PALLAS ( PIERRE-SIMON
(Né à Berlin le 22 septembre 1741, mort à Berlin le 8 septembre 181 1.)
Son père, qui était professeur de Chirurgie au collège de Berlin, le destinait à la Médecine, mais il lui fit d'abord apprendre les langues vivantes. Pallas, qui conserva toute sa vie un goût particulier pour ce dernier genre d'études, a rendu plus tard de grands services en faisant connaître en Europe un grand nombre de dialectes mongols et caucasiques.
Après avoir suivi à Berlin les cours de Gleditsch, de Meckel et de Roloff, et à Gœttingue ceux de Rœdern et de Vogel, il alla terminer ses études de Médecine à Leyde, sous Albinus Gaubius et Musschenbroeck. Les belles collections rassemblées en Hollande lui révélèrent sa vocation de naturaliste. Il publia dès 1766, à La Haye, un Elenchus :[oophytorum (tableau des zoophytes) et des Miscellanea ^oologica, où le monde savant reconnut avec
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surprise, dans un auteur de vingt-cinq ans, les mérites des maîtres formés par de longues études : la sagacité et la patiente exactitude. Dans son Elenchus ^oophytorum^ il se prononçait, avec un rare bonheur, pour toutes les théories nouvelles que l'étude plus attentive des faits a depuis consacrées d'une manière définitive. Il rejetait la division arbitraire des êtres naturels en trois règnes, enseignait que les plantes ne forment qu'une des classes du règne organique, comme les quadrupèdes, les poissons, les insectes et les mollusques en forment d'autres, et repoussait l'idée systématique d'une échelle unique des êtres vivants. Dans ses Miscelîanea :{Oologica, il jetait un jour tout nouveau sur la classe entière des animaux sans vertèbres, repoussait pour ces animaux le moyen de division fondé sur la présence ou l'absence d'une coquille et établissait un nouvel ordre fondé sur les analogies et les différences de leur structure.
Ces deux ouvrages lui avaient fait une grande réputation en Europe. L'impératrice Catherine II voulait se l'attacher; elle lui fit offrir une place à l'Académie de Saint-Pétersbourg. Pallas accepta et mit toute son activité au service de la Russie, durant quarante ans, de 1768 à 1809. La première expédition à laquelle il prit part fut celle qu'avait organisée l'impératrice pour aller observer en Sibérie le passage, attendu en 1769, de Vénus sur le soleil. Pallas y fut associé comme naturaliste, et ses goûts le portèrent à joindre, à la mission dont il était chargé, des études sur les langues et les mœurs des habitants des contrées qu'il avait à visiter. La commission était composée de sept astronomes, de cinq naturalistes et de plusieurs élèves; elle partit au mois de juin 1768. Elle devait se diviser en route, chacun ayant sa mission particulière. Pallas passa Thiver à Simbirsk, sur le Volga,
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descendit le Jaik au printemps suivant et visita les bords de la mer Caspienne. Ses observations lui permirent d'affirmer que cette mer avait eu autrefois une étendue bien plus considérable. Il visita ensuite les mines de TOural et hiverna à Tobolsk. Il en repartit en 1772 pour visiter les monts Altaï et leurs mines, qu'il pense avoir été exploitées autrefois par les ancêtres des Hongrois. Il atteignit, en 1773, les confins nord de la Chine, revint par le Caucase et rentra à Saint-Pétersbourg en 1774.
Les récits intéressants de ce long et pénible voyage font partie des publications de l'Académie de Saint-Pétersbourg.
Pallas revint accablé de toutes sortes de maux; ses compagnons, encore plus maltraités, ne vécurent même pas assez pour pouvoir publier eux-mêmes leurs observations; c'est lui qui prit soin de leur rendre ce dernier devoir.
Les fruits de cette longue exploration de contrées alors totalement inconnues furent considérables. Pallas avait profondément observé la terre, les plantes, les animaux et les hommes; il put faire l'histoire complète du musc, du glouton, de la zibeline et de l'ours blanc, histoire si bien faite, dit Cuvier, que l'on peut dire qu'aucun quadrupède n'est mieux connu que ceux-là. Les rongeurs lui fournirent la matière d'un volume entier, tant il en avait découvert d'espèces. Leur histoire, leur anatomie y étaient traitées avec cette richesse dont BufFon et Daubenton avaient seuls donné l'exemple avant lui; il rapportait les découvertes d'un solipède compris entre l'âne et le cheval et d'une nouvelle espèce de chat sauvage; des notions plus étendues sur l'âne dont la queue fournit les étendards des pachas turcs; les descriptions d'une infinité d'oiseaux, de reptiles, de poissons, de mollusques, de vers et de zoophytes qu'aucun naturaliste n'avait encore pu
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observer de manière à les classer exactement; les éléments d'une flore toute nouvelle pour les Occidentaux, mais surtout une théorie féconde des révolutions du globe. Une considération attentive des deux grandes chaînes de montagnes de la Sibérie lui fit apercevoir cette règle générale, qui s'est vérifiée ensuite partout, de la succession des trois ordres primitifs de montagnes : les granitiques au milieu, les schisteuses à leurs côtés, et les calcaires en dehors. On peut dire que ce grand fait, nettement exprimé en 1777^ dans un mémoire lu à l'Académie^ a donné naissance à toute la nouvelle Géologie. La découverte, pr-esque incroyable alors, d'un rhinocéros trouvé gelé avec sa peau et sa chair et celle d'une masse énorme de fer, à laquelle Pallas ne craignit pas d'attribuer une origine céleste, ajoutèrent encore un nouvel intérêt à une relation déjà si pleine de faits importants.
Nous avons déjà dit que Pallas rapporta de ses voyages une monographie complète de la race mongole; c'est à lui qu'on doit en Europe la connaissance du lamisme et de ses rites.
L'impératrice Catherine le combla à son retour de faveurs de toutes sortes et lui confia l'éducation du grand-duc Alexandre et de son frère; mais le séjour des villes lui était devenu insupportable. Il profita de la conquête de la Crimée pour accompagner sa souveraine dans le voyage triomphal que lui avait préparé Potemkin, et alla revoir le Caucase. A son retour à Saint- Pétersbourg, il manifesta le désir de s'établir en Crimée pour y chercher la guérison des infirmités gagnées dans ses courses aventureuses. Catherine lui fit présent de deux villages et d'une riche propriété près de Simphéropol. Pallas passa quinze ans dans ce pays, où il sut encore rendre d'importants services, notamment celui d'y acclimater la vigne; mais l'isolement lui
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devint peu à peu tellement insupportable, qu'à près de soixantedix ans il se défit à vil prix de ses propriétés pour revoir sa patrie, où il mourut après avoir eu à peine le temps de retrouver le peu d'amis ou de parents qu'il y avait laissés, de renouer quelques relations avec le monde savant et de se mettre au niveau des progrès accomplis pendant sa longue absence.