M. SU
former lu seconde série des rois de France, qu’on a nommés les Carlovitujiens. La province de Liège vil nailrc les chefs des rois francs de celle seconde race , comme la province de Hainaul avail vu se développer ceux de la race précédcnle ; et la durée de la première dynastie fui d’environ deux cent cinquante-six ans.
Pépin de Landen était le chef de celte famille nouvelle, et le pouvoir se transmit suceessi veinent à Grimoald (en 687), à Pépin de llerstal, qui mourut à Jupille près de Liège (714) ('), au terrible Charles .Martel, ee vainqueur des Sarrasins (741), et enfin à Pépin le Bref, qui se mil à la place des rois fainéants, dont sa race depuis longtcm(is exerçait les fonctions (768).
Alors parut le puissant Charlemagne, Tàmc de nos temps poétiques , comme Agamemnon lavait été des premiers temps de la Grèce. Mais plus puissant, plus éclairé et non moins brillant par son courage héroïque, il méritait d’avoir un poète tel que l’Arioste, dont le talent fut à la hauteur de celui d’Homère.
N. 7ii’ L’époque de Charlemagne n'est pas illustre seulement par les hauts faits d’armes que la poésie a consacrés : on y voit apparaître encore les premiers principes des sciences et des lettres, et particulièrement des sciences utiles. A l'exemple de César, Charlemagne tourna son attention vers les parties pratiques de rinlclligenec humaine. La législation eut ses premiers soins; il réunit ses capitulaires, qui sont encore un monument de son génie: il tourna en même temps son attention vers le calendrier, y fil plusieurs changements im- (*)
(*) Les noms de liamieti, de Ilerslal, de Jupiüe, d'Andenne, etc., cxisleiil encore dans nos provinces de Liège et de Liinhourg, cl Üs rappellent de glorieux souvenirs que le Belge aime à conserver. Pépin le Bref fut proclamé roi en 7b2.
|H>rlanU>; et, secondé par le savant Éginhard, il imprima à la marche des choses un cours plus régulier et plus sûr(').
Cet homme, supérieur à son siècle, eut soin de s’aider encore des talents profonds du célèbre Alcuin (’). Sa puis-
(*) « On peut, sans erreur grave, » dit M. le duc de Caraman, tome I de V Histoire des résolutions de la philosophie en Franccy page « on peut faire commencer ici Phisloirc înlelleclucllc de la France. Si quelques historiens font varier, dans certains détails, Poriginc de la philosophie du moyen Age, cependant tous s'accordent A en placer le début oux premiers temps de lu philosophie scolastique. Celle-ci exprime, h proprement parler, la philosophie professée dans les écoles j mais nous nous servirons de cette expression, tout inexacte qu’elle est, pour nous accorder avec la plupart des historiens qui, en plaçant ta philosophie du moyen Age à Poriginc de la scolastique, la font remonter au neuvième siècle, époque du règne de Charlemagne. Telle est aussi l'opinion de Tcnncmann. • Et plus loin, page :20h : • Un des plus beaux titres de gloire de Charlemagne est, sans aucun doute, la création des écoles, qui furent le berceau de Puiiiversitc de Paris : non que Pun puisse considérer ce corps enseignant tel que nous l'entendons aujourd'hui, comme constitué délinitivcmciU sous Charlemagne; mais un ne peut lui contester l'honneur d'avoir soutenu, encouragé et centralise les établissements d'instruction, dont il dirigea iui-meme les efforts. Nous indiquerons ailleurs le temps où ce corps remarquable prit sa véritable forme; mais a Charlemagne appartient l'idée première d’une école centrale, foyer des lumières de tout le royaume, cl d'où elles devaient sc répandre partout. Cette question a fort occupé les historiens; du Buullay prétend faire remonter à Charlemagne Pétahüssemcnt de l'université de Paris, consliluée en forme de corps Cliarleinngne sc préoccupa beau-
coup de tous les moyens d'instruction cl ne négligea rien pour les répandre; il fil venir d'Italie et d'Angleterre des savunLs et des philosophes distingués, les appela dans ses États et sut les y fixer. •
(•) « C'est en effet une Justice due à l’Angleterre, qu’on y vit les mathématiques plus cultivées alors qu'en aucune autre partie de l’Europe : clic donna un maître A Charlcningnc dans la personne d'Alcuin, qui était un disciple de Bèdc. Ce savant dans toutes les parties des mathématiques, écrivit en particulier De Cursu el saltu Innac, et de bisscxlo; De Heperienda hina pa^chali; Pmpnsitiones arithmetieae ad acitendos juvenesj el autres petits traités, dont quelques-uns ont été imprimés dans les œuvres de nède. Ces dilTcrcnls ouvrages sc trouvent Hans la nouvelle et superbe
sanlc intelligence embrassait les connaissances les plus diverses. Quand sa pensée n’était pas arrêtée par le gouvernement de son empire, il la portait avec plaisir vers les sciences et les lettres : son esprit contemplateur se tournait surtout vers le mouvement des astres. On lui attribue la fondation des universités de Paris et de Pavie; il organisa une espèce d'académie qui peut être regardée comme le premier modèle des sociétés savantes que l’on créa plus lard ('); on lui attribue aussi la dénomination germanique des mois et des vents, qui a été adoptée depuis cl dont l’usage se conserve encore (’).
édition des OEuvres d'Alcuin, donnée, en 1777, par le prince ubbé do Saint- Lmcran. » {Histoire des mathématiques ^ par Muiilucla, t. I, p. 495.)
(*) w Chacun des académiciens eut un nom littéraire adapte à sa spécialité. Charlemagne s'appelait Z>ot'id; Éginhard, Caltiopius; Angilberl, abbé de Saint'Riquicr en Ponthieu, marié à l'une des filles de l’Empereur, avait pris le nom d'//omére; Riculfe, archevêque de May'cncc, qui fonda l'abbayc de Saint-Alban , portait celui de Dumetcu; Alcuin se noiniiiait Jtbinus; Adalhard, abbé de Corbic, descendant de Charles Martel, était nommé Augmlin; Théodulfe était Pindare, Cette illustre compagnie s'occupait principalement de l'étude approfondie de la grammaire et du rétablissement de l'orthographe; elle se livrait aussi à des recherches d'érudition et cultivait la rhétorique, la poésie, l'arithmétique et l'astronomie.
» A côté de cette académie, peut-être dans son sein meme, s’éleva une école d'enseignement supérieur, qui fut appelée V Ecole palatine c\ qui servit de modèle à toutes les autres. Alcuin fut le principal fondateur de cette école; scs leçons étaient suivies par les plus hauts personnages de la cour et par l'Empereur lui-méme. » {Histoire des CarlovinyienSf par L.-A, Warnkoeiiig et P.-A.-F. Gérard, 1. 1, p. 368, in-8s 2 vol., 186â. Brux., chez Hozez.)
Voici les noms
qu'il donna aux mois de l'année :
If’intormanolA ,
Janvier. I
Heutimanolk,
Juillet
Homungmnnolh
, Février.
Aranmanoth ,
Août.
LenlsifîPtanofA ,
Mars,
IKi7umano(A,
Scplembro.
0*(<irmono(A •
Avril.
frûu/uniemanof A .
Octobre.
IPtnrirmoNofA ,
Mai.
llerbiUmaHoth ,
Novembre.
Drachmanoth ,
Juin.
Ueitagutanoth ,
Décembre.
I.es vents étaient au nombre de douze, comme on peut le voir dans leur
Ce fui egalement à ce souverain éclairé que la Fraiiee dut ses premiers progrès dans la marine ; il fll creuser plusieurs ports et relever le phare de Boulogne. Il n’accorda pas une protection moins étendue à ragricullurc. Il donna à son vaste empire une face nouvelle cl des habitudes d’ordre et de travail qui n’existaient pas avant son règne.
Plusieurs pays se disputent l’honneur d’avoir donné naissance à ce monarque illustre : Quel est en effet le lieu qui peut se glorifier de l’avoir vu naître? Celle question n’a point été résolue et elle demeurera probablement sans réponse, malgré toutes les recherches auxquelles on pourra se livrer. Ëginhard lui-méme, en possession des secrets de Charlemagne, confesse son ignorance à cet égard; ou plutôt n’a-l-il pas voulu dire que le puissant empereur, au milieu de l’agitation qui entoura sa naissance, avait accidentellement vu le jour dans une localité peu importante? Ce qui est certain, c’est qu’il n’existe aucune preuve directe du lieu de sa naissance , tandis qu'il n’en est pas de même du lieu de
(Iviiominalion suivante ;
— ac. —
sa sépullure. Cliarleniagiie pouvait marquer sa prédilection en faveur du lieu qu’il avait choisi pour ses funérailles, et il avait pris de préférence le voisinage des tombeaux de scs aïeux. Il avait voulu que scs cendres reposassent dans l’églised’Aix-l.i-Chapclle,qui faisait alors partie de la Btdgique, et fussent placées dans la proximité de llerstal, de Landen, dcJupille, célèbres par les souvenirs de scs prédécesseurs (*).
Charlemagne, si grand par son propre mérite, n’eut pas le temps de propager scs vues élevées; il ne sut point mettre An «H scs descendanls en état de suivre; les pas immenses qu’il avait tracés dans ses Etats. Après sa mort, le voile obscur que sa main hardie avait soulevé pendant quelques insUints cou-
(‘) Pour éclaircir, auUinl que possible, les doutes qui l'estent encore sur différents points relatifs à la famille des Carlovingiens, rAcadcniic royale do Delgiquc, sur la proposition généreuse de M. de Poulion, avait mis au con> cours un prix de 3,000 fraiicsj elle crut devoir inodilier successivement la question proposée , et, en 1 858, elle l'énonça, d'une luaiiièrc générale, dans les lcrmes suivants : ffistnirc des CarfoLhigicns dans ses rapports aicc /7<wtoirc naiionnk. Le prix fut accordé à M. L.-A. Wanikœiiig cl P.-A.-F. Gérard. a Lu jiarlic orientale de la Ilclgique, disent les auteurs, était, pour ainsi dire, leclieMieu de l'empire des Francs. On y trouve les plus célèbres villas des Carlovingicns : Jupillc, llerstal, Chcvreniunt, Theux, Aix-la- Chapelle^ les lieux de naissance et de séjour de Charles Martel, dos Pépins, de Charlemagne et de Louis le Déboimaire. Jupilic, sur la rive droite de la Meuse, parait avoir été la plus ancienne de ces résidences. Pépin de llerstal y mourut en 714. On voit encore à Jupille, vers l'endroil où l'on suppose qii'élail le palais, un bain fort ancien, que .M. de Villenfagne croit avoir servi nu roi Pépin. (t. Il, p. 158.) On lit plus bas, à la page 147 : - S'il est possible de contester le lieu de naissance de Charlemagne, on doit reconnaUre au moins qu'il était aussi belge par les goûts, {es mœurs et son attachement a In famille des Francs que par son origine. Il hohilail la vieille Ausirasie de préférence à tout antre pays. Celte prédilection sc manife.ste dès le commencement de son règne. A peine a-t-it pris les insignes de la royauté à Noyon, en 7t>8, qu’il vient célébrer la fêle de Noël à Ait, oii il ne devait y avoir alors (pi'uiie hahilation médiocre. L'année suivante, il rélcbrc la .Noël à Dnren et la Pâque .à Liège En 770, Cli.ii leinague eéic-
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vril (le iiouvt'au le monde : <• Il se trouve ici un long interviille de temps, dit Montuchi ('), près d’un siècle et demi, pendant lequel je n’ai pu, malgré mes recherches, reneontrer un seul mathématicien. Je crois pouvoir regarder eetlc période de temps comme celle de la plus profonde obscurité qui ait régné en Occident. » L’abai.ssement du niveau scientifique fut en elTet général en Europe.
Depuis l'invasion de César jusqu’à celte époque, on ne peut qu’admirer l’énergie des Belges, leur caractère ferme, pendant leurs victoires comme au milieu de leurs défaites; la valeur avec laquelle, sous l’égide de la croix, Clovis s’empare ensuite du trône de France; et la grandeur que déploie le puissant Charlemagne à dompU*r les peuples ennemis de la chrétienté, à leur dicter des lois et à se montrer comme la figure la plus imposante du moyen âge. Louis le Débonnaire, inca[)able de soutenir le poids de l'empire créé par son illustre père, se lit aider par ses trois fils qui le payèrent d'ingratitude. Ce prince infortuné mourut avant le temps, et ses fils, à la suite de luttes nombreuses, finirent par se séparer.
Après celle époque commencèrent à s'établir des Etats secondaires pour la forme et les institutions, mais primaires pour l'influence qu’ils ont exercée en Europe ; c'est alors (|u'on vit naître successivement le comte de Flandre, le
hrn la sulcnnüc de Noël h MnyciicC) cl puis il vitil célébrer la .sainte Pâque dans sou château d*llej*slaL Egiuhard rapporte qu'au mois de mai suivant (771), il convoqua rasseriiblcc générale à Valenciennes, sur rKscaut,cl qu'ensuite il partit pour aller passer Thiver, sans indication de lieu, ad hîcmatidum profici*cihir. Il nous semble rationnel d'induire de cotte manière de s'exprimer que Charles retourna à Ilerstal, d'où il n'étuit sorti que pour aller tenir rassemblée générale à Valenciennes. •
{*) f/ûtoire des mathématiques f t. I, p. 499, in-4®. Paris, chez Agasse, an VII.
cumté de lliiiiiaut, le duelic de Brabant, le niarquisal d'Anvers, le duché de Luxembourg, et que le siège épiscopal de Tongres fui transporté à Liège (*). Quoique profondément divisés pour les habitudes, les mœurs, le langage, les dilTérenls peuples qui habitaient ees provinces savaient, comme les peuples de l’ancienne Grèce, s’entendre au moment du danger, combattre pour la même cause cl se montrer partout les partisans dévoués de la liberté. C’étaient les anciens B<‘lges dont César avait si hautement apprécié la valeur, en les comparant aux ennemis qu’il avait rencontrés dans sa marche à travers les Gaules : Iloruni omnium forlissimi sunt Belgae. Leurs annales sont du plus haut intérêt pour ce qui concerne les guerres; mais nous n’avons à les juger ici que sous le rapport des sciences. Nous essaj erons de rappeler ce qui a été fait et particulièrement pendant les croisades en Orient : nous n’irons pas y chercher le récit des glorieux combats qui y furent livrés; la gloire militaire était à la vérité le seul but de nos .aïeux, mais nous aurons à considérer comment, à leur insu, ils rapportèrent de leurs conquêtes des trésors sur lesquels ils n’avaient pas compté d’abord.
An 905 . Le pays liégeois fut un des premiers à se former en État indépendant: les évêques, qui le gouvernaient, résidaient
(') La Flandre parait s*étrc formée la première des 864, sous le comlc Dauduuiii Bras de fer.
La principauté fui transportée de Tongres n Lictje en 905 j cl I épiscopat continua sous Étienne.
Le Uainaut eut pour premier comlc, vers 919, Uegnicr au long col.
Le marquisat de Namur s’établit vers 952, sous Bérenger.
Le duché de /?ra6rtnf cul d’abord pour capitale, à partir de 870, la ville de Louvain et ensuite le siège fut trans|)orté à Bruxelles.
Le comté de Luxembounj ^ fondé en 998, sc tint plus ou moins isolé des autres provinces belge,<.
d':ilior(l à Tongrcs; mais la ville de Liège, à partir d’Élienne. I(‘ trenic-neuvième évêque, dciviul, en 903, leur résideiiee habituelle ('). C'csl alors que l’on commença à voir rayonner les premières étincelles du feu intellectuel qui bientôt devait éclairer la nation.
Déjà, vers l’année 1000, se formait à Liège une école qui ne manqua pas d’une certaine célébrité; elle fut fondée par l’évéque Notger, qui mourut après un règne de trentesept années et après avoir joui, le premier, des droits et prérogatives de prince souverain. Cette époque est remarquable dans notre histoire littéraire; elle parait, surtout dans la partie orientale du royaume, donner aux populations un caractère de grandeur quelles n'avaient point eonnu jusqu’alors. Notger agrandit et fortifia la ville; il encouragea les études, protégea les lettres et appela les étrangers par l’éclat de ses lumières (’). La langue romane était alors la langue vulgaire; il chercha à l’encourager par tous les moyens possibles (’).
(*) Les premiers evêques de Liège furent : Étienne, ô partir de 903; Ricaire, 40% 920; Hugues, 4i% 945; Farabcrt, 42% 947; Rathèrc, 43% 953;BaIdcn'c l*%44% 956; ÉracHus,45«, 959;Notger, 46% 974. Voyez, pour la suite des evèques et des seigneurs des provinces, le tableau qui termine ce livre.
(*) Voyez la notice sur ce prélat, par M. L. Poiain, dans le 2' volume des DcUjes iHiutrcs, in-8<>. Bruxelles, 184i.
(') Ce fut sous son règne, diUon, qu'eut lieu rexpedition romanesque du château de Chevremont, qui était devenu une espèce de repaire de brigands. Le seigneur de ce château était descendant des anciens rois francs, et, tout en exerçant scs brigandages, il invita révéque de Liège à baptiser un de scs enfants qui venait de naître. L'evèque saisit celte occasion pour faire déguiser scs soldats en prêtres; il alla Iui>mcmc proccssionncllement vers le château , le prit insidieusement cl le mit en ruines, après en avoir fait egor' ger le seigneur. Nous avons peine toutefois à concilier les vues nobles et éclairées du prélat avec cet acte de brigandage que lui ont attribué queU ques écrivains.
Notger avait ou pour préd^cssour lo savant Éraolius, issu des ducs de Saxe. Ce dernier souverain s’était fait remarquer également par son amour pour les sciences. Il avait établi des écoles dans les principaux lieux de son diocèse et y avait réuni des professeurs habiles : lui-mème ne dédaigna pas de prendre part à l’enseignement et de développer les écrivains latins les plus distingués. On dit qu’une éclipse de soleil, en Calabre, avait répandu des craintes dans l’armée de l’empereur Otton , et qu’Eraclius imrvint à les calmer en expliquant la nature du phénomène et ses véritables causes.
Ce prélat fut également l’appui du savant Hériger qui appartenait à l'abbaye de Lobbes, située dans les environs de Binchc. Quelques ouvrages portent leurs noms réunis; ils semblent appartenir plus spécialement à Hériger, qui était très-versé dans les sciences, du moins pour l’époque où il vivait (').
C’est à partir du pape Silvestre 11 que l’on fait commencer généralement la reprise des sciences mathématiques. On peut voir que la Belgique prit une part très active à ce mouvement de l’esprit humain. Le clergé, sous le rapport des lumières, exerçait alors une puissante influence; il introduisait insensiblement dans les divers rangs de la population les connaissances scientifiques et littéraires qui leur manquaient. Notger avait communiqué les principes des sciences à Adcibold, qui était né dans le pays de Liège, N. SCO* mais qui avait fait ses études à Lobbes, dans le Hainaut.
Adelbold, Frison d'origine (*), était d’une famille illustre, et
(') Hériger ou Herigertis, abbé de Lobbes en 991, mourut en t007. Il a commenté l'ÀhacM de (ierbert dans un écrit qu'on conserve à la bibliothèque de Lcide, sous le titre : lintio nhaci ieciindum diviim Ilerigcrtim.
{•) Vateri Andreae Hihtinthcra Helgira. Lov., i0.i5, p. 5 : » AdeUtohtus ,
— ôl —
plus lard il devint évêque d’Ulreclil(eu 1010). Il upparlenuit à l'ordre de Sainl-Benoil ; e’élail un des ecclesiastiques les n —
plus instruits, mais on doit ajouter un des espriLs les plus remuants de celte époque. On lui attribue de grandes connaissanees littéraires, dont ses ouvrages d’ailleurs présentent la preuve. On lui doit en particulier un traite sur le volume de la sphère : De ratione inveniendi crassiludinem sphaerae. Cet ouvrage se trouve imprimé dans le Thésaurus anecdolorum novissimus ('), à la suite de la Géométrie de Gerbert, l'ancien maitre d'Adelbold, pendant son séjour à Reims. Il est même dédié à Gerbert, sous le nom dcSilvestre II, que prit ce prélat en devenant pajie en l’année 999.
« En supposant le rapport approché du diamètre à la circonférence , donné par Archimède , il fait celui de la sphère au cube du diamètre, de II à 21, dit Monluela; c'est en cITct ec qui suit du rapport précis de 2 à 3 entre la sphère et le cylindre circonscrit, combiné avec le premier. Mais les raisons qu’en donne Adcibold sont tout à fait vagues et agéomélriques (*). » Les paroles d’Adelbold ne sont pas tout à
nationc Frisius , ex Lobicnii dcrico (quod ord. S. Fenedicti coeuobium est , i« ditionc Lcodiccnsi, secundo mitliari a Binchio l/annoniae oppido) Episcopus Ultrnjectiuus XIX, •>
(*) Troisième volume iii-folio, imprimé en i7âl :
Le titre est: Jdelboldi epùcopi Trajeclensis ord. S. Benedieti ad Syhtstrum II. P. M. libeilus de ratione inveniendi erassiludinctn sphaerae. Prodil nunc primiim in lucem excodd. mss. inclyiorum monasteriorum Tegernseensis et Sanct. Petrensis. Satish. operd adm. /?. D, P. Alphomi llitcbrr, ascefac Tegernseensis. A ugustae Vindelicorum, anno 17ÜI. Cet ouvrage, du reste, est peu étendu ; il se compose do trois pages in-folio à doubles colonnes.
(•) Montucla, Histoire des mathématiques , U P', p. Ü02.
Au sujet de cet ouvrage sur le volume de la sphère, voici ce que dit M. Chasles, p. 28, Aperçu historique sur tes iuéihodcs en géométrie f t. XI des Mémoiais cui’AONNits dc rAcademte royale de Bruxelles, p. b07 ; Bruxelles, 1837: 1 Adcibold donne pour le volume dc la sphère la fonnule
fait aussi précises que le dit Montiicla. Voici comme l’auteur ancien s’exprime : Jam facile est viderè, cum quadratus nec tertia sui circulum devincat, quare cubus ferè sui medietate spherae globositalem supervadat. Sed haec forma modii, quae recisis undique lateribus cubi roluudafur, qttamvis ad plénum non possit, aliquatenm lamen suscribafur, utquod inerlia linguae occultai, veritas picturae aperiat. — Ecce videri polest, quantum post recisionem acuminum de cubo recidendum sit de medio, ut pura globosilas sphaerae remaneat.
Ce petit traité eommenee par l'expression des plus profonds respects d’Adelbold pour son ancien professeur : Sed hoc ingenio vestro confido, ut simul et Reipublicae possit suflicere, et mihi ex hoc, quod quaero, satisfacere; et lamen lemere ago, et non ignoranler pecco, quod tantum virum quasi conscholaslicum juvenis convenio. Il faut contenir, du reste, que l'ouxTage de notre auteur est extrêmement obscur, et que s’il mérite l’attention, c’est par l’époque où il a été composé bien plus que par les lumières qu’il a répandues sur une question intéressante de la géométrie.
Adelbold a publié encore un autre ouvrage : on ne le connaît guère que d’après la mention faite par Montfaucon, qui en parle comme se trouvant à Rome dans la bibliotbèquc du Vatican. Cet ouvrage a pour titre : Àdelboldi ad Gerbertum scholasticum de astronomià seu abaco, etc. (').
D étant le diamètre qui a pour base le rapport d'Archimede. Dans son calcul numérique, Adelbold sesert, comme Gcrbert dans sa Géométrie, des carac> tères romains qui exprimaient les fractions J, |, etc. »
(*) Voyez Montfaucon, Bibliotheca hihtiothfcanim manuscriptortim not'a, t. I, p. 87.
Adelbold lormina sa carrière le 27 novembre de l’année 1027, qui éUiil la dix-neuvième de son épiscopat.
L’empereur d’Allemagne Ollon, désirant faire des avantages à Godefroid qui gouvernait en son nom la province du Brabant, lui donna le comté de Louvain. Lambert qui en était le souverain légitime, voulut maintenir sa propriété; il s’associa Robert II de Namur. Ces deux chefs s’avancèrent ensemble contre Godefroid et Baldéric de Tongres, qui soutenait sa cause, et ils les déGrcnt complètement à la bataille de Hoegaerde; mais les hostilités recommencèrent presque aussitôt après. Lambert, avec son neveu Régnier V, comte de Ilainaut, dont Godefroid ravageait le territoire, se présenta à la bataille de Florennes. Les armes lui furent contraires : il perdit la vie dans la bataille, et le comte de Ilainaut dut chercher son salut dans la fuite. Le An lou. nom de cette bataille est demeuré profondément gravé dans l'histoire du |)ays.
Deux évêques célèbres de cette époque, Adelbold, dont il a élé parle précédemment, et Gérard, évêque de Cambrai, parvinrent à concilier les partis. Le comté de Louvain passa au fils de Lambert, et Godefroid continua à régner sur le Brabant au nom de rKmpercur.
Cette époque d(‘ l’histoire de Liège mérite de fixer l’attention, parce qu’elle continue à présenter les premiers développements des sciences. C’est alors que celte ville compta
parmi ses prêtres le savant Adciman, auteur de différents n
ouvrages religieux. Il devint précepteur de Franco ou Frankon, à l’abbaye de Stavelot, et fut nommé ensuite à l'évêché de Brescia, où il termina ses jours en 1061.
Franco succéda à .son maître et se distingua autant par n
son savoir que par l'intégrité de scs mœurs. Il cultivait à " la fois avec succès les lettres , la musique et les sciences
exactes. On conserve dans la bibliollièque du Vatican, à Rome, un manuscrit où le célèbre Jean de Mûris a écrit de sa main les mots suivants : Magisler Franco qui invenil mensuram (iguratatn. Ün attribue à Franco un livre sur lu quadrature du cercle , dans la composition duquel il fut aidé, dit-on, par Falchalin, moine instruit de l’église de Saint-Laurent de Liège ('). Il composa, également avec ce savant, un traité sur les périodes des quatre temps; enfin, il laissa encore quelques écrits sur la sphère, sur la musique et sur le plain-chant (-).
*n 1095. On touchait à l’époque fameuse des croisades : la première fut préchée en I09S. Ces entreprises aventureuses, en mêlant nos aïeux à leurs ennemis, leur donnèrent des connaissanecs qu’ils surent employer avec succès, et qu’ils vinrent développer plus tard dans leur patrie. Iis y rapportèrent d’autres lauriers encore que ceux qu’ils avaient cherché à cueillir, et leur pays demeura à jamais en possession des biens qu’ils avaient eonquis en Asie.
Nous n’avons pas à retracer ici cette brillanle époque
(') D'aprc$ Foppens, dans sa Hibliotheca belgica ^ page o\9y et d'après Valero André» dans son écrit de mémo nom» page !2i9, les principaux ouvrages de Franco sont de Circuit tjuadraturtif — de Computu ecclcsiastico, lib. I» — de Jejuniis quatuor temporum.
Ce nom de Franco ou Frankon a appartenu à (Quelques autres prélats belges, et, entre autres» à un évêque de Liège qui, nomme en HîiO, avait été élevé à la cour de Charles le Chauve : il était à la fois philosophe, poêle, rhéteur et très>habile musicien.
(*) « Engelbcrl von Lültich, Gilbert Maminot von Lisieux, Odo derScholasticus von Tournai, werden aïs grosse Astrunumen erwâhnt. Spcciell ùber den Abacus schricbco Herigcr von Lobbes, cinem bei Lütlich gelegeocn viclgerühniten Kloster, Hclbcrt von 5* I/uberlus in don Ardennen, Franco oon Lûttich, xvie demi l'bcrhaupl aile diese Pflanzslâtlen mathematischer Bildiing in zicrolich Mittelpunkt von Lothringen. » {Mathem. Iteitrâge von D' Moritz Cantor, p. 33^. I vol. in-8®, 1805.)
où la Belgique se trouve toujours en tête du danger, toujours aux rangs les plus distingues, et méritant partout, de la part de ses compagnons d'armes, les plus glorieux souvenirs. Les temps étaient venus où les inspirations poétiques devaient s’allier aux (connaissances les plus solides.
Pendant que l’élite des guerriers passait en Asie pour conquérir le tombeau du Christ, les hommes intelligents du peuple purent donner plus de liberté et d’activité à leur pensée et songer à créer une existence nouvelle pour leur patrie : la poésie eommença à ouvrir la route à l’intelligence.
Le douzième sièele était dans sa splendeur; les croisades brillaient de tout leur éelat : à la tète des combattants se trouvaient Godefroid de Bouillon et ses deux frères Eustaehe et Baudouin: avec eux marchaient Robert II dit le jeune, comte de Flandre, Baudouin III, comte de Hainaut, et les principaux seigneurs du pays : et lorsque l’armée triomphante se rendit maîtresse de Jérusalem, l’illustre Godefroid en dtevint le premier roi (').
Aussi distingué par son courage que par sa sagesse, Godefroid fut célébré par le Tasse, comme Charlemagne l’avait été par l’Arioste. Les deux plus nobles figures du moyen âge furent illustrées par les deux plus grands poêles
(’) Voici ic pa.ssagc dans lequel Pauteur de la Gérunalem dépeint la haute mission du héros qu'il a célébré dans son immortel poeme :
al sun nuniio Dio : GolTredo Irova,
E in inio nonto di’ lui : perché »i cessa?
Perrlic U Kuerra nmai non si rinnova A lihrrar Gcritoalemme oppressn?
Chiami i Duci a conKigilo, e i tardi mora Air alla imprcM : «i Capilan fia d'essa :
lo qui l’elegtro, e ‘I faran gli altrt in terra,
' G>â suoi eompagni, or suoi ninislri in guerra.
(Geruia^emme, canlo I, IS.
An 1000.
(le l’it.ilie.el l'on peiil dire par deux des plus brillanls génies que la poésie épique puisse ciler. C’est à l’esprit pacificateur de Godefroid que l’on doit le code des lois connu sous le nom des Assises de Jérusalem : comme ses dignes prédécesseurs, Cliarlemagnc et César, il voulut stibstiluer l’ordre à la conquête et faire prévaloir la justice au droit abusif de l’épée.
Environ deux ans après son avènement au trône, cet illustre guerrier cessa d’exister et fut remplacé, comme roi de Jérusalem , par son frère Baudouin (').
Nos aïeux, il faut bien le dire, tout en proclamant leurs idées religieuses, portèrent souvent le désordre au milieu de populations éclairées qu’ils allaient combattre; mais ils en contractèrent insensiblement les liabiludes plus polies, l’éducation plus relevée, et s’initièrent, sans s’en douter, à une civilisation plus avancée dont ils sentirent les bienfaits. C’est à l’Asie que nos aïeux empruntèrent aussi une foule d’inventions qui leur assurèrent une véritable supériorité; c’est encore de là qu’ils rapportèrent les premières montres et l’art de les fabriquer.
Pendant les guerres de la Palestine, les sciences, chez les populations de la partie occidentale de la Belgique, avaient fait également de rapides progrès. Déjà en 1090, la ville de Tournai, l’ancienne résidence des rois francs, se distinguait dans la carrière de renseignement. Elle avait apptdé, pour occuper la chaire des sciences, le savant Odo (’), dont
(*) Godefroid de Bouillon était né dans le Brabant, au village de Bézy, près de Nivelles, en 1059 , et il mourut à Jérusalem, au mois de juillet ÜOO, âgé seulement de quarante et un ans. Cette fois, ce fut le Brabant qui se chargeait de payer, aux yeux des nations, la dette militaire de la Belgique; les Flandres prirent au.sst la part la plus active aux exploits de nos guerriers dans rOrienl.
(*) Cet Odo ou Odon ne doit pa.s être confondu avec Odon, deuxième
la réputation étendue attira vers Tournai un nombreux auditoire, fourni par les villes des dilTércnts pays voisins (').
Les lumières continuaient à se répandre; le elergé étendait à peu près exclusivement son influence sur tout ee qui appartient aux sciences et aux lettres. Sigebert de Gembloux se distingua à la fois comme théologien et comme astronome. On a de lui un traité de la connaissance
abbé de Cliiny, né en Touraine en 879, qui so fit une grande répulalioii en Europe par savanls écrite. Le I)'^ Moritz Canlor lui a consacré un chapitre particulier, dans son ouvrage Mathcmatii>chc Beilrage zum KuHur^ hbcti der Viilker; Halle, 1 vol. in-8®, 18Ü5, page Ce nom a été porté encore par plusieurs autres savants. Odu de Tournai est cité aussi par le {)' Moritz Cantor, à la page 55*2 de son ouvrage.
(*) « Si .schulae nppropinquares, cerneres magistrum Odonem, nunc quident peripatcticorum niore cuni discipulis docendo deanibulantem , nunc vero stoTcormn instar residentem cl diversas queslioncs solventcni, vesperfinis quoque huris ante januas Ecclesiae usque in profundani noclein disputantem et aslrorimi cursus digiti protciisionc discipulis oslendcnleni, rodiarique .seu laetci circuli divcrsilatos deinonslrantcm. » (V'oyez le Spici- Ugium de D'Aehery, t. Il, p. 889.) H y avait donc, à celte époque, à la cathédrale, une école où l'on enseignait les sciences.
On lit, d'une autre part, dans Y Histoire dc$ rcrolntiom de ta philosophie en i'rance^ tome I, page 4ôl , par M. le duc de Caraman : « Nous mentionnerons ici Odon, évéque de Cambray, comme auteur d’un livre intitulé Üe In chose et de Vêtre , parce que cet ouvrage contribua à la discussion célèbre entre les nominalistes et les réalistes. 11 mérite d’élrc cité comme dialectidenj scs écrits sont d'ailleurs peu connus. Les seuls renseignements que nous ayons sur lui sont dans l'ilistolre du monastère de Saint-Martin de Tournai. Né à Orléans, il enseigna à Toul, puisa Tournai; fonda le inonas- 1ère de Saint-Martin près de cette ville, en 109â, embrassa l'état monastique en 1095 et devint évéque de Cambrai en 1 lOG; on place sa mort vers 1 100. Scs ouvrages ne nous sont pas parvenus. .Nous n'avons ni le Scj)hi»tc, ni le traité des Comptexions^ ni celui De la chose et de tètre. Nous apprenons seiiieinent qu'Odon l'nseignait le réalisme à récoie de Tournai, pendant qu'un élève de Roscclin exposait n Lille la doctrine du nominalisme. •
M mi
des temps, qu'il avait intitulé Decein Noveunalis , c'est-àdire le eyelc de dix-neuf ans. Ces écrits, il est vrai, méritent peu d'attention sous le rapport de la science, mais ils montraient déjà que le goût des éludes ne tarderait pas à produire ses heurcu.\ résultats (').
Sigcberl mourut vers Hi 2 , conséquemment à peu de distance des savants que nous venons de nommer. Leur existence prouve qu'il se trouvait déjà dans ce pays des hommes autour desquels pouvaient se réunir ceux qui désiraient étendre leurs connaissances. Les sciences, d'aj)rès les idées reçues, étaient du domaine de l'Eglise, et c'était surtout aux ecclésiastiques qu'il fallait s'adresser pour en pouvoir prendre connaissance.
C'est alors que saint Bernard, premier abbé de Clairvaux, apporta en Belgique le |irestige de scs prédications. Il était aussi distingué par sa science que par l'élévation de son caractère : on lui doit dilTércnts ouvrages qui ont été réimprimés plus lard, en 1642, 1690 et 1719; la reproduction de ces écrits en prouve suHisammenl le mérite.
Les Flandres, qui s’étaient laissé devancer, pour les lettres et les sciences, par la partie orientale de la Belgique et par les provinces wallonnes du sud, voulurent prouver à leur tour qu'elles étaient disposées à s’associer aux succfïs intellectuels du pays, comme déjà elles avaient montré, pendant les croisades, qu’elles n’avaient rien à céder aux provinces voisines pour ce qui concernait la valeur militaire.
(*) Voyez nihiiothcca Itelgicdf par VaIcTc André, page 809. D*aprcs cet aulcur, Stgebert mourut l'an 1142, le S du mois d'octobre. II est auteur d'un grand nombre d'ouvragi'«.
Voyez aussi r//ijf/oirr de» réi'nluiions de ta philosophie en FrancCf par M. le duc de Caraman, tome I , page 419. In-b". Paris, cbez de Ladrangc, 1848.
A celle époque llorissail Rodolphe ou Rodulphc ('); il c. mu. élail né à Bruges el sut se dislinguer dans la carrière des sciences. Il eut pour maître le savant philosophe platonicien Thierri : son goût le portait spécialement vers les éludes mathématiques; et. pour s'y former entièrement, il prit le parti de s’occuper de l’arabe et d’aller s’instruire en Espagne. Rodolphe était à Toulouse en 4146 (’). Ce fut là qu’il mil en latin le planisphère de Plolémée sur la version arabe de Maslcm. « Cet ouvrage vit le jour par l'impression, dit Montucla, d’abord en 1507, avec la géographie de Plolémée; mais comme la première édition était fort inexacte, Commandin en donna, en 1568, une meilleure, d’après un manuscrit plus correct (’). »
Rodolphe est aussi l’auteur d’un ouvrage resté manuscrit et qui a pour titre ; Descriptio cujusdam inslru-
('} Il ne faul pas confondre Ro<Iolphc de Bruges avec Rodolphe ou Ru> dolplie de Liège : Hudolf von LüUichy dit le doclcur Cantor, Hogimhold t on Kôln f Mvinzo der Schota^ticui von Cot\»tanz aind solc/ie Schriftstcfler f und Jouit dicêe dne in der ihat dnn .Énfangc des \ 1 Jahrhnnderts angehôrcnf ist *un:tceifei/taff f das die beiden Ersteren in ihrem Hriefwechsel von drm damah lebenden Enlherl von Chasfres redm^ der îetzterc seine AhUanUtmj ühcr den Erddurekmesser dem Uermann Contraclns widmet, ( Mathematiscbb Bci>
TRAGK, p. Ô5â.)
(*) Sanderus dit en 1144. (Voyez à ce sujet la notice insérée par le baron de Reilfcnbcrg dans le t. VIIL p. 254 de la Correspondance mathématique de Bruxcllcs.)La version arabe n'existe plus aujourd'hui, on n'a que la traduction de Rodolphe, qui a etc imprimée à Bâle, en 1550, avec les ouvrages d'Aratus.
(^) «Trois hommes, dit filontucla, dans son Histoire des mathématiques f 1. 1, p. 505, trois hommes de ce siècle, qui firent encore ce qui était cri leur (louvoir pour faire connaître les auteurs anciens, termineront celle énumération : l'un est Platon de Tivoli..., le second est Jean de Séville, qui traduisit
tes éléments astronomiques d'Alfraganus le troisième est Rodolphe de
Bruges, qui en fît autant à l'égard du planisphère de Plolémée, d'après une version arabe, commentée par Maslcm.» Voyez ausvsi V Histoire de la géo-
Vieilli, cujus est iisus in meliendis slellaniin cursibus.
Les sciences n claienl plus eullivées uniquement par le clergé et la noblesse; renseignement avait pris plus de développement et s’était répandu jusque dans les rangs inférieurs, d'où l'on avait vu sortir déjà des hommes pleins d'intelligence et de mérite.
iiuD. A la fin du douzième siècle, on fil à Liège une découverte importante ; elle eut peu de rclenlisscmenl alors, mais elle devint pour le pays une source de richesses, surtout quand les fabriques prirent un développement plus grand et purent soutenir la concurrence avec les pays les plus industriels et les mieux partagés par la nature. La découverte du charbon de terre procura cet avantage inappréciable; on l'attribue à un certain Ilullos de Plenevaux, d'où serait dérivé, dit-on. le mol de basse latinité huila, et en langage du pays la houille (').
N lu»’ On vit paraître alors Alain de Lille (/Uanus de Insulis).
M. IJOJ.
métrin, par M. Chasles, pp. hiO cl 51 1, Bni\ellcs, 18ô!l, et la /iifttiulficca belgica de Valère Aadré, p. 800. Delaiiibre, dans son Uistvirt. dv Caxtrunomic nmicnnCf iii-4*, üî'* vol., p. 450. fait une erreur assi'x grave sur la date où vivait Uodulplir de Bruges : son erreur provient de ce qu'il a confondu rette date avec celle où 1 ouvrage de Uodolphe a clé imprimé \ du reste, sa citation est Intéressante. - La traduction latine de Ploléniée a été lerinimk* à Toulouse, dit-il, le I'*' juin 154 i, par Itndolplie de Bruges (Brughensis). I.c traducteur parait avoir été aidé par Boherl de Cnlane. Les fautes y sont bien plus nomhreuse.s. mais les ligures p!u.s aisées à lire. Ce ()u’U y a de singulier, c'est que la tratiuctioii , f/oi n’a eVé /ùnc {ViM y parait avoir clé puUicv en 1550 j c'est ce que porte le frontispice de l'ouvrage, qui a pour titre général : Sphnerac atque astrorum coeleatiHm raliOf natura et motuSf ac totius mutidi fabrientionis cognitionum fundameutn, 1550, Valderus. C'est une collectiun de ditTérenls ouvrages dont les principaux sont les Pheuomènes d'Aralus avec le commentaire de Tliéon , le plnni.sphcre de Ptolémce cl celui de Jordan. •
(*) Voici comment riiislorien Dewez rend compte de cet incident: <* C'est
nommé lo Ducleur vnivei'sel; il élail né vers H44 cl fui un des premiers à s’occuper de la pierre pliilosophale; son livre fui traduit du latin en flamand par Juslus Babian d’Alost cl publié plus lard à Leyde, en 1599, dans le Thea- Irurn chimicHin, l. III, n® 80. On attribue à l’auteur un grand nombre d’autres ouvrages, mais on est assez indécis sur l’époque de son existence et même sur sa patrie, car on l’a fait tour à tour flamand, françtiis, allemand, anglais, etc. ('). Il parait plus exact de supposer, comme le dit Alain lui-mérne dans son Aniiclaudianus , qu’il était
(tnns ce temps, à peu près, qu'on Ht )a découverte de la houille ou du charbon de terre; les anciens historiens rattribuent à un singulier hasard qu'ils racontent comme un miracle. Un inconnu (c'était, disent-ils, un ange sous la figure d'un vieillard), passant par un endroit nomme Cochée auprès d'un maréchal ferrant occupé » souffler le feu de sa forge, lui demanda, comme par manière de conTcrsation , comment allait le métier. Le pauvre maréchal sc plaignit des grandes dépenses ({u'il devait faire en charbon, à cause de l'cxcessive cherté du bois, et que ces grands frais absorbaient presque tout son bénéfice. L'inconnu lui dit alors qu'il savait un moyen facile de rendre son état plus lucratif, et il lui indiqua une montagne, qu'un appelait Publemont ou montagne des moines, où sc trouvaient de grandes veines de terre noire et, pierreuse qui étaient un excellent combustible dont il pourrait tirer un parti beaucoup plus aisé et plus avantageux pour son métier. Le maréchal s'y rendit et s'étant assure de l'existence du fait, il fit connaître cette décou* verte, qui devint en peu de temps une branche d'industrie considérable. C'est ainsi que les anciens historiens racontent ce fait dont les circonstances ressemblent assez à une fable, ajoute Dewez. II parait, en clTet, que l'cxistcncc du charbon et son usage peuvent avoir été indiqués à un maréchal ferrant par un Anglais; du mot angluK ou aurait fait attgelus; car l'usage du charbon de terre existait déjà chez nos voisins, bien avant qu'il fût utilisé chez nous. •
(*) Foppens fixe son existence un siècle plus tard; cette opinion a été for* tement combattue. Voici, du reste, quelques renseignements qu'il donne: « S. thcoloyioc Otteior^ Scholcu Ecclesùulicac plurcs antujs prae fuit ,
et ab omni^rmî eruditioue, divinà humandqnCf Doctor imvbrsalis tneruit appeltari, Trithcinio teste. De todem jactari solet pt'overbium, stmeuT voms
de Lille en Flandre ('); il serait mort à Citcaux vers 1202.
Un autre eompalriole portail le même nom et florissail vers la mt'me époque; on l'a souvent eonfondii avec notre savant, dont la réputation était extrêmement populaire au moyen âge, mais qui, par eela même, a donné lieu à beaucoup de fables et d'incertitudes : c’est Alain, l'évéquc d'Auxerre, qui naquit également en Flandre, au commencement du douzième siècle (*).
nus. Le développement de l’industrie, en même temps que les progrès des lettres et des seienees , n’avait point altéré l’humeur guerrière de nos aïeux. L’ardeur de combattre semblait s’être réveillée plus active que jamais ; en H 88 s’organisa la troisième croisade; elle fut suivie de près par la quatrième, en H95, et par la cinquième, en i2U3. Le clergé, autant que la noblesse et le peuple, prenait une part active à ces combats qui, au milieu des désastres les plus grands, procurèrent cependant au pays des avantages qu’on était loin d’en attendre.
C’est à la cinquième croisade que Baudouin IX , comte M. IS05. de Flandre, désigné comme chef des croisés au siège de
VIDISSE Alamim,... tandem fJiviud revctalioneextitalus, Chiercium adieux, habiium ibidem conversorum , svu tairorum fralriim induit, oves pavil, almque (dtjeclisiituix occupationibux secjvrcem, din manxil iynotnx; donec Boniae coram ipso Pontifier dixputaus, divind dispoxitinne eognitnx fuit. ••
(*) Voyez la bibliographie uniyerreUe, ancienne et moderne de Michaiid, 1. 1", arl. Alain, p. 298; Paris, 18Ü5. Voici cc qui est dit au sujet de TAnticlaudiunux, sive de Officio Wrt boni et perfeeti, poème moral, portant aussi le titre iV Encyrtopcdic ,0 cause des détails qui s'y trouvent sur les procédés et Tutilité des sciences cl des arts. « Cet ouvrage jouit d'uiic grande célébrité au moyen âge; il donna lieu à divers commentaires dont les plus connus sont celui de l'anglais Raoul de [.«ongclininp , resté manuscrit, et celui d'Adam de la Bassce , également manuscrit. Le poème fut imprimé à Bàlc sans nom d'auteur, l'an 1536. »
(•) Voyez Manus fiandrieufix , dans la biographie univeneUc de Michaux, tome page 299.
Constantinople, Gnit par s’emparer de cette ville importante qu'il livra au pillage; il fut nomme empereur du pays conquis; mais, à quelque temps de là, il tomba entre les mains de ses ennemis et fut, dit-on, mis à mort de la manière la plus cruelle.
A la suite de ces malheureuses entreprises, vint se placer un autre désastre : c’est le siège de Bouvignes par Walcram,duc de Limbourg et comte de Luxembourg, qui essaya de l’enlever à Yolende, comtesse de Namur. Cette pclile ville souffrit beaucoup, et, à différentes reprises, par les guerres et les assauts qu’elle eut à soutenir. En 1554, elle fut ruinée par les troupes de Henri II, roi de France. Ce fut le duc de Nevers qui parvint enffn à remporter le 8 juillet, à trois heures de l’après-midi. Le carnage fut affreux, mais la mort héroïque de trois jeunes dames réfugiées dans la tour attenante de Crèvecœur, qui aimèrent mieux st; précipiter ensemble du haut des remparts que de tomber vivantes entre les mains de leurs ennemis, a laissé une empreinte à jamais ineffaçable. Plusieurs fois la poésie et les beaux-arts ont célébré celle héroïque délerminalion dont le Belge aime à rappeler le souvenir.
L’année même de celle déplorable allaqtic fut consacrée à la sixième croisade, dont les apprêts furent décidés au quatrième concile de Latran.
En même temps s’annonçait dans le pays un progrès notable : l’esprit public se développait sur des bases plus grandes; tant de relations avec les nations étrangères, et avec quelques-unes surtout qui marchaient à la tète de la civilisation, laissèrent leurs traces chez nos aïeux, principalement occupés jusque-là de ce qui touchait à la gloire militaire.
L’Italie, de son côté, prenait un rang distingué dans les sciences : Léonard de Pise, de 1202 à 1228, publia plu-
t*IS.
N. IÏ05.
sieurs ouvrages remarquables sur les principes de l’algèbre et la résolution des équations.
La langue flamande ou tiidesque commençait, d'une autre part, à être employée dans les actes publics; ce fut plus tard néanmoins qu’elle se plia aux formes poétiques et qu’elle permit de célébrer les exploits de nos guerriers.
Vers l'année 12;)3 et pendant la septième croisade, commencée en 1230, saint Louis se trouvait en Syrie, et s’étant imaginé qu'il pourrait convertir au christianisme le grand kan des Mongols, qui avait répandu tant de terreur en Europe, il prit le parti de lui envoyer deux ambassadeurs, dont l'un était un jeune religieux des environs de Bruxelles, nommé Guillaume de Iluysbroeck ou Itubruqtiis. Ce jeune religieux, plein de courage et de savoir, eut la fermeté d’entreprendre le long voyage dont il était chargé; il s’acquitta fldèlement de la commission diflicilc qui lui avait été conliée, mais sans obtenir aucun succès. Son voyage, qu’il décrivit en latin avec une vérité et une couleur tout à fait caractéristiques, est demeuré comme un monument remarquable de cette époque.
Dans le même siècle, Ægidins de Lessine, théologien ilistingué, publia (juelqucs ouvrages sur la géométrie et sur les comètes : les savants les aecueillirent avec faveur. La réputation du géomètre belge s’étendit en France, et ses talents lui valurent l'amitié d’Albert le Grand, l’un des hommes les plus marquants de celte époque, auquel il adressa, en 1263, une lettre sur les erreurs d’Averrhoès (').
Le goût des sciences s'élait répandu dans toule l'Europe :
(’) Foppciis , p. 31 , Hihlwthvca Hchjica , cl Valcrc Antlrc , dans sa /iibtiothcca Kclgica J p. ^7, cdil. iii-4®, 1043, cilcnl les ouvrages de Concordas temporunif — de Gcomciraïf — de Cometis.
l’Angleterre avait vu naître Roger Bacon, une des gloires n üu.
de cette époque, ainsi qu’Ilolywood, appelé généralement n
Sacrobosco; l’Italie produisait Campano de Novare, le commentateur d’Euclide cl l’auteur de difTérents ouvrages scientiflqiies; et la Pologne, de son côté, était représentée par Vilellio.
Plusieurs savants de mérite se faisaient connaître aussi dans nos provinces; ce sont particulièrement Guillaume de Moerlieeek, Henri Baten, de Malines, Henri Goethaels de Gand, Henri de Bruxelles, etc.
Guillaume de Moerbeeck était né vers I2IS; il prit w. ms. l'habit des frères prêcheurs, dit Paquot, au couvent établi **' de son temps à Louvain; il pas,sa de là à Cologne, oii il fut disciple d’Albert le Grand. En 1268, il se rendit à Viterbe, puis il fut appelé à Rome. On lui doit la traduction latine des ouvrages d’Aristote, dont il s’occupait vers 1274; sa réputation prit du développement, et, en 1280, il fut appelé, en Grèce, aux fonctions d’archevêque de Corinthe.
Il mourut vingt ans après, en laissant une réputation distinguée. On conservait à Gand, aux Dominicains et au Baudeloo, la plupart de ses manuscrits (').
Plusieurs de nos écrivains, à l’exemple de Guillaume de Moerbeeck, quittèrent leur patrie et portèrent leurs talents à l’étranger. C’est ainsi qu’//e«n Baten, de Malines, docteur en théologie, devint chancelier de Paris, et publia, vers . 1290, une critique des Nouvelles Tables Alphonsines, qui tendait à y relever des erreurs (’); mais, comme le fait ob-
[’} Foppens, p. 410y parle de scs ouvrages, et entre autres du Simplkti commcntaritim in Ubros .‘IristoteHs de mundo et coelo que l'on conservait a la bibliothèque du Baudeloo de Gand. Ce livre fut imprimé à Venise, format in-folio, en 15G5. Voyez aussi Paquot, t. XIII, pp. 89 cl suiv.
(*) •• Alphonse X, roi de Castille, fonda dans sa eapitale une espèce de
server Montuela, cel ouvrage est resté manuscrit ('). On a également de lui un Spéculum divinorum ei naturalium quorumdam, en dix parties, qu'il a consacré à des recherches de métaphysique (’). Il voyagea ensuite en Espagne et se rendit à Fez en Afrique, où il s’occupa plus spécialement d’ouvrages d'astrologie.
Henri de Gand, dont le véritable nom était Goethacis, fut honoré de dilTércnts litres dans sa patrie, et proclamé le Docteur solemnis de l’université de Paris : il était estimé N. iMo. comme le plus grand philosophe de son temps. On a de lui divers ouvrages sur les connaissances humaines (*) : quel-
n coUege OU de lycee pour ravanrement de rastronotnic, et il en confia la » principale direction à des Arabes. II observait et calculait lui-même avec
• eux. Ce travail commun produisit les fameuses Tabla Alphonsines y plus
• exactes et plus complètes que toutes les précédentes. • Es$ai sur Vhistoire générale des malfuhnatiques y par Cb. Bossut, t. p. édition de 1803. Alphonse avait commencé a régner en lâ5â, et il mourut en Ü84. Malgré la grande répugnance des Espagnols pour les Arabes, il employa cependant a ses calculs des astronomes de cette dernière nation.
(') Montuela, I/istoire des mathémaiiques , t. I'*’, p. 511.
(*) Foppens, p. 434, liibtiotheea ficlgica, in-4®, 1739. — V'oici ce qn*on lit dans 17/ts/otre philosophique des progrès de la physiqucy par A. Libes, t. I", p. 120 : « Le quatorzième siècle n'esl véritablement remarquable que
• par rinvention de In boussole : s'il vous oITrc de loin en loin quelques sa-
• vants, ce sont des traducteurs insipides, ou des esprits grossiers, consu- » mant leur vie à apprendre, sans examen, les découvertes et les erreurs
• que l'antiquité leur a transmises. Henri Datem, de Malincs, et Jean de » Linicris méritent néanmoins d'etre cités. Le premier reconnut des fautes
• dans les Tables Alphonsines (Asfronom. philol. prol.y lib. 11, cap. 3)^ le » .second rectifia le lieu des étoiles observées avant lui , et Wendelin a rap- » porté plusieurs observations qu'il fit à ce sujet (Gassendi, Oper., L VI, . p. 512). «
(•) Ces ouvrages sont indiqués par l'oppcns dans sa Bibliotheca ffelgiea y p. -445, 1739. Pour les sciences, on remarque particulièrement : Cornmenlariontm et quaestionum tu physied Aristotelis y lib. VIII | — item, in Metaphysied ejusdem y lib. XIV, etc. — Hans son /Jisloirc des révolutions
ques-uns concorncnt les sciences malhématiqucs el physiques, et entre autres les huit livres des Commeiilaires el queslions sur la physique d’Arislole. Ces ouvrages,
de la philosophie en rrancc ^ 1. 111, p. 175, vol. fil, M. le duc de Caraman ajoute les paroles suivantes sur le mérite philosophique de Henri de Gand ( tout en rcctiHant rerreur de M. de Gérando, qui le fait naître à Genève, daos le tome IV de son Histoire comparée dxs systèmes de philoso^ phie) : * Henri de Gand était doue d*un véritable esprit philosophique; atta- » chc à récolc réaliste, il associa, aux formes de la philosophie d'Aristote
• les idées de Platon, auxquelles il attribua une existence réelle, indépen- ** donlc de rinlclligcnce divine. Ce principe le conduisit à déclarer dou- B tcuses toutes les connaissances obtenues seulement par la voie naturelle;
• avec Platon et saint Augustin, il pensait que rentendement humain ne
• pouvait rien connaître sans le secours d'une illumination spéciale, qui « émanait directement de la divinité. Il présenta des vues nouvelles sur
• plusieurs points de la psychologie; en logique, il s'occupa beaucoup du " difficile problème de l'individualité, et se montra sur plusieurs points en
• contradiction avec saint Thomas d’Aquin. Avec ce tbcologien, les études
• prirent une meilleure direction et cherchèrent dans la connaissance des
• sciences spirituelles une roule plus éloignée des vaincs disputes, et plus » profitable à l'esprit humain. »
On trouve aussi dans la liioffraphie nationale, publiée à Bruxelles dans ces derniers temps, par M. André Van Hasselt, S"** partie, pp. 6 et suivantes, un article de M. Huet sur Henri de Gand, qui signale les services que rendit aux lettres cet écrivain distingué : « Mais un suffrage qui vaut à
• lui seul tous les autres, c'est celui de Bossuet, dit-il. Quelle idée ne
• prend-on pas de Henri de Gand, lorsqu'on entend l'aigle de l'éloquence
• chrétienne, le dernier des Pères, placer le nom du Docteursotennel k c6té O des noms les plus illustres de l'Église gallicane? • — • Ceux qui consul- B taient le grand maître du collège de Navarre, dit Bossuet dans une de scs
• oraisons funèbres, admirant le consentement de sa vie et de sa doctrine, ■ croyaient que c'était la justice même qui parlait par sa bouche, et ils
• révéraient scs réponses comme celles d'un Gerson , d'un Pierre d’.Ailly B et d'un Henri de Gand. • Ce n'est pas seulement comme théologien, c'est comme philosophe que Henri de Gand a reçu d'unanimes éloges. Il suffira de citer, parmi les historiens modernes de la philosophic,Tiedcroan, Tcnnemann et De Gerando.
Comme nous l'avons déjà dit, Paris, à celte époque, était devenu un lieu
comme on le eonçoil, iiiléressenl aujuunJ'liui bien moins l'homme de seienees que le philosophe qui veut suivre par ordre de dates le relèvement du génie de l'homme depuis les temps les plus reculés. Ses manuscrits étaient conservés à Gand, au couvent des dominicains ; il parait que sa mort eut lieu à Tournai vers l'an 129îi, le troisième jour des calendes de juillet. Il avait commencé, comme nous l'avons dit, renseignement philosophique de la manière la plus brillante, à l'université de Paris; il devint ensuite archidiacre de Tournai , et termina son existence dans cette ville, à l’àge de soixante-quinze ans, en laissant un nom qui n’est pas sans éclat dans rhistuire des sciences et des lettres.
Un moine de l’ordre de Saint-Benoît de l’abbaye d’Afnighem se distinguait à la même époque : c’était Henri de Bruxelles. B écrivit dans le silence du monastère plusieurs ouvrages que nous ne connaissons que de nom; nous ignorons également les circonstances qui appartiennent à sa personne. B donna successivement un livre. De ralione computi; le Calendarium de incensioiiibus et un opuscule sur l'astrolabe. Nous avons des raisons de croire que CCS ouvrages sont restés manuscrits.
C’est sous le règne de Jean due de Brabant, que parurent les premières chroniques flamandes rimées; celles de Jacques Van Maerlant, de Melis Stoke, de Jean Van Hcelu, etc. Ce dernier poète a célébré la bataille de Woeringen, à laquelle il avait assisté. Jean P^, prince aussi
de réunion pour les savants des divers pays , el il est limiorablc d’y voir un Belge oecnper un des premiers rangs. C'est alors aussi que se trouvait dans la meme ville le savant Sacrobo$ro, qui avait quitté l'Angleterre, et que le cordelier anglais , Roger Baeon , fixait l'attention générale.
recommnndabic par sa valeur que par ses talents poétiques, avait paru dans plus de soixante-dix tournois dont il était toujours sorti vainqueur. Marie, sa sœur, princesse aimable et chère aux lettres qu’elle cultivait avec succès, avait épou.sé le roi de France Philippe le Hardi : Pierre Lahrossc l'accusait injustement. Le duc Jean, sous l’habit d’un simple moine, prit aussitôt le chemin de Paris. Il s'introduisit auprès de sa sœur, et, après s’ètre assuré de son innocence, il provoqua le calomniateur, qui n'osa se produire devant son rcdoutahle adversaire et fut mis à mort comme un traître.
En 1288 eut lieu la bataille de Woeringen qui, sous Jean 1", fit passer pour toujours le Limboui^ dans les Étals de Brabant. Cette victoire est demeurée célèbre dans l’hisloire du pays.
L'horizon politique avait pris des couleurs plus sombres : Philippe le Bel, roi de France, qui succéda à Philippe le Hardi, voyait avec déplaisir le mariage que le comte de Flandre Guy de Dampierre projetait pour sa fille avec le roi d’Angleterre. Afin d’y porter obstacle, il exprima le désir de voir, avant son mariage. Philippine, qui était sa filleule. Le trop confiant comte de Flandre, avec- une suite nombreuse, conduisit la fiancée à Paris, où il fut Iraiireuscmcnl jeté dans les fers avec la noblesse qui l’accompagnait. Cet acte odieux souleva les plus vives réclamations. Le papeBoniface VHI et les pairs de France intercédèrent en faveur du malheureux comte, qui fut enfin rendu à la liberté avec sa suite; mais sa fille dut rester captive.
Le roi Edouard d’Angleterre vint en Belgique. Une assemblée fut tenue à Grammonl, et différents princes s y unirent contre la France. Le roi Philippe en fut cour-
IfOO.
roucé. Le vieux comte Guy, abandonné ensuite de scs alliés, crut devoir se soumettre ; il se rendit h Paris avec ses deux fils, Robert et Guillaume; ils étaient accompagnés de cinquante seigneurs flamands. Mais le roi rejeta leur demande et les fit renfermer dans ses prisons. Quelques mois après, il confisqua la Flandre et y envoya ses troupes : les Leliaerls, ou gens des Iis, s’unirent à lui, tandis que le peuple se souleva, et particulièrement à Bruges.
Ce fut dans cette ville que Pierre De Coninck et Jean Brcydcl , aidés par Guillaume de Juliers, pclil-fils du comte Guy, passèrent au fil de l’épée toute la garnison française; les mots de reconnaissance étaient schild en vriend (bouiM*. clier et ami); ce massacre eut lieu le 25 mai 1302. Le roi de France devint furieux en apprenant ce désastre; il envoya, pour en tirer vengeance, une armée de 60,000 hommes dont son cousin le comlcd’Arlois eut le commandement et qui se composait de l'élite de la noblesse française. La rencontre eut lieu près de Courtrai. On en vint aux mains le 1 1 juillet suivant, et près de la moitié de l’armée française avec scs chefs resta sur le champ de bataille. La perte de la noblesse fut si grande, que ce désastre prit le nom de bataille des Eperons. Ce ne fut cependant que longtemps après que Robert de Béthune , fils du comte de Dampierre, fut mis en liberté et revint se placer à la tète de la Flandre.
L’agitation des esprits était extrême et peu propre au développement des sciences. A cette époque sc dessinait à Gand une de ces figures hardies qui rappellent lesÉUUs d’Italie ou N 1 * 86 ? de l’ancienne Grèce: c’était le puissant Jacques d’Artevelde. M. IS48. g(inie fier et entreprenant dépassait les limites de sa patrie. Ferme soutien de la haineque ses compatriotes avaient jurée au roi de France, l’ennemi de son pays,d’Arlcvcldc se tourna du côté d’Edouard III, roi d’Anglclcrrc; il en obtint
It-s plus grands avantages; mais son enlrainement trop vil' vers ce prince lui devint fatal : il fui assassiné par ce même peuple qui lui avait été si soumis jusqu’alors.
Le roi d’Angleterre fut exaspéré de ce massacre; on eut bien de la peine à apaiser sa colère. D’une autre part, le comte Louis deCrécy, qui s’était réfugié en France, avait été envoyé dans les Flandres pour proposer des arrangements ; mais il ne put parvenir à les faire adopter. Il retourna auprès de Philippe deValois,et l’année suivante il périt avec la fleur de l’armée française, à la fameuse bataille de Crécy où la France rencontra les Anglais soutenus par les troupes flamandes. Il eut pour successeur son fils, Louis de ^lalc, dont le pouvoir passa plus tard à la maison de Bourgogne.
La Flandre, enorgueillie par scs succès et fière de sa liberté, continuait à aigrir la France; et, sous la conduite de Philippe d’Arteveldc, fils du fameux Jacques d’Artevelde, n im». elle avait soulevé le pays. L’armée française, de son côté, exaspéra les Flandres par les conditions humiliantes qu’elle voulait leur imposer; elle .subit un échec à Bruges, et ce ne fut qu’avec peine que le comte Louis de Male, après avoir passé une nuit caché chez une pauvre femme, parvint à s’échapper le lendemain et à se retirer en France.
Le roi fut indigné; il vint lui-mème avec une puissante armée, pour tâcher d’arrêter les désordres. La rencontre cul lieu à Roosbeke ; la trop grande confiance des Flamands causa leur ruine : leur armée fut anéantie et l’audacieux d’Arlcveldc resta parmi les morts. Un Flamand reconnut son corps : le roi de France, dans sa joie, lui promit sa faveur s’il voulait se faire Français; mais le guerrier, affaibli par ses blessures, lui répondit avec fierté : « Je sens que mes forces et la vie m’abandonnent. Je fus, je suis et je serai toujours Flamand. »
L’armétî française, pour se venger de sa précédente défaite devant Courtrai, livra cette ville aux flammes et au N. I5S0. pillage et ne sut tirer aucun parti de sa victoire. Louis de Male, dernier comte de Flandre, fut assassiné, dit-on, par le duc de Berry, humilié de lui devoir hommage comme comte de Boulogne.
C’est alore que le duc de Bourgogne, Philippe le Hardi, gendre de Louis de Male, fut appelé à sa succession. Ce prince songea prudemment à calmer les esprits agités, et inaugura le règne d’une suite de princes qui se montrèrent fameux par leur puissance, s'ils ne l’ont pas toujours été par leur droiture et leur humanité.
Le comte Louis de Male avait passé une partie de sa vie hors des Flandres, dont il ne connaissait ni les besoins ni les désirs. B avait donné la main de sa fdle unique à Philippe le Hardi ; ainsi s’était formée une dynastie nouvelle qui , sans être toujours favorable au pays, plaça néanmoins le prince au rang des souverains les plus puissants de cette époque.
Au milieu de l’agitation politique qui régnait alors, les travaux intellectuels, sans s’arrêter complètement, avaient cependant éprouvé quelque retard dans leur marche ; on peut citer plusieurs hommes de talent, et spécialement Jean de Lignières, astronome et mathématicien, qui florissait vers 1360. B était d’Amiens, ville qui faisait alors partie de la Belgique ; il existe de lui des observations faites en 1564 et recueillies par Gassendi, t. VI, p. 512 de ses œuvres. Plusieurs autres écrits sont demeurés inédits et se trouvent dans la Bibliothèque impériale de France.
1178 . C’est vers ce temps que la papauté se divisa entre Urbain VI et Clément VH. Les Flandres embrassèrent le parti d’Urbain, et la France se tourna vers le parti opposé qui
s’éUiil établi à Avignon. Ce dissentiment avait encore ajouté à la répugnance que le peuple flamand éprouvait pour sa réunion à la France.
Les États du comte Louis de Male, disons -nous, avaient passé entre les mains de Philippe le Hardi, duc de Bourgogne. Ce dernier prince était brillant et plein de bravoure : dès l’âge de treize ans, il avait été fait prisonnier par les Anglais, en défendant courageusement son père à la bataille de Poitiers (1336); il était ensuite revenu en France, où il avait partagé la royauté, avec son frère le duc de Berri, sous Charles VI encore enfant.
Les sciences cependant avaient continué à se développer. On remarquait particulièrement Pierre d’Ailly {Peints n is%o. de Alliaco), qui était évêque de Cambrai (*). Ce prélat reçut plus tard le titre de cardinal, et termina sa carrière à Avignon. On le surnommait \' Aigle des docteurs de la France et le Marteau des hérétiques. Il appartenait, dit Foppens, à une famille peu distinguée mais honorable :
In Galliis quidem, Coinpendii Picardiae oppido, nalus anno I3o0, ex parentibus ignobilihus sed probis, addendus tainen est Belgis, aptid quos diii in honore cixit. On a de lui une quantité de livres de piété et de physique, dont la plupart furent publiés après l’invention de l’imprimerie. On eite, parmi ces derniers, des questions sur la sphère qui furent imprimées à Paris : Quaesliones in sphaeram, en 1498 — in Libros meleoruin Aristotelis; Vienne, 1509. — Tractalus de imagine mundi, 1410, imprimé en 1490 (*). — De Correclione
(*) Alors ville de Belgitjur. Des biographes disent q»*il clait né près d'Abbeville, d'autrr.s, en plus grand nombre, qu'il était de Cornpiêgnr.
(*) J.-C. Ihtggi-mbirfr, tlaris son Diefinnunirt' hingraphûiuc tiUvrairCf pense que Colomb a pu prendre dans eel ouvrage scs idées sur le chemin
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— Si -
calendarii site exhorlalio ad conciliuin generale Conslantiense super correctionem kalendarii , propler ingéniés ejus errores. — Cosmographiae Iraclalus duo. — yiginti loguium de concordanlid aslronomicae verilalis cum lheologid ('). — Traclatus de concordid discordanlium aslronomorum , etc. (*).
Pierre d’Ailly assista au eonsei! de Pise, en 4409; il y fil preuve de connaissances très- étendues. Il intervint encore dans plusieurs autres réunions importantes, où il montra un mérite spécial, qui lui assura une réputation digne de ses litres nombreux comme savant. En parcourant scs ouvrages, on voit que les réformes du calendrier l’avaient occupé, bien avant même que l’on sentit la nécessité générale d'un changement semblable.
On commençait alors à faire usage de l’artillerie : Phi-
des Indes : durant tchôpfte vermufhHch Culi'mbos seim Kenntnitt von den Meinuugen der Allen ti6er den Seeweg nath Indien. (Biocn. litsrab. wôRTBRBtxo, I'' vol., p. |9, în-8«. Leipzig, 1858.)
(*) II parait que cet ouvrage, écrit par un des chefs de l'Kglisc, eut assez de rctciilisseinciit, car, dans son épllrc dédicaloire de VOpus malltetnalieum, Jean Taisnicr disait, en I56â, c'c$Uà*dirc deux cents ans après : A^ec prar/crmi7/am lihram de concordauliû atlrologiae cum lheologid , prout Peints de Alîiaco opiscoput Cameracensis cardinalis oUm edidit f in lucem simul erponcre; praeterea utum diversorum instrumenlorum haclenus «/udiotorum jaclurà negltctum. Les idées sur l'astrologie, posées par un cardinal, avaient donc encore cours après deux siècles, cl clics élaient rcj>ctccs par un savant du temps de Chorics-Quint cl de Traiiçois
Nous verrons un autre cardinal, Nicolas de Cusa , professer également, un dcnii'Sicclc après, des idées semblables mais que Rome condamna plus tard.
(•) Voyez Foppciis et Valère André, dans sa HibHotheca helgicUf p. 720. On lit dans ce dernier recueil que Pierre de AHiaco perdit son épiscopat à Cambrai et qu'il fut ensuite nommé cardinal à Rome : Üeindè episvopus Camcraccnsis f denwm sede sud puUut et Romae exul, ut scribil Eratm, lib. de couscrih. cpislolis f ad annum MH, a Joanne XX fi Pont, renuntiatus rardinnlis 'fit. S. Chrgsrtgoni, legatiisgue tt lalere per Cnilias.
lippe le Hardi avait inauguré son règne dans les Flandres n en 1384; et, l'année suivante, il parut avec une puissanté armée devant les murs de Damme, dont un parti de Gantois mécontents s’était emparé. Comme cette poignée d'hommes ne pouvait se défendre contre une armée de près de cent mille combattants , elle sortit furtivement des murs pendant la nuit et se retira à Gand. Le duc se montra cruel dans cette rencontre; il lit décapiter tous les Flamands qu’il put atteindre : sa vengeance tenait à une rudesse dont auraient dû le préserver les grands exemples de fermeté qu’il reçut de scs victimes.
Le duc de Bourgogne termina brusquement sa carrière dans la petite ville de Halle, en revenant de Bruxelles, où avait eu lieu précédemment le mariage de son second fils, Antoine de Bourgogne, qui épousa, en 1402, la fille du comte de Saint-Pol.
Jean sans Peur, son fils aîné et son successeur, était né n. im. à Dijon en 1371. Il commença de bonne heure la carrière ' des armes; et, à l’instar de son père, dès les premières années de sa jeunesse, en 1396, il fut fait prisonnier de guerre à JNicopolis, par Bajazet IL II se rendit célèbre par la même valeur, par la même audace; il se tint également sur les premiers degrés du trône de France et eut à soutenir, comme son père, cc haut rang contre les principaux princes et particulièrement contre le duc d’Orléans, qu’il fit assassiner à Paris en 1407. L’année suivante, il assista l’évéque de Liège, Jean de Bavière, contre ses sujets révoltés; il sauva Maestrieht et tua, dit-on, plus de vingt-quatre mille hommes de l’armée ennemie.
Appelé par le roi Charles VII, qui l’attira à Montereau, il fut à son tour cruellement assassiné par Tannegui-Duchâlel, et expia traiireusemeni le crime qu’il avait commis lui-
N. I.-.96. même (iuiizcuDs auparavant. Il eut pour successeur Pliilip|»c le Bon, qui n'avait que vingt-trois ans, et qui était né en 1396, l’année même de la captivité de son père à Nicopolis.
Ce jeune prince, indigné du crime qui le privait de l’auteur de ses joure, se ligua avee le roi d’Angleterre , dans 1a vue d’obtenir vengeanee ; les deux souverains pénétrèrent ensemble jusqu’à Paris.
Le traité de paix* entre les parties belligérantes fut signé à Arras, le 21 septembre 1433; le roi de Franee désavoua le meurire de Jean sans Peur, et Philippe reconnut sa suzeraineté.
Vers celte époque eut lieu la fondation de l’ordre de la Toison d'or, qui fut institué à l'occasion du mariage du duc avec Isabelle de Portugal.
Différentes révoltes éclatèrent dans les Flandres, mais Philippe sut les maîtriser et les punir. Il défit aussi l’armée des Liégeois et entra dans leur ville en vainqueur irrité. Ses vues toutefois étaient généralement grandes et élevées. Il voulait le bonheur de son peuple, qu’il eberchait à élever au-dessus de tous les autres. .Malheureusesement, vers la fin de sa vie, il fut tourmenté par des démêlés intérieurs; il ne sut pas se concilier l’amitié de son fils unique: il résidait à Bruxelles, tandis que Charles le Téméraire se tenait ordinairement dans les Flandres.
Philippe le Bon était ami des lettres : c’est vers le com- 1*15. inencement de son règne que fut fondée l'université de Louvain. Les grandes institutions, ainsi que les corps académiques qui se formaient successivement dans les différents pays, en facilitant la diffusion des lumières et en réunissant entre eux les hommes les plus éclairés, donnaient à la société une organisation nouvelle et des jotiissanee.s qu’elle n’axait point connues jiis{|ue-là. La forer intellee-
luelle chercha à se mettre à côté de la force matérielle et à prendre la place que sa rivale avait occupée si impérieusement pendant une longue série de siècles. Ses premiers efforts ne furent pas toujours heureux : l’expérience n’avait pas encore répandu ses lumières sur la vraie position qu'il lui convenait de prendre et sur les points qu’elle pouvait aborder avec la certitude d’y conserver la prépondérance. Mais le développement des sciences, des lettres et des arts qui se manifestait partout, et particulièrement rinvention de l’imprimerie qui suivit de près, lui fournirent des armes pour s’assurer tous les avantages.
Le duc de Brabant Jean IV avait d’abord désiré voir l’université nouvelle s’établir à Bruxelles; mais les magistrats de cette cité ne partageaient pas cet avis ; ils craignaient qu'une jeunesse turbulente ne devint une cause incessante de désordres. « B est assez probable, dit M. de Reiffenberg ('), que le projet d'établir une université à Louvain ne fut mis en délibération que lorsque le duc eut repris les rênes de son gouvernement, c’est-à-dire après le mois de mai 14!21. L’assemblée des états, tenue à Bois-le- Duc le 23 décembre et jours suivants de cette année, et continuée à Anvers le 16 janvier de l’année 1422, aura pu faire éclore ce salutaire projet, conduit successivement à sa maturité dans les fréquentes assemblées tenues depuis à Louvain, où le duc résida avec sa cour jusqu’en 1424.
» Cette ville, qui appréciait les avantages attachés à l’éta-
(*) A/émoircs gur les deux premiers siècles de Vünieersilé de Louvain ^ page H, tome V de$ M^moirks de L'AcADémK rovalb de Biujxelle.s « in4” ; Bruxelles, 1829. Parmi les nouveaux professeurs que cile M. le baron de BeiiTeiihorg, il ne sc trouve pas un seul iiialhématicien ; il parait même que rinstitiilion nouvelle exista assez longtemps, sans qu*il fût pourvu à reriscignement dos sciences exactes.
blissenicnl d’une université, avait envoyé, dès le mois de juillet 1425, une députation au duc, alors à Mons en Haiiiaut, afin de le déterminer en sa faveur. La négociation fut dirigée par le prévôt, le doyen, l’écolâtre et le chapitre de Saint-Pierre, conjointement avec les magistrats de Louvain.
» Mais le consentement du prince ne suffisait pas. Les souverains pontifes, qui s’étaient arrogé le droit de distribuer et de retirer les couronnes, exerçaient sur le haut enseignement une surveillance suprême, soit que la plupart des Etals ou princes qui, dans le principe, avaient désiré fonder des universités, jouissant d’une puissance bornée, eussent cherché un appui dans la protection du Saint-Siège et, par ce recours, reconnu implicitement un droit; soit que l'enseignement profane parût indissolublement lié à rinslriiclion religieuse; soit enfin que les professeurs fussent en possession des privilèges de clergic, obtinssent des bénéfices et exerçassent quelquefois une juridiction ecclésiastique. » Par suite, la ville de Louvain obtint, au mois d'août 1425, au moyen de lettres du duc de Brabant adressées au souverain pontife, ce qu'elle désirait si ardemment. L’université fut éUiblie et se constitua en prenant les privilèges les plus étendus. Ce ne fut néanmoins pas sans une certaine résistance; elle dut même transiger avec les pouvoirs avoisinants.
Dans son origine, les sciences n’y étaient guère représentées: elles n’y furent cultivées que vers le eommenccnienl du siècle suivant, lorsque Charles-Qiiint, tout jeune encore, vint s’y livrer aux premières études: on sentit alors le besoin de eom|)léter leur enseignement.
Les sciences et les lettres recevaient ainsi des dévelop- N. MOI pements toujours croissants. Vers 1401, naquit Nicolas M. M64. Cusa. Il était fils d'un simple pécheur nommé Jean
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Crebs; il éUiil originaire de Cusa sur la Moselle et se rendit célèbre par ses connaissances variées dans les lettres et les sciences. On conserve plusieurs de ses manuscrits à la Bibliothèque de Bourgogne à Bruxelles, dans l’un desquels il soutient l'hypothèse du mouvement de la terre. Il assista en 1431, comme archidiacre de Liège, au concile de Bâle; et, plus tard, il passa par les hautes dignités de l’Église. Nommé cardinal en 1448, il fut injustement emprisonné dans le Tyrol, par ordre de Sigismond 111, pour avoir voulu introduire des réformes dans un collège de son diocèse. Après une assez longue détention, il acheva sa carrière à Todi, dans l’Ombrie, où il mourut en 1464. Tous ses ouvrages ont été publiés à Paris, en 1314, en trois volumes in-folio, et à Bâle, en 1363. On y trouve un écrit de Docld ignoranliâ : c’est celui où il parle du mouvement de la terre (*). Dans un autre de Slaticis experimentis dialogus, il fait connaître un bathomètre et un hygromètre, pour montrer que les plantes prennent leur nourriture dans l’air atmosphérique. Il parait aussi que le cardinal de Cusa connaissait déjà la cycloïde vers l’an 1430 (‘). « Il a eu le premier l'idée, dit M. Chasles, dans son Aperçu historique, etc., p. 529, de faire rouler un cercle sur une ligne droite. On a cru voir dans cette idée
(') « Le cardinal de Cusa, d'apri-sCli. Bussut, est célèbre parmi les savants pour avoir entrepris de faire revivre le système des pythagoriciens sur le mouvement de la terre. Cette idée vraie n'avait pas encore la maturité que les observations devaient lui donner, et on peut trouver un peu extraordinaire qu'un cardinal soutint dans ce tcmps-là, sans que persunne en fût scandalisé, une opinion pour laquelle, deux cents ans plus tard, Galilée, appuyé sur des preuves solides, fut enfermé dans les prisons de l'inquisition. » (Estai sur l'hisloire générale des mnlliémaliques , t. I*'', p. 216; Paris, 1802.)
(*) J.-C. PnggcndorfT, Ringrnphisch lilernrischrs Uandivitrlerhuch , t. Il,
lus pruinières Irauus de la cycloïde, el VV^allis sVsl efforcé de faire remonter l’origine de celle courbe, devenue si fameuse dans le dix -septième siècle, à Nieolas de Cusa, lui reprochant toutefois de l’avoir crue un arc de cercle. Mais rien ne nous parait annoncer, dans l’ouvrage de ce cardinal, qu'il ait songé à considérer la courbe engendrée par un point de la circonférence qu’il faisait mouvoir sur une ligne droite, et l’arc du cercle qu’il décrit sert seulement pour déterminer le point de la droite où venait se placer, après une révolution du cercle, le point de la circonférence qui louchait d’abord celte droite. Il nous parait probable que l’auteur avait trouvé par des expériences mécaniques les principes de sa construction. » De Cusa a du moins eu la première idée, comme le fait observer M. Chasles, de faire rouler, au sujet de la quadrature, un cercle sur une ligne droite.
Ces recherclics sur la quadrature du cercle furent réfu- N i«M. lées par Regiomontanus ('), de même qu’un projet de réforme du calendrier que de Cusa proposait au concile de Bàle.
Le commencement du quinzième siècle fut remarquable par l’invention de la peinture à l’huile, qui prit naissance à Bruges. Elle cul pour premiers interprètes les deux frères
page in-8®j Leipzig, iSOO. — Voyez aussi V/éperru /tUforique >ne- (hodes de gcométric f par Chasles, I vol. iii-i®j Bru.xelles, 1837. « Une idée tic nradwartliii mérite d'èlrc remarquée, dit'il, page 3^3, cVst que cet écrivain chercha le premier à appliquer la iiiéthodc géométritpic ù la théologie et qui, cultivée avec plu.s de succès dans le siècle suivant, par un
autre prince de rÉglise, le cardinal de Cusa, philosophe platonicien, secoua le joug de la scolaslitpic du moyen âge cl aboutit à la philosophie nio« ilernc. "
(^) Regiomontanus, disciple «le Purharli. peut passer avec raison comme un des astronomes les plus tiistingnés de son époque.
— (Il
Hubert et Jean Van Eyck. Pliilinpc le Bon fut un des n.
promoteurs les plus actifs de ce bel art : il donna aux j,' inventeurs des marques publiques de sa satisfaction cl de " son estime. Plusieurs tableaux furent exécutés à sa demande, et l'on vil dès lors la peinture à l’huile prendre en Belgique les développements les plus heureux.
L’Histoire littéraire de la France, t. XXIV, publiée par M. Victor Leclerc dans les publications de l’Académie des inscriptions et belles-lettres, contient le passage suivant, p. 624 , ann. 1 862 : « Les guerres épouvantables qui , pendant tout le siècle, ne cessèrent de ravager ce pays (la Flandre), la fausse politique qui porta les rois de France à y soutenir toujours la féodalité contre les communes, ne purent arrêter les germes puissants de progrès que renfermaient ces riches et parfois héroïques cités. Les provinces belgiques eurent, en réalité, la direction du grand mouvement d’art qu'on a coutume de rapporter à la maison de Bourgogne. L’influence du goût flamand devient dès lors prépondérante en France et dans toute l’Europe, les pays du Midi exceptés. Ce sera à l'historien de l’art au quinzième siècle qu’il appartiendra de raconter celte grande transformation ; qu’il nous suflise de faire observer ici qu’à la fin du siècle précédent, elle était déjà presque accomplie. Hubert Van Eyck avait trente-six ans en 1400, et, quoiqu'on ne possède aucune œuvre de son jeune frère Jean de Bruges antérieure à la même date, il n'est pas douteux que plusieurs de cidles qui devaient lui mériter le litre de fondateur de l'école flamande n'existassent déjà à cette époque. La richesse exceptionnelle des villes de Flandre remonte à la fin du treizième siècle. On sait le mouvement de colère que le luxe des bourgeoises de Bruges et de Gand inspira à la reine Jeanne de Navarre, et qui cul, dit-on,