, ncc ad id tempus apud scriplurcm aliquein vestigium illius speculalionis deprebendij ab Arcbimrdc sanè nihil lactum, ncc ab iis qui commentaria in ipsum edidère. • Theoremala rie centro gramtalis, etc., dans la préface, 1. 1 , à Anvers, chez J.Mcursius, 1032, in-i".
(*) On peut croire aussi que le savant géomùlre préférait sa tranquillité et ses éludes aux ennuis que lui laissaient entrevoir l'éducalinn d'un prince et les assujettissements d'une cour.
pas à l’opiniüii qu’on s’en élait faite. Voici ce qu’en dit Montucla, vol. Il, p. 3i) : « Ce géomètre, digne d’élogcs, assignait, d'une manière, à la vérité, fort prolixe et embarrassée, les centres de gravité de dilTérentes parties tant du cercle que de l'ellipse. 11 y faisait surtout voir la liaison qui existe entre cette détermination et celle de la quadrature des courbes ou leur rectification, et comment l’une des deux étant donnée, l’autre l’est aussi nécessairement. » Il nous a paru que les énoncés sont en général si spéciaux, qu’il est fort à douter qu’on puisse jamais en faire usage;, d’une autre part, la démonstration, dans plusieurs cas, se ferait d’une manière beaucoup plus directe et plus claire, en employant la simple théorie des projections au lieu de la méthode suivie par l’auteur, dont les idées paraissent, du reste, ingénieuses sous plusieurs rapports.
La constitution physique du père De la Faille semblait très-faible : elle lui permettait i)cu de s’occuper des travaux scientifiques. Il mourut à Barcelone, à l’âge de cinquantecinq ans, le 4 novembre 1652. Don Juan d’Autriche lui fit faire de magnifiques funérailles et composa lui-mème son épitaphe, qui nous a été conservée par riiistoricn Foppens(').
(') Voici celle épitaphe :
l(. P. Juitnni CâROLO il» Li. 1 ''aILLH,
Antvtrptano
Societaiù Jcfu sacfrdoli, litligioiae ritae l'nnorfRlia ef matA«via/ici5 inetyio,
»ocru/i nos/n nrr/iÿtne.
qui ohm Hairenonf Pridii non. non. onni MÜCLU Sereniu. prtnerp»
D. JoAfinii ÂoiTkiActts (iufboianiat pru lityt guUi Tintvr ,
n. is P. c.
La position spéciale des jésuites à la eour d’Espagne et les fonctions élevées qui les y attachaient contribuèrent sans doute à fixer sur eux l’attention générale et à exciter l’animosité qui se manisfesta plus tard contre le corps entier : l'irritation y fut généralement plus grande que partout ailleurs (').
Un des membres les plus illustres du même ordre fut N. IM 4 , sans contredit Grégoire de Saint-Vincent : ce grand géo- "■ mètre était né à Bruges, l'année même de l’assassinat de Guillaume de Nassau. Sa jeunesse n’offre rien de remarquable; elle fut entièrement consacrée à l’étude des sciences matbémutiques. Ses premiers succès attirèrent sur lui l’attention des jésuites , qui bientôt après le reçurent dans leur ordre comme un homme qui devait l'honorcr un jour (’). Pendant son noviciat, qui eut lieu à Rome, il ne manifesta aucun désir de revoir scs parents; et les religieux de son ordre ont remarqué que, durant cette épreuve, il n’a pas môme prononcé le nom de son père.
Après la mort de Clavius, arrivée en 1612, Grégoire de Saint-Vincent vint à Louvain terminer son cours quadriennal de théologie. L’année suivante (1613), il reçut
(') Dans la préface de son écrit sur la (/tiadralttre de Grégoire de Sainl- V'inccnl, t. Il, p. ÔI2, Lcyde, in-4', l’illuslrc lliiygens parle de la manière la pins lionorohle du père De la Faille : « Duduni enim liicnos praevenit, dit-il, egregiiimquc Ihcoroiiia ante annos undcviginli deinonslraliim dédit aculissinius geonielra J. Délia Faille, felix, nicâ quidem sententii, quoil ante alios perspexerit, quomodu a soctoruin graritatis ccnlro quadratura dependercitrumque ilium in circulo praceipiiam laudem promeruisse agnoseam, non aeque gavisus sum dctcctâ in reliquis hujus segmcniis simili conncxionc, quàm eiim eandein in hyperboles portion ibusobservassem, illudqne invenisseni de quo tanins vir non potuit non et ipse cogitasse. »
(•) D’après le Diclitmtwirv historique de Fcllcr, il fut élève du célèbre Clavius et se fit jésuite à Rome à l'âge de vingt ans.
les ordres sacrés, et fut envoyé au collège des Jésuites à Bruxelles, pour y occuper la chaire de langue grecque. Il passa ensuite au collège de Bois-le-Duc, d’où on ne larda pas à le rappeler pour le nommer aumônier des troupes espagnoles en Belgique.
Après avoir rempli ces nouvelles fonctions pendant une année, Grégoire de Saint-Vincent obtint sa démission et se rendit à Courlrai , où il prononça les trois vœux ordinaires. A la suite de celte solennité, il fut envoyé à Anvers cl servit d'aide au père d’Aiguillon. Scs leçons du reste tie furent point publiques : Grégoire de Saint-Vincent donnait, dans sa cellule, des instructions scientifiques soit aux jeunes religieux, soit à des laïques qui témoignaient le désir de l'entendre. Il enseigna ensuite publiquement à Louvain pendant plusieurs années, mais, parai l-ii, dans le collège de son ordre qui n’avait point de relations avec l’université. Le premier, il soutint publiquement des thèses et laissa aux mathématiciens un exemple utile à suivre ('). Malgré la grande réputation dont il jouissait déjà, ce ne fut qu’en 1623 que Grégoire de Saint-Vincent fuladmispar ses supérieurs à faire son quatrième vœu (*).
(') 11 publia à Louvain son premier ouvrage Thêta de eometis, Louvain, 1G19, il parait qu'il publia encore des thèses semblables quand plus
tard il se trouva en Boheme.
(*) Voyez une notice de M. Gocthals, insérée dans le Messager des sciences et des arts de Gand, page 156, an. 4854.
En 1024, sous la présidence de Grégoire de S*>Vincent, parut, à Louvain, un ouvrage sur la statique, intitulé : Theoremata malhematica staticae de ductn ponderum per ptaniticm recta et obliqua horizontem decussantem, Defeudenda ac demonstranda in collcgio Societatis Jesu Lovaniif a Joanne Ciertna$is Ducissitvio, praeside R, P, Gregorio a Sf^^Vincentio math, profess, ejusdem Societatis religiosity 29 Jul. 4624, in<4% 23 pages. Voyez aussi la Bibliothèque des écrivains do ta Compagnie de Jésus, t. V, p. 651, Liège, 1859, in-8«.
Dès l’anuce 1625, notre géomètre, comme il nous l’apprend lui-même, avait déjà presque tous les matériaux de son grand ouvrage sur la quadrature du cercle (‘). 11 fut, à cette époque, appelé à Rome par le général de son ordre, afin que ses découvertes pussent y être développées d’une manière plus éclatante. Grégoire de Saint-Vincent revit son travail avec son ancien condisciple et ami, le père Grégoire Gricnbcrgcr, qui était aussi l’un de ses plus grands admirateurs. Plusieurs mois suffirent à peine pour la révision même de la moitié du manuscrit , et cependant on le pressait de le publier. Bientôt il reçut deux lettres qui montraient le cas que l’on faisait de son mérite(*) : l’une était de l’empereur Ferdinand II, qui l’appelait à Prague, et l’autre de Philippe IV, qui l'invitait à se rendre à Madrid pour y remplir les fonctions de précepteur de son fils Don Juan d’Autriche, auquel il avait aussi attaché le père De la Faille, d’Anvers, qui, par la suite, devint l’ami et le compagnon de voyage de son élève, comme nous l’avons vu précédemment. C’est ainsi que le pape Adrien d’Utreeht, avait été le précepteur de Charles -Quint et qu’on avait vu, à la cour de ce prince et à celle de son fils, Ambroise de Gand et Jean Taisnicr d’Ath; tandis que Stadius de Loenhout, près d’Anvers, était, sous Henri III, professeur royal de mathématiques et d'histoire à Paris; que Wendelin, né dans la principauté de Liège, donnait des leçons à Gassendi et qu’Adrien Romain, de Louvain, était appelé à Wurzbourg pour y enseigner la géométrie.
(') 0/M« geometricum guadraturae circuit et sectionum com, deeem libris comprehensum , 3 vol. in-fol. Anv.
(*) C'est ainsi que Pclrarquc reçut à la fois deux lettres qui l'invitaient à venir se faire couronner à Naples et à Rome : ces triomphes honorent ceux qui les accordent autant que ceux qui les reçoivent.
Gréjçoire de Saint-Vincent n’eut pas la faculté de choisir; il fut envoyé en Allemagne par le général de son ordre; mais, avant de s’y rendre, il revint en Belgique, probablement pour recueillir les manuscrits qu’il y avait laissés.
Toute l’Europe était alors sous les armes : on voyait, d’une part, l’Espagne opposer le célèbre Spinola à Maurice de Nassau, et, de l’autre, soutenir avec le pontife romain, l’empereur Ferdinand II contre les attaques opiniâtres du due, de Saxe et de Gustave-Adolphe, que protégeaient les intrigues du cardinal de Richelieu et les invasions continuelles des Turcs. La guerre de trente ans était dans toute sa fureur. Ferdinand, soutenu par scs généraux Tilly et Walicnstein, était devenu maître de la Bohême; il avait fait sortir de Prague tous les ministres luthériens et avait confié aux jésuites l’université de cette e,apitale.
A peine Grégoire de Saint-Vincent y fut-il arrivé que de nouvelles lettres, plus pressantes que les premières, l'invilèrenl de nouveau à se rendre à Madrid, et déjà il se disposait à se remettre en voyage, lorsqu'une attaque de paralysie l’empècha de l’entreprendre.
Plusieurs années après (le 17 septembre 1631), Gustave-Adolphe défit complètement les troupes impériales près de Leipsig; et, à la suite de cette victoire, l’électeur de Saxe s’empara de Prague : le soldat sc jeta avec fureur dans la ville et mit tout à feu et à sang. Déjà les flammes avaient consumé plusieurs manuscrits du géomètre brugeois. Rodcricus de Arriago, théologien distingué do ce temps, apprit le malheur de son ami. Aussitôt, au péril de sa vie, il se précipita vers sa demeure et jeta à la hâte sur une voiture ce qui restait encore de scs manuscrits. Parmi les papiers qui furent la proie des flammes sc trouvaient un volume sur la statique et un recueil considérable de pro-
blènu's tlt‘ gconiélrii' formant deux volumes de même dimension que l’ouvrage préeédent ; le reste fut transporté à Vienne. Ainsi , dit notre géomètre, je vis anéantir, en moins d’un quart d'heure, le fruit de plusieurs années de travaux. Lui-méme il se rendit ensuite dans eetle eapilale, avec ceux de son ordre qui restaient encore. On se disposait à le renvoyer en Italie, lorsqu’il retourna vers sa chère Belgique : Indè ad lielgas meos, cum Ilaliae rttrsus deslinarer, redii, non eà lamen valetudine quâ ab iis discesseram. Ce ne fut que dix ans après qu’il eut la consolation de voir arriver à Gand les manuscrits qu’il avait laissés en Allemagne (').
C’est dans cette dernière ville qu’il résidait depuis son i-etour, parhigcanl son temps entre les devoirs de sa profession et l’étude des mathématiques , quand au milieu du XVII™« siècle, la Flandre devint de nouveau le théâtre de la guerre. 11 vola au camp des Espagnols pour donner aux blessés les secours de la religion; il faillit encore être victime de son zèle, car il reçut au camp même des blessures graves. Le maréchal français de Rantzau, qui était gardé comme prisonnier au château de Gand , témoigna le désir de s’entretenir avec le père Saint -Vincent dont la réputation lui était connue, et c’est en cédant à ses instructions qu’il abjura la réforme dans laquelle il avait été élevé (1643).
Ce n’est qu’en 1647 que Grégoire de Saint-Vincent publia son grand ouvrage Sur la quadrature du cercle. Il le dédia à l’archiduc Léopold , gouverneur général des Pays- Bas. Le frontispice est composé dans le goût du temps : on
(') C'csl vers celle époque qu'éclata la guerre cuire Porl-Royal cl le corps (les jésuites; mais il ne parait pas que Grégoire de Saint-Vincent y ail pris la moindre part.
uperçoit dans le fond nn rayon émane du soleil, qui, passant à travers un carré, obéit au compas d’un génie et vient dessiner sur la terre un cercle lumineux; sur ce rayon se trouve l'inscription : Mutât quadrata rotundis, qu'un aigle qui s’élève dans les airs avec la couronne impériale semble lire avec complaisance. On aperçoit ensuite les colonnes d’Alcide cl la devise de la maison d’Autriche , plus ultra, que Neptune répète à tous les échos. L’auteur, dans son épître dédicaloire, cite l’exemple d’Archimède, qui mit également sa mesure du cercle sous la protection d’Miéron, roi de Syracuse. C’est sans doute cet illustre géomètre qui, au premier plan du frontispice, dessine sur le sable quelques figures que d’autres philosophes contemplent avec attention. Au reste, si ce frontispice parait ambitieux, c’est plutôt aux usages du temps qu’il faut s’en prendre qu’à l’auteur même, car Grégoire de Saint-Vincent a toujours fait preuve de modestie, et lors même qu'on l’attaquait, il s’est constamment contenté de la défense de ses disciples ('). Il nous apprend lui-même, dans sa préface, que ce n’est que sur les instances de scs supérieurs qu’il a consenti à rendre public le fruit de ses veilles ; on peut le croire sur parole, car on sait combien les jésuites s’attachaient à faire valoir la réputation des hommes instruits de leur ordre. Cette ambition était sans doute bien excusable, et s'ils n’en avaient point connu d’autre, ils n’auraient jamais mérité que des éloges.
Grégoire de Saint-Vineenl était aussi recommandable (*)
(*) Nous njüuU-Tons que cc iiiêmc frontispice a été mis en tète du grand ouvrage de Tacquet, qui fut egalement imprime à Anvers, en 1707, sous le même formai et avec un grand luxe. Dans ledilion des œuvres de Grégoire de Saint-Vincent, on trouve un très-beau portrait de cet habile géomètre, qui annonce autant de bonté que de distinction.
par la douceur de son caractère que par ses connaissances profondes en mathématiques : c’est au moins ce que nous apprend le jésuite Alph.-Ant. de Sarassa : il était tellement modeste, dit ce dernier, que lorsque, dans les lettres qui lui étaient adressées, on lui donnait, non sans raison, les noms d’Archimède, d’Apollonius, ou qu’on le qualifiait de grand géomètre, il ne pouvait jamais les lire sans rougir (').
Aucune étude, en effet, ne peut influer plus efficacement sur les mœurs de l’homme que celle qui tend à le ramener continuellement vers la nature et à lui révéler l’auteur de la création dans scs admirables ouvrages. Avec quelle candeur, avec quelle religieuse simplicité il s’exprime, lorsqu’il parle de ses inventions : Si quid (amen laude dignum fartasse duxeris , lotum id Deo adscriptum cupio, cujus honori et gloriae laboravi toto vilac tneae iempore; neque sane sine ingenti admiratione Æterni, etiam in minimis, artificii : non cnim eum ordinem, symmetriam , proportionem quam in singulis superficiebtis corporihusque demonstramus , nos ipsi indusiria nostra aut arte effingimus, sed jacla jam et aelernis legibus ita disposita, felicitate aligna ingenii; aut quod mihi conligisse profiteor , ejus favore qui omnia tam concinne in partes suas distribuit, invenimus et inventa demonstramus. Ces aveux, sans doute, ne peuvent partir que d'un cœur pur, accoutumé à contempler ce que la création a de plus sublime.
On s’accorde à dire que Grégoire de Saint-Vincent était
(’) Modtstut adeo ui eum Archimedem alii, alii Apollonium, magnum geometram alii, lillerû inscriplit et non immerito competlant, id iptum non fine rubore perlegat. L’inscription du livre était donc plutôt une affaire de forme que d'amour-proprc.
(1 uiic grunde simplicité de mœurs, exlrèinemciit sobre et d'une piété très-rigoureuse. Il parait même qu'il ne se eouehuit jamais sans avoir au bras un ehapelet dont il se servait dans ses moments d'insomnie.
Quand notre auteur eommença à s'oceuper de la quadrature du eercle, son attention se porta d'abord sur la spirale; mais, sans atteindre le but de ses reelierehes , il trouva la symbolisation de cette courbe avec la parabole; ou, en d’autres termes, il démontra que la spirale n’est (ju’une parabole roulée eirculairemenl d’une cerbtine manière. Dans son sceond voyage à Rome , en 1625, il lit part de sa découverte au père Charles Grienberger, qui jouissait alors d’une grande réputation en Italie. Quelques auteurs, sans cependant alléguer aucun motif plausible , ont voulu attribuer à d’autres géomètres l’honneur de cette découverte dont notre compatriote est resté en pleine possession. La quadrature du cercle redevint bientôt l'unique objet de ses méditations; mais, sans réussir davantage à trouver la solution de ce problème, il lit une ample moisson de découvertes qui seules auraient pu fournir la matière d'un gros volume (‘), Quae solae jmlum librum constiluere poluissent. Ce même manuscrit fut détruit à la prise de Prague. Sans perdre de vue l’objet qu’il se proposait, il chercha la solution de son problème dans les sections coniques. Ces nouvelles recherches, qu’il continua opiniùtrément pendant vingt-cinq ans, furent recueillies dans son travail Sur la quadrature du cercle, qu’il a divisé en dix livres, renfermant un nombre considérable de théorèmes sur les sections (*)
(*) Voyez le tome II des OEuvres diverses d’IluygenSf imprimées à Lcydc, eu 172i; on y trouve sa currespundance avec le jésuite Aynscom, et sa réfutation de la prétendue quadrature du cercle \ on y trouve aussi une lettre de Descartes concernant le même .sujet.
coniques, dont il avait besoin pour résoudre son problème.
Cet ouvrage important contient des matériaux nombreux; plusieurs étaient entièroment inconnus lorsqu'ils furent publiés : c’est un véritable traité de la géométrie supérieure de cette époque (').
Lorsque Grégoire de Saint-Vincent lit paraître ce grand ouvrage, on admira généralement les choses nouvelles et
(*) Litre premier. Üa puis»ance$ du lignes. — I. De la proporlioniialilé des lignes entre clics. II. Des triangles et de leurs propriétés. — III. De la proporiionnalité des rectangles entre eux.
Livre secord. f)cs progressions gèomctriques. — I. Progressions non terminées. — II. Des termes d'une progression continuée à l'infini. — III. Application des progressions terminées aux plans et surtout aux plans semblables. — IV. Ce qui est démontré pour le plan est applique aux corps.
Livre troisième. Des cercles. — I. De la proportion des lignes dans le cercle. — II. De la comparaison des angles et des arcs. — III. De l'iiiterscctioii des cercles et de leur contact. — IV. De la puissance des lignes dans le cercle. Prolégomènes aux sections du cône.
Livre qi atrième. De VeUipse. — I. Section du cène et ses propriélé.*i cssenlielles. — 11. Des seeUuirs et des segments de l'eUipse. — III. Propriétés des axes et des diamètres conjugués égaux et inégaux. — IV. Pôles d'une section, et ligne In plus courte d'un point pris sur l'axe jusqu'à la courbe.
— V. DifTércnles générations de rellipse. — VI. Coni(>araisoii du cercle et de rdtipse.
Livre cirqiièmr. De la paralïole. — I. Naissance de la parabole et scs principales propriétés. — II. Proportion continue cl distincte des lignes dans la parabole. — III. Désignation géométrique des foyers d'une section et intersections mutuelles des paraboles et des ccrcU*s. — IV, Propriétés des paraboles qui sc coupent niuliicllement ou coupent des cercles en contact.
— V, Quadrature de ta parabole. — VI. Segments de la parabole cl paraboles compnrc'fs entre ellesj figures les plus grandes inscrites à la section. — VIL Différentes gcncralions de la parabole. — VIII. Rcmarqualde symbolisation des paraboles parallèles avec l'hyperbole ronstruilc entre les asymptotes.
Livre sixième. De l’hypcrlxtle. — 1. De l iiypcrbolci sreUons opposées et asymplotesj propriétés principales de Phypcrliolc. — II. Propriétés des sections opposées et conjuguées. • III. Des asymptotes et de l’hypcrboIc
iiiléressaïUeü qu'il cuiilicnt; mais on ne larda pas à rccoiinailrc une erreur dans sa prélenduc quadrature. On vil à la fois s’élever plusieurs adversaires redoutables : le célèbre Descaries parut le premier dans la lice. Dans une lettre <|u'il adressait au père Mcrscnnc, religieux de l'ordre des minimes, avec lequel il avait étudié à la Flèche, il fil voir (|ue la solution était fausse. Ce dernier s’empressa d’en
t^tiVlies renferment^ cl parlîculièrcmcnl <lc l;i proportion des lignes cqui> (listantes aux asymptotes. — IV. Des segmctils hyperboliques convexes et concaves. — V. Considération de rhyperbolc coupée par une parabole. — VI. Solution de dilTércnts problèmes, cl (béorèiiics appartenant à une connaissance plus approfondie de Tliyperbule. — VU. UifTércnles générations de l'hyperbole cl diverses sections produites par rhyperbolc. Symbolisation de la spirale et de la parabole.
Livre serriitME. Projeriion d'un plan sur un autre plan. — I. Des surfaces cl de leur nature, ainsi que de toutes les hiterscclions produites en passant d'un plan sur un autre plan y comparaison des corps produits de celle manière. — II. Surfaces et intersections communes, produites en passant d'un plan circulaire à un plan rectiligne; élude des corps produits de celte manière. — III. Quelques propositions générales et fondamentales qui pernicUent de comparer les corps entre eux. — IV. Les corps sont comparés, t‘ii passant d'une surface plane à une autre surface plane, avec les corj»s produits en ramenant les parties du cercle sur elles-iiiémes ou sur d'autres parties circulaires. — V. Différentes étjuatioiLs et pnqmrlions des solides, (|iii sont produits en ramenant des parties circulaires concaves ou convexes sur d’autres parties circulaires, concaves ou convexes, etc. — VI. Comparaison plus étendue des corps produits en pas.saiit d'un plan circulaire à un nuire plan circulaire, et de ceu.x qui naissent en pa^san( des parties circulaires à celles qui sont ellipti(|uos, paraboliques ou hyperboliques. — VIL Comparaison des corps produits en passant d'un parnboloîde à un autre parabnloïdc. — VIII. Le.s corps produits ju.squ'ici on passant de plans à d'autres plans sont réduits à des corps ayant une base et une altitude déterminées. — I\. Du pas$.igc d'un plan n un autre et de leur multiplication. — X. Des paraboles virtuelles, cl autres sujcLs de recbcrclics.
Livre iiüitiême. Des proportionnaUtes fjcomèlriffncs, — I. Pnqiosilioiis fondamentales concernant la nature des dénominateurs. — 11. De la similitude des proportions qui exisUmt entre les npports. — III. De la miillipli-
instruire le public^ mais en même temps il prêta le Qane à son adversaire; il prétendait que Grégoire de Suint-Vincent réduisait la solution du problème à ces termes : Étant donnés trois grandeurs quelconques et les logarithmes de deux d’entre elles, trouver le logarithme de la troisième. Le père Alph.-Anl. de Sarassa, élève du géomètre brugeois, prouva bientôt (') que, dans cette hypothèse, le problème était entièrement résolu; et il avait pleinement raison: comme on peut le voir par un ouvrage qu’il publia sous le
cutîon ou de la composition des rapports. — IV. Proportions des rapports, surtout d'après la comparaison des rectangles qui naissent des termes des rapports. — V. Proportionnalités communes aux opérations de l'arithmétique. — VI. Différentes propriétés de proportionnalités.
Livne NF.tviÉMK. Du cylindrtf du cène, de la tphèn, du sphéroïde e( des deux conotdes parutiolique et hyperltolique. — I. Réduction au cube des onglets cylindriques et de leurs parties coupées par des plans parallèles à l'axe «lu cylindre. — 11. Oc l'involucrc angulaire et de sa réduction au cube ou au parallétipipède. — III. La surface cylindrique qui recouvre l'onglet est rcdiiilc à la forme plane et scs autres propriétés. — IV. Comparaison de l'onglet cylindrique avec la sphère et d'autres corps. — V. De l'onglet parabolique; déplus, rongtet cylindrique et la sphère sont comparés avec la parabole et le cylindre parabolique. — VI. Du sphéroïde. — VII. Du conoïde parabolique. — VIII. Du conoïde hyperbolique.
Livrk dixième. De la quadrature du cercle. — I. Lemnics divers qui pourront servira différentes quadratures. — 11. Rectification de la circonférence. ( (^orpori pnolucto ex ductu mutuo parabolarum suhnllernè positarum nihil prorsiis habenti circulare, triplici viè cylindrum invenit aequalcm pr. 4ti, 47, 48,40, 50, 51 item prop. GS, item prop. 75; et ipsius démuni circuli varias quadraturas exhibet, modosque rcducendi cylindrica corpora ad rectilineas magnitudines solidas.) — lli. Réduction à des figures rectilignes planes de l'hyperbole au moyen du cylindre hyperbolique réduit à des solides rectilignes. On voit en meme temps l'admirable similitude de la quadrature de I hyperbole avec celle du cercle.
(*) Le père Alphonsc-Afiloine de Saiassa, d'origine espagnole, était né à Niciipoil en riamire l'an 1018, d'après Paj|u*>f, Uùtoirc t. IV,
page 8. II mourut à Anvers le ô juillet 1007.
litre : Solulio probleinalis a R. P. Marim Mersenno minimo propositi. Bientôt après Huyghens, fort jeune encore, se présenta également pour combattre un rival pour lequel il professait d’ailleurs la plus grande estime ('). Cette fois, le père Franç.-Xav. Aynscom, autre élève de Grégoire « de Saint-Vincent et son compatriote, se chargea de répondre au célèbre géomètre hollandais, ainsi qu'au jésuite Vincent Léotaud(’), dont les attaques n’étaient pas moins pressantes. Le résultat de toutes ces querelles fut de reconnaître la fausseté de la solution et le génie mathématique de son auteur. Un c.vemple presque unique dans l’Iiistoire de la science, c'est le calme et la modération de Grégoire de Saint-Vincent, au milieu des attaques vives et animées de ses antagonistes et de ses défenseurs.
L'Europe entière retentissait de la gloire de notre géomètre : Leibnitz, dans les Actes de Leipzig, disait que Descartes, Fermât et Grégoire de Saint-Vincent formaient un triumvirat qui rendit des services plus importants que l’école de Galilée et de Cavalleri : le premier, pour avoir montré la manière de représenter les lignes par des équa-
{*) iluygbtMis s'exprimait avec beaucoup de modération , cl même avec (les égards pour Grégoire de Saint-Vincent» dans son écrit qui sert de réponse à la prétendue quadrature du cercle : Nostrd sanè aetate, dit-il» paueisqw ab fiinc annis Vir Clariss. D. Greyorius a S. VincetUiOf dequo mihi deineeps dicendum restai, exquisild prorsus novâque methodo utramque quadraturam ag~ tjrcssus est, et credidil eddem se propcnwdam demonstralione absolvissc» ego cum nmplissima qnac de hisce volamina ernisit ,perscriptis jam theorematis mets, diliyenfius eroivcrem (ccrlus, si quoil iutenderat obtineret, saltem gravitatis me rentra exhibiturum) , intcllexi tandem, major subtilitatc quam suecessu rem artluani lentatam fuisse, rtitione quoque repvrtd qud idetarissime ostendi passe ronfido. Page 513, 2®' vol. de.s OKuvres de Ch. Huyghens. Leyde, in-4®.
(*) Lcolaud a publié un ouvrage: Examen circuit quadrafurae. Lyon» 161)1, in-4®. Il y montre que Ion travaille vainement à la démonstration de la quadrature du cercle.
tOüO.
lions ; le second, pour avoir trouvé lu méthode des maxiina et des minima; enfin le troisième, pour scs nombreuses et admirables inventions en géométrie ('). Le sulTrage d'un homme aussi célèbre est plus honorable que les éloges exagérés du père Castel , qui prétendait que les modernes avec leurs dx, dy, etc., n'ont fait que repasser à la filière ee que le géomètre flamand avait trouvé (’).
En i653, G. Aloysius Kinncr fit paraître à Prague un ouvrage dans lequel il se proposait d’exposer succinctement la découverte de la quadrature du cercle de Grégoire de Saint-Vincent (’). L’auteur, comme il le fait observer, avait été forcé de rejeter, dans dilTércnts endroits de son livre, les propositions sur lesquelles il établit de jdusieurs manières la quadrature du cercle. Pour obvier à eet inconvénient, qui force le lecteur à des recherches. Kinner résume en jten de pages tout ee ejui a rap|)orl à la seconde solution qui lui parait In plus simple. En donnant les éloges les plus exagérés à Grégoire de Saint-Vincent* qu'il regarde comme le premier géomètre de son siècle, il parle assez modestement de son propre travail : Summum
^*) Voici le jugcmcnl de lîossul. « Le jésuite (îrégoire de Sainl-Vinccnl , gcugrapiie des Pays-Bas, se Ht de la réputation dans les maliiémaU(|iics, par un ouvrage où il cluTchait la quadrature du cercle qu'il ne trouva point, mais rempli d'ailleurs de théories exactes et profondes *sur la mesure des onglets des difl'érents corps formés par la révuliiiion des scellons coniques. 1 //isioirr générale des maUiématiques j tome 1, page 298).
(•) Suivant le Dictionnaire historique de Feller, te père Castel disait qu'en possédant bien les ouvrages de Grégoire de Saint -Vincent, on savait tout Newton, et que le géomètre anglais s'clait enrichi des dépouilles du géomètre flamand. La jmstérilé n'a pas ratifié le dire du père Castel.
(*) Eluvidafio geonutriat proUhmafis nmlriaàf sivc quadralurae anuli féliciter tandem detectae per H. P. (7rriÿori«Mi a VinceniiOf rtarissimum et sutftilissimum aevo nosirn geomrfram f aucl. Aloysio Kinner, a Lih\cnthurni, in î)i pages.
mihi illud Ir Unies, dit-il, quod auliquilas itli qui Homeri Iliadem nuci incluserat.
Vers la lin de sa vie, Grégoire de Saint-Vincent s’occupa du problème de la duplication du cube; mais, au milieu de ses savantes recherches ('), il fut frappé d’apoplexie et mourut à Gand, où il professait les mathématiques, le 27 janvier 4667 ('), à l’àge de quatre-vingt-trois ans, après avoir célébré trois jubilés, Post celebralum friplicem jithilaeum, religionis, sacerdolii et Iraditae matheseos. Son corps fut déposé dans l’ancienne église des Jésuites, c’est-à-dire au lieu même où se trouve maintenant le palais de l'Université. Quel intérêt ne doivent pas inspirer des leçons données pour ainsi dire sur le tombeau d’un grand homme, dans les lieux mêmes où semble planer encore son génie !
Tous les manuscrits de ce grand géomètre, au nombre de treize volumes in-folio, sont déposés à Hruxclles, dans l’ancienne Hibliolhè(|iie de Bourgogne, dont ils forment un des ornements les plus précieux. Ce sont les papiers sur lesquels il jetait ses premières recherches, pour les recueillir ensuite et en former scs ouvrages. L’écriture, assez belle d’ailleurs, est souvent illisible; généralement les ligures tracées au
(’) Optts yromrlrinim po^humitm ad MesoUdrtum f per rationum proporiiottalium novas proprielaic», l'îiicin operis moM autoris aiilcverlil, iii-fol. Gand, avec un portrait de Grégoire de Saint-V'incenl- On a encore
de lui (voyez Foppens), Theoremuia mathcmatica icicutiae gfaiirae de dueiu ponderum per ptaniiirtu f proposita, Lo\anü^ IC2i, in-i". Selon quelques auteurs, U aurait aussi public, en HH9, un ouvrage in-i*’ inlilulé: Thèses de cornet is f et il serait mort bibliolliccairo de la ville de (iand. (Voyez l'^nnjclofïèdic modmie, réimprimée à Bruxelles en 1831.)
(■) C’est dans le cours de cette année que parut le fameux recueil de Pascal , intitulé ; Les provinciales ou lettres écrites ô un provincial par im de scs amis.
crayon de mine de plomb, ou bien au erayoïi rouge, sont bien exécutées; le trait en est ferme , cl l’on serait tenté de croire qu'il employait des instruments propres à décrire d’un mouvement continu toutes les lignes du second degré. .N IU 3 I L’ouvrage d’Aynscom, qui tendait à prouver que Gré- "• goire de Saint-Vincent ne s’était pas trompé en donnant ses démonstrations de la quadrature du cercle, fut publié en 1656 (*). Celle réponse, qui se compose de cent qualrevingl-deux pages in-folio, s’adresse à différents auteurs qui avaient sueeessi veinent attaqué le savant géomètre brugeois, tels que le père Mersenne, Vincent de Léotaud, Daniel Lipstorpius, Christian Huygliens (’). Le disciple fit preuve de beaucoup de savoir, surtout en répondant au père Mersenne; mais il lui fut impossible de soutenir la lutte, particulièrement avec le célèbre savant hollandais. Cette défense de la quadrature du cercle parut neuf ans après la publication du grand traité de Grégoire de Saint- Vincent. Ce long intervalle chez un homme qui n’était point dépourvu de mérite prouve au moins que la question examinée était à la portée de peu d'intelligences : on peut remarquer néanmoins, par la nature de la réponse, que le défenseur môme sentait déjà que tous les avantages n’étaient pas de son côUi. Il dit, en elTel, dans sa préface : Fuhre qui illud, saeculi unitis laborem exislimarenl : alii, tanli operis auctorem, in conicis quidem magno
(*) Francisci Xaverii Aytiscom Antverpiani è tocietafe JesUf expositio ac (Icducliû ycometrica quadraturarum cireuHf R. P. Gregorii a S. Vincentio ejusdvm socielalU; eut praemittitur liber de ualurd et a/feclioniftus , rationum ae pmportioHum gcometricarnm. Antvcrpiac, npiid Jacoburn Menrsium, anno 105(5 J in-folio.
(*) Voyez plus loin, au .«ujet d'André Tacquet, In répon.sc qii'lluygens fit à Aynsrom, sur le nicinc objet.
illo . ijiullunio, in soUdis Archimede non uiinori’tn, in caeteris verô, etiam non «ata qvadhatvra , nu//( parem judicabant . quae licel sint verissima, ea famen est viri modestia, ul hujusmodi encomia nunquàm sinè rubore audiat aut legal (').
Alphonse- Antoine de S.irassa, dont nous avons parlé n. ictn déjà, était né à Nieuport, dans les Flandres. Il fut admis au noviciat à l'âge de quinze ans et chargé aussitôt après de régenter les humanités au collège de Gand ; il passa ensuite à Bruxelles et à Anvers. Il mourut dans cette dernière ville, le 5 juillet 1667. Il publia, pour défendre son maître, l’ouvrage sur la quadrature du cercle : Solulio problemalis de quadraiurd circuit à R. P. Marina Mersenno minimo propositi, etc. Anvers, 1649; in-folio. De Sarassa a publié encore un grand nombre d’autres ouvrages, mais purement littéraires, qui lui ont acquis de la réputation.
Avant cetu^ époque s’était soulevée la question du jansénisme. En 1619, Corneille Jansen, plus connu sous le „ ,„j, nom de Jansenius, avait été nommé, à Louvain, docteur * en théologie, et, en 163S, il obtint l’évêché d’Ypres. C’est pendant son séjour à l’université de Louvain qu’il lit révoquer la permission obtenue par les jésuites d’y enseigner la philosophie. On connait assez le retentissement qu’eut cette affaire, d’abord peu importante en elle-même, mais qui eut ensuite le plus grand éclat, par les noms qui y prirent part (‘).
(') Préface de l'ouvi'.ige cité. — Fr.inçois-Xavier .\ynscom éloit né à Anvers, en 1624, cl il muurut dans la même ville, le 8 décembre 1660.
(') Corneille Jansenius était né en 1S86, à Accuy, près de Leerdam, en Hollande; il mourut de la peste, le 6 mai 1638. Il ne faut pas le confondre avec Cornélius Jansenius, qui était né à llulst, en Flandre, en ISIO, et qui
N. 1S87 Liberlus Fromundus (Froidmonl), qui succéda à Janscnius et fui le propagateur de ses idées, était ne dans les environs de Liège ('); U avait commencé scs études dans cette ville, et vint ensuite assister aux cours de philosophie qui SC donnaient à Louvain. Il professa pendant quatorze ans dans celte ville, après en avoir passé trois à Anvers. Il fut promu au grade de docteur en théologie en 1628. Quand Janseiiius sentit les approches de la mort, il nomma Froidmond et Henri Calenus, archidiacre de Malincs, ses exécuteurs testamentaires, en leur recommandant son livre Augustinus , qui ne parut qu’en 1640, après la mort de l’auteur.
Froidmond avait écrit lui-même plusieurs ouvrages dont quelques-uns concernent les sciences physiques : nous citerons en particulier les écrits : Dissertatio de comeld aimi 1618 et Meteorologicorum libri FI, année 1631. Ces ouvrages ne jouissent pas d’une grande réputation ; l’auteur d’ailleurs a été assez vivement attaqué, et non sans raison, pour la singularité de ses arguments. Cependant Yalère André en fait le plus grand éloge : Amoenissimi ac politissimi vir ingenii , doctrinae et leclionis omnifariae, algue in malhesi rerumgue coelesitum indagatione non in féliciter quogtte versalus (*); mais il est vrai que son opinion mérite peu d’attention en fait de sciences.
Le grand tort des jésuites ne tenait pas sans doute à leur
mourut à Garni, le 10 avril 11>70; celui-ci était docteur et professeur de théologie à Louvain , et fut ensuite nommé premier cvé<|uc de Gand.
(*) Il était de Ilaccourt, près de Liège. Sa mort eut lieu le 37 octobre IC55, à rûge de .soixante-six ans.
(*) lUilioiheca liaUjinij p. 1)30, édition de lüiô. Froidmond, du reste, était loin de iiiani]Uor de connaissances j ou dit meme que Descaries estimait ce docteur. (Voyez le D/r/ionnnire hisforitftie de rAdvoent.)
enseignement mathéinutique : ils avaient en ce moment et en Belgique des savants bien autrement forts que Froidmond et qui pouvaient marcher de pair avec ceque l’Europe comptait de plus instruit ; la querelle était plutôt religieuse que scientifique; cette lutte, qui fit tant de bruit dans le monde littéraire et dans les rangs supérieurs de la société , ne se calma ensuite que par l'expulsion générale des jésuites de la plupart des États de l’Europe.
Ce qui donna lieu à cette vive querelle fut l’ouvrage du professeur Jansenius, comme nous l’avons dit précédemment. Cet ouvrage, écrit en latin sous le titre d’/Zî/qj/sfinus, avait paru en 1640 et avait été précédé de la mort de l’auteur. 11 était extrêmement prolixe; il trouva, malgré son défaut de rédaction, des défenseurs du plus grand mérite. Le pape Innocent X censura, le 31 mai 1633, cinq propositions qu’on supposait contenues dans le livre inculpé, sans qu’on pùt bien décidément les signaler. Les solitaires de Port-Royal , parmi lesquels on distinguait particuliérement Arnault et Nicole, soutinrent leur opinion, malgré une nouvelle bulle du pape Alexandre VU et le jugement de la Sorbonne ('). Le célèbre Pascal, à son tour, quitta le champ des mathématiques et prêta, sous le nom de Louis de Monlalte, sa plume éloquente à scs amis de Port-Royal : c’est à ce sujet qu’il composa les fameuses LetlrPü provinciales, un des documents les plus curieux, (*)
(*) a Alexandre VII rendit, le 16 octobre IG66, une bulle qui condamnait encore les cinq propositions, mais avec la clause expresse quVIlcs étaient fidèlement extraites de Jansenius et hérétiques dans le sens qu'il leur attribuait. Celte bulle servait de base à un formulaire que le clergé dressa en 1657, et dont la cour entreprit d’exiger rigoureusement la signature quatre ans après. Alexandre VII donna, en 1665, une seconde bulle avec un formulaire sur le meme sujet Le 33 janvier 1656, il (Pascal) publia
qui fixa en nicme temps lu forme de la langue française. « Tout le monde sait et répète, dit François de Neufehàteau ('), que cet ouvrage n’avait aucun modèle chez les anciens ni chez les modernes, et que l’auteur a deviné et fixé la langue française. Voltaire dit en propres termes que « les meilleures comédies de Molière n’ont pas plus de sel que les premières Lettres provinciales, et que Bossuet n’a rien de plus sublime que les dernières. »
Port-Royal, au milieu de ses luttes incessantes , était un lieu où se réunissaient les personnages les plus distingués de France; Racine et Boileau vivaient dans une grande intimité avec les hommes honorables qui s’y étaient retirés; le célèbre peintre bruxellois Philippe Champagne en était également un des visiteurs les plus assidus (*).
SOUS le nom de Loui* de Montaltef sa première lettre n un provincial^ dans laquelle il sc moque des assemblées qui se tenaient alors en Sorbonne pour rafTairc d'Arnaud, avec une finesse, une Icgèretc dont il n'y avait pas encore de modèle. Cette lettre eut un succès prodigieux ; clic entraîna tout le public indiffèrent j mais la cabale qui voulait opprimer Arnaud avait si bien pris scs mesures : on fit venir aux assemblées tant de moines et de docteurs mendiants, dévoués n fautorité, que non-seulement les deux propositions de ce docteur furent condamnées à la pluralité des voix, mais que lui-mcmc fut exclu pour toujours de la Faculté de théologie, par un décret du 3t janvier 4656. Le triomphe de ses ennemis fut un peu troublé par la seconde, la troisième et la quatrième lettre au prot'incialf qui suivirent de près le jugement de la Surbonne. * (Bossut, ffittoire générale dei mathém,, tome II, pages 557 et SOI, in-8®, 4802.)
(*) Di»court fur la vie et les ouvrages de Pascal , placé en tctc des OEuvres de Pascal, tome 1". A Paris, chez Lefèvre, libraire, 5 vol. in-8®j 4849.
(') On a dit, mais a tort, que cet bomme distingué y termina sa vie, dans la retraite, à fage de soixante ans. Ph. Chanqiagiic était né à Bruxelles, le 46 mai 4602; il avait été nommé recteur de rAcademie de peinture de Paris, et mourut dans cette ville le 42 août 467i. La fille aînée de ce grand peintre était devenue religieuse à Port-Boyal : clic sc trouvait réduite à rextremité par relTct d'une fièvre continue, mais elle recouvrit, dit-on, la
Il esl juste de dire ccj)endanl que les Jésuites anversois se tinrent à pt'u prés complètement en dehors de cette querelle, qui était dirigée avec tant d'éloquence et de vigueur contre leur ordre tout entier. Ils semblaient uniquement occupés de leurs études scientifiques, et abandonnaient leur défense à des confrères qui s’étaient plus particulièrement occupés des études littéraires.
Vers la même époque parut un jeune écrivain de mérite qui se distingua par scs talents; c’était Jean Caramucl; il était icofi. né à Madrid et appartenait à une famille noble du Luxembourg. Dès son enfance, il aimait passionnément les mathématiques. Il vint à Bruges où il trouva un puissant appui dans l’abbaye des Dunes, qui veilla à son développement intellectuel et l’envoya à l’université de Louvain pour y terminer scs études. Caramuel y prit le grade de docteur en 1638, et donna, pendant quelque temps, des leçons de théologie.
Il fut bientôt après nommé historiographe de Philippe IV, roi d'Espagne , et passa ensuite en Allemagne. Au siège de Prague, il quitta l’habit ecclésiastique pour prendre le costume militaire, et se conduisit avec tant d'intrépidité que l’empereurFerdinand III le décora des insignes de son ordre.
Il reprit ensuite l’habit ecclésiastique et devint évêque en Bohème.
Caramuel a écrit un grand nombre d’ouvrages et publié, à Vienne, un cours générai des sciences en neuf parties, dont la seconde traite des mathématiques et la troisième de la musique ('). Il mourut le 8 septembre 1682, à Vigevano,
-sanlc à la suite do prières qu elle lit avec la mère Catherine- Agnès. Son père, alors au déclin de ses jours, voulut consacrer celle espèce de miracle par un tableau que Ton conserve parmi scs meilleurs ouvrages.
(*) Montucla, dans son Histoire des mathématiques j lomc page 35, cite les idées exagérées de Caramuel sur ruiililé des inathémntiqiies. • Il
N. i6ii.
M. IGOO.
ville des Étals sardes. Pendant son MÎjoui en Pelgi<|ue, il publia, en 1642 el 1644 , en les dédiant à l’empereur d’Autriehe Ferdinand III, deux ouvrages sur diiïércnls sujets des seicnees malhcinaliqucs, mais plus particulièrement sur la mécanique ('). On y trouve des propositions qui peuvent avoir causé quelque embarras à la censure. Le chanoine Antoine Sanderus, qui était chargé de l'examen des livres, approuve poliment l'ouvrage en employant le moins de mots possible : Hoc malhemalicum opusculutn, dit-il en parlant de l’écrit, malhesis audax, etc., subtili scriplum calarno dignumque luce publicâ cemeo. L’ouvrage ne parut que deux ans après sa composition.
Le corps des jésuites n’avait pris, en Belgique, aucune part à la querelle de Port-Royal. André Tacquet, qui en faisait partie, était né à Anvers, le 23 juin 1612. Après avoir terminé ses études et fait les voyages qu’exigeait sa profession, il prononça les quatre vœux solennels, le 1" novembre 1646. Il revint ensuite enseigner les matbémaliqucs à Louvain, puis dans sa ville natale pendant un espace de quinze années. L’enseignement des jésuites flamands éuûl alors très-remarquable : nous avons vu ellcelivement se succéder à Anvers plusieurs de nos malhé-
rxpliijuc, dit-il , par des raisons mathvDialit|ues tout cc c|uc la mél.iphysiquc a de plus profond cl la religion révélée d'ineompréhcnsibic. La question du jansénisme y est réduite Ji une simple construction géométrique, qui donne tout le tort à Jansénius et à scs sectateurs. Hallicureusemcnt, pour le repos lie l'Église gallicane, ces derniers ii'ont Jamais voulu entendre sa démonstration, et Port-Royal lui-incmc, quoiqu'il eût des géomètres dans .son sein, y a toujours été réfractaire. «
(’) Sublimium ingeniorum cmx , etc. Louvain, citez Pierre Van (1er Ite)den, 1744, in-4«; 21 pages. — Mathesia audax ratiomicm, naturakm, auprmaluralem, divintimquc aapientium aritlimciieia , grometricia, cainpirieia, atnlicia, e/c., fundamentia aubairuma rxponenagur nuthort J. Caramuel, c/c. Lovanii, And. Bouvet, 1742, in-4*, 200 pages.
maliciens los plus ( ('“libres, l«>s pères d’Aigiiillon , Grégoire de Sainl-VineenI , André Taeqiiet, eic.
Les écrits de Taeqiiel eurent beaucoup de réputation et SC répandirent avec facilité à l’étranger, où ils furent généralement admis dans l’enseignement. On citait ses Eleinenla (jeometriae planae ac solidae, quihtis accedunt selecta ex Archimede. theoremata, Anvers, 1654, in-8°. Whiston en donna une traduetion anglaise à Cambridge, en y joignant une Trigonométrie de Tacquet, et des notes qu’il y avait ajoutées lui-méme. Les douze premiers livres renferment les éléments qu’on trouve en général dans les géométries élémentaires. L’auteur a pris soin d’extraire ensuite plusieurs théorèmes d’Arehimède sur la sphère, le cylindre et le cône, présentant des propriétés qu'il a jugées assez importantes pour les faire entrer dans un traité élémentaire.
Tacquet fit encore paraître, à Anvers, une théorie de l’arithmétique, Arithmeticae theoria et praxis accuralè demonstrala , in-8°, 1655, dont il parut plus tard une nouvelle édition à Bruxelles.
Après la mort de l’auteur, qui expira de phthisie dans sa ville natale, le 23 décembre 1660, on réunit ses principaux écrits qui furent publiés à Anvers, en un volume in-folio. Ce recueil parut en 1669 sous le titre : R. P. Andreae Tacquet Antverpiensis è SocietateJesu matheseos pi'ofessoris opéra mathematica. Il en parut une seconde édition en 1707, qui contient les différents ouvrages suivants :
Astronomiae libri octo cum appendice (*); Geometriae
(*) Dclambrc, dans le tome II de son Aitronomie moderntf pages 551 et suivantes, a donné un aperçu de cet ouvrage au sujet du mouvement de la terre ^ il dit avec raison: « Il eût sans doute été fort embarrassé, s'il eût connu l'aberration et In diminution du pendule à rétpinteur. •
pructicae libri Irvs; Oplice, libri 1res; Caloplrice, libri très ; Àrchitecturae mililaris liber umts; Cylindrorum et Annularium libri quinquej Disserlatio physico-mathematica de circulorum volulionibus.
Le traite d’astronomie n’offre rien de bien remarquable. Dans les sept premiers livres, l’auteur a considéré la terre comme immobile; il commence le huitième et dernier en avouant que cette opinion a trouvé de savants contradicteurs, mais il croit cependant ne pas devoir l’abandonner : Ego quidein minime diibilo, dit-il , qüin terra in
ABTERNUM STET, et etiim FIRMAVIT ORBEM TERRAE QDl NON
COMHOVEBITCR. On pcut du reste remarquer que l’auteur exprime bien moins son opinion que celle qui semble lui avoir été commandée par l’ordre auquel il appartenait.
L’ouvrage sur la géométrie pratique n'est pas écrit d’après la méthode des anciens : l’auteur a donné plutôt la partie usuelle qu’un exposé rationnel de la science. Dans les trois livres qu’il présente , il traite successivement de la dimension des lignes droites, des surfaces planes, puis des surfaces courhes , qui comprennent les surfaces du second degré, les surfaces annulaires, etc. Celte partie usuelle, qui le détourne tout à fait de la voie des anciens, mérite cependant de fixer l’attention.
Dans Je traité d’optique, le père Tacquel suit également une marche qui lui est particulière. Il donne, dans son premier livre, les principes généraux; dans le second, il les applique plus spécialement à la perspective et aux arts du dessin; dans le troisième, il considère les projections astronomiques et fait un usage bien entendu de la projection stéréographique que les modernes perdent peut-être trop de vue dans les recherches géométriques. On pourrait lui reprocher de s’occuper outre mesure de multiplier
les exemples partieuliers et de prolonger ses applications.
Le traité de catoptrique se divise égalemènt en trois parties : la première renferme les prineipes généraux de cette science, la seconde expose l'application des principes sur les surfaces ]>lanes, et la troisième sur les surfaecs concaves et convexes. Cet ouvrage annonce un mathématicien exercé, mais on n’y trouve guère de vues nouvelles pour la science.
On peut en dire autant du traité d'architecture militaire. On s’étonne aujourd'hui de voir que des ecclésiastiques s’occupaient alors de la défense des places fortes, de leur attaque et de tout ce qui se rapporte à l’art de la guerre, ^os mœurs sont devenues plus paisibles, et si l’on voit encore des prêtres dans nos armées, ce n’est point pour porter la mort dans les rangs ennemis, mais pour donner des consolations aux malheureux blessés, quelle que soit leur patrie. L’architecture militaire était une partie de l’instruction qui SC donnait à cette époque dans les écoles publiques comme dans les séminaires; il est à remarquer toutefois que l’art en général ne s’appliquait pas aux édifices civils, mais seulement à la défense et à l’attaque des places militaires.
Le travail qui fait le plus d’honneur au géomètre anversois, c’est son traité des lignes et des surfaces, soit cylindriques, soit annulaires. Voici l’opinion que Montuela exprime à ce sujet, dans son Uisloire des mathématiques, tome II, page 84 : « Ce mathématicien tâcha de reculer les bornes de la géométrie par son ouvrage intitulé : Cijlindrorum et Annularium libri //^(Anvers, I6Î51, in 4°); eorumdem, lihri V (ibid., 1659, in-4”) ('); l’objet de ces livres est de
(') André Tacqiict ne publia, en H»5I, que les quatre premiers livres de
iiieïurL-r la surfacL* et lu solidité des divers corps qui se forment en coupant un cylindre de diiTérentes manières par un plan, et celles des dilTcrcnls solides de eireonvolulion formés par un cercle tournant autour d’un axe donné. » Il y examine aussi divers solides, formés par 1a révolution de segments de sections coniques; mais l'auteur abandonne su marelle habituelle: il veut s'astreindre à la rigueur des anciens, et par suite il règne dans ee travail une alTeetulion tout à fait superflue, ün a du reste du père Tacquet divers ouvrages élémentaires recommandables par leur clarté (').
L’édition in-folio des ouvrages de Tacquet se termine par une dissertation sur les évolutions du cercle ou sur les cyclo'idcs, sujet entièrement neuf à celte époque et qui
sou ouvrage sur les cyliudres et lus auiiuluirus, en format iii-t'’, clivz Muursius, à Anvers. C'est huit ans après qu'il lit paraître le livre cinquième chez le même éditeur et eu meme format, de manière à pouvoir le joindre aux quatre premiers. Voici comment il s'exprime dans sa courte préface : ilnni jam pfures $unl, quod hic quiiiliu cylindrorum et annularium liber, quem jurii pubiiei me faclurum pridem promiteram, inter charitu meae peui eepultue oblieiune delituil. Moram variae cansae allulcruni; et vila intérim non uno morbo in diecrimen addueta,
(') Il peut être trèsK;uricux de voir, en octobre 16S0, la réfutation que fait Cbr. Iluyghcus de l'écrit de X. Aynscom sur la quadrature de Grégoire de Saint-Vincent. Le géomètre hollandais cite contre le géomètre belge l'avis meme de son collègue le jésuite Tacquet. Voici ce qu'au lit à la première page de sa réponse à Aynscom (page 31ô du tome II des ouvrages de Iluyghens) : • Verum tamen viri doclissimi funditus evertisse me commenta vestra pronunciavérc, quorum judiciis, ctsi vos fortasse non statis, apud intelligentes tamen miilto pluris futura reor quant eoruni qui vobis do repertà quadraturé gratulantur. E socictatc vcslri vir eximius A. Tacquetus, accuraté Mi Icctam aie multumquc probari Exetasin noitram rf»cn'p»i/, cl recti me urgere uuctorem qnndraturac , ut exhibeat , quolia ratio prima contineal letundam et secundn lertiam , idque nui praatet, lcriiam incoynilam explirntiirum nuiKiuam, ac proinili non dnliirum quadrniuram , quac n nolilin
cilusa (le grandes dillieullés à l’auteur ('). Ces reelierehes furent bientôt reprises par les plus grands géomètres de ee temps, et entre autres par Pascal, dont elles mcrilaienl en elTet l’attention toute spéeiale.
Il faut aussi compter dans l’ordre des jésuites qui se recrutait dans nos provinces, Théodore Moret ou Theodorus Moretus, qui appartenait à la célèbre famille Plantin; il n était né à Anvers, et il enseigna successivement la philosophie et les mathématiques à Prague et à Breslau pendant l’espace de seize ans.
En général, scs ouvrages décèlent riioinnie chez qui l’imagination prédomine. On trouve cependant chez lui beaucoup d’instruction, et dans sa dissertation sur les marées, par exemple, il fait preuve de connaissances variées. On voit qu’il marche, mais sans trop de succès, vers la solution du problème qui doit se résoudre bieiilùt. Il critique Simon Stevin, qui suppose une attraction causée par la lune, mais en l’attribuant au magnétisme (^). Il est
tertiae ittius rationh dependet. Aller item apud vos est clurissimus GulschuviuSf quem passiin profiteri scio magnos P. Gregorii cunntus noslrA oporà penitus concidissc. Neque aliler sonlit vir nndi(}uaquc duclissimus et iri academiâ Oxuniensi maUicmaturn prufessor J. Wallisius, idquc publiée testalum fuit in edilu nuper subtilissimo opère de iii(iniluruiii arilhincticâ »
(’) Jfiquan(t) cnm iVd res ferret, de hoc nryumento iheses quo/tdam f ah iUustrissimo domino comité De Homes et de Hertics puhticc propugnatas, i/i tucem cdUli : Opbha matuematica , page 537, in-folio , par Tacquet.
(*) Kn posant rhypothesc de Stevin, voici ce qu'il dit : 5imon SlcviniuSf qui eiiam /ri6ui/ bmae magtieticam vim ad explicationcm aestuumf ut brvviter se expediret a difficultate physiedf sic supposuit : CoMCSOATtn a lina , et op-
POSITO LUNAB PUNCTO PEBPETIM ASSIGI AQOAS tiLOBI TERRESTRIS t quaC quidcm snpponendi ratio admitli potest in ordinc ad cruderationem scquctarunif ut exploremus, an scquclae conveniant cum cxpcrientiis et effeefibus naturac; at vero ubi phgsicn causa postulatur, mate poytuh hnaginnno ilH loco, qui tunae
IGC7.
fâcheux sculcmenl que des idées , étrangères au sujet qu'il traite, viennent se placer au milieu de son travail et y causent des digressions diverses que souvent on était loin d’attendre (').
Th. Morel travailla Jusqu’à son dernier Jour et mourut à Breslau, le 6 novembre 1667.
Si nous continuons à énumérer les savants qui se rallièrent en Ik'lgiquc à l’ordre des Jésuites, nous trouverons M 1608 . que le nombre en fut assez grand. Jean d’Arras, par exem-
M. 1606 . pjj.^ qyj étudié la philosophie à Douai et la théologie
à Saint-Omer, était originaire de Cambrai, et il mourut à Mons, le S novembre 1666. Il laissa un ouvrage sur les scienecs mathématiques qui fut imprimé dans cette dernière ville deux ans avant sa mort; il porte pour litre: PracUca Iraclaluum aliquol mathcmalicorum epitoine. (À*t ouvrage ne renferme que 184 pages in-12.
N. 1643. Antoine Térill (ou Itonvil), qui appartenait au même M. 1670. ordre, commença l’enseignement de la philosophie à Parme;
il fut envoyé ensuite, comme professeur de mathématiques, au collège anglais de Liège; il était né dans le comté deDor-
opponitur, aliqtiam inesse vim moffuedcam. Quarc alii dixerunt toco iUi op~ potUo inesse uluptatn lunatn invisibilem , quant amti-sklekkm sive oppositam litnam appellant; quod acque arbi(rarium est, et, ut ostendam ^ minime necessarium .
(^) Il a laisse tic nombreux ouvrages sur les sciences physiques cl inalhcnintiques; nous distinguerons parliculièremcnt ceux qui suivent:
Proftositioncs muthcmaticae de ceUri et tardOf ttaturac ci armorutn. Pragar, 1635, in-4**. — Jxiomata phitosophiac car/«ianac. Prague, 1640, in-12.
— De Para et densOf et de tubo optico intrà aquam. 1660, Vralisl. —
De imagine et de admirando spectaculo concavo metallico tricubitali f
confvcto ab ipso, lri-1", 1061. — - De Ponderum ^rai’i7a/io«e, ln-4®, 1663.
— De Magnitudine sont. Iii-t®, 1665, — De Æstn maria positionea math. In-l®, 1665, à Anvers, chez J. Mcur.sius. — De Lnnù l*aschali et sotù motu. ln-1'', 1666. — Thrsps hgdroftaticar. Prague, 1667, iii-4®.
sul. On trouve peu d’ouvrages de lui : on peut citer le suivant qui se rapporte à la mécanique : Problema malhematicophilosophiciitn triparlilum , de termina magnitudinis ac virhan in aninmlibns; Parme, 1660, in-12. On lui doit aussi quelques ouvrages religieux. Il mourut à Liège, où il avait commencé l’enseignement, le H octobre 1676.
Un jésuite de mérite, François Linus, qui était né à n. isos. Londres en 1595, mourut au même collège de Liège dans sa *'■ quatre-vingtième année. Il avait été pendant vingt ans professeur dans cet établissement et y avait publié, généralement en anglais, un grand nombre d'ouvrages scientifiques, parmi lesquels nous nommerons les suivants : Réfutation de la quadrature du cercle, in-8“, {tàtoQ., Explication du gnomon placé dans le jardin du Roi à Londres,
1669; Expériences sur le vif-argent renfermé dans un tube de verre et tombant toujours jusqu'à une certaine hauteur. Robert Boyle répondit aux idées renfermées dans ce mémoire. Linus écrivit encore sur la Théorie de la lumière et des couleurs de Newton, et l'illustre malhématieicn anglais ne dédaigna point de lui répondre une seconde fois.
Cette école seientiflque qui s’était formée à Liège sous le protectorat des jésuites, fut un autre centre qu’il importe de ne pas perdre de vue, pour juger des points du pays où le même ordre religieux s’était établi avec avantage.
Gilles-François de Gottigniez, également de l’ordre des n. iü.w. jésuites, était né à Bruxelles; il passa en Italie, et, à l’âge de Ircntc-dcux ans, il devint professeur de mathématiques au Collège Romain. On a de lui un grand nombre d'écrits, dans l’un desquels il eut pour collaborateur le célèbre J.-D. Cassini.Ce dernier opuscule fut publié à Bologne, en 1665, sous le titre ; Epistolae duae astronomicae de difficultatibus
vircà éclipsés iit Jove à mediceis planelis efjectas, aliu- Y«e noviler in ipso delecla. De Goltigniez laissa encore un assez grand nombre d’ouvrages sur des particularités intéressantes que présentait rastronoiiiic d’observation, ainsi ; Sur les figures des comètes aperçues pendant les années f664, /66S et 1668; des lettres Sur les taches nouvellement découvertes dans la planète Jupiter , in-8“, 1666; puis, des Eléments de géométrie plane, in-12, 1669; des Lettres mathématigues, in- 4®, 1678; une /Irithmétigue servant d’introduction à la logigue, 1676. Ces divers ouvrages ont été publiés à Rome, et font naturelleirtent penser que l'auteur habitait constamment cette capitale.
Pendant que les jésuites, originaires de Belgique, montraient uneardeursi grande pour l’enseignement des sciences, plusieurs de leurs confrènîs pénétraient résolument jusqu’en Chine, cl, malgré les dangers dont ils étaient menacés, essayaient d’y propager la foi et d’y répandre leurs eonnais-
.s. luii sanees. Au milieu de ce zèle fervent, François Rougemont,
M I 61 U Maestricht, fut arrêté et conduit à Canton, où il fut renfermé et soumis aux traitements les plus rudes. Il eut le courage, malgré sa captivité, d’écrire sur la Chine, depuis 1660 jusqu’en 1668, un ouvrage des plus curieux qui fut imprimé à Louvain en 1673, in-12. Cet ouvrage parut primitivement en latin et fut traduit ensuite en portugais. L’auteur recouvra la liberté par l’entremise de son collègue, le père Verbiest, qui eut le bonheur de faire prédominer le goût des connaissances scientifiques sur la répugnance naturelle qu’éprouvaient les Chinois à s’entendre avec les Européens, surtout pour ce qui concernait leurs opinions religieuses.
M ml P -Ferdinand Verbiest, de Bruges, est l'un des
lioiiiines qui oui fuit le plus d'honneur ù l'ordre auquel il appartenuit. Il avait été envoyé en Chine à une époque malheureuse pour les missionnaires (1059) : ses prédécesseurs avaient été jetés dans les prisons et condamnés ù la peine de mort. Il subit lui-méine une condamnation semblahic; mais il dut son salut à la seienee. L’empereur Kang-lli, qui, dans sa tendre Jeunesse, avait oui parler de l'habileté des missionnaires, voulut avoir quelques renseignements qui lui manquaient. On lui amena les prisonniers, et, sur sa demande, le père Verhiesl lui lit comprendre les défauts du calendrier chinois; il les rendit sensibles à lui et à toute sa cour par des observations. L’ignorance de l’astronome chinois qui présidait au tribunal ayant été démasquée, le père Verbiesl fut chargé de rédiger désormais le calendrier, cl, en IGG9, il fut établi président du tribunal des mathématiques. « Cette affaire fut traitée avec le même appareil que si le salut de l’empire en eût dépendu. L’ignorant et méchant Yang- Kang-Sien, qui avait soulevé la tempête contre les jésuites et qui les avait fait chasser du tribunal, fut condamné à mort, peine qui fut commuée en celle d’un emprisonnement perpétuel dans une place frontière de l'cinpire. Ainsi sc termina cette querelle entre l’astronomie européenne et l’astronomie chinoise. Le père Verbiest fut chargé de refondre, pour ainsi dire, tout l’observatoire du tribunal ('). » L’empereur, charmé des talents du missionnaire, voulut en recevoir des leçons d’astronomie : puis, en 1681, il le chargea de diriger une fonderie de canons; et le savant père Verbiest lui prouva qu’il entendait cet art aussi bien que fa science : il ne tarda pas à présenter à l’empereur un parc de trois cents pièces d’artillerie. Il mou- (*)
(*) M'>nlurla, fdifûirr drf mathéntaliques f \omc i70.
— 2ÔG —
nil en 4688, au milieu des plus grands témoignages d’estime , et ses funérailles furent célébrées avec une pompe extraordinaire.
Il a composé, en langue chinoise, plusieurs ouvrages: l’un d’eux est intitulé ; Aslronomia europaea, sub imperalore Tartaro-Smico Cam-Hy appellalo, ex umhrd in lucem revocata A. P. Ferdinando Ferbiest, Flandro Belgabrugensi, è Societale Jesu, academiae aslronomicae in regid Pekinensi praefecto, aniio salutis i668. li’ouvrage, de format in-folio, est imprimé sur papier chinois ('); le titre est en latin, mais le peu de texte qui aecompagne les planehcs est en langue chinoise et se trouve mis en regard des figures qui sont assez nombreuses. La première planche représente rohservatoirc même, j)lacé en plein air, sur un massif de six à huit mètres de hauteur et présentant une trentaine de mètres de largeur et de profondeur. Huit instruments astronomiques, établis d’une manière fixe en plein air,eouvrent la partie supérieure avec la salle des observations, établie dans un coin extérieur et mise à l’abri des intempéries de l’air. Sur une petite station plus élevée que la terrasse et ofi conduit un escalier de sept degrés, l’observateur peut prendre connaissance des environs, et un trou est pratiqué dans le milieu du sol pour y faire du feu en cas de besoin. Cet observatoire ressemble
(*) Il SC compose presi]uc unif|ucracnt de planches « du moins nous ne
possédons guère de Icxle dans noire exemplaire. Il paraUrait, d’après Delamhre, qu'il cxisle une prcfuce qui rappelle tous les dangers auxquels les jésuites furent exposés en Chine. Verbicsl, par son savoir et sa prudence, sut les conjurer: • Vingt-quatre missionnaires exiles à Canton furent rappelés cl rouvrirent leurs temples. Le président recommandait scs compagnons aux préfets des diverses provinces} dit notre auteur, la religinn, comme «ne Itclle rvinc, pal parailre c« pabliv appnyce $ar le bra» de Vnutr»' ;iomi>. (*) ** ,
furi peu à no^ sulk's hubiluclles d'obsorvatiuii; il devait être d'un usage peu eommode.
Une trentaine de planches font connaître plus en détail la conformation des instruments cl des autres appareils renfermés dans des bâtiments couverts. On voit successivement les dessins des instruments pour le lever des plans, pour les démonstrations de la mécanique, de la physique du globe, etc. Ces planches sont assez bien exécutées, eu égard à l'époque de leur construction. Il est à regretter seulement qu’aucun texte n'y ait été joint et ne donne un aperçu des connaissances des observateurs.
On doit convenir que le corps des jésuites a rendu de véritables services pour tout ce qui concerne les mathémali(|ues jnires et appliquées : il n’est point d'ordre eeelésiasliquc qui ait été plus utile par scs connaissances. Nous donnerons, d’après Dclambre (Histoire de l’astronomie du moyen tige, pages 217 et suivantes), une idée de l’organisation des jésuites à la Chine; on verra que tout était établi de la manière la plus étendue. « Après avoir réformé le calendrier, le nouveau président s’occupa des autres objets qui concernent le tribunal mathématique. L’astronomie a trois tribunaux principaux, l’un situé à la partie orientale de la ville: c’est là qu’est l’observatoire; l’autre est à l’occident et voisin de la maison des jésuites, et c’est là qu’on enseigne les théories et les calculs astronomiques; le troisième est au milieu de la ville et non loin du palais de l’empereur : on y expédie les affaires principales et publiques des mathématiques. Les classes mathématiques, qui étaient autrefois au nombre de quatre , ne sont plus que de trois. La quatrième était mahométane, et publiait chaque année ses calculs. Elle existait depuis plusieurs siècles, ce qui paraîtrait prouver que les Chinois étaient bien peu habiles.
— -Jjs —
puisqu'ils avuionl haliilui'llenienl iTcuurs aux étrangers.
» La première elasse élail chargée de la composition des éphéméridcs et du calcul des éclipses; il paraît chaque année trois volumes d’éphéméridcs en langue chinoise et trois en langue lartare. Le moins eonsidcrahle est un calendrier vulgaire, où l’on trouve les mois lunaires, l’âge de la lune, le lever et le coucher du soleil, la longueur des jours et des nuits de six en six jours pour les différentes provinces; l'heure et la minulc des quatre quartiers de la lune; enfin, l’heure et la minute de l’entrée du soleil dans chaque signe cl demi-signe, car les Chinois, de temps immémorial, partagent le zodiaque en vingt -quatre demi -signes qui ont chacun leur nom particulier.
» Ils font commencer l’année et le mois à la nouvelle lune, qui approche le plus du degré du Verseau ; c’est aussi le commencement du printemps. L’été commence au 15* du Taureau, l’automne au 15® du Lion, enfin l’iiiver au 15* du Scorpion.
» On présente à l'empereur un exemplaire du calendrier de l’année suivante, dès le premier jour du second mois, cl le premier du quatrième mois, les magistrats les envoient dans chaque province, où on les fait imprimer, en sorte qu'ils puissent être distribués le premier jour du dixième mois. Au frontispice est imprimé en rouge le cachet du Irihunal; il est défendu, sous peine de mort, d’imprimer des calendriers privés. On appelle ainsi ceux qui ne seraient point munis du sceau du tribunal astronomique.
» L’autre volume des éphéméridcs s’appelle le Calendrier des planètes; il est calculé et de la même forme que celui d'yirffolus; on y ajoute de plus, pour le premier de chaque mois, la distance de la planète à la première étoile de l'une de vingt-quatre constellations, et en outre l’heure
cl lu iniiiule uù lu lune ou lu pluiiètc enlre duns un nouveau signe. On y joint encore dilTcrenls aspects.
» Le troisième volume ne s’imprime pas ; on le présente à rempereur. On y marque toutes les conjonctions de la lune avec les planètes et les appulses aux étoiles dont la lune ne doit |)as se trouver éloignée de plus d’un degré de latitude. On y tient compte de la parallaxe. On y annonce encore les conjonelions des planètes enlre elles et les appulscs à la distance d’un degré; il faut y mettre d’autant plus d’cxaclilude, que des mandarins doivent observer tous CCS phénomènes sous peine d’élre privés de leur emploi ; et toutes les fois que la lune doit se trouver en conjonction, soit avec une planète, soit avec une étoile de première grandeur ou avec la première étoile d’une constellation, le président du tribunal doit en avertir l’empereur par une requête dans laquelle il mentionne l’observation et l’erreur du calcul, comme pour les éclipses de soleil et de lune —
» L’empereur avait appris que les tables des missionnaires n’étaient calculées que pour un certain nombre d’années; il lui prit fantaisie qu’elles fussent étendues è deux mille ans. Verbiest les fit aussitôt continuer. Il fil calculer les éclipses de lune et de soleil pour le même temps et y ajouta des moyens de continuer la liste. Cet ouvrage était en trente-deux livres , et l’empereur fit les frais de l’impression. Verbiest lui donna pour litre : L' Aslronomio pet'péluelle de l’empereur Cnm-Hy. En récompense, l’empereur lui conféra le titre de Tum chim et luvi fum la fou seu chim tam (grand homme qu’un décret impérial a ordonné de célébrer partout). D’autres diplômes étendirent celte distinction à sa mère, à son père et à son aïeule. »
Aotre pays se distingua surtout par les nombreux mis-
sionnairos qu’il omoya en Chine, et qui y reçurent raccucil le plus favorable. Nous eiterons eneore le savant jésuite N. ICSI François Noël, qui naquit dans un village du Hainaut et M. n*). après avoir termine son novieiat à Tournay en 1670, partit pour les missions de la Chine en 1684. Il fut, dit la Bibliothèque des écrivains de la Compagnie de Jésus, deux fois député à Home pour les affaires des cérémonies chinoises; il demeura quelque temps à Prague et vint passer à Lille les dernières années de sa vie.
On a de lui un ouvrage assez curieux , intitulé : Observations physiques et mathématiques pour servir à l’histoire naturelle et à la perfection de l’astronomie et de la géographie. Ce travail fut envoyé successivement des Indes et de la Chine à l’Académie royale des sciences de Paris, par les pères jésuites. L’Académie fit des réflexions sur sa valeur, et le père Goüye de la Compagnie de Jésus y ajouta des notes; le tout fut imprimé à Paris, en 1692, sous format in4“. Le père Noël publia eneore différents autres ouvrages sur la Chine, et spécialement le suivant ; Observationes mathemuticae et physicue in Indid et China factae a pâtre Francisco Noël, ab anno /684 usquè ad annum 4708. Prague, 1710, in-4"; 133 pages. « Cet important travail, dit Abel Rernusat, renferme des observations d'éelipses du soleil, de la lune et des satellites de Jupiter, faites en divers lieux de la Chine cl des Indes, et notamment dans la ville IIoa'i-An, dans la province de Kiangnan, avec la table des latitudes et longitudes d’un grand nombre de villes de la Chine. On y trouve aussi le catalogue des étoiles australes, beaucoup de détails curieux sur l’aslronomic chinoise, sur les années, les mois, les jours et les heures de la Cbine;sur la liste des noms chinois des étoiles, avec leur syuoin inie, établie par la comparaison des plani-
sphères des pères Verbiesl el Grimaldi , c;l ceux des pères Iticcioli et Pardics; une notice sur les poids et mesures et des observations diverses sur la déclinaison de l'aiguille aimantée. L’ouvrage chinois du père Grimaldi, intitulé: Fongsing (hou Kiaï ou planisphères célestes, en six feuilles, avec des explications, sur le modèle de ceux du père Pardies, n’a paru qu’en 47H; mais probablement le père Noël a pu en avoir communication avant son départ de la Chine. De tous les mémoires qui se trouvaient dans le recueil du père Noël , le plus précieux est le catalogue des noms chinois des étoiles et des constellations, qui a été copié et donné comme nouveau en 1781 , par M. De Guignes Gis (tome X des Mémoires des savants étrangers, publiés par l’Académie des sciences), et auquel les tables de M. J. Reeves n’ont rien ajouté d’essentiel. >• (Voyez le Journal des savants de juillet 1821, page 391.)
Après la mort du savant Verbiesl , le père Antoine Tho- n. io**. mas, de Namur (‘), fut envoyé en Chine pour le remplacer : il occupa sa place comme président du tribunal mathématique de Pékin. On a de lui un ouvrage en deux volumes in-8®, qu’il publia à Douai, en 1685, sous le titre : Sgnopsis mathematica complectens varias tractatus. Il paraît que ce géomètre mourut en Chine, mais on ignore à quelle époque.
Le jésuite Philippe Couplet, de Malines, fut également n «b*!. envoyé dans cet empire vers le même lemps. 11 a publié dilTércnts ouvrages dont l’un était écrit en chinois : plusieurs concernaient l’histoire, la morale et la politique du pays dans lequel il se trouvait missionnaire. Il revint de la
(') Il était né à Namur en 1644; il enseigna, pendant deux an.s, la philosophie à Douai; il se rendit ensuite en Chine, m'i il succéda à sou savant compatriote.
Chine en 1680; il y entreprit une seconde excursion en 1693, mais il mourut pendant le voyage (').
N. i8s«. Enfin, nous devons mentionner encore Ignace De Jonghc, "■ "**■ qui appartenait au même ordre des jésuites. Il était né à Anvers, le 22 novembre 1632; il y publia un ouvrage assez curieux qui est écrit en latin et qui porte le titre : Geonietrica inquisilio in parabolas numéro et specie infinitcus et iisdem congenitas hyperbolas ac praecipuè in quadraluram hyperbolae apollonianae. Anvers, 1687. In -4". L’auteur, dans son épître dédicatoirc à François-Antoine de Agurto, marquis de Gastanaga, s’exprime avec modestie, mais sans chercher à se laisser arrêter par les opinions qu’on pouvait se faire sur son livre. Il paraît du reste que l’ouvrage a obtenu peu de succès, car il n’est guère cité par les savants, surtout par les religieux de son ordre. Il est vrai que l’auteur a choisi un sujet qui rentre peu dans les recherches habituelles : il traite des paraboles et des hyperboles, dans l’acception la plus étendue et en prenant, pour leur équation générale , y" = Il les considère
une à une pour connaitre leurs propriétés communes, en faisant, par exemple, m = 60, valeur constante, et w variant entre les limites -t- 60 , 39 , -h 38 .... 0 .... — 38,
— 39 , — 60. Parmi toutes ces paraboles et hyperboles , les plus simples sont naturellement la parabole y' = a'x' et l’hyperbole proprement dite y' = a’ar' , qu’il nomme hyperbole apollonienne. Il examine toutes les relations de ces lignes entre elles. Leur similitude, comme on le conçoit, présente quelques propriétés particulières, mais si spéciales qu’on ne voit pas l’utilité dont elles peuvent être pour la théorie générale. L’auteur s’est occupé ensuite de
(’) Dewez, Hitloire générale de Belgique, l. VII, p. xx, in-8»; 1807.
rechercher plus parliculièrcnienl les propriétés des paraboles et des hyperboles ordinaires; les énoneés qu’il donne sont compliqués, et ils perdent par cela même rutililé dont ils pourraient être. De Jonghc mourut le IS octobre 1692, dans la ville qui l'avait vu naître.
Les pages qui précèdent rappellent rapidement les services rendus aux sciences par l’ordre des Jésuites, dans un temps où la plupart des hommes les plus instruits étaient forcés , chez nous , de quitter leur patrie et de rompre parfois avec leurs aiïeetions les plus chères. Pour indiquer autant que possible l’impulsion que les jésuites avaient tenté d’imprimer aux sciences, nous avons cru ne devoir point interrompre le récit des travaux auxquels ils se livraient avec ardeur et qui continuèrent pendant toute l’étendue du XVII® siècle. Leur renommée s’amoindrit scnsiblcmcnl après l'invention du calcul infinitésimal, auquel ils ne s'associèrent qu’assez tardivement et après leur exclusion de la plupart des États de l’Europe. Nous reprendrons maintenant la marche des temps, en nous reportant vers le milieu de ec même siècle.
Parmi les savants qui montraient de la répugnance à suivre les habitudes établies, on remarquait particulièrement Jean -Baptiste Van Helmont. Il appartenait à une k. famille noble de Bruxelles et avait fait ses études à l’université de Louvain. Son intelligence était remarquable, mais l’activité de son esprit l'emporta quelquefois au delà des règles que lui prescrivait la prudence. Il s’était occupé de chirurgie et de médecine, et, dans sa première jeunesse, il fut chargé de l’enseignement de ees sciences à l université dont il était élève. Comme son esprit indépendant ne pouvait se plier aux règles de l’école, il préféra sa liberté à
russuJellissciiitMil du proressonit. Il exerçait ncuiinioiiis la médecine, mais par goût et sans rémunération aucune des soins qu’il donnait aux malades ; sa principale ambition était d’introduire une réforme dans l’art médical. Pendant une dizaine d’années, il parcourut l’Europe, et ses études le poussèrent de plus en plus vers les idées de Paracelse. Les ouvrages qu’il publia éveillèrent l’attention de ses collègues; il fut dénoncé au clergé et à la justice : il passa quelque temps en prison et fut enGn rendu à la liberté.
La nature des recherches de V’an Hcimont et de ses inclinations particulières le portèrent moins vers les sciences positives dont nous nous occupons : scs idées s’étaient plutôt arrêtées sur les sciences expérimentales et sur les applications de la physique et de la chimie ('). Nous citerons surtout scs recherches sur les gaz, ou gas dont le nom fut introduit par lui dans la science. Il enseigna à les séparer dans certains cas, découverte qui forme un des plus beaux titres qu’il pût laisser après lui. Il a eu la gloire de commencer cette théorie importante qui doit lui conserver à jamais l’estime et la reconnaissance des savants.
On connaît aujourd’hui fort peu scs ouvrages; riiistoire cependant les mentionne avec éloge, mais plutôt pour rappeler les avantages qu’ils ont produits. On se rappelle aussi la substance géologique qui a conservé son nom : Ludus Uelmontii. J.-B. Van Helmont mourut à Vilvordc, près de Bruxelles, d’une pleurésie, le 30 décembre 1644, à l’àge de soixante-sept ans.
Il laissa un fils qui conserva son esprit de recherches et une excentricité peut-être plus grande encore que celle de
(') On a de lui : DUpulalio de magnetied corporum euratione. Paris, 163< , in-8*i — Febrium doeirina inaudila. Anvers, t(U2, in-12 ; — Varadoia de aquis Spadanie. Liège, 1628, in-8” j — Orlu$ mcdicinac, etc.
— ai!) —
son père ('): eeliiil François-Mercure Van llelinont, auteur n. leia. d'un grand nombre d'ouvrages qui reçurent plus ou moins **' de publicité. Il parcourut une partie de l’Italie, en suivant, dit-on, les pas d'une troupe de bohémiens. Il connaissait la pratique de la plupart des arts et métiers, et, comme un philosophe ancien , il était habile à préparer lui-même jusqu'aux habits dont il avait besoin. Il Jouit, quoi qu’en aient écrit ses adversaires, d’une estime assez grande et mourut
(') Voici le jugement que |>orlc sur sa personne et sur sa doctrine un décret tiré des arehircs de l'épiseopat de Malincs, cité dons la Ilibliolheca belgka lie Valère André; pages S70 et 571 :
» jACoais, Del et npostolicac sedis gratiâ archicpiscopus Mcchlinicnsis, omnibus bas visnris salutem in Domino.
• Pro parle domicellac Margaritae Van llanst viduac quondam D. Joaniiis llelmontii, nicdici cjusque liberorum enixe fuimus rogati, ut nostrum de vita, moribus et fide dicti llelmontii proferre et scripto niandarc vcicinus judiciuni; cui réquisition! satisfacientes dicimus quod quanivis liber dicti llelmontii, inscriptus: Disputatio de magnctici ruincrum curatione, Parisiis impressus, et plcraquc scripta manu rjiis propriâ conscripta inter schcdas ipsius reperla, postquam mandate nostro apprehensus , et custodiac mandatus fuit ob graves errorcs et picras'quc assertiones judicia gravissimorum facultatis Lovaniensis thcologorum parlim apertè bacrclicas, parlim haercsim non parum rcdolentes, quac dicto libro et schedis continentur euni nobis de hacrcsi et pravé rcligionc vehementer reddiderint suspcctum.
• Quia tamen multa in dicto libro contenta specialitcr rrvoeaverit et dctestatus fucrit, ac gcneraliter quaecumque tuni in co, tum in caeteris scriptis aniediclis comprcliciiduntur, judicio Sanctae Romanae Ecclesiac submiscril , et quidquid ab ci reprobatum est, vcl reprobandum, rcprobarc se dcclaraverit, quamvis non cé formé quac de jure ad hoc rcquiritur saltcm in foro exteriori; cumqiic practerea intellcxcrimus cum omnibus Eccicsiae Sacramentis munitum pic et catholicè obiissc, ac multos viros doctos, graves et religiosos de ipso et vité cjus benè sentire, ncc quiepiam in moribus cjus reprebcnsionc dignum nobis compcrium fucrit, quin potius ex rclalione fide dignorum nobis conslet multa cum bona opéra praestitisse; declaramus nos eum non habere pm baerelico, sed pic existimarc quod vixerit et obierit calholicus et Sanctae Romanae Ecclesiac obediens filius. Datiim Bruxellac,
Hic vigesimo tertio oclobris an. niilirsiino scxecnlcsimo quadragrsimo sexto.
Signal : Jaeobus, archiepiseopus Mechlinicn. «
M ibtsir
à Cologne, à lïigc de (iiia(re-viiigt-un ans. Les paroles que lui a eoiisaerées le eclèhre Leilinitz prouvent sunisaninienl qu'il n’était pas sans titres valables dans la seicncc (').
JVous mentionnerons ici un autre savant belge, Jean du Châtelet, baron de Beausoleil, (jui finit egalement ses jours en pays étranger. ÎNé dans le Brabant, il servit d'abord dans les années de l’Autriehc, et entra ensuite au service de France, où il fut chargé de la eonstrnelion des chemins dans les pays montagneux. Il publia à Béziers, en 1627, un ouvrage sur ralebimie : Diorisinus cerae philosophiae de malerià prinià lapidis, etc. 11 se livra dans la suite à d’autres travaux sur le même sujet, et, sous la minorité de Louis XIV’, il termina ses jours à la Bastille sans qu’on ait pu connaître les motifs de sa captivité (*).
Vers le commencement du XVII® siècle parut un géographe anversois qui ne manquait pas d’un certain mérite ; ce fut Jean de Laet. On lui doit plusieurs écrits qui furent reçus avec plaisir et qui se liaient aux grands travaux scientifiques de cette époque. De Laet était directeur de la compagnie hollandaise des Indes occidentales. Ses ouvrages (trouvent en faveur de sa connaissance des écrits anciens. Ce furent les EIzévirs qui publièrent successivement sa collection connue sous le nom de Réptiblnjues, ou descriptions de la Belgique, de l’Espagne, de la France, de l’Angleterre, de l’Italie, du Portugal, de la Perse, etc. De Laet
(') Il lui a consacré IcpUaphc suivante :
.Yi7 patrt inftrior,jactl hic IIilvoiitivs a/(er«
Qui junxit vurioê mentii et artii opei.’
Ptr quem Pyihaÿortu et Cabbala niera revixtt,
Eta«ui que, parai qui «ua cuncta sibi.
/>ic/iomuztre historique de rAdvocat, tome III, page 1831.
(*) Bibliographisch-literar. i/andworlerbucli , par Poggciidorff, page 133, P* partie. Leipzig, 1838.
publia encore, sous format in-folio et à Leyde, le Movus orOis, seu desa’iptionis Indiae occidenlalis libri Xf^IU, 1633. In-fol. Cet ouvrage fut traduit, dans le cours de la même année, en français et en flamand; il peut, par là même, donner une idée de l’avidité avec laquelle étaient recherchés ses divers ouvrages scientifiques (').
Michel- Florent Lanqremts ou Van Langren (’) est un des savants les plus distingués qui se soient formés dans les
(') Ou a encore de lui : Plinii historia Haturali*. Leyde, 1653 ; Nolae ad dissertai, Hug. Grotii de orùjine gentium americanarum. Paris, 1043.
Dft Gemmitel Lapidibus. Leyde, in*8% 1617; — PUonit et Georgii Margravii historia naturalis Urasiliaef ibid., 1648; Vitruvii PoUionit de arc/iiVec^urd; ibid., iu-fuL, 1049. Ou a peine à concevoir celle fécondilc de récrivaiii , qui devait pouvoir s'allier avec les soins de radministratcur de la Compagnie des Indes.
(*) D'après une note insérée dans le tome XIX, n^* 10, des Bulletins de l'.Jcadémie royale de Belgique f M. le chevalier Marchai a fait connaître qu’il existe trois noms de géographes et mathématiciens appelés Van Latigren ou Langrenus :
1** Arnould-Florent V'^an Langren , sphérugraphe du roi d’Espagne. Il portait antérieurement le titre de spbérogruphc des archiducs qu'il a conserve jusqu'à ta mort d'Albert, en 16^1. Scion M. Lclewel, ce serait le père de notre Florent Van Langren; il avait assisté aux observations astronomiques de Tycbo-Brabé, qui mourut à Prague en 1601 , et qui était originaire du Danemark;
S” Jacobus-Flurcnlinus Van Langren : M. Marchai fait observer qu'il lui a été impossible de découvrir le degré de parenté de Jacques-Florent avec Michel-Florent dont le nom se trouve uni au sien. — C'est probablement le frère de Michel, qui a produit avec lui la description du diocèse do Matines dont il est parlé plus loin (page ;
3® Michel-Florent Van Langcren est celui qui sc trouve mcnliouné dans ecltc notice.
Plusieurs des rcuseignemeiits que nous présentons sont empruntés à deux notices, l'une de H. Marchai et l'autre que j'ai donnée à l'Académie royale de Belgique, d'après des notes manuscrites que M. Ifouzeau avait recueillies, en mars 1844, à la Bibliothèque de Paris et qu'il avait bien voulu roc transmettre.
l*ays-Bas; mais les seieiiees élaienl si négligées de son temps qu’on ne connaît nu juste ni l'époque de sa naissance, ni celle de sa mort, ni meme le lieu où il est né : on varie entre Anvers cl Malines; on sait seulement qu'il habitait Bruxelles. Plusieurs de ses ouvrages sont écrits en langue flamande, dialecte brabançon, bien qu'il écrivit facilement le français, l’espagnol et le latin. Parmi les manuscrits de la Bibliothèque royale, on trouve une collection de lettres qu’il a reçues depuis l'année 1630 jusqu’en 1643,d’Erycius Puleanus et de Charles Lafaille, qui était, à Madrid, professeur de mathématiques au collège impérial.
Une autre lettre, trouvée dans les archives de Simancas (') et écrite de Madrid, le 27 mai 1633, par le roi Philippe IV à l’infante Isabelle, concernait Michel Van Langren d'Anvers. Le roi y dit que Michel-Florent Van Langren, son mathématicien de par-delà, lui avait représenté << qu’il avoit découvert aucuns luminaires, par lesquels on pourroit observer la longitude et la distance des lieux terrestres; que lesdits luminaires avoient été jusqu’alors inconnus et sans noms et qu’on pourroit les appeler : Luminaria Austriaco-Philippica. » Le roi priait l’infante de prendre des renseignements sur cette proposition, qui parait ne pas avoir eu de suite (*).
Van Langren s’occupa avec activité du problème de la détermination des longitudes par la marche des planètes; il publia l’ouvrage espagnol intitulé : La verdadera lomjilud por mar y terra, demonstrada y dedicata à la May est ad
(’) CcUc lettre a été publiée par M. Gacbard, d’après les pièces qu'il a cünsullcos en Espagne.
(*) M. Marcbnl a fait connaître dilTércntcs sommes qui ont etc allouce.s .successivement par le gouvernement à Van Langren pour des travaux qu’il avait achevés.
(Àilholica Phelipe If , 1644, iii-12. Il st“ rendit alors en Espagne, espérant obtenir une des grandes récompenses que les gouvernements promettaient aux savants pour la solution de ee problème. Il reçut en effet une pension annuelle de 4,800 florins, somme assez considérable pour celle époque.
C’est à ce savant ingénieux qu’est due la première idée du fusil à trois coups : elle est exposée dans le Tormentum bellictnn Irisphaerium , quo très ordine (jlobi ex eodein tubo exploduntur. Erycius Puteanus en a donné un aperçu en 1640, et il a montré les avantages qu’on peut en tirer. Celte invention n’csl donc pas tout à fait aussi moderne qu’on le pense aujourd’hui.
Notre savant publia également, de 1647 à 1637, période du gouvernement de l’archiduc Léopold, une carte détaillée de la lune : Planisphaerium lunae, à se mediantibus lelescopiis observalum , ibique diversas quasi regiones, sylvas, lacus, etc., speculantur. In-folio. Le duc lui dit en riant qu'il le nommerait gouverneur des terres qu’il avait décrites; Van Langren lui répondit, avec esprit, qu’il le remerciait pour cette dignité, pourvu qu’on lui fit l’avance des frais du voyage.
Lu carte sélénographique de Van Langren fut publiée presque en même temps que celle d’Hévélius. Notre compatriote se plaignit dans les termes suivants du silence d’Hévélius à son égard : « Lequel, selon mon advis, a eu tort de ne faire mention de mon travail, lequel il a eu bien deux ansdcvantqu’il a mis au jour son œuvre sélénographique. b E l plus loin il ajoute : «Voilà encore le père Riccioli , professeur de Bouloignc, qui a tout changé, nonobstant qu’il ne sçnvoit que dire d’aise lorsque je luy ay envoyé ma sélénographie. n 11 parait donc bien positif que c’est Van Lan-
^ruii (|ui U iiiipusé aux iiioiiUignos lunaires la plupart des noms quelles portent encore aujourd'hui (').
Voici quelques autres ouvrages qu’on doit à la fécondité de Van Langren : 1“ Les cartes géographiques offertes au conseil de Brabant, février 1631 ; 2" une carte pour le gouverneur général, Juillet 1643; 3“ la carte Ogurative de la West-Flandre, Juillet 1644; 4“ Descriptio dioceseos archiépiscopal ûs Mechliniensis, par Michel et Jacques Langrenus. Celle carte, dédiée à Jacques Boonen , alors évêque de Cand, est calculée sur le méridien de Bruxelles ; 3“ une carte du Luxembourg; 6“ une grande carte du duché de Brabant; 7® Profytelyke middd om met dyckerighe van lande de zeehaven van Oostende te verbeteren. Bruxelles, 1650, in-4“; 8“ une deseriplion particulière du canal de Marianne et du grand changement que le sable du banc de Moerdyk a fait depuis 1624 Jusqu’en 1653.
On a de lui quelques autres travaux, en général relatifs à la défense de Bruxelles et à la crue dangereuse des eaux : les causes qu’il signale existent encore, cl on s’csl peu occupé des périls dont il indique les remèdes (”).
(*) Delaolbrc dit cii parlant du savant belge : « M. L. Langrenus, cusniographe du Hui Catboliijuc, a failgravcr une figure de la lune où il avait placé '270 lâches observées par lui. Il promeUail un ouvrage enlier et trente autres plaiiebrs. ■ /listoirc de l’astronomie moderne , (unie 11» page 550.
(*; Kn lisant cc que Van Langren avançait, il y a plus de deux siècles, à legard des eaux de la Senne, peut-être trouvera-Uon qu*on a trop perdu de vue les idées d'un ingénieur aussi expérimenté. « Tout cc que Van Langren exposait, en 1644, était vrai en grande partie eu I7S5, dit M. Marchai, lorsque l'abbé Mann publiait, à la suite de son Abrégé de t’hisloire de Hrnxeltes, tome ill, pages 15, 70 et suivantes, la description du cours de la Senne j celui de la Zuenne, qui vient y aboutir à Anderlccht avec d'autres ruisseaux, avant d'entrer dans la ville, cl les ruisseaux qui viennent se jeter dans la petite Senne en dehors de la ville. Dans ce inémuirc, Van Langren proposait, il y a 208 ans, comme un moyen qu'il assurait être infaillible
M. F. V'aii Laiign-n jouissait d'une grande répulalion eliez les personnes les plus élevées. Don André Cantelmo, qui avait résidé à Malines en i644 et qui avait été appelé aux fonctions de vice-roi d’Aragon, lui écrivait l'année suivante : « Plût à Dieu que messieurs les ministres du roi aient la même eonnoissance de votre personne, que j’ay, et ils ne seroient pas tant embrouillés aux alTaires publiques de la guerre et de l'Etal. »
La correspondance de Van Langren avec l'astronome français Bouilliaud présente aussi quelques particularités remarquables ('). Celle correspondance, commencée en f645 et qui fut continuée jusqu’en 1632, fait intervenir l’astronome Wendelin qui était alors chanoine à Tournay. Van Langren n’en parle pas avec toute la déférence possible; il est vrai qu'il ne s’explique pas avec plus de ménagement au sujet d’Hévélius et du père Riceioli de Bologne, ({u’il avait devancés en publiant sa sélénographie, ni du géomètre Morin : « J’ay encore à démêler quelque chose avec lui, dit-il, touchant ce qu’il m’a osté par malice: certes la perversité du lems nous est fort contraire; ma réponse à
puiir ubvicr aux inondations (voir les explications «ju'il donne par une carte jointe à son mémoire), de rétablir la communication à rcxlrémité de la ceinture, h Tendroit où la petite Senne, qui, à cet efTct, serait suffisamment approfondie et élarj'ic, commence à longer le côte gauche du canal, hors de la porte du Rivage j d'y construire une écluse ayant son débouché dans le canal} cette écluse ne devait être ouverte qu'au moment de la surabondance des eaux qui menaçaient d’une inondation } d'établir sur le canal deux sas qui communiqueraient avec les écluses inlra muros et extra murot, mais entre les deux sas, il y aurait un passage pour recevoir la surabondance des eaux de ta petite Senne'. Ce passage eût abouti par une autre écluse à la rivière, qui est au delà du canal et à peu de distance vers l'orient sur sa rive droite. »
(*) Dans le tome XIX des JhtlUtins de V^icadcmie royale de Bruxelles, n®» 1 1 et l'2, voyez l'article que j’ai donné sur Bouilliaud, d'après des extraits de
sou ructiiin a été ruici il } a plus que sept ans, mais voiaiU qu'il est sy décrié par sa propre nation , je suis honteux de conlcsler avec luy (*). » On trouve eependant que, vers 1652, il vivait en bonne harmonie avee le savant Wendelin (*) : son irritation brusque tenait plus particulièrement à une excitabilité causée par différentes injustices dont il
sa corrc.spondance qui m'avaient été communitjués par M. llouzcaii, cl qui étaient tirés des autographes de la Bibliothèque de Paris. La première lettre adressée à l'astronome français fait hommage de la carte lunaire où sc trouve inscrit le nom de Bouilliaud avec ceux des astronomes les plus célèbres. On conçoit que dans sa réponse le savant astronome français remercie « pour cette courtoisiCf le savant belge: -id me perlatae sunt , vir clarisëimef y esUil dit, tilerae /«oc, tinixetli*, tertio jumi icriptne nna ann tabula tua telenographiea. !)e tam intigni monumento ^ et per annalca posteriorum saeculorum iturOy cui nomen meum ifuteriptum voluinti, gratiat itigenles tibi habeo. Omnes quidemy quorum nomina tabnlac tuae incidistiy famae $uae perpetuitatem acceptam tibi ferenty autorem que durit iidinh suaepoderis te pracdicalmnt ; etc. Le reste de la lettre répond à ce commencement plein de politesse et de reconnaissance. La correspondance de Van Langrcn avec Bouilliaud conserve toujours des formes pareilles; i] sc plaint cependant, dans une lettre, que Bouilliaud ait mal écrit son nom. Il aurait désiré qu'on mit Van Langren ou Langreniu. « Le Van en flamand vaut autant, dit-il, comme si on disait en français de Langren. •
(*) La querelle avec Morin était surv'cnue à propos de la solution d’un problème que le gcomèlrc flamand lui avait adressé. Morin lui envoya aussitôt trois solutions du même problème. • Van Langren cria au plagiat, dit Uelambrc, dans son Histoire de Vattronomie moderne j page 271 , vol. Il; cl , en eflet, quoiqu'il n'eùt donné aucune démonstration, la seule inspection de la figure avait pu suggérer à Morin l'idée de ses trois problèmes.
(*) Wendclin, dans son Opuscule sur une pluie pourprécy dont il est parlé plus loin, s'exprime avec affection en parlant de Van Langren ; />cm9wc, dit-il,
cùm postridiè adirem amicum meum Langrenum — G. Wcndcliiii Pluvia
purpurea Bruxcllensis , in-12, page 9, lCi7. Il est vrai que les idées de l'astronome s'étaient probablement modifiées depuis, car voici ce que, dans une de ses lettres adressées a Bouilliaud, en date du 7 septembre Van Langren écrit de Bruxelles : « Le bon Wendelin ne fait plus rien, il sc contente de sa bonne chanoiiiie à Tournay. « On verra du reste que Wendclin prit part, avec ce savant, à difTérentes observations intéressantes.
avait été victiiiu;. Plus tard il fil part aussi à iktuilliaud dos plans de forlifieation qui roccupaicnt à Oslendc et lui en eommuniqua quelques détails curieux.
Vers la môme époque, le pays comptait encore au nombre de ses savants Godefroid Wendelin, qui était né à Ilerek, dans le voisinage de Ilasselt. 11 avait commencé ses études sous H. Alenus,puis il vint les terminer à Louvain en 15'97. Il fît comme la plupart de ses compatriotes : il voyagea de bonne heure à l'étranger et visita l’Allemagne. Il revint ensuite en Belgique pour cause de maladie; puis il passa en France, fut correcteur d’imprimerie à Lyon et étendit ses excursions jusqu’à Rome, où il se trouvait en 1600.
En revenant par Marseille, il y donna des leçons et cul pour disciple Pierre Giasscndi. Il n’avait encore que vingtquatre ans; il prit à peine le temps de revoir sa patrie, et retourna en France, où il fut reçu dans la famille du célèbre André Arnault. La mobilité d’humeur qui le caractérisait le porta à devenir avocat plaidant. En 1612, il revint encore en Belgique, y arrangea ses affaires de famille, à la suite de la mort de son père; et, en 1620, son goût pour le changement le porta de nouveau vers une autre carrière : il se fît prêtre et devint chanoine à Merck, lieu de sa naissance. Il y retourna à scs idées premières et y ouvrit une école de mathématiques : il avait alors quarante ans. Scs idées changèrent depuis; il perdit cette extrême mobilité de caractère et mourut en 1660, à l’àge de quatre-vingts ans, doyen du chapitre de Rothnac. Il laissa une grande réputation et Jouit de l’estime des hommes les plus recommandables. Erycius Putcanus a dit de lui : Omnes exhausil scientias, ut unam sciret, et summus esset, utque sacris studiis ornamentum a mathesi adferret. Il avait composé un grand nombre d’ouvrages. On cite les suivants : Loxia,
.N. (5S0, M. tbttO.
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seu de obliquilale soliti dialriba. Anvers, 1G!26, in-4", ouvrage qui est devenu très-rare. — Àries, seu Aurei Felleris encomiutn , 1628, in-4“. — Arcanorum coetestium lampas paradoxa, Bruxelles, 4643. in-4 2. — De pluvid purpured Bruxellensi. Paris, 4646, brocli. in-8" de 26 pages. La plupart de ses travaux qui traitent des sciences mathématiques sont restés manuscrits.
« Un samedi malin, le 6 octobre 4646 de Icre grégorienne, dit Wendelin, immédiatement aprt’s le lever du soleil, il tomba à Bruxelles un pluie abondante. Un des pères capucins qui , dans le couvent, pa.ssait près du réservoir d’eau entièrement rempli, fut tout étonné de lui voir une couleur rouge; il la montra è plusieurs autres prêtres, et on accourut de tous les côtés de la ville : Delati ad capucinos, ibiqueper conferlîssimam turbain aegrè molHi aditum, denique inlromissi, conlemplamvr omnia.» La méfiance ne tarda pas à s'emparer des esprits, mais on s’assura bientôt que l'eau colorée était tombée aussi dans le voisinage. Wendelin dit qu’il avait observé le mémo phénomène près de Marseille trente-huit ans auparavant, et il compare les deux pluies entre elles.
En 4644, Wendelin publia, à Anvers, un ouvrage curieux sur les éclipses lunaires qui avaient été observées depuis 4373 jusqu’en 4643 : Eclipses lunares, quibtis tabulae allanlicae superstruuntur earumque idea proponitiir, in-4®, Anvers. Suivant l'habitude de l’époque, il cite en général les correspondants dont il a eu à se louer pour les calculs ou pour les observations qu’il indique : on y trouve les noms de D. Petavius, de Malapcrl, de J. Grolhuysc, de P. Gassendi, etc. Wendelin cite les différentes observations, dignes d’attention, qui sont parvenues à sa connaissance. On y trouve, pour Bruxelles, plusieurs fois
le nom d(‘ V'iin Langren,qui paraissait un observateur Irèsexael; ee savant observa aussi à Madrid I éclipsé lunaire du 8 novembre 1631 et du 14 mars 1634; mais, le 3 mars 1633, il put faire l’observation à Bruxelles.
Wendelin correspondait avec les hommes les plus distingués de son époque. Sur son invitation, M. de Peirese, magistrat distingué qui s’est fait un nom dans les sciences, entreprit une observation curieuse mentionnée par Montucla , dans son Histoire des mathématiques. « Wendelin ayant désiré qu’on répétât à Marseille l’observation de l’ombre solsticiale du gnomon , faite anciennement par Pythéas,
M. de Pciresc s’en chargea et fit cette observation. Il se procura, au moyen de l’ouverture faite au toit d’un bâtiment fort élevé, l’équivalent d’un gnomon de cinquante -deux pieds d’élévation, et trouva que le rapport de la hauteur de ce gnomon à son ombre solsticiale, au moment de midi, était de 120 à 42 Pythéas l’avait trouvé de 120 à 417,- Il semblerait donc que l’écliptique s’était éloignée, depuis le temps de Pythéas, du zénith de Marseille; et conséquemment que l’obliquité de l’écliptique à l’équateur avait diminué depuis le temps de cet ancien astronome et géographe.
Mais, il faut en convenir, nous connaissons trop peu les détails de l’observation de Pythéas pour rien conclure légitimement de cette comparaison ('). »
Les intérêts politiques qui avaient existé entre notre pays et l’Espagne avaient rendu nombreuses les relations personnelles entre ces deux pays. Emmanuel d’Âranda , qui n. ioi*. était né à Bruges en 1612, s’était rendu en Espagne pendant sa jeunesse : il se proposait de rentrer dans sa patrie, quand il fut pris par des corsaires d’Alger, qui le rédui-
(') JUonlHcla, tome II, pagc.<> 338 et 530, an VII, in-4".
— aStl —
siri*nl pciidaiil ilcuv ans à lëlal desclavagc. Il rc-ntra dans sa pairie lmi 1042, et publia la Relation de sa captivité, avec un Sommaire des antiquités de la ville d’Alger. Cet ouvrage fut imprimé à Bruxelles cl à Paris ; on en a donné des traductions en langues anglaise et flamande; en 4682, il en parut encore, à Bruges, une édition augmentée.
Vers la même époque, plusieurs de nos compatriotes, à cause de leurs opinions religieuses, avaient été forcés de fuir vers les provinces septentrionales : de ce nombre était N. iB't*. Guillaume Boreel, baron de Vremdyke, conseiller cl pre-
M. 104,8. pensionnaire de la ville d’Amsterdam. Il était né à
Middcibourg, le 2 mars 4592 : il prit une part active aux contestations sur la découverte du télescope. On a de lui différents mémoires pour appuyer les droits de Pierre Bord, membre de l’Académie des sciences de France, à cette même invention. Il termina scs jours à Paris, le 29 septembre 4668: il y avait été envoyé par scs nouveaux compatriotes pour défendre leurs intérêts politiques.
D’autres savants compatriotes étaient demeurés attachés
N. 1600 . avait vus naître : Remy-Valère Wauler {Re-
m. 1087. tnerus Falerius) était de Berchem, dans la Campine, et
fut nommé curé à Muysen près de Malines. 11 eut beaucoup à souffrir pendant les guerres qui éclatèrent à celle époque, mais il sut se conduire avec fermeté et une entière dévotion aux intérêts de ses ouailles. Quand les temps redevinrent plus calmes, son esprit reprit les éludes mathématiques qu’il avait toujours aimées : il publia quelques ouvrages , parmi lesquels nous distinguons les suivants : Tabulae horographicae. Malines, chez J. Jaye, 4662, in-4°. L’auteur indique les moyens de construire des cadrans solaires, d’abord pour une latitude de 54 degrés, puis pour
une liililmle quelconque. Il incline ensuite le plun de différentes manières, cl finit par donner des tables ealeulces pour simplifier les constructions, en passant par toutes les inclinaisons depuis 0“ jusqu’à 90". On conçoit que ce travail est très-élémentaire. En 1664, l’auteur, pour le rendre encore plus accessible au public, a pris le parti de donner, en langue flamande, l’explication de ses constructions; il les a réduites à seize pages, au lieu de soixante qu’elles comprenaient avec les tableaux des calculs. Wauter a laissé aussi un traité De Recto Calcula kalendarii et quelques autres ouvrages sur les calculs des chroniques.
Le bon curé de Muysen mourut le 30 avril 1687; il avait atteint l’àge de quatre-vingt-un ans.
Sans s’élever au delà delà partie élémentaire des sciences,
Jean Coutereels d’Anvers enseignait aussi les mathématiques à Middelbourg, et publiait, pour le vulgaire, un traité d’arithmétique qu’il écrivit en français et en flamand. Cet ouvrage, peu important sous le rapport scientifique, fut publié à Middelbourg, en Zélande, sous format in-12, dans le cours de l’année 1660.
Vers le même temps florissait, à Liège, le baron René- n. i6»ar François- Walter de Sluze; il était ne à Visé en 1622 on * 1623. Il se fil connaître honorablement de Pascal, de Newton, de Descartes, de lliiyghcns, de Leibnitz et des principaux géomètres de cette belle époque; tous faisaient le plus grand cas de son savoir et de sa profonde modestie, comme le prouve d’ailleurs leur correspondance. De Sluze parut dans un instant qui comptait les plus grands mathématiciens des temps modernes; il sut sc concilier l’estime de tous ; les égards avec lesquels ils citaient ses recherches prouvent assez le respect qu’inspiraient sa science et son noble caractère. Il est le seul Rcige que la Société royale
- -J'iH —
de Londres iiil euiiipté parmi ses associés; son nom es! souvent cité avee éloge dans les premiers travaux de l'institution , cl eetlc estime lui a été témoignée également par les hommes les plus distingués des autres pays.
Sa mo<lcslie ne lui permettait de communiquer ses découvertes que dans sa correspondance particulière : il avait en quelque sorte de l’aversion pour la publication de scs ouvrages. On ne connaît de lui qu’un volume de malliémaliquc in-4“ qui ne compte pas même deux cents pages; encore la première édition, qui parut en 1039, en renfermait-elle tout au plus le quart. Ce n’est que neuf ans après qu’il démontra les théorèmes qu’il s’était borné à énoncer d’abord cl qu’il y ajouta des découvertes nouvelles. <c Je me libère, cher lecteur, dit-il ('), de la promesse que J’avais faite, il y a plusieurs années, et je soumets enfin à votre censure l’analyse de ce que j’avance dans le Mèsolabe; c’est plus lard qu’il ne convient cl que je me l’étais proposé d’abord : je croirai cependant avoir bien fait , si ce relani pouvait recommander mon ouvrage. Mais tant de choses, au contraire, m’ont éloigné de ce genre d’études que je désespérais presque de pouvoir réunir, bien loin de corriger, ce que j’avais écrit cl de terminer ce que mon esprit avait conçu. »
Du reste, celle, grande circonspection de l’auteur tenait au soin extrême qu’il avait de ne donner que sous la forme la plus claire possible des vérités qui fussent dignes de l’attention des savants. « Les anciens attachaient un grand prix à la simplicité et à l’élégance des constructions dans les problèmes géométriques: Sluze, leur imitateur à cet égard, dit Bossut (’), porta au plus haut degré de perfection
(*) tl.'F. Slusii ^fosolahvim, etc., préface de la 2' partie, page t9, 1608,
(*) Essai sur rhUloirc yétérale des mathématiques ^ loiiic I, page 505. On trouve dans le tome II, page 5 du méinr ouvrage: w Parmi les modernes.
1 iisujçi: lies lieux géoiiiélriiiues par la résolulion des équations. » Puis il ajoute dans un autre passage de son llisloir«C) : « Sluze et Gregory avaient trouvé, ehaeun de leur eélé, une méthode pour les tangentes. Newton, dans une lettre à Collins, en date du 10 déeemhre 1672, prouve qu’il
en avait également trouvé une ; mais ce grand géomètre
employait les nouveaux calculs encore peu connus des mathématiciens, et ce qui rend celte conjecture très-vraisemblable, c’est qu’OIdembourg , secrétaire de la Société royale, envoyant (le 10 juillet 1673) à Sluze un exemplaire de la Méthode de celui-ci pour k>s tangentes, que l’on avait imprimée à Londres, ra|*porte un fragment de la lettre de Newton, où, après avoir dit que cette méthode appartient bien véritablement à Sluze, New ton poursuit ainsi : Quati! aux méthodes (il entend celle de Sluze et la sienne propre), elles sont les mêmes, quoique je les ct'oye tirées de principes différents. Je ne sais cependant si les principes de ,V. Sluze sont aussi féconds que les miens, qui s’étendent
Dcscartcs, Fermai, Robcrval, Barrow, Sluze, etc., avaient trouvé des méthodes, plus ou moins simples, pour mener les tangentes des courbes geuinélriqucs; ce (|ui était un grand pas: mais il fallait préalablement que les équations des courbes fus.sonl délivrées de quantité.s radicales, si elles en contenaient , et ce^lc opération exigeait quelquefois des calculs immenses, et même absolument impraticables. »
Dans un autre endroit, tome II, page 30, on lit : « Tous les problèmes des moximis et minhnis qu*on avait résolus jusqu’au temps où nous sommes, n’avaient eu pour objet que de trouver, dans le nombre des fonctions explicites qui ne renferment qu'une seule variable, ct'llcs qui, parmi leurs semblables, peuvent devenir des mnxima ou des niim'ma. Descaries, Fermât, Sluze, Iludde, etc., s'étaient fait des méthodes particulières pour ces problèmes; celle du calcul dilférentiei les avait toutes fait di*iparaitre pur sa simplicité et par sa généralité. «
(’) Hssai sur Vhùtttire t/cnéralc de.»- f par t^li. Ibi.vMit, I. II.
p.ages 7i à 7ü.
aux è(iunlio7is afj'eelêes de fermett irrationnelu, sans t/n’il soit nécessaire d’en chanrier la forme. Aurnit-il parlé avot; tant de réserve et naurail-il pas dit nettement que la méthode de SIuzc et celle des fluxions étaient différentes, s’il avait possédé la dernière dans un degré aussi avancé qu’on l’a prétendu depuis? Supposera-t-on qu’il ait parlé ainsi par modestie? Mais on peut dire la vérité, même lorsqu’elle nous est avantageuse , sans sortir des bornes de la modestie. » Il peut être curieux de rapprocher les jugements qui ont été portés par différents géomètres sur le mérite de de Sluze; on trouvera généralement que toutes leurs appréciations lui sont favorables (').
(') A cùlc de^ expressions de Newton, plaçons celles de Pascal, qui témoignait la plus grande estime pour notre compatriote, comme on peut le voir dans sa correspondance. Voici une lettre que Pa.scal (sous le nom de Dcttonville) lui écrivait au sujet De VfscaHer, des triangles cylindriques et de la spirale aulour d’un cône (OEi vres de Pascal, tome V, page 588, in>8*. A Paris, chez Lefèvre. 18i9): «Je n'ai pas voulu qu'on vous envoyât mes problèmes de la roulclle, sans que vous en reçussiex en même temps d'autres que je vous ai promis depuis si longtemps, touchant la dimension et le contre de gravité de Vescalier et des triangles cylindriques. J'y ai joint aussi la résolution que j'ai faite d'un problème où il s'agit de la dimension d'un solide formé par une spirale aulour d'un cône. C'est une solution que j'aime« parce que j'y suis arrivé par le moyen de vos lignes en perle, et que tout ce qui vous regarde m'est cher. Cela me la rend plus considérable que sa difficulté, Ia<|uelle je ne puis désavouer, puisqu'elle avait paru si grande à M. de Robervol : car il dit qu'il avait résolu ce problème depuis longtemps, mais qu'il n'a jamais rien voulu en communiquer à qui que ce soit, voulant le réserver pour s’en servir en cas de nécessité, de nicine qu'il en tient encore secrets d'autres fort beaux pour le mémo dessein. Sur quoi je suis obligé de reconnaître la sincérité de sa manière d'agir en ces rencontres : car aussitôt qu'il sut que je l'avais résolu, il déclarait qu'il n’y prétendait plus et qu’il n'en ferait jamais rien paraître; par cette raison que n'en ayant jamais produit la .solution, il devait la quitter à celui qui l’avait produite le premier. Je voudrais bien que tout le monde en usât de cette sorte, et qu'on ne vit point entre les géomètres cette humeur toute contraire de vouloir s'attribuer
Voici muinlenuul l’opinion du savant historien Montuela qui dit, en parlant de ses decouvertes nombreuses ('): << La construction des équations solides et plus que solides était encore une des parties de l'Analyse de Descartes qui attendait des géomètres postérieurs quelques degrés de perfection. Descartes s’était borné à construire les’ équations cubiques et quarré quarrées , par le moyen d'un cercle et
d’une parabole, mais il avait caché le principe de ces
constructions; et quoique divers géomètres eussent ampliné sa théorie à cet égard, on n’était pus encore parvenu à toute la généralité qu’on pouvait désirer. M. de Sluze est celui à qui nous en avons l'obligation. Il est auteur d’une méthode par laquelle une équation quelconque solide étant proposée, on peut la construire d'une infinité de manières différentes, par le moyen d’un cercle et celle des sections coniques qu’on voudra. Il en donna un essai dans un ouvrage qu’il publia en 1659 (’), mais il en cachait encore
4^c que d'autrc5 oui déjà produit et qu'on ne trouve qn'aprcs eux. Pour vous, Monsieur, vous en êtes bien éloigne, puisque vous ne voulez pas nicme avoir l'honneur de vus propres inventions : car, je crois que pour faire savoir que vous avez trouve, par exemple, celte parabole, qui est le lieu qui donne les ilttnensiuns des surfaces des solides de la roulette autour de la base, il faudrait que ce fût moi qui le disse, aussi bien que les merveilles de votre nouvelle analyse, et tant d'autres choses que vous m'avez fait l'honneur de me communiquer avec cette bonté ({ue vous avez pour moi , qui m'engage d'etre toute ma vie, etc. •• Nous n'avons pas craint de citer en entier cette lettre remarquable du célèbre Pascal, qui montre d'une manière si noble toute sa modestie et sa haute estime pour notre compatriote.
(*) Histoire de» mathématiques, tome 11, page 158. Paris, chez il. Agassc, libraire; an VII de la République.
(*) Mesotabium, *eu duae ynediae prop. per cirenhim et eüipsim vel hyp. iufinitis modi» exhibitar. LccmI., 1659. — L'ouvrage, public en 1668, contient, outre le 3ie»olabium et [vs Prohlemata folida (46 pages ia-i**),la section qui y fait suite: Pars atlera de anatysi (de 47 pages à 95), puis Miscel^ lanea (pages 99 à 181).
i analyse, qu'il |iroinellail de dévoiler quelque jour. Il exceula sa promesse en 1668, en donnant une nouvelle édilion de l'ouvrage dont on vient de parler, avee une seconde l»arlie, où il expose de quelle manière il est parvenu à ces constructions (') Les Miscetlanea, ou mélangés de géo-
métrie (dans la 2" édition), sont très-propres à faire honneur à leur auteur, et montrent les progrès profonds qu’il avait faits dans l'analyse. Sluze y Iraile des spirales inflnies qu’il compare avec des paraboles de môme degré (’) : il y (|uarre diverses courbes et assigne leurs centres de gravité; il détermine les points d inflexion dans la eoncbo'ide, sur quoi il fait diverses remarques curieuses; il y généralise la formation de la eoneboïde, et il examine les propriétés des nouvelles courbes qui en résultent, leurs aires, leurs centres de gravité et les solides ((u’elles forment par leur circonvolution, etc. Nous passons plusieurs antres rechercbes curieuses que contient cette partie de l’ouvrage de de Sluze, afin de ne point donner trop d’étendue à celte digression. » La détermination du centre de gravité du conoïde hyperbolique mérite une attention spéciale, si l’on considère surtout l’époque où elle fut donnée, et les moyens ingénieux que devait employer l’auteur pour suppléer aux procédés plus expéditifs dont on a pu se servir depuis.
A la fin de cet ouvrage concis, mais enrichi de beaucoup d<- faits géométriques nouveaux, l’auteur a présenté quel-
(') Monlucla üuima, aux pages 159 à 161 du vuluuic de son Histoire des mathématiques f uii aperçu inathcmaliquc de la iiiélliodc de de Sluze, cl il renvoie à l'ouvrage de l'aulcur ou au Traité posthume des scctiom coniques et des Uctix i/éométriqiics du marquis de Lhojulal, ainsi qu'aux Cours de mathématiques de Wolf, lomc
(*} Voyez plus haut les rccherrhes de Simon Sievin sur les spirales cl 1rs paraboles.
«|ues rt'chcrelius sur le centre de gravité des lunules d'IIippoerale de Chio. « Pour eherclier à arriver à la quadrature » du cercle, dit-il, Hippocrate de Chio a donné la quadra- » turc de la lunule ('), mais sans obtenir aucun succès. Il » eût aperçu la dilTiculté, s’il ne se fût point borne à don- » ner la quadrature de la lunule, mais s’il avait clierclié encore à déterminer son centre de gravité, car en le don- X liant, ajoiile-t-il, nous démontrerons qu’il avait la qua- •> dralure du cercle. » On remarque une grande finesse de conception dans les résultats du géomètre liégeois, et ses démonstrations sont généralement simples.
Les savants qui se sont occupés de YHisloire des ma- Ihémaliques .se plaisent, comme nous l'avons fait remarquer d(qà,à rendre à de Sluze les témoignages d’estime (|ue méritait sa modestie (*). Voici comment .M. Chasles s'est exprimé, de son coté, sur les services rendus à la théorie des courbes par notre illustre compatriote : « Sluze et Iludde perfectionnèrent les méthodes de Dcscartcs et de Fermai pour mener les tangentes eldélermincr les maxima et minima, et le premier, s'appliquant à la belle construction que üescartes avait donnéi; des équations du troisième et du quatrième degré, par un cercle et une parabole, eut
('; *Ou sait tjuCf par la lunule d'Ilippocralc de Cliio, on entend l'espace roiiipris entre le deniUcerctc el l'arc passant par les deux extreinilcs du diainèlrc qui limite la lunule, et qui a son centre o rexlrémilc du diamètre partageant cet arc donné en deux parties égales.
(*) «• Sa profonde érudition en toutes sortes de matières, la connaissance qu'il avait des langues grecque et latine, et de toutes celles de l'Europe, même de l'hébraïque et de rarabes(|uc, cl sa grande capacité dans l'histoire, le droit civil, le droit canonique et la géométrie, lui acquirent l'cslimc de tous les savants de l'Europe. « fhclionnairc historique ^ etc., par Moréri, tome VI» page 4HS. Basic, in-folio, 1752. St»u.s le rapport de réleiiduc des coiinais- ^^llccs, on peut le comparer à Leibnitz.
lu gloire de la eoinpléler, en se servant d iin cercle et d'une scclion conique quelconque de grandeur donnée; généralisation alors Irès-désirée des géomètres ('). »
En parlant du mérite de de Sluzc, j’ai cru devoir reproduire les jugements qu’ont portés sur sa personne et sur sa valeur comme géomètre, les savants qui se sont spécialement oceupés des prineipaux mathématiciens que les ililTércnts peuples ont vus naître.
Notre illustre compatriote mourut à Liège, le 19 mars 1685, à rûge de soixante-trois ans (*); il laissa deux frères qui étaient également des lioinmes de mérite: Jean-Gualter de Sluze, que le pape Innocent XI éleva à la dignité de cardinal en 1686, mais qui mourut l'année suivante à l'âge de 59 ans; et le baron Pierre-Aloysius de Sluze, conseiller et chancelier de la principauté de Liège.
De Sluze, en mourant, put saluer le grand siècle qui s’ouvrait aux connaissances mathématiques et se rendre cette justice qu'il avait brillé parmi les princes de la science à qui l'on devait la voie nouvelle où l’on allait entrer. Il mourut au commencement de l’année qui suivit celle dans laquelle l'illustre Leibnitz publia, dans les Actes de Leipzig (ocl. 1684), l’écrit à jamais mémorable : l\ova me-
(*) M. Chasles, Hiatoirc de la tjéomclriCf page 90, iii-i*, 1837. — Voici ce que dit encore cet auteur à la page 408 de son ouvrage : « L*optiquc a été traitée chez les Arabes par un grand nombre d'auteurs, dont Je plus célèbre est Alhasen. Son ouvrage, qui nous est parvenu, sc recommande par des considérations de géométrie savantes et étendues. On y remarque surtout la solution d'un problème qui dépendrait, en analyse, d'une équation du quatrième degré. Il s'agit de trouver le point de réflexion sur un miroir sphérique, le lieu de l'oeil et celui de l'objet étant donnes. Ce problème a occupé de célèbres géomètres modernes, tels que Sluze, lluygens, Barruw, le marquis de Lbn> pital, n. Simson. »
(•) M. Frédéric Van Iluist, de Liège, a donné, en I8i)2, une notice intéressante sur notre illustre eompalriotc.
fliodiis pro maxiiiiiü et miniinis, {(emque Itiuyeiilibus quae nec fraclas nec irraiionales quunlitates moratur, et singulare pro illis calculi (jenus. Ce mémoire remarquable conecriiait plulôl le calcul clilTérenliel, et, l’année suivanle, l’auteur jeta les bases du calcul intégral dans deu\ écrits sur la quadrature des courbes.
Ici commence, pour les sciences mathématiques, une carrière féconde; mais, au même instant, la Belgique perdait riiomme <]ui pouvait la représenter le plus dignement et la faire marcher au rang des pays les plus avancés. Aucun effort ne fut fait alors pour aider nos aïeux à diriger leurs pas: après de Sluze, et, pendant près d'un siècle, la Belgique, au milieu de scs revers politiques, dut sc tenir à peu près en dehors du champ de la science nouvelle.
Parmi les savants qu’a produits notre pays, nous devons mentionner aussi les voyageurs ; Louis Hennepin était de n. ce nombre. Ké à Ath, dans le Hainaut, vers l'année 1640, "• il entra de bonne heure dans l’ordre des réeollets et montra presque aussitôt le désir de voyager et de parcourir, comme missionnaire, les régions éloignées. B alla d'abord à Rome, puis visita successivement différents pays sur le continent, toujours plus désireux de faire de nouveaux voyages.
Voici comment il s’exprime à cet égard dans un de scs principaux écrits (') : « A mesure que j'avançais en âge,
(*) Découverte d*un pays plus grand que VEuropCf situé dam V Jmérique , entre te Souoeau-Mexique et ta mer Glaciale f chapitre 1^', page !2i7, 2' vol., iiiipriincc ù la suite de Y Histoire des tneas^ Bois du PéroUj etc., traduite de l'espagnol de l'Inca Garciilasso de la Vega, à Amsterdam, chez Jeao-Fréd. Bernard, in-i<*, 1727. • A cette histoire de la Floride par Garciilasso, dit le traducteur dans sa préface, j'ai ajouté une relation curieuse, amusante et instructive d'un grand pays que l'on peut presque regarder comme appartenant à la Floride. Elle est du père Hennepin. Je me flatte que cette réimpression ne déplaira pas au lecteur. ^
luio.
cflli! iiidiiiilliun pour les voyages d'oulrc-uier se forlifiail dans mon eœur. Il esl vrai qu’une de mes sœurs, mariée à Gand, laquelle j’aime avee une extrême tendresse, me détournait de ce dessein autant qu’elle pouvait, lorsque j’étais |très d’elle dans celle grande ville, où je m’étais transporté pour y apprendre la langue flamande. Mais j’étais sollicité d’ailleurs par plusieurs de mes amis d’Amsterdam d’aller .lux Indes orientales, et mon penclianl naturel pour les voyages joint à leurs prières, m’ébranlait fortement et me déterminait presque à me mettre en mer pour contenter mon désir.... » ; et plus loin il ajoute : « Je me forliflai donc de |dus en plus dans mon ancienne inclination. Dans le dessein de la contenter davantage, j’allai en mission dans la plupart des villes de Hollande, et je m’arrêtai enfin à Maes- Irielit, où je demeurai environ huit mois. J’y administrai les Sacrements à plus de trois mille blessés. Étant là dans celle occupation, je courus plusieurs grands' dangers parmi ces pauvres malades. J’y fus même attaqué du pourpre et de la dyssenlerie, et je me mis à deux doigts de la mort. .Mais Dieu me rendit enfin ma première santé par les soins
et par les secours d'un Irés-habilc médecin hollandais
L’année d’après je m’engageai encore par un effet de mon zèle à travailler au salut des âmes. Je me trouvai donc au combat de Seneffe , où tant de gens périrent par le fer et par le feu. J'y eus beaucoup d’occupations à soulager et à consoler les pauvres blessés ; et enfin , après avoir essuyé de fortes fiUigues et après avoir couru des dangers extrêmes dans les sièges de ville, à la tranchée et dans les batailles, où je m’exposais beaucoup pour le salut du prochain, pendant ([ue les gens de guerre ne respiraient que le carnage et le sang, je me vis en état de satisfaire à mes premières inclinations. » Ces mots montrent assez quels étaient le eou-
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ias?c cl la fermeté du bon réeollel llainuyer, qui , dans les cas exlrêmes, au milieu des sauvages, lit voir ensuite plus de calme c‘l d'assurance <|uc le soldat le plus intrépide.
A la fin il obtint de ses supérieurs l’ordre de se rendre à la Kocbellc et de s'y embarquer en qualité de missionnaire du Canada. Il partit en 1676, et après avoir fait quelque séjour à Québec, il fut envoyé chez les Iroquois qui habitent les bords du lac Ontario, et visita successivement différenles parties de ces immenses contrées. En 1680, il découvrit (dit Paquot, tome XVIII, page 270) le fleuve du .Mississipi ; il courut de grands périls chez les peuples sauvages qui iiabitcnl ces contrées et fil un dictionnaire de leur langue. Enfin , après un séjour de onze années dans le nord de l’Amérique, c’est-à-dire de 1676 à 1687, il revint en Europe et n'y trouva aucun dédommagement aux peines qu'il s’élail données. Il eut à supporter de nombreuses eonlrariélés; il se rendit enfin à Utrecht, où il demeura sous la protection du comte d'Alhlone, général de la cavalerie des étals généraux, qui le connaissait depuis longtemps. « Ce fut là, dit Paquot, que, dégagé des soins et des embarras dont il n’avait cessé d’être accablé depuis plus de vingt ans , il entreprit de mettre la dernière main à la publication de scs voyages. Mais comme il n’a pas entièrement exécuté ce dessein, je soupçonne qu'il mourut au bout de sept ou huit ans de séjour à Utrecht. » Il est assez curieux de voir notre missionnaire n’échapper aux contrariétés nombreuses, aux persécutions même que lui faisaient endurer ses confrères en religion, qu’en s’installant chez un ollicier de cavalerie qui lui procura tout le calme dont il avait besoin. Louis Hennepin a publié sa Description de la Louisiane, nouvellemenf décoirrerle au sud-ouesi de la ,\ouvelle-Franre; imprimée par ordre du roi
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(l.ouis XIV ), «rec la carie du jnujs, les mœurs et la manière de vivre des sauvages. Paris, 1683, in-12 ('). Il ni parut une seconde édition en 1688, et une traduction italienne, à Bologne, en 1686. On a encore du même auteur l’ouvrage cité plus haut. Nouvelle découverte d’un très-grand pays dans l’Amêrigue, entre le Nouveau Mexique et la mer Glaciale; avec les caries et les figures nécessaires ; et de plus l'iiisloire naturelle et morale, et les avantages qu’on peut en tirer par l’établissement des colonies. Utrecht, 1697, in-12. Cet ouvrage a été traduit en allemand par J.-G. Langen, 1699, in-16. Après l'édition de 1 697, le père Hennepin donna un second volume sous ce titre ; Nouveau voyage d’un pays plus grand que l’Europe, etc., 1698, in-12.
Depuis, l’auteur commença un recueil complet de ses découvertes; il en publia même le premier volume sous le titre : Eoyage et nouvelle découverte d’un très-grand pays dans l’Amérique, entre le Nouveau Mexique et la mer Glaciale, etc., 1704, in-12; mais ni le second ni le troisième ne paraissent avoir vu le jour.
Un ne connaît pas au juste l'époque de la mort de Louis Hennepin; en la rapportant après 1704, année de la publication de son dernier ouvrage, il aurait vécu au moins soixante-quatre ans.
Une autre branche des arts, qui se rattache également aux sciences, mérite d’ètre mentionnée ici. Svvalm-Renkin, lils d’un simple charpentier, était né à Liège : il savait à peine lire et était chargé de la surveillance de la mécanique dans une fabrique de sa ville natale. 11 fut appelé à
(’) \uu.8 citons ccUc date daprè-s Paquot» à qui nous rempruntons: Mémoirett pour icrvir à Vhistoirc HUcrairr def dix provincett de» tome XVIII, page 517 ij Louvain, 1770.
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Versailles pour fueililer le transport des eaux,eleoinineina. en 1675, la célèbre machine de Marly, qui fut terminée en 1682; il fil les premiers essais en présence de Louis XH et de Colbert, et réussit admirablement dans la construction de cette œuvre ingénieuse, qui fit pendant longtemps l’admiration des constructeurs (').
Quand arriva le commencement du dix-huitième siècle, le silence scientifique s’était répandu sur la Belgique; deux ou trois hommes seulement témoignaient encore, par quelques écrits sur des branches toutes spéciales des sciences mathématiques, que l’esprit de recherches n’était pas encore entièrement éteint dans notre patrie. « Poignard, chanoine à Bruxelles, publia, en 1703, un livre sur les quarrés magiques, dans lequel il fait deux innovations qui embellissent et étendent ce problème: 1“ Au lieu de prendre tous les nombres qui remplissent un quarré , par exemple , les 36 nombres consécutifs qui rempliraient toutes les cellules du quarré naturel dont le côté serait 6, il ne prend qu’aulant de nombres consécutifs qu’il y a d’unités dans le côté du quarré, c’est-à-dire ici 6 nombres; et ces 6 nombres seuls, il les dispose de manière, dans les 36 cellules, qu'aucun ne soit répété deux fois dans une même bande, soit
(*) CVsl en parlant de la machine de Marly que Jacques Dclillc dit, dans »un cpitrCf au mécanicien Laurent, compatriote et émule de Swalm-Rcnkiii:
Privé de cf 9erours , le »u|>erbe Ver$aille9 Étalait Taiaement rorf^cil de ses murailles.
Mais que ne peut un Roi? Près du riant Marly ,
Que Louis, la nature et l'art ont embelli.
S'élève une machine où cent tubes ensemble Versent dans des luissins l'eau que leur jeu rassemble.
Enlevés lentement sur la cime des monts,
Ces flots preripilés roulent dans les vallons.
Raniment la verdure , ou baignent les naïades ,
Jaillissent dans les airs , ou tombent en cascades.
liorizonlal*;, suit vorliciili>, soit diiigoiiuk-: d'oii il suit noccssairenienl que toutes les bandes, prises en quelque sens que ee soit, font toujours la même somme; 2° Au lieu de ne prendre ees nombres que selon la suite des nombres naturels, c’est-à-dire en prof;rcssion arithmétique, il les prend aussi , cl en progression gconiétriquc et en progression harmonique; mais avec ces deux dernières progressions, l’artifice magique change nécessairement : dans les quarrés remplis par des nombres en progression géométrique, il faut que les produits de toutes les bandes soient égaux; et, dans la progression harmonique, les nombres de toutes les bandes suivent toujours celle progression. Poignard fait également des quarrés de ees trois progressions répétées ('). »
Ces travaux toutefois, quoique intéressants, n'étaient que secondaires dans la science. Chez nous, le beau siècle delà géométrie louchait à sa fin; la Belgique ne compUiil plus guère de savants ayant quelque nom dans les sciences mathématiques; Simon Slevin, Grégoire de Saint-Vineenl, le père De la Faille, Tacquel, Van Langren , le chanoine de Sluze avaient été leurs derniers interprètes, et ils avaient cessé d’exister depuis longtemps. La grande révolution, opérée dans la science par l'invention du calcul infinitésimal avait imprimé à tous les esprits une direction nouvelle;
(*) Etiai sur Vhixloire générale des nmlhèmatiques j par Charles Bossul, tome 1*'^, pages 232 et 233, în-8*. Paris, 1802. N'ayant jamais ou l'occasiuii de voir l'ouvrage de Poignard , j'ai dû me borner à citer l'opinion de Bossiit; car il ne se trouve pas meme indique dans les autres recueils. — Voyez sur Charles Poignard, pretro prebendnire et organiste distingue, qui sc rendit en Espagne en 1092, puis revint on Belgique en 1099, un article, dans |o Messager dea sciences historiques de Gand; page 107, 2 livr., 1803. Il était probablcnienl frère de celui dont il est ici quoNtion, let|U<d aurait été eha' noine de Sainte-riudule.
cl maillon roliscmcnl oo muuvomoiit inlollooluoi iu‘ soUiil |>as communique à la Belgique. Dès lors le nom de noire pays disparut à peu près compiclemcnt de l liistoirc des mathèmati(|ues, après y avoir brillé pendant l'espace de deux à trois siècles. Le chanoine Poignard cultivait encore la géométrie ancienne avec quelque succès; mais Le Poivre peut être considéré comme le dernier représentant de celle belle époque; il a su prendre parmi les savants de son temps, comme géomètre sinon comme analyste, un rang distingué que nous devons être jaloux de lui conserver ('). i\ous ne connaissons pas la date de la naissance du géomètre monlois; nous savons seulement qu’il fit imprimer è Paris, en 1704, un ouvrage sur les sections du cylindre i-t du cône qui mérita les éloges des savants (’), et particulièrement du marquis de Lhopital. « J’ai renfermé, dit l'au-
[') • La méthode de De la llirc a pourtant été reproduite, ou plutôt inventée de nouveau en I70i, par Le Poivre, île Mous , géomètre incoiinii de nos jours, mais qu'il y ourait injustice h ne pas nommer n côté de Desargucs, Pascal et De la llirc. *• Ilistoire df l^origiw et des progrès de ta géométrie moderne , page. 130.
(•) L’ouvrage parut, sous format in-8«, chez Barthélemy Giriii, en 1701, sous le titre : Traité des sections du cylindre et du cône cnnsidcf'ces dans te solide et dans te ptan^ avec des dcnionsfrations simples et noueclleSf par M. I,e Poivre , de la ville de Mon». M. Camille Wins nnu.s a fait connaître que railleur en a public, quatre ans après, une nouvelle édition, sous le litre: Traite des sections du cônCj considérées dans te solide j m ec des démonstrations simplet et nouvelles ^ plls simplbs et pli;s générales que celles de L’éplTlo^ DE Paris. A Mons, chez la veuve Gaspard Migeot. Le volume nous apprend, dit-il, que Monsieur Le Poivre était alors contrôleur des ouvrages de la ville de 3fons; il avait été appelé a cette charge, le 21 janvier 4700. L’œuvre, celte fois, est dédiée à l'électeur de Bavière (Maximilicn-Emmnnucl, gouverneur des Pays-Bas). V'oycz aussi la Biographie montoise de IH. Atl. M.ithicu.
M. C. Wins a publié, en iSoi, avec sa préface et la notice que j'y ai jointe, une nouvelle édition du petit ouvrage de Le Poivre, ne eoniprenaitl
leur, loiili- la science des sections coniques dans quatre ou cinq feuilles d'une grosse impression, qui n’ont pourtant pas laissé de me coûter trois années de travail, et qui renferment plus de connaissances que de fort gros volumes qui traitent de ces matières. » Et en effet l’auteur se rendait justice; son opuscule, qui ne se compose que de 61 pages et de 8 planches, vaut mieux, sous beaucoup de rapports, que le bagage volumineux dont bien des auteurs ont embarrassé leur marche, en cherchant le chemin de la po.slérité.
Le Poivre raconte qu’il entreprit la composition de son écrit à l'occasion d’une lettre de Descartes adressée à Dcsarges sur la manière de traiter les sections coniques, selon qu’on s'adresse à des savants ou à des personnes qui ne le sont pas. « Kon-sculcment j'ai écrit en faveur des savants, dit-il, en leur donnant une nouvelle projection, de nouvelles propriétés et de nouvelles démonstrations des sections coniques qu'ils ignoraient, mais aussi en faveur de ceux qui ne se piquent pas d’être savants dans les matières que j’ai rendues si faciles qu’il leur suffira d'avoir la connaissance de quelques propositions élémentaires, que j'ai citées au commencement de ce traité, pour comprendre sans aucun effort d'esprit tout ce que j’ai dit sur cette science. »
L’ouvrage de Le Poivre fut accueilli avec beaucoup de faveur; du moins deux recueils scientifiques, qui jouissaient à cette époque d'une grande estime, le Journal des savants de Paris, et les /icta eruditorum de Leipzig, en firent un brillant éloge.
L’ouvrage est dédié à monseigneur l’abbé Bignon, con-
qu'un opuscule de Gâ pages iu>12 ; c'est de là que nous tirons plusieurs de nos rensfigncmenls. Kc prénom de Le Poivre, qui paraît avoir été Jacob, n'csl pas indiqué dans Toiivragc.
scillerd'Éliil ordinaire, president de I Aeadéinie des seienees de Paris. L'épître dédiealoire est Irès-Iaudalivc cl rappelle peut-être un peu trop le siècle du grand roi.
La description des coniques donnée par Le Poivre est basée sur la méthode qu’expose De la Hire, dans .scs Planiconiques , comme le fait observer M. Chasles; mais elle est présentée d’une manière très-différente et qui mérite d’être mentionnée spécialement (').
Celle méthode de transformation, dont on a fait un grand usage dans la géométrie moderne, était une innovation heureuse dont Le Poivre avait fort bien senti tous les avantages; elle permet de transporter aux sections coniques la plupart des propriétés reconnues dans le cercle. Newion s'en était servi avec succès dans son livre des Principes de la philosophie naturelle, et avait montré le parti qu'on
(*) Jacqucs-Francois Le Poivre mourut, à Mous le 6 décembre 1710 : il faut rattacher à sa famille, paraît-il, un ingénieur qui s'était fait connaitre dans le siècle précédent et qui se trouve mentionné dans les Archv'c$ Hfs arts f sciences et lettres^ par M. Alex. Pinchart, tome II, page 179 :
«• Pierre Le Poivre naquit en 1540 dans le Ilainaul, et peut-être à Mens, où il exerça la profession d'architecle et d'ingénieur, et tint une école d architecture. Vers 1582, le comte do Lalaing, grand bailli du Hainaut, l'obligea d'aller sc mettre, a Valenciennes, à la disposition du duc de Parme, pour diriger des travaux de furtincations. Le Poivre avait déjà auparavant servi dans l'armée, du temps du duc d'Albc. En 1595, fatigué de la vie active, il demanda à sc retirer, et obtint du comte de Mansfeld, gouverneur général des Pay.s-Bas,des lettres patentes, datées d'Anvers, le 20 octobre de la meme année, par lesquelles il lui était accordé « en considération de ses scrvice.s,
• l’estai de artiste et de jéographe, vacant par le trespas de Jacques de Breuck,
• avec une pension annuelle de deux cents livres de Flandre • Peu de
temps avant sa mort, P, Le Poivre fit parvenir à l'infante Isabelle une requête dans laquelle il parle de scs travaux et où sont consignées quelques notes utiles pour sa biographie : cette supplique fut favorablement apostillée le 0 octobre 1626. • Pierre Le Poivre mourut six jours après, ègé de plus de quatre-vingts ans.
a; SS
pcul (ïii tirer pour bimplilier ceritiiiis prol>lèiiu's de géométrie.
Nous ne devons pas considérer comme étrangère aux études qui nous oeeu|>ent la connaissance des sciences qui appartiennent plus purliculièrement aux beaux-arts. Nous avons déjà parlé des progrès que la perspective doit à l'intclligcncc de nos aïeux ^ nous rappellerons également les secours que les arts en ont reçus et spécialement par une juste appréciation des proportions de l'homme. Cette partie a été peu cultivée chez nous; on trouve cependant quelques hommes de mérite qui s’en sont occupés avec succès. Nous N. 1640. citerons en particulier Gérard de Lairesse, artiste liégeois qui passa en Hollande la majeure partie de sa vie. Il était né à Liège en 1640, et il mourut à Amsterdam en 1711. Vers la fin de sa vie, la cécité le força de recourir à l'aide de scs fils et de plusieurs de ses élèves. Ses travaux et les succès qu'il obtint méritent de trouver une place spéciale dans cet ouvrage (') et le rangent parmi les soutiens que ce bel art eut, particulièrement en Italie, dans Jean-Baptiste Alherti, Léonard de Vinci, Dominique Ghirlandajo, etc.; et, en Allemagne, dans plusieurs artistes, parmi lesquels nous citerons le statuaire Shadow et le célèbre Albert Durer, auteur d’un traité remarquable sur les proportions de l'homme.
On a vu le goût des sciences se perdre successivement dans nos provinces, et l’on peut dire qu'il se trouvait à peu près éteint quand, après les guerres des Pays-Bas, arriva la
('} Pendant sa cécité, il dicta à scs fils les ouvrages suivants : 1* Les principes du dessiHf en français, publiés à Amsterdam de 1719 à 1729, ki-folio avec 120 planches. L'ouvrage a été traduit en anglais cl en allemand. 2<> Leçons de peinture f en hollandais. Amsterdam, 1720, traduites en allemand et en français.
— iT.i —
mort du Louis XIV' ( I suplciiibre I7 Iü). Cupundant ecUtr ûpoque a élé remai'quabic dans les autres pays par les inventions nouvelles qui s'y produisirent, et spécialement par les découvertes dans les sciences mathématiques.
En 1660 naquit, à Liège, le médecin Jean-François Bres- n. lœo. mael, à qui l’on doit diiïérents écrits sur les eaux minérales ** ”” de son pays; nous citerons en particulier : V Hydrographie des eaux minérales d’Aix et de Spa, Liège, 1699 et 1718; la Description des eaux acides et ferrugineuses des fontaines de Nivelles, 1 71 2 ; le Parallèle des eaux minérales chaudes et actuellement froides du diocèse et pays de Liège, 1721. L'auteur avait fait ses études à Louvain et il alla prendre le titre de docteur à Paris : il revint ensuite dans sa patrie et se 6xa à Liège.
Le goût des sciences mathématiques se soutenait encore dans eette ville, par l'exemple qu’y avait donné un de ses plus dignes représentants, le chanoine de Sluze. Parmi scs imitateurs, nous nommeurons partiel ièreraent Laurent Go- ^ bart, qui appartenait à Tordre des Jésuites. Il se trouvait ** dans un couvent de sa ville natale où il consacra sa vie à Tcnseigncmcnl. On a de lui un ouvrage sur le baromètre ; Tractatus philosophicus de barometro, in-12, de 188 pages, qui fut imprimé à Amsterdam en 1703. L’auteur vécut encore longtemps après la publication de ce travail, mais il parut abandonner la carrière des sciences (').
C’est à Liège que se trouvait aussi le jésuite anglais
Jacques Gooden, qui y enseigna, pendant plusieurs années, ^
la philosophie et les mathématiques. Il devint reeteur du ^ collège de S* -Orner et supérieur du noviciat à Gand. Il a
(’} 11 était né à Liège, en 1658, et mourut dans la même ville, le mars * 1750. On lui doit spérialemml rlifTércnts ouvragr.s religtrux.
laissé l'ouvrage Triyuttuhielriu plana et spliuerica cum select is ex geometrid et astronotniâ problematis; Liège, i704, in-12. Il mourut à S‘-Omer en 1730.
l'n autre jésuite anglais, Édouard Slaughter, qui avait fait son noviciat en 1673, cn.seigna également à Liège l'hébreu, la théologie et les mathématiques, dans le eollége de sa nation. Il devint recteur de ce même eollége de 1701 à 1704, et conserva ensuite cette qualité en se rendant sueeessivement à S'-Omeret à Gand. Il passa les dernières années de sa vie à Liège, où il mourut en 1729, à l'âge de soixanle-tjuatorze ans. Il est auteur d'un ouvrage intitulé: Arithmctica mctiiodicè et succinctè traditu adjtincta ad praxim ratione. Liège, 1702, in-12.
C’est vers cette époque que l'on retrouve à Paris le peu de nos compatriotes qui s’occupaient encore des études littéraires et scientifiques : c’est dans cette ville que se relira le savant Louis-François- Joseph De la Barre, qui était né à Tournay et qui devint membre de l’Académie des inscriptions de France. Parmi les nombreux ouvrages qu'il a publiés, nous citerons particulièrement les deux volumes in-folio qui ont paru sous le litre: Imperium orientale; ainsi qu’un Recueil de médailles des empereurs romains, depuis Dèce jusepi’au dernier Paléologue, et une édition nouvelle du dictionnaire de Moreri, qui parut en 1723.
Dans un ouvrage spécialement consacre aux sciences, nous ne devons pas omettre de rappeler que l université de Louvain, à cette épo(|ue, perdit un de ses professeurs les plus distingués, le célèbre médecin Joseph Réga, qui était né dans cette ville et qui fut regretté par tous les amis des sciences. Parmi ses écrits, il s’en trouve un qui se rapporte plus spécialement aux connaissances qui nous occupent , c'est sa thèse sur les eaux minérales de la source de .Mari-
iiiunt : Dissetiatio medica de ai/tiis tniiieralibus fonlis Marimonlensis in comilalu Hannoniae , in-12. Louvain,
1740. Ce travail fut traduit en français l’année suivante et obtint un grand succès; il lui valut aussi le titre de médecin de rarchiduchessc Marie-Élisabeth, qui était alors gouvernante des Pays-Bas.
L’époque que nous traversons n’était pas seulement défavorable aux sciences mathématiques dans ce pays, mais les historiens même, qui auraient pu nous rappeler le peu de nos compatriotes qui s’occupaient encore des travaux de l’intelligence, manquaient absolument. Ce n'est guère que par les écrits des étrangers que l’on peut connaître ce qui se faisait chez nous dans la première moitié du XVIIP siècle (').
Christophe Maire, de l'ordre des Jésuites, était né le 6 ” J™’mars 1697; il fut professeur de théologie et de philosophie à Liège, et plus tard recteur du collège anglais à Rome.
Il revint ensuite à S*-Omer, oii il avait enseigné en premier lieu : il linit par se retirer à Gand, et il y mourut le 22 février 1707.
On a de lui différents travaux dont nous nous bornerons à énoncer les principaux : Observaliones comefae ineunle anno 1744, in collegio finglicano Roinae habilae et cttm lheorià ,\ewlonianà comparatae, in-4“; Romae, 1744.
Ce travail a été publié en latin et en italien. Le savant Bo.seovich a fait paraître avec Chr. Maire l’ouvrage : De lillerariâ expedilione per ponti/icam dilionem ad dimeliendos duos ineridiani (jradus et corrigendam mappam geographicam jussu et auspiciis Benedicti A lF Pont.
Max. suscepla, in-4“; Romae, 173o. — Le tome XI de
(') L'ouvrage de Foppens parut en 1739, mais il iic parle ni des mallicmalicieiis ni des physiciens. Les noms de Le Poivre , de Poignard, de üobarl, de Bresmael, de Christophe M.iire, d'Adam Braun, de Le Ralz de Lanilice, de Pierre Laurens, ete. , n'y sont pas meme indiques.
l'Histoire littéraire de Zaccaria contient aussi des observations astronomiques faites par Chr. Maire (').
Parmi les savants qui quittèrent leur pays et dont le nom est à peu près oublié, nous citerons encore Josué-
N. no*. Adam Braun, qui était né à Asselie, près de Bruxelles. Il
S était occupe des sciences physiques et setaitüxe a Saint-
Pétersbourg, où il était devenu professeur de philosophie
et membre de l’Académie des sciences. La physique et
rhistoire naturelle doivent beaucoup à ses travaux; nous
indiquerons ses principaux ouvrages, qui se rapportent
plus particulièrement aux températures ; De itisigtiioribus
telluris mutationihus , Saint-Pétersbourg, 1736; — De
(jradibm frigoris summis, quos cerla fluidorum généra
ferre possunt, anlequam fiant solida, in glaciem ab-
euntia; algue gradibus summis caloris quos accipere
possunt, donec bullire incipiant et in ipsa bullitione
continuata; nov. Comm. Petrop. VIH, 1763. — Caloris
diminuti et aucii phoenomena nova paradoxa; ibid., X,
1766. — De admirando frigore artificiali, quo mercu-
rius est congelatus; ibid., XI, 1767. — De caloris com-
municalionis exceptions phaenomena nova experimeti-
tis elicita et explicationes; ibid., XII, 1768. On trouve
dans les .Mémoires de Saint-Pétersbourg encore beaucoup
d'autres recherches physiques et météorologiques du même
auteur. Ce physicien est mort dans sa nouvelle patrie, le
5 octobre 1768
Un lit dans lu lUbliolhcquc di's écrivains de la Compagnie de Jésus, tome V, page 503, de rédilioii de Liège, I85U, que l'oiivrage de Litferariâ expedilione, ele,, est du père Buscovieh, à l'exception do doux pcUU traites du père Maire. •• La carte dos États pontificaux , dressée par le père Maire, est aussi le résultat des oLserxa lions de ces t|«;ux savants. ■ — Biograpkischditier. Handworterbueh , etc., par J.-C. PoggeiidorfT, iii-8*. II' vol., p. 18; 1800.
{*) Vojcz le HiogruphischdiUerarisehc» l/nndworterbuclt , par J.-C. Poggoiidorfr, P' volume, page 282 ; <858.
Vers le milieu du siècle dernier, nous trouvons un autre inathémalicien belge, originaire de Liège, et qui appartenait à la noblesse; il produisit plusieurs ouvrages matheinaliques, mais il ne reste aucun détail sur sa personne :
son nom était Le Ratz de Lanthenéc. Voici les ouvrages n
M. mo.
qu'il a laissés; mais nous n’avons pas eu l’occasion de les consulter, malgré le peu de temps qui nous sépare de l’auteur; Éléments de géométrie, 1738, in-8“. — Lettres à !H. de É'oltaire sur son écrit intitulé : Réponse aux objections contre la philosophie de IS'ewton, 1739, in-8®.
— Examen et réfutation de quelques opinions sur les causes de la réflexion et la réfraction, répandues dans l’ouvrage de M. Banières contre la philosophie de Neivton, avec un Essai sur l’impulsion appliquée aux phénomènes de la lumière et quelques autres attribués à l’attraction J Paris, 1740, in-8“. — Nouveaux essais de physique; ibid. , 1730, in-12. L’auteur, en défendant les idées de Newton qui trouvaient encore des opposants, faisait au moins preuve de conviction et d’intelligence. On peut croire, par le lieu où il fit imprimer scs ouvrages, qu’il s’était fixé à Paris (').
La Belgique a produit, aux dilTérentes époques, une série d’hommes de mérite distingués par leurs travaux mécaniques; à côté de ceux que nous avons cités déjà, nous nommerons encore Pierre-Joseph Laurent ou Laurens {*). n. m». C'était un ingénieur remarquable que son pays a presque ** oublié, et qui cependant a mérité l’approbation des hommes
(*) Dictionnaire biographique dctt Beiges, etc., par J. Pauwcis de Vis, avocat, etc., 1 voi. grand iii-H”. Bruxelles, 1843.
(*) Laurens était né en 1713, dans la province de la l'Iandre occideiiUlc, ri il mourut en 1773; il était lils d'un simple éclu'iier «le Bmicliain. Il avait été rrêt* chevalier de SHinl-Miclicl.
instruits de son temps, même dans les classes les plus élevées. Parmi les lettres de Voltaire, on en trouve une qui lui a été adressée sous la date du 6 décembre 1771; il y est question du canal des Flandres dont le savant belge s'occupait en ce moment ('). On lui devait aussi la eonslructiou d'une machine ingénieuse pour lever la grille qui ferme l’Escaut: un seul homme exécutait en quelques minutes un travail qui d’abord exigeait le concours d’un grand nombre d’hommes pendant une journée entière. Delille lui a consacré des vers pour plusieurs de ses inventions, et entre
(') On me pardonnera de placer ici celle letlre de t'illuslre poêle, aussi élogieux pour scs amis qu'il était âpre pour ceux dont il croyait avoir à sc plaindre. Je savais. Monsieur, U y a longlernps, que vous aviez fait des prodiges de mécanique; niais je vous avoue que J’ignorais, dans ma chaumière et dans mes déserls, que vous Iravaiitassicz actuellenicnl par ordre du roi aux canaux qui vont enrichir la Flandre et la Picardie. Je remercie la nature qui nous épargne les neiges celte année ; je suis aveugle quand U neige couvre nus niuntagnes; je n’aurais pu voir les plans que vous avez bien voulu m'envoyer; j’eii suis aussi surpris que reconnaissaiil. Votre canal .souterrain surtout est un chef-d'œuvre inouï. Boileau disait à Louis XIV, dans le beau siècle du goût :
J'entend» déjà frémir le» deux raer^ etoonêes De voir leurs flot» unis au pied des Pyrénées.
Lorsque son successeur aura fait exécuter tous scs projets, le mers ne s'étonneront plus de rien, elles seront très-accoutumées aux prodiges.
" Je trouve qu'on se faisait peut-être un peu trop valoir dans le siècle passé, quoiqu'avec justice, et qu'on ne sc fait peut être pas assez valoir dans celui-ci. Je connais le poème de l'empereur de Chine, cl j'ignorais les canaux navigables de Louis XV.
» Vous avez raison de me dire. Monsieur, que je m'inlér**ssc à tous les arts et aux objets du commerce :
Tous 1rs goùti à la fois sont entres dans imm àme.
Quoi(|Uc octogéuaire, j'ai établi des fabriques dans ma sollitiide sauvage ; j'ai d'cxcellen.s artistes qui ont envoyé de leurs ouvrages on Russie et en Turquie; et, si j'étais plus jeune, je ne dése.*jpérerais pas de fournir la cour de Pékin du fond de mon hameau suisse.
autres pour le fumeux bras mécanique qu'il substitua au bras d’un soldat mutilé.
Archimède nouveau, qui, par d'iicurcux effurb.
Pour dompter la nature, imites ses ressorts;
Qui sers riiumanitc, ton maître et ta patrie,
Ma muse doit ses vers à la noble industrie.
Assez d'autres sans moi souilleront leur encens :
Qu'ils l'offrent ii Plutus, je le dois aux talents.
Quels prodiges depuis ont rempli ta carrière!
Je te suis dans les champs de la Flandre guerrière :
Tristes champs où Cérès voit naître ses moissons Du sang dont le dieu Mars engraisse les sillons.
Là, ton art, sur l'Escaut, pour défendre nos villes,
Posait des murs de fer, et des remparts mobiles ['),
Lançait sur reunemi des torrents déchaînés (*),
Ou portait nos soldats sur les flots étonnés (’).
Mais la gloire t'appelle à de plus grands miracles (*)
La puissance d'un art s’accroît par les obstacles.
Ues hommes aussi ingénieux font nécessairement partie du groupe d’esprits supérieurs dont un pays doit aimer à conserver la mémoire.
Le gouvernement d’Albert et Isabelle avait donné lieu,
” Vive la mémoire du grand Colbert, qui Ht naître rindustrie en France, Et priva nus voisins rie rcs tributs serviles Que payait à leur art le luxe de nus villes.
» Bénissons cet liommc qui donna tant d'encouragements au vrai génie, sans affaiblir les sentiments que nous devons au duc de Sully , qui coniiiicnça le canal de Briarc, et qui aima plus l'agriculture que les étoffes de soie. Hla debuit facertf cl ista non omitterc.
» Je défriche depuis longtemps une terre ingrate; les hommes quelquefois le sont encore pins; mais vous n’avez pas fait un ingrat, en m'envoyant le plan de l'ouvrage le plus utile.
*• J'ai riiunneur d’étre avec une estime égale à ma reconnaissance, etc. •
(') Machine de |>oternc.
[*) Écluses.
(•) Ponts porUitifs.
(*) Dessèchement des niiiie.^.
— 'iSi —
comme nous l'avons fuit remarquer, à un nouvel ordre de choses : on avait vu disparaîlre les scienees et les lettres <lans leurs plus brillantes manifestations. Elles n’étaient cependant pas entièrement éteintes ; les sciences avaient conservé des représentants, non pas dans l’université de Louvain, mais dans l'ordre qui lui était opposé, dans les rangs des jésuites , qui , pendant plus d’un siècle, lui firent une guerre où ils conservèrent tout l'avantage malgré la vive intervention de Port-Royal. Quelques hommes de talent parurent encore de loin en loin. Le siècle suivant se montra dans un état déplorable; les sciences y furent entièrement abandonnées; le peu d'hommes instruits qui les cultivaient encore s’étaient réfugiés à l’étranger; il fallait une intervention puissante pour essayer de mettre un terme à un mal aussi déplorable, chez un peuple qui avait si peu mérité le malheur dont il était accablé. L’ancien Belge avait cessé d'exister; il s’agissait de donner une vie nouvelle au |»euple qui lui succédait.