‹ Histoire des sciences mathématiques et physiques chez les BelgesChapitre 7 sur 37 · N. IS · texte numérisé non relu

N. IS

culièreinent remorqué Jean Taisnier, d’Alh ('), qui élait à ia fois mathématicien, médecin, philosophe, poëte, musicien. Ce savant aventureux parcourut l'Europe entière; il suivit Charles-Quint en Afrique; il était attaché à ce prince comme musicien et comme premier précepteur de scs pages. Il enseigna ensuite les mathématiques à Rome et à Ferrure; plus tard, il se rapprocha de sa patrie et fut maître de chapelle de Jean Gebhart, électeur de Cologne. Il se mit cnGn à écrire, sur la chiromancie, son grand ouvrage Opus mathemalicum, qui n’appartient aux mathématiques que par le titre ; sa devise était Quo fata Irahunt. Toutefois, ses idées furent peu goûtées à Rome, car un édit de Sixte- Quint condamna le livre.

L’auteur a laissé un grand nombre d'écrits, dont quelquesuns excitèrent l’attention au moment où ils parurent (*); mais ils sont complètement oubliés depuis celle époque. Son principal ouvrage cependant mérite l’attention des personnes qui ne sont pas au courant des prétendus traités qui eurent tant de vogue vers cette époque. Il renferme plus de six cents pages in-folio, et sc trouve divisé en huit livres, dont les six premiers concernent la chiromancie; le

(’) Il ne faut pas le confondre avec Jean Slaiiiier (Joanna Stannifex) de (jossoUcs, dans le Brabant, dont il a etê parle plus haut.

(*) Voici les principaux; ils sc rapportent aux sciences physique.^ : v4tlrotogiae judiciariac itagoge. Coloniac, in-8®, 1559.

De ;4nnu/i sphaerici fahrica lih. III. Antwerp., in-4», <560.

De Utu ephacrae materiali». Colooiac, in-4®, 1559.

De J/o/m ceïerrimo hactenus incognito.

De Motu fOH/in«o, de Proportiouc mohmm heatiumf contra /Iriitotelem et altos philosophot.

De Natura et cffcctibus »?ifi^«f/i. Coloniae, in-4®, 1562.

Opus mathematicumf VIII libros compheteus. Coloniae Agrippinae, in-fol.,

septième comprend l’étude de la physionomie humaine , et le huilième considère les choses d’une manière plus générale ; il explique l’influence des signes célestes et les principes de l’aslrologic. De nombreuses ligures sont destinées à donner plus de développement à la pensée de l’auteur et à faire mieux apprécier ses déflnitions. Le litre seul de l’ouvrage peut faire juger de sa composition cl de son mérite ; Opua malhemaltcum octo lihroa cotnplectens , innumeris propemodum figuris idealibus nianuum et phgsiognomiae, aliisque adornatum, quorum aex priores libri abaolutiaaimae cheiromantiae lheoriam, praxim, doctrinam, arlem el experieutiam veriaaimam continent. Septimua phgaiognomiae dispositionem , hominumque omnium qualitatea et complexionea. Octavua periaxiomata de faciebua signorum, et quidsol in unaquaque domo existens, nalis polliceutur. Remedia quoque omnium aegritudinum complectitur, et naturalem astrologiam atque effectua home quoad diversas aegritudines. Item iaagogen aatrologiae judiciariae, el lolius divinalricis arlia encomia. Non content de ces mots, l'éditeur ajoute encore sur le litre celte recommandation fastueuse : Omnibus mallieseos, cheiromantiae , philosophiae el medicinae sludiosis utiles ac necessarii ('). Dans son épitre dédiealoire, J. Taisnier dit pourquoi, dans ces temps si diflieiles pour les idées religieuses, et surtout dans les Pays-Bas, il doit s’abstenir, même avec ses amis, d’appliquer aux événe-

(') C'pst dari.s l'épilrc dcflicaloire de ce traité que J. Tni$nier s'appuie de l'opinion de révè<|uc de Cambrai, Pierre de Alliaco,qui, deux cents ans avant lui, avait egalement ceril sur l'accord de l'astrologie avec la théologie. — On Ht aussi ces mots dans la lîihiiolhèque beUje de Valère André, p. 7 iO ; Sotel vert» /ec^or, chiromantica ac geneUtHaca, vt prcsliijiotae arlis ^ Sixti Quinfi pont. mnx. dipfomafc uotafa csxr.

mcnts politiques du jour les déductions de la sdeiiee : il croit devoir y renoncer complètement.

Un autre savant belge eut également la curiosité de visiter les pays étrangers : c’est Paseliasius Justiis d’Eccloo, docteur en pliilosopliic et en médecine, qui pareourut suceessivement la France, l'Italie, l'Espagne, etc. Il écrivit un ouvrage portant pour titre : De Àleâ, sire de curandd hidendi in pecuniam cupiditale, lihri duo. La première édition parut è Hûle en 1561 ; une deuxième fut publiée à Francfort en 1616, et une troisième à Amsterdam en 1642. Le sujet était neuf : il appartenait à la science des probabilités, qui bientôt devait prendre naissance. L’auteur, paraitil, était doué d'un esprit fort ingénieux, et aussi distingué comme médecin que comme homme du monde.

L’Italie, en ce moment, s'élevait à un état brillant dans N. isoi. les sciences: Cardan, dans son ouvrage De .frie magna, public en 1545, donna, d’après Seipion Ferrei, la formule qui résolvait les équations du troisième degré; Nicolas Tartaglia et Louis L'errari proposèrent, quelque temps après, la résolution des équations du quatrième degré. Le Sicilien IVIaurolic, de son côté, .s’occupa avec succès de la sommation de plusieurs suites de nombres, comme celle des nombres naturels, celle de leurs carrés, celle des nombres triangulaires, etc., et il trouva difTérents théorèmes curieux à cet égard. La géométrie ne marchait pas avec moins de N. uM. succès. Nonius, dans le Portugal, fit la découverte impor- "■ tante qui porte son nom, et qui conduisit à l’usage du vernier, l'une des inventions les plus utiles pour les instruments de précision. Fernel, médecin du roi de France Henri II, n’acquit pas une réputation moins grande par ses ouvrages, et spécialement par la mesure ingénieuse d’une longueur sur terre, en comptant le nombre de tours que

faisîiil, dans un leinps donné, une roue «le carrosse qu'il observa entre Paris et Amiens. Celle reinar(|iie si simple en elle-même conduisit aux résultats les plus importants.

La petite ville de Commines, sur les frontières actuelles de la Belgi(juc et de la France, s'esi acquis de la célébrité par le mérite et les talents de deux de ses enfants, qui se sont particulièrement distingués dans la carrière politique.

L'un est le fameux historien Philippe de Commines. Attaché d'abord à la cour de Bourgogne, il passa ensuite au serxiee de Louis XI, dont il devint l un des jdus fermes appuis; l'autre est Auger-Ghislin Busbeeq, si remarquable par sa mission en Orient et par sa correspondance pleine d’intérêt qui peut encore servir de modèle de nos jours.

Busbeeq était né en Io22; il avait reçu une éducation n is**dislingiiée,el fut allaebéd'abord à l’ambassadt! autrichienne auprès de la courd'.\nglelerre, à l'époquede la célébration du mariage de l'infant Philippe II d'Espagne avec Marie Tudor.

Il fut appelé ensuite à Vienne et envoyé en Turquie par l'empereur Ferdinand, pour lâcher de détourner le danger dont il était menacé. Busbeeq arriva à Constantinople en Janvier 131)3, et, après diverses négoeiations, il parvint à obtenir un traité de paix qui rétablit la tran(|uillilé, au moins pour un certain leni|)s. L'Empereur voulut lui témoigner son estime et sa confiance ; il lui confia l'éducation de scs petils-llls, les archiducs Albert, Mathias et Rodolphe, dont les deux derniers portèrent plus lard la couronne impériale. Busbeeq accompagna ces princes en Espagne cl les conduisit auprès de leur oncle Philippe IL II suivit aussi eu France rarehiducliesse Isabelh;,la fiancée du roi Charles IX et resta à la cour de <'c royaume, où il fut retenu par la reine, en qualité de maréchal. Ferdinand le chargea de remplir les foncliniis d ambassadeur auprès de la même cour.

üusbccq s’éUiil mis en relation avec ceux de ses compatriotes qui habitaient alors Paris : Jean Stadius lui dédia son principal ouvrage, eu lui témoignant toute la considération duc à son mérite.

Nous avons des relations des voyages de Busbecq qui sont pleines d’intérêt et d'esprit : l'auteur y fait preuve d’une grande expérience comme homme politique, comme observateur et en même temps comme écrivain versé dans la connaissance des antiquités et des langues. Les sciences naturelles lui doivent l'introduction de plusieurs plantes encore inconnues à celle époque, et particulièrement du lilas de Perse, eel arbuste charmant qui fait aujourd'hui l’un des plus beaux ornements de nos jardins^

Cet homme remarquable périt misérablement en France, par suite de l’attaque d’une bande de soldats ou plutôt de brigands, qui le maltraitèrent dans les environs de Rouen : il se relira au château de .Maillot et y mourut à l’âge de soixante et dix ans.

Jean Stadius, que nous venons de citer, était du village de Loenhout près d’Anvers. Il avait fait ses premières études à l’université de Louvain; de là il se rendit eu Savoie, où il obtint le titre de mathématicien royal d’Espagne. 11 revint à Bruges cl alla, en dernier lieu, sc fixer à Paris, où il avait été appelé par Henri III comme professeur de mathématiques au collège royal de France. Josejth Scaliger en a fait un grand éloge; il lui envoya même sa traduction de iManilius avec une lettre flatleusc.

Jean Stadius publia dilTérenls ouvrages; cl, à rexcmple d’AlphonseX, roi dcCastille, il donna des tables hergiennes, ainsi nommées du nom de Kobert de Berg ou BerganusQ),

(*) Rolicrl dr B<Tg élail le quolrr-vingl-.sepliômo évéquo de Ij'égcj il fut

évéque de Ijége. Ccl ouvrage, qui forme son litre principal, se compose d’une introduction assez volumineuse où dominent les idées d’astrologie alors généralement répandues. La seconde partie, scientifique en apparence, renferme des éphémérides astrologiques pour 1554 à 1570 ('), qui s’éUiienl répandues à cette époque et qui jouissaient d’une grande estime.

Le même savant publia des tables des mouvements des corps célestes, Tabulae nequuhilis et apparent is motùs coelesliutn corporiim; Coloiiiae, 15G0. On lui doit encore plusieurs autres ouvrages, cl spécialement des commentaires sur L. Florus, mais qui ne parurent qu’après sa mort,

inaugure, en mai 1557, dans la cinquarile-deuxicmc année de sun âge. Les l'éfurincs religicu.ses rendaient sa posiliun trc.S'diiTicilc ; ses infîrmités d’ailleurs le portèrent à ahdi(|uer en I5G5. Il nionrut deux ans après.

(') La troisième édition fut publiée à Cologne sous format in-4'’, chez les heritiers d'Arnold Birckniann, en 4570 : la première édition avait paru également à Cologne en 4 550. Le litre général est Ephemerides auciue tt npurgatae Johannis Stadii Loenhontensis nxathcmatici f nfcnudam JntvcT' piae toiu/ititdinrm f ab anno 4554 usqne ad annutn 4 000. On y trouve, pour chaque jour, la longitude du Soleil, de la Lune, de Mercure, de Venus, de la Terre, de Mars, de Jupiter et de Saturne. La latitude des planètes est donnée de dix en dix jours. Les syzygics lunaires et celles des planètes entre elles sont également imliquées : on trouve en même temps, sur la première page, les dessins des éclipses lunaires. Nous ne parlerons pas de la pièce d'introduction, qui est tout 6 fait dans le style astrologique de l’époque. L'ouvrage est dédiéà Auger de Boesbc(|uc(«ic), qui fut députe pendant huit ans auprès de Soliman et qui fut ensuite gouverneur des princes aulriebiens, ainsi qu'à Lazare Schendius, baron de Lantzberg, et général de l'armée impériale autrichienne. Sladius a placé, en tète de son ouvrage, une lettre de Gemma Frisius <|ui lui avait ouvert la carrière des sciences. Le célèbre professeur de Louvain le traite, dans cette espèce d'introduction, avec la plus profonde estime. Voici les mots par lesquels il finit son épilre : Peryc fwiiis avihuitf abuntve sindtnm propnsitum, ainicissimc Sfndi : crede mihi ($i cquid ego reclè jitdico) nccipies nowimis ocferni/a/cm,

Vatr. Loranii f pridiè calendait Martian^ anno 1555.

(•n 1584 ; chez Pluntiii, à Anvers. On peut rep;reUer que ses idées fus.senl tournées vers les prétendus prodiges de la cliiromancie, qui alors, il est vrai , étaient généralement reçues dans la science.

Vers l'époque de la mort de Charles -Quint, Stadius se M Imi ^ Anvers. Il comptait parmi scs élèves le gantois

Levinus Batt, qui d'abord était allé étudier les sciences mathématiques dans cette ville et qui, peu après, se retira avec son père à Rostock , pour y continuer scs études, qu'il alla terminer à Wittemberg, sous iMcIanchton. Il y reçut le grade de docteur en 1 559 et enseigna ensuite les sciences mathématiques; mais ses écrits, de même que ceux de son père, appartiennent plutôt aux sciences médicales.

Jean Stadius termina scs jours à Paris, le 51 octobre 1579. Il s'élail retiré dans cette ville, ainsi que nous l’avons dit, après avoir fait quelque séjour à Bruges, où il travailla aux fastes des Romains, ouvrage qui a été mis en lumière par Hubert Goltzius. A’olre auteur était d’un caractère très-doux et d’un commerce facile, comme le prouvent d’ailleurs les relations qu'il eut avec la plupart de scs compatriotes les plus distingués.

Il faut compter encore André-Gérard Hyperius parmi les Belges nombreux qui portèrent leurs connaissances à l'étranger. Il avait pris son nom de la ville d'Ypres, où il était N. isii. né le 16 mai 1511 ; son véritable nom était André Ghce- M. ISM. raerdts. Aprèsde nombreuxvoyagcsen France, en Allemagne et en Angleterre, il se fixa, comme professeur de théologie, à l'université de Marbourg, et publia successivement des ouvrages sur l’arithmétique, la géométrie, l'optique, la physique et l’astronomie. On distingue particulièrement son traité de cosmographie qui parut en 1552.

M. iMî! I-P gantois ÎVicolas Bicsius. qui riait poêle, philosophe

lo.) —

(“l médecin , prit ses grades scicntiriqucs à Louvain et se rendit en Espagne. De là il passa en Italie et revint dans sa patrie pour se livrer à l’enseignement; mais son caractère mobile le porta à changer encore de résidence. Il est auteur de différents ouvrages de médecine ; il écrivit aussi en vers et en prose, sur les phénomènes de la physique. Ce genre de travail, mélange des sciences et des lettres, avait déjà ses partisans à cette époque; et les Lettres à Sophie sur la physique, la chimie et l’histoire naturelle n’ont pas une forme aussi nouvelle qu'on pourrait le croire au premier abord. Nicolas Hiesius avait fini par se fixer à Louvain , comme professeur: en lo7i, il alla terminer ses jours à Vienne, où il avait été appelé par l’empereur Maximilien II, dont il était médecin.

Un autre Belge. Franeiscus Moiiaclius de Malines, qui faisait partie de l’ordre des Minimes, publia un écrit sur la situation et la deseriplion de l’univers. Son amour pour la science, qui avait alors de nombreux interprètes, le conduisit un peu trop loin et le porta même, dans ses investigations, à parler de la situation et des avantages du paradis. Son livre fut publié en 1365 ('); mais il ne paraît pas qu’il obtint un grand succès.

On entrait alors dans la malheureuse série des troubles révolutionnaires qui causèrent tant de maux et qui rejetèrent au delà des frontières tant d’hommes de mérite qui auraient pu sc rendre utiles à leur pays.

Le duc d’Albe arriva dans nos provinces vers la fin d'août 1367 : il était à la tète d’environ vingt mille hommes.

(*) Epistola de orhi» <i7« ac de$crip(ione « quà de dilionc presbyteri Jnannis vulgo dicli, deque Pnradysi sihi disseril (*) ** ajoute Valère André,

p. 254 fie 58 nihUo/fteen fieigien.

lOC —

Son enlréc rcpundil une espèce de terreur générale, cl cette crainte ne fut que trop justifiée par les désastres qui suivirent celle époque néfaste. Dès le 9 septembre, il Gl arrêter les comtes d'Egmonl et de Horn, qui furent exécutés le 5' juin suivant, en même temps que plusieurs autres personnages de distinction. La gouvernante des Pays-Bas, Marguerite de Parme, était partie pour fllalie, à lu fln de 1567. L'émigration devint générale parmi les personnes d'un rang élevé ou d'un esprit supérieur;et pendant les sept années que le duc d’Albe exerça ses rigueurs en Belgique, on estime que le nombre de ses vielimes s’éleva à près de vingt mille.

On conçoit que, dans des circonstances aussi déplorables la marche des sciences fût brusquement arrêtée : la Belgique descendit peu à peu du degré auquel elle avait su s'élever pendant des joui’S plus prosiièrcs. Les seienees, la philosophie et les lettres eurent surtout à souffrir au milieu de celle calamité générale; les beaux-arts conservèrent mieux la position brillante qu’ils avaient conquise.

On vil alors s’éloigner In famille des Bernouilli, qui était originaire des Pays-Bas ; elle sentit le besoin d'aller s’établir dans un pays plus libre cl de reprendre son indépendance. Jacob Bernouilli , qui mourut en 1583, fatigué sans doute d’un gouvernement dont il avait senti les rigueurs sous le duc d’Albe, quitta la ville d’Anvers, où il résidait, et passa à Francfort-sur-Mein. Plus lard, sa famille alla s'établir dans la ville de Bâle en Suisse; elle se eoinposail alors de onze enfants. |)arnii lesquels on eomptait Jacob et Jean Bernouilli , deux des géomètres les plus habiles de celle époque et qui étaient nés en 1 65 1 et 1 667. La même famille produisit sueeessivemeni une série d'hommes distingués : eoniine les chefs illustres des nalious. ils uiarquèreni leur

plissage pur une sérielle grands travaux qui font encore I admiration de leurs successeurs. L’un d'eux, Jean Bernouilli , se rapprocha plus lard de sa patrie cl devint professeur de mathématiques à l'université de Groningue. C’est aussi dans celle dernière ville que naquit son fils Daniel Bernouilli , qui conserva dans le domaine des sciences mathématiques la réputation distinguée que s’étaient acquise ses illustres a'ieux.

A la suite des tristes événements qui signalèrent celle époque, parurent quelques écrits peu importants.

Le médecin Nicolas Basclius, de Bergues-Saint-Winox n

en Flandre, publia en langue française une description de *' la comète qui se montra au mois de novembre lo77, en même temps que des pronostics sur les malheurs qui devaient signaler l'année suivante. Il les donna sous le litre: Descriptio coinetae qui apparnit 14 novembri , anno 1677 , etc. Anvers, 1578, in-4°. Il paraît que ce savant était parent des deux Jacques Basclius ou Van Basel, qui SC réfugièrent en Hollande décrivirent sur les événements religieux de l'époque.

Théodore Graminæus de Ruremonde alla enseigner les s (lirsnT mathématiques à Cologne: il publia différents ouvrages religieux cl scientifiques. On croit qu'il était aussi imprimeur: il devint ensuite secrétaire provincial du duebé de Berg.

On lui doit les deux ouvrages suivants : Explicatio physica cometae, anni 1880, et ejusdem cuni eo, qui anno 1877 apparuil, analogica collatio. Cologne, 1581, in-fol.;

— Exhortalio de exequendd calendarii romani correctione. Dusseldorf, 1583, in-4“.

Le pays avait perdu sa prospérité. Jusque-là on avait vu les Belges se répandre par toute l’Europe et y acquérir une véritable considération pour leurs talents divers;

mais la pluparl claieiil alors forcés d y aller clicri licr un asile.

Arnould de Lens {Arnoldus Lensa'us), né à Belœil près d’Alh, quillasa patrie comme tant d'autres; il devint médecin et mathématicien du duc de Moscovie. Il donna une introduction aux éléments d'Euelide et sut, par son mérite, s'attirer la considération des savants de son époque. Il périt dans l'incendie de Moscou allumé par les Tartarcs en 1373. On lui doit l'ouvrage Isagofje in geometrica Elementa Eticlidis, qui fut publié à Anvers |iar Plantin, en 1363: in-8®.

Vers la même époque, V\anden Bosclie ou Alexander Sylvamts, d'après l'habitude où l'on était de traduire les noms en latin, alla également chercher fortune ailleurs. Il était Flamand d'origine et fut, ainsi que son compatriote SUidius, attaché à la cour du roi de France Henri III. On a de lui dilTérents ouvrages de littérature et une arithmétique militaire in-4”, qu'il écrivit en 1372. On ignore l'époque de sa naissance comme celle de sa mort, qui eut probablement lieu après 1382.

De son côté, Henri Brucæus, d'Alosl, se rendit à Rome et y enseigna les mathématiques ; il se retira quelque temps après à Rostoek en Allemagne, pour y développer les principes des sciences positives et de la médecine. C’est dans cette ville qu'il termina son existence, le 31 décembre 1393, à l’age de 62 ans. Il a publié plusieurs écrits sur l'art médical, et deux ouvrages de mathématiques : l’un De primo Molti, 3 livres in-8°, 1380, et l’autre Insliluliones sphaerae, qui parut également dans le format in-8®, en 1384.

Parmi nos savants voyageurs de cette époque, il faut M. 1615. compter encore Ifonnreninra / nironnis ^Ue ^mcl ; : il

était de Bruges et avait fait ses éludes à Gand et A Louvain. A lagc de vingt ans, il alla passer onze années en Espagne et y fut secrétaire du cardinal de Mendoza , évéque de Buigos. Après avoir ensuite professé les seienees à Anvers, ses opinions religieuses le forcèrent à chercher un asile en Hollande. B se réfugia à Leyde, en 1578, et y occupa la chaire de littérature grecque pendant lrentc-<leux années. Il composa beaucoup d’ouvrages littéraires el quelques écrits sur la physique d’Aristote. En mourant, il laissa à l’université sa belle bibliothèque comme un témoignage de reconnaissance pour l’asile qui lui avait été généreusement accordé.

Nous venons de voir que les Belges, surtout à cette époque, s’expatriaient en grand nombre pour aller dans des pays moins tourmentés porter des talents qu'ils ne pouvaient plus faire valoir dans leur patrie. Le vide qui se forma alors fut immense; cependant quelques savants étrangers s’arrêtèrent accidentellement chez nous. C’est ainsi que Samuel Eisenmenger, qui était né à Bretten, en j, 1534, et qui fut d’abord docteur en niédecinc et profes- * scur de mathématiques à l’université de Tuhingue, devint ensuite médecin de réh'ctcur de Cologne el do l'évéque de Strasbourg. Il finit par se fixer en Belgique et mourut à Bruxelles le 28 février 1585. B est auteur d’un traité qu’il publia, en 1567, sous le titre De Lsu parthnu coeli tu comniendalionem astronotniae.

Le grand pénitencier de la cathédrale de Tournay, James Chcync, était également d'origine étrangère; il éU»it né en Ecosse en 1545 et mourut chez nous en 1602. II était auteur d’une analyse de la philosophie d’Aristote, qui eut deux éditions successives en 1573 cl 1595. B est auteur aussi d'une géographie qui fut publiée en 1576, ainsi que

d’un traité sur la sphère qui parut vers lu iiièine époque.

A la suile du règne de Charles-Quint, l'élude de la géographie, sur laquelle ce puissant souverain appelait i’at- Icntion de ses compatriotes, avait pris un développement remarquable; elle formera à jamais l'un des fleurons les plus hrillanis de la couronne scientifique de la Belgique. Les dilîércnis peuples, aujourd'hui encore, rendent un hommage mcrilc aux hommes illustres qui firent partie de la grande école dont le prince, dans des temps meilleurs, avait encourage les premiers travaux.

Parmi ceux qui se distinguèrent le plus, il convient de placer en première ligne les géographes Mercalor et Ortclius, dont les noms font honneur à la Belgi(|ue. Charles- Quint leur avait , en plus d’une occasion , donné des témoignages de sa haute estime et de l'admiration qu'il professait pour leurs talents.

N. isi*. Gérard Mercator était né le 3 mars 1312, à Rupel- "■ monde ('), sur les bords de l’Escaut. Il commença ses éludes à Bois-le-Duc et de là il passa à Louvain, où il cultiva les mathématiques avec tant d'ardeur qu'il oublia, pour le travail , la nourriture et le sommeil. Il eut pour inaitre Gomma Frisius, dont il sut mettre à profit les savantes leçons : il s’établit ensuite à Anvers, et fit lui-méme plusieurs de scs instruments de mathématiques. Il construisit des sphères et donna tous ses soins au dessin de scs cartes. Il ne se montra |>as moins habile dans la construction des objets d’art : on citait même des ouvrages de ciselure travaillés avec soin et qu'il avait exécutés de ses propres mains. Il aimait aussi cet art fameux qui, vers la fin de ses jours, prit tant de

’ La ttiographk de Michaad écrit avec raison Rupclmondo, qui so trouve entre Anvers et Gandf «• et non pas Rurcniomie, comme le disent Muréri et les biographes qui l'ont suivi sans examen. •

puissance sous les pinceaux de Rubens el de l’école célèbre que forma ce grand peintre. Quoique n’habitant plus sa patrie vers la fin de sa carrière , Mercator avait pris goût aux mœurs et aux habitudes de scs concitoyens, comme on vit, d’une autre part, le chef de l’école de la peinture flamande payer également son tribut à la science qui avait pris, autour de lui, une extension considérable.

A l’ûgc de vingt-quatre ans, Mercator s’était marié à Louvain (‘). Ses premiers soins s’étaient tournés vers la construction (le caries de la terre sainte. Il entreprit aussi, à la demande de plusieurs de ses amis, la description de la Flandre. En i 541, il publia un globe terrestre qui obtint un grand succès; il le reproduisit en 1551, et l’année suivante il publia son ouvrage De Lsu unnuli aslronoinici.

Peu de temps après, il voulut revoir sa ville natale, qui était peu distante d’Anvers : il s’y transporta avec toute sa famille; mais sans perdre de vue l’objet de scs études et scs travaux habituels. A son retour, il présenta à l’Empereur quelques instruments et des ouvrages de sa composition, qui furent accueillis avec bienveillance.

Quoi de plus louchant, en même temps, que de voir Gérard Mercator qui avait paru, avant Abraham Ortelius, son jeune rival, vouloir procurer à ce dernier l’avantage de réussir comme lui et d’assurer son existence? Il suspendit l’impression de son grand ouvrage qui était terminé, pour ne pas nuire au succès de son jeune ami : tous deux professaient, l’un pour l’autre, la plus tendre amitié. Mathema- (*)

(*) Il s'élait marie avec BarbeUe Schclickcn, dont ü eut trois Hls et troi.-« fîllcs. L'un de scs liLs Bnrtiiolomaeus Mercator, naquit a Louvain en 15i0, et mourut en lb68, à l’àgc de vingUhuil ans. Il écrivit fort jeune encore un ouvrage qui fut imprime à Cologne, en 1Î5C5, sous le litre : \otae in xphaeram , geographiar , asfronomiae rudimenfa iuggerenlfs ; in-8®.

ticonim sui lemports facile pr inceps et (jeoyrapliurum uoslfi seculi roî' y phaeon, disait Orldius,en purlunlde son ami, qui nu lu traitait pas avec moins d'usiime.

C’est en que Mercator acheva la description de

l’Europe, déjà commencée avant son départ de Louvain. Il revit eut ou\ rage avec la plus grande activité et le reproduisit avec suceês en 1572.

Déjà depuis 1559, par suite des troubles qui régnaient dans les Pays-lias et des dangers auxquels il avait été exposé, Mercator avait pris le jiarti de se retirer à Duysbourg, sur les bords du lUiin, et d’y continuer ses travaux dans le calme qui lui était nécessaire (').

(') Dans lin oiivrngp pulilié n’ccmmenl sous le titre d\4 rc/iinr* det arts , xcinices cl lettres, par M. Alexandre Piiicharl, 2 vol. in-8*, Gniid, <8C0, on lit quelques détail.s sur une détention que le célèbre géographe Gérard Mercator aurait subit\ et dont on ne trouve aucune mention dans les écrits de cette époque. •• Au conimenremcnt de cette année ( IKii), * cst*il dit page 27, tome « le procureur général de Brabant avait été chargé d'aller à Louvain dresser information contre plusieurs personnes soupçon^ nées d’adlicrer aux religions nouvelles de Luther et de Calvin. Presque en nicrnc temps, Gérard Mercator, qui liahilail celle ville, s'en était absente et s'einil rendu diin.s )o pays de Waes. Il fut vraisemblablement dénoncé à rinqtiisiteiir, car le bailli de ce pays l'arrcln et le conduisit, par ordre de Marie, reine douairière de Hongrie et gonvernanle des Pays-Bas, au château de Biipcltnonde. Celte ville était te lieu même où notre savant avait vu le jour. A la nuiivellc de son emprisonnement, sa femme court chez Pierre de Corle, curé de l'église Saint-Pierre, sa paroisse, lui raconte ce qui vient d'arriver, et lui dit ({uc son mari était parti de Louvain à pru|>os de la succession d'iin de scs oncles. Le curé délivra à l’cpouse de Mercator un certilîcut en règle, attestant qu’il le connaissait pour jouir d'une bonne réputation et mener une vie honorable sous tous les rapports. Lu pauvre femme crut qu'il siilTisail de faire parvenir au bailli de Waes le témoignage de son curé pour olilcnir lu liberté de .son mari. Elle se trompait. Le bailli envoya la pièce à la gouvernante pour avoir son avis. Celle-ci fit aussitôt écrire à Pierre de Corle, pour le réprimander d'avoir donné un semblable certificat en faveur di- Mercator, que l'on soupçonnait fortd'étrc hérétique.

Kn 1568 avait paru sa chronologie depuis l'origine du monde. Cet ouvragi* considéral)le se compose de plus de 340 pages in-folio ; il rcnferiue l'indication des principaux événements du monde depuis sa création présumée. Un texte assez considérable précède ce travail ; on y trouve une série de tableaux marquant, pour les principaux Etats, la succession des princes et des hommes distingués, des événements astronomiques et tout ce qui peut marquer l'ordre des temps. Cet immense recueil fut publié quelques années avant la réforme grégorienne, qui se fit en octobre 1382. On conçoit l'utilité dont il fut alors et en même temps l’importance qu’il a perdue depuis cette époque. Mercatorentre-

ot <|uî avait été arrêté comme tel, ce qui lui paraissait une chose tout à fait sinf^ulière; on outre, elle lui intima l'ordre, au nom de rEmpereiir, de déclarer les motifs qui l'avaient engagé à agir ainsi, et de dire s'il connaissait à la charge du prisonnier des faits d'où l'on piil induire que Mercator était partisan de quelque secte. Le curé de Saint-Pierre ne se laissa pas intimider par une telle missive : il répondit à la reine Marie qu'il savait que Gérard Mercator s’ahsenl.'iit souvent de chez lui à cause de son genre de travaux, qui nécessitaient de sa part de frc({uenls déplacements; que, lrès>peu de temps auparavant, il avait été mandé en Flandre par l'ahhé de Saint-Pierre et par le prévôt di* Snint-llavon à Gnnd, poiir lever le plan de certaines terres à propo'i desquelles il y avait contc.slaiinn entre eux. Il ajoutait enfin qu'en <519, lorsque Philippe* II était venu aux Pajs-îla.s, notre géographe s'ctail rendu clu z hs évéques de Valence et d’Arras pour difTcrruls travaux artistiques. il semble de plu.s, par la tournure que prit alors l'afifairc, qu'à la réception de cette lettre, le curé de Cortc ait averti l'abbé de Saiiilc-Gertnide, en sa qualité de conservateur des jiriviléges de l'université de Louvain, de l'alleinle portée à ces privilèges par l'arrestation de Mercator, qui était suppôt de l’université, c’csl-à-dire dépendant de In juridiction qu’exereait ce corps. L'abbé de Sainte-Gertrude s'adressa immédiatetnenl au bailli de Waes pour le faire relâcher. Le bailli en référa à la gouvernante, qui écrivit à l'abbé pour l'avertir que l'individu dont il réclamait la mise en liberté avait été poursuivi par le procureur général de Brabant, comme fortement suspect de luthéranisme ; qu'il s’était enfui de Louvain pour éviter d'étre arrêté, et qu’il avait perdu par ce fait le bénéfice des pri\iléges

prit cnsuile de revoir les tables de Ploléniée et de corriger les fautes nombreuses que renfermait cet ouvrage. Il s’était déjà oceupé avec soin du travail spécial qu’il se proposait de publier sur la géographie; mais nous avons fait connaître le motif honoraidc qui l’cmpéchait de mettre au jour ses propres ouvrages, dans la crainte de nuire au livre que venait de publier son ami Ortelius (').

Il travaillait avec lenteur, mais avec persévérance, à sa

do runiversitë ; elle lui enjoignait de ci's.scr dos poiirsiiilos dans ce sens contre le bailti de Waes pour obtenir la restitution du prisonnier, etajou^ tait qu'il n'eût à opposer aucun obstacle à la marche de la procedure, s'il ne voulait pas la mettre dans la nécessite de sévir contre lui et de dresser une information à sa chaire.

• L'instruction du procès de Mercalor fut longue. Adhérer aux idées de la réforme était un crime que l'on punissait alors du bûcher ou de la perte de la tête, après avoir employé mille tortures dans le but d’obtenir un aveu, quand les preuves de culpabilité n'étaienl pas Miflfisantcs pour condamner un malheureux, souvent victime d'une infâme dénonciation et d'une vengeance

personnelle Mcrcator fut très-probablement relâché, après quelque temps

de séjour encore sous les voûtes humides du château de Rupelmonde. *

D'aprè-s ces témoignages, il serait didieilc de refuser de croire que Gérard Mcrcator ait été en efTcl l'objet de poursuites judiciaires; nous pensons toutefois qu'elles furent bien moins graves qu’il ne fut dit. Ce n'est, du reste, qu'à la suite de la mort de Charlcs-Quint que Mercalor, en 1559, prit le parti d'aller vivre à Diiysbourg, sur la frontière d'Allemagne, quoiqu'il continuât toujours de publier scs travaux scientifiques à Anvers.

(') Voici Icâ principaux ouvrages de Mcrcator :

Ghhi terrestris scutptura, 1541 et 1551 ;

t>e U$u annuU astronomici. Lov., 155^2. Gemma, en 1548, avait public uii ouvrage sur le même sujet;

Chronoiogiaf hoc est iemporum demomtratio cxactùfima , a niundi exordio ad ùnn. 1568. Colonia, 1569, in-fol.;

Tabulae geographxcae ad mentem Ptohmaci rtsiUufae , 1578, in-fol.

Harmonia erfin^e/t5/arMm.*adv.Carol. Molinacum, 1592. Duysbourg, in-4*;

Tahulac ac desrriptiones geographiaCf quas postea Atlaiitem iiiscripsil, oui pracmisit libnim : /> Creaiionc ar fabried mwndi, 1595.

grande coniposilioii, qui devait renfermer l'ensemble de ses ouvrages; son âge avaneé rendait en effet sa marche intellectuelle plus dillicile. En 1592, il publia son Harmonie évangélique, avant le commencement des troubles de la Germanie. Ses idées, à la Cn de son existence, s’élaient portées, comme celles du grand Newton, vers les spéculations religieuses. Il est également auteur de quelques autres ouvrages qui se rapportent aux connaissances ascétiques.

Sa femme si douce, si vertueuse, le précéda dans la tombe; elle mourut en 1586, après plus de cinquante années de mariage. On pourra s’étonner de voir cet homme grave et sévère songer encore à un nouvel hymen vers la Hn de son existence. Mais ce changement lui devint fatal, car il mourut peu de temps après, à l’àgc de plus de quatrevingt-deux ans (').

« Mercalorfit remarquer le premier qu’il fallait étendre les degrés des méridiens d'autant plus qu’on s’éloigoait davantage de l’équateur, » dit Montuela (‘). On lit, d’une autre part , dans VEssai surl’Hisloire générale des malhématiques, par Bossut (’) : « En bornant toujours l’usage des cartes plates à représenter de petites étendues de terrain, on pouvait éviter l'inconvénient qu’elles ont d’exprimer, par des lignes égales, les degrés des deux cercles parallèles qui terminent la carte nord et sud et donner la proportion convenable aux expressions de ees degrés. Gérard Mercator, géographe des Pays-Bas, en fit la remarque, qui est d'ailleurs fort simple et fort élémentaire. Edouard Wright, le même dont il reste des observations

(*) Il mourut à Duy.^bourg, le 2 décembre 1594.

(*) Montuela^ tome II, page 651.

(*) Bossut, tome I", page 302.

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