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vers l’année 1439 en effet qu’on peut reporter l’invention de l’imprimerie : il paraît certain qu’elle est due à l’Allemagne; elle était d’une importance trop grande pour ne pas exciter les prétentions de différents pays. La Hollande est un de ceux qui y apportèrent le plus de titres; quelques amis des Flandres crurent devoir réclamer également en faveur d’Alost ('). Ces prétentions rivales montrent du moins que CCS pays étaient assez avancés pour sentir parfaitement les avantages de la découverte et pour vouloir s’y associer; elles prouvent encore que les prétendants furent des premiers à l’introduire chez eux et à chercher à la perfectionner.
C’est vers la même époque que plusieurs voyages importants, qui avaient attiré l’attention, servirent en quelque sorte de prélude aux brillantes découvertes qui devaient se faire bientôt après : ils témoignent également de l’activité qui régnait alors. Vers l’année 1446, Vanden Bcrghe avait fait la découverte des Açores, que l’on nomma les Isles flamandes. Déjà, dès 1401, Gilbert de Lannoy s’était rendu en Turquie et en Égypte.
Plus tard, les Brugeois Anselme et Jean Adornes avaient visité différentes contrées de l’Orient. Ils avaient parcouru ensemble la France, l’Ilalie, l’Afrique et la Syrie, en passant par l’Égypte; ils avaient été chargés de différentes missions importantes par Philippe le Bon et par Charles le Téméraire. Ce dernier prince, en 1473, avait envoyé Anselme au roi de Perse, sans que l’on connût précisément l’objet de cette mission. Ce même voyageur entreprenant fut assassiné en Écosse, en janvier 1484. C’est à son (ils que l’on doit le récit de son premier voyage.
De 1481 à 1483, le Gantois Jossc Van Ghistclle parcourut
(') Les Belges impriinèrctit .i Bruxelles, h Anvers et n Bruges en 1476; à Louvain en 1474, et à Ainsi en 147ô.
aussi l’Arabie, l'Ëlliiopie et plusieurs autres pays qui jusque-là avaient été peu explorés ('). La passion des voyages, qui bientôt devait amener la découverte d’un nouveau monde et produire les plus brillants résultats scientifiques, excitait nos aïeux comme tous les peuples qui marchaient à la tête de la civilisation. On pressentait des événements qui devaient changer le cours des idées et ouvrir des chemins nouveaux.
Toutefois les malheurs qui attristèrent alors les affaires politiques de la Belgique firent naître d’autres besoins, et l’on conçoit que leurs effets furent pénibles dans un instant où le pays aurait dû pouvoir agir avec toute la plénitude de son énergie.
Charles le Téméraire, en perdant la vie, ne laissa qu’un seul enfant: c’était Marie de Bourgogne, qui n’avait alors n ust. que vingt ans. Celte princesse malheureuse avait vu le jour ” à Bruxelles en 14S7; elle était tourmentée par la cupidité de Louis XI, qui cherchait à s’emparer de ses États, et par le mauvais vouloir de ses propres sujets, encore outrés des dernières années du règne de son père. Elle se trouvait pour ainsi dire contrainte de se renfermer, comme une prisonnière, dans les limites de son palais.
Cherchant cependant à s’assurer un appui, elle se maria, l'année même de la mort de Charles, avec Maximilien d’Autriche, et fit passer ainsi la souveraineté des Pays-Bas dans une branche étrangère. Cette illustre héritière ne survécut que peu de temps à son père: clic mourut à Bruges des suites d’une chute de cheval.
Scs États, après sa mort, furent administrés avec sagesse
('} Les nomsUc nos voyageurs sont gciicralcmcnl peu connus. Voyez la liiographie nationale y vie des hoînmes et des femme» illustres de ta Belgique ^ par M. Aritlrc V'an llasselt, 2®^ volume, p. I>7, nruxclles, A. Jamnr, I8M.
|)iir son époux, jtiinco doiil riiistoirc a coiisorvé lo souvenir. Il était aussi distingué par la noblesse des formes que par ses qualités intellectuelles. Les lettres et les beauxarts avaient commencé à fleurir sous les règnes précédents, encore trop agités cependant par suite de guerres incessantes. Les sciences reprirent également leur cours, et la Belgique put continuer à mareber de front avec les nations les plus éclairées.
Un des médecins de Marie de Bourgogne avait été Jean Vésale('), de Bruxelles, aïeul de lïllustre anatomiste qui devait se distinguer bientôt après. A rcxerciec de son art, Jean Vésale avait joint des études étendues en astronomie; il avait publié, en l’adressant au pape Eugène IV, un écrit sur la correction du calendrier : mais, fatigué de l’entourage des grandeurs, il s’était retiré à lunivcrsité de Louvain, dont il devint professeur; il avait cédé en même temps, à son fils Éverard, ses fonctions médicales.
Il ne parait pas, du reste, que les occupations scientifiques, malgré la présence de la cour et la création encore récente de l’université de Louvain, pussent donner une position avantageuse aux savants : on les vit s’expatrier successivement et en assez grand nombre. Ainsi, les deux Bruxellois, Georgius Bruxellenxis (’) et Petrus de Bruxelld., qui se firent connaître i^ar des traductions cl des commentaires des œuvres physiques et ]>hilosophiques d’Aristote, allèrent tous deux, presque en même temps, s’établir à Paris, et firent imprimer leurs ouvrages dans l’université de celte capitale.
N. uBs! Pierre de Bruxelles, surnommé Crocar/ïus ou Crocknert,
(*) Voyez Foppens, p. 745, t. Il; 1739.
(•) Oeorgitis HruxcUcnsh publia à Paris, eu l-iOO et 1501, deux ouvrages sur Aristote. Ou n encore de lui un écrit qui pnrul en !5(H et 1509, in-4®» sous le litre : /« SummuUtu Pclri /ii.tpam.
cUiil un thcolo^ieii instruit qui a publié diiïércnts ouvrages se rapportant plus spécialement aux études philosoj)hiques.
« Le cardinal Georges d’Amboisc, ministre de France, ayant engagé, en 1502, les jacobins de Paris à embrasser la réforme introduite dans la congrégation de Hollande, il vint à leur couvent de Saint-Jacques un grand nombre de dominicains flamands, avec qui Croekaert fit si bien connaissance que, dès Tannée suivante, il entra dans leur ordre et qu'il s’y engagea par des vœux solennels en 1504. Aussitôt après sa profession, on le chargea de régenter la philosophie, et il le fit avec beaucoup de zèle pour les sentiments des thomistes ('). » Il revint ensuite dans sa patrie.
On a également de lui l’ouvrage Argutissimae, subtiles ac faecundae quaestiones physicales in oclo libros pliysicorum, et in 1res libros (de axima) Arislotclis, cfc. Paris,
1510, in-fol. « Quelque fines, quelque subtiles et quelque fécondes que puissent être ces questions, dit Paquol, personne ne s’avise aujourd'hui de les lire. »
Au nombre des Flamands qui se trouvaient alors à Paris, il faut compter aussi Jean Dullacrt ou Joannes Dullar- n. uto.
d’une famille noble de Gand. Comme Croekaert, il eut pour maitre le célèbre Écossais Jean Maire; et, plus tard, pour disciple Jean-Louis Vivès. Il enseignait au collège de Beauvais, à Paris; il a spécialement écrit sur la philosophie d’Aristote. On lui doit aussi les trois ouvrages suivants : üe Cœlo et iilundoj Paris, in-folio; Dioloyus de Sphaerd astronomied ; Paris, 1512; Quaestiones in li-
(’) PaqiJOt, ilfémoircx pour serrir à rhistnire littéraire , tome IX , page 5Kî). L’auleiir pense que c'est à tort qu'on a fixé à 1533 l'époque de sa mort, qui lui parait incertaine. La date exacte de .sa naissance n'est guère plus prétis<‘î on la fixe gcnéralciiicnl à 14(15. Il règne beaucoup de doutes h l'égard de Oockaerl : ainsi Valère André pense qu'il est mort à Bruxelb^s en 1553 et Eelianl dit qu il iiioiirul à Pari'«, en 1511.
bruni praedicahilium Porphyrii,secundum viam nominalium el realium, 1520, in-fol.
N. IU 5 . Paul de Middelbourg, qui, jeune eneore, était venu se
M. 1534. fQrjj,e|. aux études dans l’universilé de Louvain, y avait
pris ses grades avee distinction et s’y était fait connaître par des écrits sur la médecine et la physique. II fut promu à la dignité d’évéque en 1494, et l’un des premiers il réclama avec ardeur la réforme du calendrier, qui n’eut lieu que longtemps après. Scaliger, qui employait parfois le langage poétique en parlant des sciences, nomme Paul de Middelbourg omnium malhematicorum facile principem ; il prouve au moins que notre savant pouvait marquer parmi les hommes instruits de son époque. Paul de Middelbourg mourut à Home le 15 décembre 1 534. Il publia entre autres ouvrages : Praclica depravis constellalionibus ad Maximilianum Auslriacum. Urbino, 1484, et Giudizio del anno 1480.
Le règne de. Maximilien ne fut pas exempt d’orages : ce prince, en 1488, fut arrêté à Bruges par son propre peuple, qui lui contesta même la tutelle de ses deux enfants Phi-
Eu 1403 . lippe et Marguerite. Appelé ensuite à l’empire d’Autriche, il laissa , comme gouverneur des Pays-Bas, son fils Philippe
N. 1478 . le Bel, qui n’avait alors que dix-sept ans et qui mourut en
M. uoo. ^ ^ ^ |.^ dernier prince avait épousé,
en 1496, l’infante Isabelle de Castille, qu’on a surnommée Jeanne la Folle et qui eut pour fils le puissant Charlcs- Quint. Pendant la minorité de ce roi, ce fut sa tante Marguerite d’Autriche qui prit en main le gouvernement de nos provinces.
Le quinzième siècle se distingua par plusieurs grandes découvertes ; quelques-unes modifièrent entièrement nos idées et ouvrirent une carrière nouvelle à l'intelligence humaine. Nos aïeux prirent une part glorieuse à ces grands
mouvements : nous avons déjà vu que , pour le développement de l’art musieal et pour l’invention de la peinture à l'huile, ils peuvent mareher en première ligne; il surent s'assoeier aussi à la déeouverte de l’imprimerie; et s’ils ne furent pas les promoteurs de eet art, ils lui donnèrent dès sa naissance le plus ferme appui.
C’est encore vers la fin du quinzième siècle que se firent ces navigations hardies qui élargirent les limites de notre univers : les Belges, et les Flamands surtout, y prirent la part la plus active. Â cette époque se rattachent les deux découvertes les plus remarquables qui changèrent totalement les limites du monde physique ainsi que du monde intellectuel : c’est vers 1497 que Vasco de Gama doubla le '«t. cap de Bonne-Espérance et alla fonder des colonies dans les Indes orientales; c’est aussi en 1492 que Christophe Colomb entreprit de faire le tour du monde et qu’il résolut par l’expérience un problème difficile, devant lequel la science était restée jusque-là dans le doute le plus absolu.
Avant de prendre connaissance du règne de Charles- Quint, il peut être intéressant de jeter un coup d’ccil rapide sur le passé : nous croyons qu’il n’est guère de nation dont l’origine soit plus noble et plus glorieuse que la nôtre.
Depuis ses commencements, la Belgique fut presque constamment en lutte avec les Romains, qui finirent par rendre justice au courage de ses enfants et combattirent côte à côte avec eux dans les champs de Pharsalc.
On la voit ensuite, avec Clovis, prendre part à la fondation de la nation française, plus tard, se signaler sous les rois francs de la seconde race et se rallier autour du puissant Charlemagne, la figure la plus imposante de nos temps poétiques.
L’époque des croisades produisit un chef non moins va-
leureux, non moins héroïque, le miignanime Godefroid de Bouillon. Quand, après ectle hrillante jeunesse de la nation, on vit rélémcnt de l'iinagination se mettre à côté de réicment de la forée et eréer de nouveaux moyens d'illustration, le Belge ne demeura pas Inaetif, et, tout en se livrant aux clans de sa fougue guerrière, il marcha plus ferme et non moins courageux : les premiers pas de rintelligcnce ne le cédèrent en rien à ceux de la valeur.
L’esprit poétique se soutint au milieu de ces intéressantes chroniques, qui font encore le charme de notre temps. Bientèt l'art de la guerre changea ses armes d'attaque et de défense : l'héroïsme, en face des canons, se déploya sous d’autres formes. Les beaux-arts changèrent également de langage: la peinture à l'huile prit naissance à Bruges, sous les pinceaux des frères Van Eyck, ces heureux précurseurs du siècle de Bubens et de sa brillante école. Le Belge ne se distingua pas moins par les talents de ses musiciens qui firent le charme des différentes cours de l'Europe. B se mêla bientôt aux voyageurs illustres qui découvrirent un monde nouveau et il sut prendre part à leurs découvertes. Les géographes les plus renommés de cette époque lui appartenaient; ils retraçaient dans leurs œuvres ces conquèU's hardies, et l'heureuse invention de l'imprimerie, par ses voix innombrables, mettait l'univers au courant des merveilles qui naissaient chaque jour. Notre pays alors, malgré sa faible étendue, comptait hors de scs foyers plus de célébrités qu'aucune autre nation. Tout était en mouvement: la renaissance avait brillamment commencé, et le Belge pouvait se présenter sans crainte au milieu de ce glorieux cortège (').
(*) iNous tcrmiiiLTons le livre I*’’* par le tableau synoplitpie ci conlrc îles souverains qui ont régné en Belgique de Htii à Ü77.