‹ Histoire des sciences mathématiques et physiques (volume 2)Chapitre 68 sur 74 · AMBROISE PARE · texte numérisé non relu

AMBROISE PARE

(Né à Laval en i5i7, mort à Paris en idqo.)

S on père était coffretier à Laval. Sa sœur épousa un chirurgien établi à Paris et l'un de ses frères fut barbier-chirurgien à Vitré. Ambroise fut mis en apprentissage chez un barbier-chirurgien

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de Laval. Il vint ensuite à Paris pour se perfectionner dans son art. Il suivait les leçons qu'un docteur-régent faisait aux élèves barbiers, mais il étudiait seul les ouvrages d'Anatomie qu'il pouvait se procurer.

Au bout de quelque temps, il fut admis comme interne à THôtel-Dieu. « Faut savoir, dit-il, que par l'espace de trois ans, j'ai résidé en THôtel-Dieu de Paris, où j'ai eu le moyen de voir et connaître, eu égard à la grande diversité de malades y gisans ordinairement, tout ce qui peut être d'altération et maladie au corps humain; et, ensemble, y apprendre, sur une infinité de corps morts, tout ce qui se peut dire et considérer sur l'Anatomie, ainsi que souvent j'en ai fait preuve très suffisante, et cela publiquement à Paris aux Ecoles de Médecine. C'est beaucoup pour parvenir à la connaissance des grands secrets de la Chirurgie. »

Il fut reçu maître-barbier-chirurgien vers i536, c'est-à-dire déclaré, après examen, idoine et suffisant , tant en théorie qu*en pratique^ à guarir clous, antrax, bosses et charbons. Mais, au lieu d'ouvrir boutique, il se fit agréer comme chirurgien militaire par le maréchal de Monte-Jean qui menait une armée contre Charles-Quint. Il eut aussitôt l'occasion de rendre l'immense service de faire abolir un usage aussi stupideque barbare.

« Je n'avais encore vu, dit-il, traiter les plaies faites par harquebuses. Il est vrai que j'avais lu en Jean de Vigo que les plaies faites parles bastons à feu participent de vénénosité à cause de la poudre; et, pour leur curation, commande de les cautériser avec l'huile de Sambuc, en laquelle soit mêlée un peu de thériaque. Et, pour ne faillir, paravant qu'user de ladite huile fervente, sachant que telle chose pourrait apporter aux malades extrême

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douleur, je voulus savoir, premièrement que d'en appliquer, comme les autres chirurgiens fesaient pour le premier appareil, qui était d'appliquer ladite huile la plus bouillante qu'il leur était possible, dedans les plaies, avec tentes et setons ; dont je pris la hardiesse de faire comme eux. Enfin mon huile me manqua, et je fus contraint d'appliquer en son lieu, un digestif fait de jaune d'œuf, huile rosat et térébenthine. La nuit, je ne pus bien dormir à mon aise, pensant que, par faute d'avoir cautérisé, je trouvasse les blessés où j'avais failli à mettre de ladite huile, morts empoisonnés : qui me fit lever de grand matin pour les visites, où, contre mon espérance, trouvai ceux auxquels j'avais mis mon médicament digestif, sentir peu de douleurs à leurs plaies, sans inflammation et tumeur, ayant assez bien reposé la nuit. Les autres, où l'on avait appliqué ladite huile, les trouvai fébricitants, avec grande douleur, tumeur et inflammation aux environs de leurs plaies. A donc je me délibérai de ne jamais plus brûler ainsi cruellement les pauvres blessés de harquebusades. »

Le maréchal de Monte-Jean mourut à Turin pendant la campagne, et Ambroise Paré revint à Paris, où il ouvrit boutique et se maria en 1541.

L'année suivante, il s'attacha au prince de Rohan qui allait rejoindre l'armée à Perpignan, et il eut, entre autres succès, le bonheur de sauver le maréchal de Brissac, atteint d'une balle que les autres chirurgiens n'avaient pu découvrir.

A son retour à Paris, il fit paraître la Méthode de traiter les plaies /aides par les harquebuses et autres bastons à feu^ et celles qui sont faictes par des flèches, dards et semblables. Il n'en avait nul droit, n'étant pas docteur; on cria; mais ce fut tout, et l'on adopta ses méthodes.

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Au siège de Boulogne, en 1545, Ambroise Paré eut à soigner le duc de Guise, qui venait de recevoir le terrible coup de lance dont il devint le balafré. « Monseigneur le duc de Guise, dit Ambroise Paré, fut blessé devant Boulogne d'un coup de lance qui, au-dessus de l'œil dextre, déclinant vers le nez, entra et passa outre de l'autre part, entre Ja nuque et Toreille, d'une si grande violence que le fer de la lance, avec portion du bois, fut rompu et demeura dedans; en sorte qu'il ne put être tiré hors qu'à grand' force, même avec des tenailles de maréchal. Nonobstant toutefois cette grande violence, qui ne fut sans fracture d'os, veines et artères, et autres parties rompues et brisées, mondit seigneur, par la grâce de Dieu, fut guari. »

Il revint à Paris après le siège de Boulogne, et publia, en i55o, un petit ouvrage intitulé : Briefve collation de l'administration anatomique^ avec la manière de conj oindre les os et d'extraire les enfants tant morts que vivaîjts du ventre de leur mère, lorsque la nature de soi ne peut venir à son effet.

Il accompag.na de nouveau le prince de Rohan pendant la campagne de i552. Un des hommes de la compagnie avait reçu sept coups d'épée à la tête, quatre autres dans les bras et un sur l'épaule droite. Le capitaine le voyant ainsi navré, et n'estimant pas qu'il dût jamais guérir, fit caver une fosse et le voulait faire jeter dedans, d'autant qu'on devait partir le lendemain dès la pointe du jour. « Mû de pitié, dit Ambroise Paré, je dis qu'il pourrait encore guérir s'il était bien pansé. Plusieurs gentilshommes de la compagnie le prièrent de le fan-e mener avec le bagage, puisque j'avais cette volonté de le panser; ce qu'il accorda; et, après que je l'eus habillé, fut mis en une charrette, sur un lit bien couvert et bien accommodé, qu'un cheval traînait. Je fus

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son médecin, son apothicaire, son chirurgien, son cuisinier; je le pansai jusqu'à la fin de la cure, et Dieu le guarit. »

Dans cette même campagne, Ambroise Paré eut l'idée de substituer à la cautérisation par le fer rouge, à la suite d'amputations, la ligature simple des artères, pour arrêter l'hémorragie.

Il partit ensuite, avec le duc de Vendôme, pour aller combattre en Picardie les Espagnols; puis Henri II se l'attacha. L'armée, assiégée dans Metz par Charles-Quint, le demandait; Henri II renvoya avec la charge de médicaments qu'un cheval pouvait porter. Paré parvint à pénétrer dans la ville; sa présence ranima la garnison, et le siège fut levé. Alors « je pris congé, dit-il, de de M. de Guise et m'en revins devers le roi, qui me reçut avec bon visage et me demanda comment j'avais pu entrer dans la ville de Metz. »

L'année suivante, le roi l'envoya à Hesdin, que Gharles-Q.uint assiégeait; les « morts rendaient une grande putréfaction, dit-il, n'étant point couverts de terre, à cause que n'en avions pas, et si j'entrais en un logis, il y avait des soldats qui m'attendaient à la porte, lorsque j'en sortirais, pour en panser d'autres. C'était à qui m'aurait et me portaient comme un corps saint, et ne pouvais satisfaire à ce grand nombre de blessés. » La ville se rendit, et Ambroise Paré fut quelque temps le prisonnier du duc de Savoie.

A son retour à Paris, en i554, il demanda et obtint d'être admis à l'examen de docteur en Chirurgie. Il ne savait pas un mot de latin; on lui fit un discours, qu'il récita tant bien que mal, et fut reçu docteur. Il retourna ensuite aux armées jusqu'en 1564, et continua d'y rendre les plus grands services.

Il était huguenot; mais le roi l'envoya chercher, le soir de la

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Saint-Barthélémy, et le cacha dans sa garde-robe. Charles IX voulut le faire abjurer; mais il s'y refusa absolument. Henri III, en montant sur le trône, le nomma son conseiller et son valet de chambre.

Outre les ouvrages dont nous avons déjà parlé, il a laissé encore : Anatomie imiver selle du corps humain; Dix livres de la Chirurgie; Traicté de la peste, de la petite vérole et rougeole; Des bandages, des fractures, des luxations, des morsures et des goustes; De la génération de V homme, et des monstres tant terrestres que marins; Discours de la munie, des venins, de la licorne et de la peste.

Ses œuvres ont été réunies et publiées à Paris, en 1840, par M. Malgaigne.

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