LIVRE II
DEPUIS ClIAKLES-QUINT JUSQU’A LA FIN DU GOUVEK- NEMENT D’ALBERT ET ISABELLE.
L’époque mémorable dont nous allons parler se dis- An isw. lingue particulièrement par deux de ses souverains les plus illustres, François I®'' et Cliarles-Quint. Le premier, plus brillant dans le monde, plus aventureux et plus entreprenant dans les combats, devait plaire à la multitude; l’autre non moins courageux, mais plus calme et plus réservé, cherchait avant tout à mériter le respect de scs sujets (').
Dans sa jeunesse cependant les habitudes de ce prince.
(<) Charle.s-Quint naquit à Gand, le 2t février 1500; on y voit encore quelques ruines du chftteau où il passa ses premières années. On conscrv'c, dans le Musée des antiquités de Bruxelles le berceau qui servit à ce puissant empereur pendant sa première enfanre. Il avait été déposé à l'ancien palais des ducs de Brabant avec d'autres antiquités, et spécialement avec le manteau de Montézuma, qui appartient à la iiiêiue époque.
comme celles de Henri IV, l’avaient rapproché des autres hommes; et ses compatriotes des Flandres aimaient à se rappeler les faits qui l’avaient mis joyeusement en eontact avee des sujets d’un rang fort inferieur.
Charles-Quint avait fait ses premières éludes à Louvain, liu». il avait eu pour gouverneur Charles de Croy et pour précepteur Adrien Doyens, qui plus tard fut élevé à la dignité de chef de l'Église romaine, sous le nom d’Adrien VI (').
En 1515, Charles était majeur, et bientôt après il fut déelaré héritier du trône d’Espagne. Ce ne fut cependant iMT que le 12 août 1517 qu’il se rendit dans son royaume, sur les vives instances du cardinal Ximenès, gouverneur général pendant son absence. Charles-Quint revint en Belgique vers 1530, et les cérémonies du couronnement s'y firent d'une manière solennelle. La même année, il se rendit à la diète de Worms et assista à la fameuse réunion où Luther proclama scs principes.
Ce jeune prince , doué d’un esprit élevé , donna une vive impulsion au développement de l'intelligence dans notre pays: sa facilité pour l’étude des langues est devenue proverbiale. L’université de Louvain, créée en 1425, sous le règne de Jean IV, s’était plus spécialement occupée, dans scs commencements, de la culture des lettres; mais, plus lard, son attention se porta également vers les sciences cl surtout vers les sciences mathématiques.
('} Adrien ciail né à U(rcchl,Ic2 mars 1459. Son père clail simple tisserand, scion d'aulrc.s, brasseur. Adrien était professeur en tliéulngic à Tuntversilé de Louvain, lorsque Charles-Quint vint étudier dans cette ville. Plus tard, il fut nommé vice-roi en Espagne, puis élu pape le 0 janvier 1522. Il mourut le 14 septembre 1523. Scs mœurs paraissaient trop austères pour la ville cl le siècle où il vivait, et sa condescendance pour Cliarle.s-Quint lmp grande. C'était du reste un pontife respectable cl qui a laisse d'honorables souvenirs.
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La présence de Charles-Quint répandit une salutaire influence sur tout ce qui l’entourait : on vit bientôt la Belgique, comme l'Italie, prendre une part plus directe à ce qui appartient au génie de l'homme. Déjà ce pays, sous les ducs de Bourgogne, avait montré une certaine maturité qui ne demandait qu’à se développer. Le peuple avait atteint sa virilité, mais les querelles religieuses devaient troubler cet heureux développement. La réforme ne s’étendit pas seulement aux idées religieuses, on lu vit s’oceuper aussi du domaine de l'intelligence. Déjà Copernic, en Allemagne, avait commencé à étendre les idées sur ce qui forme la base de nos connaissances, mais on marchait encore avec difllculté dans les sentiers de l’ancienne voie.
L’université de Louvain, sous l'influence du prince,avait pris plus de force cl d'éclat; plusieurs hommes de mérite avaient attiré sur eux l'attention générale : nous citerons particulièrement le professeur Vanden Dorp ou Dorpius, n. uss qui était d’une famille noble et l’un des principaux organes " ““ de la science ('). « II prononça, le 1*^ octobre 1313, à la reprise des études, un discours qui contient un éloge de chaque branche de l’arbre encyclopédique, et celui de l’université de Louvain en particulier: c’était un lieu commun; mais tout ce qui est juste et vrai finit par devenir commun, comme les mots heureux passent en proverbe. »
(') • Né vers 1485, à Nacldnyck, il mourut le 31 mai ISâS : il était professeur au college du t.is à Louvain. (De RcilTenbcrg, dans la Corropondanci malliémaliipic et phyaique, par A. Quetelet, tome Vlll, page 280, 1855). Dorpius était ami d'Érasme, et lorsque parut l'fSInge de la Folie du spirituel écrivain hollandais, des cris généraux s'élevèrent contre l'auteur satirique. On ne ménagea point le professenr de Louvain, qui crut devoir écarter les accusations qu'on portait contre lui et qui chercha à s'en défendre. Érasme ne s'en montra pas oITcnsé , et il oublia facilement la faiblesse de son ami; il inscrivit même son éloge sur le tombeau qu'on lui éleva aux Chartreux de Louvain. •
<> Duns ce discours ('), l’imprimerie, lu géoiiiélrie qui marche après la musique, laquelle csl précédée de l’arilhmétique, l’astronomie et la physique sont traitées avec le plus grand honneur. Il csl vrai que l'auteur paye tribut aux préjugés de son temps, à propos de l’astronomie, puisqu'il la met au service de la médecine et de la chirurgie ; praedicil idem quo tempore quod membrum aul noxium sit, aul sahitare, incidere ferro; quo miniiendus sanguis, quando efficaces sint fulurae posiliones, quando perniciosae. »
N U9* Vers la meme époque, le géomètre Stainier de Gosselies ■ {Joannes Stannifex) remportait le premier prix à l’univcr- • silé. Celle récompense, remise avec la plus grande solennité, en présence du prince témoin de son triomphe, causa une vive sensation. Stainier embrassa l’état ecclésiastique. On lui doit quelques ouvrages de physique qui n’ont guère laissé de traces de son passage; sa carrière, du reste, ne fut pas longue, car il mourut en 1336, directeur d'un des collèges de Louvain : il n’avait alors que quarante -deux ans.
Un autre géomètre finit ses jours également d’une ma- N. U 39 . nière prématurée: ce fut Joaehim Sterck V^an Bingclbergh, " qui était né à Anvers en 1499 et qui mourut à l'àgc de Irenle-sepl ans. Stcrck avait fait des éludes à Louvain, et son père était attaché à la cour de Maximilien I", empereur d’Autriche : il s’occupa beaucoup, pendant sa première jeunesse, des beaux-arts et spécialement de la musique. Il passa ensuite dans les pays voisins , et enseigna les sciences dans différentes villes de France et d’Allemagne. Il a produit plusieurs ouvrages , et particulièrement les Inslilufio-
(*) Il I) Ole rcinipriniê par l'abbé de Nélîs à riniprimerie acudéiniqite ; il était destiné à faire partie d'un recueil d'analecles (jui n'a point paru et dont les feui)lc.<i sont aujourd'hui une véritable rareté bibliographique.
tium aslronomicarum, libri III, in-8®, Bàlc, 4ÎÎ28; iiiiisi que sa Cosmographie; Paris, 4 S29. 11 a publié encore, en un seul volume, les ouvrages suivants, qui ont paru à Leyde eu 1331 ; Optice; Chaos mathematicum ; ArUhmelicn; Sphaera; Astrologia.
En même temps se faisait connaitre un imprimeur de Louvain, llenricus Baersius, dont le véritable nom était Vekenstyl. Il est auteur d’un ouvrage sur la composition et l'usage de la marche des planètes, qui parut en 1330; un autre écrit sur le cadrant fut publié cinq ans après. Il avait donné déjà , pour les longitudes et les latitudes des planètes, réduites au méridien de Louvain, des tables perpétuelles qui furent imprimées eu 1328 sous formai in-4“, comme scs deux autres ouvrages.
Les imprimeurs, ainsi que les proies étaient autrefois entourés d’une grande considération ; plusieurs d’entre eux figuraient parmi les écrivains les plus distingués de leur époque. Quoique, dans leur nombre, on trouve encore aujourd’hui des hommes d’un grand mérite, on voit cependant que l’éditeur habile a généralement remplacé l’homme de lettres et le savant.
Parmi les auteurs qui se faisaient remarquer alors par leurs écrits, nous citerons spécialement yucfocu-s Clichtovaeus et Anatolius de Barre. Ce dernier, d’une famille
nobl(rcl bourguignonne, vint étudier à Louvain, et, à l’âge
de dix-huit ans à peine, il publia quatre livres in-4® sur rarithmétique pratique. Il fut appelé plus Uird à la cour de l’Empereur; et, après la mort de ce prince, il écrivit son éloge sous le litre Carolus quintus coelo dona(t4S. Cet ouvrage fut imprimé à Louvain en 1339.
Quant à Judocus Clichtovaens de Nieuporl, il mourut à n
Chartres, où il était chanoine, en 1343. Il avait fait scs
<^ludes à Louvain et jouissait d’une grande réputation pour ses connaissances en théologie et en sciences. Il continua scs travaux à Paris, y devint professeur à la Sorbonne et fut un des premiers à combattre les idées de Luther (*). Sa vie fut fort agitée. Il composa un grand nombre d’ouvrages; quelques-uns concernent les sciences et parliculièremcnl la philosophie d’Arislotc. Il a également publié un traité abrégé sur la manière de compter {De Praxi numerandi compendium quod uUjorismum vocant); il l’a mis au Jour en 1503; mais ce travail n’était par lui-méme qu’un commentaire sur l’arithmétique de Bocce (’). Il donna encore, un autre traité sur la théorie de l’astre qui parut subitement en 1517.
La salutaire influence de Charlcs-Quint à celte époque avait fait naître dans l’univcrsilé de Louvain, et particulièrement pour l’étude des sciences, une ardeur qu’on n’y avait pas trouvée jusque-là. Ce corps savant avait d’ailleurs à soutenir sa prépondérance contre les cITorts qu’on faisait dans les villes voisines, et surtout à Anvers, pour prendre une position plus élevée. C'est dans ces circonstances que l’université appela parmi scs professeurs un homme de mérite, qui s’est plus distingué encore par ses élèves que par ses ouvrages. Peu de géomètres aujourd’hui eonnaissent les N. 1 R 08 . travaux de Gemma Frisius: cependant on sait assez générâlement les services qu’il a rendus. 11 était néàDokkum, en Frise, dans le courant de l'année 1508, et, eroil-on, le 8 décembre. Le nom de Gemma a donné lieu à dilférentcs allusions; son célèbre compatriote, Jean Second, nous en
(') Il publia son . fnli-LvIlienu à Paris, en 4Ü21, in-folio. On a rgalcmenl de lui Defensio t'cclaiae romanae conira Lulheranot; Paris, 1S3C, in-folio.
(*) D’après M. Chasles, Uùtoin de ta géométrie, p. 473, Clichlovcc, au commencement du seizième siècle, appelle son traité d’arithmétique Praxis
ofTi'c un exemple dans les vers suivants, qui rendent hommage à son mérite :
hnmortale ferez nomenj dum Gemma fcretur In digitis , fulvoque decens radiabit in auro.
Ces mêmes allusions ont sans doute aussi produit la méprise de quelques auteurs qui l’ont nommé EiMgestein, en traduisant son nom du latin en allemand.
Gemma perdit de bonne heure ses parents et, par suite des événements politiques, fut envoyé à Groningue où il fit ses premières études. De là il passa à Louvain et entra au collège de Groningue. Il s’y occupa surtout des sciences mathématiques et de la médecine ; mais on ignore quels furent ses premiers maîtres. Il commença à se faire quelque réputation en donnant chez lui des leçons qui furent très-fréquentées. SulTridus Pétri, qui les suivit, nous apprend qu’il y faisait preuve d’un profond savoir et d’une adresse toute particulière. Gemma avait à peine vingt et un ans, lorsqu’il publia ses corrections de la Cosmographie d’Apien ('); un an après, il donna trois opuscules sur l’astronomie et la cosmographie, qui portent les titres suivants : I® De prin-
numerandi ijiicm A bncum diciinl, rt il y joint un traite semblable d'un auteur ancien qui lui est inconnu et qu'il intitule : Opusculam de Praxi numerorum quodAlyoritmum voeant. Ce qui prouve bien, ajoute ce savant, qu'au temps de Clicbtovce, Abaeut cl A tgorùmiu étaient synonymes et s'appliquaient à notre système de numération, comme l'a pensé Wallis. — C. Poggendorff, dans son llandwôritrbuch, cite encore deux ouvrages : Pliitoiophine naturalis paraphnmt, Paris, 4b0l, cl de lUÿiticd numerorum significalione oputcutum; ibid., tbiS.
(') Pierre Apien était professeur à Ingolstadt et y mourut en 1553. Il avait etc créé chevalier par Charles-Quint, qui lui fit en même temps un présent de trois mille écus d'or. Scs rapports avec les Pays-Bas furent assez nombreux. Il laissa un fils, Philippe Apien, également habile mathématicien, de qui l'on a un traité sur les nmbree ou cadrans tolaires.
cipiis astrouomiae et cosmographiae ; 2® De mu globi; 3“ De orbis divmone et imulis (').
En 1533, il fit paraître à Anvers un écrit sous le titre : Libellus de locorum describendorum ratione, de eorum distantiis inveniendis, etc., in-4“. Il y propose, pour lever la carte d’un pays, à peu près les mêmes principes que le géomètre Snellius. Cet opuscule mérite une attention particulière (’). « Si vous voulez représenter une province tout entière, dit-il, observez d’abord, d’une ville par où vous voudrez commencer, les positions de tous les lieux voisins; placez -vous au haut d’une tour qui servira de point d’observation. Ensuite allez dans une ville voisine, observez-y également les angles de position de tous les |)oints voisins. Prenez alors la distance des deux lieux d’observation pour unité; toutes les autres lignes se couperont deux à deux dans les positions relatives des points observés. Par exemple, ayant à décrire quelques lieux du Brabant, montons sur la tour d’Anvers, et observons les angles que font Gand, Lierre, Malines, Louvain, Bruxelles, Middelbourg, Berg-op-Zoom. Ci“s lieux, dit l'auteur, doivent suffire pour l’exemple, sint haec loca satis pro exemplo. Il dessine alors autour d’Anvers les lignes des directions dans lesquelles doivent se trouver les différents points obsenés; il se transporte de là à Bruxelles et y fait une construction semblable pour tous les lieux perceptibles ; ainsi, il
(*) Ccl opuscule, rciirermant les trois parties indiquées, a été réimprimé dans le format in-12, en 1555, à Anvers. Il était entièrement corrigé comme le titre l'annonce : Opu$ nupedemum ah ipso auctore muUis in heis auctum, ne fublaUs omnibus erratis intrgritaii restituium. On voit que ce n’est pas sans peine que l'auteur, au milieu de ses autres travaux, a pu consentir à ce travail de révision.
(•) Cosmof/mphin, site descriptio tiniversi orbiSf e/c., anno 1584>, in-4*. Antwerpiae, apud J. Bellcriim, p. 19i.
marque les directions de Louvain, Maliiies, Lierre, Gaiid, Middelbourg, Berg-o|>-Zoom , qitamvis, dit railleur, ex Bruxellis haec posleriora duo non possnnt visu conxpici , tmnen (idjiciinun pro exemph; il aurait pu ajouter que de Bruvelles les villes de Gand et de Louvain ne s’aperçoivent pas davantage. «Ayant trouve de celte manière la position des lignes, ajoute-t-il, je clierclie sur la carte commencée le tracé de Bru.velles qui passe par Anvers, et je place à la distance où je veu\ la position de cette première ville. Autour du second point, je trace aussi les direetions des villes avoisinantes. Les intersections des lignes deux à deux, menées de Bruxelles et d’Anvers vers les mêmes points, font ainsi connaitre les positions relatives des autres stations. Il ne faudra donc point parcourir tous les lieux d’une province pour en connaître les positions. Hoc modo non opuseril omnia provinciae descrihenda loca perayrare, sed tantum videre .- fluviorum vert) et littorum facilè, descriptis oppidis et vicis secundum suaa Itinc distantias, ortiis et exitns fiabefmnhir. Haec ir/ilur descriptio et facilis est et altero modo qui per di.stantias operatur, certior : nam illae diatanliae fere incertae sant, cum ob viariim atque itinerum flexionem et eimbitum, tum ob miliarium inaequalitatem : quem tatnen modiim paitlô posl describemus et facilem cliam reddemus. » Celte marche des calculs est ingénieuse, et peut-être a-t-on trop perdu de vue les travaux de Gemma dans ce qui louche à la planimétrie : ses idées sont tout à fait dirigées dans le sens des travaux modernes.
Son premier ouvrage sur la cosmographie ohlint le plus grand succès; il fut traduit en plusieurs langues, et, dans un assez court espace de tem|)s, il en parut un grand nombre d’éditions dans les Pays-Bas et à letranger. Cet
ouvrage ainsi que les autres écrits de Gemma (') furent ensuite remplacés par les travaux de Kepler et des grands géomètres qui le suivirent. Lalande, dans la préfaec de son Abrégé d’astronomie , fait observer que, dans le livre De Orbis divisione, on trouve cinquante-trois degrés de différence en longitude depuis le Caire jusqu'à Tolède, au lieu de trente-cinq qu’on devrait compter réellement. Les autres distances y sont étendues dans le même rapport. En 1787, on avait encore trois à quatre degrés d'incertitude relativement à l'extrémité de la mer Koire et de la mer Caspienne. C’est dans son opuscule De Lsu globi, composé pour l’explication d’un de ses globes, qu’on trouve pour la première fois l'idée de déterminer les longitudes j>ar le moyen des montres, idée qui a été depuis de la plus grande utilité, surtout dans la navigation : c’est aussi le plus beau titre de gloire de notre célèbre compatriote (’). Ses connaissances
(*} Les principaux auteurs qui ont écrit sur Gemma Frisius ou Hainerus Gemma, sont Suffridus Pétri, Mirœus, Melchior Adamus, Valerius Andréas, Paquot, Dctiiou , Lalande , Kkama, etc. Nous avons pris nos renseignements dans ces auteurs et dans les ouvrages nicnies de Gemma.
(*) Nous citerons ici scs paroles; clics prouvent que Gemma avait parfaitement saisi toutes les ressources de sa méthode : « Nostro seciilo horulogia n quaedam pan*a a fabre constructa videmiis prodire, quae ob quantilatcni
• exiguam proHciscenti minime oneri sunt; hacc molu eontinuo ad 34
• horas saepe perdurant; imù si juves, perpetuo quasi motu movebuntur. « llorum igitur adjiimcnlo hac ratione longiludo invenitur. Primo curan-
dum ut priasquam itincri intendamns, exaelissimè horas ejus loci obsern vet,a quo proficiscimur; deinde ut inter proficisccndura nunquain cesscL » Completo itaque itinere 15 aut 30 milliariiim, si quantum longitudinc
• lÿlslcmus a loco discessus libeat addisccre, cxpcctandum doncc index horo- » logii punctum alicujus horac cxactissimè pertingat, eodcinqiic momcnlo » per astrolabiom aut globium noslrum inquirenda est hora ejus loci in quo
• jam sumus; quae si ad minutum convencrit cum horis quas horoscopium » indicat, certum est nos sub codem adhuc esse incridiano, aut sub eadem
• longitudinc, iterqne noslrum versus meridleni vel aquilnnem eonfecisse. Si
» ingénieuses en géométrie et en astronomie avaient attiré l’attention de Charles-Quint, à qui il dédia une carte de l’univers qu’il publia ensuite ('). Il jouissait d’une grande réputation et il était souvent appelé à la cour de Bruxelles. Il a le mérite d’avoir été le maître de Mcrcator : il fut également le professeur de Jean Stadius, dont nous parlerons bientôt : il semblait porter ô ces savants une amitié toute particulière.
On ne dit pas précisément à quel âge Gemma se maria, ni le nom de la femme qu’il épousa; on sait seulement qu’à vingt-six ans il eut un fils, Cornélius Gemma, qui fut également habile mathématicien et médecin instruit. Ce fils naquit à Louvain, le 28 février 1535, et reçut, en 1570, le titre de docteur en médecine; dans cette même année, il fut nommé professeur par le duc d’Albc. Il mourut à l'àgc de quarante- quatre ans (*) et laissa plusieurs écrits sur
• vero diiïi-rat una aul aliqiiot niinutis, tuin hacc rcüucciula sunt ad gradus, » vel gradtiuin minuta, ul iii pracccdcnli capitc docuimus, cl sic longiUido
• Hicienda. Hac artc possem longitudincm regionum invciiire, cliamsi por
• mille milltaria inscius csscin adductus, ignotâ cliam Uinrris distanlià. • (De U$u gtohi, p. 258.)
Dciambrc, dans son IJitloire de t*aslrouomie du moyen âge, p. 432, s*cst exprime assez rudement à l'égard de Gemma Frisius; mais on peut supposer qu'il n*c(ait pas sufüsamment instruit des services que ce savant avait rendus, eomme il en convient du reste luî-méme. » Gemma Frisius, dit-il, est Fauteur d'un petit traité qu'il intitule : Principes d^astrouomie et de cosmographie, avec l'utnge du globe et celui de Vanneau astronomique. Je ne ptssède de ce traité qu'une traduction française par Claude Boissiere. La lecture de cette traduction m’a fait perdre Fcnvic de chercher le texte original. Je n’y ai vu que les notions les plus communes cl lc.s plus supernciellesj mais le chapitre XVIII est trcs-curieux; il a pour titre : Nouvelle invention pour les longitudes. »
(^) Corn. Ekama Oratio de Frisid iNyr/itorum mathemaficorum imprimis fertili. Leovardiae, ^809, in»i*, 64 pages.
(*) Maximilien Vrientius, d'autres disent Beyerling, lit alors cette épi-
les sciences, qui |»rou\cnl qu’à une vaste érudition il ne joignait pas toujours un raisonnement bien solide. Uu de ses ouvrages les plus connus est celui qu’il publia à Anvers, en ^37o, sous le titre : De ISalurae divinis eharaderismis, à l’occasion de l'étoile rameuse qui |)arut tout à coup dans la constellation de Cassiopée ('). Cornélius, plein des idées astronomiques de son tetnps, cherchait à prouver qu’il fallait raltaelier à ra|)parilion de ce phénomène l'existence de plusieurs monstruosités qu’il a fait connaiire minutieusement dans son ouvrage. Plus sage dans ses écrits, son père .s’abandonnait moins aux écarts de son imagination et procédait avec plus de rectitude et de solidité dans ses jugements.
C'est en 1340 que parut l’opuscule De Anmili uslronomici usu, à la suite de la nouvelle édition A'Appien. Ce petit traité est remarquable par la description de l'instrument, qui fut longtemps en usage et que Gemma Frisius avait perfectionné et non pas inventé, comme l'ont cru quelques auteurs. Il imagina l'anneau astronomique, dit Lalande, c’est-à-dire ect instrument composé d’un méridien et d'un équateur avec une alidade, par lequel on
taphe» qui renouvelle les allusions de Jean Second sur le nom de Gemma :
Quit lapis hie f Gummai; GmiifAH Uipts nn tegil ? iaquts , j 41 cwidi i» Giaat tichuerai pottns.
Aon 1/41 nam 9Naci i< latnor Wa Giaai futssft,
El posito a Giaa» , Gnaai fl iste Inpit.
(*) Elle fui découverte le 7 novembre 1572, par Pencer, à Willemberg, cl par le scnaleur Ilninzelius, à Augsliourg. Tycho, qui l’observa avec le plus grand soin, ne l’opcreut que deux jours après. Elle élail d'abord presque aussi éclatante que Vénus ; sa lumière s’affaiblit ensuite successivement, cl elle disparut enfin au mois de mars 1574. D’après les observations de cet habile astronome, elle était à 3C''5i' de longitude et à 53<*45' de latitude; elle n'avait point de parallaxe sensible et sa lumière scinlillait comme celle des étoiles fixes. (Voyez Monlucla, 1"*^ volume, e! l'ouvrage de Tyeho sur le meme phénomène.)
Irouve rhcure qu'il est dans tout pays. Ct-pendanl Gemma liii-mcmc dit positivement dans l'ouvrage dont il s’agit : Meum non est omnino itivenhnn illud; allamen si inrentis addere, eaque dilalare landi dneendum sil, in Ins nomen profiteor meum ('). Il n'en est pas de même de ses litres plus importantsd’inventeurde la méthode pour déterminer les longitudes en mer, dont on se sert eneore aujourd'hui : ils se trouvent étahlis d’une manière incontestahle..
Vers l’Age de quarante-deux ans. Gemma reçut le lilre de docteuren médecine à l'université de Louvain , et il eominença à remplir dès eelte époque les fonetions de professeur dans le même établissement. On ne eonnait de lui aucun écrit particulier sur la médecine : cependant Antoniilcs Lindenius dit qu’en 1592 IL Garetius publia à Francfort un ouvrage qui contenait quelques conseils de Gemma sur l’arthrite, Consilia quaedam de artlirilide. Bien que Gemma Frisius passAtdeson temps pour médecin fort habile, néanmoins c’est surtout dans les sciences mathématiques qu’il se rendit célèbre. Il jouissait de beaucoup de considération à la cour de l’empereur Charles-Qiiinl, mais il eut le bon esprit d’éviter autant que possible les invitations qu’il recevait de s’y rendre. Habitué à goûter les charmes d’une vie paisible entièrement consacrée à l’étude et à ne (*)
(*) «• I/aiiiic;iii astrunuiiiii)iiC4le Gemma Frison, dil de son cùlc Delumbrc, <tuiis V Uisluire de Vautnmumie du muyen dyc f ji. 153, Paris, est coiii' posé <!c quatre cereles : un niéritüen, un é<iualeur et deu.x colores, qui ne ftint vôritahlemeiit qu'un cercle unique; sur ce colurc sont deux jiinnulcs qu'on arrête l'une nu pniiit qui innn|iie In déclinaison du sideil et l'antre au point diuinélruleincnt oppose. Gemma Frison expose les iisafres de son anneau pour trouver Dieuie et pour ré>oudre les prublènies d ullimclrie, qu'on trouve «lans tous les traités de i aslrulabe. » On remari|ue encore ici plusieurs erreurs (pii pruuviml que l'a^iroiinme franeais ne ronnniwiil pas assez les ouvrnpcti de Gemma.
parler jamais que le langage de la vérité^ il évitait de se mêler aux courtisans, parmi lesquels il se serait senti déplacé. Par cette conduite sage et mesurée, il jouit avec calme d'une réputation justement méritée et ne s'attira point les humiliations auxquelles ne sont que trop exposés les savants qui ouhiient leurs vrais titres et cherelient à hriller par d'autres bien moins solides. Ses mœurs étaient douces et le faisaient généralement aimer; il avait un ami intime, c’était son collègue II. Trivelius. S'il existait entre eux beaucoup de rapprochements pour le caractère et pour la nature de. leurs occupations, il n’en était pas de même pour le j)hysique; car autant Gemma était faible, pàh* et délicat, autant son ami étiu't fort, corpulent cl brillant de santé, ce qui faisait dire d'eux : Lovaniensiuin medicorum par impar. Suffridus Pétri rapporte que Trivelius, ayant été frappé de la peste, eut recours aux connaissances de son ami, mais que celui-ci, voyant le mal sans remède, engagea le malade à attendre courageusement 1a mort, ajou- Uint que luirméme le suivrait bientôt. Le même savant dit que les deux amis moururent en effet en IS38 à des époques très-rapprochees. Cette dernière assertion est démentie par tous les autres écrivains, qui disent positivement que Gemma Frisius mourut le 2îi mai 1535, dans la 47'"' année de son âge, après avoir longleni|)s souffert de la pierre. Melchior Adamus prétend qu'il fut enterre dans l’église des Dominicains, mais sans faire mention d’aucune é|)ilaphc. Ce fut Cornélius Gemma qui mourut de la peste en 1538, en même temps que son ami P. Beausardus.
Outre les ouvrages dont nous avons parlé plus haut. Gemma Frisius est auteur d'une arithmétique pratique ('),
(*) 4rilltmctirat prncUrttf methnHuXf KiiO, in-8".
Irès-eslimée de son leinps et qui a été mentionnée honorablement par C. Wolf, pour l’utilité qu’il en a tirée pendant ses premières études. M. Chasles, en parlant de cette (euvre, page 466 de son Histoire de la Géométrie^ fait I observation suivante : << Les dénominations de digités et articulés (digitus et arliculus) méritent bien d’étre remarquées ici, car on peut dire qn’ellcs sufliraient seules pour indiquer qu’il est question de notre système de numération, avec lequel elles se sont toujours présentées depuis. » L’ouvrage fut publié en 1540, sous format in-8“, et il en a paru depuis un grand nombre d’éditions en France et en Allemagne.
En 1540 parut aussi une description de l’univers, composée d'après les écrits des anciens cl des modernes ('). Suffridns rapporte que Charles-Quint avait indiqué une erreur à Gemma que celui-ci s’empressa de rectifier, et qu'il dédia l’édition corrigée à l’Empereur. Enfin ce savant laborieux publia encore en 1 545, sous le titre : De Radio astronoinico et geometrico, différents problèmes sur la géographie, l’optique, la géométrie et l’astronomie, qui sont résolus au moyen du rayon astronomique. Pour donner une idée des avantages de ccl instrument, il s’applique le vers de Virgile ;
Dcucriptit radio totum qui tjtnHbtu orbem.
Ccl opuscule contient aussi quelques observations astronomiques intéressantes, surtout pour la détermination. des éclipses : on y reconnait la sagacité de Gemma. Notre savant ne doit dire considéré du reste que comme ayant perfectionné le rayon astronomique ou arbalcstrillc, instrument t|ui a servi jusque dans ces derniers temps, ainsi que l’as- (*)
(*) CUnrla $ire. mnppn. Lovaiiii, ibiO.
Irolabo duiil il a cgaleineiU inodiûé la forme ('). Ce ne fut qu'apres la mort de Geiiimn que son fds fil paraître en 1556, à Anvci’s, l’ouvrage sur l’aslrolabc (’), qui même n’clait pas enlièreraeni aeheve, mais auquel il mil la dernière main.
On doit ajouter aux instruments perfeetionnés par Gemma, le carré nautique, fiuadmlum naulicum, dont il a donne une description dans l'appendice à l’ouvrage A’Appien. On trouve aussi dans les écrits de cet astronome un assez grand nombre d’observations faites à Louvain : si elles n’ont point l’exaclilude que fournit la jiréeision des instruments modernes, elles montrent du moins, d’a|>rès la manière dont elles ont été faites, les ressources que Gemma trouvait en lui-mème et les précautions qu'il prenait pour atténuer les erreurs.
On peut voir, sur la carte que Dominique Cussini a donnée des différentes aspérités de la lune, que le nom de Gemma Frisius a été attaché à l’iinc d’elles qui se trouve dans le voisinage de la tache de Tijclio, entre celles de ISunins, de liicciusH de ff (illherus.
Gemma ne s’est pas distingué seulement par ses ouvrages, il s’est fait estimer encore par les nombreux élèves qu’il a formés et qui lui ont conservé une reconnaissance qui jirouve en faveur de ses talents ; nous avons déjà cité en premier lieu le célèbre géographe Gérard Alerealor.
J/‘an de Roias, qui avait également été l'un de ses élèves, publia à Paris, en 1551, ses QmimenUn'ioyum in asiroia-
(V Voici ce i|iril dit à col ôjjnrd iIriis sa préface : Quid tmi fuir iu rc prnettUrrU nuslnim et iHQcniHm et aliurum esta judkitnn. AtHycmnl
qiiîdem atii aule uos ntiquem futjm radti n$inn : ventm [ut pot e ilturum dire-' rièu) milita rcliquenuitet utitis^ima et pukherrimn nrtif prohtnnata.
(*) Dr islrolabincathotico lihcr. \w\.j
biniii, quod planisphaeriuin vocuiif, librus sex. Il y rond égalemonl justice à son ancien professeur, et il lui emprunte même une partie de son texte.
Le nom de son lils Cornélius Gomma se rattacha d'une manière assez remarquable à celui de Pierre Bcausardus, ** son collègue à Louvain. Le pape Grégoire XIII avait invite ruiiivorsité, en 1578, à examiner la question de la réforme du calendrier Julien qui occupait alors le inonde savant, et lui avait fait parvenir un abrégé de l’ouvrage proposé pour ect objet par ,\loïse Lilio, mathématicien distingué de cette époque. Les deux savants que nous venons de nommer avaient été désignés pour se rendre à Home et y porter le jugement de leurs confrères; mais l'un et l’autre, dans le cours de la même année, furent enlevés par la peste qui régnait alors. L’université eut à craindre que, dans une si grande disette d'hommes versés dans les sciences mathématiques 'i/i lanfà rei inaihematicne peritoruin inopid), on n’eût pn satisfaire aux désirs de Sa Sainteté. Cependant on trouva dans la demenre de l’un des deux professeurs le rapport demandé |iar le Saint-Père : il était signé de la main des deux savants, et l université le transmit à Rome.
Cornélius Gemma, en 1570, avait été nommé, comme nous l’avons dit, professeur royal de la chaire des seienees, en remplacement de son père. Scs vues s’étaient portées plus spéciah-ment vers l’art médical ; on a cependant de lui quelques écrits astronomiques, et entre autres l’ouvrage dont nous avons parlé déjà : De prod'Kjiosà coinelae specie ac nulurà, (pii anno IS77, plus decein sepUinunis refulsit, in-8“ publié en 1578. Cornélius Gemma n’était pas estimable seulement par ses connaissances dans les sciences cl l’art médical, il composa aussi différentes poésies qui eiireiil du sueiès à celle époijue.
Pierre Beausard ou Beausardus de Louvain, dont il u été parlé précédemtnenl, éUiil docteur en sciences et en médecine, de même que son collègue Cornélius Gemma. On lui doit une arithmétique pratique qu'il avait publiée quelques années avant sa mort, ainsi qu'un ouvrage sur l'anneau astronomique ('). Ce petit manuel ne renferme qu’une centaine de pages in-12, dont une partie se compose, selon les habitudes de l'époque, d’épitres dédieatoires et de poésies : il est tout à fait élémentaire, et l’on a quelque peine à concevoir comment il a été composé dans le voisinage d'un homme tel que Gemma Frisius et pour les besoins d'un corps universitaire.
C’est en lo35 que se fit la conquête de Tunis sur le fameux Barberoussc, dont les troupes furent défaites par les forces de Charics-Quint, et quelque temps après, eut lieu la punition des Gantois, qui avaient refusé de payer le subside demandé par Marie, gouvernante des Pays-Bas. CharIcs-Quint, qui avait traversé la France pour aller châtier sa ville natale, y fit son entrée le 14 février 1540 avec un appareil formidable, et vingt-six des Gantois les |ilus mutins eurent la tête tranchée. Les circonstances qui accompagnèrent cet acte de rigueur étaient empreintes d’un caractère si marqué d’humiliation que le souvenir en vit encore dans le cœur des Gantois.
Charics-Quint cependant n’avait pas étendu scs ressentiments sur tous scs compatriotes; il avait une estime particulière pour Ambroise de Gand, religieux d’un grand mérite qui était attaché à une abbaye d’Espagne et qui se distinguait par ses connaissances mathématiques. Ce savant
(') ri7/<wf/»rM/ïrax»>., Lovaiiii, I b73. Apml Barlhol. Gravium. — .htuitfi ftnimnntniri uxttjf, lihrr iluH. iii-li. AimT?», chrr Slrolsius,
— Ul
avait cumpusé diiïérenls ouvrages, dont quelques-uns seulement furent imprimés, tels que le Reperlorio de los tiempos, et l’écrit: De f^ariis astrorum influxibus. Ces ouvrages aujourd’hui ne sont plus connus que de nom. Cette estime dont Charles-Quint avait honoré son compatriote, passa à son fils Philippe II, qui continua à témoigner au savant religieux les mêmes sentiments de bienveillance.
L’Empereur s’était également attaché comme peintre et comme architecte, P. Coecke d’Alost. Cet artiste distingué , n. iwi élève de B. Van Orley, eut pour disciple et pour gendre P. Breughel. Il a laissé un ouvrage sur rarchitccture et la géométrie, orné de gravures sur bois et sur cuivre, et qui est intitulé : De Archiiecturd et Geomelrid. P. Coecke était né à Âlosl, et il mourut à Bruxelles, le 6 décembre liïoO. Il avait voyagé, pour se perfectionner, en Italie et en Turquie, et il rapporta de ses excursions de nombreux dessins qui représentaient les mœurs et les eoulumes des peuples qu'il avait visités.
Parmi les personnes qui se trouvaient à la cour de Char-
les-Quint, il convient de nommer encore le médecin Cor- n
neille de Baersdorp, issu de la famille de Borscllc: il portail ’* le nom du village de Baersdorp où il était né. Il se Gt remarquer par différents ouvrages sur son art, et vint mourir à Bruges, après avoir été promu aux dignités de chambellan de l’Empereur et de conseiller d’Élaf.
Charlcs'-Quint aimait à se voir environné des hommes qui illustraient le pays où il avait pris naissance: il les produisait avec plaisir et leur présentait les moyens de mettre leur mérite en évidence.
A cette époque, on remarquait surtout auprès de l'Empereur ranatomisie Vésale, l'un des savants les plus dis- n. irios. lingues que notre pays ait vus naiire. C'est en I36i que
la Belgiiiue perdit eel homme célèbre. Il avait été tour à tour l’objet de l admiration des peuples les plus éclairés. Il publia à Bâle, en 1343, la première édition de son admirable traité d'anatomie, De Corporis humant fahricd^ abri ni ('), qu’on range encore aujourd'hui, et à bon droil,^ parmi les écrits les plus utiles et les plus curieux que la science ait produits. André N'ésalc était né à Bruxelles : après avoir enseigné successivement dans sa patrie, à Paris, à Pavie, à Bologne et à Pise, il avait lini par sc retirer en Espagne, à la cour de Charles-Quint dont il devint le premier médecin. En dernier lieu , fatigué des ennuis du grand monde, il alla visiter l'ile de Chypre et Jérusalem; e'est en revenant dans sa patrie (|u'il fit naufrage sur les côtes de Zanle, et fut enterré dans celte ilc (’).
Il était un autre genre de talent qui, par le concours éclairé de Charles-Quint, excitait alors l'attention générale, et pour lequel nos a'i'eux obtinrent facilement le premier rang dans les différents imys : c’était l’art musical.
(‘) Apres celle premicrc édilion, publiée dons sa Ircntième année, une seconde édition, avec dc.s augmentations cl des corrections nombreuses, parut à Bâle cti L'ouvrage fut rcimpriiné encore plusieurs fois depuis;
mais il n'existe point d'édition plus coinjdèle ni plus cxacUMpic celle publiée à Leyde,on I72K, par les soins de Hermann Bttcrliaavc et Beriiard-Sigefrcd Albinus.cn deux volumes in-folio, qui coiilieuncnt en même temps tous les autres ouvrages du même savant.
(*} O** grava sur son tombeau cette simple inscription :
Andrcae Vesalii,
ÜBCXELLEXSIS TI MULIS;
Ol'l OQliT IDIBCS OCTOBR. MDLXIV AETATIS SCAF: LVIII LVn JeROSOLYMIS IIEDIIoSET
La statue de Vésalc> ronstruilo en bronze par Jos. Geefs, orne aujourd’fiui la Place d« s Barricades cl fait face au jardin de rObservaloirc rojnl «le Bnixellc.s.
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La plupart de nos artistes étaient reeliereliés dans les priii eipaleseours de l’Europe. Les maitrcs de chapelle à Paris, à Madrid, à Naples, à Rome, à Munich, etc., furent en génénil des Belges; restimc qu’on leur porUiit ne tenait pas seulement à leur grande habileté comme compositeurs cl comme exécutants, mais encore à leurs connaissances dans la ])artic scientilique de Part musical. Chez quelquesuns d’entre eux ces qualités étaient même Irés-étendues, car il est à remarquer que l’art s’est associé plus souvent avec les sciences (ju’avec les lettres. Ceth; supériorité .se maintint pendant longtemps, mais elle déclina ensuite quand on vil les compositions musicales passer de l’église au théâtre. Il se forma alors, semble-t-il, une tout autre école, qui n’a pas laissé de porter un véritable préjudice à l’art qui avait tant contribue à l’illustration de nos a'ieux. Il sutlll de jeter un coup d’œil sur la composition des chapelles des principaux pays, pour se convaincre que c’était plus particulièrement chez les Belges que l’art musical avait repris naissance, et c’est avec raison qu’aujourd’hui on cherche à faire revivre notre ancienne réputation. La musique n’a été perdue, chez nous, qu’en cessant d'étre religieuse. Que l’on crée des avantages suflisanls pour les artistes, et l’on verra la Belgique reconquérir bientôt le rang qu’elle a occupé si longtemps. Pendant la révolution française, n’a-l-on pas vu Grélrv , Gosscc, MéhuI (*), etc., briller au premier rang des musiciens, et aujourd'hui encore, nos artistes soutenir avec éclat l’honneur du pays? Les cou-
(*} Nous plaçons Méhul parmi les Beiges : ce célèbre musicien est ne n Givcl, sur les bords de la Meuse, en 1763, et mort à Paris en 1817. Ce coin de terre est onticremeut rciironcc dans l’intérieur de notre territoire, dont il faisait partie autrefois. On conçoit que ta France ait tenu à con* server le berceau de ce grand musicien, plus encore que la loealllé même.
scrvuloirfs de Bruxelles el de Liège rèpondenl digncineiil à ce qu'on peut en attendre. Les virtuoses distingués qui voyagent dans les différents pays montrent ce dont la Belgique serait capable si elle pouvait paraitre sur un théâtre plus grand et mieux soutenu (').
Pendant que les beaux-arts répandaient tant d’éclat à l’extérieur, un débat assez singulier s’éleva entre Louvain et Bruges, au sujet d’une question astrologique. Le Brugeois Cornélius Scutius, à la fois médecin et mathématicien, se distinguait alors à l université de Louvain, où il avait été promu au grade de docteur en Il publia,
six ans après, un écrit peu important sous le rapport de la science, et qui tendait à montrer quelles étaient encore les
(') Voici quoiques-uns des imisiciens attaches aux chapelles des cours étrangères et que put citer l'ancicnnc école vers son origine :
Eifognt^ M>us Charles-Qiiint ; Jacoois CUattiT, de la Flandre, fluriuait en
1540 » mort en 1505.
Nicolas GoMatar, fl. en 1550, mort après 156G
Tbomai Ca^oviLLON , de Gand, né en I5i0,
mort en t556.
JiAN TAisaira, maître des pages, 1509-1509. Il
* Philippe 11 :
en sira parlé plus Iimo coniine savant.
Jsis BoRMAarari, d'Ypres, né vers tS90.
Francs,
tt Loois XI :
isAR Ossauta , de Bavay » mort en 1513?
• Louis Xll :
Jo$<^iiR Dirais, du llainaut, élête d'Okeghrni,
» François 1^ :
mort en 1591 .
Jbar Movtor, mort en 1594?
ttariére.
• Maximilien II :
Rolland Lassvs, de Mons, 1590-1503.
» Rodolphe II :
Pniurrs dbMons, 1591*1603.
Itatie,
« Ferdinand, rot de Naples
: TiRCTns, de Nivelles, 1434-1495.
Eglise Sainl-Mare» à Venise :
ADaiBN WtLLABT, de Bruges, 1490-1563.
sinis Oelave Parnèse ;
CTraian et Ross, de Matines, 1516-1565.
i^orrainr,
, ■ lf> rardinal :
Asbadslt, Brabant, 1500?-1575?
On peut con.siilter sur co.s artistes le Dictionnaire mmical de notre savant compatriote M. Kétis. Il serait à désirer que ce maître habile pût nous initier dans les secrets de riiistoire musicale» qui a tant illustré notre pays : c'est un traité historique de la musique dans nos provinces que les lettres attendent de son érudition.
idées düininuiiles à cette époque. (À-t ouvrage, intitulé : Disputatio aslrologica ac medica, était dirigé contre les doctrines de P. Bruhuyzen van Ryttenhove. La traduction n grecque était adressée à François Craneveld (nom supposé) et l’édition latine au chevalier D. Haloinus. L’ouvrage parut à Anvers en 4547 ('), et souleva une guerre animée entre les savants de celte époque (’).
(') Valcre André, BihUotheca BelgicOf p. 1U5, édi^on
(*) Voici cc que m'ccrivail à ce sujet le baron de Reiflenberg, en <835, et quejVxtrais de la Correspnndance mathématique et phy$ique que je publiais alors, pages â86 cl suivantes, tome VIII :
« Pierre Brrthcziuê composa, vers Tan <550, n Tusage de la ville de Bruges, un Grand et perpétuel almanach ^ très-exactement réglé sur les principes de l'astrologie judiciaire, et dans lequel il déterminait, avec bcau> coup de précision, les moments favorables pour purger, pour prendre des bains, se saigner et se faire la barbe. Le magistrat goûta extrêmement ce dernier article : en conséquence, il ordonna à tous ceux qu'il appartiendrait, de SC conformer ponctuellement à l'almanach de maître Bruhezius, faisant très-expresses inhibitions et défenses à quiconque exercerait dans Bruges le métier de la barberie, de rien entreprendre sur le menton de scs concitoyens, durant les jours fatals. Cette ordonnance, toute grave qu'elle était, trouva des frondeurs j et un autre médecin de Bruges, Franroie Hapaert ou Rapardutf osa publier :
• Maynum et perpetuum almanach f a coneuetis nuyii liberumf adeoque verè medicunij de phlebotomiâ ^ de balneis, de purgationibus , etc.j certiora praecepta continens ; ut mm7o dici possit vulgarium prognosticon medicorum, empcricorum et medicastrorum flagellum. Antv. Joan. Latius, <551 , in-12.
» Rapaert avait incontestablement la raison pour lui, aussi le public fut- il pour son adversaire, qui trouva en outre un défenseur dans un de ses confrères, Pierre Haschaert ou Hcuchardu$f qui mit au jour l'ouvragi* suivant: Clypeiu attrologicu» y contra flagellum astrologorum M . Hapardi y brug^ie medici , cum declamtione et approbatione u/t7i7a/i> astrologiae. Lov. Auton. Maria Bergagne, <552, in-<2.
* Dorpius était donc bien excusable de donner dans une faiblesse si générale : HatCy ajoutc-t-il, quamms scioli quidam rideant, tamen rei ip*a reelamat , et quotidiana docet experientia este veriora verts. Hais s'il ne put se tenir en garde contre les communes erreurs de son siècle, il a devancé sur
Vers le même (ciiips se faisnil remaniiUT aussi Liberlus ab Hatilliem, de Tongrcs, qui appartenait aux ordres ccelésiasliques réguliers. 11 avait acquis une grande réputation par ses eonnaissances variées comme littérateur et comme .savant. Parmi ses divers écrits, on a conservé un traité de géomélrie écrit en langue flamande. Il laissa, en mourant, un neveu qui était également ecclésiastique et (|ui se lit connaître avantageusement par ses poésies (').
Après un règne orageux mais qui ne fut pas sans gloire, le puissant Cliarle.s-Quint, lassé des grandeurs du monde, s’était retiré dans le fond d'un couvent : il sentit la mort s'approcher et s’y pré|)ara avec humilité. Depuis quelques années, il avait mis successivement son fils à la tète de ses nombreux États (’). Aux portes du tombeau, il se sentait
points les inodcriirs : ainsi, en pariant de la physique, il ne manque pas de dire quVUo explique eonimenl i7 tombe du ciel des pierra, des #/rc- HOuWeSj de la /erre, etc. (qui fiat ut pîunut lapides^ ruuaey terme , etc.) •
Celle question, relalive a la harbe, prit donc beaucoup plus dVlendue t|u'on iraurait pu le .supposer d'nlKtrd.
Bruhezius ou Van Rruhuyxen était né à RvUenhove, dans la Campine ; il est auteur d'un grand nombre d’ouvrages de médecine, et parlienlièroment d'un écrit .sur les eau.\ d'Aix-la-Chapelle, De thermnrum .Iquisgrauensinm idrihiiSj causa ^ ac legilimo w.«w, cpistolae duaCf etc. Anvers, in-lâ.
Ces sortes de qumdlos, prc.sque tou jours déplorables dans le.s science.s , ont cependant quelquefois leur côté utile : elles excitent rattention et la raniment sur une foule de points intéressants qu'on aurait pu perdre de vue.
(•) On a même de lui quelques pièces de théâtre, qu'on s'étonne de trouver dans l'héritage littéraire d’un écrivain ecclésiastique j cesont le Theafrum viïae /ifimonor, comédie publiée à Liège en Ib7i, in-i®;et le Gedeonem, etc., comédie tragique, tî>74, in-t*.
(*; Chnrles-Qiiiii! avait convoqué, à Bruxelles, les étals généraux pour le 2Î) octobre \ b5î>. Don.s cette assemblée, à laquelle assistait son héritier, avec les princes dn sang, le*« rhevaîicrs de la Toison d’or et les personnages les
fiiliguc (le sa puissance, et voulait en quelque sorte essayer le nouvel étal où il s’apprêtait à descendre (').
L’Kmpereur avait toujours conservé des souvenirs d’affection pour son pays natal : la ville de Gand seule, qui avait droit à son amour comme patrie, ne parait pas avoir calmé son ressentiment, malgré l’humiliation qu’il lui fit subir pour son opiniâtre résistance. La répugnance fut réciproque; caraujourd liiii même, où l’on prodigue les statues, ces souvenirs anciens ne sont pas effacés, et jusqu’ici aucune voix ne s’est élevée à Gand pour qu’on y érigeât un monument eu mémoire d’un de scs fils les plus illustres. La protection de Charles-Quint semble s’être portée plus parlieuliêremenl sur Louvain , Bruxelles et Anvers. Nous avons vu combien il s’intéressait aux succès de l’université de Louvain; il ne traitait pas avec moins de faveur les efforts produits à Anvers pour le développement des beaux-arts et des seicuees. Cette ville, par sa |X)sition et son commerce, exigeait de ses habitants des éludes spéciales; elle comprit parfaitement ce qui lui était néc(>ssaire, et il est à déplorer que la hauteur à laipielle elle était parvenue à s’élever dans les sciences n’ait pu se soutenir. Anvers, à celle époque, méritait .sans aucun doute d'être considérée comme noln; principale cité sous le rapport intellectuel.
Parmi les savants de son pays, l’Empereur avait parti-
plus graiiti.s do l'Élat, il coda à son HU los proviners dos Pays-Bas» i'Arluis et la rrancIte-Comlê. Pliilippo prêta le lendemain le serment accoutume» et remplaça la reine de Hongrie» qui avait pendant vingt-cinq années dirigé les affaires du pays en lieu et place de Charles-Quint.
(') L'Kiiipercur» après avoir renoncé aux grandeurs de cc monde» quitta notre pays avec ses deux sœurs Marie et Éléonore. Il s’embarqua à Fiessitiguc» le 47 septembre 1550» pour retourner en Espagne» cl il alla terminer ses jours dans le couvent de Yuste» dans la province d'Estramadure» le septembre 1558. Il était alors Agé d'environ cinqiiantc-neuf ans.