‹ Histoire des sciences mathématiques et physiques chez les BelgesChapitre 25 sur 37 · IK · texte numérisé non relu

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murriie ([lie j'îii suivie dans le inné des autres méridieiiiies qui furent coiiliiifs à mes soins.

A]>rès avoir flxc mon choix sur le local et avoir obtenu l’autorisation préalable du conseil de la fabrique et de M. le doyen de Sainte- Gudnlc, je commençai les premières opérations du tracé au mois de juin 1850. L'église se trouvait assez bien orientée, et la méridienne pouvait être conduite à travers la nef, en la dirigeant un peu obliquement de l’un vers l’autre portail. Je lis construire alors une plaque de fer de plusieurs décimètres carrés de surface et ayant k son centre une ouverture circulaire d’environ quatre centimètres de largeur, destinée à donner passage aux rayons du soleil. Cette plaque fut placée h dix mètres et demi environ au-dessus du sol et fermement assujettie dans le pilier qui sunnonte le portail méridional de l'église; elle partage symétriquement la belle verrière qui orne cette partie de l’édifice. La hauteur de l'ouverture avait été calculée de manière que l’image du soleil allél sc projeter, vers le solstice d’hiver, & l’autre extrémité de l’église, dont la largeur est de plus de quarante mètres.

D’après ces dispositions, l’image du soleil au solstice d’été parcourt environ cinq centimètres par minute, tandis que, pendant le même temps, elle en parcourt plus de seize au solstice d’hiver: c’est environ trois millimètres par seconde. A cette époque, l'image du soleil a sur le sol une marche assez rapide pour que son déplacement devienne très-sensihie à l’adl. Le mouvement en déclinaison n'est pas moins prononcé : l’image du soleil parcourt en effet, dans l’cspaee de six mois , près des six septièmes de l’église , prise dans sa plus grande largeur et en allant de l’un à l’autre portail. C’est surtout vers les équinoxes que ce mouvement est remarquable; on voit alors l’image du soleil se déplacer de plus de eent quatre-vingt-huit millimètres d’un midi au midi suivant et dans le sens de l’un à l'autre portail.

Une plus grande précision pour la mesure du temps, dans les usages civils, serait évidemment inutile, comme je l’ai déjà fait observer : avec un peu d’attention, en effet, on peut assez bien distinguer deux secondes eu temps sur la méridienne; or, la ville ayant plus de deux mille deux cents mètres de largeur de l’est à l’ouest, l’heure doit varier, à raison de notre latitude, de plus de cent secondes de degré ou de près de sept secondes en temps, de l’une à l’autre extrémité de Bruxelles.

Le mode que j’employai pour le tracé est le suivant, l'ne demi-

hi'iirv rnvii'oii avant le passage ilu soleil au méridien du lieu , je marquais de minute en minute, d’après les indications d’un chronomètre, la position qu'oceupait à terre le centre de l’image du soleil, et je prolongeais cette opération pendant une demi-heure après son passage. Il résultait de là que j’avais l'indication par points de la ligne que parcourait l'image du soleil pendant une heure environ. Cette manière d’opérer me donnait des moyens nombreux de vérification et me permettait de suppléer, au besoin, à l’observation principale, e’est-à-dire à celle qui a pour objet de déterminer In position de l’image solaire à l'instant du midi vrai, si des nuages venaient à cacher accidentellement l’astre. Je crois inutile d'insister davantage sur ces détails et sur les moyens que j'employai pour donner de la netu-té à l’image et pour déterminer plus rigoureusement son centre: ce sont de ces expédients qu'un peu d'habitude et que la science meme suggèrent racilcment. Sachant rheure du passage du soleil, j’aurais pu, à la rigueur, me borner à marquer, pour eette heure, la place occupée par le rentre de l'image de cet astre, c’est à-dirc le point cherché de la méridienne; mais je crois en avoir assez dit pour faire comprendre pourquoi j’avais recours encore à l’indication d’un nombre assez considérable de points auxiliaires. En opérant de cette manière, j’ai acquis la conviction de la précision à laquelle il était pos.sible d’atteindre; et l’expérience m’a prouvé ensuite qu’on pouvait se servir de la méridienne sans avoir à craindre des erreurs de plus de deux secondes; c'est au moins ce que j’ai pu voir, en envoyant des personnes prendre l’heure à la méridienne avec des chronomètres dont la marche m’était connue.

Dès que j’avais un point de la méridienne, il me devenait facile de tracer la ligne dans son entier; il sullisait, en effet, de la faire passer par le point déterminé et par la projection horizontale de l’ouverture destinée à recevoir les rayons solaires. Pour plus de facilité encore, il sullisait de laisser pendre un fil à plomb au-de.ssus du point déterminé de la méridienne, et de se placer derrière ce fil de telle façon qu’on pût le voir se projeter sur le milieu de l’ouverture circulaire destinée à recevoir les rayons solaires; le prolongement du fil.dans eette position couvrait nécessairement, à terre, la place que devait oecuper la méridienne.

Je ne me contentai pas néanmoins d’une seule détermination dans l’église de Sainte-Gudulc; j’en pris plusieurs et à des époques un

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|u;u éluiKiiéi'!), et toutes nie duiiiiéreiit l'aeeuid le plus sutisraisiiiit. Après avoir déterminé b direetion de la roéridietinc, il ne me restait plus qu'à fixer sa trace. Je fis à ecl effet établir sur une bonne base une pierre de taille vers chaque extrémité de la ligne; puis je fis incruster dans le pavement, jusqu'à la profondeur d’un centimètre, un liséré de cuivre de trois millimètres d'épaisseur. Ayant marqué la méridienne par cette ligne de cuivre, je traçai encore, de chaque côté, six lignes distantes entre elles de cim| minutes et destinées à donner l'heure pour le cas où le soleil se voilerait à l'instant du passage au méridien. Ces lignes me donnèrent ensuite des facilités pour tracer la courbe du temps moyen. Il est évident, du reste, qu’elles vont concourir toutes avec la méridienne en un seul et même point, situé au-devant du portail méridional de l’église, à l’endroit par où passerait une parallèle à l’axe du monde, laquelle passerait aussi par le centre de l’ouverture pratiquée dans la plaque de fer. J’ai eu la satisfaction de voir, depuis, que cette construction n’a point été inutile, car nos horloges publiques, dont plusieurs se réglaient autrefois d'après des cadrans solaires défectueux, marchent à présent d’une manière généralement satisfaisante.

J’avais à peine achevé la construction de la méridienne de Bruxelles, que je jugeai à propos de visiter Anvers pour rechercher des emplacements propres à établir 1a méridienne, ainsi que le petit observatoire destiné à la lunette méridienne que l’on construisait à Londres, et en même temps pour m’entendre avec les autorités locales sur tout ce qui était relatif à ees constructions. Malgré la manière favorable et bienveillante dont mes propositions furent écoutées dans cette ville, les choses ne marchèrent qu’avec lenteur. La régence consentit à accorder un terrain pour la construction du pavillon astronomique dans le voisinage du grand bassin et contre la demeure de l’éclusicr, mais en laissant a la charge du gouvernement les frais de construetion. Ce terrain, un peu bas, présentait néanmoins un méridien qui, par son étendue, répondait amplement à tous les besoins. Du côté du nord, on peut observer facilement toutes les étoiles circompolaircs, même à leur passage inférieur, et, du côté du sud, les édifices de la ville font à peine perdre une dizaine de degrés. Par une espèce de compensation, la tour d'une petite église forme une mire toute préparée. L’emplacement est d’ailleurs extrêmement convenable pour les usages de la marine, à laquelle le petit édifice est spécialement consacré.

Il fut en même temps convenu que In méridienne serait établie ilaiis la belle cathédrale d’Anvers, dont la nef, si élégante cl si remarquable par les chefs-d’œuvre du premier de nos peintres, offre une largeur plus grande que celle de l’église de Sainte-Gudule h Bruxelles. Mais, l'édifice ii’étnnt pas aussi bien orienté, la méridienne coupe lu nef diagonalement dans sa plus grande largeur, qui est de près de soixante-sept mètres. L’ouverture circulaire par où pa.ssent les rayons solaires est plus grande que relie de Sainte-Gudule, et sa largeur a été ealculée de manière que l’image du soleil, cl non la pénombre, pût se projeter à terre, même à l’époque du solstice d’hiver. Toutefois je ne pus terminer cette eonstruction que quand le pavillon astronomique fut entièrement achevé.

Les petites lunettes méridiennes étaient arrivées vers la fin de I83G, et, conformément au plan que j’avais adopté, je résolus de les établir avant de songer aux méridiennes dont elles devaient faciliter et abréger la construction.

Une seule excursion me sullit pour reconnaître h Gand, à Bruges et à Ostende, les emplnccmenls convenables pour efTccluer les constructions nécessaires cl pour m’entendre avec les autorités. Lorsque les [dans furent définitivement arrêtés, et avant qu’on euinmcneàl les travaux, je fis une .seconde excursion pour orienter les pavillons astronomiques, a.ssister à la fondation des piliers destinés aux lunettes méridiennes, et convenir de tous les détails minutieux qu’exigent des constructions semblables. Les choses purent alors être conduites, pendant mon absence , avec assez de célérité pour que les quatre petits observatoires fussent à peu près terminés dans le cours même de l’année.

A Garni, le |)ctit pavillon astronomique se trouve ronstruit audessus de l’université, dans une position d'où l'on découvre h peu |>rès tout l'horizon. M. Roelandts, à qui l'on doit la construction du magnifique édifice qu’il surmonte, a eu soin d’établir le support delà lunette méridienne sur un mur d’une grande solidité, et il a construit le local de manière qu’il pùl servir aussi pour les cours astronomiques de Tunivcrsilé.

A Oslende, le petit observatoire fut établi dans les travaux des fortifications, H côté du lieu d'où l’on donne aux vaisseaux les signaux pour indiquer les hauteurs des eaux dans le port. Ce lieu est extrêmement expose aux coups de vent, cl il devenait important de don-

ntT une grande solidité aux eonslruetions cl d’élablir les oiiverlures de façon que les observations ne fussent pas entravées par des courants d’air trop forts. Le pavillon, eoramc ceux de Gand et d'Anvers, est de forme carrée, et la coupe méridienne le partage aussi d’une manière symétrique. Vers le nord, l’observation n’a pour limites que rtioriïon, et, vers le sud, elle n’est entravée que par quelques édifices éloignés qui enlèvent de ce c6lé une faible portion du méridien.

A Bruges, le petit observatoire fut construit sur le bâtiment de l’Athénée, afin qu’il pût, comme h Gand, avoir un double but d’utilité; mais ce bâtiment mal orienté se prêtait diflirileiiieut aux constructions; il fallut, pour la solidité, asseoir le pilier de la lunette méridienue sur un angle du mur, en l'abriumt sous un cabinet de forme octogone dont il était indépendant et dont les parois établies sur une forte charpente forment, d’un côté, saillie au-dessus d'uu jardin. Le méridien y est très-libre, dans une étendue de près de 100°; les toits de la ville arrêtent un peu la vue du coté du sud, mais seulement dans la partie qui, dans nos régions, est presque toujours chargée de vapeurs.

Celte année fut donc h peu près uniquement consacrée à rétablissement des quatre petits observatoires dont je viens de parler. Les personnes qui connaissent toutes les difiicultés attachées à l'organisation d’établissements semblables cl au plarement de lunettes méridiennes jugeront, sans doute, que je n’ai pas h me reprocher un manque d'activité, alors surtout que j’avais à faire marcher de front les travaux de l’Observatoire de Bruxelles.

Au commencement de 1858, et quand le temps moins variable me laissa l’espoir de ne pas faire de courses inutiles, je crus l’instant propice pour m’occuper du tracé des méridiennes. Je commençai par Gand. J'étais accompagné, dans cette excursion, par .M. Cerquero, directeur de l’Observatoire de San-Fernando, près de Cadix, comme je l’avais été, l’année précédente, lors de l’établissement des lunettes méridiennes à Anvers, à Gand et à Ostende, par .M. Capocci, directeur de l’Observatoire royal de Naples.

Tout était préparé pour l’exéculion du travail que j’avais h faire. Une large ouverture circulaire avait été pratiquée sous In voûte de la coupole à l’époque de la construction <lc l’édifice, en vue de donner passage aux rayons solaires et de tracer une inrridienne dans

le magnifique vestibule qui semblait, en elTet, disposé pour cet usage. Mon travail sc trouva donc eonsidérablcmenl simplifié, surtout en usant des mêmes procédés qu’à Bruxelles. D'ailleurs, la lunette méridienne dont j’avais antérieurement vérifié la position, placée comme elle l’était presque au-dessus du vestibule où l'opération devait sc faire, donnait des moyens de vérification commodes.

La méridienne d’.f mers n’avait pas encore été établie définitivement, parce qu’on m’avait fait observer que le placement d’un nouveau portail forcerait de porter plus haut la plaque destinée à donner passage aux rayons solaires. Ce travail cependant fut terminé presque immédiatement après.

J'avais visité, l’année précédente, les principaux édifices d'Ostende et de Bruges, et j’avais trouvé qu’ils sc prêteraient difficilement aux constructions que j’avais à faire; d’une autre part, j’avais pensé i|u’en renfermant les méridiennes dans des églises et dans des édifices publics, qui n’étaient pas toujours ouverts à l’heure de midi, les usages de ces méridiennes pouvaient devenir extrêmement restreints; je m’arrêtai donc à l’idée qu’avaient eue les anciens et (|uc l'un a peut-être trop perdue de vue, de construire les lignes méridiennes de manière qu’elles fussent, autant que possible, constamment sous les yeux du public.

Dans un voyage que je fis à liruijet pour fixer et régler l'instrument méridien dans le nouvel observatoire qui venait d être aebeve, l’idée me vint de faire servir de gnomon pour une méridienne la magnifique maison gotbique que tous les voyageurs remarquent à l’un des coins de la Grand’Placc, maison où une tradition peu sûre rapporte que fut autrefois retenu prisonnier l’empereur Maximilien par scs sujets révoltés. Je vis qu’en établissant une sphère au sommet et à l’angle de ce bâtiment, son ombre projetée sur le pavé parcourrait à peu près diagonalcmcnt toute la place dans l'intervalle d’un solstice à l'autre, et aurait un mouvement horaire extrêmement rapide. Le propriétaire de la maison et la régence voulurent bien entrer dans mes vues, et il fut convenu que j’établirais sur l’angle du bâtiment une sphère creuse en cuivre d’un demi-mètre de diamètre et que la régence sc chargerait du soin de faire marquer sur le pavé, par une ligne de pierres blanches, la direction de la méridienne dès que je l’aurais déterminée.

l’ne résolution à peu près exactement semblable fut prise par

la l'cgeiice d'Ustemle , <|ui possède, cuiniiie Bru)$i‘s, une des plus (grandes méridiennes que l'on ail tracées. L’ombre csl projelée par la pelitc figure qui surinonle l'Iiétel de ville, el la méridienne coupe diagonalemcnt la Grand’Plaee, qui est d’une étendue très-remarquable.

Je m’étais oeeupé, en premier lieu, des parties du royaume par où passe le eliemin de fer; mais je crus que l'inslant était venu de me diriger vers la partie orientale du royaume, et d’abord d'aller établir à Lléÿe la lunette méridienne, qui pouvait m’élre d’un si grand secours pour régler mes chronomètres quand il faudrait opérer dans les environs de celle ville. Ilcureusemeni le but que je me proposais dans ce vuv âge put être faeilemenl rempli en coneiliaut les avantages du gouvernement avec eeu.v de l’université où rinstrument fut établi.

A Mulinex, j’avais trouvé que la cathédrale était peu avantageusement orientée pour rceevoir une méridienne, et j'avais été conduit naturellement à eonelure qu’une pareille construction trouverait mieux sa place à la station centrale de tous les chemins de fer.

La eoloiine milliaire qui servait primitivement de point central à ces chemins, et qui couvrait la première pierre qui avait été posée avec tant de solennité à l’époque de l'iiiaiigurntion, perdait toute son importance depuis qu’elle avait été déplacée; je crus qu’on pourrait la faire .servir avantageusement comme gnomon, et, après en avoir obtenu l'autorisation, je fis eonslriiire, avec le concours de •MM. les ingénieurs, derrière la colonne el dans la direction du sud au nord, une levée de dalles de vingt-quatre mètres de longueur pour y tracer lo méridienne. Une pierre solidement établie vers l’cxlrémité la plus éloignée de la colonne sert a rendre la trace durable, dans le ras où le terrain subirait de petits mouvements. Je traçai quelque temps après la méridienne de Trrimmtle, dans l’église de Notre-Dame, qui est fort bien orientée, et qui permit de construire une des plus belles méridiennes du pays.

La variabilité du temps, dans un pays où l’on eoinpte annuelb'iuent à peine une douzaine de jours parfaitement sereins, et où l’on ne peut guère en espérer pendant l'hiver, me força de suspendre ee qui se rapportait à la méridienne d’.AIost, qui fut tracée rependant de même que celle de Louvain el de plusieurs autres villes

— Pendant l'exécution des méridiennes et le placement des instruments de passage, la physique avait réalisé ee qui devait devenir un

l'Oiiipléiiicnt obligé des eheiniiis de fer, e'est-Â-dire l'élablisseiuent des (élégrnpiies électriques. Ces précieux iiistrumeiits avaient été établis en Angleterre, et l'amitié de -M. Wheatstune me permit eu même temps de communiquer à notre Académie des sciences l’admirable application à laquelle il avait pris une part si active. Aux séances du 13 janvier 1838 cl du 17 octobre 1840, je présentai à IWcadémie royale de Bruxelles des rcnscignemcnls sur les expériences que M. Whealslone venait de faire à l’Observatoire royal de Bruxelles, au moyen des nouveaux télcgruphcs électriques de son invention. Ces moyens étaient beaucoup plus simples que les précédents : trente lettres au moins pouvaient être transmises par minute, de manière qu’il était facile de faire immédiatement la lecture des mots. > On sera sans doute charmé d'apprendre, disais-je, que l’auteur a trouvé le moyeu de Iransineltre les signaux entre l'Angleterre et la Belgique, malgré l’obstacle de la mer. Son voyage se rattachait en partie à cette importante opération qui mettait l'Angleterre en rapport immédiat avec notre pays, la France, la Hollande, rAlIrmagnc et même la Russie.

> Sous le point de vue scicntilique, les résultats qu’on peut recueillir des télégraphes électriques de M. Wheatstone sont immenses. Ainsi, pour les localités par où passera la ligne télégraphique, la détermination des longitudes, l’une des opérations les plus délicates de l’astronomie pratique, n’olfriru plus la moindre difliculté. D'une autre part, d’après une disposition particulière, une pendule peut donner l'heure à toute une maison, à toute une ville, même à tout un pays. Les pendules auxiliaires qui marquent les heures, les minutes, les secondes aux mêmes instants que la pendule régulatrice, ne se composent que d'un simple cadran: aussi M. Wheatstone les nommc-t-il gyuelelles île pendules, et il estime leur prix à une ou deux livres sterling. L'auteur compte aussi employer scs procédés pour mesurer, avec une précision qu’il croit pouvoir porter à un centième de seconde, la vitesse des projectiles. Il serait dinicilc de limiter les applications auxquelles sc prêtent les ingénieux appareils de M. Wheatstone. Néanmoins l’un des plus beaux titres scientifiques de l’auteur sera toujours d'avoir mesuré l’incroyable vitesse du llnide électrique qu’il devait employer si heureusement plus lard. •

Quoique notre pays ail été l’un des premiers à annoncer les

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heureux résultats de M. VVhealstuiic pour étahlir la télégraphie électrique, cependant il fut un des derniers à les mettre en pratique (•)

Longitude de Uruxelles par rapport à Greenirieh et ù Berlin.

La longitude de l’Observatoire de Bruxelles, eu égard aux principaux points de l'Europe, avait été déterminée par différents moyens : par les éclipses solaires, par les étoiles lunaires, etc. Plusieurs méthodes, et surtout l'observation de la polaire par le cercle mural, à scs passages supérieurs et inférieurs, avaient également aidé à déterminer avec précision la latitude du même point géodésique. L'emploi, plus précis des courants électriques, de concert avec deux des |irincipaux observatoires de l’Europe, ceux de Greenwich et de Berlin, a permis d’établir, depuis, la valeur de la longitude par rapport à ces villes, avec la précision que comporte l’état actuel de l’astronomie. La prolongation de celte ligne qui s’étend au delà de Berliti Jusqu’à Kienigsbcrg, cl au delà de Unidrcs jusqu’à Edimbourg, présente à coup sûr une ligne la plus étendue que l’on ail déterminée par de semblables observations. On remarquera qu’iei encore le concours des observateurs de différents pays devient nécessaire pour arriver aux résultats qu’on i! en vue d'obtenir.

L’exposé des observations faites pour déterminer la différence de longitude des Observatoires de Bruxelles et de Greenwich a été donné par M. G.-B. .\iry, astronome royal d’Angleterre et directeur de l’Ülfservatoire de Greenwich, dans le tome .\.\IV des Mémoires

(') Oc fut M. Rollin, alors niinislre des travaux publics , qui prit l'initiative et chargea une commission eom|ioscc de MM. Quetelet , |>rcsident , De Vaux , inspecteur general des mines, et Oabry. inspecteur des chemins de fer, d'étudier et de mettre à exécution le système destiné à la télégraphie do la Belgique. Par suite, ce fut à la séance du 8 mai 1850 que le |irésident de la commission rendit cont|ile h l’Académie des voyages qu’il avait faits avec ses deux collègues en Prusse, en France et en Angleterre [tour l'établissentent de la télégraphie élec- Irique, qui, dans l’espace de quelques mois, fut établie dans tout le royaume. La commission parvint h faire adopter le système de suspendre librement les fds en plein air, au lieu de les faire passer sous terre, comme on le faisait alors en Prusse et comme on était généralement dis|H)sé à le faire clie/. nous.

de la Société royale astronomique de Londres ('). « Il e-luit cuioenu , (lit M. Airy, que les oliservations seraient partagées en deux séries ; que, dans la première série, un observateur de Bruxelles (>i. Bouvy) observerait les signaux galvaniques, ainsi que les passages pour la eorrection de la pendule à Grcenwicli, pendant (|u'uii observateur de Greenwich (M. Dnnkin) ferait les observations correspondantes à Bruxelles; que cette série serait continuée jusqu'à ce que l'on eût au moins trois soirées d’observations satisfaisantes pour la détermination de la eorrection de la pendule, de même que pour l’annotation des signaux ; qu’on permuteridt alors les observateurs et qu’une seconde série serait observée de la même manière. Les signaux devaient embrasser une heure cbaipie soir, de 10'' à II", temps moyen de Bruxelles (9'' iô"" à 10'' 45’”, temps moyen de Greenwieb environ). Chaque heure étant partagée en quatre quarts d'heure, les contacts des lils, pour compléter le circuit gabanique, devaient être faits à Greenwich avec une batterie de Greenwich dans le premier et le troisième quart d’heure, et à Bruxelles avec une batterie de Bruxelles, dans le second et le quatrième c|uart d'heure (ou cire vers(i), et, entre les deux séries d’observations en chaque lieu, les pôles de la batterie devaient être échangés.

« Il fut regardé comme indispensable que les personnes qui observeraient les signaux, n'établiraient point le contact pour compléter le circuit et donner ces signaux. Iæ formation du circuit produit les memes mouvements dans les aiguilles des deux obserxatoircs, et l’attention des observateurs devait pouvoir se concentrer entièrement sur cet objet. A Bruxelles, les circuits étaient complétés par M. Quételet, au moyen du (contact des deux lils , dans un endroit de la salle méridienne éloigné de l’observateur cl hors de scs regards. \ Greenwich, la forme de l'appareil permet d’établir les contacts jiardcux méthodes différentes, soit par la touche américaine adaptée au cercle méridien (ce qui était préféré, comme ne produisant aucun bruit), ou par un instrument parleur. Ces deux instruments sont dans la salle méridienne; mais les contacts étaient produits ordinairement par M. Ilcn-

(') On lhe différence of longitude belween lhe obsenialories of Hrussets and Greemrich , etc., by G. -11. Airy, (!sq., aslronomer royal. London, ISM; JHemoirs of l/te astronomical Societij, vol. XXIV, i7 pages. La traduction française avec notes a été donnée dans le tome XII des Annales de (Observatoire rotjal de Bruxelles . par M. Ad, Onctelet.

derson, de manière qu’il ne résultait aucun ineonvéuienl de leur pruxiniité.... >

Le résultat liual de ces diverses opérations, qui curent lieu vers la lin de l8oô, donne pour diiïércnce de longitude entre les observatoires royaux de Greenwich et de Bruxelles 17“ 28',9 : c’est incontesUdjlcment le meilleur, comme le fait observer M. Airy, qui puisse être donné, dans les eirconstanrcs actuelles, pour la longitude des deux points.

J’avais trouvé antérieurement, en comparant mes observations à celles de Greenwicli,

Par rédi|i$c solaire du 13 mai 1830 17”28Î9

Par les étoiles lunaires 17 28,0

Par réclipse solaire du 7 juillet 1842 17 28,3

M. Slieepshanks avait trouvé, en 1858, au moyen de onze clironomètres, permutés trois fois dans l’espace de vingt jours entre Bruxelles et Greenwich , la valeur 1 Mais cette valeur peut laisser

à désirer, à cause d'une maladie assez grave que lit cet habile astronome immédiatement après scs courses entre Bruxelles et Londres, et qui ne lui permit de vérifier son équation personnelle qu’après une assez longue convalescence.

Les observations pour déterminer par des signaux galvaniques la différence des longitudes entre les observatoires de Berlin et de Bruxelles furent faites aux mois d’avril et de mai 1857. A la fin de rantomne, jiour plus de sûreté, on reprit encore les observations pendant deux jours. M. J.-F. Encke, directeur de l’Observatoire royal de Berlin, a bien voulu en publier les détails dans les Mémoires île. l’Académie royale des sciences de Berlin (année 1838). Les observations dans la capitale de la Prusse étaient faites par cet illustre astronome , par M. Briihns , actuellement directeur de l’Obscrvatoirt; de Leipzig, et par M. Forster. Les deux principaux observateurs furent .MM. Brnlins et Ernest Quclelet, qui purent se comparer entre eux pour les avances et les retards à Berlin cl à Bruxelles. Le mode d’observation celte fois n’était pas le meme que pour Greenwich. « L’appareil Morse est généralement employé dans les lignes télégraphiques de la Prusse, dit M. Encke ('). D’après mes désirs, M. le (*)

(*) Voyez les mémoires de Ilcrliii ; Vther die Beslimmwig des laiigeii Vnlerschiedes zu-ischen den Slernwarten von flrussel und Berlin, cAgekilet auf

(lircrti'iir Qut'tHi'l t'iiipluxu un iip^areil st'inlilubit- à Druxdles. Il s était siTxi précéilemniciit, pour correspondre avec Grccnwieli, d'un télé);raplic à aiguilles. L’appareil de Morse a été décrit si souvent qu’il ne sera |)as nécessaire d’en donner ici un plan détaillé. On peut l’employer pour de simples signaux dont les battemenis sont enlendus des deux stations et qui seraient complètement simultanés, si le courant n'employait pas un certain temps pour arriver de l’une à l'autre station. Le retard de ces rcclierches ne dépasse pas deux dixièmes de seconde ; il dépend en partie de la vitesse absolue du courant, qui ne sc transmet pas instantanément, et en partie des obstacles qu’il rencontre en parcourant les dilTércnts électro-aimants et les fils métalliques. Si un seul lil était étendu entre les deux stations, alors, pour une même charge électrique, le temps employé par le courant pour l'aller serait absolument égal au temps du retour; et comme la dilTércnce des longitudes s’obtient en soustrayant du temps donne par la station orientale le temps donné par la station occidentale, ce qu’on nomme le temps du courant, devrait augmenter d'autant la dilTérence des longitudes , quand le courant part de la station occidentale, qu’il la diminuerait lorsqu’il marche de l’orient vers roccident. La moyenne des deux différences de temps obtenues de eetle manière serait exactement la différence des longitudes. Cela n’eut pas lieu ici en toute rigueur. L’appareil de Morse a ce désavantage, qui pourra disparaître au moyen de nouveaux perfectionnements, que le courant sur d'aussi grandes étendues qu’ici, de 80 railles et plus , arriverait trop affaibli à la station linale pour produire le coup. Il doit être renforcé dans des stations intermédiaires, où il renouvelle la force qu’il possède, au moyen de relais qui permettent la mise en action de nouvelles batteries. Nous avions ici deux stations intermédiaires semblables , à Hanovre et h Cologne. Par conséquent, la vitesse absolue du courant ne peut être déterminée de cette manière mais le temps pour l’aller et le retour reste h très-peu près le même, lorsqu’on emploie les mêmes relais ou au moins des relais d’une construction parfaitement identique , comme c’était ici le cas : Chaque jour où les signaux électriques allaient et venaient, nous

lelegrapliischem tlVje im Jahre tS57, in-4“, 48 pages, par F. Eocke, directeur de l'Observatoire de Berlin. — La traduction française a paru dans le tome .\ des Annahs de t'Observatuire royal de Bruxelles , 55 pages in-4“.

— t5tl —

avons truinc-, |uir les observations pour la double durée du eourunl :

1857. Avril 2S -t- 0;22

Mai 2 -t-0,52

Octobre 10 +0.43

» Il +0,42

« La moyenne est + tP3C"; par eonséquent, le courant emploie 0M8" pour franchir, tant dans un sens que dans l'autre, la distance entre Berlin et Bruxelles. Cette grandeur, si elle devait recevoir une correction, ne dilTérerail guère de la valeur véritable que dans les centièmes de seconde ; mais comme l’appréciation de la vitesse réelle n'était pas le but de cette recherche, on peut la regarder comme suffisamment exaetc pour déterminer la difTérencc des longitudes. > Sans nous arrêter davantage aux réflexions qui naissent de ces diverses observations, nous ferons remarquer que M. Enekc trouva, en définitive,

pour la différence de longitude entre Bruxelles et Berlin.

Étuiles filuHies.

Le brillant phénomène des étoiles filantes exigeait le concours d’un grand nombre d’oltservatcurs, non-seulement sur les différents points du globe, mais encore dans chacune des stations, afin de pouvoir en reeonnaitre tontes les particularités. Cette considération me porta , dés l'origine de mes observations sur ces météores, à demander, pour les stations éloignées, que différents physiciens voulussent bien me seconder dans mes rcchcrehcs : je sollicitai leur aide, bien moins ]>our reeonnaitre simultanément les mêmes phénomènes que pour m’assurer de leur fréquence sur les différents points du globe ('). M. Ilcrrick me prêta son concours à cet effet pour les Etats- Unis; et cet estimable savant voulut bien me rappeler encore, avant

(') Voyez dans te texte, page 349, ce qui est dit des ctoites filantes et de la nuit du 10 au 11 août.

sa mort, nos anciens l'apporls à cet egard, qui duraient depuis pins de vingt ans. M. Newton, de Newhaven, m’a prête depuis ses bons offices : je n'ai point été moins lieureux en Europe, grêcc à l’obligeance de MM. Hersehcl, Haidinger, Zantedeschi, Duprez, Heis, Fritscli, M" Searpellini, etc. J’ai toujours regretté cependant de n’avoir pu me mettre en relation avec des observateurs de la partie australe de notre globe. Des observations e.xactes et eomparecs dans les deux hémisphères opposés (le nord et le sud) nous donneraient les documents les plus précieux pour ces sortes de pliénoracnes, qui déjà échappent à nos observations par tant de côtés) surtout dans les soirées du 11 août et du H novembre.

Phiiiotnènes périodiques des plantes et des animaux (').

Pendant que la terre parcourt son orbite annuelle, il se développe à sa surface une série de phénomènes que le retour périodique des saisons ramène régulièrement dans le même ordre. Ces phénomènes, pris individuellement , ont occupé les observateurs de tous les temps: mais on a généralement négligé de les étudier dans leur ensemble, et de ebereher à saisir les luis de dépendance et de currélasiun qui existent entre eux (^). Les phases de l’cxislcnce du moindre puceron , du plus chétif insecte sont liées aux phases de l’existence de la plante qui le nourrit; eetlc plante elle-même, dans son

(') Ce qui suit est extrait des instructions c|ui ont été rédigées, il ; a vingtcinq ans pour donner de l’unité aux travaux sur les Phénomènes périodiques, auxquels ont hieii voulu s'associer un grand nombre de savants. Les ot>servations .se continuent encore et les résultats s'impriment par les soins de l'Académie royale de Relgiqnc.

(•) Il est peu de naturalistes (|ui n'aient recueilli des observations sur les phénomènes périodiijucs; mais la plupart de leurs travaux, entrepris isolément, seraient à peu prés sans utilité pour le but que nous voulons atteindre. Les divers calendriers et horloges de Flore ont été formés d’après des travaux locaux ou qui, faits il des étHX|ues dilTérentes et dans des circonstances tout h fait dissemblables , ne pouvaient être comparés entre eux , ni présenter ce degré d’exactitude qu'on est en droit de demander aujourd’hui aux sciences d’observation. L’illustre Linné sentait toute l’utilité qu’on peut retirer de recherches simultanées sur le calendrier de Flore, et il était d’avis que, si l’on en faisait en différents pays.

Jévt'lü|ip('ineiil succes>ir, est en quelque sui'te le pruduit de tuilier les niodiricationsanU^rieurcs du sol et de ralmosplière. Ce serait une étude bien intéressante que celle qui embrasserait à la fuis tous les puéNOHÉSEs PÉRIODIQUES, suit diurne», soit annue/s,- elle formerait à elle seule une seienee aussi étendue qu'instruetivc.

C'est surtout par la simultanéité d'observations faites sur un jtrand nombre de points, que ces reclicrehes peuvent prendre un haut degré d’importanee. Une seule plante étudiée avec soin nous présenterait déjà les renseignements les plus intéressants. On pourrait trarer à la surface du globe les lignes synclironie/ues pour sa feuillaison, sa lloraisou, sa fruclilication , cte. Le lilas, par exemple, Syringa vulgaris , fleurit dans les cnvii-ons de Bruxelles, le )" mai ; l'on peut runcevoir à la surface de la terre une ligne sur laquelle la floraison de cet arbuste se fait à la même époque, romnie aussi des lignes pour lesquelles la floraison est avancée ou retardée de dix , de vingt ou de trente jours. Ces lignes alors seront-elles équidistantes? Auront-elles des analogies avec les ligues isothermes? Quelles seront les dépendances qui existeront entre elles {')? D'une autre part, les lignes isanthésigues ou de floraison simultanée, auront-elles un parallélisme avec les lignes relatives à la feuillaison, ou à d'autres phases bien prononcées dans le développement de l'individu? On conçoit, par exemple , que, pendant que le lilas commence à fleurir à Bruxelles le 1" mai, il existe encore une série de lieux vers le nord où cet arbuste pousse seulement ses feuilles; or, la ligne qui passe par ecs lieux a-t-eilcdes rapports avec la ligne isanthésique qui correspond

leur comparaison serait suivie d'avantages aussi nouveaux qu'imprévus. Or, c'est cette idée du célébré naturaliste suédois que nous voulons voir se réaliser. Les Ltats-ljiis d'Amérique semblent être le pays qui a le plus fixé son attention sur un pareil système d'oliscrvations simultanées ; lt“s rapports annuels des régents de l'université des Ktats de New-York, imprimés à AIttany, contiennent liabituellement les observations d'un as.sez grand nondire de localités sur la floraison et la fructification de quelques plantes, sur les passages d'oiseaux voyageurs et sur d'autres phénomènes naturels. On conçoit qu'il serait impossible de citer ici tous les travaux de ce genre qui ont été entrepris antérieurement dans ces différents pays.

(') Des exemples de recherches analogues ont été donnés par MM. de Humlioldt , le docteur Young, Scliouvv , etc. , en ce qui concerne les lignes limites pour la culture de la vigne, des oliviers, etc. , dans leurs rapports avec les lignes isotberines

M lu iiiOiiie t-pui|iiü? Un peut se deinumlei' eiieure si les lieux pour lesquels la feuillaison se fait le même jour, auront aussi la floraison et la fruetlfiration le inènie jour : on voit déjli, quand on s'en tient même aux données les plus simples, combien de rapprochements curieux peuvent être déduits d'un système d'observations simultanées, établi sur une grande écliclle. Les phénomènes relatifs au règne animal, ceux particulièrement qui concernent les migrations des oiseaux voyageurs, n'oITriraient pas des résultats moins remarquables.

Les phénomènes périodiques peuvent être partagés en deux grandes classes : les uns appartiennent aux sciences physiques et naturelles; les autres sont plutôt du domaine de la statistique et concernent l'homme, vivant au milieu de l'état social; caria société ellc-mcmc, avec ses tendances à se soustraire le plus possible aux lois naturelles, n'a pu échappera cette périodicité qui nous occupe.

Les phénomènes périodiques naturels sont en général indépendants des phénomènes périodiques sociaux ; mais il n'en est pas de même de ceux-ci à l'égard des premiers. Ce serait donc avoir fait un (ireniicr pas sur ce terrain si peu défriché, et qui semble promettre tant aux travaux de ceux qui sauront l'exploiter, que d'avoir commencé l'étude simultanée de tous les phénomènes périodiques qui se rattachent aux sciences physiques cl naturelles.

Ces derniers phénomènes cnx-mêines se divisent en plusieurs classes, et leur étude présuppose une connaissance assez approfondie des phénomènes météorologiques dont ils dépendent principalement. Aussi n'cst-cc pas .sans raison que la météorologie a dû prendre l’initiative cl commencer celle série de recherches continues, auxquelles devront désormais se livrer les observateurs qui aspirent réellement h suivre la nature dans toutes ses lois d'organisation et de développement.

Cependant la météorologie, malgré scs travaux persévérants, n’a pu reconnaître jusqu’à présent que l’état moyen des différents éléments scientifiques relatifs à l’atmosphère et les limites dans lesquelles ces éléments varient en raison des climats cl des saisons. Il faut qu’cllc-méme continue sa marche parallèlement avec l’étude qu’il .s’agit de faire, et que, pour diriger nos jugements sur les résultats observés, elle nous montre, à chaque pas, si les influences atmosphériques sont à l’état normal, ou bien si elles manifestent des anomalies.

Le désir de nie livrer, sur une éelielle un jieu étendue, ù l'élude des phénonièiips périodiques m'avait porté à prier plusieurs savants nationaux cl étrangers de m’aider de leurs lumières et de leurs observations. L’aeeucil favorable qui a été fait à mes demandes m'a permis de croire que je ne m'étais pas trompé sur l’imporlanee des rcclierclies projetées; je vis même qu’il serait possible de comparer ainsi notre climat à ceux des pays voisins, par des observations directes et simultanées, et d’obtenir, pour la Belgique en particulier, des documents préeieux qui lui manquent encore

MÉTconoLoiuK ET PHTsiQi'E DI' «LOBE. — Ceux qiii désirent faire une étude a|iprofondic de la météorologie et de la physique du globe, et apprécier soigneusement tous les changemenU périodiques que présentent ces deux branelics de nos roiinaissances, devront néeessairement reeourir au rapport spécial qui a été publié sur cet objet par un comité de la Société royale de Londres. Mais les observations demandées sont si nombreuses cl si fatigantes, elles exigent le concours de tant de personnes , qu'il n'a guère été possible de trouver plus de quatre à cinq observatoires en Europe où on les a exécutées dans toute leur étendue. Il s’agissait en elTet d’observer, de deux en deux heures, nuit et jour; et même, à une époque déterminée de chaque mois, d’observer les instruments magnétiques d’une manière continue pendant vingt-quatre heures. Heureusement pour notre plan, des ob.srrvations aussi pénibles ne sont pas nécessaires en ee qui concerne les sciences naturelles , notre but est de porter notre alteiilion bien plus sur les variations annuelles que sur les variations diurnes , qui pourront à leur tour former l’objet d’études spéciales et simultanées.

L'appel que nous faisons ici, s’adressant surtout aux naturalistes, nous avons dû, afin de ne pas fatiguer les ub.servaleurs par trop d’exigence, restreindre nos demendes aux recherrhes qui ont des rapports directs cl essentiels avec les modifications que présentent les trois règnes sous l’influence des saisons.

Le thermomètre doit être rais en première ligne parmi les instruments à consulter; et il conviendrait de déterminer simultanément les températures de l’air et de la terre.

Le thermomètre , exposé à l'air, è quelques pieds au-dessus du sol, doit être placé au nord et à l’ombre, de manière à ne pas être influencé par lu réverbération de murs voisin.s. Il suffirait de pren-

dir, t'Inujue Jour, sim iiiüi<'»tiun à une lirure fixe; U liciires du matin serait l'instant préfëralde. Il faudrait en outre constater, chaque jour, son maximum et son minimum, au moyen d’un thermomètre destiné k net usage.

La température de la terre, dans les couches surtout où plongent les racines des arbres, mérite une attention spéciale. Il serait trèsintéressant de suivre chaque jour la marche de trois ou quatre thermomètres dont les houles seraient équidistantes en ligne verticale; la boule du premier serait immédiatement au-dessous de la surface du sol, et celle du dernier à une profondeur de six à huit décimètres. On construit, pour ces observations, des thermomètres spéciaux dont les échelles s’élèvent au-dessus de la surface de la terre , et dont les boules ont une capacité assez grande par rapport à la capacité du tube. Il convient de placer res instrtiments dans une terre semblable k celle où croissent les plantes que l’on observe, cl qui piésentc une surface unie, abritée de l'action directe du soleil. Il serait du reste intéressant d’observer, comme on le fait dans le jardin de l'Observatoire de Bruxelles, deux séries de thermomètres, l'une & l’ombre et l'autre en plein soleil. L’heure de l'observation serait !) heures du matin, comme pour le thermomètre exposé a l’air.

Le baromètre doit aussi être observé au moins une fois par jour et à une heure fixe. On aura soin de suivre ses excursions maxitna et mtnima ; chaque observation du baromètre doit être accompagnée de l'indication du thermomètre de l’instrument.

[.'hygromètre donne encore des renseignements utiles; mais on les remplacera avantageusement par le psychromètre , moins sujet k se déranger, et dont les indications sont plus sûres.

La force et la direction des rente seront enregistrées soigneusement, de même que l’état du ciel. Pour indiquer le degré de sérénité, on pourra représenter un ciel entièrement couvert par zéro et un ciel parfaitement serein par dix; d’après celte notation, les nombres compris entre 0 et 10 exprimeront, selon leur valeur, tous les états intermédiaires.

Les quantités d’eau tombées par suite de pluie, de grêle ou de neige seront reeueillies à l’aide d'udomètres, soit immédiatement après la chute, soit à termes fixes et de 24 en 24 heures.

On annotera les jours d’orage, de brouillard, etc. Quanta l’état des nuages, on emploiera avantageusement la notation d'Howard.

— tôG —

On ii'iiisisle pas sur 1rs priM;anlinns à prendre dans les observations prcrédcntcs ; on ne peut que renvoyer pour cet objet aux traités ordinaires de physique.

Aux personnes qui pourront donner une attention plus grande à la physique du globe, nous recommandons les observations de l'éleetrieilé de l’air, du magnétisme terrestre, des étoiles filantes, des aurores boréales, des tremblements de terre; relies des températures des sources, des plantes et des animaux , ainsi que l'analyse des eaux cl de l'air. Mais ce dernier travail s’exéimte déjà sous les auspices de M. Dumas, et l’on est en droit d’attendre les résultats les plus avantageux de reelicrehes dirigées par un savant aussi distingué. L’appréciation de la quantité de lumière et de chaleur rayonnée par le soleil, aux différentes époques de l'année et aux différents instants du jour, a peu occupé les physiciens et mérite encore leur attention. Enfin , pour les observateurs placés sur les bords de la mer, les heures et les hauteurs des marées formeront aussi l’objet d'études intéressantes.

Rér.xE vÉKÉTAL. — Lcs observations relatives au règne végétal peuvent être envisagées sous deux points de vue, suivant qu'elles s'appliquent à la période annuelle ou bien à la période diurne des plantes. La période annuelle est l’espace de temps compris entre deux retours successifs des feuilles, des fleurs et des fruits; la période diurne ramène l’heure du jour où s’accomplit l’épanouissement de certaines espèces de fleurs; car, de même que toutes les plantes onldes époques fixes pour leur feuillaison et pour leur floraison , de même eerlaincs espèces de plantes s’épanouissent et se ferment à certaines heures du jour ou de la nuit, et sans doute toujours aux mêmes heures dans la niênie localité. Les résultats que présentent ees phénomènes sont donc du plus haut intérêt, non-seulcinenl pour la météorologie, mais encore pour la géographie botanique.

Dans l'élude de ces phénomènes, le but prinei|)al que l’on doit se proposer, e’est de rendre les observations comparables, afin que les résultats qu’elles présentent .sur un point donné puissent être mis en regard de ceux des autres contrées. Le point essentiel negitdone pas dans le grand nombre de plantes soumises à l’examen, mais dans le choix des espèces cl dans l’identité des conditions comparables. C’est pour atteindre ce but qu’ont été tracées les instructions suivantes :

Observniions pour la jiériode annuelle. — Le premier soin , dans

ces ubservalioiis , est d’écarter indistinctement toutes les plantes annuelles: en effet, ces plantes lèvent souvent à des époques différentes, suivant le tcrajjs où elles sont semées, en sorte que les indications qu’elles fourniraient ne sauraient être comparables.

Cette considération doit aussi faire écarter les plantes bisannuelles, attendu que les individus qui lèvent tardivement et vers l’automne, sont nécessairement en retard sur ceus qui lèvent au printemps. Nous n'admettons d’exception qu’en faveur des céréales d’autoinue, telles (|ue le seigle, le froment et l’orge d’hiver, qui se sèment toujours vers la meme époque , et dont les phénomènes de végétation et de floraison constituent le point de vue capital des observations quotidiennes, puisqu’ils sc rapportent aux plantes de la plus grande culture.

D’après ee qui précède, les plantes soumises aux observations devront être vivaces ou ligueuses. Ces dernières surtout sont importantes, parce qu’elles sont plus soumises à la double combinaison des modineatioiis atmosphériques et terrestres, et que, d’une autre part, elles prêtent mieux que les plantes vivaces aux observations relatives à la feuillaison.

Il importe que les plantes destinées à l’obscrvalion quotidienne soient en terre depuis un an au moins, car on sait que les végétaux transplanU-s au printemps présentent trop d’incertitude dans les époques de la feuillaison et de la floraison, ces époques étant alors suhordonnées à 1a formation des racines.

Dans le choix des plantes à observer, il faut éviter de comprendre celles qui, fleurissant toute l’année, ont formé leurs boutons avant riiiver, comme le pissenlit, le mouron des oiseaux (.l/.si;ie media), le séneçon vulgaire, attendu que ces plantes n’ont aucune époque fixe et que leur floraison au premier printemps n’a rien de régulier.

Il faut également écarter les plantes cultivées qui donnent des variétés par la culture, comme la tulipe de Gesner, le poirier, le cerisier, le tilleul à grandes feuilles; l’expérience démontre que, parmi les variétés produites ainsi par le semis, les unes fleurissent souvent quinze Jours avant les autres. Pour assurer la valeur comparative de CCS plantes, il faudrait donc observer partout la même variété, ce qui est souvent impossible.

On devra encore écarter les plantes qui ont des espèces trop voisines et difficiles à bien distinguer, sans cela les observateurs ponr-

raient soumettre à leurs travaux des espèces diiïérentes, ce qui empêcherait l’opération générale d’élre comparative.

Enlin, il faut écarter toutes les fleurs dont la préfloraison ne permettrait pas d’indiqucravec certitude le moment de l'épanouissement. Tels sont le C.ulycanthm , l'IUecebrum, VAquilegia , etc.

C'est d’après ces cunsidérutioiis qu’ont été formés les tableaux des espèces sigetalées pour les observations quotidiennes. Dans la formation de ces tableaux, nous avons eu pour but d'obtenir un travail qui puisse servir à 1a fuis à la météorologie, à la botanique et a l’agriculture. A i ct cifet, nous avons làcbé de représenter toutes les familles des plantes européennes, à l’exception de celles qui ne sont pas propres à la eulturc; eette considération est d'un grand intérêt au point de vue de la géographie botanique. Nous y avons introduit aussi quelques genres de l’Amérique septentrionale, cultivés en Europe, comme le Catalpa, le Tradescanlia , le JUenispennum, etc., afin que celte liste puisse être rendue eumparable avec celle des observations faites aux Etats-Unis d'Amérique. Dans chaque famille^ nous avons indiqué de préférence les espèces les plus vulgaires et les plus répandues, et parmi elles les espèces dont les fleurs sont le plus grandes et le plus développées. Enfin , nous avons choisi les fleurs de manière à présenter des espèces qui fleurissent dans tous les mois de l'année.

Parmi ces plantes il en est que nous recommandons plus spécialement à l’attention des observateurs, tels sont le seigle, le froment, le lilas, le buis, etc., enlin toutes les espèces les plus répandues.

Après avoir exposé les motifs qui ont servi de base à la confection des tableaux pour les observations annuelles , il nous reste à parler de ce qui concerne le travail de l'observateur.

Linné, qui, le premier, comprit tout le parti qu’on pouvait tirer de la météorologie appliquée au règne végétal, avait indiqué quatre termes d’observations, savoir : la feuillaison, la floraison, la fructiflcatiou et la défcuillaison. D’autres auteurs ont été plus loin; ils ont multiplié les détails. Dans un travail destiné à prendre un caractère général, cela ne nous parait ni nécessaire, ni utile; car, à force d’entasser détails sur détails, les observations cessent d’être comparables et de conserver ce qui doit être leur caractère principal. Déjà dans les données de Linné, il en est qui ne sont applicables qu'à un petit nombre de végétaux. Ainsi la feuillaison et la défcuillaison ne peuvent

t^uère être déteriuinéus que üur les plantes ligneuses. Il nous parait (loue qu'il faut se borner aux quatre données que nous venons d'indiquer, en attaeliant un soin pnrtieulier à la plus importante de toutes, celle qui, seule, pourrait au besoin sulTire, la floraison. Nous laissons à elinquc observateur le soin d'annoter les particularités qui lui en paraitront dignes.

Dans l’ordre des observations, deux modes peuvent être employés, en notant les plantes d'après leur état sauvage ou bien d’après leur état cultivé. Nous pensons que le premier n’olTre pas assez de ressources et qu’il est sujet à trop d'incertitude, en ce que l’observateur devrait être astreint è parcourir, chaque jour, des régions très-différentes, à de grandes distances, et qu'il ne serait jamais sûr de faire une seconde observation sur la plante qui a servi à scs premières annotations. Pourrait-on citer en Eurojie deux loralitcs où I on rencontrerait les mêmes espèces de plantes vivaces sur un espace assez resserré pour y faire les annotations quotidiennes? Il est impossible au naturaliste d’observer chaque jour les champs, les bois, les prairies de sa contrée; il devra dune s’en tenir à des approximations. Or, l’essentiel est que l’observation quotidienne des plantes déterminées pour la comparaison ait lieu dans une position équivalente. Pur cette considération, nous estimons que ces observations doivent être faites sur des individus plantés dans un jardin bien aéré. Les plantes ne devront être ni abritées, ni exposées à la muraille du midi. Pour les arbres sylvestres, ils doivent être pris en plein champ, et non dans les bois, qui offrent toujours des abris très-inégaux.

Quanta l'indication des épocpics, elle doit se faire, pour la feuillaison, lorsque les premières feuilles sortent des bouryeons et deviennent visibles; la floraison commence au moment où l'anthère se montre; et il en sera de même pour les fleurs de la famille des composées. L’époque de runuotation de la feuillaison peut offrir des diflieiiltés en ce qu’elle présente diverses phases qui, au printemps surtout, peuvent amener des différences considérables. Il faut donc une époque convenue et appréciable pour tout le monde. Nous propo.sons de choisir le moment où pur le développement de la préfoli.ition, la face supérieure des premières feuilles est mise en contact avec l’atmosphère et commence scs fonctions vitales. La fructification doit se prendre lors de la déhiscence du péricarpe pour les fruits déhiscents, et c’est le plus grand nombre; les fruits indéhiscents

kW —

sc'i'uiit iiülés lurs(|u'ils scruiit luaiiifcstenii'iil punenusà leur maturilé. Enfin la dèfeuiüaistm doit Mre inscrite lorsque lu chute delà majeure partie des feuilles de l'année est opérée, bien entendu que ce (|ui eoncerne les feuilles ne |>eut s'appliquer qu'aux seuls végétaux ligneux, en exeluant en outre les arbres toujours verts, dont la défeuillaison est sueeessive.

Aux indieations qui précèdent, les observateurs voudront bien joindre celles de tous les phénomènes qu’ils pourraient remarquer comme dignes d'inU-rét; telles sont les modifications qui surviennent <lans les odeurs et les couleurs des fleurs ou des feuilles, etc.; il serait surtout à désirer qu'ils pussent joindre fi leurs tableaux les indications, par jour, des températures moyennes; ou, mieux encore, le maximum et le minimum delà température de chaque jour.

M. Edm. de Selys-Longebamps a demandé que l'Aeadémie, dans ses recommandalions aux observateurs des dilTérents pays, leur proposât de tracer, à des époques déterminées, un tableau de l étal de la végétation, afin de rom|)létrr les données relatives aux dates de 1a feuillaison, de la lloraison et de lu fruetifiealiun des plantes. Voici les avantages <iu'il y trouvait :

1° De donner une idée générale de la végétation à une époijuc im- ])ortantc de l'année ;

2’ D'obvier à la difficulté de bien préciser les dates pour ecrtaines plantes qui ne se développent que lentement , à une période où la chaleur a peu de force, ce qui fournit des dates d'autant plus arbitraires que les feuilles et les Heurs se développent pour ainsi dire une à une ;

â“ De permettre aux personnes trop oreiipées, ou souvent absentes, de faire, au moins plusieurs fois par an, des observations utiles et comparatives, en portant toute leur attention sur un jour fixe;

4' D'indiquer, ce jour-là, les plantes dont la floraison ou la feuillaison est générale , partielle ou disparait.

Le même .système pourrait être suivi pour le règne animal.

Observât ions pour la période diurne. — Indépendamment des annotations de chaque jour, qui forment le calendrier de Flore, il est trèscurieux d'cnregisli er, dans chaque localité, riieure où s'épanouissent et se ferment certaines plantes, qui sont douées de la faculté de remplir ces fonctions à heure déterminée. Ici l'on conçoit qu'il serait trop long de demander un travail de tous les jours d'été.

Uans lu furmaliuii du tableau qui se rapporte à ees plantes, nous ne devions tenir aueun eompte des motifs relatifs à la formation du tableau pour les observations des phénomènes annuels. On roneoit, en effet, qu’il est assez indifférent que la plante soumise à l’observation horaire soit annuelle ou non, de pleine terre ou d’orangerie, etc.; tout ce qu'on doit désirer, c’est que la plante soit saine et exposée au plein air.

Réove A.NtxAL. — La partie de la science sur laquelle porte notre attention repose sur le principe physiologique que tout être organique, soit animal, soit plante, a essentiellement besoin de l'air atmosphérique, tant pour se développer que pour se conserver la vie, et que son développement et l'e.xercice de ses fonctions, de ses habitudes sont arrêtes ou modifiés par les modifications de ee même air atmosphérique. Ainsi l’on observe que des maladies épidémiques ou endémiques régnent en certaines saisons, en certaines années; que la progéniture du lièvre commun ne se développe pas toujours également bien; que plusieurs rongeurs pullulent, une année, dans une Ipsalité, tandis (|uc, l’an d’après, on y en trouve à peine le nombre normal; le cerf, le cbevrciiil perdent leur bois à une époque qui n’est pas invariablement la méine chaque année. Pour citer encore quelques autres exemples, également faciles à saisir, ne voyons-nous pas la perdrix grise élever avec des succès variés sa nombreuse famille f rhiroridclle, le martinet, le rossignol arriver dans nos cuiitrécs et les quitter à une époque plus ou moins reculée de l’année? la chenille et le hanneton commun nous effrayer quelquefois pur leur nombre dans nos plantations? Notre but doit être d'observer le degré de connexion qui existe entre l'animal, la plante et l’air atmosphérique, d’indiquer, par des observations suivies et faites consciencieusement, l'inlluence «pie ees êtres éprouvent de la part dn milieu dans lequel ils vivent, et de tâcher d'expliquer ainsi d'une manière positive les phénomènes mentionnés plus haut.

Dans les animaux, à l’étal de nature, l’époque de l’accouplement ou saison des amours, celle de la naissance, celle de la mue, soit double, soit simple, celle des migrations, celle d’engourdissement et de réveil, celle d’apparition, la rareté ou l’abondance remarquable d’une espèce, sont les points qui doivent être étudiés et indiques avec c.xactiludc, conjointement avec les observations météorologiques. Il doit y avoir entre ces deux genres d'études unité de temps

rt unité de lieu, coiiditiuiis indispensables, puisque e'esldes données résultant de ces observations que doivent être tirées les conséqueneps générales.

Chaque naturaliste formera un tableau de ses observations, et il y indiquera en termes teeiiniques, autant que possible, les animaux qu'il aura étudiés. C'est le relevé de ees tableaux partiels qui sera le point de départ des induelions ou eorollaires servant à fixer quelques lois de la nature. On coneoit donc que ces tableaux doivent être dressés avec la plus grande exactitude. On ne dissimule pas, du reste, toutes les diflicultcs qui accompagnent de telles recherches , mais il convient de ne pas perdre de vue que les premiers essais dans toute science sont toujours épineux, surtout quand ils exigent le concours d'un grand nombre de personnes.

Afin de rendre le mode des observations simultanées uniforme, nous allons énumérer quelques-uns des principaux points sur lesquels nous croyons devoir appeler de préférence l'attention des naturalistes, en les prévenant que les espèces les plus communes, et qui sont représentées dans le plus de contrées, paraissent, sous plusieurs rapports , devoir inspirer le plus d'intérêt, et que les observations les plus importantes seront celles qui auront été faites à la campagne.

Mammifères. — I. Apparition et retraite des chauves-souris;

2. Fréquence ou rareté de quelques insectivores: taupe, Talpa europœa; musaraignes, Sorex; de quelques rongeurs des genres Mus cl Arvirola;

3. Commencement et fin du sommeil léthargique des loirs , Myuxus;

4. Mue des carnassiers du genre Mustela. Apparition et retraite du blaireau (Meles taxas, après son sommeil hibernal).

Reptiles. — Retraite, réveil cl aceou|ilement des batraciens : grenouilles, rainettes, crapauds, salamandres et tritons. On observera aussi le réveil de la couleuvre à collier {Coluber natrix).

Mollusques. — L'époque où les gastéropodes terrestres et lluvialiles quittent leur retraite, les premiers pour venir ramjicr sur le sol, les seconds pour nager à la surfai e de l'eau.

Celle où il y a des cas d'empoisonnement |>ar les moules (*).

(') Pour ce qui précédé, nous avons suivi les indication' de M. le professeur t-uitraine.

Insectes. — Appariliun des insectes suivuiils (') :

Mclolonlha vulgaris. (//annefoH vw/^aire.) Pierit rapae. — Napî. {Papiflon du rAmt^.] L>t(a vesicatoria (CanfAan'^e ofpein.) Coliaa rfaamnî. [Papillon citron )

LofUita vindisaima . (Sau(^«//c rrrla.) Slomosia caleilrana. Ctilex pipieni. (Slo-

LibcUula depreiaa. [Libellult api^ic.) tncxOf cousin.)

/I'>ik«hna cyaoea. (.-f^acAnc bleue.) PelU slapliylin appelé mouche (forage.

Calopleryx >irgu. [Calept. tierce ) ApiA tnellifica. {Abeille.)

Kpbeniera albipeonis (KpAéinère a/6ipenne.) Ve«pa vulgaris. (Gm^.)

Pieria eardaainea. [Papillon aurore } Formica, (rottfinia.)

Vaaeasa urtieae. — Polychloro» ^ io. Bibio borlulanu». ( Bibion précoce.)

Pour la sauterelle verte, il serait bon de marquer la première époque de la stridulation du mâle.

Poissons. — I. Indiquer, à des stations situées sur les grandes rivières et sur les fleuves :

L’époque où remontent, au printemps, les espèces du genre Clupe, nommées alose, Clupea alosa L. , et sardine, et la niite, .Atosa finta (en flamand mei/visch).

De même pour les saumons cl les truites, Salmo salar , Salmo Irulla L.

De même pour les esturgeons, Acipenser L.

Quant aux poissons qui ne quittent pas la mer, observer, dans les ports ou sur les eûtes, l'époque où arrivent :

Les premiers harengs , Clupea harengiis L.

Les premiers maquereaux, Scomber srombrus L., et quelques autres poissons voyageurs très-communs.

Oiseaux. — Pour ce qui coneerne les oiseaux, nous ne croyons pouvoir mieux faire que de reproduire un extrait de la notice de M. de Selys-Longehamps, que nous avons (irésentée à la section de zoologie de l’Association britannique, lors de sa dernière réunion â Plymouth :

« La zoologie et la botanique devaient être interrogées les premières, pour que l’on pût s’assurer, chaque année, jusqu’à quel point les variations dans la constitution météorologique peuvent avancer ou retarder l’apparition de certains animaux ou la floraison et lu feuillaison des plantes.

• Les naturalistes belges ont reconnu combien ces observations.

(') r.eue liste, duc à M Edm. de Selvs-Longchamps, a etc revue et rectifiée par lui et M. Léonard Jenvn.s. Il en est de même de celle pour les oiseaux.

aveu deü dates précises et répétées peiidiiiit plusieurs aimées, rendront plus exactes les moyennes que l’on cherche à indiquer dans les raiincs et les flores locales, je dirai plus, dans la faune générale de l'Europe ; car si les zoologistes des diverses régions de cette partie du monde répondent li notre appel, conihien ne sera-t-il pas intéressant de pouvoir tracer sur une carte géographique le voyage annuel des hirondelles, des grues et de tant d'autres oiseaux voyageurs de long cours, dont chacun de nous ne peut parler que vaguement, faute d'uhservatiuus comparatives?

• C’est dans le but d'assurer la possibilité de ces comparaisons que je crois utile, pour l'ornithologie, d’inviter sérieusement les naturalistes & concentrer leurs observations sur un certain nombre d’espèces qui sont répandues dans toute l'Europe ou à peu près. J’ai cru devoir, pour cette raison , choisir des espèces terrestres de préférence aux aquatiques, parce que leurs migrations s’étendent avec plus de régularité sur toutes les régions, et que leur détermination est plus facile, au point que lorsqu’on habite la ville, on peut faire faire les observations par de simples chasseurs, tous ces oiseaux ayant un nom vulgaire dans les divers dialectes de l'Europe. Je suis loin de nier l’utilité d'observations setnhiahles sur les migrations des oiseaux d’eau; mais, je le répète, je crois que, pour les premières années, un aurait peine, faute d’un assez grand nombre de stations, à recueillir des données sullisantes pour en déduire des résultats généraux sur ces espèces, qu’on ne trouve régulièrement que dans les grands marais ou sur les côtes maritimes.

» Je propose doiu' d'étudier, à partir de 1842, la date précise des migrations des espèces suivantes, que l’ou peut répartir en quatre sections ;

I* Les oiseaux (comme riiirondcllc et, le rossignol) ()ui viennent passer l’été chez nous et y nicher;

2° Les oiseaux (comme la grue) qui sont de passage régulier, mais qui ne font que passer sans s’arrêter;

.1” Les oi.seaux (comme 1a corneille grise et le tarin) qui séjoiimo.nl dans notre pays tout l’Iiiver et disparaissent dans la belle saison ;

4“ Les oiseaux (comme le jascur et l’oiseau des tempêtes) qui sont de passage accidentel à des époques indélcrminccs. Je me suis départi des principes mentionnés en indiquant cette dernière classe, mais j'ai cru (pi'il serait important de porter l'attention s\ir deux ou trois

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espèces duiil les causes d’appiiritiun sont inconnues, comme pour le Jaseur, ou sont tout è fait en rapport avec l'cxistcncc des tempêtes maritimes, comme pour la Procellaria pelagica.

s La première division sera, je pense, composée des mêmes espèces pour (outc l’Europe: mais il n'en sera pas ainsi des trois autres ; dans telle contrée, en Hollande, par exemple, la cigogne sera de la première division, tandis qu’ailleurs elle appartiendra à la seconde, comme en Belgique. Il en sera de même des troisième et quatrième, selon la latitude plus ou moins septentrionale où seront faites les observations : et ce sont justement ces rectifications qui feront. Je l’espère, apprécier l’utilité du travail que nous désirons voir entreprendre dans le plus grand nombre de localités possible. >

s Oiseaux choisis pour les obsertmtions. — 1' Oiseaux qui passent rété en Belgique :

Cyp9«Iu4 apus Hiruodo urbiea.

— ruAltca.

— riparia.

Muscirapa grUeola.

Laniu» rufus Orioluti galbula.

EmberÎEa hortulana.

MoUcilla alba «I YaiTGlii.

— flara , Trmk.

Saaicola rubelra.

— oeoanlho.

Sylvia lilhvs.

phaeoiconif

luscioia.

— atrirapilla.

» Oiseaux de passage double automne :

Sylvia Irocbilua et rufa.

— bypolaïtt.

— > palu^tri^ et amndinacea.

— cinerea.

— cumira.

horteosis.

— phragmitis.

— icterioa.

L'pupa epop«.

Gueulus canorus.

Colufuba turlur.

Perdis colurnix.

Crex pratcDsis.

Caprimulgu» earopneui.

Yutix torquilla.

régulier, au printemps et en

Muscirapa ficedula L. (/urtiKwa Tem.) Turdus viscivorus.

— pilarii.

— musicu9.

Cbaradriua ptuviali».

Anser segutum.

Ciconia alba.

Grus eioerea.

Seotnpax ru9tieola.

Regulus ignicapillua.

> y Oiseaux qui séjournent tout l'hiver ou une partie de l’Iiiver en Belgique :

Corvus cornix.

Frtngilla ipinu».

— montifringilla.

Anlhua aqoalicus. (Spinolelta.) Regulus cristatus.

Parut aler.

• i" Oiseaux de passage aceideiilel :

Bombycillfl garruU.

CygnuM muitrii».

Nurifraga rarvoratarle*.

» 5* Oiseaux chanteurs ;

PrnreiUria pelago-a.

— Lfafhii

Ctilunib.i palurabu«.

Rrnberlia ritrihella.

FringiMa foeli*b«.

— chlorU.

— canriahina

Parus major.

Tordus vistivoru'' — mu^lrus.

--- ateruia.

» Et de plus, le chant des oiseaux compris dans la rjitégorir de ceux qui arrivent au printemps pour passer l’été en Helgique. >

MM. de Selys-Longchamps et Léonard Jenyiis ont eru avantageux de créer une catégorie spéciale pour les oiseaux chanteurs. On indiquerait le jour où le chant du printemps, qu’il ne faut pas confondre avec le cri d'appel de toute saison, aura été entendu pour la première fois. De cette manière, on donnera des indications plus exactes; car il se peut très-bien que le rossignol, pur exemple, soit arrivé depuis plusieurs jours lorsqu'on l’entend ehanter. On pourra constater ainsi avec utilité et précision l’effet de la saison sur plusieurs oiseaux sédentaires, dont le chant connu de tout le monde ne se fait entendre qu'au printemps, le pinson et la grosse mésange charbonnière, par exemple.

Dans tout ce qui précède , il n’a point été parlé des phénomènes périodiques relatifs à l'homme , parce qu'ils sont en grande partie du domaine de la statistique, dont nous avons cru ne pas devoir nous occuper ici. L’influence des saisons ne se manifeste pas seulement sur les naissances, les mariages, les décès, les maladies et sur tout ce qui se rapporte au physique de I homme, mais encore sur scs qualités morales et intellectuelles. Les aliénations mentales, les crimes, les suicides, les travaux, les relations commerciales, etc., sont loin d'ètrc numériquement les mêmes aux différentes époques de l'année. C'est là un champ de recherches immense, qui certes n'offre pas moins d'intérêt que relui sur lequel nous appelons l'attention des observateurs; mais tous ces travaux sont trop étendus pour qu'on ne cherche pas a isoler ceux qui peuvent être pris séparément sans

(irt^utlici! puur lu M-ieiicc ('). iNuus «vtitis il'ailleur;) lu irrliludu qu'ils omiprroiil ù leur tour des sa\anls spccialcnient versés dans ee l'enre d'études, en sorte qu'on peut coneevoir l'espérance qu'aueiine partie lies phénomènes périodiques ne restera en souffrance faute d’observateurs (*).

Phénomène» périodiqiifx appartenant rf la statistique générale lies différents pays.

Une science ne s’improvise pas : en étudiant la statistique , on retrouve sur le terrain des connaissances liumaines la trace de ses premiers pas, indécis, il est vrai, mais quelquefois assez marqués pour qu’on s'étonne de leurs progrès et de la manière dont ils tendent vers leur but prinripal.

Dès son origine, cette science a vu naître deux genres de prosélytes : les savants, qui étudient la valeur des faits d’après les données de l’expérience, et les hommes pratiques, qui veulent avoir simplement l’expression de ces mêmes faits, sans remonter aux causes scientifiques qui les ont fait naître et sans apprécier l'énergie de ces eauses ni leur mode d'arlion.

Les premiers connaissaient trop bien la marche des antres seienees pour ne pas apercevoir le secours que devait en recevoir la statistique naissante, et pour ne pas lui éviter le danger de prendre une fausse route. Quelques calculateurs philosophes créèrent les tables de mortalité et celles de population; et, chose étrange aux yeux de ceux qui ne connaissent point les méthodes analytiques, ee furent surtout les astronomes qui s’en oeeuperent et qui, à partir de Ilalley, en furent les promoteurs dans différents pays.

(') Pour les phénomènes périodiques relatifs il l'homme, voyer. les instructions données par M. Schwanii dans le t. IX des BuUetins de C Académie, î* partie, pp. 120-137, de même que celles de M. Gluge cl de M. Spriiig, pour la bol.nnique, tome IX, 1" partie des Bultetins, pp. 123 et suivantes (*) Nous avons consacré plusieurs ouvrages il ces recherches intéressantes ; I* L'Essai de physique sociate, ou recherches sur l’homme et te développement de ses facultés , 2 vol. in-8”; 2” Théorie des probabilités, appliquées aux sciences morales et politiques, 1 vol. in-8“; 3" Pu système social et des lois qui le régissent , 1 vol. in-8', etc.

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