‹ Histoire des sciences mathématiques et physiques (volume 2)Chapitre 65 sur 74 · BERNARD PALISSY · texte numérisé non relu

BERNARD PALISSY

(Né à la Capelle-Biron, dans l'Agenais, vers i5io, mort à la Bastille en iSSg.)

On ne connaît pas la profession de son père. Après avoir appris dans une petite école à lire, à écrire et à calculer, il fut envoyé en apprentissage dans une fabrique de vitraux peints. Il avait d'un autre côté appris à lever les plans, de sorte qu'il vivait assez bien de ses deux métiers. « On pensait, en notre pays, dit-il, que je fusse plus savant, en Tart de peinture, que je n'étais, ce qui causait que j'étais souvent appelé pour faire des figures (des plans) pour les procès. Or, quand j'étais en telles commissions, j'étais très bien payé ...»

Lorsqu'il se crut assez habile, il partit pour faire son tour de France, qu'il prolongea jusqu'en Allemagne, a II voyagea, dit Faujas de Saint-Fond, un de ses biographes et l'éditeur de ses œuvres, dans tout le royaume, fdepuis les Pyrénées jusqu'à la mer de Flandres et des Pays-Bas; et depuis la Bretagne jusqu'au Rhin. Il parcourut en détail, à ce qu'il semble, toutes les provinces de la France et, en outre, la basse Allemagne, les Ardennes, le pays de Luxembourg, les duchés de Clèves, de Brisgau, etc. Toutes les contrées qu'il parcourut fournirent matière à

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ses observations. Les phénomènes géologiques et l'Histoire naturelle attiraient principalement son attention; mais tout lui était objet d'études sérieuses. Aussi est-on surpris de l'étendue et de la variété des connaissances qu'attestent ses ouvrages. L'observation et l'expérience étaient du reste ses seuls maîtres.

Il se fixa à Saintes, vers 1 5 35, et s'y maria. La pourtraiture était, à ce qu'il paraît, tombée en discrédit et Palissy fut obligé de chercher à se créer de nouvelles ressources. C'est alors qu'il eut ridée de rechercher la préparation des émaux anciens dont quelques morceaux lui étaient tombés entre les mains.

Il avait déjà fait de nombreuses et coûteuses tentatives dans ce sens, tout en travaillant de son état pour gagner sa vie, lorsqu'une circonstance le tira momentanément d'embarras, en lui laissant des ressources pour activer ses recherches. Le duc de Montmorency, chargé par François P"" de répartir en Saintonge la taxe qui venait d'être mise sur le sel, eut à faire faire l'évaluation des surfaces des marais salants, et Bernard Palissy fut un des arpenteurs chargés de ce travail assez bien rémunéré.

Aussitôt qu'il fut libre, il retourna à ses émaux. Il ne savait absolument rien de ce qu'il lui eût été nécessaire de savoir, pas même l'art du potier ; aussi n'allait-il qu'à tâtons. Il broyait et mélangeait les matières les plus diverses, les étendait sur des tessons de pots, les soumettait au feu et attendait le résultat de ses essais.. Un jour, il obtint Témail blanc qu'il cherchait avant tout, la coloration devant être ensuite facile à obtenir; mais, lorsqu'il voulut émailler des pièces entières, il lui arriva toutes sortes d'accidents : ou bien il avait trop ou trop peu chauffé, ou bien la pièce était inégalement cuite ou bien les cendres du bois avaient tout gâté. Un jour, pour ne pas laisser éteindre le feu de son

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four, il y jeta les débris de ses meubles et du parquet de sa chambre. Voici comment il raconte cet épisode :

(( Au lieu de me reposer, dit-il, après tant de travaux effectués et de peines éprouvées, il me fallut travailler encore plus d'un mois, nuit et jour, pour broyer les matières qui m'avaient donné, dans le four des verriers, un blanc si admirablement beau. Après avoir broyé les matières et formé la composition, j'en couvris tous les vaisseaux que j'avais faits. Je mis le feu au fourneau par les deux gueules, ainsi que je l'avais vu faire dans la verrerie, et j'y plaçai mes vaisseaux avec l'espoir de voir bientôt fondre l'émail. J'étais comme un homme désespéré. Bien que je fusse tout étourdi, non moins par le chagrin que par la fatigue, je ne laissai pas de m'apercevoir que j'avais mis en trop petite quantité la matière qui devait faire fondre les autres. Je me remis donc à piler et à broyer une nouvelle quantité de cette matière, sans toutefois laisser refroidir mon fourneau, deux choses qui, faites en même temps, me causaient une extrême fatigue. Quand j'eus ainsi de nouveau composé mon émail, je fus encore obligé, pour en faire l'épreuve, d'aller acheter d'autres pots. Ceux que j'avais faits avec tant de peine étaient entièrement perdus. Je mis mes nouvelles pièces d'émail dans le four et je continuai à chauffer au même degré. Mais, là-dessus, il m'arriva un nouveau malheur, le bois me manqua. Je fus contraint de brûler d'abord les étais qui soutenaient les treilles de mon jardin, et puis les t ables et jusqu'au plancher de la maison, pour fondre une seconde composition. J'étais dans des angoisses telles que je ne saurais en donner l'idée. J'étais tout tari et desséché par le labeur et par la chaleur du fourneau ; il y avait plus d'un mois que ma chemise n'avait séché sur moi ; encore, pour me consoler, on se mo-

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quait de moi, et même ceux qui auraient dû me secourir allaient crier par la ville que Je faisais brûler le plancher ; et, par tel moyen, on me faisait perdre mon crédit et m'estimait-on être fou. »

Ce n'est qu'après seize ans de recherches et d'efforts incessants qu'il put enfin réussir ces pièces rustiques^ c'est-à-dire ces plats de faïence sur lesquels il groupait toutes sortes d'animaux, dans des attitudes prises sur nature et avec leurs couleurs et nuances propres.

Dès qu'il eut réussi, tout le monde voulut avoir des pièces de sa fabrication. Le duc de Montmorency, en particulier, lui commanda une foule de vases de toutes sortes pour la décoration du château qu'il faisait alors bâtir à Écouen.

Mais, au moment de jouir enfin de Taisance qu'il avait si vaillamment conquise, les persécutions religieuses faillirent l'écraser entièrement. Obligé de se cacher, parce qu'il avait embrassé le calvinisme, il fut découvert et jeté dans les prisons de Bordeaux oU il allait être mis à mort, lorsque le duc de Montmorency, pour le sauver, le fit nommer, par la reine Catherine de Médicis, inventeur des rustiques fi gulines du roiel l'envoya à Paris. Catherine lui donna pour ses fourneaux un emplacement occupé depuis par le palais des Tuileries, où elle venait le voir exécuter les commandes qu'elle lui avait faites.

Grâce à cette protection spéciale, Palissy échappa à la Saint- Barthélémy.

Ayant alors quelques loisirs, il se mit à étudier passionnément la Chimie, la Géologie et l'Histoire naturelle. « Il n'avait eu d'abord pour s'instruire d'autres livres que le ciel et la terre, dans lesquels, dit-il, il est permis à chacun de lire, mais il n'entendait ni le latin ni le grec et il eût voulu savoir comment les phi-

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losophes de l'antiquité avaient entendu le livre de la Nature. »

" Dans ce débat d'esprit, Je m'avisai de mettre des affiches dans tous les carrefours de Paris, afin d'assembler les plus doctes médecins et autres, auxquels je promettais montrer, en trois leçons, tout ce que j'avais connu des fontaines, pierres, métaux et autres matières, et, afin qu'il ne s'y trouvât que des plus doctes et des plus curieux, je mis en mes affiches que nul n'y entrerait qu'il n'y baillât un écu à l'entrée desdites leçons, et cela faisaisje en partie pour voir si, par le moyen de mes auditeurs, je pourrais tirer quelque contradiction qui eût plus d'assurance de vérité que non pas les preuves que je mettais en avant; sachant bien que, si je me trompais, il y en aurait de grecs et de latins qui me résisteraient en face et qui ne m'épargneraient point , tant à cause de Técu que j'aurais pris de chacun que pour le temps que je leur eusse fait perdre. Voilà pourquoi je dis que, s'ils m'eussent trouvé en défaut, ils m'eussent bien rembarré, car j'avais mis en mes affiches que, partant que les choses promises en icelles ne fussent véritables, je leur rendrais le quadruple. Mais, grâce à mon Dieu, jamais homme ne me contredit d'un seul mot; lesquelles leçons je fis dans le Carême de l'an ibyS. »

Il paraît que Bernard Palissy prolongea ses conférences pendant une dizaine d'années, c'est-à-dire jusque vers i 585.

En i588, Bernard Palissy fut jeté à la Bastille par l'ordre des chefs ligueurs. Henri III, voulant le sauver, vint l'y voir et lui offrit la liberté contre l'abjuration de sa foi, mais Bernard refusa ; il dit au roi qu'il savait mourir. On le laissa cependant en prison ; il y mourut en 1589.

Ses principaux ouvrages, dont nous allons donner une idée, sont : i'' Recepte véritable par laquelle tous les hommes de

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France pourront apprendre à augmenter leurs trésors. Item , ceux qui n^ont jamais eu connaissance des lettres pourront apprendre une philosophie nécessaire à tous les habitants de la terre^ etc. Bernard Palissy y traite principalement d'agriculture. « Il n'est, dit-il, au monde aucun art auquel une grande philosophie soit plus nécessaire qu'à l'agriculture... Si la terre était cultivée comme elle devrait l'être, elle produirait deux ou trois fois plus... Les actes d'ignorance dont je suis tous les jours témoin dans l'agriculture me tourmentent souvent l'esprit... Examine un peu les fumiers que les laboureurs tirent de leurs étables et qu'ils placent indifféremment, tantôt en des lieux bas, tantôt en des lieux élevés, sans autre soin que celui de les empiler. Considère ensuite ce qui arrive dans les temps pluvieux : l'eau qui tombe sur ces fumiers les pénètre et, les traversant du sommet à la base, elle en détache une teinture noire qu'elle emporte quand, à la faveur d'une inclinaison du terrain, elle peut librement s'écouler. Un fumier ainsi lavé ne fait aucun profit. Le fumier rend à la terre une partie de ce qui lui a été enlevé. La substance d'un champ 011 l'on a semé et récolté pendant plusieurs années a été emportée avec la paille et le grain. Et si je dis que les fumiers ne doivent pas être abandonnés à l'action dissolvante des pluies, c'est parce que les pluies en emportent le sel, qui est la principale vertu du fumier... Tiens pour certain qu'il n'est pas de semence, bonne ou mauvaise, qui n'apporte en soi quelque espèce de sel, et quand les pailles , foins et autres herbes sont putréfiés, les eaux qui passent à travers en détachent le sel. C'est ainsi qu'un poisson salé, qui trempe longtemps dans l'eau, perd toute sa substance salsitive... On emploie les cendres pour faire les lessives, parce que les cendres contiennent un sel qui se dissout dans l'eau et

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que cette eau pénétrant à travers le linge, se mêle avec les matières grasses ou impures qui le salissent, les détache du tissu, et, en s'écoulant, les emporte avec elle. » Il traite ensuite de la taille des arbres, compare entre eux les différents sels, etc.

2° Discours admirables de la nature des eaux et fontaines , tant naturelles qu artificielles ; des métaux^ des sels et salines; des pierres, des terres, du feu et des émaux avec plusieurs autres excellents secrets des choses naturelles. Plus un Traité de la marne fort utile et nécessaire à ceux qui se mêlent d agriculture.

« Depuis quelque temps, dit-il, dans le Traité des pierres, j'ai connu que le cristal se congelait dans Teau; et ayant trouvé plusieurs pièces de cristal formées en pointes de diamants, je me siiis mis à penser qui pourrait être la cause de ce; et, étant en telle rêverie, j'ai considéré le salpêtre, lequel étant dissous dedans l'eau chaude, se congèle au milieu ou aux extrémités du vaisseau où elle a bouilli; et encore qu'il soit couvert de ladite eau, il ne laisse à se congeler. »

Il dit dans le Traité de la marne : « Nous savons qu'en plusieurs lieux les terres sont faites par divers bancs, et, en les fossoyant, on trouve quelquefois un banc de terre, un autre de sable, un autre de pierre et de chaux et un autre de terre argileuse, et communément les terres sont ainsi faites par bancs distingués. »

Il dit dans son Traité des Fontaines : « Les eaux de source proviennent des eaux de pluie, qui, après avoir pénétré dans le sol, glissent sur les couches d'argile qu'elles rencontrent et finissent par sortir à la partie déclive du terrain n... « Quant aux fontaines jaillissantes, il faut que leur eau parte d'un point plus

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élevé, car les eaux ne s'élèvent jamais plus haut que les sources d'où elles procèdent. »

Voici encore quelques extraits du Traité des Métaux et Alchimie. « Il est donc aisé de conclure que les poissons qui sont réduits en métal ont été vivants dans certaines eaux et étangs, les quelles eaux se sont entremêlées à autres eaux métalliques, qui depuis se sont congelées en manière d'airain et ont congelé le poisson... Et sij lorsque les eaux se sont congelées en métal, il y eût eu en icelles quelque corps mort d'homme ou de bête, il] se fût aussi réduit en métal. »

a Par quoi je maintiens que les poissons armés (c'est-à-dire sans doute les coquillages) lesquels sont pétrifiés en plusieurs carrières, ont été engendrés sur le lieu même, pendant que les rochers n'étaient que de l'eau et de la vase, lesquels, depuis, ont été pétrifiés avec lesdits poissons. »

« Quand j'ai eu de bien près regardé aux formes des pierres, j'ai trouvé que nulle d'elles ne peut prendre forme de coquille ni d'animal, si l'animal même n'a bâti sa forme. »

ce J'ai trouvé plus d'espèces de poissons ou coquilles d'iceux, pétrifiés en terre, que non pas des genres modernes qui habitent dans la mer Océane. Et combien que j'aie trouvé des coquilles pétrifiées d'huîtres, sourdons, availlons, jables', moules, ailes, couteleux, pétoncles, châtaignes de mer, écrivelles, etc., qui habitent en ladite mer Océane; si est-ce que j'en ai trouvé en plusieurs lieux, tant es terres douces de Saintonge que des Ardennes et au pays de Champagne d'aucunes espèces, desquelles le genre est hors de notre connaissance, et ne s'en trouvent point qui en soient lapifiées. «

On voit que c'est là presque de la Géologie moderne. Pour

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montrer combien ces idées étaient neuves à Tépoque où Bernard Palissy les formulait, nous mentionnerons l'appréciation qu'en feisait Voltaire à la fin du règne de Louis XV.

« Faut-il que tous les physiciens aient été les dupes d'un visionnaire comme Palissy. Il s'imagina qu'une espèce de marne pulvérisée qui est en Touraine était un magasin de petits poissons de mer. Des philosophes le crurent, ces milliers de siècles pendant lesquels la mer avait déposé les coquilles à trente-six lieues dans les terres, les charmèrent et me charmeraient tout comme eux si la chose était vraie. »

On sait que Voltaire expliquait la présence de coquilles dans les Alpes parce que les pèlerins, en revenant de Jérusalem, harassés, n'en pouvant plus, jetaient leurs bourdons et les coquilles qu'ils y avaient attachées.

Ajoutons que Palissy se moquait assez spirituellement des faiseurs d'or et d'argent, de For potable, des médecins de son temps, etc.

M. Cap a donné en 1844 une nouvelle édition des œuvres de Bernard Palissy, en un volume in-i8.

LILIO (LUDOVICO).

(Ne en Calabre vers i5lo, mort en 1576.)

Médecin et astronome. Il prit part au concours ouvert par Grégoire XIII entre les astronomes de la chrétienté pour la réforme du Calendrier ; et le mémoire qu'il présenta sur ce sujet réunit tous les suffrages de la commission chargée de trancher la question. Le projet de Lilio fut adressé par Grégoire XIII à tous

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les souverains de la communion romaine, qui l'approuvèrent unanimement et il fut définitivement adopté. Lilio ne jouit pas de son succès ; il était mort avant la fin du concours. On sait que c^'esten i582 que le nouveau Calendrier commença d'être mis en usage.

REiNHOLD (Érasme),

[Né à Saalfeld (Thuringe) en l5il, mort en i553.]

Commentateur de Purbach et de Régiomontanus. Il a étendu la table des tangentes à toutes les minutes du quart de cercle et construit les tables dites pruténiques, d'après les observations de Copernic. Ces tables publiées en i55i, sous le titre : Prutenicœ tabulœ cœlestium motuum sont dédiées à son bienfaiteur Albert, marquis de Brandebourg. Elles forment la première application du système de Copernic. L'auteur y fait l'année de 365i5^ SS'^SS'. C'est la valeur d'après laquelle a été établi le calendrier grégorien.

Reinhold enseigna quelque temps l'Astronomie et les Mathématiques à Wittemberg.

Il est à remarquer que dans son Commentariiis theoriœ novœ planetarum Purbachii, publié en 1542, il émet l'opinion que Torbite de Mercure pourrait être elliptique.

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