DKPUIS L'ORIGINE DE LA BELGIQUE JUSQU'AU RÈGNE DE CHARLES-QUINT
La Belgique se trouvait aneiennement comprise entre l’Océan et le Rhin : c’est une des régions où la civilisation du Midi est venue souvent lutter contre celle du Nord, où les dieux de la Fable ont succombé sous la religion nouvelle du Christ, où la France a combattu constamment et avec opiniâtreté contre les indigènes, contre les Allemands, contre les Anglais et contre tous les peuples voisins; c’est le pays qui a servi de frontière entre le catholicisme et le protestantisme et qui, par une sorte de providence, se tient encore debout cl florissant, malgré les dangers qui l’ont sans cesse menacé.
Sans doute, il mérilait un meilleur sort, si l’on consulte son passé, si l’on juge de la valeur qu’il a montrée en liil-
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lanl coiilro rfrivaliisscmciil de lancieniie Uonie, coalre les guerriers d Orient p«'ndanl les eroisades; si l’on a ('giird à la vigueur el à la puissance avec lesquelles ses villes, au moyen âge, se rangeaient à côté des villes les plus florissantes de ritalic, ou à l’énergie avec laquelle ce même pays s’est tenu aux premiers rangs pour les sciences, les lettres et les arts, dans des siècles où les lumières avaient tant de peine à sc répandre.
Les premiers temps de la Belgique étaient loin de faire prévoir l’avenir réservé à nos aïeux. Sa population primitive était brave, sans doute; mais en la voyant s’éloigner de tout ce qui lient à riniciligcnce, et repousser même ce qui appartient à l’industrie, on avait peu de motifs pour supposer les changements qui devaient s’opérer bientôt.
Les Gaulois et les Germains, nos aïeux, ont suivi du reste la marche ordinaire; ils ont cherché, en se développant, à SC distinguer par les armes bien plus qu’à briller par leurs connaissances. Tacite disait, en parlant deux : Lilleraruin sécréta viri pariler ac femiuae ignorant (Tacite, Mor. Gerin., eh. XIX); il n’aurait pu s’exprimer autrement, il faut en convenir, en parlant des premiers temps de Rome , ou même de ceux de l’ancienne Grèce.
Le vainqueur des Belges ne fut pas longtemps à ignorer leur valeur guerrière : César, à la bataille de Presles, apprit quels rivaux il avait à combattre; et plus Uird, les échecs qu’Ambiorix lui fit éprouver l’arrèlèrent un instant au milieu de ses victoires. Mais quand le guerrier romain songea à sc rendre maître de l’empire, il sut habilement profiter de leur valeur. C’est en s’appuyant sur eux qu’il resta maître du champ de bataille de Pbarsale: c'est en se confiant à leur probité qu’il en fit pins lard une partie de sa garde.
Cependant le Christ venait de naiire en Orient; mais l'idolâtrie couvrait eneore le monde oceidental, et Tibère remplissait Rome de ses crimes. Les turpitudes de la eapitale SC répandirent jusque chez nous; le despotisme romain exaspéra en même temps nos aïeux , qui surent se montrer dignes de l’appréciation que César avait faite de leur valeur.
Claudius Civilis appela son pays aux armes : il releva AnTo courageusement l'étendard de la révolte et apprit à vaincre les légions étrangères. Nos aïeux étaient guerriers avant tout; ils dédaignaient les arts mercantiles et se montraient jaloux de ressaisir leur liberté.
Peu à peu, néanmoins, en s’éloignant de leurs mœurs primitives et en prenant les habitudes romaines, ils avaient fini par se montrer plus patients et plus dispo.sés à suivre les usages de leurs vainqueurs.
A la même époque, des Francs et des Germains ten- a» i«o • taient de s’établir sur nos frontières : le iilénapicn Carausius, qui s’était élevé à l’empire de la Grande-Bretagne, ehercba à former une ligue avec eux; mais la discipline romaine était encore trop énergique pour céder devant de pareils obstacles.
Déjà la religion catholique s’était montrée dans les Gau- An «m les; elle avait eu pour premiers missionnaires saint Piat et saint Materne. Elle se développait lentement et marchait avec fermeté dans le chemin dangereux qui s’ouvrait devant elle.
Pour essayer de combattre l’orage qui grondait de toutes parts, Valentinien, en 365, vint fixer sa résidence à Trêves. Le danger allait toujours croissant; une nouvelle ère commençait à luire ; une population rude et vigoureuse se présentait devant une population ancienne, qui de touU-s parts tombait en ruines. Le chrétien, sans craindre le mar-
lyre, dressnil vigoureiisemenl ses autels devant les images des dieux païens, qui bientôt ne devaient plus se relever.
An 195. On achevait alors un des premiers travaux graphiques qui sortirent de nos frontières : ce fut la carte composée dans le quatrième siècle et qui porte le nom de Pentinger (' ' : mais on ignore à qui l’on doit ce premier monument de la science, qui semble prouver en faveur des connaissances qui commençaient à se répandre dans nos contrées. On perdit longtemps de vue ce document ancien, qu’on retrouva depuis à Spire; il passa ensuite par différentes mains, parut par fragments et fut enfin complètement imprimé en
An *09. Les Huns, vers louvcrlure du cinquième siècle, firent invasion dans les Gaules, et, quelques années après, les Belges parvinrent à se soustraire à l'empire des Romains, qui se virent enfin forcés de quitter notre pays pour n'y plus rentrer.
En 418, Pliaramond parut sur ce vaste IhéAtre, et, en 445, Clodion se rendit maître de Tournay. Cependant les
(^) « La carte qui porte le nom <lc Peulinger («lit L. Morcri, dans son (iraud dictionnaire historique , t. \\ p. 789, nii. 475i) et à laquelle il n'a cepeiiilant pris aucune part, est une carte dressée vers la fin du quatrième siècle, sous Tlicodosc le Grand. »• Ce prccicu.x monument de la géographie ancienne paraît avoir etc exécuté à Constantinople, en 395. Conrad Celtes le découvrit a Spire h la fin du quinzième siècle, et le légua à Peulinger. La première édition ne fut publiée, à Venise, qu'cii 1391, quarante ans apres la mort de Peutinger^ mais clic ne parut, dans toute son étendue qtiVii 1398, par les soins de Balthasar .Moretus. II en fut donné à Vienne une édition très-belle que mil au jour le conseiller aulique Scheyb, sous le titre : Tabula Peutingeriana itineraria , quae in augustd bibliothecd Vende^onensi uunc servalur accurate dcscripta; Vienne, 1733, in-folio. Il en a été publié depuis différentes éditions; cl tout réecmmenl, en 1802, le gouvernement autrichien en a donné une nouvelle. La largeur de la feuille imprimée est de 90 conlimèlres environ et la hauteur de 20.
derniers eoups de la puissance romaine se tirent sentir encore, et Attila succomba sous Aétius.
Mérovée ctChildéric continuèrent à s’affermir dansTournay : ils semblaient préluder au nouvel ordre de choses qui devait changer la face de l’Occident. EnGn Clovis marcha avec ardeur à la rencontre de scs ennemis; il les défit à Tolbiac; bientôt après, il embrassa le christianisme et établit le royaume de France.
La première race des rois, connue sous le nom de Mérovingienne, débuta de la manière la plus énergique; Clovis, par son intrépidité et par la grandeur de ses vues politiques, donna à la France une force et une étendue qu’elle n’avait pas connues jusqu'alors. En affermissant sa puissance à l’intérieur, il sut aussi faire respecter ses armes par les princes étrangers et les forcer à reconnaître son cmj)irc.
Cette première dynastie, qui s'était montrée si vigoureuse et si puissante, ne conserva cependant pas son énergie. Après avoir ouvert glorieusement la France à nos aïeux, les princes s’énervèrent et des femmes audacieuses SC montrèrent hardiment dans la voie du crime. Frédégonde laissa à ’J’ournay un nom terrible et souilla honteusement les pages de l’histoire.
Les Mérovingiens, en se répandant par delà nos frontières, imposèrent successivement différents rois à laFrancc, jusqu'à ce qu'une famille plus forte et plus puissante, dépassant également nos limites, s’emparât une seconde fois du trône de ce pays. La dynastie illustre des Pépins , dont les vieux châteaux ou plutôt les anciens souvenirs couronnent encore les provinces de Liège et de Limbourg, commença d’abord, sous le nom de maires du palais, par exercer le pouvoir en la place de ses princes, (|u’elle finit par renfermer ensuite dans des couvents, pour saisir la royauté et
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