‹ Histoire des sciences mathématiques et physiques (volume 2)Chapitre 67 sur 74 · VÉSALE (ANDRÉ · texte numérisé non relu

VÉSALE (ANDRÉ

(Né à Bruxelles en i5i4, mort dans l'île de Zante en 1564,)

Il descendait d'une famille originaire de Wesel, dans le duché de Clèves, et qui en tira son nom. Depuis son trisaïeul^ tous ses ancêtres avaient exercé la Médecine. Son père était apothicaire à Bruxelles.

André Vésale fit ses études classiques à l'Université de Louvain. Il alla ensuite étudier la Médecine à Montpellier, puis à Paris.

Il se passionna de bonne heure pour PAnatomie, qu'il devait renouveler, mais comme la dissection était alors rarement permise (l'Université de Montpellier avait difficilement obtenu des rois de France Tautorisation, par lettres patentes spéciales, de prendre tous les ans un cadavre des condamnés à mort), il en était réduit à dérober la nuit des squelettes ou des portions de cadavres à Montfaucon.

La guerre ayant éclaté entre François I"" et Charles-Quint, Vésale retourna en i532 à Louvain, où il fut nommé à dix-huit ans professeur d'Anatomie.

Il entra à vingt ans comme chirurgien dansl'armée de Charles- Quint. Il passa de Provence en Italie et obtintau concours, en 1 540, la chaire d'Anatomie à l'Université de Pavie. Il occupa ensuite celles de Bologne et de Pise. Enfin le Sénat de Venise le nomma professeur d'Anatomie à l'Université de Padoue, la principale école de Médecine au seizième et au commencement du dix-septième siècle, ce Cette Université, dit Cuvier, eut constamment de très grands maîtres, et Vésale fut un des plus célèbres. » Il y enseigna jusqu'en 1549.

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C'est d'après Galien qu'on enseignait l'Anatomie avant Vésale, mais on sait que c'est sur le singe que Galien avait été réduit à étudier l'homme. Vésale était d'abord très surpris de trouver de graves erreurs dans les descriptions du chirurgien de Pergame; enfin il en découvrit la cause, qui avait échappé à tous ses prédécesseurs.

C'est alors qu'il entreprit, à vingt-huit ans, sa Grande Anatomie qui parut à Bâle en 1 543 . Il la dédia à Charles-Quint, pour tâcher de prévenir l'effet des animosités qu'il avait déjà soulevées. Il dit dans sa préface : « Qu'ai-je fait, moi qu'on accuse d'avoir calomnié Galien. Je lui ai constamment rendu justice. Mais, au lieu d'imiter le commun de nos médecins qui n'y trouvent pas la moindre faute à reprendre, tandis que Galien se corrige souvent lui-même et relève dans un endroit des négligences ou des inexactitudes qu'il a commises dans d'autres, j'ai contrôlé ses opinions et prouvé, pièces en mains, que le médecin de Pergame a fait des dissections non sur l'homme, mais sur des animaux, particulièrement sur des singes. En cela Galien n'a pas été coupable, puisqu'il a été arrêté par un préjugé plus fort que sa volonté et son génie. Les coupables sont ceux qui, ayant sous les yeux les organes de l'homme, s'obstinent à copier seulement les erreurs de leur idole. »

Et plus loin :

« Que dire de ces professeurs qui, du haut de leurs chaires, répètent comme des perroquets ce qu'ils ont lu dans les livres, sans avoir fait eux-mêmes aucune observation.

« Au reste, je ne doute pas qu'on me trouve bien hardi, à vingt-huit ans, d'oser attaquer Galien, et je m'attends aux morsures de ceux qui, n'ayant pas étudié par eux-mêmes et ayant

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suivi en aveugles les opinions erronées de cet ancien, ne pourront pardonner à un jeune homme d'avoir découvert et prouvé ce qu'ils n'avaient ni vu ni pressenti, quoique vieillis dans l'exercice de l'art. »

Les attaques qu'il craignait ne lui manquèrent pas en effet. Ses ennemis, même, obtinrent de Charles-Quint l'ordre de faire une enquête sur son livre, pour qu'il fût censuré, s'il y avait lieu.

On dit que le dégoût que lui inspirèrent les calomnies qu'il avait à essuyer l'engagèrent à jeter au feu tous les documents qu'il avait préparés pour de nouvelles publications.

Après l'abdication de Charles-Quint, Vésale suivit Philippe II à Madrid, où il ne fit plus que languir dans l'abattement et la tristesse.

Ce qui l'affligeait surtout était que, tandis qu'il était réduit à l'impuissance, deux jeunes rivaux, Fallope qui lui avait succédé dans sa chaire à l'Université de Padoue, et Eustachi, professeur d'Anatomie à Rome, s'illustraient par de nouvelles découvertes et le contredisaient en partie.

Il résolut de revenir en Italie, mais pour quitter la cour de Philippe II, il prétexta un voyage en Terre sainte. C'est en revenant de ce voyage, et sur le pointdeparvenir à Venise, qu'il périt dans l'île de Zante, sur les côtes de laquelle le vaisseau qui le portait était venu se briser.

C'est Vésale qui a le premier abordé l'Anatomie du cerveau et analysé ses principales fonctions ainsi que celles des nerfs et de la moelle épinière. C'est lui qui a découvert que la section d'un nerf paralyse le muscle auquel il se rend ; que la section de la moelle épinière paralyse les membres inférieurs avant de déterminer la mort.

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Son étude du cœur était si parfaite que Cuvier s'étonne qu'il n'ait pas découvert la circulation du sang.

UAMUS (pierre).

[Né à Cutti (Vermandois) en l5i5, tué à Paris le 26 août \b~2 ( Saint- Barthélémy ) ].

Son véritable nom est La Ramée. Il était fils d'un gentilhomme du pays de Liège, qui, ruiné par les guerres, vivait, réfugié en Picardie, de la fabrication du charbon de bois. Le désir de s'instruire le conduisit à Paris dès l'âge de huit ans; mais la misère l'en chassa presque aussitôt. Sans se laisser abattre, le studieux enfant tenta un second voyage dans la capitale Tannée suivante, n'y fut pas plus heureux que la première fois et retourna de nouveau dans son village. Enfin sa persévérance fut récompensée. De retour à Paris, il trouva dans son oncle maternel un protecteur généreux, quoique pauvre, et cette fois, du moins, il ne souffrit pas de la faim comme précédemment. A douze ans, il entra comme valet au collège de Navarre. Il donnait le jour à ses humbles fonctions, la nuit à l'étude. En peu d'années, il acquit, par son opiniâtreté au travail, des connaissances assez étendues pour gagner brillamment le titre de maître es arts, en soutenant, en i536, des opinions très avancées, paradoxales même pour l'époque, touchant le docteur par excellence, le maître infaillible et divin, le philosophe incomparable, Aristote, puisqu'il faut l'appeler par son nom. Le jeune écolier eut l'audace d'avancer que tout ce qu' Aristote a dit est fausseté et mensonge^ et, chose plus étrange encore, il eut le mérite de le prouver assez bien pour que des juges qui ne juraient que par le philosophe deStagyre fussent

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obligés de conférer le titre de maître es arts à l'audacieux novateur. A l'opposé de la plupart des docteurs scolastiques, qui portaient à sa plus haute perfection Fart de parler pour ne rien dire, Ramus s'appliqua à tenir un langage compréhensible aux écoliers nombreux qui suivirent ses leçons d'éloquence et de philosophie au collège de TAve-Maria. Nouveauté surprenante à cett« époque et qui parut dangereuse, il leur apprit qu'au-dessus de l'autorité d'Aristote s'élevait Tautorité de la raison, « reine et maîtresse de l'autorité ». Frappé depuis longtemps des niaises et stériles puérilités de la scolastique, il s'attacha particulièrement à la logique, qu'il s'appliqua à débarrasser de toutes les discussions obscures et oiseuses; et, afin qu'on ne perdît pas le souvenir des arguments dont il s'était servi avec avantage lors de la discussion de sa thèse, il résolut de donner à ses idées une forme durable en publiant coup sur coup, en 1543, deux ouvrages remarquables : ses Dialecticœ partitioîies et ses Aristotelicœ animadversiones. La statue d'Aristote était cette fois abattue de son piédestal. Le vieux philosophe était lui-même traité de sophiste et d'impie; sa dialectique, telle qu'on l'enseignait, était qualifiée de fatras inutile, bon tout au plus à embrouiller les idées; et, quant à ses écrits, Ramus en contestait l'authenticité. La Sorbonne s'émut de tant d'audace et dénonça le profane à François I^^ Ce roi, surnommé le Père des lettres^ mais qui ne sut que les maltraiter dans la personne de Marot, de Berquin, de Lefèvre d'Etaples et de tant d'autres, agit à l'égard de Ramus comme avec les précédents. Il demanda qu'une discussion publique eût lieu entre Ramus et son adversaire, Antoine Govea, fougueux péripatéticien. Cinqcommissaires furent choisis pour prononcer entre eux, mais trois sur cinq étaient les amis de Govea. La discussion était inutile. Ramus, indigné,

abandonna la partie. Il fut déféré au parlement et TafFaire fut évoquée au conseil du roi, qui rendit, le i" mars 1544, un arrêt déclarant Ramus « téméraire, arrogant et impudent^ pour avoir osé réprouver et condamner le train et art de logique reçu de toutes les nations; ordonnant la suppression de son ouvrage, comme entaché d'assertions fausses et étranges, et faisant défense àl'auteur d'écrire ou même d'enseignercontrairementà la doctrine d'Aristote, cela à peine de punition corporelle. » En conséquence, ses deux livres furent supprimés, et François I" s'empressa d'aggraver cette sentence^ déjà sévère, en défendant à Ramus de professer la philosophie. Les sorbonnistes triomphants exhalèrent leur joie en termes des plus injurieux. Ramus fut par eux tourné en ridicule, bafoué par la populace ameutée, représenté sur le théâtre comme un fou. Il souffrit tout sans se plaindre et professa les Mathématiques et la Littérature, en attendant des jours meilleurs. Du reste, et ce lui fut une consolation contre les pasquinades des cuistres, le nombre de ses auditeurs n'était pas diminué.

En 1545, la peste ravageait Paris. Ramus s'était éloigné, lorsqu'il reçut une lettre du principal du collège de Presle, qui lui offrait de le suppléer. Il accepta, obtint l'autorisation de remplir ces fonctions, malgré les cabalesde la Sorbonne, et, en peu de temps, le collège redevint florissant par le nombre des écoliers qui le fréquentèrent. Cependant, en dépit des nombreuses calomnies et des attaques violentes auxquelles il avait été en butte, Ramus s'était fait de puissants protecteurs par la noblesse de son caractère, la franchise de ses opinions et l'étendue de ses connaissances. Le cardinal de Lorraine surtout lui portait un vif intérêt; il fit annuler en 1547, par Henri II, l'injuste interdiction qui pesait

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sur le savant professeur, et celui-ci s'empressa de reprendre l'enseignement de la philosophie et de faire réimprimer ses deux ouvrages, en y introduisant d'importants développements. Grâce à son protecteur, il obtint, en i55i, une chaire de philosophie et d'éloquence au Collège royal. Ce nouveau titre ne mit point un terme aux intrigues et aux outrages de ses ennemis, mais, généreux dans le succès comme il avait été résigné dans la disgrâce, Ramus dédaigna de relever les accusations dont il était l'objet ; il employa son influence à réformer les abus qui entravaient la marche de l'enseignement public; il retoucha les ouvrages d'Aristote et continua à les enseigner, après les avoir rendus plus conformes à l'état actuel des connaissances; il composa de nouvelles grammaires pour Tétude des langues grecque, latine et française, et rectifia, autant qu'il lui fut possible, les fautes et les abus qui s'étaient introduits dans l'enseignement de la première de ces langues, surtout dans sa prononciation. Cette fois encore la Sorbonne s'agita beaucoup pour faire prévaloir son esprit routinier; mais elle fut encore battue.

Ramus avait acquis une grande influence dans l'Université; député plusieurs fois près du roi, il avait su gagner sa confiance et venait d'être nommé membre d'une commission chargée de réformer l'Université, lorsque ce prince mourut {i55g). Néanmoins, Ramus conserva tout son crédit et continua sans entraves son enseignement. Tout semblait lui présager alors une existence calme et brillante; mais, avec son caractère loyal et son esprit indépendant, il ne pouvait rester étranger aux grandes discussions qui agitaient l'Europe. Ennemi juré des abus, il ne pouvait rester attaché au catholicisme. Après le colloque de Poissy ( 1 56 1 ) , il se jeta dans le parti des réformateurs. Son premier acte de pro-

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testantisme fut de s'opposer à la protestation de l'Université contre l'édit de Janvier; il alla même, dit-on, jusqu'à faire briser les images de la chapelle de son collège, ce qui lui attira de nouveaux ennemis et de nouvelles persécutions. La première guerre civile ayant éclaté, les protestants furent chassés de Paris. Obligé de quitter cette ville, Ramus se retira d'abord à Fontainebleau; mais ses ennemis, qui avaient pillé sa maison et incendié sa riche bibliothèque, découvrirent son asile, et il ne leur échappa que par une prompte fuite. Il trouva un refuge dans le château mémedeVincennes, qu'il fut bientôt forcé de quitter aussi. Enfin en i563, après la paix d'Amboise, l'illustre fugitif put remonter dans sa chaire du Collège royal et obtint la permission de suivre la religion qu'il avait adoptée. A cette époque, Ramus refusa une chaire qu'on lui offrait à Bologne et combattit les prétentions des jésuites qui voulaient prendre pied dans l'Université. Le calme dont il jouissait ne fut pas de longue durée; la cour ne remplit presque aucune des conditions du traité de paix et les protestants reprirent de nouveau les armes. En iSôj, Ramus quitta encore Paris et alla se ranger sous les drapeaux de Goligny et de Condé, qui l'accueillirent avec une extrême bienveillance. Brantôme affirme que c'est lui qui, par son éloquence, décida les reîtres à se contenter des 3o 000 écus que l'armée huguenote put leur offrir. La paix lui permit de rentrer à Paris (i568); mais, prévoyant la prochaine reprise des hostilités, il entreprit un voyage à travers les Universités d'Allemagne et reçut partout l'accueil le plus flatteur. Dans quelques pays, on lui fit même des offres brillan-tes pour le retenir; mais il aimait sa patrie : Amo patriam, ejusque prœclaras laudes celebrari maxiinc cupio. Il résista aux instances du roi de Pologne, qui voulait

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Tattirer à Cracovie, et à celles du roi de Hongrie, qui désirait le mettre à la tête de l'Université de Weissemberg. Toutefois, il paraît qu'il se serait volontiers fixé à Genève; mais, à Genève comme à Paris, on tenait Aristote en grande vénération; sur ce point, Théodore de Bèze se rencontrait avec Govea. Ramus avait donné quelques leçons dans cette ville; les péripatéticiens alarmés, Théodore de Bèze à leur tête, Favaient aussitôt engagé à changer de méthode, ce qu'il refusa de faire, croyant savoir aussi bien qu'eux « la manière qu'il fallait suivre. »

Revenu à Paris après la paix de Saint-Germain (i Syo), Ramus trouva ses ennemis triomphants. Le roi consentit à lui laisser le titre et le traitement de professeur et de principal; il lui permit même, dit-on, de nommer son successeur au collège de Presles, mais il n'eut plus le droit d'enseigner. Dès lors, il ne s'occupa plus que de travaux littéraires et de théologie, et c'est au milieu de ces travaux qu'une mort horrible vint le frapper.

Le massacre des protestants venait d'être décidé. Dans la nuit du 24 août et les jours suivants, les meurtriers, répandus à travers Paris, exécutèrent les ordres de Catherine de Médicis. Ramus était alors dans son collège de Presles. Des assassins, soudoyés par Charpentier, son implacable ennemi, forcent l'entrée du collège, découvrent Ramus dans son cabinet de travail, l'égorgent, le précipitent du cinquième étage et le traînent enfin dans la Seine. Ainsi périt le plus savant professeur du xvi* siècle.

M. Waddington, dans le savant ouvrage qu'il a consacré à Ramus, en donne le portrait suivant : « Ramus était un homme grand, bien fait et de bonne mine. Il avait la tête forte, la barbe et les cheveux noirs, le front vaste, le nez aquilin, les yeux noirs et vifs, le visage pâle et brun et d'une beauté mâle. Sa bouche

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tantôt sévère, tantôt souriante, était d'une grâce peu commune; sa voix était à la fois grave et douce.... Il était plein d'ardeur pour l'étude et infatigable au travail. Il fuyait tous les plaisirs des sens comme l'appât de tous les vices et le fléau d'une vie studieuse. Il se traitait durement, ne couchant que sur la paille, debout avant le chant du coq, passant toute sa journée à lire, à écrire et à méditer, usant dans ses repas de la plus grande sobriété.... Il avait Tâme forte et préparée à tout événement; sans orgueil dans la prospérité, le malheur ne pouvait Tabattre ni lui enlever son inébranlable confiance en Dieu. Il savait pardonner les injures et il avait l'habitude difficile de ne point répondre à ses adversaires, s'efforçant de surmonter par une longue patience l'extrême emportement de leurs attaques.... Une piété éclairée couronnait toutes ces vertus. » Les auteurs de la France protestante nous donnent le revers de la médaille : « A une humeur trop irritable, à une opiniâtreté excessive, à un trop grand amour de la contradiction, se joignaient chez Ramus un défaut de circonspection et une présomption extrême, qui lui attirèrent en partie ses malheurs. » Quant à la portée de l'œuvre de Ramus, M. Franck l'a caractérisée en ces termes (Comptes rendus des séances de V Académie des Sciences morales et politiques^ août et septembre i855) : « Ramus est un de ces esprits hardis, de ces réformateurs entreprenants du xvi^ siècle qui ont touché à tout, qui ont tout remué et qui, s'ils n'ont pas fondé la Science, la littérature nouvelle, destinées à naître un siècle plus tard, ont du moins le mérite de leur avoir préparé la voie en nous délivrant de la vieille barbarie, en mettant un terme aux stériles discussions de la scolastique, en appelant l'esprit humain à ces vastes espérances, à ces idées de progrès et de perfectibilité que les âmes

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généreuses n'abandonneront jamais et dont se compose en quelque sorte le fonds même de l'esprit humain. Mais Ramus a d'autres titres à notre reconnaissance que d'avoir été un des adversaires et des adversaires victorieux du moyen âge; il a étudié avec amour les chefs-d'œuvre de l'antiquité, il a renouvelé l'enseignement des lettres, en introduisant le premier dans nos collèges, à côté du latin, la seule langue en usage dans l'Université, l'étude alors nouvelle du grec, et en composant, pour la jeunesse des écoles, des grammaires qui, un siècle plus tard, obtenaient les éloges des maîtres de Port-Royal. Il n'a pas moins fait pour les Sciences : Professeur au Collège de France, oti il enseignait avec un rare éclat, où sa parole éloquente attirait au pied de sa chaire des milliers d'auditeurs, il a créé, pour ainsi dire, l'enseignement des Mathématiques et de l'Astronomie, soit par ses propres leçons, soit par la fondation d'une chaire qui fut remplie jusqu'à la Révolution française par plus d'un savant illustre. Enfin, il a écrit en latin et en français des traités de Grammaire, de Rhétorique, de Logique, d'Arithmétique, d'Algèbre et de Géométrie, qui furent accueillis, traduits, commentés dans presque toutes les Universités de l'Europe. »

En proclamant la raison comme le critérium de la vérité, Ramus fut le précurseur de Descartes et le promoteur de l'émancipation de la Philosophie. Il apporta aussi des améliorations considérables dans la Logique, la Rhétorique et la Grammaire, et vit triompher quelques-unes de ses idées sur l'orthographe et la prononciation française. C'est lui, notamment, qui établit la distinction du; et du v, confondus alors dans l'usage avec 17 et Vu. En Physique, il était ennemi des hypothèses et des abstractions. Le système de Copernic le compta parmi ses premiers adhérents.

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Ses traités d'Arithmétique, de Géométrie et d'Algèbre étaient encore en usage au siècle suivant.

PELETIER (du MANS).

(Né au Mans en iSiy, mort à Paris en i582.)

Littérateur, médecin et mathématicien, il s*occupa d'abord de jurisprudence, puis devint successivement principal du collège de Bayeux, secrétaire de René du Bellay, médecin à Bordeaux, à Poitiers et à Lyon. Il parcourut ensuite l'Italie et la Savoie, où il professa l'Arithmétique, à l'Académie d'Annecy. Il mourut à Paris, principal du collège du Mans. Outre un assez grand nombre d'ouvrages littéraires, il a laissé une Arithmétique en quatre livres, une Algèbre en deux livres, un Traité des usages de la Géométrie et six livres de Commentaires sur les éléments dEuclide.

Il reconnaît dans son Algèbre avoir fait denombreux emprunts à Cardan, à Scheubel et à Stifel. Il dit, d'après ce dernier, des nombres négatifs, que ce sont nombres absurdes ou nombres feints, au-dessous de rien.

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