‹ Histoire des sciences mathématiques et physiques chez les BelgesChapitre 14 sur 37 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

DEPUIS LA CRÉATION DE L’ACADÉMIE IMPERIALE ET ROYALE DE BRUXELLES JUSQU'A I8SO.

LŸmugi nation, ranimée un instant au commencement du XVIIe siècle, s’était entièrement éteinte, comme nous l’avons vu , au milieu des désastres publics qui suivirent la fermeture de l’Escaut et le fatal traité des Barrières (').

(') Pour faire apprécier le mal, il suffira de rapporler, d'après un de nus historiens, quelles lurent les suites de ce fatal traité des Barrières (I S novembre I7ISJ. « Il n'y a pas d'exagération à dire qu'il fut, avec l'article du traité de Munster sur la navigation de l'Escaut (I04S), l’œuvre qui consomma la ruine des Pays-Bas. Prise isuléinciit, cette convention n'avait pour objet que de poser un frein à l'ambition do la France. Dans ce sens, elle était dans nos intérêts comme dans ceux des Provinccs-Unies, mais on doit la regarder comme une dépendance du traité d'Utrechl; et, sous ce point de vue, finances, commerce, industrie, liberté, indépendance, tout ce que les hommes ont de plus cher y fut compromis : nos places les plus importantes furent occupées par les troupes étrangères; c'était avec nos fonds

Ou a peine à se représenter un ehangeinent aussi brusque, un état d'épuisement aussi complet. Abimé par les coups (|u’il avait reçus de l’Espagne et de la France, le Belge, sous le gouvernement autrichien, était tombé dans une espèce de torpeur: il en était venu à cet état où l’on finit par oublier ses titres les plus nobles, uniquement occupé de pourvoir aux besoins matériels de la vie.

Cependant , autour de nos frontières , les sciences marchaient à grands pas; les importantes découvertes du dixhuitième siècle parcouraient l’Europe, mais sans laisser parmi nous des traces de leur passage. L’étranger , méconnaissant les services que nous avions rendus, nous insultait dédaigneusement, et nos voisins, qui nous avaient vus tomber aux avant-postes, en combattant pour une cause commune, exploitaient nos désastres et s’attachaient à recueillir les débris de notre naufrage.

Ces humiliations étaient pénibles. Fils ainés de la liberté, nous avions été des premiers à apprendre à l’Europe, au sortir des ténèbres du moyen âge, les jouissances que donne l’alliance des beaux-arts, des sciences et de l'industrie, et aucune voix généreuse ne s’élevait en Europe pour venger ou du moins pour plaindre notre infortune.

('.et étal de langueur et de marasme intellectuel durait

(|u'un les suudoyatt. Toutes les entraves que des rivaux d'industrie peuvent imaginer furent imposées à notre oonimcrcc ; nos ports fermes aux vaisseaux étrangers f les routc.s mnritiinc.s interdites à nos marins; Hés par des lois liscnies étrangères, à la merci d'un système intérieur de douanes, ouvrage de nos adversaires, nous ne pouvions pas faire un pas dans la route des in> novations sans rencontrer des obstacles; rendre une loi salutaire, élever une institution bienfaisante ou une compagnie d'industrie, sans exciter les cris de nos voisins cl nous attirer les menaces de l'Europe entière. « Sieur, tome VII des Mémoires coumméf par r .Jcadêtnie royale de ffrtixellcs, p. 10, iii-i", IK-J!).)

fiicore vers lu lin du siècle dernier; mais la vie étail revenue lentement dans le corps de l'Etat : les douceurs de la paix avaient fait renaître l'aisance et l'activité ; l'instant approchait où l’on pourrait encore parler au Belge de ses anciens titres de gloire et de bonheur, avec la conviction d’en être compris.

C’est dans ces circonstances et sous les auspices de Marie- Thérèse que se forma l’Académie impériale et royale de Bruxelles ('). Le peu d’hommes véritablement instruits que renfermait la Belgique se réunirent à plusieurs étrangers de distinction, et l’on put encore, parmi nous, entendre le langage de la science. Les travaux de ce corps savant furent couronnés de succès, la nation comprit que l’opinion de l’étranger allait dépendre de l’estime qu'ils feraient naître. Malheureusement ces succès furent de courte durée : une révolution qui brisa la plupart des appuis de l’ancien édilicc social et qui renouvela la constitution politique de plusieurs États, vint encore changer les destinées de la Belgique. L’Académie de Bruxelles fut supprimée, ses membres dispersés (’); et quand, plus tard, nous fîmes partie

(*) La Société titternire fui fondée en 1709, sous les auspices du comte de Cobcnzl, ministre pléiiipolciiliaire de S. M. rimpénilrice Marie-Thérèse; quatre ans aprè.s, son cadre fut élargi : elle prit le titre d*./^radérm> impériale f( royale, le 15 avril 1775. L'université de Louvain avait, à cette époque, perdu beaucoup de son ancienne .splendeur. • Il est honteux, disait le comte de CobenzI en demandant la fondation de l'Acadéniic , il est honteux que nous ayons dans notre université des gens si peu faits pour maintenir le bon goût, et entièrement livrés à la barbarie pour les sciences cl à la rusticité pour les mœurs. « C'est pour remédier à cet inconvénient qu'il proposait l'organisation de l'Académie nouvelle; c'est aussi pour les motifs indiqués qu’il crut devoir la former en partie de savants étrangers, mais qui habitaient le pays. Cependant cet antagonisme cessa peu à peu, et divers membres de rtinivcrsiléde Louvain finirent par prendre place à l'Académie.

(•) Sa dernière séance eut lieu le :2I mai 179i. Voyex, pour la formation

— 28 Ci

(lu grand corps de l'empire français, donl toute la vie intellectuelle .semblait concentrée dans Paris, on put se demander avec raison si le Belge n'ctait pas retombé dans son précédent état de torpeur.

L’Académie impériale de Bruxelles , dont les services sont, aujourd'hui môme, eneore trop peu appréciés parmi nous, n’apparut donc que pendant un instant et comme préludant à une ère nouvelle qui devait nous rendre, avec nos anciennes libertés, nos anciens goûts pour les arts, pour les lettres et pour les sciences.

Lorsque, en 1816, ce corps savant fut réorganisé, on rappela , pour le composer, le peu de membres anciens qui vivaient encore: mais les uns s’étaient expatriés et les autres étaient en général trop âgés pour pouvoir concourir une seconde fois à la régénération intellectuelle du pays.

Il est inutile de s'arrêter ici pour retracer l'origine et les travaux de l'Académie impériale; on peut en trouver le récit détaillé dans les volumes qui commencent l’ancienne et la nouvelle série de scs Mémoires. Nous ne parlerons de sa fondation que pour faire apprécier le caractère de magnidccnce qui lui fut imprimé et qui ferait honneur au gouvernement le plus ami des lumières. Son auguste fondatrice avait compris que, pour relever les seiences dans un pays où elles étaient tombées à peu près dans un oubli complet, il fallait les environner d’honneurs et récompenser dignement ceux qui les cultivaient avee succès. Elle désigna le prince de Starbemberg , son ministre plénipotentiaire, pour la représenter dans l’Académie en qualité de protecteur, et

de l'anctcnnc Académie de Bruxelles et pour son reglement, rAnnuaifrc de l*Aead€mif royale de BritTene$ de Tannée 1840, el ceux des années sulvnntc«t jusqu’en I8S0.

le ehuiieelier de Brabunl fui investi de la présidence. La Bibliothèque royale fut assignée pour le lieu ordinaire des assemblées. L’Académie eut en outre la jouissance de cette riche, collection qui avait appartenu primitivement nii\ ducs de Bourgogne; il lui fut permis de se servir, pour son grand sceau , des armes de cette illustre maison , et d'associer ainsi son nom aux anciens souvenirs de notre histoire nationale; des fonds furent libéralement accordés pour l’impression des Mémoires, pour les prix des concours et pour des voyages scientifiques; des pensions furent créées en faveur des membres avancés en âge ou pour ceux qui se distinguaient par leur activité. « Finalement, » pour donner une marque ultérieure de l’estime parti- » culière que nous accordons aux talents utiles, et à eeiix » qui savent les cultiver avec succès, disait l'impératrice » dans ses lettres patentes, nous déclarons que la qualité » d’académicien communiquera à tous ceux qui en seront » décorés, et qui ne seraient déjà pas anoblis ou de nnis- » sance noble, les distinctions et prérogatives attachées » à l’état de la noblesse personnelle, et ce en vertu de » l’acte de leur admission en cette compagnie. « Si nous citons ces paroles, ce n’est certes point pour faire valoir d’anciennes prérogatives, mais pour faire comprendre le puissant appui que recevaient les sciences à une époque où CCS prérogatives étaient tout aux yeux du plus grand nombre.

L’Académie reçut cependant un privilège plus grand encore, un bienfait inappréciable pour le savant, c’est la liberté de la presse, ectte mère de la pensée, qui apparaissait alors comme un phénomène consolateur au sortir d'une longue nuit. Tant d’avantages réunis devaient faire ambitionner le titre d’académicien; aussi une noble émulation se répan-

(lit dans toute la Bel^i(|ue, et l'on ne tarda pas à voir surnir des talents qui seraient demeurés engourdis sans des stimulants aussi énergiques. Cinq volumes de Mémoires furent publiés par l’Académie impériale et royale de Bruxelles, pendant sa courte existence, ainsi que plusieurs volumes de Mémoires couronnés. Une analyse détaillée de ces travaux scientifiques et littéraires deviendrait fastidieuse ; mais il peut être intéressant d'examiner les conséquences utiles qu'ils ont eues pour la Belgique;.

Si l'on considère d'abord les sciences physiques, on peut juger de leur état d'avancement par la hauteur à laquelle fut portée l'étude des mathématiques. Les mathématiques forment, en cITel, le langage dans lequel s’expliquent et s'apprécient les phénomènes naturels, quand ils ont été convenablement étudiées et ramenés à leurs éléments les pins simples. Et, en général, la diflieullé qu'éprouvent la plupart des sciences à laisser traduire leurs phénomènes dans ce langage, témoigne le faible degré de leur avancement.

En adoptant une pai eilic mesure, nous trouvons, dès les premières publications de l'ancienne Académie, un progrès immense. La naissance du calcul infinitésimal avait suivi de près l'époque de la décadence des sciences dans nos provinces. Ce calcul avait pris les accroissements les plus rapides chez nos voisins, et cet instrnment inei.sif , dont on ('ssayait la puissance en déchirant, comme par enchantement, les voiles épais qui couvraient les plus beaux secrets du système du monde, n'avait guère attiré l’attention de la Belgique. Après avoir réduit pour ainsi dire le ciel sous son domaine, le calcul infinitésimal avait fait les excursions les plus heureuses dans le champ de la physique, et il abordait de front les plus beaux problèmes de cette science, que nous en étions encore, dans nos frontières, à l'étude des

ouvrages les plus surannés. Le commandeur de Nicuporl, dans le second volume des anciens Mémoires de l’Académie, montra le premier que la haute analyse avait trouvé un interprète en Belgique ; il y traita à la fois la solution de plusieurs problèmes importants qui occupaient alors les mathématiciens, et ses travaux le mirent en rapport avec d’Alembert, Bossul et Condorcet. De semblables relations ne font pas seulement honneur au savant qui en est l’objet, mais encore au pays auquel il appartient.

Un exemple si beau ne trouva guère d’imitateurs. A côté

de lui , R. Boumons fut à peu près le seul dans l’Académie,

et l’on doit dire dans le pays entier, qui s’occupait de rc- " ”** eherches de haute analyse, mais avec bien moins de succès que le commandeur de Nieuport (').

(’) Voici quolqucft<uns dos principaux ourrages qu*on suivait h rnnirersité de Louvain, vers 1 époque indiquée. Si Ton en examine le contenu, on voit qu'ils étaient composée par des hommes qui avaient peu l'idée des progrès de ren.scigneinent et de la marche des sciences : Elcmruta ariihmeticac et nlffcbraf, in-8®, 1774, sans nom d'auteur; — Tabulae ioffarithmicae et «inuum flc (angeniium , iii-8®, 1774; — Etementa optirae et perspectirae p in-8",

1775, sans nom d'auteur; — Etementa arithmeticae et atgebrafp in-8% 178:i, sans nom d'auleur; — Geotnetria etementaria et practica , in-8®, 1784, par J. Van llaecht; — De Cyferkomte en de Geometriej par Le Page, professt'ur à Punivcrsilé de Louvain. In-8®, 1802.

Il s'était formé à Bruxelles une Académie militaire, à la tète de laquelle le gouvernement avait placé M. D'Ilucher, l'un de ses ofiîcicrs, qui fit paraître les ouvrages suivants, rédigés en français : 1® Arithmétique et algèbre ,

1 vol. in-8®, 1755; 2® Cconie7n> simple et composée (sections coniques, trigonométrie, nivellement), 1 vol. in-8®, 1756; 3® Lois du momement et stf$tiquep 1 vol. in-8®, 1765.

Il existait de plus, dans les principales villes du pays, dos écoles Thérésiennes pour l'enseignement secondaire. Dans celle de Bruxelles, le professeur Bournons, qui était membre de l'Académie, avait publié des Éléments de mathématiques,

Anvers avait aussi publié De Vemieuwde egfrrkonsf, par David Cork , augmentée par J. -B. Wapers. j9

Uournons avait été admis dans ce corps savant le 14 octobre 1776. Officier au corps du génie de S. M. I. et R, il se trouvait attaché comme professeur de mathématiques au collège Thérésien de Bruxelles. On a peu de renseignements sur ce qui le concerne; on sait seulement quïl mourut dans cette dernière ville et qu il était né à Malines. Il succomba à une longue et pénible maladie, le 22 mars 1788. Scs productions principales sont les suivantes :

1“ Phases de l’éclipse annulaire du soleil du 1" avril calculées sur le zénith de Bruxelles. Ce travail a été communiqué à l’Académie ; mais il est resté manuscrit; — 2* Mémoire contenant la formation d’une formule générale pour l’intégration ou la sommation d'une suite de puissances quelconques dont les racines forment une progression arithmétique à différences finies quelconques; — 3° Eléments de mathématiques à l’usage des collèges des Pays-Bas; /” partie, contenant les principes du calcul des nombres entiers. Bruxelles, 1783, en tout 280 pages in-8®.

En mourant, Bournons a laissé également un travail manuscrit in-4® sur la gnomonique et en particulier sur les cadrans solaires pour la latitude de Bruxelles, avec un volume de planches fort bien exécutées : cet ouvrage fait actuellement partie des manuscrits de la Bibliothèque de Bourgogne.

Malheureusement on n'a pu retrouver après la mort de l’auteur les trois pièces suivantes , qui devaient faire également partie de scs manuscrits :

1” Mémoire sur le calcul des probabilités (lu dans la séance de l’Académie, le 6 décembre 1783); — 2“ Mémoire contenant un problème qui prouve l’abus de commencer l’étude des mathématiques par l’algèbre, arec la solution

d’un nouveau problème déduit de ce premier (lu dans la séance de l’Académie, le 6 février 1783); — 3" Mémoire pour prouver que la méthode des limites n’est ni plus évidente ni plus rigoureuse que celle du calcul des infinis, traitée selon Leibnitz (lu à la séance du 8 avril 1 785).

L’ancienne université de Louvain ne s’élevait guère, dans son enseignement, au delà de la règle de Cardan pour la résolution des équations du troisième degré: elle n’avait point suivi la grande révolution qui venait de s’opérer par l’introduction du calcul infinitésimal. Quant à l’astronomie d observalion, elle était absolument nulle, et c’est en partie à des savants étrangers, qui s’associèrent aux premiers travaux de l’Académie de Bruxelles, que l’on doit les seuls observations vraiment dignes de ce nom qui aient été faites dans ce pays; elles ont été consignées dans les anciens Mémoires de ce corps savant, où l'on rencontre les noms de .Messier, de Pigott, du comte de Brühl, du baron de Zach et de Lalande.

Quand ce dernier astronome parcourut l'Europe pour en visiter les observatoires, il ne dissimula pas son étonnement de ne trouver chez nous aucune trace de sa science de prédilection. « Dans les Pays-Bas autrichiens, actuellement français, écrivait-il, l’astronomie ne parait pas avoir été cultivée ; » puis il ajoutait: « Le seul observateur de ce pays est un gentilhomme anglais, M. Pigott. » Ce savant s’était effectivement établi parmi nous : il fît à Louvain, Bruxelles, Ostende, Tournai, Luxembourg et Iloogstraeteii , diverses observations des satellites de Jupiter, et prit les hauteurs méridiennes d’un grand nombre d'étoiles, au moyen d’un quart de cercle de Bird, qui lui avait été confié par la Société royale de Londres. Ces observations étaient entreprises dans la vue de coopérer à la construction d'une

carte générale du pays, qui était désirée par le gouvernement. Elle fut composée par le général Ferraris, officier habile, mais qui n’avait pas les connaissances nécessaires pour conduire la partie scientifique. On s’adres.sa aux savants qui faisaient partie de l’Académie et particuliérement à l’astronome Pigott, sans qu’ils pussent réussir à s’entendre; eependant quelques observations furent faites dans le Luxembourg et dans les environs d'Ostende, pour déterminer astronomiquement les points principaux.

Natbaniel Pigott a rendu de véritables services à noire • •••>«■ Académie, dont il était membre; il appartenait aussi à la Société royale de Londres, ainsi qu’à rAcadéniic royale des sciences de Paris. Il s’occupa d’une observation curieuse qui, vers la même époque, fut faite sur la tour de S*®-Gudule à Bruxelles. Il s’agissait d'ajiprécier l'elTct que le son produit sur le baromètre ; le récit de celle expérience a été consigné dans le grand ouvrage du docteur Young sur la physique, par Englefield, qui y avait pris part ('). « Pendant le séjour que je Os à Bruxelles, en 1773 et 1774, dit-il, il me vint à la pensée qu’on n’avait jamais, à ma connaissance , cherché à déterminer relTel du son sur le baromèirc, et qu’on ignorait complètement si les vibrations produites dans l’air par la percussion d’un corps sonore avaient quelque influence sur cet instrument. Je crus qu’il serait utile de traiter cette question, d'autant plus que j’avais les moyens de faire à ce sujet des expériences satisfaisantes.

» Le son d’une grande eloche me parut le plus intense : de plus l’observateur peut en approeher avec aise et sécurité. L’explosion d’une pièce d’artillerie est toujours accom-

(') A Courte of leeluret, tome II, pagi' 3119, in-t». Londres.

pagnée d’une fumée désagréable et présente du danger : il y a aussi production instantanée de vapeurs élastiques très-échauffécs ; ces vapeurs peuvent modifier l’état de l’atmosphère, et induire ainsi l’observateur à faire des erreurs grossières et qui sont inévitables.

» Quiconque a visité les Pays-Bas doit connaître ces immenses cloches qu’on trouve presque partout dans les églises dont elles ne sont pas le moindre ornement; les jours des grandes fêtes, au lieu de les tinter, on les sonne en branle. La grosse cloche de l'église collégiale de S‘®-Gudulc, à Bruxelles, pèse, m’a-t-on dit, seize mille livres, et ce fut sur elle que je me déterminai à faire mes expériences. L’on pourrait objecter toutefois que le mouvement imprimé à la cloche est capable de communiquer aux murs de l’édifice une vibration qui troublerait l'état de repos du baromètre; ou bien encore, que les rapides oscillations d'une masse aussi considérable doivent causer elles-mêmes dans l’air une agitation assez grande pour faire osciller le mercure, sans que le son en soit la cause.

» Pour répondre à la première objection , il me sufiirait de faire remarquer la solidité des murs du clocher et le mode de suspension de 1a cloche, qui était entourée d’une charpente de bois établie sur une voûte bien construite et tout à fait indépendante des murs du clocher; mais les deux objections tomberont d'elics-mèmes, lorsque j'aurai fait connaître la manière dont on sonnait la cloche.

» Comme la sonnerie doit commencer à un signal convenu , il faut faire mouvoir la cloche quelques insUints d’avance, pendant Ic.squels le battant est fixé contre l'un des côtés au moyen d'une traverse de bois qui se trouve dans l'intérieur de la cloche, et qui, lorsque l'on donne le signal, est retirée par une personne chargée de ce soin. Si

jusque-là, noire baromèlre n’a éprouvé aucune varialion, nous avons la ocrlitiide que les oscillations qu'on pourra y remarquer ensuite seront ducs uniquement à l'elTeldu son.

» .M. Pigolt, qui se trouvait à cette époque à Bruxelles, eut l'obligeanee de me prêter un baromètre, construit par Bamsden,et je lis, conjointement avec son fils, les expériences suivantes :

» Le novembre 1773, nous montâmes, vers deux heures de relevée, à la tour nord-est de l’église de S‘«-Gudule, et ayant placé fixement le baromètre dans l’ouverture d’une fenêtre, à environ sept pieds du sommet de la cloche, nous attendimes tranquillement que l’on commençât à la sonner. La hauteur du mercure fut trouvée, parM. Pigott, égale à 29.478 pouces; elle n’éprouva aucune variation, jusqu'à l’instant où le battant fut lâché : alors le mercure monta et continua à éprouver une espèce de sursaut à chaque fois que le ballant venait frapper la cloche. Voici nos observations :

Hauteur du mercurr.

Pendant la sonnerie (PigoU)

Pendant rcxpéricricc par inoi-meme (Englclicld) .

Maximum de hauteur 29.480

Minioimn » 29.474

Maximum • 20.482

Minimum •> 29.472

» Ces observations furent faites avec le plus grand soin et s’accordent très-bien, si l’on a égard à la délicatesse et à la diflicullé de l'expérience. Elles paraissent donner de 6 à 10 mil. de pouce pour l’elTel du son sur le baromètre. Il faut remarquer qu’en général Pigott trouvait, pour la hauteur du mercure, environ cinq millièmes de moins que moi, de sorte que nos observations sont assez concordantes. »

— ayii —

Pigoll s’était fait connaître par de nombreuses observations météorologiques et astronomiques qu’il avait faites en IVormandic. Il continua ensuite des recherches semblables en Belgique; il observa aussi à Louvain, en 1786, un passage de Mercure sur le soleil. Ce savant est un des premiers qui portèrent leur attention sur les étoiles doubles et les étoiles à mouvement propre.

Ce furent aussi les anciens académiciens de Bruxelles qui contribuèrent à répandre en Belgique les nouvelles et brillantes découvertes de la physique; ils ne se rendirent pas moins utiles par l'application de leurs connaissances à l’étude de notre pays, dont ils s’occupèrent avec le plus grand zèle. Parmi les membres qui se distinguèrent spécialement dans les sciences physiques, il convient de nommer l'abbé Mann ('),de Needham (’), de Witry et le docteur Godart. L’abbé Mann se Gl surlout remarquer par la diversilé de ses travaux; on ne pourrait les considérer sans doute, sous le rapport de la science, comme étant d'une grande profondeur, mais on trouve chez lui des vues ingénieuses et quelquefois des aperçus heureux. Ainsi, ce savant laborieux a très-bien saisi les rapports qui existent entre l’apparition des aurores boréales, les mouvements de l’aiguille aimantée et les quantités d'électricité de l’air, rapprochements qui ont encore beaucoup occupé dans ces derniers temps les physiciens les plus distingués; il s’était aussi formé

(*) A.-T. Mann était né en 1739 , dans la Flandre autrichienne, d'autres disent dans le Yorkshirc; il embrassa de bonne heure la vie ecclesiastique , et, après scs éludes, il devint prieur de la chartreuse anglaise de Nieuport. Il mourut à Prague, le ^5 février IHOO.

(*) Juhn.-Tubcrs'illcNeedham, ne à Londres en 1713, mourut à Bruxelles, le 30 décembre 1781. Il enseigna siirrcssivcmcnt en Angleterre, à Lisbonne cl à Paris; il fut ensuite précepteur de quelques jeunes Anglais de distinction et finit par s'établir en Belgique en 1769.

(les idées très-justes sur la marche à suivre dans l’étude de lu météorologie , science qui était alors peu avancée dans notre pays, et même pendant la première partie du siècle actuel.

La Société météorologique palatine venait de se former à Manheim. Elle s’adressait aux principaux corps savants de l’Europe pour demander leur coopération dans le vaste système d’observations combinées qu’elle se proposait d’exécuter; elle s’adressa aussi à l’Académie de Bruxelles, et l’abbé Mann fut désigné pour répondre à son appel. Ce corps savant s’acquitta honorablement de sa mission, et aujourd’hui même les observations qu’il recueillit sont consultées avec fruit et citées dans la plupart des traités de physique. Plusieurs autres membres de l’Académie s’occupèrent également de météorologie; le savant professeur Van Swinden enrichit nos premiers recueils d'un mémoire qui contenait ses observations faites en 1778. C’est à ces recueils que l’on doit recourir pour connaitre nos plus anciens documents sur les températures, les variations des pressions atmosphériques et sur tout ce qui se rapporte à notre climat (*). C’est encore là que l'on trouve les trois seules observations sur la déclinaison de l’aiguille magnétique que l’on eût faites dans notre pays jusqu’en ces derniers temps.

(’) Les observations mcléüroiogûjues les plus anciennes qu'on puisse se procurer pour la Belgique ne remontent pas au delà de 1705 ; elles ont etc faites par l'abbc Chevalier en un point élevé de Bruxelles, place du Grand* Süblon. Elles iic font connaître du reste, pour chaque année, que les deux températures extrêmes. Ces températures étaient esUmees au moyen d'un thermomètre anglais à mercure, portant réchclle de Fahrenheit et placé au nord et à l'ombre.

Le baron de Poederlé fils inséra, à son tour, dans les Memoirrs de rAcademte, des observations thermométriques cl donna les valeurs des tempe* ratures extrêmes de chaque mois, à partir de 1770 jusqu'en 1778. Cependant les premières années laissent des lacunes. Les observations étaient faites, en **

Lu chimie ne fut point négligée, mais elle éprouvait des obstacles à prendre définitivement, parmi les sciences, le rang important qu'elle }' occupe aujourd'hui. De Beunie entreprit d'analyser les différents sols des environs d'Anvers, dans la vue de trouver des moyens pour améliorer nos bruyères. Plusieurs autres membres traitèrent aussi des questions de chimie d'une utilité générale et surtout relativement à notre industrie agricole et à nos eaux minérales.

L’abbé François de Marei, qui était né dans le Luxem- n

bourg, contribua à étendre les connaissances physiques dans nos provinces; il présenta, dans les Mémoires de Bruxelles, des recherches, secondaires à la vérité, sur les proportions des tonneaux et sur une jauge universelle, ainsi que sur plusieurs autres points des sciences. Il mourut à Bruxelles, le 15 septembre 1791.

partie à Bruxelles et en partie au château de Saintes, à quatre lieues de la ville. C'est de ces observations incoinpl^tcs qu'ont etc déduites les températures iiicnsuelles. L'instrument employé était un thermomètre de Rcauniur.

Les époques des meurima et des minima de 1770 et 1772 tombent aux mêmes dates dans les observations de MM. Chevalier et de Pocderléj les valeurs inioima s'acconlcnl meme assez bien ^ mais il n'en est pas ainsi des valeurs mtuimn : l'un de ces savants observait probablement d'autant trop haut que l'autre observait trop bas.

C'est eu 1777 que M. de Puederlé commença à donner les températures moyennes et à les exprimer, par mois, en degrés et dixièmei de degré j il ne dit pas toutefois de quelle manière il calculait ces moyennes. M. Durondeau continua, en 1779, les observations de M. de Poedcrlé, mais sans donner d'indications sur ses instruments.

L'abbé Mann entreprit enfin une série d'observations régulières, faites chaque jour, au moyen d’instruments météorologiques comparés, pour correspondre avec la Société palatine de Manheira, qui les imprima dans son recueil. Ces observations furent faites avec soin pendant les années 1784 à 1787 inclusivcmciiU Quelque temps apres survint la révolution, qui détruisit rAcademie impériale de Bruxelles et mit fîn à la publication des observations météorologiques.

Lospril U'obser\uliun est uu nombre des qualités qui distinguent le peuple belge; aussi les seienees naturelles lui ont loujoui-s oITert un puissant attrait; il sulllrait de eiter les noms de quelques-uns de nos prédéeesseurs pour monirer qu'elles ne furent point négligées dans l'ancienne Académie. La plupart des mémoires qui y furent publiés sur l’histoire naturelle concernent la Belgique ; car le bien du pays a toujours été dans l’Académie le point vers lequel >enaicnt aboutir toutes les recherches. Il est à remarquer aussi que les membres de ce corps savant ont rarement abordé les théories générales et les questions les plus brillanles des sciences; ils se bornaient à des travaux plus modestes : ils tâchaient de réunir des matériaux utiles en laissant à des architectes plus entreprenants le soin de les coordonner et d'en construire i édifieci

C’est à cette époque que remontent les premières reeherehes sur la constitution géologique de nos provinces et sur les fossiles qu'on y rencontre. Ces recherches ont pris , dans ces derniers temps les développements les plus heureux, et l'Académie actuelle, au jugement des géologues les plus habiles, peut les présenter parmi ses titres les plus honorables.

De leur côté, la géographie physique et l’économie rurale furent dignement représentées. Parmi les questions traitées, on s’occupa de rechercher les moyens les plus avantageux pour défricher les bruyères de nos Ardennes; on examina l’ancien état de la Flandre maritime; les changements successifs qui y furent produits et ce qui se rapporte aux marées le long de nos côtes.

D’une autre part, l'ahbé de Nelis et le marquis du Chasteler, qui alliaient des connaissances très-variées à un esprit élevé, traitèrent plusieurs sujets qui depuis ont trouvé une

place iiiiporlanle dans I économie politique, science dont le nom, empreint de nouveauté, n’a point encore obtenu, aujourd'hui même, un accès facile dans tous les esprits. La question de savoir si, dans un pays fertile et bien peuplé, les grandes fermes sont utiles ou nuisibles à l’Etat en général, fut traitée par le marquis du Chasteler et par l’abbé Mann, au sujet d'une discussion qui s'était élevée entre ce dernier savant et les économistes anglais. Les raisonnements de nos académiciens sont exposés d'une manière piquante, qui, actuellement encore, peut intéresser, et surtout les Belges, parce que ce sujet est traité sous un point de vue qui leur est spécialement applicable.

L’abbé Mann était à peu près le seul parmi nos académiciens qui eût une tendance à aborder les questions d’une grande généralité ^ il ne recula point devant une des plus ardues, qui forme pour ainsi dire la base de la science sociale cl qui a exigé le concours des écrivains politiques modernes les plus habiles pour qu’on parvint à l'envisager sous son véritable point de vue : je veux parler de la question de la population. Il est vrai qu’il n’aborde pas réellement la difTiculté, car regardant, avec le pasteur Meuret, l’augmentation de la population comme un bien-être incontestable, il s’occupe presque uniquement d'indiquer les moyens d’y parvenir (*).

Si j’ai parlé de ce travail, c’est pour montrer que l’importance des sciences politiques et morales avait été comprise par l’ancienne Académie de Bruxelles, et pour faire sentir en même temps quelle opinion dominait encore sur une

(*) Voyez, pour V Eloge de Vabbe Matm, un mémoire inséré par M. le baron «le ReifTenberg, dans le lonic VI des Mémoire» de V . Académie royale de» teieneeft et des lettres de ftruxellcs; 1830.

question capitale dans un pays aussi peuple que la Belgique.

L’ancienne Académie de Bruxelles sut rendre aux lettres les mêmes services qu’elle avait rendus aux sciences. Il convient de prendre ici ce mot dans la même acception qu’à l’ancienne Académie royale des inscriptions et belleslettres de France. Nos prédécesseurs ne se piquaient pas d'une grande élégance de style; cl, dans la préface du recueil de leurs Mémoires, ils demandent avec modestie qu’on s’attache moins aux mots qu'aux idées qu’ils présentent; c’est donc sous ce seul rapport que nous avons à les juger.

Les études historiques, et spécialement celles qui se rapportent à la Belgique, ont occupé la première place dans leurs travaux. On examina sous quel point de vue notre histoire nationale devait être envisagée et comment il convenait de coordonner les fitils au milieu des tiraillements politiques qui ont si souvent démembré nos provinces. Le marquis du Chasteler émit à ce sujet <les idées judicieuses que le savant Des Roches sut mettre à profit. Ce dernier académicien présenta, dans plusieurs mémoires, le fruit de ses rcehcrches sur la religion des peuples de l’ancienne Belgique, sur leur langage et leur poésie; il s’occupa aussi de rechercher quel était, au moyen âge, l'état militaire dans les Pays-Bas. Toutes ces études étaient dirigées vers un but à la fois utile et philosophique.

Pendant longtemps les sciences et les lettres étaient restées isolées; elles avaient été rejetées, pour ainsi dire, hors de la société, entièrement en proie à la puissance materielle qui seule dominait le monde et qui, seule alors, avait ses annales où venaient s’inscrire à peu près exclusivement les grands désastres publics.

Cependant les connaissances se développaient en silence: on commençait à comprendre que l’histoire ne doit pas

exclusivement consister dans le récit des luttes qui divisent les peuples ou des exactions qui les mettent aux prises avecleurs souverains; on sentait que l’intelligenec aussi doit avoir ses annales. Dès lors les études historiques prirent une forme nouvelle; on s’occupa de rechercher les sources de la prospérité des peuples et d’étudier les causes qui influent sur leur avenir. Autrefois les grandes découvertes scientiflques et les progrès de l’industrie et des arts se présentaient accidentellement dans l'histoire des nations; des temps viendront sans doute où les hatailles et les grands fléaux seront accidentels à leur tour, et l’on pourra dire avec pjus de raison que les peuples les plus heureux sont ceux qui ont les annales inlellectuelles les plus longues.

C'est sous l’influence de pareilles considérations que M. l’ahbé de Nelis proposa ses f'^ues sur différents points de l’histoire belgique et chercha à indiquer la marche qu’il convenait de suivre. Lui-méme essaya de donner l’exemple dans un mémoire où il- fixa les époques des grands défrichements, par lesquels notre pays est arrivé successivement à ce haut degré de prospérité qui le fait citer comme un modèle pour l’industrie agricole.

Pendant que l’Académie considérait I histoire sous son point de vue philosophique, plusieurs de ses membres se livraient à des travaux de détail et cherchaient à jeter des lumières sur les faits qui semblaient laisser le plus d’incertitude, et sur tout ce qui se rattache à l’origine des anciens Belges. Les noms de Des Roches , de Paquot , de Vandervinkt, de l’abbé de Nelis, inscrits parmi ceux des anciens membres de l’Académie, feront facilement comprendre que la direction donnée aux études ne pouvait que produire les plus heureux résultats. On trouve dans les premiers Mémoires les germes de grands travaux qui ont été continués

— ôOa —

depuis par noire Académie. Ainsi, rexameii des anciens manuscrits de Bourgogne fut repris et abandonné ensuite, faute de fonds nécessaires pour les publications. Les recherches sur les vieux monuments de la Belgique furent aussi continuées; elles ont fait, dans ecs derniers temps, l’objet de différentes questions proposées dans nos concours, et le ministère de l inlérieur a eu l’heureuse idée de créer une commission spéciale pour la conservation de leurs anciens débris.

Aux recherches historiques se rattachait naturellement ce qui tient aux inventions des Belges. Ce sujet intéressant mais délicat, fut traité avec le caractère de l’impartialité, quoiqu’on pareille circonstance un patriotisme vaniteux prenne souvent la place de la vérité.

La question, si souvent controversée, de l’invention de l’imprimerie fut spécialement examinée par Des Roches; ee savant, en accordant à Mayence la priorité pour les caractères de fonte, qui constituent l’impTimcrie moderne, revendiqua en faveur de la Btdgiquc l’invention de rimprimerie au moyen des lettres mobiles de bois. On conçoit l’empressement avec lequel plusieurs peuples ont fait valoir les titres même les plus douteux .à une pareille découverte, quand on considère les conséquences immenses qui en résultèrent pour le bien de l’humanité.

Les éludes ethnographiques firent aussi partie des travaux de l’Académie, ainsi que la numismatique, qui dut à lleylen et à l’abbé Ghesquière des recherches recommandables. L’Académie a si bien senti l’importance de cette étude, surtout pour éclaircir notre histoire nationale, qu’elle aurait commencé depuis longtemps la formation d’un cabinet de médailles et des anciennes monnaies du pays, si ses fonds le lui eussent permis.

Nous devons eiUT encore parmi les memhres de celle inslitulion, le ronile Thomas-François-Joseph de Franla, n n*,. seigneur de Metz Blanehon, qui deseendail d’une famille noble, originaire du royaume de IVaples. Il avait vu le jour à Bruxelles le 22 juin 1729. Il fil ses humanilés au Collège des Jésuites de cette ville, et suivit plus lard les cours de philosophie et de droit l'université de Louvain. Admis en qualité d’avocat au conseil de Brabant, il prêtait gratuitement son ministère avec autant d'ardeur que de zèle.

11 était né sans ambition; il se livrait à différents genres d’études et fut attaché à l’Académie le 14 octobre 1776.

Mais ayant ensuite modestement témoigné le désir de ne pas y être continué, il fut nommé trésorier de ce corps savant en novembre 1781, et remplit ces fonctions jusqu’à l’époque de sa mort.

On lui doit différents ouvrages littéraires, dont quelquesuns concernent les sciences naturelles et physiques. Parmi ces derniers, nous citerons celui sur le moyen de mesurer le degré de vitesse du dégel, et un autre sur les cercles autour du soleil observés à Bruxelles le 16 avril 178S,qui fut présenté dans la séance du 23 du même mois.

Louis Delaunav, greffier du conseil des domaines et des „

- - .X. nio.

finances des Pays-Bas , faisait également partie des membres m iws de rAeadémie; il s’occupait plus spécialement des sciences naturelles. Il a composé cependant quelques travaux du domaine de la physique, tels que des recherches sur la cristallisation de l’eau, sur l’oriehalque des anciens, etc.

Ces différents éerits se trouvent également dans les Mémoires de l’ancienne Académie (').

(^) Dclaiiiiay était né üan.s les Pays-Bas j ruais, à la suite de la révolution brabanronne , il quitta ce pays et alla finir scs jours à Vienne, en Autriche.

L'Académie ancienne était diflicilc pour te choix et la consen alion de scs

L'ancienne Acadihnie ne se borna pas à seconder l'essor des sciences par les publications des ouvrages de ses membres; elle mit au concours des questions d’un haut intérêt, et imprima un grand nombre de mémoires couronnés que l’on peut considérer comme formant le complément de ses travaux.

Parmi les savants qui furent couronnés par elle se trouve N. IT 90 . Dom Robert Ilickman, religieux bénédictin de l’abbaye de M. 17*0 Saint-Hubert dans les Ardennes, qui était né à Bruxelles, le fo novembre 1720; il s’était appliqué avec zèle à l’élude de la physique, de la médecine et de la théologie, et avait pris scs grades à Louvain. Doué d’une facilité remarquable, il consacra différentes années à faire des expériences sur l’élcclricité, et se forma un système particulier sur cette matière. Il composa successivement deux mémoires qui lui valurent des récompenses de l’Académie de Munich, sur le mécanisme du tonnerre et des orages, et sur les moyens de les détourner et de s’en garantir. Il développa ensuite son système dans un ouvrage intitulé : Dissertation sur le mécanisme électrique universel de la nature, relativement à la physique, à la métaphysique, à la politique

membres ; ainsi plusieurs ont cessé d'en faire partie^ non pour manque du connaissance ,mais pour défaut d'exactitude à ses séances. Nous nommerons en particulier M. Dubois de Schoondorp , de Gandj il fut exclu dans la séance du 4 6 octobre 1770: U faisait cependant partie des membres de fondation qui avaient été nommés le 4*^»’ février 1709. M. Dubois n'était pas un homme d’un talent médiocrcj les papiers qu’il a laissés prouvent qu'il était très au courant du calcul des inOniment petits et des problèmes les plus intércvssants que ce calcul a fait naître.

Nous en dirons autant du baron Beyls, l'ancien premier président des tribunaux sou.s le gouvernement français : il aimait h entretenir les jeunes savants des travaux mathématiques auxquels il n'était certainement pas etrangcr. Il s'était occupé même des grands travaux de La Place cl de Lagrange, dont il parlait en homme capable de les apprécier.

el n la morale, dont il piildia le prospectus en i77îi, mais cet écrit n’a point été imprimé (*).

C’est particulièrement aux vues éclairées de Marie-Thé- n. nn. rèse qu’est due la renaissance des sciences et des lettres, **’ ”** qui depuis lonf^temps semblaient oubliées en Belgique.

Celte puissante impératrice avait commencé son règne en 1740; mais les dangers dont elle était entourée cl les guerres qu’elle eut à soutenir ne lui avaient pas permis de tourner, aussitôt qu’elle l’aurait désiré, sa sollicitude vers la Belgique. Elle eut cependant le temps d'apprécier le bien qu’elle avait obtenu par ses créations libérales el par ses désirs de voir le pays se remettre dans son ancien état de splendeur.

Quand elle mourut, le 29 novembre 1780, elle laissa le trône à son fils Joseph II, qui avait été associé à l'Empire depuis 1763. Les principes généreux de ce prince étaient favorables aux lettres el aux sciences; et s'il voulut imposer ses idées avec une rigueur trop absolue, du moins il n’eut pas à marcher dans un sens qui pût blesser le corps savant qu’avait créé son auguste mère. Il régna pendant les dix années, de 1780 à 1790, en aidant au développement de l'inlelligence, mais il mourut avec le chagrin de n’avoir pu faire ce qu’il désirait, trop préoccupé de ses propres sentiments et ne sentant pas combien il froissait en général le peuple en ne tenant aucun compte de ses idées ni de ses habitudes (*).

Joseph II fut remplacé, en 1792, par son frère Léopold II,

(*) Dewez, page 75 du supplément à Vf/istnirf générale de la Belgique, t. VII, Bruxelles, 1807. On y Ht que R. Ilîckmann mourut le 7 juillet 1787.

(•) Le 11 janvier 1 790, les députes de toutes les provinces situées au ntird de la Meuse étjiient réunis à Bruxelles et y proclamaient l'indépendanre des Ètatn-Belgiques’Vnitt. Jo.scpli 11, déjà malade, sur^’éeul peu à celle ère iiou-

qui ne régna que pendant deux ans; il eut pour suceesseur son plus jeune frère François II, dont les troupes durent quitter la Belgique en 1794. C’est alors que les armées de la république française, qui déjà à plusieurs reprises avaient tenté l’envahissement du pays, flnirent par l’oceuper eomplélement et l’associèrent au nouveau gouvernement, qui liientôt prit la forme d'empire.

En présence de tant de services rendus aux sciences, nous ne craignons pas de dire que l’ancienne Académie justifia pleinement la confiance que le gouvernement avait mise en ses travaux. Ce qui fait le mieux sentir combien cette institution fut utile au pays, c’est le vide aflligeant qu’elle laissa après elle.

Lorsque la France ouvrit son Institut, ce panthéon vivant de toutes scs célébrités, et l'on peut dire de toutes les célébrités du monde, la Belgique y fut représentée par deux de ses savants ; c’étaient le commandeur de Nieuport, qui naguère représentait aussi notre ancienne Académie de Bruxelles , dont il était le dernier débris dans ce royaume, et le professeur Van Alons, ce vétéran de la science, dont on retrouve encore le nom parmi ceux des professeurs de nos jeunes universités.

Le plus bel éloge que l’on puisse faire des travaux de l’Académie impériale se résume dans ce peu de mots que nous proclamons avec confiance, puisqu’ils expriment un fait facile à vérifler : Pendant la dernière partie du dixhuitième siècle, l’histoire des sciences et des belles-lettres

vcllc (iO février). • C'csl voire pays qui ra'a tué, disait-il au prince de Ligne. Quelle humiliation pour moi! • Le malheureux souverain oubliait combien lui-meme avait blessé le peuple dont il espérait renverser d'un mot toutes les institutions. (Hiiloire dt la Belgique, par II.-G.Moke, p. 4S4; vol. in-8». 1839.)

en Belgique est pour ainsi dire tout entière dans l’histoire des travaux de l’ancienne Académie de Bruxelles.

Il est juste de dire cependant qu’un grand nombre de Belges avaient quitté leur patrie ; ainsi, Noël-Joseph Ncc- n. 17 * 9 . ker, qui était né dans la Flandre, devint successivement ** botaniste de l’électeur palatin et historiographe du Palatinat, ainsi que des duchés de Berg et de Juliers. Il est auteur d’un grand nombre d’ouvrages sur les sciences naturelles : les principaux sont le Traité sur la physiologie des corps organisés, 1773, in- 8 “; et les Éléments de botanique, 3 vol. grand in- 8 “, 1790. On a aussi de lui un ouvrage qu’il publia en 2 vol. in-I2, sous le titre Deliciae Gallo-Belgicae sylvestres, etc., Strasbourg, 1768, ainsi qu’une flore des Pays-Bas, qui malheureusement est à peu près oubliée aujourd’hui. Il mourut à Manheim, où il se trouvait placé d’une manière honorable et conforme à ses études.

Parmi les écrivains les plus renommés de cette époque se faisait remarquer François-Xavier de Fellcr, si connu par ses écrits littéraires: il s’était occupé également des sciences physiques, mais avec moins de succès. Son Catéchisme philosophique ou recueil d’observations propres à défendre la religion chrétienne contre ses ennemis qui fut publié à Liège en 1773, 3 vol. in- 8 », reçut un accueil favorable , et les éditions qui parurent successivement se répandirent dans tous les rangs de la société. On y trouve en cITel de l’instruction et des faits présentés d’une manière intéressante, quoique sous un point de vue trop exclusif. I.’autcur avait cru d’abord pouvoir prendre les choses de très-haut et traiter des questions scientifiques trop élevées pour scs forces ; c’est ce qu’on remarque surtout dans ses Observations sur le système de Newton , le mouvement de la terre et la pluralité des mondes, avec une dissertation sur les

Iremhlemeiil/i de terre , les épidémies, les orages, les inondations , etc. Aussi cet écrit oblint-il peu de succès, et le nom de l’abbé Feller, du moins chez les vrais amis des sciences , ne laissa que des traces peu favorables à sa réputation comme savant.

Feller éUait né à Bruxelles, le 17 août 1733; il avait pris, dans sa première jeunesse, l’babit de l’ordre de Saint- Ignace chez les jésuites de Tournai. Son père, secrétaire du gouvernement des Pays-Bas autrichiens, avait obtenu des lettres de noblesse, faveur assez grande à cette époque. Le jeune abbé avait commencé l’enseignement dans la ville de Liège, et il avait publié, en 1761 , un recueil de poésies latines en deux volumes, sous le titre de Musae leodienses. Son imagination ardente l’avait porté au déplacement ; il enseigna successivement la théologie à Luxembourg et à Tyrnau en Hongrie. Il revint en Bedgique en 1771 , et prononça scs derniers vœux. Ses supérieurs l’envoyèrent encore à Liège; et quand son ordre fut détruit, il prit place an premier rang du parti patriote; puis, à l’approche des armées françaises, en 1793, il se retira en Westphalie. Feller finit par se fixer chez le prince-évêque de F'reysinghen, à Batisbonne, où il mourut le 25 mai 1802. C’était un écrivain de beaucoup d’esprit, mais extremement passionné et très-souvent injuste au milieu de scs bizarreries, qui se conciliaient peu avec l’exercice de sa profession.

La ville de Liège, sous le gouvernement de son princeévêque, le comte de Velbruck, jouissait alors d’un calme profond : spécialement occupée de la culture des lettres, elle avait recueilli les fruits de sa prudence. « Un peintre célèbre (') qui, s’intéressant aux progrès de son art, ras- (*)

(*) « M. de Fassin, renommé pour ses charmants paysage.s. n — Le passage

semblait cliez lui quelques artistes auxquels il inspirait son goût et communiquait ses eonnaissanc(!s , lui fit naitre l’idée d’une Academie de peinture, de sculpture et de gravure. Velbruck , en prince éclairé qui saisit tous les moyens d'utilité qu’on lui présente, s’empressa de pourvoir à cet établissement; il en conGa la direction au peintre Defrance, dont les talents étaient avantageusement connus ('); et, voulant allier les fleurs et les fruits, il institua en même temps une école gratuite de dessin pour les arts mécaniques.

» Ces établissements ne remplissaient encore qu’une partie de ses vues. Il manquait à la nation un lycée qui fût consacré non-seulement aux arts, mais encore aux sciences et aux lettres : un lycée ouvert à tous les talents, où l’on s’occupât des moyens de les encourager et d’élendre leurs progrès.

» Un heureux concours de circonstances seconda les intentions du prince. Quelques citoyens zélés avaient conçu le projet d’une société qui réunit tous les avantages qu’il cherchait: cette idée se répand; on s'assemble, on fait un plan, l’enthousiasme s’empare de tous les esprits et la société est formée.

» Sentant la nécessité de l’établir sur une base solide, on demanda la protection du souverain. Velbruck se fit une gloire de l’accorder; et la satisfaction, le vif empressement qu’il montra , prouvèrent qu’on avait prévenu scs desseins «!t rempli le plus cher de scs vœux. »

que nous cUons est extrait de Tclogc de feu Monseigneur F.*Ch. des comtes de Velbruck» prince-éveque de Liège» prononce par M. Reynier» secrétaire de la Société d'Émulation de Liège.

(^) Il reçut» en 1789, un prix de l'Académie des sciences de Paris, pour im travail sur les couleurs.

Liège, à ccUc époque, comptait plusieurs littérateurs de mérite : les poésies de trois d'entre eux , aussi estimables par leurs talents que par leurs sentiments d’amitié mutuelle, ont été réunies, après leur mort, par M. Comhairc, un de leurs compatriotes et de leurs émules; c’étaient Augustin-lkmoit Reynier, Jean -Nicolas Basscngc et Pierre Hcnkart, dont les écrits seront toujours lus avec intérêt (').

Dans une séance publique de la Société d’Ëmulation, le célèbre Grétry fut salué, en 1782, par Henkart, l’un de nos trois amis, avec tout le bonheur que devait éprouver une âme aussi belle à saluer un Liégeois aussi illustre. Grétry ne fut pas ingrat; il a voulu que, après sa mort, son cœur reposât au milieu de ses compatriotes (’).

Les lettres et les beaux-arts ne furent pas seuls à recueillir les fruits que produisit la Société d'Ëmulation; les sciences furent également bien partagées : on voit cependant avec chagrin la plupart des Liégeois porter leurs talents à l’étranger, comme si le sol de la patrie ne fournissait pas les éléments nécessaires au développement de leur intelligence, ou comme si leurs efforts y étaient mal appréciés.

Robert de Lo-Looz, qui était né dans le pays de Liège , passa successivement, comme colonel, au service de Suède et à celui de France. Il se distingua comme militaire, mais il quitta les armes pour se livrer à la culture des sciences et des lettres. On lui doit des recherches sur différents sujets d’astronomie, de physique, d’histoire naturelle et d’art

(') Augustin-Benoit Reynier, secrétaire perpétuel de la Société d'Émulation, était né le 9 janvier 1739, et il mourut le 18 mai 179^; Jeau->'icolas Bassenge était né en 17S8, et mourut le 10 juillet 1811 ; Pierre-Joseph Henkart était né le 15 février 1761 , et mourut le 9 septembre 181S.

(*} Grétry a publié à Paris ses'.lféntotrcs ou essai/ sur ta miuique j 5 vol. in-8°; pluviôse, an V de la république.

militaire. Ses œuvres ont été publiées à Paris, en 1788 , en (leux volumes in-8". Sa bravoure et scs blessures lui avaient valu la croix de Saint-Louis. Il mourut à Paris, où il s’occupait principalement de Recherches sur les influences solaires et lunaires pour prouver le magnétisme universel.

La petite ville de Spa vit naître, de son côte, Antoine Chaudoir, qui devint professeur de philosophie, d’astrono- n 1749. mie et de physique expérimentale à l’iiniversilé de Franc- " '*** ker. Ce savant modeste est auteur de plusieurs écrits; mais on ne eonnait de lui aucun ouvrage de quelque étendue (').

Parmi les Belges qui allèrent se fixer dans d’autres pays au moment où éclataient les troubles révolutionnaires , il faut placer André de Lambcrti. Il était né à Bruxelles et n. 1771.

il alla s'établir à Dorpat, en Russie. Il unissait des connais- *

sances scientifiques à celles qu'exigeaient ses travaux particuliers : il s'occupait spécialement de distilleries, de la construction des aleoolomètres et des pyromètres. Il détermina aussi la pression atmosphérique à Dorpat, et donna des soins particuliers à un observatoire qu'il y fit construire et dont Bode a fait mention dans son Annuaire de 1815.

De Lamberti passa ensuite dans la capitale et devint, avec la sanction impériale, secrétaire-administrateur d'un comité savant de Saint-Pétersbourg.

Quand arriva la terrible catastrophe qui termina le dix- nos. huitième siècle et qui arracha la Belgique à l'Autriche pour la jeter dans les bras de la France, l'Académie avait été supprimée et scs membres dispersés. L’ancienne université de Louvain, dont l’agonie avait été si longue, n’existait plus; la plupart des ouvrages précieux de nos bibliothèques et les chefs-d'œuvre de l’école flamande avaient été Irans-

(') Il mouriil près de llarlrin, le 20 février 1824.

portés à Paris, pour alimenter ee vaste foyer qui éelairc le monde et dont lu Franee paye gcncreusement les frais.

Dans eet état de choses, la Belgique s’effaça de nouveau. Cependant les sciences avaient pris, à Paris, un essor trop élevé; elles jetaient un éclat trop vif pour qu'il n’en rejaillit pas des étincelles jusqu’au fond de nos départements. Les écoles centrales d’abord et les lycées ensuite répandirent parmi nos jeunes gens le goût des sciences exactes, qu'ils pouvaient aller cultiver dans l'école la plus célèbre des temps modernes et sous les yeux des hommes les plus distingués. On savait que les sciences étaient honorées, que jamais leur puissance n'avait été plus grande; on savait que l’homme dont la gloire militaire retentissait alors par toute l’Europe prenait à cœur de répandre sur elles une partie du prestige qui l’environnait, et qu'il avait élevé les savants les plus illustres à la dignité de princes et de premiers fonctionnaires de l’empire. Cette munificence, qui honorait autant celui qui en usait que. les savants qui en étaient l'objet , entretint cette source d’illustrations qui avaient pris naissance au milieu de l'exaltation révolutionnaire (').

(*) Nous devons citer également les honneurs rendus au courage civique: nous rappelons avec une juste fierté fliommagc adressé au modeste Goffin , après faete de courage qui sauva la vie à tant d'infortunés à la suite d'une de ces explosions malheureuses éprouvées dans les mines de la province de Liège. L'Institut voulut récompenser le talent, cl ce fut l'élégant Millcvoye qui remporta le prix du concours en 18 li:

.. ... A ces rccits, la bouche et l'oreille eapli?es.

L’étranger oubliait les heures fugitive! ;

Kl déjà palissaient les feux inouraots du jour.

« lte»t«c , dit le vieillard , non loin de ce séjour.

Un banquet, signalant la fin de nos misères.

De nu» liU délivrés doit rassembler les peres.

Là , vos yeux à loisir ronteniplorunt Goflin.

L'étoile de l'honneur parc déjà son sein ;

Lu guerre qui parcourait successivetneiil les difTêreiils pays de l'Europe et les grands travaux qui s’exécutaient dans l'intérieur de l'empire absorbaient trop nos jeunes Belges , sortis de l’École polytechnique , pour leur permettre de se livrer aux paisibles études du cabinet; et quand, plus tard, la paix les rendit à leur patrie, la plupart avaient, depuis trop longtemps , perdu de vue les spéculations scientifiques pour pouvoir s’y remettre encore avec succès.

Liège fournit à cette époque un assez grand nombre d’hommes distingués qui s’occupaient des sciences physiques et industrielles; nous citerons en particulier Dieu- n. nm. donné-Hubert Sarton, à qui l’on doit une quantité de machines ingénieuses, entre autres, un échappement nouveau, une montre de poche qui se remontait elle-même pendant qu’on la portait, un régulateur à compensation, un chronomètre autographe, une machine hydraulique, un électromètre, etc. Ces instruments ont été décrits dans une brochure que l’auteur a publiée à Liège en 1822 (').

Malheureusement la plupart des hommes de mérite que notre pays voyait nailre passaient à l’étranger et spécialement en France. C’est à Paris qu’alla s’établir Brizé-Fra- .. , din, à qui l’on doit une Chimie pneumatique appliquée *< "“‘r aux travaux sous l’eau, dans les puits, les mines, les fossés. Cet ouvrage fut imprimé en 1808, et trois ans après, l’auteur y publia encore une Physique appliquée à l’artillerie de la marine, in-8®, 1811. Paris, à cette époque, était devenu le refuge de tous nos savants belges, qui vou-

La palme et les lauriers tod( décorer sa tcle : • li dit, et l'étranger qui s'assied à la fête Admire dans Goflin d'honneur environne L'héroïsme ingénu , de sa gloire étonne.

(’) Poggendorff, flandworierbuch f elc,, iii-b-. Leipzig, 1802.

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laienl se faire un nom dans les sciences, les lellres ou les arts : ils ne trouvaient pas, à l’intérieur de leur pays, les motifs d’émulation qui auraient pu les maintenir dans leur carrière. Peut-être aussi étaient-ils appelés en France par la réputation que s'y étaient faite quelques-uns de leurs compatriotes, et particulièrement l’illustre Grétry.

N. H7I. Le savant médecin Pierre-Hubert Nysten alla également "• '»"*• y fjiiry éludes médicales, et obtint au concours , en 1798, une place d’aide à la Faculté de médecine. Les expériences de Galvani et de Volta appelèrent à cette époque toute son attention sur les phénomènes du galvanisme et de l’électricité, et il les appliqua spécialement à sa science de prédilection; il se livra à une série de recherches dont il publia les résultats en 1802. La nature et le succès de ses travaux fixèrent sur lui l’attention de l’Etat, qui l’adjoignit à la commission médicale chargée, vers celte époque, d’aller étudier, en Espagne, le caractère de la fièvre jaune. En 1804, il eut une mission semblable pour rcconnaitre les effets d’une épidémie meurtrière sur les vers à soie; il fut ensuite nommé médecin de l’hospice des Enfants-Tronvés. Il est autenr d’un grand nombre d’ouvrages qui traitent généralement du rapport des sciences physiques avec l’art médical et qui établirent sa réputation de la manière la plus honorable. Son temps était entièrement partagé entre la composition de ses ouvrages et l’étude des maladies qu’il observait dans sa nombreuse clientèle ; il mourut assez jeune, car il n’avait que quarante-sept ans. Il est auteur de l’article Electricilé et galvanisme, dans le Dictionnaire des sciences médicales qu’il a publié avec le célèbre llallé, l’un des hommes les plus distingués de son époque (').

(') Il Ptail ne .7 Liège en 1771. Ses principaux ouvrages sont ; Xouvelles

C’est encore à Paris qu’alla se fixer l’aéronaute Étienne- n. nos Gaspard Robertson, qui était né à Liège le 15 juin 176Ô. Destiné d’abord à l’état ecclésiastique, il avait fait ses premières études à l’université de Louvain; mais ses penchants le portaient plutôt vers les connaissances de la nature et vers les entreprises hardies. Après la réunion de son pays à la France, il fut nommé professeur de physique, et peu de temps après, il présenta à l’Académie des sciences de Paris un miroir d’Archimède auquel il avait adapté un mécanisme qui lui permettait de réunir à la fois, en un foyer et à une distance plus ou moins grande, les lumières réfléchies d’un millier de miroirs. Quand V’olta vint à Paris, le savant italien voulut voir les résultats obtenus par celui qui, en France, avait été l’un des premiers et des plus ardents promoteurs de ses idées sur l'électricité. Robertson aida ensuite le célèbre physicien dans ses démonstrations à l’Institut de France, lorsque, devant Napoléon, alors premier consul, furent répétées ses expériences les plus importantes et particulièrement celle relative à l’inflammation du gaz hydrogène par rétincclle électrique.

On regarde Robertson comme l’inventeur de la fantasmagorie; ses premiers essais , ditron , furent faits, en 1787, devant les magistrats de Liège, et ces essais, répétés avec succès à Paris et à Londres, lui méritèrent un brevet d’invention.

Le physicien belge, bientôt après, rendit l’Europe et l’Amérique témoins de ses hardies expériences en ballon. Il obtint du comte Golowin de pouvoir l’accompagner en

fTpcriences faite» sur les organes musculaires de l*homme et des animaux à sang rouge; Paris, 1805, in-8*; — Nouveau dictionnaire de médecine et des sciences accessoires à la médecine; Paris, I8ii, in-8®î — Recherches de physiologie et de chimie pathologique ; Pari.s, 181 1 , in-8*; — Etc.

CIline, el rempcreur de ce vasle empire fui présenl ù une ascension aérostatique. Scs excursions aériennes furent très-nombreuses; on en compte cinquante-neuf dans les principales villes de l’Europe : elles furent dirigées avec une grande habileté et particulièrement faites dans l'intérêt des sciences. Une de ses excursions les plus remarquables est celle de Hambourg: il s’éleva, le 18 juillet 1803, à 3670 toises de hauteur, point le plus élevé qu’aucun homme eût atteint jusqu’alors.

Vers la fin de sa vie, Robertson s’était retiré à Batignolles, dans les environs de Paris ; il y mourut en juillet 1837. On a de lui quelques ouvrages composés dans sa vieillesse, et particulièrement celui qu'il a intitulé Mémoires récréatifs, scientifiques et anecdotiques, 2 vol. in-8“; Paris, 1830- 1834. On lui doit encore beaucoup d’inventions autres que celles qui viennent d'être mentionnées, el spécialement un automate trompette, un phonoryanon imitant la parole de l'homme, une gondole mécanique, mue par un moyen qui paraissait applicable aux aérostats, un télégraphe pour correspondre à distance, ete. Cet esprit inventif pour la construction des machines, que l'on a pu reeonnaitre aussi chez plusieurs des compatriotes de Robertson et en particulier chez Rennequin, l’auteur de la machine de .Marly, n’est pus le seul talent qui le distinguât; il connaissait encore la plupart des langues modernes; il parlait, dit-on, avec facilité sept langues vivantes (').

Plus jtrofond dans les connaissances théoriques, sans avoir la même dextérité dans les expériences, Gérard-Joseph Christian était né, comme les savants précédents,

(*) Voyez la plupart des biographies de répo(|uc et en parlieuUer la Hiographie univeruHc^ édition de Bruxelles, chez N, Ode, 1843.

dans la province de Liège ('). Il avait commencé |>ar éire professeur de physique et de chimie à l’Aihéncc de Bruxelles, en 1798, à la suite d’un concours. Plus lard, il fut appelé à Paris comme directeur du Conservatoire des arts et métiers, et con.serva cette position depuis 18l() jusqu’en 1829. Il publia dans celte dernière ville, de 1812 à 1817, la Description des machines et des procédés spécifiés dans les Irrevets d’invention dont la durée était expirée; ce recueil se compose de treize volumes in-4", auxquels succéda, en 1819, un ouvrage sur le système général des opérations industrielles ou Plan de technomancie. Ces publications étaient plus spécialement exécutées comme travaux dépendants de la place importante qu’il occupait.

Son ouvrage le plus remarquable est un Traité de Mécanique indiuslrielle qui comprend trois volumes in-4® avec un volume de planches. Il n’est point destiné aux savants; il est plus spécialement écrit pour les industriels qui ont besoin de connaître les machines et le parti qu’on peut en tirer, sans faire usage des formules mathématiques. Dans le premier volume, l’auteur a traité des moteurs cl de leur mode d'application, puis il a donné successivement les éclaircissements et les développements qui en dépendent. Dans le second volume , on trouve avec détail la théorie des vapeurs et celle des machines qui en font usage, de même que des considérations sur les mécanismes ayant pour objet de transmettre , de transformer et de modifier le mouvement moteur. L’auteur, à ce sujet, traite spécialement des poulies, des moufles, des roues dentées, des coins,

(') Christian était né à Verviers en 1776; il est mort à Argcntcuil, dans le voisinage de Paris, le 18 juin IH3â.

des vis et des tambours. Le troisième volume, qui parut en 1825’, traite des operations méeaniques, industrielles et de leur théorie. On trouve, en dernier lieu, des considérations générales sur la manière de faire des recherches en mécanique. Ce recueil intéressant appartient moins, comme nous l’avons dit, aux sciences mathématiques qu'à la pratique des arts, à laquelle l’auteur fournit, d’une manière simple, une série d’instructions utiles!

C’est peut-être ici le lieu de faire remarquer que, vers cette époque, quelques-unes des principales places de France, pour les sciences et les arts, étaient occupées par des Belges. Nous venons de voir, en effet, que Christian avait un poste distingué au Conservatoire des arts et métiers; Grétry et Gossec brillaient au premier rang du Conservatoire de musique ('); Suvéc, membre de l'Académie royale des beauxarts, fut nommé directeur de l’École de France, à Rome (’); le savant bibliophile Van Praet, de Bruges comme lui, dirigeait la Bibliothèque royale; Blondeau de Namur était doyen de la Faculté de droit de Paris. Nos savants et nos arti.stcs brillaient également à l’Institut de France, et, aujourd'hui même, différents noms qui appartiennent à nos provinces figurent encore dans cette noble assemblée (’). On remarquera aussi que, lors des concours des beaux-arts

(‘) Le célèbre MéhuI appartenait à la petite ville de Givet, enclavée enU^ nos frontières aclucllcs, et autrefois en dedans de ces mêmes frontières.

(*) Joseph-Benoit Suvéc était ne à Bruges en 1743^ il alla achever scs éludes à Paris» obtint le grand prix en 1771 , fut reçu membre de PAcadéiiiic en 1780 et devint professeur» puis directeur de l'École française à Rome» en 179â; il mourut en 1807.

{*) Depuis que ces lignes sont écrites» la Belgique a perdu l'un de ses fils qui depuis longtemps habitait la France et qui s*y distinguait par un profond savoir. Membre de l'Institut» il venait d'être nommé de la Sociclé royale de Londres» qui lui avait témoigné sa sympathie pour son ta-

pour les grands prix de Rome, noire pays se trouvait généralement représenté parmi les vainqueurs (').

Malgré tous ees avantages accordés dans la capitale aux sciences et aux lettres, il est facile de voir, par la forme même de l’enseignement, que le gouvernement français était surtout militaire, et qu’il cherchait à s’agrandir et à se consolider par les armes. L’enseignement était en général communiqué dans des lycées, où tout semblait concourir à éveiller dans la jeunesse l’intérêt des combats et le goût des conquêtes. Ceux qui ont suivi cet enseignement savent combien étaient vives ces passions et combien était grand le besoin de se distinguer par les armes. Le Jeune homme,

lent et son mérite personnel. M. César-Mcnsuète Despretz était né à Lessines, dans le Hainaut, le 13 mai 1789. Il avait été nommé de bonne heure répétiteur des cours de chimie de Thénard à l'École polytechnique, puis professeur de physique au College Henri IV et plus lard à la Faculté des sciences. II avait remplacé , en 1841 , le physicien Savart à l’Institut de France , où il avait été couronné déjà en 1823. Il est auteur d'un traité élémentaire de physique, dont il a paru plusieurs éditions; on lui doit aussi des éléments de chimie théorique et pratique, 2 vol. in-8°. Il a fait paraître de plus un grand nombre de mémoires et d'articles dans les A nnalet de chimie et de j>hy tique.

Parmi les membres actuels de l'Académie impériale des sciences de France nous nommerons encore HH. Milne Edwards, de Bruges, et Joseph Dccaisnc, de Bruxelles.

('] Je tiens d'un de nos artistes qui avait eu le bonheur de se trouver parmi ces élèves couronnés , qu'une bonne fortune l'avait placé à côté de Grétry, au dîner que l'Institut donnait aux vainqueurs. Le jeune artiste se rappelait, avec attendrissement, les paroles alTcctueuses et encourageantes de ce digne Hécene, qui se disait heureux de pouvoir, à chaque concours nouveau, serrer la main d'un jeune compatriote qui y avait été vainqueur. On se rappellera en effet que notre pays a compté un grand nombre de lauréats, soit pour la peinture, soit pour la sculpture et l'architecture, soit encore pour la musique ; on se rappellera aussi avec attendrissement que le bon Grétry, en mourant, voulut lais.scr à sa patrie un témoignage de sa profonde affection et qu'il lui légua son cieur, qui fut reçu avec reconnaissance par ses compatriotes.

depuis l'cnfancc, avait pris l'habitude du costume niililoirc: scs moindres mouvements, ses plaisirs meme étaient dirigés par le tambour : scs loisirs étaient occupés par des exercices; il ne paraissait en public que sous riiniforme, en attendant Icpaulctte qui devait l'orner un jour. Les plus forts dans les sciences ne songeaient qu’aux études de l'École polytechnique, afin de s'utiliser dans l’artillerie, l’état-major ou le génie.

1814. Tel était l’état de la Belgique quand les événements de i 81 4 la détachèrent de la France et lièrent ses destinées à celles de son ancienne rivale, à l’héritière de tous les bénéfices du traité de Munster et de celui des Barrières. Cependant celte fois l'union n'avait pas lieu pour la Belgique à titre de dépendance, mais bien d'égalité; de sorte que ses représentants se crurent en droit de réclamer, pour elle, les mêmes avantages et les mêmes institutions libérales dont les Provinces-Unics avaient continué à jouir depuis l’époque de nos désastres. Ces provinces avaient conservé ce même amour et ce même respect pour les sciences qui s’étaient successivement éteints chez nous : elles enregistraient les titres de leurs savants à côté de ceux de leurs hommes de guerre, et elles les citaient avec orgueil aux étrangers ; c’étaient là leurs lettres de noblesse.

Celle alliance entre deux peuples nés pour .s’aimer et s'entendre souriait à la Belgique comme à la Hollande, malgré le souvenir du fatal traité des Barrières. Les peuples étaient fatigués de combattre et de se déchirer sans causes légitimes, quand le canon de Waterloo remit tout à coup les esprits en suspens. Mais le danger fut court, cl les lombes qu’on avait rouvertes dans nos champs ne lardcv renl pas à se refermer, en laissant à l’histoire un souvenir douloureux de ce grand événement.

L’amour des scieiicfîs, dont la Hollande avait conservé les traditions, fut pour nous d’un immense avanUige : nous nous trouvâmes en droit de réclamer, pour nos provinces, les mêmes bienfaits dont elle jouissait depuis longtemps, et l’on doit convenir qu’elle ne recula pas devant des demandes aussi légitimes. Peu de temps après la réunion des deux pays, nous eûmes trois universités, comme les provinces du ^iord : on créa des musées, des bibliothèques, des jardins botaniques: IWeadémie royale de Bruxelles fut en même temps rouverte aux sciences et aux lettres; cl l’on vil, plus lard, se former un observatoire, monument que nous n’avions jamais possédé, et qui même était conçu sur une échelle plus grande que les observatoires des provinces septentrionales du royaume.

La création des universités nouvelles avait exigé, pour renseignement, un assez grand nontbre de professeurs dans les dilTércnles branches des lettres et des sciences; et le pays, par suite des malheureuses circonstances où il s’était trouvé placé, n’élait pas en mesure de les produire : il avait fallu nécessairement les prendre à l'étranger ou chez nos eompalriotcs du IS’ord. De là, des préventions mal établies d'une part, et, de l’autre, des suflisances blessées : l'enseignement supérieur paraissait d’ailleurs trop resserré dans les trois universités de Garni, de Louvain et de Liège, où l’on ne comptait guère que trois ou quatre professeurs pour chacune des facultés de sciences ('). Il eût été difficile pour «'iix, en eberebant à pourvoir aux besoins de l’ens<‘ignement, de se trouver encore à même de coopérer, par des recherches spéciales, aux progrès de la science. (*)

(*) Par exemple, dans la facullé des sciences, on coinptail un prufcssciir pour les mathématiques, un pour les sciences naturelles, un pour la chimie et la physique; quelquefois l’une de ces branches se partageait entre deux profes.seurs. tJI

ü'ailleurs l'clat par lequel notre pays venait de passer lui avait enlevé plusieurs de ses hommes les plus distingués, qui s’étaient successivement retirés en Autriche, en N. me. France ou en Hollande. Ainsi, Louis-Auguste Fallon, de ■ ****■ Namur, qui se trouvait au service d’Autriche depuis l’âge de vingt ans, avait été désigné comme chef militaire de la triangulation et de la mesure cadastrale pour la ville de Vienne. En 1824, il fut nommé général-major, et, en 1831, parut le premier volume de I hypsométrie de l’Autriche, tiré de son nivellement trigonométrique. Il lit connaître ensuite par différents écrits les instruments et les méthodes qu'il avait employés; mais il ne put achever tous ses travaux : il mourut à Vienne, à l’âge de cinquante-deux ans (').

N. 1781. De son côte, le comte G.-F.-Aug. de Longueval Buquoy, '*■ également belge (*), passa une partie de sa vie en Bohême, où il était chambellan de S. M. l'empereur d’Autriche. On lui doit des additions et des explications qui ont été ajoutées à l’astronomie de Schubert : l’édition fut publiée en trois volumes, à Leipzig, en 181 1. Il s’est aussi occupé du principe des vitesses virtuelles et a publié, à Paris, en 1816, un ouvrage contenant une Exposition d’un nouveau principe général de dynamique, dont le principe des vitesses virtuelles n’est qu’un cas particulier. Il essaya de donner à Leipzig, en 1819, les lois fondamentales sur In théorie de la chaleur; il fit paraître ensuite une nouvelle méthode pour le calcul infinitésimal et plusieurs autres ouvrages qui traitent de la théorie et de l'histoire des sciences mathématiques. Vers la fin de sa vie, il s’oc-

(') Il était né le 27 novembre 1776 et il mourut le 4 septembre 1838.

(*) Il était né à Bruxelles, le 7 septembre 1781, et il mourut à Prague, le 19 avril 1861.

cupa avi-c la même ardeur des sciences physiques; il a traité tour à tour de la compression du verre, de la réfraction optique, du galvanisme, du magnétisme, etc. On lui doit aussi une espèce de verre noir qu’il a nommée htjalite. On trouve beaucoup de ses recherches sur la philosophie naturelle dans Vlsis, que faisait paraître le savant professeur Oken.

Après les événements de 18fS, tout annonçait un changement fondamental dans notre pays : on comprenait que le Belge n’aurait plus à s’expatrier ni à chercher des lumières et une existence chez ses voisins. On vit, dès le commencement de celte ère, les Anglais et tes Américains du Nord lui donner ainsi qu’à son Roi un témoignage de confiance, en fixant dans la ville de Gand le lieu de la conférence où fut signé, en fSiîi, le traité de paix entre l’Angleterre et les États-Unis. Les différentes nations firent voir, par des actes de sympathie, qu’elles souscrivaient avec plaisir à la restauration de la Belgique, et lui montraient la confiance qu’elles plaçaient dans son avenir.

Pendant notre réunion à l’empire, le passage des armées françaises par notre pays y avait laissé plusieurs savants de distinction, qui furent d’une véritable utilité pour l'administration et pour la science. Parmi les médecins, nous nommerons en particulier .Al. Baud, qui fut l’un des professeurs les plus habiles de nos universités; M. Sommé, qui fit plus lard partie de notre Académie des sciences; ainsi que AI. Curlet, beau-frère de M. Van Mons, qui, d’abord professeur à Turin, commença à se faire connaître, en Belgique, par des expériences curieuses sur les propriétés nouvelles de la pile voltaïque; mais qu’il dut abandonner à cause du préjugé, alors généralement répandu chez nous, contre les médecins s’occupant de recherches scientifiques.

Dans une lellre adressée à M. Van Mous et qui a été eiléc depuis, il indique, pour la première fois, la vive lumière produite par le charbon placé dans le circuit voltaïque, expérience curieuse qui a pris ensuite une véritable imporbmee (').

Nous trouvons aussi, à la suite des agitations de la république et de l’empire, un grand nombre d'bommcs qui, par leurs talents et leur expérience, rendirent de nombreux services à la Belgique. Nous citerons surtout Cambacérès, Seyès, Merlin de Douai, Quinct, Berlier, Chazal, Arnault, David, Bory de Saint-Vincent et tant d'autres illustres proscrits : ils donnèrent un fort appui à notre jeunesse pâlies relations qui s’établirent entre eux et par la facilité de se former sous leurs yeux. Nos principales villes créèrent des journaux périodiques qui multiplièrent encore ces facilités: ainsi, Bruxelles Gt paraître le Mercure Belge, sous les auspices de MM. Lesbroussart, De BeilTenbcrg et Raoul; Gand publia ses Annales belgiqucs, que soutenaient particulièrement Cornelissen et Garnier; Vau Meenen, Doneker et Delbougnc donnèrent naissance à VObservaleur belge. Ces écrits périodiques et bien d’autres encore concernaient plus spécialement les lettres et les beaux-arts, tandis (|ue les Annules des sciences physiques et naturelles, publiées, pendant les années ISiy-l8;2l, par MM. Van Mous, Drapiez et Bory de Saint-Vincent, s’oeeupaienl de l objet de nos reeberehes.

L’arrêté royal qui reconstituait l’Académie porte la date du 7 mai 18IG (’). Ce corps put espérer de reconquérir son

(') Le 1*' germinal an X mars 1802). Voyez Bulletins de VAcadémie s'fiyale de BchjiquCj tome XVIII, 2** partie, page 41)0; 1851.

(•) Parmi les membres belges tle l'Acadcmie nouvelle, on distinguait, pour les sciences, le conimamlcur de MciiporI, Van Mons, Du Rondeau,

ancien rang dans le domaine de rinleüigenee : il voyail avec orgueil, parmi ses membres, le vieux commandeur

Kickx p«Te, Scnlclcl, Garnier, nurlin, Kesteloot, Waulcrs, Minckclers, Tliiry cl le vénérable M. D'Omaliiis «rHalloy, le seul membre de la première création que nous conservions encore. Au nombre des membres hullaiidais

Irouvaiciil Van Swinden, Von Maruni, Vrolik, Von L'tciiliovc, Deiaunuy, Tydciiian , etc. Il convient surtout de nommer M. Faick , le digne ministre, qui fut d'un si grand secours pour i'Académic et qui appuyait de tous ses moyens les institutions qui pmivaient donner quelque relief au pays. Nous aurons soin de donner, dans un autre ouvrage, des uoliccs sur la plupart de ces savants dont nous aimons à conser^’cr le souvenir.

Cil. Morren a publié, dans î'.4«mMn>c de VAcademie pour l'aunce 1839, quelques mots sur Alinckelers. On y voit que ce dernier savant, originaire de Alaestricht, avait etc professeur de philosophie au collège du Faucon h Liège, de 1772 à 1778, et qu’il passa, en 1797, à l'tcole centrale de Macsti’icbt , où il fulchargc du même enseignement. Il fut appelé plus tard à l'Académie royale de nruxelles, lors de la réorganisation de ce corps savant en 18iü. Il était né en 1718, et il mourut dans la même ville le i juillet 1824. « Pallas, dit Cli, Morren, avait conduit le lils de Japet dans les réglons célestes pour qu'il y ravit le feu vital, et le physicien de Maestriebt, guidé par une autre Minerve, par la science des Lavoisier et des Bertliolct, ravit à la terre meme, à la houille que recèlent scs profondeurs, la lumière qui éclaire aujourd'hui les rues de nos cites, nus ateliers et nos demeures. » Crahay a fait connaître, dans les Mémoires de V jeademie j les observations météorologiques que Minckclers avait eu soin de faire dans sa ville natale.

François-Xavier Üiirlin, qui était également de Maeslricbt et membre de I'Académic, était né en 1745 et il mourut en 1818. Il faisait partie du conseil établi par l'empereur Joscpii II, mais ses excentricités étaient plus propres à déconsidérer r.Vcadémic qu'a lui donner du lustre. On lui doit cependant des ouvrages nombreux et non dépourvus de mérite sur les sciences naturelles, et en particulier un travail Sur les rcvolulions et Vâge du globe terrestre j qui parut, en 1790, en un volume format in-i''. L'auteur habitait Bruxelles. 11 ne manquait certainement pas de talent, mais il sc faisait remarquer par une vanité peu commune que l’on cite cncort! aujourd'hui, à cause de ses singulièrcjs bizarreries. (Voyez plus bas ce qui est dit de son Orgetographie.)

Le Prince de Gavre était président de r.\cadérnie; le commandeur De \ieii* port en était le directeur, et Van llulthcm , après en avoir clé .secrétaire perpétuel, donna sa démission en 18-21 H lit plaee h M. Drwez.

— rm —

N. i7»u. de i\’ieuporl, que la tourmente révolutionnaire avait dépouillé de tous scs biens , reprendre son siège académique et se livrer, malgré son âge octogénaire, à la culture des mathématiques qui l’avaient autrefois mis en rapport avec les hommes les plus illustres; tandis que, d une autre part . doué d’une activité incroyable et en possession de la plupart N ncB. des langues de l Europe, Van .Mons renouait, comme pro- *' '***■ fesseur de chimie, ses relations avec la plupart des savants des autres pays, et se rendait l'intermédiaire entre le nord et le midi de l'Europe ('). Il transmettail à l'.Vngleterre et à rAllemagiie les brillantes découvertes de Lavoisier et de Volta, dont il défendait avec ardeur les théories nouvelles, tandis qu’il faisait passer en France les découvertes des savants du Nord et spécialement de Davy et de Berzélius(’).

La Belgique avait repris son ancienne activité; elle pouvait espérer de retrouver aussi sa place parmi les nations qui concouraient à soutenir l'édifice des sciences.

Fa's premières années de l’Académie furent faibles, parce que sa réorganisation était essentiellement vicieuse. On avait appelé , pour les placer à côté des survivants de l’.\cadémie ancienne, des membres généralement âgés ou étrangers à nos provinces, qui ne connaissaient ni nos intérêts ni nos besoins. Les séances étaient loin de présenter l’cnsemble désirable; le secrétaire perpétuel d’ailleurs, de qui

(') Van Mons, ovons<nou5 dit, publiait, avoc MM. Bory de Sainl-Vioceiit et Drapiez, les .'innaletde» scicnce$ physiques et naturelles, dont le huitième et dernier volume parut en I8il. Cet intéressant recueil était consacré surtout aux scicnce.s naturelles ; les mathématiques n’y étaient pas représentées. (Voyez la notice nécrologique de M. Van Hons, où j'ai e.ssayé de rappeler les services qu'il a rendus à son pays.)

(*) Il traduisit plusieurs ouvrages de ces illustres savants, dont nous avons entre les mains une eorrcspondancc du plus haut intérêt; quelques fragments ont été publiés dans son journal de chimie.

il(';pendait cssenliellement l’activité de ce corps savant, ne sut pas, dans un moment semblable, déployer l’aclivilé nécessaire. On était parvenu à l’année i820, et il n’avait paru encore qu’un demi -volume contenant deux mémoires couronnés ('). On crut devoir renforcer le personnel : quelques jeunes savants furent appelés; et, par leur présence cl leur activité, ils payèrent convenablement leur delle à la seicncc (*).

Un des travaux les plus importants qui occupèrent notre Académie, dès l’époque de sa renaissance, comprend l’étude de notre géologie et des moyens de la faire tourner au pro-

(') Voici cc que disait à ccl egard le seerclaire perpétuel de TAcademie, dans la séance publique du 15 décembre 18il : <• Les séances étaient loin de présenter, pendant ICvS premières années, l'aclivitc, et j'oserais dire i'importancc scientifîquc qu'elles ofTrcnt aujourd'hui. Un local étroit, au fond de l'ancienne cour de Bourgogne, réunissait, tous les mois, quelques membres plus assidus que nombreux. Ces séances, pour être moins suivies, n'étaieiit cependant pas sans charmes; c'étaient bien plus, il est vrai, de douces causeries que de savantes discussions; mais ces causeries memes vc* liaient toujours aboutir vers le champ des sciences. La plupart des membres liabitaient loin de Bruxelles ; une partie des autres avaient appartenu à l'an' cicnne Académie de Maric-Thérèse, cl leur grand âge ne leur permettait guère de se livrer avec quelque activité à des travaux intellectuels. Aussi , l'on était arrivé à l'année et l'on n'avait public qu'un seul volume de

Mémoires des membres. Encore la plupart des écrits qu'il contient avaient-ils clé retirés des anciens cartons, où ils sc trouvaient ensevelis depuis 170i. Pendant toute la première période décennale, il ne parut que deux volumes des Mémoires des membres, à coté desquels il cfuivient de placer cinq volumes de Mémoires couronnés sur différentes questions importantes des sciences et des lettres. •

{•) Au raoinrnl de la révolution de 1850, il avait paru six volumes în-4* des Mémoires des membres et onze volumes des Mémoires couronnés. C'est iininédiatcmcnt après cette époque que l'Académie commença, l’une des premières, sa collection des Bulletin» ou procès-verbaux des séances, forme qui est adoptée aujourd'hui par tous les corps savants; de même que son Annuaire, qui en est à la trentième année de sa publication.

fit des arls. On ne saurait assez apprécier les services qu’a rendus celte science : par son assiduité à recueillir les travaux nombreux qui la distinguent aujourd'hui, elle semble avoir voulu compléter, sur la forme et les propriétés de la terre, les beaux et anciens travaux de Mercator, d'Ortelius, de ilondius, de Coignet et de tant d'autres célèbres géographes belges.

f-a structure interne de notre globe et la nature des substances qui entrent dans sa composition avaient peu occupé les pi uples anciens. Il n'en a |)as été de même dans ces derniers temps ; les premiers es.sais sur eette partie des sciences, dans notre pa\s, furt'iit entrepris avec assiduité, et des études suivies furent continuées asec le plus grand succès. M. Robert de Limbourg, eu 1770, présenta le premier à notre Académie les fruits de ses recherches sur les environs de Thuin, sa ville natale, et bientôt après il étendit le champ de ses travaux.

« En 1778, M. de Launay donna lecture de son mémoire sur l’oriyine des fossiles animaux et véyétaux des provinces behjiques, précédé d'un Discours sur la théorie de la terre, dit M. Cauchy, dans son Discours sur la yéologie dans nos provinces qu'il prononça dans la séance publique de notre Académie, le 16 décembre 183a (').

» Dans trois mémoires présentés successivement en 1777, 1779 et 178a, l'abbé de Vilry fil part de ses Recherches mi liera logiques et paléontoloyiques sur le Tournaisis et le Uainaut autrichien.

» M. de Burtin fit paraître, en 1784, son Oryctographie des environs de Bruxelles. Dans cet ouvrage, fort remarquable pour l'époque à laquelle il fut écrit, l’auteur

(*} liuïU'tin* de V Acruïémif royale det nnences de h'rtirelief , anncp InniP II , pagf 477.

— ôi'J —

f.iil connaître les substances minérales qu'il a reconnues dans un rayon de cinq lieues autour de Bruxelles , décrit et représente, sur les trente-deux planches qui accompagnent le texte, une partie de ces débris d'animaux marins accumulés, en si grande abondance, dans les sables et dans les roches les plus consistantes du terrain qu'il a si bien étudié; établit que la plupart de ces êtres ne peuvent être rapportés aux espèces qui vivent aujourd’hui; que l’on n’en connaît d'analogues à quelques-uns d’entre eux que sons la zone torride; qu’ils ont été parqués au fond d'une mer qui couvrait ces champs où fleurissent aujourd'hui de riches moissons, et qu’ils ont été ensevelis tranquillement dans la position où ils ont vécu. Il déduit de ces données, aujourd’hui admises par tous les naturalistes, des conséquences très-judicieuses sur la théorie de la terre.

» Les observations minéralogiques, depuis Bruxelles par W'avn! jusqu'à Court-Saint-Etienne, que le même auteur a présentées, la même année, à l’Académie, portent également l'empreinte d’un véritable talent... Kous ne trouvons dans les archives de la géologie, relatives à la Belgique, pendant la période d'un quart de siècle qui a suivi, que quelques opuscules du vétéran des géologues belges, M. De- Ihicr, qui a signalé à l'attention des naturalistes la présence de volcans éteints dans l'Eifcl, contrée maintenant si célèbre dans les fastes de la science, et dont une |)artie dépendait alors de nos provinces; quelques notices intéressantes de M. Baillet sur les mines d'alun de la province de Liège; sur le glissement en masse d'une montagne de grès, dans la même j)ro\incc; sur les mines de plomb de Védrin, de Dourbes, de Vierves, de Treignes (^province de Namur) et sur celle de Sirault (province île llainaut); sur la mine de calamine de la Vieille -.Montagne et la pyrite ai'senieale

(i’Enghien. Deux mémoires sur les mines de houille de la province de Hainaut ont encore été publics, pendant la période dont nous nous occupons ici, l’un par le préfet du département, l’autre par M. Gcndcbicn; mais les considérations industrielles et commerciales y occupent plus de |)lace que les considérations géologiques. Il est juste aussi de signaler la publication, à Bruxelles, pendant cette même période, de la Distribution systématique des productions du règne minéral, présentée par M. de Launay, à la séance académique du 4 juin 1788; de la Minéralogie des anciens, publiée postérieurement par le même auteur, et de VEssai sur l’étude de la minéralogie , par Rozin.

» Vers la fin de 1808, M. D’Omalius, qui avait déjà juiblié quelques notices sur des minéraux cl sur des roches de la Belgique, fit paraître, sous le litre modeste d’Essai, la description géologique du nord de la France. Il y divise nos terrains en sept formations qu’il désigne respectivement, en allant de bas en haut, par les noms de formations Irappéenne , ardoisière , bituminifère , du grès rouge, du calcaire horizontal , du grès blanc et du terrainmeuble; il esquisse à grands traits les principaux caractères géographiques et géognostiques de ces divers groupes, et ne laisse, à ceux qui viendront prendre le crayon après lui , (|ue le soin d'ombrer ce vaste dessin. Après avoir décrit le pays qui l’a vu naître, il entreprit une carte géologique du vaste empire dans lequel sa patrie avait été englobée, et présenta, en 1813, à l'Institut de France les premiers résultats de cet immense travail, avec une coupe représentant la stnicture des terrains qui s’étendent depuis notre Ai-denne jusqu’aux montagnes du centre de la France.

» Le premier qui s’empressa de marcher sur les traces de M. D’Omalius fut M. Bouesnel. Depuis 1811 jusqu’en

1813, il publia suoeessivenient sept mémoires... Ces utiles travaux, connus de tous les géolottucs belges, font vivement regretU'r que , depuis 1815, leur savant auteur n’ait publié qu’une seule notice géologique, celle dans laquelle il a décrit, en 1826, la composition cl le gisement de la calamine de Saulour, près de Pliilippeville.

» Nous voici parvenus, ajoute M. Cauchy, à l’époque où les sciences naturelles ont pris, en Belgique, un essor qui s’est soutenu et développé jusqu'à ce jour. » Immédiatement après l’organisation du royaume des Pays-Bas, en 181 > 1 , il se forma des chaires spéciales de minéralogie et de géodésie dans les trois universités de Belgique qu'on venait de créer, ainsi qu’à l’athénée de Namur, au musée et à l'école de médecine de Bruxelles. Le gouvernement ordonna la construction d’une carte géologique du royaume, dont furent chargés M.M. Van Bréda et Van Gorcum; M. D'Omalius publia plusieurs éditions successives de scs ouvrages de géologie; MM. Lévy, Schmerling, Du Mortier, Ch. Morren, Benoit, secondèrent ses généreux efforts, et l’on vit suceessivement une brillante série de savants étrangers se joindre à ceux de notre pays : parmi eux nous signalerons Faujas de Saint-Fond, Bory de Saint-Vincent, Dechin, OEynhausen, Fitton, Lajonkairc, de Villeneuve, Clerc et Rozet. »

Dès les premières années de sa réintégration, l’Académie avait résolu de mettre successivement au concours, pour toutes les provinces de la Belgique, la description de leur constitution géologique , celle des especes minérales et des fossiles quelles renferment , avec l’indication des localités et la sgnomjmie des auteurs qui en ont déjà traité. Nettement posée comme elle l’est, cette question obligeait les concurrents à suivre la seule voie qui pût conduire à des théories satisfaisantes et durables.

— TyTi'l —

Les Ir.ivaiix (|ui ont élt* couronnés successivement sur l.i même question appliquée à ehacune de nos provinecs. sont de MM. Drapiez pour le Ilninaut, Caueliy pour la province de Namur, Belpairc pour la côte de Boulogne, Sleininger et Engelspaeli-I.iarivièrc pour le Luxembourg, Dumont et Davreux pour Liège, Galeotti pour le Brabant. .M. Dumont fut chargé en dernier lieu (') de bs coordonner tous et d'en former la carte générale du royaume, qui met aujourd'hui notre jiays dans un rang fort avancé [>our ce genre d'études. Le doyen de notre Académie, le savant •M. D'Omalius, a eonsidérabicment contribué au développement que la géologie et la paléontologie ont pris chez nous :

Aiuln* Dumont était ne à Lic^c, le 15 février 180dj ii fut altciiit, au coiitnit-ncenient de 1853, d'une lièvre cérébrale, dont il ne s'est jamais com> plétrnicjil remis. II succomba, à peine a^c de quarante-huit ans, le î28 février 1857. M. D'Omalius, qui lui avait .sers'i d’ami et de père, a publié sou éloge dans TA MHuaire de r/lffidémiV pour 1858, Dumont, si remarquable par ses connaissances eotiimc géologue, avait parfois une candeur, une sirnpiicilc qui tenait de la première jeunesse. Pendant les vacances de IS5G, atteint runmic lui d'une maladie des plus graves, un ami était parti avec lui pour le midi de la France, désirant passer de là en Espagne. Mais une fois à Pari.s, Dumont fut telleinenl arréU; par scs travaux et scs reclierchcs avec les savants français, que l'élat de sa santé dut à la lin le ramener à Liège, dans un état d'airaiblissemenl déplorable. Il put cfrpendaiit assister encore à la séance académique du 10 janvier suivant, mais il succomba presque iinmédiateinent après.

Depuis la mort de .M. Dumont, un de scs anciens élèves et amis, M. Dc> walque, s'est attache avec ardeur à continuer ses travaux géologiques; il a pris .soin d'ajouter des détails qui pouvaient y manquer encore. De son côté, M. De Koninck a continué à s'occuper, par de nombreux et de savants travaux, «le compléter la partie paléonlologiquc, qui a tronvé des appuis nombreux dans ses collègues MM. Van Benedcii, Du Bus, De Vaux, Nyst, etc.

Il est douloureux de voir que les lumunes laborieux et instruits qui ont mérité les médailles que notre Académie destinait aux travaux géologiques •le notre royaume ont successiveinenl succoinbc. cl plu.sieups bien avant l'àg«’ oniiiiairc marqué par la nature.

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nous uiinuiis surloul ù reconnuitre on lui l'auteur dislinÿuié de la carte géologique la plus ancienne de la France et de la Belgique (')•

En 1822, rAcadcniie royale de Bruxelles avait chargé deux de ses membres d’aller visiter la fameuse grotte de Han , dont on venait de découvrir les principales cavités et les passages nouveaux à Iravei's la montagne. L’un d’eux en leva le plan, tandis que l’autre, M. Kickx père, recueillait les données géodésiques et botaniques des terrains avoisinants. La description se trouve insérée dans le second volume des Mémoires de l’Académie (’). Cette magnifique grotte a fait depuis l'admiration de tous ceux qui l'ont visitée, et l’on en a souvent renouvelé la descriiition et les dessins ; sous plusieurs rapports, elle mérite dêtre comparée pour sa beauté et son étendue à la grotte célèbre d’Antiparos.

Dans les sciences positives, il est un genre de recherches auquel l’Académie de Bruxelles se livra également avec persévérance et avec un succès qui lui valut l'estime des autres peuples : je veux parler de l'étude des mathématiques. Le commandeur de Aieuporl fut un des plus ardents, malgré son grand âge, à s'occuper de ce genre de travaux, qui l’avaient mis en relation avec plusieurs des géomètres du siècle précédent. Pendant sa jeunesse, il s’était peu occupé des sciences, et ce n’est guère que vers l'âge de quarante

(') On lui doit spocialcmciil de numbrcii.x ouvrages sur sa science de prédilection : son Abrvijc de géologie en était , en 186â, à sa septième édition j il se trouve dans toutes les bibliothèques des savants qui ont lourtié leur attention vers la structure du globe et scs principales propriétés.

(*) lielatinn d*UH voyage fait à la grolle de Han y au moii d'aoùl par MM. Kickx et Qurtelet. ln-4°, Méuoiniis oe L'AciDè»ic, tome II. — Héimprimée, format in-8" avec les descriptions des grottes de Frejr, Keniouehamps, etc.

ans qu'il entreprit sérieusement l’étude des mathématiques, et qu'il eut la pensée de publier le fruit de scs méditations.

En France, comme nous l’avons dit, il avait été en relation avec plusieurs savants illustres, et entre autres avec D’Alembert, Bossut et Condorcet. L’Académie royale des sciences et des lettres de Bruxelles s’empressa de le rappeler au nombre de ses membres. Elle reçut de lui une série de recherches intéressantes sur différents points des sciences mathématiques, qu'elle a insérées successivement dans h* recueil de scs mémoires (').

La révolution française ne tarda pas à éclater, et les commanderies furent supprimées ; M. de .Xieuport perdit la sienne, et ne reçut aucune indemnité. Il supporta avec fermeté cette perle qui le laissait sans fortune, et chercha dans l'étude et le silence de la retraite un noble soulagement à ses revci-s. Il avait présenté, depuis plusieurs années, à l’Académie royale des sciences de Paris, deux mémoires d’analyse; mais las des retards continuels qu'avait éprouvés leur impression, il avait repris ses éludes sur celle matière. Une foule de vérités nouvelles se présentèrent à lui , et il résolut de refondre ses deux mémoires en un seul qu’il publia sous ce titre : Recherches sur l’intégration des équations aux différences partielles qui admettent une intégration de l’ordre immédiatement inférieur. Ce nié-

(*) Voici 1rs mémoires insérés par M. De Nicuport dans le recueil de l'ancienne Academie de Bruxelles ;

Tome II. Estai analytique sur la mécanique des voûtes. 00 pages} .Sur les courbes que décrit un corps qui s'approche ou s'éloigne en raison donnée d’un point qui parcourt une ligne droite. 1 1 pages ; — Sur la manière de trouver le facteur qui rendra utte équation différentielle complète , etc, 4 pages.

Tome IV. Sur les eodét'eloppées des courbes, avec quelques réflexioM sur la méthode ordtVmire d*élimiualion. 16 pages} Sur la propriété prétendue des l'oùtes en chaînettes f etc. 16 pages.

muire , qui est le fruit de profondes et pénibles méditations, fait partie du recueil qui parut en 1794, sous le titre : Mélanges mathématiques, ou Mémoires sur différents sujets de mathématiques tant pures qu appliquées. Je n’entreprendrai pas de donner une analyse des travaux intéressants que renferme ce recueil, parce que l’auteur l'a fait lui-méme dans un avant-propos , écrit avec celte clarté qui caractérise généralement tous ses ouvrages (').

Dans le second recueil des Mélanges, publié en 1799 (’), M. De Nieuport revint encore sur l'intégration des équations aux différences partielles. Ce sujet, dont il s’est toujours occupé avec une espèce de prédilection, s’y trouve traité de manière à lui mériter l’estime et la reconnaissance des savants. « L’importance cl la difficulté du sujet, dit-il, justifieront assez la constance avec laquelle je me suis livré à ces recherches arides en apparence, mais en effet bien

(*) Ce volume in-4®, publié à Bruxelles, chez M. Le Maire, contient, outre le mémoire que nous venons de citer, les quatre mémoires suivants : Sur h lieu et l*intégration des équations différentielles d trois variables, qui ne sont point intégrables dans le sens ordinaire} Sur une méthode d'inté-gration, appliquée au cas de deux pareilles équations d'un ordre quelconque , avec des ré/lcTions sur le cas général de n équations entre n H- l variables. — Sur le mouvement du fluide qui s'échappe d'un Utgau cylindrique entretenu constamment plein, Sur une nouvelle manière de traduire en langue algébrique le principe d'égalité de pression , et d'en déduire toutes les lois de l'hydrostatique , et spécialement la figure de la terre. — Sur différents sujets (relatifs à l'algèbre, au calcul des variuüons, à la mécanique).

(') Ce second recueil, qui parut chez le même imprimeurdibraire et sous le même format, contient: 1® Une suite de l'intégration des équations aux différences partielles qui admettent une intégration de l'ordre immédiatement inférieur; 3® Un mémoire sur les équations indéterminées aux difTércnces partielles; 5® Des recherches sur l'intcgration des équations irrégulières aux différences partielles; 4® Sur l’intégration des équations et systèmes d'équations différentielles d'un ordre quelconque, quels que soient leur nombre et celui de leurs variables; 5® Sur différents sujets.

altrayanlcs pour lanulyslo qui, ne se liornaiil pas à employer l’algèbre eomme un moyen prompt de solution, se plaît eneore à éclairer sa marche ténébreuse et à observer la souplesse admirable avec laquelle elle sait se frayer une roule à travers les obstacles les plus raullijiliés. »

On trouve, à la fin de ecs Mélanges, quelques noU's.SM/' (llffêrnils sujets, avee des solutions de plusieurs problèmes de géométrie qui, peut-être, méritaient moins de figurer à côté des écrits précédents.

L’empire , en succédant à la république, n’apporta aucun changement dans la fortune du commandeur, à cause du refus qu’il fit constamment, comme il l’avouait lui-mème, d’accepter les faveurs qui lui étaient offertes. Les .seules qui pussent flatter son amour-pro[)re cl ne point alarmer sa noble fierté, étaient celles qui lui furent décernées par ses pairs, cl qui formaient la récompense de ses travaux scientifiques. L'Institut de France, dès son organisation, avait appelé M. De Nieuport au nombre de ses membres correspondants. Kolre compatriote paya son tribut par deux mémoires, l’un Sur l'équation générale des polijgonrs réguliers, l'autre Sur un problème présenté par IJ'.llembcrt.

En 1802 parut le mémoire Sur l’intégrabilité médiate des équations différentielles d’un ordre quelconque, et entre un nombre quelconque de variables, pour faire suite aux Mélanges mathématiques ('). L’auteur entend par intégrabilité médiate, l'ajililudc à devenir une différentielle exacte au moyen d'un facteur. L’idée de cet ouvrage lui a été suggérée par des rccherclies de P. Franchini,

(^) Cet écrit, destine d abord à rinstilul de France , a etc insère à la lin du Hecueii <ln Mélanges, ftirmanl un volume* in-i*, dont nous avons parle prccédeinmntl.

sur rintégratiun des équations difTérenlielles. Le mémoire porte cette épigraphe touchante :

Has mihi nemo invidit opes; haec una supersunif Et jam vergenli sat crunt solatia vitac.

L’Essai sur la théorie du raisonnement parut en 1803. D'abord l’auteur n’avait en vue que d’examiner jusqu’à quel point on peut appliquer aux sciences la méthode géométrique, et d’ajouter en même temps quelques notes sur ce sujet à la Logique de Condillac; mais en donnant successivement du développement à ses idées , il finit par former un travail complet. « Mon seul guide, dit-il, a été cette précieuse habitude de réfléchir, qu’on contracte par l’étude des sciences exactes. On jugera, par le peu de livres que je cite (et je cite tous ceux que je connaissais), combien j’étais étranger à celte matière. » L’élude de la philosophie lui fit sentir le besoin d’approfondir les anciens; et à l'âge de soixante ans, il se remit à apprendre la langue grecque avec la même ardeur qu’il avait étudié les mathématiques à l’âge de quarante ('). Platon devint son livre de prédilection et presque son unique étude.

Lors de l’érection du royaume des Pays-Bas, en 1813, M. De Nieuport fut appelé à la seconde chambre des états généraux ; il rentra ensuite â l’Académie royale de Bruxelles, qui venait d’être réorganisée (*), et fut nommé

(*) C'est ainsi que le célèbre Gauss se mit à étudier la langue russe dans un âge fort avancé, et pour se distraire, disaiUil, de scs autres travaux scientifiques. Il s'occupait de cotte étude quand j'eus l'honneur de le voir en 4829; il avait alors cinquante-deux ans, et ce fut quelques annéo.s après qu'il publia ses beaux travaux sur le magnétisme terrestre.

(•) Les Koftreaux Mémoires de l'Acadcmie contiennent les écrits suivants que M. De Nieuport y a insérés :

Tome I*^. Esquisse d*une méthode inverse des formules inféffra/es définies.

successivement membre de l’instilul des Pays-Bas ('), de l’Académie de Stockholm et de plusieurs autres sociétés savantes.

L’Académie royale de Bruielles s’occupa , dès sa naissance, avec une ardeur toute spéciale de la continuation des travaux de l’illustre Monge et du général Carnot sur les propriétés purement géométriques. Ces travaux, qui avaient d’abord fixé l’attention des mathématiciens belges, finirent par trouver de nombreux partisans à l’étranger; et l’Académie royale devint bientôt une espèce de centre autour duquel semblaient se réunir les géomètres les plus distingués. Un mémoire sur quelques propriétés nouvelles des sections coniques qui parut en 1820 , dans le second volume des Mémoires de l’Académie royale (’), attira

56 pages) — Sur une propriété générale des ellipses et des hgperholes semhlables, 28 pages; ~ Sur VéquilAre des corps qui se balancent librement sur un fil flexible et sur celui des corps flottants, 22 pages; — Sur un caf de la théorie des probabilités au jeu. 44 pages; — In Plafonis opéra et Ficinianam interpretalionem animadversiones. 50 pages; Quefçuex réflexions sur des notions fondamentales en géométrie. 20 pages.

Tome II. Sur la pression ^u'un même corps exerce sur plusieurs appuis à la fois, 44 pages; — Sur la nuftaphysique du principe de la différerUkUion. 58 pages;

Tome III. Sur une question relatire au calcul des pro6n6i7t7és. 1 1 pages.

Ce mémoire, qui même n’est point terminé, est le dernier ouvrage de N. De Nieuport: la continuation en est due à M. Dandelin. A la fin on trouve ces quatre vers latins : «

Hic me luctantem frustra oetoyesimus anhui Occupai , hic artem , mriluâ , ptnnamque rtpono.

Nune oRui rxcipiVml çuitwi est integra jurentus »

Me jidtet hic netas studiis imponere finem.

(’) Le recueil de l'Institut des Pays-Bas contient un mémoire de M. De Nicuport sur la mesure des arcs elliptiques, qui a été traduit en hollandais et enrichi de notes par M. Van Utenhuve.

(*) Cet écrit Sur une nouvelle théorie des sections coniques considérées dans

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ralienlion de plusieurs de nos savants et donna aeeidenlellemenl lieu à un grand nombre de reelierches ingénieuses ; MM. ünndelin, Pagani, Timmermans, Lefrancois, Van Rees, etc., firent des communiealions intéressantes à ee sujet. Bientôt les rceherches mathématiques entreprises à

/r solide f coalcnail principalement les six iheorèmes suivants, dont plusieurs furent considérés sous des formes nouvelles cl donnèrent lieu à des propositions importantes de quelques géomètres. H s'agit ici, bien entendu, des cônes de révolution :

I* La diffcretice des deux rayons vecteurs menés du sommet du cône aux extrémités du grand axe d'une cllip.se, vaut la distance des deux foyers de cette même ellipse.

Si l'on joint un même point quelconque d'une ellipse au foyer de celle ellipse et au sommet du cône, la différence des rayons vecteurs est une quantité constante.

3* La somme de doux rayons vecteurs menés du sommet du cône aux extrémités d'un même diamètre de rcllipsc* est constante.

La surface aplanie d'un cône à base elliptique est une ellipse qui a la même excentricité que rellipsc qui sert de base.

5* L'aire d'un cône qui a pour base une ellipse est à l'aire de celle ellipse comme la somme des rayons vecteurs menés du sommet aux extrémités du grand axe de l'ellipse est à ce même grand axe.

6* Tous les cônes qui ont pour base une même section conique ont leurs sommets sur une autre section conique , située dans un plan perpendiculaire h celui de la première, les foyers de l'une de ces courbes servant de sommets à l'autre, et réciproquement.

En partant du deuxième théorème énoncé plus haut, M. Dandelin, dans un mémoire Sur quelques proprié/cs de la focale parabolique qu'il imprima dans le meme volume de l'Académie, fit voir qu'oii en tirait, comme corollaire, un théorème élégant qui se trouve aujourd'hui dans plusieurs ouvrages élémentaires et qui peut s'énoncer ainsi : Un cône droit étant coupé par un plan, on peut, en général, concevoir deux sphères qui, touchant le cône dans son intérieur, touchent aussi le plan sécant; alors hs deux points deconlad de ce plan et des sphères sont les foyers de laconique. (Voyci pour les autres travaux de MM. Dandelin, Pagani, Timmermans, Garnier, Lévy, etc., les notices nécrologiques de ces savants dans le volume qui suivra : leurs recherches pourront y être exposées avec plu.s de détails que ceux que nous donnons ici.)

l’intérieur du royaume furent mieux connues à l’étranger : elles portèrent différents géomètres à essayer d’étendre également la théorie des courbes, à trouver des propriétés qui avaient pu échapper aux géomètres antérieurs et à étudier les différents genres de projections , dans l’espoir d’en simpliGer les méthodes.

Cette activité scientiGque qui se propagea dans le pays fut soutenue par la Correspondance mathématique et physique, journal commencé en 1824, qui n’avait d'abord pour mission que d’établir l’unité entre les trois universités du royaume et de favoriser les relations des savants entre eux. Elle avait à peu près le même but que la Correspondance de l’Ecole polytechnique de France , quoique sous une forme plus élémentaire. Mais ce recueil, <à la publication duquel concouraient tous nos jeunes géomètres, se répandit bientôt chez nos voisins et fut accueilli de la manière la plus favorable. Plusieurs savants distingués y prirent successivement part et l’enrichirent de leurs travaux. Cette coopération changea peu à peu la direction du journal qui, tout en développant des travaux remarquables, put faire croire à une tendance trop exclusive vers la géométrie, tendance qui n’était certainement pas préconçue, mais qui devint peut-être utile à la science (').

La géométrie pure, en effet, après la mort de Monge, ne continua pas, comme science, à occuper le rang où ce grand génie l’avait élevée, et peut-être vit-on accorder une

('} La Correspondatice mathématique et journal qui paraissait par

livraisons in-8°, fut publiée d'abord par MM. Garnier et Ad.Quetelet, à Gand; mais apres le tome II, la publication se lit à Bruxelles, par le dernier rédacteur seulement. Elle reçut alors beaucoup plus d'extension : les savants les plus distingués des différents pays y prirent part. Le journal cessa de paraître en 1839; il en avait alors paru onxc volumes in-8".

préférence trop marquée à l’analyse. Quoiqu’il en soit, plusieurs géomètres des plus distingués de France, tels que .MM. Chasles, Poncelet, Hachette, Ampère, Gergonne, de Prony, Bobillier, Gerono, Olivier, Levy, de Pontécoulant, Dclezenne, etc., firent paraitre successivement leurs recherches dans la Correspondance mathématique de Bruxelles. En Angleterre, .M.M. John Herschel, Babbage, Barlow, Forbes, Whewell, Gregory, Hamilton, Polter, Rigaud, Sabine, Slratford, etc., suivirent le même exemple, ainsi que des savants allemands, italiens, suisses et de toutes les nations en général. Le Belge put naturellement, après un long silenee, reprendre sa place parmi les autres peuples qui avaient, pour ainsi dire, fini par l’oublier; il put revendiquer, en faveur de son pays, la part qu’il méritait dans l’estime des savants et qu’ils se montraient généreusement disposés à lui rendre.

La Belgique d’ailleurs avait à placer alors à coté de ses voisins des hommes de savoir, tels que le commandeur de Nieuport, Dandelin, Plateau, Crahay, Pagani, Timmerinans, Noël (‘), de Bchr, Garnier (’), Lefrançois, Lemaire, Verhuist, Lcschevain, .Manderlier, Groetaers, Mareska, iVerenburger, Meyer, .Mailly, Valérius, Renard, Stcichen, Kickx, Ch. Morren, Weilher, De Cuyper (’). Tous ces hommes étaient unis et formaient une espèce de vaste

(*) Noël, d'abord professour à Luxembourg, y exerça la plus heureuse influence par les ouvrages clcmeiiUircs qu'il publia el par le grand nombre d'élèves de mérite qu'il parvint à former : c'est un talent dont on ne tient malheureusement pas toujours compte.

(*) Garnier et Pagani, par la part qu'ils avaient prise à renseignement et par leurs travaux academiques, n'étaient plus considérés comme étrangers : la nalurali.sation d'ailleurs les avaient rendus Beiges.

(•) Voyez les travaux de ces divers savants dans la Corrcspottdance mathématique cl dans les Mémoirtt de V Académie royale de Belgique.

société , dont le but commun était de ramener l’étude des sciences positives sur un sol où elles avaient été longtemps cultivées avec avantage. La Correspondance mathématique peut rappeler, sous ce rapport, quel était, à cette époque, l’état des sciences dont on parait aujourd’hui avoir trop oublié les mérites.

Ce recueil, avec les Mémoires de l’ Académie , fut, pendant plusieurs années, comme une arène féconde où les plus habiles géomètres venaient exposer leurs travaux et essayer des recherches nouvelles.

ün y traita également, sous un point de vue nouveau, la théorie des caustiques, en prenant au lieu de ces lignes leurs développantes ou leurs caustiques secondaires, dont la construction et l’équation sont généralement plus simples que celles des eaustiques proprement dites ; l’une de ces théories suppléait en quelque sorte à l’autre, mais elle était généralement d’un usage plus facile.

Ces recherches donnèrent lieu à différents mémoires qui ont été insérés successivement dans (') les journaux scientifiques de cette époque. On trouve dans les mêmes recueils les belles recherches de M. le colonel Dandelin sur les projections stéréographiques, dont il a fait un si heureux emploi dans ses écrits, ainsi que scs observations

(*) La simplicité delà nouvelle méthode des iecom^atres donna

lieu à plusieurs écrits du savant Gergonne , auteur des Annales mathéfnafiqtteH (voyez tome XV» pages 345 et 387, anncc.s i8i4 cl !825). Il y a longtemps que je répète à mes élèves qu'on n'u pas encore le dernier mot de la science sur une théorie tout aussi longtemps qu'on ne l'a point amenée au point de la raconter à un passant dans la rue : voilà, bien positivement, écrivait* il dans son langage pittoresque à l'éditeur de la Correspondance mathémalique^ à quoi votre nouveau mémoire réduit évidemment la catop* trique et la diuptrique, et il est surprenant qu'aucun recueil scientifique n'ait encore fait mention de votre élégante théorie. • Au moment où ce mémoire

furieuses sur les théorèmes de Pascal et deBrianehon, bases d une théorie qu’il a enrichie par ses propres travaux.

On y trouve aussi les ouvrages remarquables de M. Chasles, surtout le mémoire couronné le 8 mai 1830, qui forme à lui seul le tome XI des Mémoires couronnés de VAcadémie royale de Bruxelles ^ sous le litre : Aperçu lus-

|)!irut, M. Sturm, qui commençait sa brillante carrière île géomètre, venait de publier, dans les .Innalet de Gergonne, un travail qui 'Semblait devoir le conduire à la nouvelle théorie des caustiques dont il est parlé ici.

Rappelons à ce sujet que le gouvernement belge eut à cette époque l'idée d’attacher Al. Sturm, comme professeur de mathématiques, à l'université de Liège. M. Arago eut connaissance de la proposition déjà acceptée par M. Sturm, et lit tous ses efforts pour retenir l'homme distingué que la France possédait déjà. On verra peut-être avec plaisir que M. Sturm ne fut pas insensible à la sympathie que le gouvernement belge lui témoignait. Voici un fragment de la lettre qu'il écrivit à la personne chargée par le gouvernement de lui offrir la place de professeur de mathématiques à Liège, en novembre 1835 : • C'est avec le plus vif regret que je renonce à profiter des offres si honorables et si avantageuses que vous avez bien voulu me communiquer. Je suis extrêmement touché et reconnaissant de l'honneur d'avoir clé appelé à occuper la belle place que vous m'avez proposée : j'ai été bien près, je vous l'avoue, de cédera cette tentation. Hais après y avoir réfléchi et avoir pris le conseil de quelques personnes qui s'intéresseut à moi , j’ai cru devoir me résoudre à continuer à Paris la carrière que j'y ai commencée. Pcrmcltcz-moi, monsieur, de vous indiquer en peu de mots les motifs d’un refus qui pourrait vous paraître déraisonnable • Peu de temps après, j’appris en effet par M. Arago, que

M. Sturm avait été nommé membre de l'Académie des sciences, et que sa position était devenue très-brillante.

(*) Parmi les ouvrages mathématiques, couronnés par l'Académie et imprimés dans ses recueils avant 1830, nous devons compter encore deux mémoires de M. Vène, officier du génie français, l'un sur la résistance d'une plaque appliquée sur une surface , contre la force agissant comme levier, qui tend B l'arracher; l’autre, sur l'élimination entre deux équations à deux inconnues; un mémoire de M. Pirard, ingénieur belge, sur 1a nature de la courbe décrite par un corps suspendu librement à un cordon flexible; deux mémoires de Al. Pagani, l'un sur l'analyse des lignes spiriques cl l'autre .sur l'analyse du mouvement d'un fil flexible ; iin mémoire de M. Moreau de Jon-

torique sur l’ordre et le développement des méthodes de géométrie, et particulièrement de celles qui se rapportent à la géométrie moderne, suivi d’un mémoire de géométrie sur deux principes généraux de la science, la dualité et l’homographie. L’histoire de la géométrie et les notes qui l'accompagnent forment le traité le plus intéressant et le mieux raisonné que l’on possède sur les développements successifs de cette science.

La première époque e.\pose l’état de la géométrie ancienne , depuis sa naissance jusqu’au renversement de l’école d'Alexandrie. La seconde époque conduit le lecteur jusqu'au quinzième siècle; l’auteur regarde cet intervalle comme formant les préliminaires de la science. La troisième époque commence avec Dcscarles, qui, par son inappréciable conception de V.dpplication de l’algèbre à la théorie des courbes, se créa les moyens de franchir les obstacles qui jusqu’alors avaient arrêté les plus grands géomètres, et changea véritablement la face des sciences mathématiques. Cinquante ans après que Descaries eut mis au jour sa Géométrie, une autre grande conception, préparée par Fermât et Barrow, le calcul infinitésimal de Leibnitz et de jVcwton, prit naissance (en 1684 et 1687) et commença la quatrième époque. Celte sublime invention, ajoute M. Chasles ('), qui remplaçait avec un avau-

nés sur le déboisement des forêts; un mémoire de M. Timmermans sur la forme la plus avantagcu.<^c à donner aux ailes d'un moulin à vent; etc.

La révolution de 1850 empêcha l'impression immédiate de l'ouvrage de M. Chasles» qui ne parut que plusieurs années après, avec des notes intéressantes que l'auteur fut autorise à y joindre, et un mémoire tur deux principes généraux de la science ^ la dualité et Vhomographie. Ces ouvrages remarquables, dont nous présentons un aperçu dans le texte, forment un fort volume in-4” de 851 pages, qui est devenu fort rare.

(•) jpereu historique, etc., p. Hâj !. XI des Mém. cour. Bruxelles, 1857.

Uige immense les méthodes de Cavalleri , de Roberval , de Fermât, de Grégoire de Saint-Vincent, pour les dimensions des figures et les questions de maxiina et niinima, s’appliqua aussi avec une facilité si prodigieuse aux grandes questions des phénomènes de la nature qu’elle devint presque exclusivement l'objet des méditations des plus célèbres géomètres. Dès lors , la géométrie ancienne et les belles méthodes de Desargues et de Pascal, de de Lahire et de Le Poivre, pour l’étude des coniques, furent négligées. L’Analyse de Descartes, la seule des grandes productions de nos deuxième et troisième époques , survécut à cet abandon général : c’est qu’elle était le véritable fondement des doctrines de Leibnitz et de Newton, qui allaient envahir tout le domaine des sciences mathématiques. La cinquième époque, d’après l’auteur, doit son origine aux conceptions de Monge. Après un repos de près d’un siècle, la géométrie pure s’enrichit d’une doctrine nouvelle, la géométrie descriptive, qui était le complément nécessaire de la géométrie analytique de Dcscartcs et qui, comme elle, devait avoir des résultats immenses, en marquant une ère nouvelle dans I histoire de la géométrie.

On peut voir que la division adoptée par M. Chasles pour les principales époques de la géométrie ue diffère guère de la division admise par Bossut pour l'histoire des sciences mathématiques en général. « Je remarque, dit Bossut, quatre âges dans l'histoire des mathématiques. Le premier offre d’abord les faibles lueurs de leur origine, ensuite leur accroissement rapide chez les Grecs, et enOn leur état languissant jusqu’à la destruction de l’école d’Alexandrie. Dans le second âge, elles sont ranimées et cultivées par les Arabes, qui les font passer avec eux dans quelques contrées de l’Europe; cet âge dure à peu près

jusque vers la fin du quinzième siècle. Quelque temps après, elles se répandent et font des progrès rapides chez tous les peuples un peu considérables de l’Europe; troisième période, qui nous mène jusqu’à la découverte de l’analyse infinitésimale. Là commence la quatrième et dernière période ('). » La différence pour les époques ne se trouve que dans l’addition d'une cinquième époque , qui commence vers le temps où Bossut cessait d’écrire son Histoire des mathématiques. On conçoit en effet que l’histoire de la géométrie doit marcher, pour ainsi dire, parallèlement avec celle des mathématiques dont elle forme l’une des parties.

La division admise par Montucla, dans son Histoire des mathématiques, semble moins précise. Dans la seconde édition de son ouvrage, publiée au commencement de ce siècle, et dont les deux derniers volumes, non terminés, ont été revus et complétés par Lalande, la division est bien moins arrêtée, ou plutôt l’ordre des temps et des matières se trouve établi sans qu’on ait songé aux grands mouvements de l’intelligence qui donnaient à la science une forme nouvelle. Ainsi, la première partie expose, comme les écrits des auteurs précédents, l’histoire des mathématiques depuis leur origine chez les Grecs et les Egyptiens jusqu’à la chute de l'école d'Alexandrie; mais la seconde et la troisième partie mêlent ensuite l'histoire des sciences chez les Hébreux, les Indiens, les Romains, les Chinois, etc., avec ce que ces sciences étaient chez les Arabes, les Turcs, les Italiens, les Anglais. Les quatrième et cinquième parties, publiées par les soins de Lalande, ne font de distinction que (*)

(*) Bossut, Efsai iur l’hisioirr générale des mathématiques. Imtbodi'CTIOTi, page U.

pour l'ordre des matières, et considèrent séparènieiil les mathématiques pures, la mécanique, l’optique, raslronomie, la navigation, etc., sans qu'on ait égard aux mouvements imprimés à la science par rinvenlion du calcul infinitésimal.

.M. Chasles a donné, à la suite de son Histoire de la géométrie, une dernière partie supplémentaire à son travail sur les principes de la dualité et de l'homographie. « Les propositions auxquelles nous avons appliqué le principe de dualité, dit-il, nous ont conduit souvent à des propositions d’une plus grande généralité dans leur genre que ces premières dans le leur. On conçoit donc qu’en appliquant le même principe à ces nouvelles propositions, on en obtiendra d'autres du genre des premières, mais qui pourront être plus générales qu’elles. Le principe de dualité offre donc le moyen de généraliser une foule de propositions connues. .Mais on voit sur-le-champ que ce moyen devant toujours être le même, puisqu’il se réduit à répéter deux fois le mécanisme de la transformation des figures par le principe de dualité; on voit, dis-je, que ce moyen peut être érigé lui-méme en principe général de l’étendue immédiatement applicable aux figures proposées ('). »

Ce grand ouvrage reçut, dans les différents pays, un accueil mérité ; on lui reprocha néanmoins, et surtout en Allemagne, de n’avoir pas complètement énuméré les travaux faits dans les derniers temps (*). M. Chasles qui, avant son entrée à l’Institut de France, avait publié la

{*) Aperçu hiitoriquCf etc., par Chasles, page 095, 1 vol. in-4", tome XI des Mémoirei couromi^« par l'Académie royale de Bruxelles, 1837.

(') On conçoit combien il était diflicilo, en répondant à un concours, d'étre au courant de tout ce qui s'ctail fait dans les dilTérenls pays et surtout dans les derniers temps; l'auteur s'attacha néanmoins à .suppléer à difTérentes

plupart de ses savants travaux en Belgique, inséra eneore dans les tomes V et VI des Mémoires de l’Académie royale de Bruxelles, les trois ouvrages suivants : Recherches sur les lignes et les surfaces du second degré; — Mémoire sur les propriétés des coniques sphériques; — et un Mémoire sur les propriétés générales des cônes du second degré.

On trouve aussi , dans le môme recueil , un savant écrit de M. Ampère : Sur l’action mutuelle d’un conducteur voltaïque et d’un aimant, tome IV, 1827. Cet ouvrage, composé à une époque où l’illustre physicien français publiait des travaux qui ont immortalisé son nom, peut être considéré comme un des écrits les plus remarquables que renferme le recueil de notre Académie. Dans ce môme volume, on trouve la solution d'un problème à trois dimensions par M. Hachette dont les rapports avec la Belgique étaient également très- fréquents à celte époque.

Les sciences physiques, qui avaient été peu cultivées dans nos provinces, prirent alors plus d’unité et de développement. Dans le cours de l’année 1824, un des membres de l’Académie de Bruxelles s’était occupé d’organiser, dans les trois universités de l’État, au moyen de quelques amis cl de plusieurs de ses anciens élèves, un système d'observations qui avait pour but l'élude des étoiles filantes cl de leurs principales propriétés. Ces sortes de phénomènes avaient déjà occupé ratlenlion des observateurs du siècle précédent, mais on avait tiré peu de fruit de ces études. L'nc averse de ces météores avait été observée en Amé-

lacuneü diins l'ouvragr qu'il publia depuis suus Ir litre ; Trnilcdv ijtiimétrie supcrieiire, par .M. Chasle.s, membre de l'InstituL tn-8'. Paris, chez Bachelier, 1852.

rique, le 15 novembre 1799, par le eélèbrc voyageur tie Humboldt, qui avait rappelé l’attention sur ces apparitions (*). L’année précédente, deux jeunes étudiants de l’université de Gôtlingue, Brandès et Benzenberg, s'élaienl occupés, de leur côté, d’observer les étoiles filantes d’une manière à peu près continue : ils avaient étudié avec succès leur hauteur, leur vitesse et en général leurs circonstances principales; mais l’attention publique ne s’était pas encore suftisamment arrêtée sur ces sortes de phénomènes. En 1824, ces observations furent reprises par les mêmes savants et avec un soin tout nouveau : on les étudia simultanément en Belgique, sans que les observateurs des deux pays se fussent entendus. Cependant ils ne tardèrent pas à avoir connaissance de leurs recherches respectives, et à reconnaitre que leurs résultats s'accordaient et donnaient des valeurs à peu près identiques. Pour la vitesse de ces météores, elle pouvait être de cinq à dix lieues par seconde, et pour la hauteur, elle variait entre quatre à cinquante lieues et plus. On convenait, des deux côtés, n’avoir jamais observé de près une étoile filante , ni en avoir aperçu dans les régions inférieures de l’atmosphère, malgré le grand nombre de météores qui se présentent pendant certaines nuits. M. de Humboldt, avons-nous dit, avait eu occasion de signaler In nuit du 14 au 15 novembre comme présentant un retour périodique très-marqué des étoiles filantes : SI. Quetelel cita la nuit du 10 au 11 août pour une fréquence semblable, et il crut pouvoir mentionner également, comme dignes d'attention, les nuits du milieu d’octobre, ainsi que celles du 7 décembre et du 2 janvier (*). Il donna en même

(*} Le mol averte fut appliqué alors ù ce genre de phénomènes.

(*) Ces dalc.s furent indiquées, à propos d’une lettre que M. Arago écrivit

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temps le premier catalwjue connu pour ees upparitions extraordinaires. De ces diverses nuits périodiques, celle qui s’est à peu près invariablement maintenue jusqu’à ce jour, arrive du 40 au 41 août. Il est à remarquer qu’à de pareilles époques, les étoiles filantes ont assez généralement des marches divergentes d'un même point, tandis que, dans les nuits ordinaires, les trajectoires sont dirigées indifféremment vers les diverses parties du ciel ('). Dans

à l'auteur, à la fin de 4830, sur une communication relative aux étoiles filantes qu'il eomptaitfairc dans l'y^nnuai're de France, et pour laquelle il lui demandait des renseignements. Il parait que le phénomène du milieu d'août avait déjà été remarqué anciennement: plusieurs mentions du moins en sont faites, et spécialement dans le traité de physique de Muschenbroeck. M. Forster l'avait également indiqué, dans un annuaire ancien qu'il avait publié, sans doute d'après la remarque du physicien hollandais, car il ne cite aucune observation pour l'appuyer. — Voici ce que dit de son côté M. Aragn, page 1280 du tome IV de son Astronomie populaire, dans laquelle il entre dans des détails fort intéressants au sujet des étoiles filantes : « Dès 17118, Brandès et Benzenberg opérèrent ainsi aux environs de Gôttinguc. Cette môme tentative fut renouvelée, en 1800 et 1801 , en Angleterre, par John Farey et Benjamin Bevan; en Allemagne, par Brandès, Benzenberg, Harding et Potigiesser, entre Hambourg et Brème. En 1817, Brandès, qui s'est attaché avec une persévérance digne d'éloges au perfectionnement de l'étude de cette question, s'adjoignit quelques autres associés pour observer de nouveau à Breslau , à Dresde, à I.eipa, à Brieg, à Glewitz, à Berlin, à Cracovie, etc. En 182i, H. Quctclet institua en Belgique une série d'observations analogues. M. Erman fit, à Brème et à Potsdam, en 182b, avec le concours de plusieurs physiciens, une nouvelle série d'observations simultanées. Enfin, un an avant de mourir, en 1833, Brandès exécuta, avec quelques collaborateurs, une dernière campagne à Leipzig, à Weimar, à Géra et à Breslau. »

(') Le premier catalogue des étoiles filantes qu'on ait publié a paru en juin 1839, dans le tome XII des Mémoires de l’Académie royak de Belgique : le A'oMveau catalogue des principales apparitions d’étoiles filantes est dans le tome XV, 1841. Voyez aussi la Physique du globe, chap. IV, pages 266 et suivantes, in-Js. Bruxelles, 1861.

ce dernier cas, le Mémoire de Bruxelles avançait qu'i/« observateur isolé ou plusieurs observateurs dirigés vers une même région du ciel, peuvent voir, terme moyen, huit étoiles filantes par heure, et que plusieurs observateurs, placés de manière à voir les différentes régions du ciel, peuvent en compter un nombre double.

La détermination du nombre moyen d’étoiles filantes qu’on peut observer à une époque et à une heure déterminée de la nuit était un point capital : le résultat indiqué précédemment donna lieu à de nombreux dissentiments. Le savant Olbcrs , dans son excellent article sur les étoiles filantes ('), croyait ce chiffre un peu élevé ; « Je pense, disait-il, que ce n’est que dans les nuits de la fin de Icté ou de l’automne , du mois d’août au mois de décembre , qu’il peut se vérifier; d’autant plus qu’il semble avoir été tiré d’observations faites pendant cette partie de l’année. Le nombre moyen, pour toute l’année, n’est, selon moi, que les deux tiers de celui donné par MM. Quetelet et Benzenberg. » Sir John Herschel exprima la même idée, qui fut à peu près généralement reçue en Europe. Les observateurs américains crurent, au contraire, que le nombre d’étoiles filantes, vues dans leurs contrées, dépassait le nombre observé sur notre continent. Bs admirent bientôt cependant, comme l’indiquait Olbcrs, que le nombre des étoiles filantes est en général plus grand dans la seconde partie de l’année , et que la seconde partie de la nuit en présente aussi plus que la première (').

(') y^nnuaire de Schumacher pour 1838, et Annuain de Bruxellee p<mr i 839 , page 260.

(') Le savant américain, M. Herrick , de Newhaven, qui , depuis un quart de siècte, communiquait obligeamment ses observations des mois d'aoiil et de novembre à l'Observatoirr royal de Bruxelles, avait cru d’abord que les

On ne pouvait qu’exprimer des regrets en voyant celle branche intéressante de la météorologie encore peu avancée depuis les trente dernières années, et ce manque de lumière semblait dû surtout à l’absence de renseignements suffisants sur la hauteur et la composition de notre atmosphère ('). En général , les météorologistes les plus exercés

étoiles filantes étaient plus nombreuses dans l'Amcrîqtic du Nord que dans nos climats : ses dernières lettres admettent régalitc. M. Hcrrick est i'un des premiers quif depuis l'originCf ont prétendu que le nombre des étoiles filantes est, toutes choses égales, plus considérable dans la seconde partie de la nuit que dans la première. Nous croyons que la première idée à cet egard a été émise par Olbers.

On peut voir aussi, dans la Correspondance mathémaHqne et physiqntf les différentes lettres adressées sur ce sujet au rédacteur par MH. de Humboldt, Arago, llerschcl, Olbers, Benzenberg, Chasles, Warlmann, Van Becs, de Bugusiawski, Th. Forster, etc.

(*) Depuis longtemps nous avons exprimé nos idées à cet égard : nous croyons même l'atmosphère trois à quatre fois plus élevée qu'on ne le suppose actuellement. « Cette atmosphère supérieure, comme je le disais dans les Bulletins de VAcadétnie royale de Belgique ^ tome XVI , page 287, ne serait pas nécessairement de même nature ni de même composition que l'atmosphère inférieure dans laquelle nous vivons. II semblerait, au contraire, que, favorable d'une part à l'inflammation et à l'éclat des étoiles filantes, elle perd, d'une autre part, cette propriété dans la partie la plus épaisse de nuire atmosphère, dans celle constamment remuée et qui se trouve en contact avec la terre. C’est vers les limites communes de ces deux atmosphères que SC formerait aussi le phénomène des aurores boréales, dont l'cxistencc a souvent coïncidé avec les plus belles apparitions d’étoiles filantes. • Les idées que nous avions émises à cet é^ard s'accordent fort bien avec celles que sir John llerschcl a bien voulu nous communiquer de son côté, et celles qui nous ont été transmises par MM. De la Rive, Newton, Haidingcr, Le Verrier, le père Secchi, Perrey, M* Scarpellini et plusieurs autres savants. Nous avons été étonne même de la concordance des observateurs à admettre une hauteur atmosphérique beaucoup plus grande que celle adoptée jus> qu'ici. Nous avouerons que cette identité d'opinion n'est pas un des résultats qui nous ait le moins frap|)é dans l'examen d'une question de cette importance.

iidiiicHt-nl iiujoui'd'liui que les liiniles de ralmosplière sont beaucoup plus élevées qu’on ne le supposait jusqu’aloi-s. Mais les opinions se partagent eneore sur la nature intime de l’étoile filante ; les uns la regardent comme appartenant exelusivement aux régions supérieures de notre atmosphère; les autres, en plus grand nombre, lui donnent une origine cosmique, lui font traverser la partie supérieure de l’atmosphère et s’éteindre à une certaine distance du sol. Les opinions du reste ne diffèrent pas seulement à ce dernier égard, mais encore à l’égard des aérolilhes et des bolides, avec lesquels plusieurs météorologistes habiles croient devoir les confondre (').

Les études de l’atmosphère avaient été singulièrement

(*) Voici cc que M. Ilorrick tuc fil rhunnciir tle m écrire peu de temps avant sa mort : • Je suis fôché de difTérer avec vous d'opinion; mais, depuis plus de vingt ans, je suis complètement dispose à croire que les étoiles filantes, les bolides et les météores sont tous d'une nature astronomique identique et qu'ils peuvent (comme les corps le font sur la terre) dilTérer en conslitulion chimique et en agrégation. Ce sont tous des corps circulant autour du soleil en anneaux et en groupes, qui, selon leur marche, traversent une partie plus ou moins grande de l'atmosphère de la terre et qui, en passant soudainement d'un étal de froid intense par l'obslaclc au mouvement oppose à une marche semblable, et en partie par la compression de l'air sur son trajet , s'échauffent assez pour brûler entièrement ou en partie, avec ou sans détonation. » (Annuaire de de RmxeUen ^ p. 213, année 4803.)

M. Ne>^ton, île Newhaven, qui a bien voulu promettre de continuer avec nous la correspondance qu'avait commencée son savant compatriote M. lierrick, pense « qu'il doit y avoir un certain genre d'atmosphère qui lui semble s'étendre à cinq cents milles » (RuUetinn de l^Académie royale de Belgique, année 1863, tome XV, 2<* série, page 416), ce qui revient a cc que nous avons dit plus haut reinlivement à ce sujet. On lit dans notre ouvrage Sur ta physiq^te du ylohe , pages 314 et 315, année 1861 : « On peut considérer l'atmosphère comme se partageant en deux parties distinctes : l'une supérieure, d'une densité trè.s-rare , traversée par les rayons qui dilatent ses parties dans le sens de la hauteur, sans changer .sensiblement leurs positions

relardéos i-ii Bflgique, l'I tflios de la pliysique du globe y étaieiil à peu près milles. Les premières observations mélèorologiqucs qui y furent faites ne remontent pas au delà de 1763 ; elles furent eonlinuées mais très-irrégulièrement, car on ne peut guère citer que les travaux de l’abbé Mann (|ui fussent à la bnuteur d(! la science.

La révolution de 1790 porta de nouveaux obstacles à ees travaux. Plus lard , le gouvernement du royaume des Pays-Bas, d'ailleurs si favorable aux sciences, ne put s’oeeiiper de donner, dans nos provinces, une nouvelle impulsion à la météorologie que par l'observaloire qu’on achevait de construire quand éclata la révolution de 1830.

Les autres points principaux du royaume n’ont pas été j)lus heureux. A Mons,des observations ont été faites par M. Delmotte, depuis le eommenecment de ce siècle jusqu’en 1821 ; il s’y trouve des lacunes nombreuses. Il n’a été possible d’en extraire que les valeurs approchées des maxima et minima du thermomètre et du baromètre pour chaque année.

re5|K'clivc8 horizontales, nous ta nommons atmosphère stable; l'autre inférleurc, suhissaiil à la fois raction directe du soleil et t'action réfléchie par le sol , ayant ses parties qui ehangent à cliaquc instant de place, les unes par rapport aux autres, par suite de ses dilatations inégales et de l'influence dos vents ; nous la nommons atmosphère instatfr. Quant a la partie stable, sa hauteur et sa eom|H)$ition sont loin de répondre à l'idée qu'on s'en fait ac> tuellemeiit. Sa hauteur doit former au moins le triple de ce qu'on la suppose, et sa composition ne doit pas être telle qu'on rndmel. Nous voyons ces météores devenir sensibles à des élévations qui, malgré les erreurs que l'on peut craindre dans des estimations aii.ssi délicates, peuvent être de cinquante à soixante lieues : ils descendent vers la terre en prenant plus d'éclat; ils s'cteigneril ensuite et disparaissent complètement, en approchant des régions inférieures d'où nous les observons, comme s'ils n'y trouvaient pas les éléments qui leur sont nécessaires, comme s'ils pa.ssaji'iil dans un nouveau milieu contraire h leur conservation. »

Un triMiiil scmblaltic, pour li's valeurs muyeniies du barouièlre el du lliermoinèlre, pendant les dilTércnls mois des dix années de 181Ü à 1824, obtenues pour. Malines, a été eommuniqué par le gouvernement, mais sans nom d'auteur. Les températures y sont évidemment trop élevées, car la moyenne monte à 12®, 7, c'est-à-dire à deux degrés centigrades de plus qu'à Bruxelles, qui n’est éloignée de Malines que de quatre lieues.

M. Kiekx père a donné, dans le tome 111 Nouveaux Mémoires de V Académie royale de Bruxelles, les résultats généraux des observations qu'il a recueillies pendant vingt-deux ans, à j)artir du commencement de ce siècle. Il a joint à ses tableaux numériques des explications sommaires sur les principaux événements météorologiques qui avaient fixé son attention.

A Liège, les observations ont été faites par M. Fallise, depuis 1736 jusqu’en 1783; mais, à partir de 1773, on n’a pu en déduire que quelques températures extrêmes et annuelles. En combinant les résultats qu'il avait obtenus avec ceux recueillis par MM. Tliomassin et Comliaire, de 1806 à 1826, on en a formé un tableau général pour les maxima el miiiimn mensuels du thermomètre et du baromètre (').

Ces résultats, à peu près les seuls qu'on ait pu réunir pour le royaume avant 1830, doivent naturellement élon-

(’) Tous les rlocnmeiits cités prccéfleinnicnt SC trouvent dans r.'/perr» Aiiiorique deg observ ations de vnrtcorologief etc., par Ad. Quctelel , tome VIII des NnivEAix MËMOincs de l'Acadkmir noYAf.B DB BiuxRU.es, I85i, el dan.s le tome I'' des Annales de l'ouservatoire royal de Bri xelles, in-i», IS3i. Noii.s regrettons de n avoir pu utiliser jusqu'à présent un recueil d'nb.servatinn.s, faites dans ln Flandre uccidentnic, qui nous n été donné pnrM. le elinnoine Carton, nu'inbre de l'Aradéniie iHjyalc, réccnmient décétié.

IUT, Ciii' il est peu de |iays civilisé» qui eusseiil alors niuiiis de renscigncmenls sur leur élal mctéorologique. Hâtonsnous do dire cependant que, à partir de celte dernière époque, les principaux points du royaume ont eherclié à remplir la lacune fâcheuse qui existait dans leurs archives scienliQques, et qu’aujourd hui la Belgique peut être considérée comme marchant avec les pays les mieux privilégiés sous ee rapport.

Il en est de même du magnétisme terrestre : les travaux sur celle partie nous manquaient à peu près complètement. Une ancienne observation que l'on trouve pour ce pays date de 1600; elle nous a été conservée par le savant physicien llanslccn (') ; la déviation de l’aiguille aimantée était de 9‘>0' à rorienl. Une autre délerminalion plus ancienne, inscrite sur un astrolabe construit â Louvain en lu68 cl olTerl à l’Académie royale de Bruxelles par M. Cajiocei, indique U) degrés â l’orient également. Les observations magnétiques manquèrent ensuite pendant plus de deux siècles: car on n’en trouve plus que quelques-unes relatives à la déclinaison, obtenues par l’abbé Mann pour Ostende et Nieiiport, à la lin de 1772 : elles donnent 20°35' et 19"u0' à l’occident.

Pendant la construction de l’observatoire de Bruxelles, cet établissement reçut d’Angleterre, en 1827, des instruments magnétiques de la plus grande précision et sortant des ateliers de rillustre Trougbton. La déclinaison déviait alors de 22’28' vers l’occident (’). On détermina, en même temps, l’inclinaison magnétique, qui n’avait jamais été ob-

{’) Vntersuchunffcn ührr den Magnetmnus der Erde, in-i*** pagP8 8 t*l 145,

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